Voyage en Transsibérie (par procuration)

 

Capture d’écran 2019-08-09 à 08.50.54   Je suis une grande voyageuse et une nomade ; ma vie, hélas, ne s'en est pas aperçue. 

Donc en ce mois d'août d'être coincée à Paris avec, par la force des choses, un peu de temps pour moi, je voyage beaucoup grâce à mes ami·e·s et l'internet qui leur permet de donner des nouvelles et à ceux qui ne bougent pas, ou bougent ailleurs, d'en prendre. 

Cette année, je me régale du carnet de voyage collectif de Daniel Bourrion, Jean-Christophe Diedrich et Olivier Toussaint

On the route - Transsibérien

Le site est beau et simple d'accès, un site comme je rêve de me créer quand je serai retraitée. Il met en valeur les photos et les textes, permet les lire ses derniers avec aisance. 

Les photos sont à rester scotché·e de longs moments devant - site à ne pas consulter lorsque vous êtes au boulot, c'est du NSFW d'une façon différente de celle d'habituellement -.

Et les textes impressionnants de dire beaucoup avec peu de mots. Ils me rappellent certains romans de petite taille que l'on glisse dans une poche, qu'on lit, qu'on trouve formidables et l'on en parle aux autres, et ce faisant on s'aperçoit qu'on a tant et tant de choses à dire de ce qu'ils nous ont transmis, qu'on se surprend à regarder leur volume et leur pagination. Il y avait tout ça dans ça ?
Voilà que j'ai l'impression de connaître la Russie d'à présent ; pour très peu de mots finalement. Chapeau.

Grand merci à eux.

 

(pas la peine de cliquer sur l'image, je ne sais pas pour l'instant faire que la photo entraîne vers le site)

 


Un billet d'il y a dix ans (Disparus transparents, disparus d'antan)

 

Je recherche depuis mon billet d'hier sur Neufchâteau revisité, une photo prise en juillet 2009 avec le texte qui l'accompagnait. Pas de traces sur traces (mon souvenir de l'image était assez vivace), rien sur le Petit Journal de chez François Bon auquel nous participions alors allègrement, entre autre avec les camarades de ce qui deviendrait L'aiR Nu, rien sur mes sauvegardes du fotolog qui semble vraiment mort désormais (inaccessible en tout cas), alors j'explore mes nombreuses annexes thématiques. 

(Pour l'instant en vain)

6647704399_b5bfd0093a_o Grâce à flickr qui est bien indexé, j'ai retrouvé la photo, de ce qui fut mon logis pendant une semaine il y a 10 ans, après la fin de ma vie d'"Usine", au début de ma vraie vie. D'ailleurs je considère assez bien ce stage comme marquant le début de la nouvelle, un jalon important. Mais qu'est devenu le texte ?

En creusant les annexes, je suis retombée sur ce billet qui n'a rien à voir fors de dater de ce même été.

Ce qui est fascinant, entre autres, c'est que de toutes les allusions que par discrétion j'avais omises de dénommer, pratiquement aucune ne m'est décryptable aujourd'hui sans recherches - en particulier le coup du DVD, de quoi diable pouvait-il s'agir ? (1) -. Pour le reste et malgré tout ce qui s'est passé durant ces dix années mouvementées, j'ai l'impression de n'avoir pas trop changé, de bien me reconnaître comme la personne qui a rassemblé ces mots.  

Je n'ai modifié qu'un ou deux détails de conjugaison ; la concordance des temps en français n'est pas mon fort.

(1) Je n'en ai à ce point plus la moindre idée que je me demande si je ne m'étais pas amusée à glisser un paragraphe fictionné au sein d'un billet de réalité.

 

Disparus transparents, disparus d'antan

(billet déposé sur une annexe le 31 août 2009)

 

    Une conjonction étrange et triste d'éléments sans liens directs m'a fait penser à eux.

L'acteur jeune et semblait-il en pleine santé qu'on croise fin juin (début juillet ?) lors d'une avant-première au Méliès. Meurt quelques jours après d'un accident de mobylette comme il en arrive tant. Mais pas tant que ça à un gars dont l'image est projetée, et encore fraîche sur les écrans.
L'amie que je sens affectée par la disparition brutale (suicide ou overdose "volontaire" ?) d'un DJ que probablement elle connaissait. Je vais voir d'un peu plus près quel était son travail. Constate qu'il était bon (pour autant que je puisse en juger) et que par ailleurs son site est, lui, toujours en vie, pas la moindre mention de la récente tragédie. 
Et ce souvenir qu'il réactive de celui d'un photographe que je connaissais de vue, et aimais beaucoup et qui à peine décédé avait vu l'url du sien capturée par un homonyme de bien moindre talent. Celui aussi d'une de mes connaissances, jeune journaliste prometteuse et poète sensible, disparue volontairement au printemps et qu'on peut voir ici en mai 2008 qui interroge Coline Serreau.
Le lien qu'on me transmet vers un site (de restaurations) audio et qui propose ce jour-là trois enregistrements d'Apollinaire dont un sur "Marie" qui me met les larmes. Mort il y a près d'un siècle et sa voix toujours là. Diction d'un autre temps, mais par moments moderne. Frissons.
Enfin lors du rangement quinquennal de ma table de chevet un DVD tombé d'une pochette achetée jadis pour les livres sans me méfier qu'elle comprenait aussi autre chose, que je glisse dans l'ordinateur par amusée curiosité et où apparaît quelqu'un que j'aime fort (bien vivant lui mais) délesté de quelques lourdes années. Il avait alors pratiquement l'âge que j'ai. Liquéfiée de douleur d'arriver trop tard.
Alors j'ai songé aux morts d'autrefois. D'il n'y a pas tant de temps que ça, disons la génération d'avant mes grands-parents, ce qui ramène au mitan du XIXème. Morts en laissant au mieux d'eux quelques objets, des terres ou une maison. Des bribes écrites éventuelles pour les privilégiés d'entre eux qui savaient. Les rares qui étaient artistes pouvaient léguer de leurs créations, si pas trop périssables. Les photos : une rareté.
Disparus transparents que seule l'apparence physique de leur descendants, s'ils en avaient, pouvait prolonger.
Génération de mes grands-parents : la photo est rare mais elle y est. Ils ont parfois écrit ne serait-ce que des cartes postales. Les hommes l'ont fait, envoyer des lettres, quand ils étaient mobilisés. Restent aussi des documents les concernant. Qu'est devenue cette permission jaunie de la guerre de 14 accordée à mon grand-père maternel sous le prénom Marius car son gradé de l'époque, un marseillais sans doute, devait avoir avait du mal avec le François-Marie breton, qui était le vrai prénom de celui que tous appelaient Louis (et on ignore pourquoi) ? Je l'ignore mais n'ai pas oublié d'avoir vu ce papier.
Après la seconde guerre, du moins en occident, tout se précipite. De mes parents restent et resteront des mots écrits, des photos, des films (super 8 au moins), parfois des enregistrements (quand l'enfant étrennait son tout nouveau enregistreur Philips avant même la stéréo). 
Et depuis l'internet, explosion. Nous sommes tous appelés à nous survivre un temps sous forme de films complets (mouvements, allure et sons, présence de l'expression), traces écrites multiples et multipliées, photos que nous-même ignorons (cherchez-vous via google images par exemple et vous serez sans doute surpris). Et ce, y compris si ce que nous faisons n'a que peu à voir avec une forme de travail créatif avec espoir de transmission.
Je me sens pour l'instant dépassée par l'ampleur de la réflexion que le sujet appelle. Mais je sais qu'il convient d'en marquer le point de départ. Dans l'espoir d'y revenir après et d'en pouvoir au moins dater la prise de conscience. 
Il est beau que nos absents pour partie ne nous soient pas arrachés entièrement. Il peut être terrible cependant que ceux d'entre eux qui furent toxiques (aucun des cas évoqués plus haut) restent à nous encombrer. 
Et combien il est étrange qu'un homme soit mort et son site vivant (1).
(1) un appel à témoignages pour un projet qu'il avait en cours rend le contraste encore plus criant.
PS : À l'instant d'envoyer ce billet, je m'aperçois que je l'ai rédigé tout en écoutant ... Alain Bashung. Dont acte.

Stimulant (confort et veille de course)

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J'adore les veilles de courses, quand on met de côté toutes les difficultés de la vie quotidienne pour se concentrer sur un objectif élémentaire : parcourir x km en moins de y heures (peu importe si uniquement sur un mode ou pour le triathlon sur trois, le principe est le même : un déplacement à accomplir). On ne sait pas encore comment on sera, quelle sera notre forme, il y a une légère tension mais elle est joyeuse et stimulante. En tout cas pour moi. Et j'adore ça.

Comme nous prenons peu de vacances et qu'elles sont généralement en Normandie, avec de fait des choses sérieuses à faire, de celles qu'on fait dans un chez soi, c'est un bonheur et un réel congé du quotidien que d'aller quelque part pour une course. 

Et pour cette fois j'avais opté pour une petite folie (raisonnable) financière : l'hébergement dans le complexe sportif et hôtelier qui fait partie de l'organisation de la course. Départ sur place !

Une chambre spacieuse et belle comme nous en connaissons rarement 20190712_173552

une vraie piscine dans le complexe même - le luxe inouï de quasi descendre en maillot de bain, et pour une vraie piscine où l'on peut nager pas seulement faire trempette -. 

Nous fêtons ainsi nos trente ans de mariage. J'espère que la course sera une fête aussi. J'appréhende la longue distance, mais j'ai envie de m'y confronter. 

J'eusse aimé avoir une vie de nomade du sport, avec la santé fragile de ma jeunesse et la béta-thalassémie même mineure, ça n'était pas envisageable. D'autant plus que "mon" sport était le football et qu'il commence seulement plus de quarante ans plus tard à être reconnu pour les dames. Alors je me rattrape sur le tard, à petite échelle mais beaucoup mieux que rien, grâce au triathlon et à la course à pied. L'air de rien, à bas bruit, en attendant mon heure, j'en aurais accompli des espoirs de ma vie. 

Peut-être qu'il y a là une force à transmettre : si quelque chose nous tient profondément à cœur, et dépend de nous que ça devienne possible en assez grande partie, il convient de ne pas la perdre de vue et de porter son effort dans sa réalisation dès qu'elle devient accessible. Parfois, ça prend quarante ans. C'est tout. 

À part ça, il y a toujours cet effet en arrivant en Belgique de rentrer chez moi. Peut-être faudra-t-il qu'enfin un jour je coïncide. 


Un hangar et l'hôtel


    Je me réveille un peu moins propriétaire et j'aime ça (1) : je ne suis pas faite pour posséder des morceaux de planète, j'ai seulement besoin d'un camp de base pour stocker ce dont j'ai l'utilité - livres, photos, souvenirs, archives, quelques beaux objets si liés à quelqu'un, offerts - et pour le reste j'aimerais être nomade, mais de luxe.

Je crois que si j'étais millionnaire, ce qui est impossible, car quand bien même une forte somme me tomberait du ciel (2), je serais incapable de ne pas aider, au moins créer une fondation pour secourir, j'achèterais un hangar avec une partie à vivre très dépouillée (de quoi dormir, manger, se laver, étudier / écrire), j'y classerai mes livres, mes photos, mes documents, et je ferai un mini-musée avec les souvenirs, les beaux objets. Quant à moi je vivrai à l'hôtel, des beaux hôtels, des lieux différents. J'y écrirai. Je reviendrai à Clichy - Levallois pour le sport, le triathlon, des entraînements, le suivi médical et les problèmes de visas. Je ferais des voyages lents, en évitant les avions. J'écrirai sur ces voyages mais aussi des fictions.

Bon, en attendant, le travail m'appelle et c'est intéressant, par ailleurs un boulot monstre dans l'appartement - forcément, avec tout ce qu'on a récupéré, les milliers de livres, le bazar permanent -, et une petite maison dans une belle mais hélas dangereuse région qui requiert toute mon attention parce qu'elle est simple et que je la tiens de mes grands-parents et que mes parents ensuite en ont pris soin et l'ont améliorée. Devoir de mémoire, devoir de respect. Pour Ernestine, pour Berthe, pour Mado et pour tout le boulot que Nino avait fait. 

 

 

(1) En plus que nous avons eu cette grande chance que les acheteurs soient un jeune couple très sympa, qui se rêvent une belle vie là. Alors ça a un sens.
(2) Par exemple si je parviens à créer la chansonnette bête que le monde entier chanterait sans parvenir à se l'ôter de la tête.


Photos d'antan


    Lancée la semaine passée à la recherche du fotolog perdu (1) et même si j'espère en retrouver la plus grande partie grâce aux archives du dépot légal BNF, j'ai replongé dans mes archives photos qui selon les périodes de relatives accalmies ou de difficultés de ma vie sont très bien classées et "étiquetées" ou chaotiques (mais néanmoins existantes). En fait je ne perdrais pas de photos dans l'aventure puisque j'y publiais des images conservées par ailleurs, c'est la sélection elle-même, les textes et les interactions amicales que j'aimerais reconstituer. J'en ai besoin pour des chantiers d'écriture, j'en éprouve le besoin pour jalonner (2). 

En attendant ça m'a fait pour les photos comme lorsqu'on commence à rafraîchir les murs d'une pièce : on se voit soudain par nécessité obligés de faire aussi quelque chose pour le plafond. 

J'ai donc commencé aussi à remettre de l'ordre dans des scans plus ou moins récents (ou récents mais de photos anciennes). Ainsi une image du Burkina Faso prise en 1987 probablement

JF et Gilda Koudougou 1987 probablement

 

Et aussi une photo prise probablement par l'homme de la maison à Bruxelles en juillet 1985.

Gilda Bruxelles juillet 1985

C'est finalement assez réconfortant de les regarder. 

1/ Nous sommes toujours en vie (so far)

2/ On aura quand même, même en étant fatigués et très pris par notre travail rémunéré, bénéficié d'un bon bout de chemin de paix générale, sans souffrir de la faim, ni de la soif, ni du froid (sauf pannes), en ayant un excellent accès à des soins médicaux dès que nécessaire. Nous aurons pu élever deux enfants sans qu'ils ne manquent d'autres choses que de notre temps disponible. Aucun de nos ancêtres respectifs n'avait connu ce qui en d'autres lieux et temps et sans doute à nouveau dans le futur proche sera considéré comme de grands privilèges.

Nous avons eu beaucoup de chance.

La suite risque d'être un peu plus compliquée (et pas seulement pour nous).

 

(1) Il semblerait donc que Fotolog ait été cédé au Grand Rien des Internets
(2) Je le dis grâce à Bree sans doute mieux par ici.


Un hiver très printanier


PC291889C'est la fin de décembre. Il a été très doux. 

En ce jour où nous décidons de quitter Paris pour une semaine ou moins (selon les impératifs d'emploi ou leur absence), on se croirait au printemps. 

La photo est prise à la va-vite sur une aire d'autoroute, mais le groupe de personnes sur les tables extérieures est tout bonnement en train de pique-niquer, et ce n'est pas héroïque de leur part, les conditions s'y prêtent. 

J'ai effectué tout le trajet en pull, ce grand pull gris moucheté trouvé un jour près de chez moi en rentrant, je crois, de chez toi, d'où que j'ai le sentiment d'un cadeau de ta part, quelque chose que tu m'aurais confié. Pas un seul instant, même en sortant pour la pause, je n'ai eu froid. À peine, une vague sensation de frisquet en arrivant dans la maison vide et non chauffée (1). 

Dans la salle de bain, un moustique nous attendait (2), dans le jardin deux fleurs.

C'est un hiver très printanier. 


Quelque chose d'ancestral m'empêche de le bien savourer. Pas grand chose à voir avec la conscience des calamités potentielles que porte le réchauffement climatique, je ne crois pas qu'un seul décembre change grand chose à l'affaire, d'autant plus que j'ai des souvenirs encore récents de grands froids bruxellois et de me tenir glacée dans des librairies dont les portes n'étaient la plupart du temps pour des raisons commerciales pas fermées. Mais plutôt avec la crainte animale d'un "rattrapage", que le doux présent cache du brutal ultérieur, que le printemps soit de ceux de diète prolongée comme autrefois lorsque les premières récoltes se faisaient attendre et que les maigres réserves de l'année passée étaient épuisées. Je ne sais presque rien de mes aïeux, mais ils m'ont transmis beaucoup de leurs difficultés de survie.

Vaguement inquiète et incrédule, j'enlève doucement mon pull.

 

(1) C'est là qu'on s'aperçoit que du moins hors la ville et ses micro-climats, le chauffage n'est pas tout à fait un luxe.
(2) D'où cette question du soir, à la mode enfantine
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Un voyage en Corée (du Sud)


Par sérendipité du net, il pleuvait près de Lovecraft ;-), il avait plu en Corée, je suis arrivée sur le vlog de Maxime Savary qu'il a tenu avec sa compagne (1) d'un voyage tout récent (juillet 2015).

J'aime le calme et l'humour et le quotidien du voyage avec une utilisation des outils très actuel(le)(s). Et donc en s'y mettant mais pas pour faire le malin, pas spécialement, plutôt comme on enverrait un mot à la famille, aux amis, et aux passants de l'internet aussi. 

Même si le montage est de nos jours plus aisé, chapeau pour le boulot. Ça veut dire s'astreindre chaque jour à s'y coller, l'air de rien.

Ça commence par ici.  

Bon voyage, les amis !

 

 

(1) Mes proches fatiguent assez de ma façon de beaucoup photographier pour que je sois consciente que l'effort est collectif de collecter noter témoigner en temps (quasi) réel. Et quand je baladais partout un camescope, ils s'en lassaient.


Sans jet lag le voyage

 

P7181905

Dans ce café aux grands volumes, bien loin des troquets parisiens, les anciens qui disparaissent, les nouveaux qui se cramponnent à des décors d'antan tels qu'ils ne furent même pas, au mobilier intraçable, tenu par des personnes d'origine chinoise, fréquenté essentiellement par des hommes, certains venus d'Afrique ou leurs parents, le fait sans doute un peu aussi que notre présence ne gênait pas, la chaleur conforme, j'ai cru un instant être au Burkina Faso, un quartier neuf de Ouaga qui aurait poussé près de l'aéroport (par exemple), ne serait pas tout à fait fini P7181894 C'est un voyage qu'il y a vingt-sept ans on s'était dit qu'on ferait, revenir. Nous l'avons adapté à nos moyens et effectué à Aubervilliers. Pour le bilan carbone, c'est infiniment mieux. Je me sentais chez moi. (et je me suis sentie rassurée quant aux résultats menaçants d'élections futures : l'avenir est déjà en marche, et qui voudrait freiner ne bloquera au pire que les derniers wagons ; ou alors il faudra faire de l'Île de France une zone franche internationale)

Family life (so XXIth century-like)


Comme le faisait si justement remarquer Le Fiston, depuis qu'on a dans cette maisonnée chacun son ordi - c'est récent, en fait -, il arrive certains soirs qu'on soit chacun devant le sien, l'un participe à des jeux en réseau, l'autre tente de répondre à ses messages, d'écrire, de bloguer, de trier ses photos et de suivre les infos, la troisième bosse ou regarde des films ou des séries et le quatrième répond à ses mails, étudie les eurocodes ou regarde des retransmissions de pétanque.

On use la fibre, y a pas.

Parfois le fiston et moi, on échange nos trouvailles (1) de vive voix.

Je tiens à dire que je n'ai aucune nostalgie du temps de la télévision, durant lequel qui plus est une personne imposait son choix aux autres, qui parfois mécontentes allaient se coucher (2). En revanche je regrette l'époque pas si lointaine où je lisais à mon fils un chapitre de livre le soir, en particulier Harry Potter en traduction simultanée - qu'est-ce qu'on a pu rigoler -, les Misérables - c'était formidable -, et un Philip Pullman prenant que j'aimerais relire à présent. Et j'aimais bien l'époque où père et fils jouaient aux cartes tandis que je pianotais sur ma bécane à deux pas, savourant leur complicité. Je ne regrette pas du tout les périodes trop fréquentes où en tant que cadres surmenés (3) nous rentrions l'un, l'autre ou les deux à des heures trop tardives et trop épuisés pour pouvoir rien faire de nos soirées à part le strict utilitaire (repas, toilettes).

Il est cependant des activités que nous effectuons de façon conjointes comme de repérer un raccourci sur google street view. Et c'est pour moi un soulagement de percevoir que bientôt mon garçon en saura plus que moi et que ma fille est depuis un moment déjà largement autonome et très pointue sur certains sujets. Au fond il n'y a guère qu'en littérature, orientation géographique et cinématographie que je ne déteste pas être "celle qui sait" d'un groupe donné. Pour tout le reste, je trouve la responsabilité un peu dure à porter. J'aime autant être celle qui apprend. 

On ne s'ennuie plus jamais (4).

 

(1) Nous partageons un goût commun pour les nouvelles farfelues, le mauvais esprit, la cruelle ironie du sort.  

(2) Encore que ça a davantage concerné la famille que je constituais avec ma sœur et mes parents que la mienne propre. 

(3) Au fait j'aurais deux mots à dire au type qui il y a quelques jours sur France Cul vers 6h30 stigmatisait le "moins d'heures de travail en France" par rapport aux pays étrangers : parce que pour les cadres aux heures illimitées et non déclarées on est champions - en Belgique, en Allemagne, les cadres rentrent généralement eux aussi pour dîner et le repas est souvent vers 18h30 ; par exemple -. Sans parler de presque partout où les gens dépassent leurs heures sans être rémunérés, mais simplement parce qu'il faut faire le boulot et qu'on n'a pas trop le choix et qu'on récupère en théorie après mais souvent en fait pas. Bref, le temps de travail légal n'a que peu à voir avec le temps de travail réel.
Et je ne parle même pas des professions telles que professeurs pour lesquelles des décomptes ne prennent en compte que les heures de présence en classe alors qu'elles ne sont que la partie émergée de l'iceberg de leur boulot. 

(4) Même si ça ne nous est jamais vraiment arrivé.


Les aléas du net normand (billet destiné à faire rire dans quelques années)


    Le fait est que la petite maison de Normandie où pour cause de dèche plus ou moins grande, de congés parfois accordés au dernier moment - employeurs de l'un ou de l'autre de nous autres les parents, les congés scolaires quand nous dépendions aussi de ceux de nos enfants étaient heureusement connus à l'avance -, et aussi du fait que nous aimons beaucoup la région, nous est prêté par ma mère dont ce n'est pas vraiment même une résidence secondaire : elle appartenait à son propre père qui longtemps l'avait louée car lui-même habitait au-dessus d'un magasin qu'il tenait, mais ne pouvait acheter (1). 

Mon père a fait avant son décès beaucoup de travaux dans la petite maison et presque tout lui-même. Elle est donc habitable, eau, gaz, électricité, chauffage. Mais ne comporte rien de superflu pas même une ligne téléphonique. Il y avait deux cabines à proximité et lorsqu'on avait besoin d'appeler on les utilisait. Une de mes tantes et son époux habitaient dans la petite ville et l'on pouvait les appeler et nous laisser un message en cas de besoin urgent pour nous joindre.

Pas de chaîne hi-fi - juste un radio cassette CD que j'ai fini par acheter un été ; et une antique radio-cassette -. Pas non plus de télé.

Tout ça nous allait bien. On venait pour se reposer. On se promenait beaucoup. L'été j'allais nager. L'homme de la maison allait à la pétanque (2). Parfois nous allions au ciné. J'ai un souvenir joyeux d'"Un indien dans la ville" à Carteret.

Et puis l'internet est arrivé dans nos vies. 

Et avec lui le manque quand il n'y était pas.

Les locaux semblaient fort peu intéressés par cette amélioration technique ou alors à titre privé. 

Au début je me faisais une raison, c'était d'ailleurs du temps où nos connexions à domicile étaient rationnées - qui se souvient des 10h / mois de France Télécom (était-ce déjà Wanadoo ?) -. Je prévenais mes interlocuteurs. Je leur écrivais - ça m'arrive encore - des lettres en papier.

Puis j'ai fait partie du projet "Voice of a city : Paris" et ça s'est singulièrement compliqué : je devais fournir au moins quatre billets par mois. Ma vie d'alors partagée entre le job d'ingénieur, les tâches de mère de famille et l'écriture qui avait commencé à me rattraper ne me permettait pas de les préparer à l'avance. Je devais donc me débrouiller pour coûte que coûte les publier.

Alors il y a eu :

- l'époque de la poste ; dans les bureaux de poste un ordinateur d'un modèle bizarre avec une connexion spéciale pour laquelle il fallait ouvrir une adresse à laposte.net existait. C'était lent à l'extrême. Ça permettait au moins de lire ses messages. Voir si aucune catastrophe n'était intervenue au boulot. Et ça n'était pas dans toutes les postes. Par exemple de La Haye du Puits il fallait aller au moins jusqu'à Coutances.

- l'époque de la bibliothèque ; je ne saurais jamais si c'était parce que la personne qui était de permanence cette année-là m'avait prise en pitié ou si c'était prévu qu'ils puissent dépanner mais moyennant quelques francs (ou euros, allez, quand même) on pouvait squater un des ordi de la petite bibliothèque. C'était bon enfant parce qu'on pouvait en fait avoir accès à leurs données. C'est sans doute la raison pour laquelle l'année suivante ou celle d'après c'était fini.

- l'époque du garage avec les gamers. Un gars malin avait équipé son garage dans une petite rue de pleins d'ordi et d'une connexion costaud. Ça n'était pas très cher. Ça fonctionnait bien. J'y allais alors avec le fiston, ravi, qui jouait pendant que je tapais au milieu des cris et d'étranges exclamations - "Mais je suis pas un elfe, moi, merde !" - mes textes un peu sérieux. Plaintes des voisins ? Reproches des parents ? Simple déménagement ? Deux étés plus tard, plus de garage et tout était comme si le lieu n'avait jamais existé. Les deux personnes du coin à qui nous osâmes poser la question nous firent une réponse vague en p'têt ben qu'oui p'têt ben qu'non qui faillit nous faire partir en fou-rire. Parfois les préjugés poussent sur un fond de vérité.

- l'époque de la salle municipale dans les locaux du collège. La connexion était lente, les horaires très délimités mais l'accueil sympathique. Et la personne visiblement soulagée de constater que la dame pas toute jeune avec son ado savait parfaitement naviguer. Ça n'était pas cher. Inconvénient : en cas de panne en août c'était foutu pour jusqu'à la rentrée : les serveurs étaient au rectorat ou quelque chose comme ça. Ça laguait. Il y avait un proxy féroce de type "surveillance enfants" ce qui fait que parfois je risquais de ne pas pouvoir accéder à mon propre site. Glorieux fou-rire ravalé également lorsque la personne de l'accueil expliqua à des touristes anglophones qu'ici c'était du haut débit, le fiston et moi nous planquant derrière nos écrans en évitant de croiser nos regards.

- l'époque de Hé les copains vous n'auriez pas un code SFR ? Euh non finalement free. Et merde, il n'y a que Bouygues qui fonctionne. Quelqu'un serait sur Bouygues ? 
Merci à tous ceux qui m'ont aidée dans ces années-là.

- dans les mêmes années je pouvais passer par mon téléphone mis en relais mais le résultat était incertain et long à obtenir. En plus que ça mettait complètement à plat la batterie. C'était encore Bouygues qui fonctionnait le mieux moins mal.

- l'époque encore récente de l'apparition d'Orange dans les choix de réseaux captés et que moyennant la mise à disposition de ma propre livebox en relais je pouvais avoir des codes d'accès pour le réseau orange, timide et fluctuant que je captais.

- en parallèle des utilisations ici ou là dans des cafés qui quand même vers 2012 ont commencé à s'équiper de wi-fi. Gros inconvénient : devoir parfois supporter certains habitués aux attitudes pesantes et aux propos, disons, déprimants. Et s'y trouver en temps nécessairement limité. 

- ces vacances-ci où, sans doute comme suite à un changement de voisins, plus de free quoi que ce soit, uniquement des réseaux privés du voisinage et où heureusement moyennant hélas un surcoût et de solides limites de quantités de données transférées, j'ai pu utiliser mon téléphone nouveau et efficace comme modem. Avantage : connexion fiable et pas trop lente. Inconvénients en plus de son coût : cette limite, gênante pour moi qui fais surtout en vacances, de nombreuses photos. Attendre d'être rentrée pour les déposer sur flickr. Ne pas en publier trop sur mes blogs. Par ailleurs, ne surtout pas regarder même si parfois c'est tentant - des amis les ont partagées - de videos. 

Persuader ma mère de faire installer une ligne permettant ensuite un équipement en box internet serait la croix et la bannière. De plus il nous faudrait prendre en charge à l'année un coût d'abonnement qui ne servirait qu'à certaines périodes. Nos ressources sont trop limitées.

Il va donc falloir continuer d'avoir soit de bonnes connexions (BNF, maison ...) mais pas assez de temps personnel, soit du temps personnel à foison mais pas ou peu de connexion. Et je ne sais pas trop écrire sans, tant j'ai l'habitude difficile à défaire de vérifier orthographe, grammaire et compléments d'informations au fil de l'eau, très vite, sans m'interrompre dans le flux de l'écriture.

Enfin, ces périodes "unplugged" qu'on pourrait trouver salutaires ne le sont pas tant : dans ma vie quotidienne je reste de longs moments loin des ordinateurs du moins de leur usage personnel et donc à l'inverse ça me détendrait de pouvoir un peu flâner sur les sites et les blogs lorsque mon temps se trouve enfin libéré. Sans parler du choc qu'il y a à reprendre pied dans la marche du monde, lorsqu'après quelques jours avec les infos perçues seulement aux gros titres des journaux et à quelques bribes lues sur le téléphone, donc oui, je rentre en sachant déjà qu'il y a eu de forts tremblements de terre au Népal, je l'ai LU, on se mange d'un seul coup toutes les catastrophes, les guerres, les saloperies politiques, tout, et que par exemple ça s'est passé comme ça :

 

J'aimerais autant, étant donné mon état habituel de trop grande porosité pouvoir suivre les événements à mesure qu'ils surviennent. Étant donné mon impuissance dans la plupart des cas, c'est moins violemment désespérant.

Même si la conscience qu'avoir des soucis de connexion est un luxe ne me quitte jamais pour autant. (et qu'en ce moment je n'ai aucune obligation professionnelle de publier par connexion régulièrement).

 

(1) Je n'ai jamais su pourquoi. Les propriétaires sans doute à cause de la guerre n'avaient pas voulu ou pu vendre.

(2) Il gagna même une année à un concours 2kg de saucisses. Les enfants étaient petits. On en a mangé pendant toutes les vacances.