Arras Film Festival 2019 jour 1: Après une année mouvementée, nous revoici !
Film : Notre Dame du Nil

Film : Erased (Izbrisana)

Affiche-erased

Erased (Izbrisana)

de Miha Mazzini, Slovénie, 2019, 1h25
avec Judita Frankovic, Sebastijan Cavazza, Jernej Kogovsek, Doroteja Nadrah

Le 26 février 1992 un décret en Slovénie a déchu de la citoyenneté slovène, en les rayant du registre national (dit de résidence permanente), pour les transférer sur celui des étrangers, tous les habitants de Slovénie qui n'étaient pas nés là mais dans une autre partie de l'ex-Yougoslavie. 

Ils avaient six mois pour entreprendre des démarches de régularisations, en tant qu'étrangers immigrés, et au moins revenir sur le territoire avec un visa valide. Ce qui était particulièrement ubuesque par exemple dans le cas de qui venait de Bosnie car celle-ci n'avait pas encore pris acte de la dissolution, et donc ne pouvait fournir de visa pour un autre pays de l'ex-Yougoslavie. Ou parfois faisait courir un danger de mort : certains d'origine Serbes furent déportés en Croatie (car absence de frontière commune avec la Serbie) qui était alors en guerre contre la Serbie. Enfin une des questions cruciale des formulaires était "Par quelle frontière êtes-vous entrés ?" et celles et ceux qui avaient grandi en Slovénie en y arrivant petits à un moment où il n'y avait pas de frontière entre ce qui était des régions d'un même pays, ne pouvait pas y répondre.

La plupart des personnes n'était pas au courant qu'elle devait accomplir une démarche. Beaucoup se sont retrouvés apatrides sans même l'avoir su. On les a appelés "Les effacés de Slovénie" et ils furent plusieurs dizaine de millier. Le sort de tous n'est pas régularisé. Et presque aucun n'a été indemnisé en proportion des conséquences terrifiantes que le passage par l'état de sans-papiers a eue dans leurs vies. 

Le film traite du cas de ces personnes via quelques personnages de fiction plutôt représentatifs. Ainsi Ana qui arrive à l'hôpital pour accoucher, avec tous ses "documenti", carte d'identité, de sécurité sociale etc., mais dont la personne à l'accueil ne parvient pas à retrouver la trace administrative. Devant l'urgence de la naissance, les contingences administratives sont temporairement mises de côté et l'accouchement se passe semble-t-il fort bien. Seulement ensuite Ana ne peut repartir et en tout cas pas avec son enfant. Elle n'a plus aucune existence juridique. 

Quant au père de la petite fille, on apprend assez tôt dans le film qu'il s'agit d'un homme haut placé dont elle n'est pas la femme principale. Il se sont visiblement séparés avant que la grossesse ne soit remarquée et il se montre plutôt secourable devant l'adversité (et plutôt flegmatique quant à cette paternité inattendue).

Une des qualités du film réside d'ailleurs en cela : sur le chemin de son enfer, elle ne manque pas de bons secours. Seulement même ces personnes de bonne volonté, et qui souvent paient de la perte de leur poste l'assistance qu'elles tentent de prêter, ne parviennent pas à sortir Ana de la trappe administrative dans laquelle elle est tombée. On la voit par ailleurs accomplir un nombre certain de démarches, suivre méthodiquement les pistes qui lui sont indiquées. En vain. En vain. En vain.

Sur la forme, on est dans du classique, avec une utilisation fréquente d'effet de netteté / flou qui s'accorde bien avec les questions d'invisibilité que le sujet comporte. L'histoire reste ancrée dans le réalisme. Elle aurait pu être traitée avec un décollage vers le fantastique mais ça n'est pas le cas. La fin est logique et évite pas mal d'écueils, ce qui est appréciable. 

Comme la plupart du temps avec les films de l'ex-Est que l'on voit au festival, l'interprétation est parfaite, chaque acteur ou actrice est le rôle, on y croit. 

Seule très légère invraisemblance mais dû à des contraintes légales j'imagine, le bébé est beaucoup plus "vieux" que son âge. Bien vues en revanche : les problèmes pratiques douloureux que pose une séparation brutale d'avec un bébé que l'on allaitait.

Complément d'infos : 

Un article de rue 89 en 2016 sur "Le combat sans fin des effacés de Slovénie"

 

 

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