Vous ne verrez pas là Juliette
Nous sommes tous en péril (jeune)

Le phare au café

Pict0019_1 La Rochelle,

aux portes de l'hiver, entre deux festivals.

Le phare au café

C'est un grand café presque vide, plutôt chic mais accueillant. autour : du calme, la mer, un clapotis parfait des vagues.
 
Je suis seule et c'est bien.
   
Je (re)lis "To the Lighthouse" en avançant avec difficulté : comme toujours avec Virginia Woolf, une phrase m'en appelle 5, j'ouvre mon cahier, j'en note au moins 3, je reviens vers le livre j'en lis deux en me disant cette fois je m'arrête pas, mais c'est trop fort ; je réinvente d'anciens brouillons, perds le fil du texte.
    
D'une façon, c'est comme si elle était là.
Je ne suis pas seule en fait.
      
Je déguste un fort café, cherche la monnaie pour le payer. Ce n'est pas trop cher.
Il y a un murmure doux et indistinct des conversations. Malgré novembre il ne fait pas froid.
      
J'observe deux jeunes gens qui dehors en profitent, assis sur le muret qui sépare la plage. Ils parlent. tranquilles et longtemps.
Deux gars qui se font leurs confidences, au coin de la mer, paisiblement. Ca me rassure qu'ils soient venus là, comme un signe de la permanence d'une sensibilité humaine à la force bonne des lieux. Ils causent sans doute davantage de leur ultime piercing, putain de lecteur MP3 qui marche plus, forfait de portable explosé, dernières conquêtes ou absence de, galères de stages ou CDD, ou bien profs nuls à chier et marques de leur baggy jeans, que de l'avenir du monde ou de poésie,
mais n'empêche, ils sont venus là ; ce n'est pas pur hasard.
          
Je regrette qu'on ne fume plus, j'aurais pu les aborder, sans trop peur de déranger. Je ne suis pas encore assez sûre de moi, et sans doute jamais assez et puis après j'aurais trop d'âge, pour le faire en photographe. Peut-être que je devrais ?
      
Je reviens au "Phare", prends celui du dehors en cliché sans doute flou, il est si loin et je n'ai pas d'appui. Un fond de radio discret glisse pour ambiance une musique douce, un air célèbre (1) du moment mais supportable et dont les paroles conviennent à mon coeur sombre.
         
J'attends la fin de la chanson comme on ferait d'une faiblesse,
parviens à lire deux pages d'un coup sans rien noter, fière de moi referme le livre, puis salue, sors, respire encore la mer
et rentre travailler.

C'est au départ un message, qui s'est transformé en texte ; alors je l'ai déposé là.

Peut-être après tout tient-il plus du partage ?   

(1) il s'agit en fait de "Listen to your heart" by DHT featuring Edmée, numéro 1 dans les charts comme ils disent,
et qu'effectivement on entend partout. Je tiens à préciser pour tenter de préserver le peu de dignité qui me reste, qu'il s'agissait de la version unpluggued-vocal et non pas techno.

Commentaires

berlioz

Elle plait bien cette "Balade au café"; si on n'y voit pas la mer, on la sent entre tes mots et, en tendant l'oreille, on perçoit le bruit du ressac.
Merci pour ce partage.

gilda

merci Berlioz, c'est l'une des questions que je me posais ; comme parfois avec une photo qu'on prend et pour laquelle on se demande si elle nous parle parce qu'elle concerne des souvenirs personnels ou représente des amis,
ou si elle a un sens pour qui n'en connaît rien.

et puis aussi : alors tant mieux.

cali

Même si un texte ou une image concernent toujours certains souvenirs personnels, le fait qu'ils soient forts permet à ceux qui passent d'y trouver quelque chose puisé en eux-même...

fuligineuse

je suis d'accord avec Cali - c'est la preuve d'un texte réussi : il nous parle même si nous, c'est autre chose qu'on a en tête (pas un modèle de syntaxe ma phrase mais tant pis)

qqch me trouble toutefois, c'est la photo, parce que le texte ne me donne pas une impression de nuit, je me trompe ???

gilda

merci Cali et Fulie, parce que précisément comme je le disais à Berlioz, je n'étais pas du tout certaine que quelque chose de transmissible reste ou transparaisse.

Fulie tu m'épates, entre le tout premier message trop personnel pour être entièrement repris, et le texte d'ici, c'est un peu de nuit qui effectivement a été coupé(e?) [au montage].

Il y a aussi le fait que je boive du café jusqu'à très tard le soir alors que pour beaucoup c'est une boisson qu'il est préférable d'éviter passé une certaine heure. Donc parler de déguster un café fort peu induire subrepticement une idée de journée.
La prochaine fois je prendrais un whisky :-) !

berlioz

Hum, ça aussi, je veux bien partager. Café, whisky, séparés ou mélangés, que du bon.

satsuki

Ah oui, je le trouve très bien comme ça, on sent à la fois la mer et la ville. Il dégage une mélancolie très douce. J'aime surtout la fin, les deux derniers paragraphes ont une jolie musique.

gilda

merci Satsuki, tu sais combien tes mots me font du bien.
(même quand je les lis à retardement)

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