Pasolini par Pierre Murat (intervention trop courte)

 

"Et c'est dire à quel point ce type manque dans une société où il aurait quand même beaucoup à dire" Pierre Murat

Cet article est lié à une exposition sur Pasolini qui a lieu à la Cinémathèque de Paris. J'espère que la video restera disponible encore un moment. 

 


Visite guidée : Pasolini Roma à la Cinémathèque... par telerama

Un giorno particolare - une journée à Rome

film d'Isabella Commencini

 

 

 


Une journée à Rome par previewnet

 

Pour une fois je préfère le titre en V.F. au titre original qui marchait un peu trop sur les pieds d'un chef d'œuvre.

Le film lui-même m'a beaucoup plu, contrairement au camarade Sorj qui pour le Canard l'a modérément apprécié, je ne me suis pas ennuyée. Seulement je crois que c'est le genre de film qui, attachant mais non sans défauts, dépend beaucoup dans la perception qu'on en aura de notre propre état d'esprit au moment où on le voit.

Il se trouve que j'étais triste, un peu perdue dans ma vie. Je ne demandais qu'à ce qu'on m'embarque ailleurs, et la jeunesse des deux protagonistes m'a immédiatement délassée du poids de mes années (1).

Le film raconte la parenthèse que vivent Marco et Gina pendant une journée à Rome ou dans ses environs. Elle doit rencontrer un député, qui moyennant quelques faveurs sexuelles pourra donner le coup de pouce décisif à sa carrière d'actrice plutôt que d'escort girl. Il est chauffeur depuis le matin même. Mais voilà que le député est un peu trop pris, et qu'ils sont priés de s'occuper en attendant, on les rappellera. La voiture est grosse et les frais sont payés. Le garçon comme la fille ont déjà tout intégré des mécanismes cruels de cette société-ci, si bien qu'ils osent à peine se laisser aller à s'amouracher comme naguère, à leur place, nous aurions fait sans hésiter.

Le film est très juste sur certaines notations sociales, très contemporain, il aura sans doute un succès longtemps plus tard comme trace d'ici et maintenant.

Il manque un peu du petit quelque-chose qui en fera une œuvre dont on se souvient après même si en entrant dans la salle on était préoccupés.

Il y a moins de force dans celui-ci que dans l'Intervallo, son cousin (2). Je ne saurais dire à quoi ça tient. Peut-être à la force de la menace qui plane sur les deux jeunes. Dans la "Journée à Rome" seule la fille est menacée ; le gars ne l'est qu'après, lorsqu'il se sera senti dans la peau de celui qui amène la proie (certes consentante mais quand même) à son prédateur las.

 

On voit pas mal de Rome et de ses alentours, j'ai apprécié. 

Les deux jeunes acteurs sont parfaits. Leurs dialogues sonnent juste. Ainsi que les moments de malaise de la jeune femme, prête à tout pour s'en sortir, mais insuffisamment aguerrie.

On rit aussi.

Un bon moment, une belle balade, et un film qui gagnera de la valeur, comme témoignage, en vieillissant.

 

(1) La peine qui me tenaillait était liée à trop d'âge et pas assez de beauté. 

(2) Au point qu'on dirait que l'un et l'autre répondent à la même commande : un gars, une fille, un lieu, une journée. C'est d'autant plus troublant que le jeune Allession Gallo qui aurait fort bien pu tenir le rôle du chauffeur y fait une brève apparition comme vigile d'une boutique de luxe (un peu comme Romy Schneider dans "Plein soleil" le temps de nous donner un regret). Cela dit dans le rôle de Marco, Filippo Scicchitano a la candeur qu'il faut.

 

PS : Et à part ça, au moment de l'essayage de la robe de cover girl, une réflexion de la mère qui chapeaute l'opération et répond à la fille qui s'étonne du prix que la robe a dû coûter : - Ben on va quand même pas te mettre une robe à 100 € pour aller voir l'onorevole (député). 

Et comprendre, stupide et stupéfaite, que 100 € c'est considéré comme rien, trop peu. 

 

 

 

la fiche du film sur IMDB


LR - vendredi 28 juin 2013 - Pareil et différent - V1

 

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Depuis trois semaines je comptais les jours, j'encaissais ce qui ressemblait fort à un chagrin d'amour, même si toutes les caractéristiques n'y étaient pas - sa part physique, entre autre - : il fallait tenir jusque-là, jusqu'au Festival de Cinéma, noyer ensuite la peine dans la cure de films, l'oublier (elle, lui) et s'oublier.

Se profilait aussi la fin d'un bon petit travail de libraire que je tenais, qui me tenait depuis plusieurs années, mais je partais alors qu'elle était floue : fermeture définitive en juillet ? En août ?

L'argent de toutes façons déjà depuis longtemps et de façon chronique manquait.

Soudain voilà, bagages à faire, TGV à prendre, retrouver les amis du ciné-club qui eux aussi venaient, j'ai eu cette illusion : le plus dur était fait.

Et nous voilà débarquant à la gare, vers 15 heures, sous un temps plutôt clément, compte tenu d'une période aussi chaotique de météo que pour moi de sentiments.

Je fréquentais le festival depuis 9 ans, et pour la troisième année m'accompagnait aussi le père de mes enfants. Nous avons retrouvé avec plaisir l'hôtel raisonnable et accueillant, près de la gare, pas trop loin des salles.

J'ai cru pouvoir reprendre la routine des années précédentes, et y diluer le chagrin qui cette année encombrait. 

Très vite, il n'en a plus été question : tout était comme toujours, tout était différent.

Dès le chemin du rendez-vous collectif avec Prune Engler qui nous présente chaque année la nouvelle sélection - attirant notre attention sur les pépites discrètes que l'on manquerait sinon -, est apparu un (grand) élément différent : ce manège en travers du chemin, sur la place près de l'ancien quartier des pêcheurs. L'illusion d'être l'année d'avant, le bien-aimé encore présent dans ma vie, même confusément, était dès lors impossible.

Dès à peine après, une odeur âcre, de la fumée qui du centre ville s'échappait. Des voitures de pompiers. 

Et l'explication au premier instant du rendez-vous de cinéphiles : la mairie, beau bâtiment historique à peine rénové brûlait.

Rien ne pouvait plus être comme avant, ni dans la ville, ni dans ma vie.

Dans ces conditions, le cinéma allait-il l'emporter ? 

 

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LR - vendredi 28 juin 2013 - Pareil et différent - V2

 

P6283550Depuis trois semaines j'ai compté les jours, encaissé ce qui ressemble fort à un chagrin d'amour, même si toutes les caractéristiques n'y sont pas - sa part physique, entre autre ; et puis de ma vie quotidienne concrète, rien pour l'instant n'a été modifié, nous ne partagions que ce qu'il consentait - : il m'a fallu tenir jusque-là, jusqu'au Festival de Cinéma, c'était l'objectif et cet espoir : noyer ensuite la peine dans la cure de films, l'oublier (elle, lui) et s'oublier.

Éviter de songer à la fin prochaine, mais encore floue, la date n'est pas fixée, de ce travail de libraire que j'aurais tant aimé. Le regret restera de n'avoir pas été physiquement capable de mener celui-ci et l'écriture de front, surtout l'hiver, surtout cet hiver qui n'en finissait pas.

Les films, me dis-je en arrivant, seront là pour ça.

Déjà l'effet bénéfique dès la veille s'était fait sentir : soudain les bagages à faire, l'horaire du train à vérifier. Et au matin finir ce qui la veille n'avait pu être prêt, à la gare Montparnasse (1) retrouver les amis du ciné-club qui eux aussi venaient, alors j'ai eu cette illusion : le plus dur était fait.

 

(1) Si chère à Martine Sonnet

(billet en cours de redaction)

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