L'intervallo - Leonardo di Costanzo - mai 2013
J'adore assister aux projections presse

Le Kung Fu sous la flotte - c'est beau c'est beau c'est beau -

The Grandmaster - Wong Kar-Wai - 2013  

 

 

J'aime les œuvres calmes, sobres et ténues, qu'il s'agisse de livres ou de films, voire même de musique. Celles qui parlent à l'âme, sans artifices, le plus simple qui va au cœur et à l'intelligence qu'il a.

Mais je suis sensible aussi à ce qui tient de l'état de grâce, de génie, de folie créatrice partout où il se niche. Il m'est arrivée d'être transportée, littéralement, le souffle coupé de beauté, à l'opéra - tout le contraire du sobre et ténu -.

Et puis je suis une femme que le charme de certains, comme une midinette, ne laisse pas de bois. Tony Leung Chiu-Wai est de ceux-là.

Par ailleurs nous éprouvons quelques difficultés mon fils (17 ans) et moi à trouver des films qui nous vont à tout deux : il a passé l'âge de suivre courageusement maman dans ses prédilections Arts et essais, a besoin d'action et que ça pète un peu, tout ce qui fait que je peux m'ennuyer, l'action étant souvent ce qui pallie au fait qu'il ne se passe rien "inside".

Wong Kar-Wai a réussi l'exploit de nous séduire tout deux avec du cinéma en mode majuscule, une forme de western asiatique, d'épopée confuse mais de toute beauté, de gestes violents mais chorégraphiés.

Le parti-pris esthétique est si fort qu'il peut agacer, pour ma part il m'a, pour une fois, embarquée sans doute parce qu'il était parfait. La scène d'ouverture de kung fu sous la flotte m'a scotchée au fauteuil, un exploit de cinéma, une scène dont on se demande, même avec les moyens numériques actuels comment il est possible de la tourner et qu'on imagine devoir prendre des mois de travail, une folie.

Une des scènes est la plus sensuelle que j'aie vue au cinéma depuis des années. J'ai été sensible à l'effet miroir - alors que j'ai tout au plus quelques notions de karaté -, c'est dire.

Je soupçonne d'ailleurs que les vrais amateurs de kung fu dans ce chef d'œuvre d'art cinématographique ne trouvent pas leur compte, que c'est trop fait beau et pas assez en gestes enchaînés (1), mais j'ai aimé qu'il n'y ait pas que de la pure brutalité, que certaines des techniques pratiquées permettent aux hommes et aux femmes de lutter à égalité.

Les sortes d'absences du scénario (2) ne m'ont guère gênée, sauf une (IP Man avait-il un fils ? Est-ce lui que La Lame en le défiant balance dans un fauteuil ?), il est vrai que j'apprécie les films de David Lynch donc je n'ai pas forcément besoin qu'on me dise tout tout bien. En revanche les bruits de coups exagérés, si.

Et une déformation de l'informaticienne qui ne peut voir ou entendre IP sans songer "adresse I.P.". Ainsi que la ressemblance sous un certain angle entre Tony Leung et Barack Obama qui m'a troublée à plusieurs reprises, au point de me demander un effort de reconcentration vers le film (3).

Le souci des détails, de brefs plans de coupe presque drôles me restera, les boulons, les planchers, le décor que l'on craint d'abimer (ou que l'on défie de ne pas casser). Je sais que plusieurs visions de l'œuvre n'épuiseront pas les redécouvertes de nouveaux points de félicité. Et pour une fois j'ai aimé un gimmick, celui des photos aux éléments figés.

Si mon emploi du temps n'était pas si chargé ni mon porte-monnaie si plat, je serais déjà retournée voir le film, je crois. La sorte d'énergie qu'il m'a apportée m'a duré une semaine, pendant laquelle mon calme était souverain.

 

PS : Le vrai Ip Man ou Yip Man ressemblait à cela et sa technique devenue fameuse à ceci

(1) On me souffle dans l'oreillette qu'il faut voir les Ip Man pour ça.

(2) J'ai eu l'impression qu'elles étaient dues pour partie à un montage un brin trop expurgé. On m'a confirmé qu'une version asiatique du film durait 10 minutes de plus. Sans doute les bribes qui manquent à une compréhension moyenne.

(3) Ce côté rassurant du bon vieil internet et un ami qui a effectué une première recherche : je sais que je ne suis pas la seule à le penser.

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