Arras Film Festival jour 6 : Bel anniversaire
Arras Film Festival jour 8 : Il Campione

Arras Film Festival jour 7 : premiers assoupissements (hé oui, ça arrive)

 

    C'était une journée chargée : nager au moins 45 mn le matin et voir 5 films. 

Ce fut possible et plutôt bien, mais j'ai pour la première fois de cette session du festival dormi pendant les films : une fois à cause du film qui était un peu mou et trop convenu, une fois parce qu'il y avait une cannonade sévère et que les bruits de guerre m'endorment (1) et la dernière totalement inexplicable, pendant le film "L'incinérateur de cadavres" que j'avais pourtant la sensation de suivre avec attention ... et soudain je reprends conscience il m'en a manqué un bout (spoïler alert : quand le tueur en série au délire nazi s'en prend à sa femme donc un pic de tension et d'action et moi ZZZZZzzzzz). Peut-être que les 1600 à 1800 m nagés entre 7h45 et 8h30 le matin n'y étaient pas pour rien, même si j'ai eu au contraire tout au long de la journée l'impression d'être davantage en forme que jamais. 

À part ça, repas à la maison, juste une gaufre de Liège lors d'un entre-deux et une soupe au "club-house" entre le film de 19h et celui de 21h30.

Un aller-retour à un moment où le temps de battement était fort court : l'homme avait oublié de prendre son anti-allergique et sentait venir une crise. 

Et sinon une quête de cartes postales d'Arras, curieusement difficile, comme l'an passé. Eussé-je voulu une carte du Mont Saint Michel au Furet du Nord ils en avaient. Mais pour le Beffroi d'Arras, j'ai dû trouver quelques vieilles cartes cornées qui survivaient sur un présentoir d'un café tabac vaguement un peu presse. Le jeune homme qui y bossait était en pleine conversation de rêves d'avenir avec deux potes (ou plutôt Bucket list) et c'était à la fois touchant et triste (et au bout du compte inquiétant ?) tant leurs aspirations étaient tendres, affectueuses envers une personne au moins et leur famille, et raisonnables. Seulement si quelque chose de tout simple est le rêve à 20 ans, ça en dit long sur le sale état du monde (2). L'un des trois disait en tout cas qu'il tenait à sa région et n'imaginait pas qu'ailleurs ça serait mieux.

Je n'avais pas remarqué leur présence les années d'avant, mais cette année en tout cas il y a des hommes qui dorment malgré le froid dans des couvertures sur des cartons sous les arcades. Quatre ou cinq, répartis. Notre société file décidément un bien mauvais coton. 

La quête de cartes postales m'a amenée à La Grand Librairie où j'ai déniché à défaut d'image de la ville, quelques ouvrages pour ma prochaine émission de "Côté Papier". Et elle m'a aussi poussé à faire une escale à une supérette sur la Grand Place, afin de trouver des enveloppes. Et du coup un stylo. Et du coup du chocolat.

Nous sommes repartis du dernier film en la compagnie de nos amis Henri et Danièle qui eux poursuivaient jusqu'après le pont. Amusant comme cette année notre programmation et la leur auront été différentes. J'ai aussi croisé Rémy mais il était avec un groupe, nous n'avons pu que nous saluer. C'est curieux aussi combien certaines années nous rencontrons sans arrêt des personnes que nous connaissons alors que d'autres fois nous pouvons traverser le festival comme si nous n'y connaissions personne. Peut-être que cette année nous rentrons davantage au logis, besoin de dormir, tentative pour moi d'écrire au moins un mot sur chaque film.

 

(1) Un de mes plus profond endormissements au ciné : Apocalypse Now. Quand ça canarde fort et longtemps mon cerveau débranche.

(2) J'aimerais partir en voyage avec mes parents. J'aimerais vraiment ça, pouvoir leur offrir un beau voyage, avant qu'ils soient trop vieux.
Il me semble que c'est quelque chose que l'on devrait pouvoir faire de façon relativement courante et pas en mode Si jamais on gagnait au loto. 

*                                    *                                    *

Voici la liste du jour et quelques mots, justement, pour tenter de fixer la mémoire. J'espère pouvoir plus tard m'adonner à de vraies chroniques.

1/ The iron bridge (Zelazny mot)

Film de bonne facture et intense - mais avec un accident minier et le suspens de savoir si on va tirer de là le ou les rescapés, il faudrait être une buse pour que ça ne le soit pas -. À la base un triangle amoureux archi rebattu, avec la différence que c'est une femme partagée entre deux amours et dont l'un est un peu un des boss au boulot, qui se trouve être dans une mine souterraine, donc. Alors il ne se retient pas trop pour envoyer son rival dans les coins où ça craint. Ce qui devait arriver arrive (je ne spoïle rien : le film démarre que l'éboulement a déjà eu lieu et ce qu'on apprend de la situation initiale vient par flashs back) et du coup tout le monde essaie de le sortir de là, y compris et ultra-motivé celui qui l'y a collé et se trouve dévoré de culpabilité.

Le problème de ce film, ce sont les invraisemblances scénaristiques. Parce que la réalité souvent n'est pas plausible mais la fiction ne peut se permettre de ne pas l'être car alors on ne croit plus à l'œuvre, on sort d'y être embarqués. 

[spoiler alert : ne lisez pas plus loin si vous comptez aller voir ce film]
Le mineur coincé par un éboulement était tout seul totalement seul dans la zone concernée. Je croyais, mais peut-être que je me trompe, que les mineurs bossaient en équipe, les membres d'une même équipe fort peu éloignés. 
Il y a un seul type au fond et on met des moyens de forage lourds en œuvre pour pouvoir l'atteindre. On envoie aussi des secours qui prennent de gros risques (zone non sécurisée etc.). Je ne demande pas mieux que de croire à un tel humanisme, mais fait-on vraiment comme ça de nos jours ?
Le forage permet d'envoyer une sonde avec équipement audio grâce auquel le contact est établi avec le finalement survivant (du moins dans un premier temps). Or les hommes qui lui parlent calculent qu'il faudrait 10 jours pour pouvoir faire un forage suffisant pour l'atteindre lui. Pourquoi avoir entrepris un premier forage sur cette zone si l'on savait que si jamais le contact pouvait être établi ça serait automatiquement insupportablement trop long pour le tirer de là ? - OK il est question d'une sorte de colis de survis déposé quelque part par une équipe de secours mais puisqu'on savait qu'ils ne pouvaient avancer plus, pourquoi lancer le forage ? -. 
Le gars il se laisse envoyer dans les pires endroits par son rival en protestant tout juste un peu pour la forme. Sa femme est présente presque en permanence avec les équipes de sauvetage. Really ?
Bref, on passe son temps à tenter de "remonter" dans le film après en avoir été débarqué par des éléments qui ne semblent pas crédibles, pas tout à fait. Quel dommage ! 
(Actrices et acteurs épatants, rien à redire) 

 

2/ The best of Dorien B

Une jeune femme se débat entre son métier (vétérinaire à son compte dans un cabinet qu'elle tient de son père), sa petite famille (deux garçons, l'un pré-ado l'autre plus jeune), son mari volage et très pris par son travail, ses parents qui sont en plein drama de séparation de vieux, et l'annonce qu'elle est atteinte d'un cancer du sein. 

C'est censé être une comédie. Par moment on sourit, vaguement. Le surmenage des femmes est très bien vu. Le fait que l'actrice principale soit une femme normale fait du bien (elle n'est ni grande ni petite ni grosse ni maigre ni laide ni belle et you know what, c'est suffisamment rare pour être signalé). Les scènes avec les enfants sont impeccables (justesse de ton, de tempo, d'interprétation) 

Tout le monde joue très bien et c'est bien filmé aussi. 

Seulement voilà, quelque chose ne prend pas, malgré les professions un peu inhabituelles au cinéma - ce qui permet au passage de voir un accouchement chevalin -, le reste est archi-convenu. Alors, on dort (pour peu qu'on soit fatigués, nous aussi).

Dommage, il y avait du bon. Et certaines scènes tellement bien vues.

 

3/ La nave bianca

Un des (le ?) tout premiers films de Rosselini et qui était clairement de propagande, du moins pour dire que les petits gars soldats étaient de bons garçons loyaux et courageux, les jeunes femmes de magnifiques infirmières volontaires dévouées et que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes guerriers. 

Et le truc c'est que malgré le cahier des charges et le ridicule de bien des éléments, voire du fascisme lui-même, hé bien Rosselini parvient à en faire quelque chose qui se laisse regarder. Pour un peu, on y croirait, à la grande camaraderie qui fait que tous les copains du jeune soldat amoureux font ce qu'ils peuvent pour que l'amour ait lieu. 
 

4/ L'incinérateur de cadavres 

film Tchèque 1969

La palme du film étrange et stupéfiant. Un machin inclassable. Le personnage principal est un homme qui travaille comme responsable dans un funérarium et entre peu à peu, aidé en cela par un type "important" convaincu par le nazisme, dans un délire de vouloir purifier tout le monde par l'incinération. S'y mêle des délires de réincarnation inspirés par un livre sur le Tibet qu'il détient et dont la lecture comme s'il s'agissait d'une bible lui fait "voir" le Dalaï Lama qui lui confie de bien étranges missions. Au début du film cet homme, en plus de nombreuses maîtresses, essentiellement prostituées d'une maison close cossue, est entouré de sa femme, sa fille et son fils de 14 ans. On comprend vite que devant les délires du père, ils risquent de ne pas faire de vieux os. 

C'est filmé un peu façon Bunuel dans Un chien andalou. Pas de répit dans l'inventivité, ni pour le spectateur. 

Bluffant. 

Le film avait été commencé du temps du printemps de Prague, il a repris après la répression, le montage a été contrôlé, la diffusion ne dura qu'un mois, on sent que l'œuvre aurait peut-être ressemblé à tout autre chose si la liberté entre son début de réalisation et le produit fini, lui avait été maintenue. 
Il n'en demeure pas moins que le résultat décoiffe. 

Malgré son côté vieux noir et blanc sans trucages coûteux, le film laisse une forte impression, un malaise glaçant. Preuve qu'il est réussi.

 

5/ Negative numbers

film géorgien devrait sortir en France entre janvier et mai 2020
film très fort, milieu carcéral de tout jeunes hommes où règne semble-t-il par tradition une organisation de type "chef des voleurs" et où l'administration se contente de déléguer son pouvoir et ne se manifester (what a surprise : plutôt pour en rajouter) que lorsqu'il y a des débordements sévères qui pourraient peut-être leur attirer des ennuis. Du coup violences et rackets et abus de toutes sortes. Suicide(s) aussi. 
Des éducateurs venu leur présenter une activité rugby, se heurtent d'abord à une hostilité générale puis suscitent l'engouement. 

C'est magnifiquement filmé, on y croit à fond. Et on ressort de la bien lessivé·e·s. 
Un des meilleurs films que j'ai vus depuis le début de ce festival. 
Le réalisateur, Uta Beria, qui était présent, disait que de ses amis qui sont de vrais rugbymen retraités enseignant leur sport et ses valeurs en prison, sont à l'origine du projet, ils voulaient témoigner de ce que l'expérience leur a appris et apporté. Ça se sent que le film est porté. C'est beau. Extrêmement dur. Porteur de peu d'espoir. Mais beau.  

 

 

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