Vacances et cinema continue mais sous une nouvelle forme

lundi 12 novembre 2018 : Après le festival (remarques en vrac)


    En cette année où mon avenir professionnel n'est pas encore fixé, même si j'ai quelques jalons et ne manque pas de travail personnel, la fin du festival est plus rude à encaisser que d'autres où j'avais été aussitôt happée par les nécessités et contraintes horaires d'un travail salarié. 

Pour autant j'aimerais bien disposer de quelques jours encore afin de pouvoir repenser aux films vus, afin qu'ils restent un peu. Que je ne me retrouve pas avec une sensation assez fréquente chez moi du fait du surmenage coutumier, de n'avoir pas réellement vécu ce que j'ai traversé, car simplement survolé.

Avant que je n'oublie, quelques idées en vrac.

Plus encore que les années précédentes, pléthores de séquences : un personnage (ou un groupe contenant l'un des personnages principaux) avance et la caméra le suit à hauteur d'épaule. Dans certains cas cela a un sens. Seulement la plupart du temps un plan large stable montrant l'avancée des gens suffirait. Ah oui, c'est vrai un plan large requiert un décor peaufiné et donc plus cher. OK
(Je crois que j'en ai autant ras le bol de ces plans que du "pas de soucis" en langage courant).

On assiste à la poursuite de la prolifération des chemises à carreaux. Et c'est là que l'on voit que la globalisation correspond à du concret quotidien : des films du monde entier sont concernés.

La nudité m'indiffère. Ce qui fait qu'un nombre certain de scènes censées sans doute constituer des moments forts d'un film, sont pour moi de simple temps d'ennui. Corolaire : les scènes à caractère sexuel me font généralement bailler. Trois scènes de rapprochements physique m'auront toutefois émues : dans le film sur les jeunes apprentis-mafieux romains quand l'un des jeunes hommes retrouve sa petite amie après avoir été marqué par quelques expériences et qu'elle s'effraie de sa lamentable frénésie et l'envoie courageusement promener (Je ne suis pas une de tes prostituées) ; dans Border, un accouplement d'êtres surnaturels, émouvants dans leur soulagement (ils ne trouvent pas partenaires à leur pied très souvent) ; dans The bookshop une étreinte qui ne peut être sexuelle mais relève d'un profond amour.

La mode du vomi se calme un peu - heureusement, c'était pénible -, remplacée par la mode du pipi et plus particulièrement du pipi féminin accroupi (le pipi viril debout vu de dos est depuis longtemps un grand classique, rarement constructif). 
J'ai un peu tendance à penser que si pour raviver l'attention de la spectatrice ou du spectateur on en arrive à avoir recours à de tels procédés, c'est que le scénario comporte des faiblesses ou le montage des longueurs. La transgression pour elle-même, je ne vois pas l'intérêt. 
Après, tant que le cinéma ne comporte pas de versant olfactif, on ne se plaindra pas. 
Notons qu'une scène de pipi avait un sens : un petit garçon qui lors d'une confrontation d'identification avec un des assassins de sa mère (et qui avait failli le tuer lui aussi) se pisse de peur sur lui.

La mode du stroboscope semble passée, ouf. C'était pénible pour les personnes qui ne le supportent pas. On parvient donc désormais à avoir quelques scènes de boîtes de nuit qui en sont dépourvues et où l'on voit ce qu'on y doit voir. Je me demande si la mode est passé au cinéma seulement, à cause de signalement de malaises, ou si c'est aussi passé de mode dans les boîtes de nuit (mais j'ai passé l'âge d'aller y voir).

Le maintenant des films deviendra plus tard, plus tard. 

Un nombre certains de films se déroulent dans des milieux aisés : les questions de survie matérielle étant alors secondaires et les personnages bénéficiant d'un certain degré de liberté - bizarrement ces gens qui ont beaucoup d'argent semblent rarement devoir travailler beaucoup pour l'obtenir -., cela permet de se concentrer sur des états d'âme, de la psychologie. Et souvent de très jolies névroses.
Une variante consiste à les placer dans un milieu de "mauvaise vie", l'argent rentre mais à quel prix. Souvent l'un-e au moins des protagonistes le paie, et cher.

Un nombre également important concerne des personnes aux vies précaires. Souvent ces films sont militants et hélas bien vus. 

Au bout du compte des films mettant en scène des personnages de classes moyennes et qui grosso modo s'en sortent à condition d'y laisser leurs heures, et ne peuvent pas trop se permettre d'écarts, ni en terme d'absences ni en terme de dépenses, sont assez peu nombreux. Loué soit "Take it or leave it" dans lequel on voit des gens s'en sortir à condition de bosser sérieux. Et être vite à cours d'argent lorsque leur vie les requiert à temps plein comme suite à un événement.

On voit pour l'instant systématiquement les vieux parents être un gage de stabilité : même modestement ils semblent bénéficier de retraites qui leur permettent une petite vie décente. Et ainsi de récupérer leurs enfants ou petits-enfants quand survient un épisode de dégringolade. C'est la réalité mais lorsqu'on sort d'une semaine de films orientés "cinéma du réel", c'est encore plus flagrant, dans toute l'Europe, ex-est incluse.
Les personnes de ma génération et ceux plus jeunes encore ne pourront pas constituer ainsi des relais recours: retraites trop maigres et trop tardives. Si la planète n'a pas lâché avant qu'est-ce que ça donnera ? 


mercredi 7 novembre, jour 5 : Finalement un bon film français, et par ailleurs honneur au cinéma polonais

C'était un jour prévu à quatre films dont le ciné-concert. Finalement nous en avons rajouté un 5ème tard le soir et qui était pas mal du tout, alliant comédie et gravité ce qui est toujours risqué ("A perfect day" avec Benicio Del Toro). Ce fut notre journée "cinéma polonais" d'où à force l'impression de piger quelques conversations.
J'ai été très touchée par "Once upon a time in november", même si le personnage du fils paraît trop beau pour être vrai - ce soin qu'il prend de sa mère, sa lutte tenace contre la débine -.

*                           *                            * 

Fuga (Fugue)
Agnieszka Smoczynska - Pologne, République Tchèque, Suède  - 2018 (h)
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thriller psychologique sur une histoire d'amnésie
CMM 1/5
Strobo 0/5 

Une femme est retrouvée inconsciente après deux années de survie dans la rue (semble-t-il car on la voit juste surgir sur des voies de chemin de fer, en habit et chaussures chic salis, en état de choc, puis c'est deux ans après). À la suite de sa participation à une émission de témoignages et recherches, elle est reconnue par son père et réintégrée dans une famille dont elle se sent étrangère. Elle découvre qu'elle avait un mari, un petit garçon, une grande maison et un emploi dans un établissement scolaire.

Peu à peu des bribes de mémoire lui reviennent et ça n'est pas aussi simple que ça en avait l'air. 

Depuis 2006 puis les attentats de 2015, ce qui relève des états consécutifs à des chocs émotionnels violents, m'intéresse particulièrement. Je guette des choses à y comprendre. 

Quelques choses sont particulièrement réussies dans ce film dont l'interprétation de l'actrice principale, Gabriela Muskala (également scénariste). Extraits visibles par ici. Une scène de bord de mer où elle en vient à douter de ses perceptions est très bien sentie. Le fait aussi que cette nouvelle femme ne fait rien pour forcer la sympathie, elle est abrupte, ne triche en rien, ne tient pas forcément à s'accrocher à cette nouvelle vie qu'on lui fournit (1) et que le mari qui était le sien "avant" conserve une attitude troublée et troublante. 
Après, voilà, c'est un peu lent, on devine assez vite la clef de son mystère, tout est fait pour nous tenir à l'écart de l'empathie, ce qui est remarquable mais fait aussi que peut-être on sort de la projection admiratifs pour la maîtrise mais assez peu émus. 

 Bien sûr je me souviens, mais je ne sais plus de quoi.
Plusieurs fois il est question du fait que ça n'est pas la mémoire qui est totalement perdue, la femme se souvient de bien des choses, bien des gestes quotidiens (particuliers à la maison qu'elle habitait), mais qu'il y a surtout une perte de la continuité de la mémoire. Ça n'est pas sans rappeler les problèmes de pertes de la mémoire instantanée. 

Quelle mère j'ai été ? Quelle enfant j'ai été ? (à sa mère)

(1) Elle était un genre de fausse blonde standard bien lissée elle revient en plutôt punkette, c'est assez réussi.

PS : Le film étant lent, j'ai eu le temps de réfléchir à un récit dans lequel un fils adulte d'un homme ayant perdu la mémoire, recontacterait une ancienne amoureuse de son père, sans savoir que ce dernier l'avait quittée, les croyant toujours en relation affectueuse malgré un éloignement géographique et souhaitant l'en avertir. Peu à peu l'homme retrouverait la trace de l'amour mais pas de sa fin, et la femme ainsi, profiterait d'une sorte de sursis, aux illusions perdues.

*                           *                            * 

Once upon a time in november  (Pewnego razu w listopadzie)
Andrzej Jakimowski, Pologne  - 2018 (1h28)

  
CMM 2,5/5 (sur les scènes de manifestations et siège à la fin)
Strobo 0/5

Presque documentaire, vie urbaine quotidienne, drame

Novembre 2013 : Un fils (jeune adulte) et sa mère quittent une cabane à la périphérie de Varsovie, il gèle trop fort pour qu'elle puisse y rester. On comprend assez vite qu'ils ont été expulsé de leur logements par suite de projets spéculatifs immobiliers et non parce qu'ils sont marginaux d'emblée. Lui s'efforce de poursuivre ses études et squatte dans le garage chez les parents de sa petite amie. Elle, est prof à la base, mais malade et devant suivre un traitement. Ils ont recueilli un chien, Kolesh, adorable mais qui empêche que la mère puisse trouver place dans un foyer (il franchit les murs pour l'y retrouver). Le fils parvient à s'insérer à force de patience dans un squat autogéré sur les lieux d'une ancienne clinique. Il se trouve aussi dans un immeuble promis à la spéculation un coin provisoire mais bien à lui. 
Et puis le chien est perdu et voilà que les manifestations du jour de la fête nationale (11 novembre) sont préemptées par les néo-nazis et dégénèrent en émeutes et en attaque en règle des lieux comme le squat de la Clinique, sous une solide absence de réactions policières.

Les tribulations sont celles de personnages de fiction mais leur sort est celui de personnes réelles, même si le fils, qui ressemble de façon troublante à un ami (c'est à la fois sympathique et gênant : on a l'impression de voir sa propre vie), paraît trop héroïque pour être un gars d'en vrai. Sa petite amie qui pourrait se contenter d'une bonne petite vie mais le soutient coûte que coûte et le rejoint dans le danger, est, elle aussi, assez incroyable. 
Les émeutes sont un composite impressionnant d'images réelles filmées lors de celles qui eurent lieu, et de déplacements des personnages en leur sein (à la recherche du petit chien), c'est fait formidablement bien. 
Du très bon cinéma, militant, nécessaire. Puisse-t-il être distribué.

réplique(s) :
Are pedigree dogs ever beaten to death ?

à retenir :
in blanco = en flagrance

addenda fin de festival : Hélas la montée de l'extrême droite décrite est toujours et de plus en plus d'actualité.


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La dernière folie de Claire Darling     
Julie Bertucelli - France  - 2019 (1h34) sortie prévue le 9 février
d'après le roman "Le dernier vide-grenier de Faith Bass Darling" de Lynda Rutledge
recherche personnelle dans le passé (familial)  20181107_154608
CMM 0/5 
strobo 0/5


Une vielle dame se réveille un matin persuadée qu'il s'agit de sa dernière journée. Elle entreprend alors de liquider son passé. Ce qui a pour effet de faire accourir sa fille, dont on comprend peu à peu ce qui l'avait éloignée. 

Un rôle sur mesure pour Catherine Deneuve, un montage bien enlevé mais qui laisse le temps néanmoins d'apprécier la beauté des objets. Chiara Mastroiani est excellente, sobre, juste. Tout le monde saluera sans doute la performance d'Alice Taglioni en Deneuve jeune, sauf que malgré ses efforts, en particulier sur la gestuelle et la façon de parler et bravo aux coiffeurs, sur moi ça n'a pas fonctionné. Il se trouve que je suis davantage sensible à la structure d'un visage qu'à d'autres choses et qu'elles n'ont pas la même.  
Quelques scènes dignes du Grand Meaulnes (en particulier un défilé d'enfants déguisés), magnifiques.
L'histoire côté drame familial est un tantinet convenue, mais le film la dépasse. Il y a un très beau traitement des flash-backs, qui sont intégrés (comme notre esprit nous le fait) et non pas traités comme des parenthèses bien bornées. 
Ce film a tout pour rencontrer un succès mérité dans le domaine du cinéma populaire de qualité. Il y a une vraie belle réflexion sur le rapport aux objets. 
Pour mon goût personnel, le drame familial élucidé était superflu, mais je suis fort consciente que pour le succès commercial de l'œuvre il sera bienvenu.

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Asphalt : ciné concert avec Jacques Cambra et les élèves du conservatoire   
Joe May - Allemagne  - 1929 (1h30) film muet

trailer 20181107_200045


drame muet, ciné-concert 
CMM 0/5 
strobo 0/5

Une jeune femme vit de vols (et de prostitution de luxe ?). Elle parvient à séduire le jeune policier qui doit après une interpellation la surveiller. Pauvre garçon !
Les ciné-concerts sont toujours formidables seulement je dois avouer que pour cause de thème qui revenait de façon récurrente, et ne me semblait pas parfaitement coller à l'ambiance des images, j'ai ressenti la prestation comme un cran en dessous des précédentes années. Cela dit, c'est tellement génial en général que même un cran en dessous, c'est remarquable et bravo. 

Le film ne manquait pas d'intérêt, et comportait celui plus particulier d'images du Berlin de la fin des années 20. 

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A perfect day  
Fernando Leon de Aranoa - Espagne  - 2015 (1h30)
avec Benicio del Toro

trailer Images
road movie en temps (et lieux) de guerre qui tient de la comédie en même temps
CMM 1/5 
strobo 0/5

Une jeune femme débarque dans une équipe d'une ONG pendant la guerre de Bosnie, alors qu'un cadavre costaud a été jeté, afin de contaminer l'eau, dans un puits et que ses collègues ont déjà tenté une fois en vain de la faire sortir. Les personnages sont des archétypes mais tellement bien campés et les dialogues calibrés qu'on se laisse prendre, bien que ça soit archi-téléphoné et plein de gros plan en mode Les Yeux Bleus du Cow-Boy sur le regard de l'impavide et héroïque et so viril Benicio. Je me gausse mais en même temps, sa qualité de jeu impressionne. 

C'est très très bien filmé. Et même en n'étant pas dupes on se laisse embarquer. 
De plus et d'une façon que j'ai du mal à expliquer, ils parviennent à rester drôles - c'est ce qui domine comme impression en sortant, d'avoir bien ri -, mais aussi militants (sur la saloperie qu'est une guerre civile et les querelles intestines et administratives de ceux qui viennent secourir) et émouvants (le sort des populations). Je ne sais pas comment ils ont fait pour conserver l'équilibre. L'effet est un peu curieux on sort joyeux et dès qu'on repense au film on se demande comment nous avons pu rire ou sourire de tant d'horreurs. 

À la fin du film on sait dire corde en bosniaque avec l'accent.

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Curieusement les films du jour avaient tous une B.O. à base principale de grands classiques de la  musique classique. On


mardi 6 novembre, jour 4 : Quelques films paisibles et lents, comme une session de rattrapage

Après un épisode burlesque de ma #VieDeTriathlèe qui aime nager, mais sans trouver nécessairement piscine à son pied, et un brin de shopping au prétexte de trouver des cartes postales ... en vain pour l'instant (surprenant), ç'aura été la journée des films paisibles et lents, dont deux en sessions de rattrapage : je voulais les voir à leur sortie, mais ils avaient quitté l'affiche trop vite. 

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The bookshop  
Isabel Coixet - Espagne, Royaume-Uni  - 2017 (1h53)
D'après un roman de Pénélope Fitzgerald 

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road movie comédie
CMM 0/5
Strobo 0/5 

Une jeune veuve en Angleterre dans les années 50 décide d'ouvrir une librairie dans le village où elle s'est établie après la mort de son mari. Seulement son initiative contrarie le projet d'une notable très influente qui avait ses propres ambitions sur le lieu et usera de toutes ses influences et possibilité pour ruiner le projet. 
La jeune femme compte quelques chaleureux alliés, mais la lutte est tout à fait déséquilibrée.

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The little comrade 
Moonika Simets, Estonie  - 2018 (1h40)

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CMM 0/5
Strobo 0/5

Inspiré des mémoires de Leelo Tungal
Autobiographie filmée


En Estonie pendant les années du Stalinisme, une petite fille de 4 ou 5 ans se retrouve privée de sa mère une directrice d'école déchue. Son père s'occupe d'elle. La petite fille croit que sa mère lui a été enlevée parce qu'elle-même n'était pas sage et s'efforce d'être irréprochable. 


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Ida    
Pawel Pawlikowski - Pologne  - 2013 (1h22)

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road movie avec recherche personnelle dans le passé (familial) avec brin de mysticisme
CMM 0/5 
strobo 0/5


En Pologne au début des années 60, une jeune femme élevée en tant qu'orpheline dans un couvent s'apprête à entrer dans les ordres. La Mère Supérieure lui ordonne d'aller avant de prononcer ses vœux à la rencontre de la seule personne de sa famille encore en vie, une tante qu'elle n'a encore jamais rencontrée. 

Je n'aime généralement pas les films à l'image belle parfaite belle, belle, mais alors là, ce noir et blanc au grain travaillé, ce calme, cette paix au service d'une quête qui a un sens, d'une transmission tragique, d'une sorte d'enquête et d'une découverte, traitée avec pudeur, de la sensualité, fait un bien fou.

Ce film a une façon bien à lui d'apporter de l'énergie. Le monde est terrifiant, mais il peut par moments être calme et apaisé et quelques humains se respecter.  

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Manchester by the sea    
Kenneth Lonergan - USA  - 2016 (2h17)

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road movie avec recherche personnelle dans le passé (familial) avec brin de mysticisme
CMM 0/5 
strobo 0/5


À la mort de son frère un homme dont on comprend très vite qu'il y a un passé douloureux revient à Manchester by the Sea sa ville de jeunesse. Il tente comme le défunt le lui a demandé par testament de s'occuper au mieux de son neveu. 

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Curieusement les films du jour avaient tous une B.O. à base principale de grands classiques de la  musique classique. On aurait presque pu croire à un critère de sélection volontaire (alors que bien entendu je n'en savais par avance rien). 

 

Trois piscines à Arras : une n'est ouverte au public en semaine le matin que le vendredi, l'autre est notée ouverte sur l'internet mais c'était les horaires de l'an dernier quand la première était en travaux, on y va elle est fermée. Quant à la 3ème située en périphérie elle était censée ouvrir à 8h, mais "fermeture exceptionnelle pour des raisons techniques durée indéterminée".
J'aurais essayé #VieDeTriathlète en congés


lundi 5 novembre, jour 3 : Un bois décimé, un formidable roi des Belges, des tueurs encore, et un film d'une étrange ambiguïté

Un Morning run le long de la Scarpe qui ne fut pas tout à fait l'enchantement escompté, même si le temps s'y prêtait et que nous avons couru de façon satisfaisante : un bois que nous avions l'habitude de longer est entièrement décimé ou presque (abattage dû à un parasite qu'ils disent), et toute la partie entre Arras et Saint Laurent Blangy est en travaux, même à pied on ne peut passer. Des jardins ouvriers que je trouvais si beaux semblent avoir été rasé (nous étions de loin, j'espère me tromper).

Au programme du jour, il y eut une comédie belge très réussie et très critique sur le pays, et l'Union Européenne et le monde de la com' protocolaire, King of the Belgians, un film de réalité fictionnée sur les tueurs du Brabant, du bon travail mais trop appliqué, pesant, avec un héros trop monolithiquement héroïque et qui était trop long. Et puis cet étrange objet cinématographique qu'est Sono tornato qui aurait pu être très réussi s'il ne mettait à ce point le malaise, trop ambigu, et surtout rattrapé entre temps par la réalité ce qui fait qu'on ne se sent plus vraiment de rigoler. Au demeurant excellente critique de notre société du spectacle et des max d'audience.

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King of the Belgians 
Jessica Woodworth, Peter Brossens - Belgique - 2017 (1h34)

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road movie comédie
CMM 1/5
Strobo 0/5 

La Turquie s'apprête à rejoindre l'Union Européenne. Le roi des Belges Nicolas III est en visite d'état à Istanbul lorsque tombe la nouvelle : La Wallonie a fait sécession. Dans le même temps une éruption solaire - créatrice de belles aurores boréales visibles de partour - rend indisponible l'espace aérien. Contre l'avis de la sécurité turque et avec la complicité du réalisateur anglais chargé depuis quelques temps de tourner un documentaire à sa gloire, le roi des Belges décide de regagner par les voies terrestres (et incidemment maritimes) ce qui reste de son pays.

Le scénario est drôle et bien mené (on ne lui demande pas d'être vraisemblable c'est une comédie), le montage impeccable, les acteurs tous parfaits dans leur rôle (1) (et donnent l'impression de s'être bien amusés, je serai curieuse du making off), ça dit beaucoup de choses sur nos vies modernes bizarres et ses enfermements. 
Au passage sont filmés de vrais moments de bonheur, tous les cinéastes n'en sont pas capables.
Bref, une pépite comme le Festival de cinéma d'Arras sait si bien nous offrir.

J'oubliais, les dialogues étaient fort réussis, j'en ai retenu quelques bribes - moins amusantes hors contexte que dans le flux, il n'empêche -.

La Belgique a éclaté

(en observant une radio du thorax)
- A coin ?
- Kebbab accident.

The real song for their video was a cosmic classic.

L'embrayage ne fonctionne pas très bien, Sire.

Je constate que le chagrin des Belges est le cadet de vos soucis

I trust fruits

Rien ne se passe jamais comme prévu
(the bulgarian barefoot mayor)

Pourquoi vouloir diviser une cacahuète ?

(1) Particulièrement Peter Van den Begin dans le rôle du roi qui n'est pas si pantin que ça. Et ne manque ni d'initiative ni d'humour. 

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Ne tirez pas  (Don't shoot)
Stijn Coninx, Belgique  - 2018 (2h15)

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CMM 2,5/5 (2)
Strobo 0/5

Docu-fiction dramatique

L'histoire d'un homme qui enfant fut rescapé de la tuerie du Delhaize d'Alost alors que ses parents et sa sœur furent tués, et de son grand-père qui tenta par tous les moyens que lumière soit faite sur les événements. 
Le film est basé sur le livre du rescapé David van de Steen (ici une interview), "Ne tirez pas, c'est mon papa !" 

Nous n'avons pas pu rester au débat d'après film car nous enchaînions sur un autre, et déjà ça chevauchait. 

C'est du très bon travail, les scènes de panique et de fusillade, font montre d'un grand professionnalisme, et certains choix sont très intelligents - entre autre sur l'apparence du petit survivant, un enfant blondinet qui a de réelles qualités d'acteurs (3) et pour lequel on se sent inévitablement portés à prendre faits et cause, en plus qu'il est victime innocente d'une pire horreur.
Seulement voilà, tout est si convenu, le grand-père si monolythiquement héroïque (grand numéro d'acteur de Jan Decleir, probablement éligible à un équivalent de César ou Oscar belge) et le côté complotiste (qui hélas a de bonnes probabilités d'être proche de la réalité) si pesant (ça n'empêche pas, c'est l'inconvénient presque inévitables de films de fiction inspirés directement d'une réalité non totalement élucidée), avec scène finale de tribunal de fortes déclarations, que j'en suis sortie un peu lasse, et peu emballée.

Je crois aussi que pour moi ce film a souffert de la proximité avec "Utoya, 22 juillet", qui en plus de témoigner de quelque chose est une réelle création cinématographique, avec quelques risques.

Là, on est dans les clous d'un probable grand succès, et loin d'être immérité.
Mais je ne suis pas le bon public pour ça, j'ai vu trop de films déjà.

Cela dit, en rentrant, ma curiosité était suffisamment éveillée pour que je me documente, et le lendemain matin encore, ce qui prouve qu'il avait rempli une de ces missions, celle de susciter un intérêt public suffisant pour que l'affaire ne soit pas classée avant de nouvelles élucidations.
Au passage, je suis tombée sur une interview de Patrick Haemers, dont la 2ème partie comporte des moments surréalistes. J'ai du mal à croire que ce dernier soit l'un des tueurs du Brabant, ça ne cadre pas. Pourtant l'enfant et l'adulte qu'il est devenu pensent l'avoir reconnu.

Donc pas emballée par le film, mais pas non plus l'impression d'avoir perdu mon temps.
Et cette pensée : les années 80, la belle décennie pour les affaires criminelles non élucidées ?


(2) scènes de la tuerie et juste après caméra à l'épaule ainsi que les flashbacks du garçon, OK. Seulement pour quelques autres dont le moment où le grand-père va à la morgue reconnaître les corps de sa fille, son gendre et sa petite-fille, même si d'accord ça symbolise son désarroi, c'est un peu donner  le mal de mer pour pas grand chose, là
(3) J'entends par là qu'il n'est pas seulement un gamin qui coïncide avec le rôle, mais qu'il semble capable d'interpréter, le petit plus que tous n'ont pas. Mo Bakker, donc.

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Sono Tornato   
Luca Miniero, Italie  - 2018 (1h32)

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road movie avec recherche personnelle dans le passé (familial)

CMM 1/5 
strobo 0/5
comédie ratée à cause de la réalité

Pendant qu'un jeune réalisateur filme une partie de foot près d'un tombeau romain Mussolini en ressort, assez intact en fait.  Dans notre société du spectacle et de l'audience qui prime, il passe rapidement pour un acteur formidable, un comique décalé inouï. Grand succès jusqu'au jour où pour avoir tué un petit chien qui l'avait mordu, il se retrouve sous le feu de la vindicte populaire tandis que quelques personnes qui n'ont pas perdu la mémoire ou un certain sens de l'éthique et de la dignité et du respect humain commencent à réagir.

Quelques séquences sont filmées en caméra cachée : les réactions de personnes qui ont été réellement mises en présence de l'acteur dans son rôle. C'est peu dire qu'elles font froid dans le dos. 

Si le but du film était de faire rire, c'est raté - fors quelques gags, mais trop appuyés -. Si le but du film était de déranger, c'est réussi. Si le but du film était de faire réfléchir, c'est sans doute réussi aussi mais pas nécessairement pour les personnes qui en avaient encore besoin et pas forcément dans le bon sens pour les autres. Il y a un brin de complaisance qui gêne.  

En fait le plus gros défaut de ce film est qu'entre temps les résultats électoraux ont porté un de ses greffons au pouvoir. 

À noter : il existe déjà un équivalent allemand avec Hilter, le réalisateur semble se spécialiser dans les réadaptations à l'italienne (il est celui qui a fait celle de Bienvenue chez les Ch'tis). On ne peut donc même pas admirer l'originalité de l'idée.

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dimanche 4 novembre, jour 2 : Remembering Utoya 22/07/2011

DSC04154La place des héros est désormais libérée du stationnement des voitures et de leur circulation. C'est magnifique.

Quatre films à notre programme du jour. J'étais sûre de mon coup pour deux d'entre eux, qui faisaient partie des Découvertes Européennes ou des Visions de l'Est, j'avais pris parce qu'on m'en avait dit tant de bien, une avant-première de film français, mais c'était une erreur, je sais que 8 fois sur 10, je ne suis pas le bon public pour ces films-là. 

Enfin après beaucoup d'hésitations j'avais opté pour une fin de journée sur Utoya, 22 juillet. Et ce fut malgré le mal de mer (caméra qui suit quelqu'un qui fuit, forcément ça secoue), une révélation et un moment de katarsis. Par crainte de toutes sortes de choses liées à mon histoire personnelle, j'avais préparé la séance en me documentant sur le sujet. Ceci m'aura surtout permis d'admirer le travail de reconstitution respectueuse. C'est un film pour aider les survivants (directs et proches des victimes), c'est un film pour peut-être aider à mieux réagir en cas de nécessité, c'est un film militant qui montre puisque besoin est (1) à quelle point l'idéologie de la haine conduit à une pure barbarie.
Ce soir Erik Poppe est mon héros.

 

(1) L'extrême droite est déjà revenue au pouvoir dans plusieurs pays 

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Secret Ingrédient 
Gjorce, Macédoine - 2017 (1h44)

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cannabis movie
CMM 1/5
Strobo 0/5 

Un jeune homme qui, comme ses collègues, ne perçoit plus sa paie de mécanicien sur les trains depuis 4 mois, ne parvient plus à payer les médicaments de son père atteint de cancer. Une recherche qu'on lui demande d'effectuer au travail avec ses collègues le met en possession d'un paquet de drogues diverses parmi lesquelles du canabis. Il en prélève une partie pour confectionner un space cake à son père, qui se sent rapidement mieux ...

Ce film dans la droite ligne de Dough que nous avions tant aimé il y a trois ans, présente l'originalité d'être remarquablement anti-fakemed, et de faire jouer un rôle actif ... aux personnes victimes de guérisseurs. 
On voit la Macédoine en pays délabré, mais non sans beautés. 

Les prises de vue dans les entrepôts où les trains sont entretenus sont poignantes, belles à couper le souffle. Surtout les scènes de convocations collectives. D'une lumière inoubliable.

Le film est bon dans tous les domaines : l'interprétation, le rythme, les passages thriller (belles course-poursuites, et raclées convainquantes), les moments de comédie, dialogues ou situations sont très réussie, la relation père-fils que ne facilite ni un deuil ancien mais comme encore récent ni le marasme économique d'un pays, est magnifiquement bien traitée ; ainsi que l'amitié. Il y a aussi un peu de place pour l'amour, mais rien de faux, ni de miraculeux.  

Bref, réussi.

*                           *                            * 

Deux fils 
Félix Moati, France  - 2018 (1h30)

5019174.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxxpas trouvé de bande annonce
film français 
CMM 0/5
Strobo 0/5

L'histoire d'un père et ses deux fils qui tentent de s'en sortir (pas financièrement, de ce côté-là tout va fort bien pour eux) alors que leur mère n'est plus là et que le frère de leur père vient de mourir. Leurs amours, leurs états d'âme et leurs emmerdes pro.
Paris comme on la voit au cinéma.
Il se confirme qu'à l'exception du travail de certains réalisateurs précis (Rohmer, Desplechin) je ne suis pas un bon public pour les films français bavards d'états d'âme et encore moins en milieu bourgeois à Paris. Cela dit il y a un savoir faire, une qualité de travail, de très bons acteurs et parfois même des dialogues qui ont du rebond. Peut-être que si j'habitais à l'autre bout de la planète je serais sous le charme de ce que je prendrai pour un french way of life et de Paris.

Mais bon voilà pour aujourd'hui pour moi, c'était raté, et même si je retiendrai certaines scènes - dont une avec un éditeur - je me suis globalement ennuyée.

 

*                           *                            * 

L'interprète  
Martin Sulik, Slovaquie, République Tchèque, Autriche  - 2018 (1h53)

trailer  The-interpreter
road movie avec recherche personnelle dans le passé (familial)

CMM 0/5 
strobo 0/5

Un vieil homme se retrouve engagé comme interprète par le fils d'un ancien nazy pour le voyage sur les lieux où son père vécu pendant la guerre ... et tua ou fit tuer entre autre les parents de l'interprète.

Très très beau film sur l'amitié, le pardon, le devoir de mémoire, servi par des interprétations magnifiques. Un régal, qui fait réfléchir. Certaines scènes dignes de rester en mémoire. Du voyage, aussi.

Seul défaut : we've got a sense of dejà-vu entre autre pour un film vu l'année passée à thématique très proche mais qui se déroulait en Ukraine.

Il est à signaler que les deux acteurs des rôles principaux sont fort connus en leur pays, où l'un est réalisateur. Mais comme ils ne sont pas connus jusqu'en France, nous pouvons nous accorder ce luxe de les voir comme de parfaits inconnus choisis pour leur ressemblance avec les protagonistes et non pas pour des célébrités sélectionnées pour leur bankabilité.

*                           *                            * 

 

Utoya, 22 juli  
Erik Pope, Norvège  - 2018 (1h33)

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CMM 4/5 (je me demande comment j'ai tenu, la caméra suit la jeune fille qui fuit, et ça bouge aussi dans tous les sens en balayage pour les scènes statiques de discussion au sein d'un groupe)
strobo 0/5 

J'hésitais à aller voir ce film, énorme méfiance d'une fiction basée sur un drame, une horreur collective. En fait non seulement il ne faut pas hésiter à aller le voir mais c'est bien de le faire.

On est avec les victimes, pendant la durée temps réel du massacre, en situation si l'on omet ce qu'on sait, d'avoir aussi peu d'infos qu'elles en avaient. 
C'est extrêmement respectueux, totalement bien documenté (1). Ça n'est pas hollywoodien, chacun pète de trouille, certain-e-s surmontent, d'autres plus ou moins bien par moments, s'entraident puis craquent ou non. On voit à quoi tient la survie ou pas. Les récits de celles et ceux qui ont survécu ont été pris en compte dans ce qui survient aux personnages fictifs créés.
Il serait à diffuser dans les établissements d'enseignement par nécessité pédagogique, comme une préparation à d'éventuels attentats par fusillade.

Dans cette interview au Festival de Berlin, le réalisateur Erik Poppe explique pourquoi il a choisi d'insérer des personnages de fiction : aucun parent ne devait reconnaître son enfant. Il décrit son travail avec les survivants. On comprend mieux pourquoi le résultat est à ce point respectueux, sans glorification, ni les faire paraître pour moins courageux qu'ils ne le furent. La durée du film à partir du moment des premiers coups de feux correspond à la durée de leur cauchemar vécu.

Les interprétations sont extra-ordinaires, et encore plus si l'on a vu des témoignages. Il est à noter que le moment de l'avant, quand les jeunes discutent de l'attentat d'Oslo en se croyant bien plus à l'abri que là-bas, sont d'une justesse stupéfiante. 

Ça me gêne d'employer ce qualificatif pour un film de fiction sur un drame encore récent, mais il faut se rendre à l'évidence : il s'agit d'un chef d'œuvre. On dirait presque qu'il est destiné aux survivants et à leur famille, aux familles aussi de celles et ceux qui ont péri, afin de les aider à s'en remettre. 

(1) J'ai vu et lu un certain nombre de documents pour me préparer à encaisser le choc de ce film. 

 

*                           *                            * 

La photo du jour, prise au Village 

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Pour le bon souvenir, le midi un déjeuner succulent chez Amarine, le restaurant de poissons. Notre programme est si chargé qu'il devrait y avoir assez peu de restaurants, cette année.

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Pour l'anecdote : j'ai appris par un mail aujourd'hui que des amis du ciné-club étaient au festival eux aussi. Curieusement et alors que je nous sais des goûts communs, nous ne nous  sommes pour l'instant pas croisés une seule fois. 
 


samedi 3 novembre, jour 1 : dominante musique (et une comédie divine)


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 C'était un bonheur que de retrouver et la ville et les films.

Si le premier fut décevant : un thriller très honnête et très intéressant par certains côtés, mais rien de transcendant, le deuxième était très réussi en tant que reconstitution du Moscou des années 80, avec de jolies innovations dans certaines séquences et de beaux hommages à Tarkovski. À conseiller à tous les musiciens de groupes. Quand au dernier, Heavy Trip, il constitua la pépite du jour : une comédie rondement menée avec certains gags dignes d'un film culte. 
C'est chouette de tenir une pépite dès le premier jour. Ça augure bien.

*                           *                            * 

Miss Hanoi 
Zdeněk Viktora s Adélou Kabelkovou, République Tchèque - 2018 (1h30)

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thriller
CMM 3/5
Strobo 0/5 

Une jeune femme issue de la communauté vietnamienne et travaillant à la police judiciaire se retrouve à travailler sur un meurtre qui concerne des personnes qu'elle connait et qui fera ressurgir un autre meurtre déjà ancien, trop vite classé.

 

*                           *                            * 

Leto 
Kirill Serebrennikov, Russie, France  - 2018 (2h06)

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film de musiciens
CMM 1/5, pas de problème
Strobo 0/5

Russie, début des années 80, l'émergence de groupes underground dans la Russie déjà assez perméable aux influences de l'ouest. Inspiré par la vie de Viktor Tsoï, Mike Naoumenko et Natacha Naoumenko

 

 

 

 

 

*                           *                            * 

Heavy Trip (Hevi reissu) 
Juuso Laatio & Jukka Vidgren, Finlande  - 2018 (1h32)

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film de musiciens
en présence de deux des acteurs du film
CMM 0/5 (concernant les mouvements de camera ; attention cependant des scènes de vomi et de sang peuvent avoir un effet MM) 
strobo 0/

 

Un groupe de Heavy Metal finlandais, issu d'un petit village se voit convier à jouer dans un festival international en Norvège. Ou pas.

 

 

*                           *                            * 

 Concert du soir : Old Tree'z 

IMG_20181103_235949_638Un petit Tale du concert

 

 

 

 


Arras Film Festival 2018 : c'est parti !


    IMG_20181103_135147_867J'espérais arriver tout à fait détendue puisque pour une fois sans rush professionnel de juste avant les vacances afin de pouvoir se libérer, ni crainte d'être appelée pour une urgence (1) : il aura fallu qu'une histoire de caveau et de concession à payer se fasse jour à la veille du départ. #SyndromeDeGeorgeBailey

Pour autant nous avons pu partir dans les temps et rouler sans anicroches, par beau temps.

Comme j'ai tardé à confirmer ma réservation (trop d'incertitudes professionnelles de part et d'autre en juin quand il aurait fallu que j'expédie le mail qui va bien), nous avons dans la maison d'hôtes, une chambre réduite au confort curieux (2) et qui donne sur les voies de chemin de fer. L'avantage est que la vue de la table qui fera office et de bureau et de table à manger est attrayante. Et que peut-être du fait de sa superficie inférieure elle sera moins froide.

Cette année le programme du festival est particulièrement copieux, tant et si bien que j'ai dû faire des impasses : même en axant nos choix sur les films de la compétition européenne et des "visions de l'est", il a été difficile de faire nos réservations sans trop de chevauchements. Et nous allons tourner à 4 à 5 films par jour, ce qui est un maximum avant saturation même pour des festivaliers aguerris.

Reste le suspens habituel : les pépites potentielles que j'ai cru repérer seront-elles à la hauteur de nos espérances ?

 

 

 

(1) Comme je fais une cure de cinéma pour me remettre les neurones à neuf, ce que d'autres par exemple recherchent dans l'ivresse (enfin, je crois), j'éprouve toujours un mal fou à opérer une reconnexion en cours de séjour.
(2) Le coin cuisine se répartie entre la chambre et la salle d'eau -WC. 


lundi 13 novembre jour 10 : le festival est fini mais chacun fait sa récap

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Le 13 novembre 2016 sur FB j'écrivais : "Bilan quantitatif : 35 films vus, deux sorties de course à pied /photos et un entraînement de natation d'environ 2 km, trois repas aux restaurants et quelques bières dont certaines entre amis. 
Plus des retrouvailles hélas un peu éteintes par l'élection américaine. 
Bilan qualititatif élevé impossible à établir."

Cette année le début du bilan quantitatif est presque le même : 36 films vus, deux sorties de course à pied dont une de 18 km, un entraînement de natation (j'avais prévu 2 mais je n'y suis pas parvenue), je n'ai pas compté les repas aux restaurants car il y en avait enfin deux qui proposaient le service continu et une boulangerie qui permettait une petite restauration, salade ou panini à toute heure (ou presque), d'où que se nourrir et se régaler n'est plus un tracas même léger. En revanche pas d'amis sur place cette année, de brèves retrouvailles avec quelqu'un qui de toutes façons n'était pas perdu de vue. Miraculeusement aucune mauvaise nouvelle personnelle ni catastrophe internationale, voilà qui faisait du bien. Ce furent les premières vacances non plombées depuis un an et demi. J'en avais vraiment besoin.  

Le bilan qualitatif est toujours aussi impalpable et beau et dense et source de ravissement.

 

Un festival de cinéma c'est quand même beaucoup de voyages en un seul. Je compense là mon absence de réelles possibilités de traverser le monde, par manque de temps libre et d'argent.

Voyages dans le temps :
Comme je n'ai pas grand appétit pour les films en costumes dont je sors trop facilement au moindre anachronisme, nous aurons donc à part un 1888 reconstitué en 1927 et un 1917 recréé en 1938, et un 1942 d'époque, passé brièvement dans les années 50, et traversé principalement les sixties, stationné en 1973, revécu les early seventies derrière le rideau de fer, passé du temps en 1980, puis à la fin des années 80 début des 90, 1992 et le début des années 2000. Tous les autres films étaient au contemporain présent et donc se passaient entre 2014 et là maintenant.

Voyages dans la géographie :
aux USA (Californie, Boston ...), dans Londres et sa banlieue, à Monaco, au Nord de la France, au Maroc (Tanger) en Tunisie (Tunis), à Boulogne sur Mer, en Russie dans une ville qui n'était pas Moscou (mais pas nommée), en Roumanie (dans une grande ville qu'on ne voyait pas, puis au bord de la mer), en Norvège (petit ville), en Colombie (Bogotta et ses environs), en Pologne (grande ville), en Slovénie, à la frontière entre l'Ukraine et la Slovaquie, à Vienne (Prater beaucoup) et dans les montagnes proches, en Belgique (Wallonie et Bruxelles et une ville non nommée), dans les Ardennes française, au Kurdistan (Turc mais qui aurait dû être côté Irak si les guerres l'avaient permis), en Allemagne (Berlin et aussi ville non nommée), en Bulgarie, en Islande dans un village perdu, en Irlande de façon itinérante, en Slovaquie (un village, une grande ville), en République Tchèque, au Portugal, en Géorgie (village de Svanétie), en Hongrie (frontière et Budapest), en Serbie, au Kirghizistan, en Zambie, à Enghien les Bains, Nice et une ville du centre de la France,  dans les Cornouailles, et dans un manoir mystérieux d'un pays imprécis. 

La Slovaquie, la Russie, l'Allemagne et la Belgique c'était plusieurs fois.

De quoi étancher une part de la soif de voir du pays.

Voyage parmi tous les milieux sociaux : 
professions des personnages principaux 
joueurs et joueuses de tennis, retraité tenant une boutique d'appareils photos anciens, ouvrier et ouvrière dans une usine qui délocalise d'où chômeur et chômeuse peu après malgré des tentatives, dont l'un pour marin pêcheur, pour y échapper, médecin, médecin urgentiste, chirurgien, psychanalyste, reporter, journaliste de télévision, cameraman, technicien qualifié sur plateformes pétrolières, inspecteur de police (criminelle), mineur de fond, contrebandier chef maffieux, critique musical puis chômeur puis forain, berger puis employé d'abattoir, barista, très vieux retraité, patronne de restaurant, ouvrier sur un chantier de BTP ancien soldat, plusieurs fois des jeunes (écoliers, collégiens, lycéens), très peu de femmes au foyer, retraitée, réfugié (pas une profession, je sais), chômeuse longue durée, facteur, projectionniste de cinéma au chômage devenu charpentier, sorcière (elle gagne sa vie, ou du moins de l'argent pour sa communauté), critique et professeur de cinéma, ouvrières presque au chômage, soldat, magicien, retraité-e-s, reporter. 
Belle palette. Avec des riches vraiment aisés et pas mal de bosseurs pauvres et du chômage à tous les étages.  




dimanche 12 novembre jour 9 : déjà la fin

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Toujours une petite tristesse au dernier jour, et un étonnement : déjà ? 

Cette année, ce phénomène curieux qui se confirmera jusqu'au dernier jour. 

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Ça n'enlève rien à la qualité des films mais c'est un peu inquiétant, est-ce que ça signifie la fin prochaine de films militants si cette façon de prétendre que non est le fruit de pressions ?

Sinon, c'est impressionnant à quel point dans les films de cette année les hommes débloquent (parfois sous couvert de traditions, mais n'empêche quels abrutis), tout le monde picole (plus ou moins gravement, mais tous) et fume à tout va, combien le travail est stressant, le chômage omniprésent, les frontières redoutables. Pour la première fois j'ai ressenti qu'un film qui se passait essentiellement en Amérique du Sud avec des zones non-sûres dans lesquelles les protagonistes passaient en se méfiant étaient moins sous tension que des films se passant en Europe de maintenant. 

À part ça, une grosse thématique poules rousses : il y en avait au moins une dans presque chaque film. Et une sous-thématique tennis assez amusante. Il faut croire qu'on s'est rendu compte que les matchs de maintenant tout en puissance avaient moins d'intensité dramatique.

L'autre chose marquante, mais qui ne date pas du festival de cette année, c'est simplement qu'elle est de plus en plus visible, sans doute parce que les années 70 et 80 du siècle précédent font à présent l'objet de reconstitutions, c'est la frontière d'espace et de temps entre un monde sans téléphones individuels portables et un monde où ils sont omniprésents. Aucune des histoires concernant "le monde d'avant" n'aurait eu lieu de la même façon s'ils avaient existé. La présence d'ordinateurs et de l'internet a moins d'impact, par exemple. Peut-être parce qu'il y a moins de différence entre expédier une lettre et envoyer un mail, qu'entre être en face d'une personne et lui parler directement ou lui parler au téléphone où qu'elle soit. 
On commence à voir, dans des films où ça n'est pas le sujet, l'importance des réseaux sociaux.
Dans un festival comme celui-ci dans lequel les films viennent du monde entier, on mesure mieux la force de pénétration de ces moyens de communication. Il y a quelques années certains films se passaient encore dans des coins reculés où "ça" ne passait pas. À présent, les films dans lesquels les gens, même pauvres, ne disposent pas de cette technologie sont ceux qui se tiennent avant l'an 2000 ou dans les early-2000.

C'est plus marquant encore que pour les films pre-code ou post. J'ai l'impression, mais je peux me tromper car je n'ai pas connu ces temps, ni même mes parents, seulement mes grands-parents (que je n'ai presque pas croisés), que cette évolution est aussi forte dans la réalité que celle qui a vu venir presque partout l'électricité. Le genre de cinéma que nous suivons au festival, et qui touche au quotidien des gens le plus souvent s'en fait le reflet. Sur une succession de films vus dans un temps limité les évolutions générales présentant un caractère d'universalité sont encore plus flagrantes qu'en observation directe et forcément géographiquement limitée (on ne peut être partout en même temps).

 

 

 

Cette dernière journée du cru 2017 fut un régal, de (très) bons films jusqu'au bout, dont une comédie. 
On aura pu une fois de plus constater que lorsqu'il y a un palmarès, une comédie même excellente ne parvient pas aux prix, comme s'il fallait qu'une œuvre donne une impression de sérieux pour être louable. Or réaliser une bonne comédie demande plutôt plus de travail, tout doit être au millimètre - un film qui embarque par l'émotion n'a pas autant besoin de précision -.

 

Wilde Maus
La tête à l'envers, Josef Hader, Autriche - 2017 (1h43)

Un critique musical reconnu se fait licencier de son journal car trop coûteux trop vieux, n'ose pas le dire à sa femme psychanaliste, erre dans le Prater, y trouve du travail mais s'enfonce dans son mensonge. Pendant ce temps ils tentent elle et lui d'avoir un enfant, et elle reçoit ses patients. L'ensemble se combine pour avoir quelques conséquences.

Un régal, c'est bien vu de l'air du temps à tous points de vue - could happen anywhere in Europe -, super bien interprété (1), ce qui est drôle l'est dans l'ensemble avec finesse. Même le "salaud" n'est pas caricatural, mais présente sa part d'humanité.
Et puis c'est gorgé de ces petites absurdités folles dont sont tissées les vraies vies. 

Film que je reverrai avec plaisir, pour savourer les détails et à nouveau bien rire, même si le fond de l'affaire n'est pas gai.

Je pense qu'un instant du film très émouvant me restera, concernant l'amour face au danger immédiat. Et aussi une méchante mauvaise conscience en mangeant du fromage puisque ça sera là que j'aurais enfin pigé pourquoi certains fromages étaient indésirables pour les végétariens. C'est vrai qu'on parle rarement de la caillette (de veau) dans des films français. 

 

(1) un des personnages qui se trouve être homosexuel est campé avec toutes les nuances de la réalité et ça fait du bien.

 

Heartstone
Gudmundur Arnar Gudmundsson (Hjartasteinn), Islande - 2016 (2h09)

En Islande au début des années 2000 (et donc avant l'usage des téléphones portables), un été, des adolescents ... sont en pleine adolescence. Ça se passerait de façon plutôt mignonne si l'un d'eux ne se trouvait pas contraint de se rendre à l'évidence : il est homosexuel. Et si le monde dans lequel il vit n'était pas sans l'ombre d'une mauvaise conscience d'une splendide homophobie. 

Pour une question d'horaires serrés, nous avons manqué le début, mais ça ne semblait pas gênant : film calme et lent. Beauté des paysages, excellentes interprétations. 
Façon de filmer très classique, non sans qualité mais je me suis quand même un tantinet ennuyée. 
Et puis cet agacement curieux qui est le mien lorsque dans un environnement visiblement froid les humains se baladent peu vêtus comme s'il faisait chaud, n'a pas contribué à me faire ressentir l'empathie qui m'a manquée. 
Je pense que ce film peut être marquant pour des personnes plus jeunes ou davantage concernées (ou qui n'ont pas vus les films de Bergman avant)

 

The Line
Peter Bebjak (Ciara), Slovaquie - 2017 (1h48)


Thriller mafieux redoutable d'efficacité avec un beau, un très bel art de filmer. 
Je n'étais pas la bonne cliente pour ce film : l'ultra-violence me fatigue et une légère invraisemblance concernant la cohérence d'un personnage m'a gênée vers la fin (sans doute parce que je suis une femme). Il n'empêche que c'est rondement mené, que ça laisse des images marquantes (c'est fait pour), que les acteurs sont tous formidables, qu'il y a juste ce qu'il faut d'humour (1) pour nous détendre entre deux déchaînements de violence, que ça fait du Grand Cinéma.
Il s'agit d'une histoire de famille mafiosante de la frontière entre Ukraine et Slovaquie, et qui se livre à de juteux trafics avec une certaine rigueur, de l'organisation et une parfaite efficacité. Mais cette frontière sera bientôt fermée et les tendances divergent quant à la manière de s'adapter aux prochains nouveaux enjeux. Il est bon pour mieux comprendre de savoir avant le début qu'au moment où l'action (les actions) est censée se passer (2007) un paquet de cigarettes qui vaut 3 € en Slovaquie vaut 40 centimes en Ukraine et que l'attente à la frontière sans bakchich est de 5 ou 6 heures.
Le méchant est super méchant, sans faille. 
Il y a à un moment une cascade de grimper de mur qui est épatante. Elle n'est hélas pas dans la bande annonce qui contient un gros spoïleur (2). 
Ça vaut bien des films hollywoodiens. 
Mais c'est sans doute aussi ce qui fait que j'apprécie moyen, même en reconnaissant bien des mérites à ce qui est là à l'œuvre.

 

(1) Notamment la vision d'un peuple entier en train de fumer après qu'une cargaison de contrebande ait été perdue (mais pas pour tout le monde).

(2) Ce qui est curieux pour un thriller. Et d'autant plus dommage.

 

Battle of the sexes
Jonathan Dayton et Valerie Faris (ceux de Little miss Sunshine), USA-GB - 2017 (2h01)

Le film de clôture est généralement un film grand public pour autant de qualité et plutôt détendant. Celui-ci n'a pas dérogé à la règle. Il tourne autour du match qui opposa le 21 septembre 1973 Billie Jean King et Bobby Riggs. 

La reconstitution est à couper le souffle, si vous en doutez jetez un coup d'œil sur cette video d'époque. C'est un peu fou de constater que ce qui dans le film paraît exagéré, ne serait-ce que la consommation folle du monsieur en compléments alimentaires et produits dopants n'est que le reflet précis de la réalité.
Rétrospectivement, le Borg - Mc Enroe du début du festival paraît bien fadasse. Ils se sont simplement autorisés à choisir une interprète un peu plus jolie que la vraie Billie Jean ne l'était et un Bobby Riggs plus replet.

Billie Jean King elle-même a apprécié le film.

En entendant les propos les spectateurs hommes ou femmes jeunes sortant surpris de la projection (C'était vraiment à ce point-là ?), on peut penser que ce film en plus d'être distrayant et réussi est salutaire. Oui, on vient de là, oui ça n'est pas si loin, et en ces temps de libéralisme galopant le Male Chauvinism reste bien portant. Voilà de quoi redonner des forces pour ne vraiment plus se laisser faire. 

*                           *                            * 

Seuls regrets : - que le film qui m'a le plus marquée et impressionnée n'ait pas de prix. Il s'agissait de Rudar (The Miner) de Hanna Wojcik Slak. Moins spectaculaire que ceux qui ont attiré l'attention il était plus intense, plus militant, plus fort, plus émouvant. Et d'une grande qualité de l'art de filmer, si l'on y prêtait attention.
- qu'à la fin du festival il n'y ait pas encre un lieu ouvert où l'on puisse pour un dernier soir se retrouver. Pour être passée au Village en fin d'après-midi j'ai pu voir que tout était en train d'être rangé, ce qui est compréhensible, la place est à libérer. Sans doute que les participants officiels du festival ont leur propre rendez-vous, mais ça serait agréable un endroit ouvert aussi aux festivaliers plutôt que de simplement s'enfoncer dans la nuit après le dernier film, un  coup de l'amitié au moins pour les porteurs de pass permanent et spectateurs de la dernière séance.

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(cette année j'avais imprimé les billets puisqu'il y a eu de sérieux problèmes au moment de faire les réservations ; l'an passé j'avais pu les faire par deux et présenter simplement mon téléphone à l'entrée)

 


samedi 11 novembre jour 8 : Le 2ème (presque) chef d'œuvre

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Est-ce un biais de la sélection ou une tendance de fond du monde actuel que le cinéma refléterait ? : le nombre de films qui évoquent les mauvaises conduites ou pratiques masculines et les souffrances des femmes sous leur joug ou celui des traditions dont les premiers se réclament facilement pour satisfaire leurs penchants est impressionnant.

L'ampleur des dégâts commis l'est aussi. Un film géorgien nous a fait découvrir quelques gradations dans l'horreur comme de séparer un enfant de sa mère veuve au prétexte qu'un autre homme du clan l'a réquisitionnée comme femme. 

D'une façon générale, la juxtaposition de films internationaux aux prises avec des thèmes généraux d'évolutions des sociétés ou de l'histoire et des films française qui ne les évoquent qu'en passant, centrés sur des destinées individuelles qui n'ont d'autres portées que la leur, n'est pas franchement à l'avantage des seconds.

Et ce fut la découverte d'un nouveau "chef d'œuvre personnel", je veux dire qu'il l'est à mes yeux mais que j'ignore à quel point ça fonctionne pour d'autres : The final journey, film allemand de Nick Baker-Monteys (Leanders Letzte Reise) - 2017 (1h45)

 

 

Le film nous embarque dans un voyage imprévu dans l'Ukraine en guerre de 2014, une petite-fille suivant son grand-père parti soudainement après l'enterrement de sa femme. Il fut soldat dans la région pendant la seconde guerre mondiale et souhaite retrouver avant de mourir des personnes de son passé.
Tout est parfait, la façon de filmer, les acteurs, la combinaison de l'Histoire et de leur histoire, le scénario, équilibré, et le conflit actuel qui renvoie l'écho de l'ancien. Contrairement à celui qui m'accompagnait j'ai apprécié le côté traversée d'un pays en conflit car je sais que c'est bien ainsi : bien des moments où tout semble normal à peine un peu perturbé et puis soudain, ça bombarde ou ça tire et le havre de paix devient un endroit de maximal danger. 
La subtilité des relations entre les gens est parfaitement rendue, celui qui est amical et qui se tend parce qu'on a parlé de politique. Les personnes qui tentent d'être correctes vis-à-vis d'un frère humain mais ne peuvent tout à fait faire abstraction du passé. Le faut-il ? Le doivent-elles ? À quel point on peut être le héros des uns et le salaud des autres, du moins en temps de conflit armé. 
Au passage la confirmation d'à quel point dans les indépendantismes récents la présence d'une aile fasciste est difficile à nier, infiltrés au prétexte de patriotisme localisé et traditions à retrouver.
Enfin, d'un point de vue plus intime, le côté "choses que l'on découvre sur le passé familial longtemps plus tard" ne pouvait me laisser indifférente, pas cette année.
Du coup envie de découvrir quels autres films a réalisé Nick Baker-Monteys  PB110025

Au passage, Jürgen Prochnow, proprement magistral dans le rôle du très vieil homme. 

(Il ferait un très bon Johnny Hallyday si d'aventure quelqu'un cherche un acteur en vue d'un biopic)

 

 

 

 

 

Les autres films vus aujourd'hui et que la force de celui-ci a un tantinet éclipsé furent :

Une part d'ombre
Samuel Tilman, Belgique - 2017 (1h30)

Un groupe d'amis voient un des leurs se retrouvé soupçonné d'un meurtre : il a été le dernier a avoir aperçu la victime en vie, et sa vie qui semblait lisse et exemplaire présente une part qu'il avait caché et qui pourrait constituer un mobile solide. 
Ça n'est pas que ça soit un mauvais film, loin de là, c'est bien mené quoiqu'assez cousu de fil blanc - un seul personnage celui de l'ami fidèle envers et contre tout, présente une réelle profondeur, les autres sont cantonnés à des archétypes du bon avocat à la femme bafouée en passant par les amis qui n'en sont facilement plus -. Le hic c'est que les autres films en présence sont d'un tel niveau qu'une petite histoire qui tient du fait divers ne débouchant sur rien d'autre qu'une histoire personnelle ne fait pas le poids. 
La façon de filmer est solide, le rythme bon, mais d'un classicisme absolu.
En fait j'eusse aimé voir la pièce de théâtre qui pourrait en être tirée : elle partirait de la scène de la réunion entre professeur, une sorte de conseil de classe, conduirait comme dans le film, l'homme soupçonné à quitter la salle, mécontent de la suspicion qu'il ressent et se poursuivrait par les échanges entre ses collègues aux travers desquels on découvrirait peu à peu toute l'affaire, en se posant plein de questions. Juste ça, un huis clos.
J'oubliais : je commence à être agacée par le côté "paysages obligés" qu'ont certains films de nos contrées, comme si la région qui a participé à son financement demandait qu'en contrepartie 15 minutes au moins de ce qui fait sa beauté soient montrées à l'écran. Alors nous voilà avec de longs plans d'une voiture le long d'une route (1), vue d'un peu en haut, oh les jolies forêts / montagnes / bords de mer / villages et qui n'apportent rien de rien à l'évolution narrative et rien non plus de l'ambiance des environs, simplement du décor descriptif. Ce film-là n'échappait pas à ce qui semble devenu une règle.

(1) À la réflexion c'est peut-être dû à des accords de placement produits avec les firmes automobiles. 

Dede

Mariam Khatchvani, Géorgie - 2017 (1h37)

PB110021

Une intéressante critique de ce film ici.

Si j'ai bien compris ce qui s'est dit, le film se passe en Svanétie en 1992 et cinq ans plus tard. Les protagonistes du film parlent une langue qui n'est plus pratiquée que par 10000 personnes et la réalisatrice tenait à tourner dans celle-ci afin d'en conserver trace ; les enfants petits que l'on voit aller à l'école dans le film parlent, eux, géorgiens.

L'histoire est celle d'une jeune femme en bute aux traditions patriarcales, qui semblent dans cette région de haute-altitude particulièrement féroces, les hommes s'arrogeant le droit de disposer non seulement des femmes mais de leurs enfants. Ce qui est intéressant c'est que le personnage principal est une femme qui se révolte et parvient (je ne spoïle pas vraiment c'est proche du début) dans un premier temps à refuser un mariage arrangé pour convoler avec celui qu'elle aime et qui l'aime, mais les traditions et les hommes qui s'en réclament ne les laisseront pas si facilement en paix. Il est à noter un personnage de jeune religieux qui pousse à l'adaptation au respect des femmes, mais il n'est malheureusement pas beaucoup écouté. 
Ce film est magnifique. Magnifique et assez désespérant.

Mairam Khatchvani dit qu'elle s'est inspirée de l'histoire d'une de ses propres grand-mères. Dede signifie Maman

nb : Dommage, son affiche est un spoïler en soi.

 

Jean Douchet, l'enfant agité

Fabien Hagège, Guillaume Namur, Vincent Haasser, France - 2017 (1h25)

PB110011

Délicieux film sur Jean Douchet lui-même avec images d'archives et interviews de proches.

Jean Douchet lui-même présent ainsi qu'en spectateurs certains réalisateurs qui reconnaissent lui devoir beaucoup.

De ce fait la séance et le début [avons dû partir pour voir le film suivant] d'une interview au Village juste après étaient assez émouvantes. L'homme m'est devenu plutôt sympathique (2), rendant les films encore plus vivant, maniant l'humour. 
Je suis parfaitement en phase avec sa perception du sens de la propriété, ce qui même si en matière de cinéma j'ai parfois du mal à comprendre, nous fait un bon point commun.

(2) Lors d'un week-end de ciné-club à la Brosse-Montceaux j'avoue pour ma plus grande honte l'avoir trop vite jugé professoral et froid. Mais peut-être qu'il était déçu des lieux, des mets et de l'accueil, qu'il avait le sentiment de perdre son temps, je ne sais.

 

Un cadavre au dessert

Robert Moore (Murder by Death), USA - 1976 (1h34)

C'était notre petit bon vieux classique pour finir la journée avec un peu de détente. Film très plaisant que j'avais déjà vu je crois au moins deux fois, sans me souvenir du dénouement : le drôle c'est cette réunion des plus grands détectives de fiction dans une sorte d'escape game et la leçon d'écriture infligée par le personnage de Truman Capote.
Le point encore plus drôle est que j'étais persuadée par mon souvenir que ce film valait pour ses dialogues ultra pétillants. Il n'en est (presque) rien ; si certains échanges sont drôles beaucoup se veulent spirituels et ne sont que lourdingues. Curieux d'avoir magnifié ce point. 
La copie semblait vieille, deux interruptions brèves ont été nécessaire avant que nous ne puissions voir le film entièrement, c'était impressionnant de ce dire que ce film était un déjà très vieux (et sympathique de l'avoir revu)