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Le Kung Fu sous la flotte - c'est beau c'est beau c'est beau -

L'intervallo - Leonardo di Costanzo - mai 2013

 

Il sera dit que les deux films récents qui auront laissés sur moi une empreinte durable en cet hiver 2013 devaient être italiens :

Les équilibristes, vu au festival d'Arras et qui me hante encore, depuis novembre l'effet n'est pas dissipé ;

- L'intervallo de Leonardo di Costanzo vu à Paris avant une belle rencontre.

 

 

 

Les films les plus forts viennent souvent des fils les plus fins : deux jeunes se retrouvent à devoir partager une journée dans l'attente inquiétante des mafiosi qui les ont mis en présence ; on comprend très vite que la jeune fille s'est faite enlever par représailles ou punition. Quant au garçon, il n'a pas eu trop le choix, et s'est sous la menace qu'il se fait geôlier.

Bref, una giornata particolare, mais dans une vie d'adolescents menacés par la violence d'une société dans laquelle ils n'ont que commencé à poser les pieds ; mais qui aurait été filmée par Tarkovski au lieu de Scola : décor digne de la fin de Stalker ou Nostalghia, grands bâtiments abandonnés avec splendide séquence de pluie et la présence de l'eau aussi à l'intérieur, comme un hommage (1), et les avions qui par moments passent si bas que comme dans Le sacrifice ils interrompent actions ou conversations ou du moins les dévient.

Mais contrairement à l'univers exclusivement sombre du cinéaste russe, le film italien nous offre de délicates trèves, alors que les deux protagonistes explorent l'univers clos dans lequel on les a jetés. Ces moments où la part d'enfance encore vive en eux reprend le dessus et la menace sur leur avenir immédiat s'estompe.

La magie du film est de nous accorder aussi une parenthèse, un espoir que la beauté du monde malgré sa condamnation à plus ou moins brève échéance, ne soit pas tout à fait perdue et qu'il doit être possible de s'entendre entre (sur)vivants.

Enfin, les mafieux et par ailleurs l'expression des jeunes, en dialecte, sont d'une impressionnante vérité. À en oublier qu'il s'agit d'une fiction.

Je sais que ce film me restera longtemps. Et que perdureront quand j'aurai oublié l'essentiel de l'intrigue, ces deux scènes du fils et son père préparant leur matériel de travail pour la journée, à gestes immuables, silencieux et précis, puis le repliant à la nuit venue.

 

 

PS : J'ai la conviction, s'il parvient à maintenir le cap face aux sollicitations et aux risques séduisants de ce monde et sauf accident de la vie, qu'on tient en Allessio Gallo un futur très grand : prenez le temps d'écouter son interview au sujet du film. Ses débuts me rappellent ceux de Di Caprio dans Gilbert Grape, et il ne s'agit pas plus de le prendre pour un pataud sympa que le tout jeune Leonardo d'alors pour un handicapé (2). He's gonna be redoutable et vous pourrez dire : j'ai vu son premier film.

 

(1) Se méfier des fausses évidences : interrogé à ce sujet Leonardo di Costanzo qui parlait lui-même volontiers de "Una giornata particolare" a dit que les références à Tarkovski n'étaient pas volontaires, dont il était flatté.

(2) Il était à ce point saisissant, et peu connu à l'époque, que j'avais eu un doute si le cinéaste n'avait pas fait le pari de recruter quelqu'un qui l'était.

Bonus : un article de Télérama avec trois extraits commentés par son réalisateur

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