Write, Forrest, write


    De cette période où tout s'enchaîne trop vite, et de profond chagrin (1), il ressort une évidence : je dois refaire place à l'écriture dans ma vie.
La retraite est dans trop longtemps, attendre est risqué.
Comme le disait l'amie Alice, ou l'écrivait je ne sais plus, c'est une illusion d'attendre des jours meilleurs pour se consacrer à quelque chose car ça n'est jamais calme, au fond (elle le disait mieux que ça, mais pas le temps de rechercher).

L'ami Olivier m'a donné un titre, et avant la terrible nouvelle du décès de la vieille amie (2), ça m'avait donné un élan. Retombé à l'annonce, bien évidemment.
En attendant j'ai commencé à ré-écrire un piètre polar qui est tombé d'une des piles qui encombrent l'appartement. Comme une sorte d'échauffement. Ou peut-être parce qu'après tout c'est ce pour quoi je suis faite : mettre de l'élégance dans l'écriture d'autrui. 

 

 

 

(1) Mort de la danseuse, et écrivaine Claude Pujade-Renaud
article de Philippe-Jean Catinchi dans Le Monde
Pour le moment je n'ai ni le temps, ni l'énergie, ni la force d'écrire pour elle un billet. Elle a pour moi tellement compté, m'a tant soutenue et encouragée. Aidée à tenir le coup.

(2) d'âge et de longue date


Erreur de débutante


    Je me croyais bonne au petit jeu de deviner le match [de foot] aux rumeurs des cafés lorsque l'on traverse [une partie de] la ville à pied. 
Et effectivement, l'élan puis le ohouh de déception perçu au premier que nous avons croisé, l'amie que j'accompagnais de retour d'une soirée en librairie et moi, m'a laissé supposer un match garni d'occasions manquées.
Un peu plus loin bouffée de joie, jubilation.
Je dis : Ça y est, le PSG a marqué !
Qu'il y ait but était incontestable.

L'amie dont c'est le quartier, a rigolé : - Un but oui, mais pour Dortmund, c'est un café allemand.

Flagrant délit d'erreur de débutante.

Cette bévue rectifiée, j'ai pu faire en rentrant une analyse assez fidèle du match que je n'avais pas vu, à l'époux qui ne l'avait pas vu non plus (1), mais suivi, je crois, sur un live écrit.

 

(1) Nous ne disposons pas des abonnements requis.

 

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Mon propre témoignage

C'est curieux, j'avais oublié avoir écrit ce texte. Probablement à la demande des collègues.

 

publié initialement sur le site du ciné-club du Crédit Lyonnais

 

L'INCENDIE DU SIEGE CENTRAL DU CREDIT LYONNAIS

 
 

LE TEMOIGNAGE DE GILDA.

Dix-huit ans déjà que par un beau dimanche matin je reçus de Hong Kong un très étrange coup de fil d'un bon vieux copain de promo et qui disait : - "Dis Gilda, je crois que ton bureau est en train de cramer". J'ignore quelle heure il était chez lui, peut-être victime d'une insomnie, d'un petit coup de Heimweh, regardait-il les infos de Paris, "C'est sur France 2" m'avait-il dit.

 

Je ne savais pas, ça alors. Ben je vais aller voir, merci, ai-je répondu en substance peut-être assorti d'un Hé merde bien senti. Je me doutais qu'un incendie, aux salariés n'apporterait que des ennuis. J'ai raccroché, j'ai dit J'y vais. Je ne sais pas pourquoi comme ça j'avais filé, ça ne changeait rien. Je crois que je voulais voir l'ampleur du désastre, savoir que faire au lundi, si c'était seulement l'agence bancaire au rez-de-chaussé où les étages qui étaient touchés. Je n'ai appelé aucun collègue, je voulais voir d'abord.

 

Et quand j'ai vu sortir un gros panache noir des fenêtres précises où étaient nos locaux, c'est à mon amis Pierre que j'ai téléphoné. D'une cabine (1). Les pompiers ou plutôt la police avait bouclé le périmètre.

 

J'ai le souvenir d'une bonne dame équipée d'un cabas dont dépassait un poireau et qui tentait vainement d'obtenir l'accord pour retourner chez elle. Elle était sortie faire son marché et voilà qu'elle ne pouvait plus rentrer. Elle avait au moins de quoi manger.

 

L'incendie faisait rage, je me souviens de l'avoir très exactement pensé que j'avais sous les yeux l'illustration même de cette expression, qui se révélait (hélas) sans exagération. Je me suis revue le vendredi soir finir un peu plus tard pour achever une sauvegarde, étiqueter soigneusement la disquette, la ranger dans un boitier avec quelques autres déjà ordonnées, le boitier dans le placard derrière mon bureau, de ces placards professionnels hideux avec rideau coulissant gris, d'avoir fermé à clef, la clef dans le pot à crayons - pour le principe

 

-, revenir sur mes pas alors qu'au seuil de la porte, car les fenêtres, élevées (par elle on ne voyait pas elles étaient au dessus et je souffrais énormément de cette sensation d'enfermement) étaient restées ouvertes. La manivelle, les refermer.

 

Dès fois qu'il y ait un orage, sait-on jamais. De mon bureau lui-même il n'est rien resté : il s'est trouvé dans une partie du bâtiment qui s'était écroulée. Celui qui était à l'époque ma directe hiérarchie me confiait tous les documents importants :

J'étais du genre organisée (essentiellement pour ne pas perdre ensuite du temps), lui non. Au moins dans ton bureau, on sait où ils sont. On savait désormais qu'ils avaient entièrement brûlé. Alors que son propre bureau sis dans la partie que les pompiers s'étaient acharnés à préserver - zone des hautes hiérarchies, œuvres d'art aux murs, et sans doute dans les coffres des secrets bien gardés - n'avait que peu été touché. Et qu'il récupéra l'intégralité de ses dossiers. Sous une couche de cendre noire poisseuse, sans doute un peu toxique, mais néanmoins.

J'étais rentrée peu auparavant de congé de maternité et n'avais pas encore eu ni le goût ni le temps de personnaliser ma place. Hormis une calculette, et un vieux dictionnaire de l'informatique, déjà vieux en ce temps-là et que je gardais pour les définitions d'appareils déjà alors obsolètes dont la description m'amusait, je n'ai rien perdu de personnel dans l'aventure.

En revanche de précieuses archives professionnelles, dont des classeurs de dépannages informatiques où je m'étais constitué un stock très utile de "pannes vues", les symptômes et leur solution.

 

Comme une partie de notre travail consistait à aider des utilisateurs parfois lointains, cette documentation sur mesure était très utile. Elle me manqua longtemps. De même qu'au fil des ans et des demandes, des programmes, des fichiers, des documents qu'on prenait alors conscience d'avoir eux aussi perdus. La perte d'intérêt du poste que j'occupais date de ce moment-là : au lieu d'être sur de nouveaux projets nous avons passé notre temps à combler ce qui n'aurait pas dû cesser d'exister.

 

Quand ce fut éclusé nous avons dû nous gaver les modifs et tests de passage à l'an 2000 puis le passage à l'euro (et dans les fichiers et bases de données tout ce que ça impliquait). C'est à dire des surcharges de travail mais uniquement pour des choses mécaniques, qui n'en appelaient pas à de la réflexion satisfaisante ni à un savoir-faire exceptionnel. Finies les journées bouclées en se disant, Mazette, j'ai résolu ce point délicat, je ne m'en serai pas cru capable ; et d'avoir un emploi fastidieux mais comportant d'un point de vue neuronal de stimulantes satisfactions. Ingénieur, quoi.

 

Nous avons été du lundi - oh la rencontre fortuite d'un bon ami d'alors, perdu de vue depuis, j'ignore encore pourquoi : il a cessé de venir aux week-ends du ciné-club puis n'a plus répondu à rien et qui me croise sur le trottoir à la hauteur d'alors Del Duca, Que fais-tu là ? - C'est mon bureau, il a brûlé et je montre le bâtiment et lui qui passait en se hâtant lève les yeux et voit l'étendue du désastre - au mercredi en chômage technique, dès le jeudi dans des locaux à la Défense à rebrancher des ordis qui étaient des périmés d'autres services, de ceux qu'on garde dans une réverve pour pallier une panne d'un plus neuf. 

 

J'ai un plutôt bon souvenir de la période Remontons nos manches et les mains dans

le cambouis. J'aimais la bidouille, une liberté retrouvée. Loin du Siège Social nous subissions moins la pression hiérarchique, je me suis même autorisée à venir bosser en jean (ben oui quoi, on bricolait). Le jean étant pour moi le vêtement de travail parfait. Le bleu de travail.

Tout autre tenue me voit moins efficace, fors le maillot de bain pour nager et le short pour le foot. Je n'ai plus jamais retrouvé mon aptitude à ranger. L'appartement en témoigne. C'est l'année où les choses puisqu'elles n'étaient plus faites à mesure, ont commencé à déraper, les papiers à s'entasser, les vêtements et les chaussures à subir du retard dans leur indispensable tri Été / Hiver. (Les livres pour leur part avaient déjà tendance à proliférer, je ne crois pas que l'incendie ait modifié quoi que ce soit). Dès années après il m'est encore arrivé de remarquer une perte que le feu avait occasionné. Ainsi ce matin en lisant ce billet chez Baptiste Coulmont, un début d'étude marginale que j'avais faite sur les fréquences par années des prénoms et comment les modes descendaient les niveaux hiérarchiques car j'avais remarqué cette tendance via quelques données (dont un sous-fichier pour l'arbre de Noël en l'occurrence, pour lequel j'avais été en désespoir de cause chargée d'ôter les doublons et triplons à la main (1) d'où l'attention sur les prénoms ; la rubrique "naissances" du journal interne, également). Voilà, 18 ans après je prends conscience de sa disparition.

 

Mon petit chef, que ça amusait et qui trouvait qu'il s'agissait d'un excellent entraînement, m'avait à l'époque donné sa bénédiction à condition que ça soit fait sur les interstices quand les sujets officiels piétinaient. Il y avait aussi une magnifique étude sur les temps de transports en Île de France dans les années 70 et qui était passionnante pour qui savait décrypter.

 

Je l'avais un jour sauvée de la benne - les temps avaient changé, on ne se souciait plus du confort des salariés, au contraire, on avait bien envie de les décourager -. Je n'éprouvais pas d'attachement affectif envers mon travail, c'était un gagne-pain et vécu comme tel. Je m'efforçais d'être irréprochable, effectuais mon travail du mieux que je pouvais, mais mon âme ailleurs vivait. Il n'empêche que tout perdre, brutalement, par le feu est une expérience qui reste, laisse des traces, et nous change. Je me suis souvent demandé comment des collègues qui eux "s'investissaient" et aussi ceux qui personnalisaient beaucoup leur poste de travail s'en étaient au fond tirés. Peut-être mieux que moi qui me croyais détachée, mais suis sensible aux infimes infinis détails du quotidien. Il m'arrive encore de rêver du siège social tel qu'il était, en particulier le gymnase au sous-sol (que mes songes agrémentent volontiers d'une piscine), le jardin intérieur en soubassement (sans doute pour cela que celui de la BNF me "parle" autant), l'escalier en double révolution (revu depuis, il a survécu)

et puis "l'entrée en tombeau de Napoléon" côté arrière, voulue par l'un des présidents, des années de lourds travaux ... partis en fumée. (1) Il fallait veiller qu'un même enfant ne perçoive qu'un seul cadeau or certains pouvaient apparaître trois fois à la suite d'un divorce et d'un remariage au sein de l'entreprise, déclaré par la mère, le père, la nouvelle femme du père.

 

Le gros des troupes filtrables par programme, mais toujours de somptueux cas particuliers. Certaines personnes ayant visiblement des existences agitées mais que ça n'empêchait pas de vouloir profiter même indûment de tous les avantages. Cette double aptitude au rock'n'roll doublé d'une capacité à examiner le moindre document administratif m'a toujours sidérée. Alors que ça n'est pas strictement contradictoire, en fait. (1) Hé oui c'était au siècle dernier. D'un portable tout le monde n'était pas équipé.

Mais auparavant, souvenirs d'autres dégâts...

Les dégâts occasionnés par la guerre de 14/18 au Siège Central

 

Wout


    Je lisais paisiblement le journal de Guillaume Vissac, quand soudain, son irruption : 

020424 Fuir est une pulsion

Je l'avoue, j'ai ri.
(tout en étant parfaitement consciente que n'est en rien drôle ce qui est décrit, ni pour Guillaume, ni pour le champion cycliste dont j'ai vu la chute en quasi direct retransmis et quelle violence, et d'ailleurs sur le moment, luttant sans doute pour ne pas perdre connaissance, ce dernier gémissait)

Depuis cette lecture, je me demande quel sportif de haut niveau tient un journal (diario). On dispose de vlogs et de podcasts en veux-tu en voilà, mais un vrai written diary ? Quelqu'un ? Rhys ? Guillaume Martin ?


Les réseaux sociaux c'est aussi une bonne source de fou-rires du soir (espoir)


    À l'heure où tant de monde se plaint des réseaux sociaux, j'en maintiens un usage anachronique parcimonique et plutôt heureux (même si j'y vois bien entendu passer des expressions de points de vue qui m'affligent ou me laissent totalement perplexe et peu optimiste quant à notre avenir politique). Mon job m'y aide beaucoup : je suis concentrée non-stop sur le boulot, il peut se passer n'importe quoi sur n'importe lequel je l'ignore et découvre seulement quelques bribes le soir en rentrant, trop tard pour intervenir.

Souvent j'y flâne un peu après le dîner, inévitablement tardif, prendre des nouvelles des ami·e·s, me tenir au courant de la marche du monde, au moins les grandes lignes, parfois tenter de comprendre ce que j'ai vu au soir en traversant Paris - ce soir j'ai cédé le passage à un passage piétons sortie de l'Élysée à des officiels des J.O. (1) -, le temps de choper une info décalée ou un trait d'humour qui me fera éclater de rire. 

Une fois ma quantité de rigolade absorbée je peux aller me coucher en paix.

Ce soir c'est sur Bluesky que des camarades m'ont fait bien marrer. Et en deux temps qui plus est : 

 

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Avec la réponse reçue : 

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(1) Sebastian, ne vous méprenez pas, je cède le passage à tous les piétons qui traversent dans les clous
(je rigole, je ne sais pas si c'était lui, mais il étaient deux, un homme et une femme, et l'homme avait son allure)


Réapprendre à vivre sans électricité (et divers autres trucs)


    Ça fait longtemps que j'en suis consciente et j'ai profité du premier confinement pour un peu m'entraîner : nous devrons dans un avenir pas si lointain réapprendre à vivre avec peu ou pas d'électricité.
Le premier confinement était le bon moment pour moi pour tester. Il faut dire que je disposais entre autre d'ustensiles de cuisines et d'outils (jardin, bricolage) venus de mes parents et grands-parents maternels, tout ça bien mécanique.
Sans surprise, et à condition que le gaz y soit, lequel est aussi une énergie fossile donc bon, on peut très bien s'en passer, y compris pour battre des œufs en neige ou monter une mayonnaise. Laver le linge à la main est tout à fait faisable (mais ça prend tant de temps). 
Il n'y avait pour moi que l'ordi et le téléphone, dont je ne pouvais me passer (du moins puisqu'ils étaient disponibles). Mais il doit y avoir moyen de bricoler des trucs avec un home trainer (1). 
On peut revenir à un mode de vie davantage calqué sur les heures solaires et si l'on doit veiller, le faire à la bougie.

C'est une chose que de voir venir et tenter de déjà s'y préparer un peu, ç'en est une autre que de lire une date étape précise et qu'elle soit à portée de pensée projetée. En l'occurrence pour moi, si je survis jusque là : deux ans après ma retraite.
Je le vois dans un article, transmis par Abie, Oil in the North Sea is expected to be net-energy negative by 2031.

avec entre autre, cette constatation :

"rather than use our remaining years of access to these fuels to turbo-charge new energy infrastructure, fossil fuels are being extracted and burned for business as usual: quick cash."

Plus on avance sans prendre les mesures qu'il faudrait, car le capitalisme et son obligation de perpétuelle expansion, partout l'a emporté et que les solutions alternatives pour l'instant existantes ne peuvent fonctionner qu'à petite échelle locale ; des communautés de survies comme dans "La constellation du chien", voire dans "Enig Marcheur", plus je crains que notre temps de fonctionnement sur les schémas actuels (2) ne soit fortement compté.

 

 

(1) J'ai trouvé une start-up qui produit de tels home trainers ainsi que des vélos de salles de fitness mais ils sont pour collectivités et clubs ou entreprises, pas pour les particuliers. 
(2) Insatisfaisants, j'en conviens, mais permettant dans un certain nombre de régions du monde que la plupart des gens ait de quoi manger, se loger, se chauffer l'hiver et en cas de maladies se soigner. Et même s'accorder quelques loisirs plus ou moins niais.

PS : À mes yeux, le nucléaire n'est pas une solution puisqu'on ne sait toujours pas traiter les déchets dangereux qu'il fait accumuler. On sait seulement les glisser sous le tapis pour empoisonner la vie et la santé des éventuelles générations futures.


#MeTooMedecine #MeTooHopital et en fait #MeToo dans tous les domaines

 

    Ce qui est effarant c'est qu'à peine un domaine professionnel concerné, on apprend qu'en fait c'était encore pire dans le domaine voisin.
C'est à présent #MeTooMedecine via @jujulagygy et les témoignages affluent.
Je suis à la fois pas surprise et stupéfaite d'une telle ampleur et commence à me faire à l'idée que tous les hommes qu'on admirait en fait ont eu des comportements ou des propos a minima déplacés. 
Probablement qu'il y a un effet lié au charisme, lui-même lié à l'énergie dont dispose une personne (les mollassons ne sont pas charismatiques, et restent souvent dans l'anonymat), et qu'un type de personnalité d'hommes ont à la fois de fortes pulsion et peu d'aptitudes à la compassion, en plus de se croire au dessus du commun des mortels (surtout des femmes) et de présupposer qu'une jeune femme sera forcément flattée par ses attentions.

Née dans les années 60 et éduquée par une mère féministe pour son temps, portée par mon propre tempérament et mes aptitudes qui faisaient que je me foutais du genre royalement, jusqu'au moment où je me mangeais un mur (1), je n'en demeure pas moins de mon temps.

On intégrait assez tôt que les hommes avaient des besoins, des pulsions, que c'était moche mais qu'ils étaient comme ça, qu'il fallait faire avec. Et que les calendriers de femmes à poil sur les lieux de travail, que voulez-vous, ne faites pas attention, ils n'en sont pas fiers, mais ça les aide à tenir. 
C'est comme ça, on n'y peut rien.

Quand il nous arrivait un truc, qu'on qualifierait de nos jours d'agression sexuelle mais qui à l'époque, à moins d'un viol avec violence, était considéré comme un Hé bien t'as pas eu de chance, t'es mal tombée, on ne pouvait en parler, si l'on en trouvait la force, qu'à des personnes de notre entourage, perso, scolaire ou pro. D'où que ça renforçait l'impression d'être tombée sur le pervers de service, dommage de l'avoir croisé.
Jamais on n'aurait imaginé que c'était en fait les attitudes insupportables qui étaient la norme et les comportements qui auraient dû être normaux, l'exception. 
Il aura fallu l'internet et que les femmes puissent communiquer directement entre elles, sans se connaître, pour s'apercevoir de l'universalité des déviances. 

Toute l'éducation des filles vise à les culpabiliser. Ce qui fait que dans le cas d'agressions sexuelles, on se demandait inévitablement Mais qu'est-ce que j'ai bien pu faire pour lui faire croire que ?
Dans mon cas, comme j'ai toujours préféré me vêtir de vêtements pratiques et confortables ou sportifs, la question de la tenue se posait peu. Il m'est resté des cas de perplexités sur d'éventuels double-sens inconnus de moi dans ce que j'avais pu dire et qui avaient pu laisser croire que.
Des décennies plus tard, je comprends que non, rien. J'étais juste une femme, jeune, et plutôt rieuse.

Sauf atteinte physique grave avec séquelles, porter plainte n'était pas une option. 
Voir paragraphe du début. Les hommes sont comme ça, on n'y peut rien, et vous avez dû faire quelque chose qui lui a fait croire qu'il pouvait agir comme il l'a fait.

Dans les milieux professionnels, c'est la victime qui si elle parlait se couvrait de honte et avait des ennuis. 

Rétrospectivement, je pense que j'en ai eus, et des incompréhensions face à des revirements dans des dossiers de boulot, ou des tâches qu'on devait me confier et des promotions logiques qui étaient reportées. J'en ai eu d'avoir royalement ignoré certaines propositions crapuleuses. Et je les ai ignorées, je l'ai compris 30 ans plus tard en lisant des témoignages, parce que ça ne m'avait pas même effleuré que tel propos était en fait une allusion, une proposition insidieuse. J'étais trop naïve pour comprendre et tellement à des années-lumières de ce à quoi le monsieur songeait. Certains ont dû me prendre pour une résistante. J'étais seulement ben niaise et prenais ces messieurs pour de meilleures personnes qu'ils n'étaient, ne les imaginais pas même capables de telles bassesses. J'ai été exemplaire ... par ignorance absolue. 

Il se trouve aussi que je n'ai pas peur, je peux éprouver une peur physique face à un danger grave et concret ou une peur par surprise (celles qui font sursauter), mais personne ne m'impressionne, la peur ne vient qu'après (2). Il y a donc eu bien des situations où au lieu d'avoir peur, j'ai éclaté de rire tant le monsieur et sa tentative me semblaient ridicules ou insensée. Les très rares cas où il y avait urgence, je sais me battre, j'ai repoussé violemment. Et ça n'était pas des grands violents, une opposition calme et physique suffisait, parfois même un simple "Ça va pas la tête ?".
Que serait-il advenu si j'avais ressenti une de ces émotions qui peuvent nous plonger en état de sidération sans pouvoir réagir ?

J'aimerais aider les femmes plus jeunes, j'aimerais que cesse la légitimité offerte aux comportements abusifs.
Seulement j'ai le sentiment de venir d'une époque si lointaine, ou les choses étaient considérées si différemment, que je ne sais ni comment, ni que faire.

 

(1) Comment ça je ne peux pas m'inscrire au foot parce que je suis une fille ? Mais pourquoi ?!

(2) Tout à l'heure alors que je faisais un jogging, un chien assez grand a échappé à la vigilance de qui le promenait et m'a sauté dessus. J'ai été prise au dépourvue, pas apeurée. En même temps peut-être voulait-il simplement jouer. Elle s'est confondue en excuses.


En marge du marathon (de Paris)

 

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C'était un jour orienté vers le sport même si j'en ai fait assez peu, seulement une séance d'endurance fondamentale d'un peu plus de 11 km en croisant une 500 Fiat (garée).

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On a testé à cette occasion les nouveaux trams qui vont jusqu'à la porte Dauphine mais aujourd'hui n'y allaient pas (pour cause de marathon, justement).

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Et le tout nouvel aménagement beaucoup plus agréable de la Porte Maillot avec un peu de la ville rendue aux piétons et aux circulations douces.

Avant de partir on avait admiré le marathon des championnes et champions puis il était temps d'y aller nous-mêmes (pas au marathon mais courir).

Je suis parvenue à bien caler l'heure et demie prévue, c'était pas mal pour une première - car nous allons rarement courir au bois -. Avec le tram ça sera plus fréquent.

Nous avons croisé des camarades qui faisaient le tour de la boucle de Longchamp, deux (à des moments différents) qui encourageaient d'autres gens, mais étions trop tard pour la Team Supporter et ceux qui courraient sauf l'ami Romain mais qui était loin. Nous avons encouragé celles et ceux qui passaient et finalement portés par l'ambiance chaleureuse, souhaitant y contribuer, marché du 37ème km à la fin en encourageant les marathonien-ne-s.

Puis le retour en RER C à temps pour voir la fin splendide du Paris - Roubaix hommes. 

C'est seulement après Stade 2 que j'ai reconnecté avec notre vie quotidienne et ses contraintes qu'il ne faut pas négliger sous peine qu'elles ne nous rattrapent et j'ai fait ce qui était devant être fait. Cette journée sportive m'avait bien requinquée.

 

 


Niveau de fatigue atteint : la vieille brunette avec deux chaussures noires (mais pas les mêmes)

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Je m'étais empressée de filer courir une fois la journée de dur labeur bouclée. Voilà qu'à peine partie et parce que davantage que dans la foulée c'était dans le laçage que je ressentais une bizarrerie, je me suis rendue compte que j'étais partie avec des chaussures issues de deux paires différentes.

J'ai fait demi-tour.

Mais c'est quand même la preuve d'un redoutable niveau de fatigue (1).

 

(1) En plus que d'un manque d'éclairage du couloir.

PS : Je ferais une bien piètre influenceuse équipement.