Un indicateur de fatigue

 

    Longtemps le radio-réveil fut calé sur 6h30, heure qui permettait aux un·e·s et aux autres de la famille de se préparer qui pour l'école puis le collège puis le lycée puis la fac, qui pour le bureau, plus tard aussi la librairie. Quand j'ai repris la natation en 2004, après avoir été contrainte à 10 ans à restreindre cette activité pour cause de rhumes récidivants, j'ai calé l'heure de l'enclenchement plus tôt. Après m'être inscrite au club de triathlon, encore un peu plus tôt. Le réveil est désormais à 6h17.

J'ai eu des 6h15 aussi, du temps heureux où nous participions certains vendredi à des files d'attentes collectives pour l'Opéra de Paris, avant qu'elles ne fussent de facto réduites à néant par les réservations en ligne et l'augmentation des tarifs pour les places abordables mais bonnes que nous convoitions.

Mon bref #NouveauBoulot a requis des réveils à 6h voire 5h45 pour les matins où j'ai embauché à 7h15 ou 7h30.

J'aime bien me lever tôt, davantage s'il s'agit d'aller nager que de filer à un boulot, il faut bien l'avouer, mais ça ne me pose pas de problèmes, dès lors que je n'ai pas veillé trop tard. Le tout est de pouvoir intégrer une sieste en début d'après-midi.

La différence se fait à la fin des contraintes. C'est là qu'on voit si elles nous faisaient mal ou pas. Cette année écoulée, où j'ai vécu de remplacements et où j'ai travaillé, en pure perte hélas, à un projet de reprise d'une librairie puis un projet de création dans ma ville, j'ai pu respecter mon sommeil, mes rythmes et même sans le recours à un réveil, étais calée sur 6h30 sauf le dimanche.

À présent que je reprends pied dans ma vie, après un mois et demi de travail à grand temps, je m'aperçois que du radio réveil qui s'enclenche à 6h17 je n'entends au mieux en premier lieu qu'une chronique qui se tient à 6h58. L'épuisement est si fort que le son pourtant proche met plus d'une demi-heure avant de parvenir jusqu'à mon cerveau.

La première émission que j'entends est un bon indicateur de fatigue. Est-elle proche du déclenchement ?, je n'ai pas trop de soucis à me faire pour ma santé.

J'ai jusqu'à la fin des congés scolaires et la reprise des entraînements pour retrouver mes réveils (presque) naturels matinaux. Et une fois mes forces reconstituées, me remettre à chercher du boulot (ou une solide subvention d'écriture).

 


Archivages et pâturages

(billet en cours d'écriture)

    Trop fatiguée pour faire quoi que ce soit de très physique (sport ou rangement), mise en relatifs congés par l'absence d'interlocuteurs - ce qui me permet de récupérer -, embarquée dans des activités d'archiviste depuis l'annonce de la mort de Jean-Pierre Mocky, je toilette et trie et archives photos et blogounets (1). Au passage, bien entendu, je retrouve quelques pépites.

Ainsi en date du mercredi 15 février 2012, cette note, dans un coin :

Un compte est ouvert sur twitter au nom de Nicolas Sarkozy. Si ce n'est pas un fake, c'est prendre les gens pour les cons. Hélas, peut-être qu'ils le sont ? En attendant, que les touites soient re-signés fait rire les habitués.

Je m'aperçois que celui des carnets de bord que je sauvegarde aujourd'hui était garni de brèves sur la campagne électorale en cours. À les relire, je m'amuse bien.

La campagne électorale bruisse de la candidature du sortant enfin officialisée et de la braguette ouverte de son principal challenger sur la photo de ce dernier dans un quotidien régional. Le débat électoral est en France d'un haut niveau. (février 2012, toujours)

 

Pour ne pas l'oublier : très bel effet Zahir au sujet de la dune du Pilat dont un ami poste une photo, quand il en est soudain question dans une de mes lectures et qu'il en fut brièvement question récemment dans une conversation "vacances".

(1) Petits blogs thématiques dont certains furent brièvement publics du temps où nous avions l'illusion douce d'être entre nous, blogueuses et blogueurs bienveillant·e·s, calmes et doux, à présent purement personnels même si j'y demeure plutôt allusive ce qui est très amusant pour moi-même à présent qu'il y a matière à du "longtemps après" : je ne me souviens plus de qui était concerné. Et c'est très bien comme ça.


En traversant Paris aujourd'hui

 

    Depuis que je suis parvenue à prendre le temps de refaire enfin reconnaître mon pass navigo par les nouveaux vélibs, j'en ai retrouvé l'usage. Ils sont quand même bien dégradés globalement, et les stations moins nombreuses qu'avec le système précédent. Mais ça me manquait réellement des vélos en libre service car j'ai un usage vélo + métro important.

Parmi l'offre de free-floating que le ratage du changement de concession avait multipliée, les Mobike n'étaient pas si mal et je m'en étais un temps contentée, avant qu'ils ne décident soudain que ma ville était hors zone - alors qu'à côté Levallois restait admise, à même distance de Paris -, entraînant une facturation de 10 € puis 50 € si jamais un de leur vélo y était laissé. J'en vois moins à présent. Je suppose qu'un nombre non négligeables d'abonnés dans le même cas que moi n'ont pas renouvelé un abonnement qui ne leur permettait plus de rentrer chez eux.

Les vélibs, anciens comme nouveaux, disposent de stations proches de chez moi, pas souvent très remplies mais permettant au moins le retour, c'est déjà ça.

Près de Port Royal j'ai vu des agents de police à vélo (je ne sais s'ils sont de police nationale ou municipale) enregistrer au moyen d'une sorte de téléphone tous les véhicules en free-floating, trottinettes électriques et vélos qui avaient été déposés alentours. J'avoue que je ne serai pas contre un brin de régulation. Les trottinettes électriques présentent un réel danger, trop silencieuses et roulant souvent sur le trottoir elles sont sources d'accidents (ou de splendides tressautements) pour les piétons, et elles sont déposées absolument n'importe où n'importe comment. Les vélos en free-floating sont moins gênants en circulation mais posent également un problème de place. D'accord ce sont des déplacements moins polluants que l'automobile en terme de gaz d'échappements, seulement ça ne sont pas non plus des solutions de rêves d'un point de vue écologique. Fullsizeoutput_1883

Comme un chèque déjeuner m'avait été confié, j'ai pu m'accorder un repas complet dans un charmant restaurant café. 20190807_125146

Il faut désormais veiller aux dépenses, chômage oblige et incertitude sur la suite, donc je n'y retournerai sans doute pas rapidement, mais je note ainsi la bonne adresse. De plus en plus fréquemment et face à l'invasion généralisée du hamburger sous toutes ses formes - je n'ai rien contre un très bon de temps en temps, mais le hamburger frites ne me fait pas saliver -, je goûte des plats végétariens voire végétaliens et constate qu'ils sont souvent bons. C'était le cas aujourd'hui au Débonnaire.

J'ai croisé une belle voiture de collection mais j'ai raté sa photo 

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Oui parce que je fais partie de celles et ceux qui rêvent d'un usage minimal de la voiture mais j'apprécie les modèles de collection. Je l'écrivais il y a quelques jours dans le Petit Journal. Les êtres humains moyens sont fort bien équipés en contradictions.

Ce Paris vide et calme du mois d'août me ravit, même si je m'inquiète d'une éventuelle absence totale de vacances si l'homme de la maison prend les siennes trop tard alors que je peux avoir du travail ou poursuivre un projet qui m'en créerait. Je n'ai pas non plus envie de partir maintenant sans lui. Ni envie qu'il parte début septembre en me délaissant. Même si elle a été heureusement infiniment moins triste que l'année 2016/2017 et moins surmenée que l'année 2017/2018 (entre le travail salarié prenant et le déménagement complet de la maison de mes parents), l'année 2018/2019 aura été intense, j'ai vraiment consacré du temps et de l'énergie à une reprise de librairie qui finalement ne s'est pas faite pour des raisons financières, mais ce fut du travail, j'ai effectué auparavant de nombreux remplacements, et tenir une émission littéraire hebdomadaire sur une radio associative ne se fait pas sans la préparer, bref, il y a un moment où des vacances, même les plus simples, feraient du bien. 

En attendant, je fréquente la BNF avec assiduité. 


Retour à pied

 

    La jeune femme dit à une amie Je me souviens de tes couleurs.

Il pleut comme si le ciel s'employait à renverser des seaux. Nous venions de parler du film "Parasite" et de la longue séquence de forte pluie. D'un seul coup, nous étions dans le film, avec les ami·e·s.

Je décide par sagesse de rentrer en métro. Ce n'est pas mon mode de transport favori surtout pour venir de là où nos chemins se quittent aujourd'hui : deux changements et le risque ligne 13 de tomber sur la rame qui à la Fourche file vers le mauvais côté. 

La jolie phrase de Léa occupe mes pensées, une fois les ami·e·s quitté·e·s. C'est sans doute ce qui provoque en moi une bouffée d'optimisme ; lorsque j'arrive à l'entrée de la station, la pluie a ralenti, je me dis qu'elle va s'arrêter, que je peux bien rentrer à pied. Et puis une fois chez moi, pas de problèmes, je pourrais me sécher. 

C'était une feinte météorologique, alors que j'ai opté pour la marche à pied, elle redouble. Je vais rentrer drinchée. Ne restera plus qu'à ajouter le savon.
(puis à rincer)
(sécher)

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Je descends de Montmartre et l'eau ruisselle. Elle se souvient qu'il y avait là une colline à dévaler. La ville doit s'adapter. Ses caniveau débordent. 

Boulevard Berthier les voitures joueront aux aventurières passant à gué donnant cette illusion aux conducteurs de piloter.

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Métro Guy Môquet, un coup d'avertisseur moto, un bref éclat de voix. Une dame âgée est tombée, un motard redresse sa machine. Le compagnon de la vieille dame l'aide à se relever. Je me tiens prête à venir aider, mais la dame semble aussi alerte que l'on puisse être lorsque l'on vient de se prendre un gadin sous la pluie alors que l'on tenait un parapluie qu'on n'a pas lâché ou bien tard. Et le motard est descendu qui semble les accompagner sur le trottoir, ils se parlent sans véhémence, les torts sont peut-être partagés - le couple était hors de tout passage piétons -, la moto a peut-être freiné un brin tardivement en s'approchant du carrefour suivant. Et surtout ça a l'air d'aller. 

Je poursuis mon chemin.

Au 104 de la rue de la Joncquière à 16h36 un homme jeune hoodie gris anthracite pantalon noir chaussures de sport sombres, passe par dessus la grille dans un geste d'une telle souplesse sans trop besoin d'élan qu'on a l'impression de qui s'amuse de façon sport à rentrer chez lui, pour un peu j'applaudirais ; à la réflexion et malgré l'aisance, peut-être était-il en train de commettre une effraction. Ma présence en tout cas ne le dérangeait pas - et j'ai passé d'au moins trois décennies l'âge qui peut donner envie aux jeunes hommes de vouloir quêter mon admiration -. Clef oubliée ?

Porte de Clichy sous un abri que constitue une pré-entrée d'hôtel se tiennent quelques personnes, une poignée avec un gilet jaune et l'un des gilets jaunes, homme de forte stature, porte un chapeau de cow-boy bleu blanc rouge. Quand je passe à proximité, je l'entends qui énonce des données économiques d'un ton mesuré que son allure ne laissait pas présager. 

Plus loin trois ou quatre véhicules de gendarme quittent la position qu'ils tenaient devant le tribunal. Leurs gaz d'échappement sont particulièrement forts et suffocants, je me demande s'ils ont la vignette crit'air ; ils ont une sorte de mégaphone qu'ils utilisent lorsque je passe pour tenter de mettre une honte à l'homme qui pisse à un angle de la palissade du chantier de la maison des avocats sous l'air un peu ébahi d'un ouvrier de l'autre côté. Tout à son envie qu'on imagine pressante pour qu'il fasse le choix de se soulager là avant de se diriger vers l'entrée du tribunal, il n'a calculé ni les gendarmes qui lui signalent que son forfait pourrait lui coûter 63 €, ni le fait que la palissade du chantier n'est pas franchement opaque vers l'autre côté, ni le fait que je passais tout à côté sur un trottoir peu large dans cette phase des travaux. La pluie s'arrête, comme si cette micro concurrence lui semblait déloyale et qu'elle renonçait à rincer son forfait.

Je rentre trempée mais sans avoir eu froid. Fullsizeoutput_187b

Le livre que j'avais acheté - un seul sur trois qui me tentaient, je sais être raisonnable - malgré le sac à dos sportif imperméabilisé avait pris un petit peu d'humidité. Mon agenda également, que je tiens à conserver de papier car la seule panne en tant d'année fut que deux d'entre eux avec d'autres affaires qu'un autre sac contenait, me furent volés. J'avais joué de malchance, c'était une fin d'année.

 

En rentrant en allumant l'ordinateur pour y déposer les photos prises au téléfonino de Paris sous la pluie j'ai appris que Toni Morrison était morte dans la nuit. C'est quelqu'un que j'admirais sans connaître toute son œuvre, guettant souvent pour la lire un moment de vacances autre que trop actives ou atteintes trop fatiguée, qui n'arrivait (presque) jamais.
Elle imposait le respect.

L'effet d'insouciance de la marche sous la pluie s'est immédiatement dissipé.

Quelles que furent les circonstances de la vie du monde, je sais gré à mes amies de la bonne journée passée.

 

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Fin du caractère fuligineux des chagrins ?


    Jusqu'à présent j'ai la chance d'avoir l'impression que vieillir c'est plutôt bien.

La ménopause aura pour moi été un soulagement, je suis ravie de n'avoir plus à me préoccuper de contraception ni jours de moindre forme et d'achats de serviettes ou tampons, de ne plus craindre d'incidents rouge sang, de ventre douloureux, et surtout d'avoir davantage d'énergie qu'avant. Il se trouve que j'ai eu le privilège d'une ménopause sans symptômes, alors voilà : il y a l'accroissement mensuel de mon anémie qui n'y est plus et je me sens beaucoup moins fatiguée qu'avant mes cinquante ans. 

Un autre truc a changé, subrepticement, et qui a deux versants. 

Je me sens moins impliquée politiquement, ou plutôt, car ma colère est grande face à un régime qui de théoriquement démocratique est devenu ouvertement autoritaire et où les gouvernants affichent en permanence leur mépris du peuple qui les a élus, j'ai pris la mesure de mon impuissance. Au mieux je peux contribuer à ne pas ajouter aux horreurs ambiantes, à ne pas participer aux gaspillages et le moins possible aux pollutions, à continuer personnellement à être dépourvue de racisme. Je m'y efforce de mon mieux, quitte à un jour en payer le prix.
Je crois aussi que je fais partie de celleux qui n'ont que trop voté par défaut pour des candidats dont les idées et le programme ne nous convenaient pas, car il s'agissait de résister au pire, aux résurgences de ce qui avait au siècle passé conduit le monde à sa perte et tant de gens à la mort. Les seules fois où des partis prétendument soucieux du sort du plus grand nombre sont parvenus au pouvoir, ce fut pour mener une politique où ça allait à peine mieux : le monde entier fonctionne selon le système capitaliste (1) qui n'a plus de contrepoids depuis l'effondrement du "bloc de l'Est" et son principe est la propriété privée, l'enrichissement d'un petit nombre, la marchandisation de toute chose, le profit. On peut le rendre plus ou moins supportable, ça n'est idéal que dans une planète inépuisable et pour un nombre limité d'êtres humains, bien nés ou particulièrement compétitifs dans certains domaines, dont le manque d'altruisme fait partie.

Déjà les valeurs humanistes issues du siècle des Lumières, n'ont plus vraiment théoriquement court, même si elles ornementent encore certains discours. On peut être reconnu comme coupable du simple fait d'aider son prochain. Et agressés par les forces de l'ordre du simple fait d'être au mauvais endroit au mauvais moment, qu'on ait souhaité, ou même pas, manifester.

L'autre versant tient de la même prise involontaire de distance, mais concerne la sphère privée. Je me suis aperçue que mes chagrins avaient perdu de leur pouvoir. Ceux qui sont irréductibles le sont restés, et s'y est ajouté le deuil pour ma mère, mais ils n'ont plus ce pouvoir de me saisir à la gorge à des moments inattendus, ils ne me brûlent plus, ne sont plus fuligineux. J'ai l'impression de sortes de fatalités contre lesquelles je ne pouvais rien. 

Du fait que les choses sont plus calmes - mon travail du moment est d'en chercher, ou de créer ma librairie, et tenter de remettre à flot notre logis où le bazar et les livres se sont accumulés, mais j'ai encore un peu de marge, ça n'est pas comme lorsque je ne percevais mon salaire que décalé, tout en ayant des dates limites d'une maison entière à vider, trier, déménager -, du fait que je suis heureuse en amitié, épanouie dans ma vie sportive (vive le LSC Triathlon !), et connais le bonheur de faire de la radio, ma mémoire reprend ses droits et m'accorde volontiers l'accès aux souvenirs heureux. Or les chagrins affectifs ont chacun été précédés de moments pour lesquels je peux me dire que c'était bien, et que si je meurs tout à l'heure ou demain j'aurais au moins connu et vécu ça. Les chapitres de choses inimaginables au vu des lieux et temps de mon enfance sont finalement nombreux.  Je les ai payés chers en dégringolades, n'empêche : ils ont eu lieu.

Est-ce que c'est ça vieillir, lorsqu'on a la chance d'une bonne santé (2), que les chagrins, enfin, perdent de leur dangereuse intensité et cessent quand ça leur chante de nous submerger ?

 

(1) à quelques exceptions près mais si marginales.
(2) J'en suis d'autant plus consciente qu'enfant, adolescente puis jeune femme j'étais de santé fragile, même si les choses graves me furent épargnées. Dès lors peu de regrets : j'ai toujours fait de mon mieux dès que je tenais debout. Et de vraiment savourer chaque jour de pleine santé, comme c'est le plus souvent le cas désormais. Pourvu que cela puisse durer.


Les blogs m'ont fait grandir

 

    Voilà, j'ai expurgé ma liste de blogs amis qui normalement figure ci-contre, des liens qui renvoyaient dorénavant vers plus rien ou vers des sites de ventes de choses étranges sans rapport avec le blog initial. 

À la réflexion j'y ai laissé les liens vers ceux qui étaient en sommeil mais encore accessibles. J'ai aussi laissé, sans trop hésiter, les liens vers les blogs des personnes qui ont disparu de ma vie, toutes écrivent fort bien et la dégradation ou la fin de nos relations n'y change rien, et surtout pas pour le passant qui trouvera matière à lire de belles choses et se permettre de ne pas penser que les attitudes dans la vie concrète sont parfois éloignées des sentiments exprimés aux titres de généralités. Nous ne sommes que des êtres humains et tout le monde n'est pas pareil avec tout le monde. Il se trouve qu'après bien des années difficiles, je connais un certain apaisement, dû au passage du temps et à la mort de ma mère en 2017. Ce deuil et tout le travail afférent ont en quelque sorte délavés les chagrins antérieurs. Si je tombe sur des écrits de ou concernant qui m'était proche et m'a rejetée, ça n'est plus qu'un vestige de pincement au cœur, presque un peu de surprise Comment cette personne a-t-elle pu tant compter ? 

Pour l'une d'entre elle je le sais (1), je n'avais de toutes façons jamais cessé d'apprécier son travail, et nos convergences militantes sont si fortes qu'elles sont toujours là. Nous n'avions pas tout à fait le même sens de l'amitié, c'est pourquoi j'ai morflé.

Pour l'autre, j'aurai été la victime bête d'une forme d'escroquerie affective, classique et prévisible. Il n'en demeure pas moins que l'aide apportée lors de moments particulièrement difficiles fut réelle, et que des moments magiques eurent bien lieu - pas si fréquents dans une vie comme la mienne -, qu'en l'aidant moi-même j'ai progressé et que même si  pour l'instant seule une discrète publication en atteste, mon écriture à son contact s'est professionnalisée. 

De toutes façons la majorité des blogs liés sont ceux de personnes devenues amies. En les parcourant à nouveau je mesure à quel point grâce aux blogs j'ai grandi, combien ils ont élargi ma vie et ma perception du monde. 

Ils m'ont permis de croiser des gens avec lesquels sur certains points (au hasard : les bouquins (mais pas que)) j'avais de grandes affinités mais dont les vies étaient totalement différentes, les expériences et l'arrière-pays de ce qui les avait rendues telles qu'elles étaient. Quoique toujours gaffeuse, je suis beaucoup plus attentive à certaines choses dont j'ignorais avant qu'elles pouvaient poser des problèmes à quelqu'un. Plus aguerrie aussi pour tenter de défendre ce qui me tient à cœur, sans doute du fait de me rendre compte que d'autres pensent de la même façon alors que bien souvent j'étais la seule personne de mon entourage professionnel et familial à envisager les choses sous un angle différent du sens majoritaire. 

Au passage je me suis aperçue que lorsque j'ai rencontré les un·e·s et les autres, j'avais pris leurs écrits en cours de route sans chercher, fors pour La Fille Aux Craies puisque tout fut trop vite totalement terminé, à remonter le fil du temps des billets. En allant ponctuellement regarder si les archives des différents blogs étaient encore en ligne, j'ai eu l'amusement de découvrir que certaines lectures faites en leur temps m'auraient bien rendues service. Je ne vais pas tous les énumérer.

La palme en revient à Tarquine avec ce billet de 2004 concernant les sas vélos qui, l'eussé-je lu en 2005 lors que j'ai fait la connaissance de son blog, m'aurait fait gagner bien du temps et de la sécurité dans mon usage du vélo citadin. Je suis longtemps restée comme l'une des commentatrices à me demander ce que ce marquage au sol pouvait bien signifier. Entre temps je l'avais appris par ailleurs mais ça m'aura pris au moins sept ans (2).

Enfin je n'ai pas encore complété la liste des blogs que j'ai découverts ces dernières années. 

Ça sera pour mon prochain temps personnel libéré.

En attendant grand merci à toutes celles et tous ceux qui en partageant leurs écrits plus ou moins intimes ont contribué à quelque chose qui tenait beaucoup de la solidarité et de s'entraider. 

 

(1) Et qui n'a pas de blog ou alors sous un pseudo que j'ignore.
(2) Au passage, puisque l'on est en période de canicule, il est pertinent de relire ce billet 


jour de repos (En vrac d'un)


    J'ai cru que j'étais sortie de ma récupération du trail de samedi parce que j'avais retrouvé mes jambes et une belle sensation de légèreté, seulement c'était une illusion, sans doute aidée par une nuit trop courtes et plusieurs présence de moustiques, efficaces facteurs de diminution du sommeil profond, j'ai dû par la force des choses m'accorder une journée de repos alors que j'ai beaucoup à faire. 

Ça n'était pas un luxe : alors que je regardais une arrivée d'étape du tour de France intéressante, complétée par le suspens inédit d'un abandon de coureur connu sans aucune explication - Rohan Dennis - avec en prime un moment de flottement où personne ne semblait savoir où il était (1), je me suis endormie sans même m'en rendre compte. Réveillée à la fin, lors du retour à la maison d'un membre de la famille et alors qu'il était l'heure de dîner.

Pour autant, de l'écriture, un peu, oui.

Une info qui passe un peu inaperçue au radio-réveil du matin : un célèbre studio d'animation a pris feu à Kyoto, il y aurait un mort et de nombreux blessé et qui entre-temps au soir est devenue un incendie criminel a ravagé un célèbre studio d'animation à Kyoto, il y aurait 33 morts et de nombreux blessés. L'homme qui a allumé l'incendie a été arrêté. Et là du coup ça devient une nouvelle qui concerne et qui peine.

Des infos via les réseaux me parvient aussi la nouvelle de la mort d'Andrea Camilleri. Il était très âgé (93 ans) et on le savait affaibli (il avait perdu la vue depuis un moment je crois), il n'empêche que son décès marque la fin d'une époque, et remémore des heures de voyages par la lecture. Elle ne laisse pas indifférente.

Au vélo club, un début d'avancée vers le cyclisme des femmes, même Marc Madiot doit concéder qu'il avait dit des trucs oui mais bon c'était il y a 35 ans quoi, pour ne pas perdre la face, il tente l'humour (comme ça je suis resté célèbre). Nicolas Geay, en revanche, est impeccable - mais il faut quand même qu'à la fin un des autres hommes rappelle qu'il a sa fille qui fait du cyclisme, comme s'il s'agissait encore d'excuser qu'un homme se montre l'allié intelligent des femmes parce que vous comprenez c'est pour raison familiale -. Marion Rousse et la jeune championne de France, Jade Wiel, défendent calmement leur droit au vélo. 
Ça n'est pas encore ça, vraiment pas, mais on sent, comme pour le football, qu'un virage a enfin eu lieu.

L'homme revient d'une de ses multiples sorties (le club, les courses, une voiture à rentrer au garage ...) en ayant croisé Jérémy. Ils ont échangé quelques mots malgré la pluie, parlé triathlon. Alors que j'étais à deux doigts de renoncer à la séance de piscine très matinale prévue, ce simple fait, savoir que les camarades de club poursuivent leurs entraînements, me redonne courage. Soudain je trouve de l'énergie pour préparer mon sac. J'essaierai d'y aller.

Je consulte l'itinéraire, la fantaisie me prend de laisser l'application RATP itinéraires automatiser le départ d'après ma localisation. Ça donne ceci,  Capture d’écran 2019-07-18 à 21.53.40c'est amusant. 
(La distance est par rapport au bus que je serais censée prendre)

Je m'aperçois soudain que je ne suis plus abonnée au site du Monde : les prélèvements étaient faits par carte bancaire, l'ancienne carte, celle sur laquelle j'avais fait opposition après le vol de mon sac en octobre 2017. Curieux que je ne m'en rende compte qu'à présent et précisément en allant voir un article concernant Camilleri alors que le vol avait eu lieu lors de ma trop grande attention envers les propos de son traducteur. 

 

PS : Grâce au tour de France j'ai appris aujourd'hui l'existence des cagots, ses habitants du sud ouest longtemps considérés comme d'une caste inférieure. Je suppose que cagole vient de là ?

Grâce à Kozlika j'apprends que le terme gaslighting vient du film de George Culor "Gaslight", "Hantise" de son titre français. 

Capture d’écran 2019-07-18 à 23.19.23Une fois de plus je me surprends à avoir connu deux côtés d'une information sans avoir su en faire la jonction ; comme typiquement lorsque mon amie Jeannine me parlait du film dans lequel allait jouer sa nièce, et Tatiana du film tiré de son livre et que j'ai mis des mois avant de piger qu'il s'agissait du même (l'une donnait un titre français, l'autre l'anglais mais quand même, le prénom commun et la concordance de calendrier auraient dû m'alerter). 

Bon alors je me sens bête de n'y avoir pas pensé toute seule et moins bête de le savoir enfin. Merci Kozlika !

(1) Et cette réponse du directeur du tour de France qui restera dans les annales et qui disait en substance Notre travail est d'enregistrer l'abandon, à partir de là, le sort du coureur concerne son équipe (ou : son directeur sportif). Ce qui était probablement vrai du point de vue juridique, mais ne fait pas rêver du point de vue de la déontologie.


Stimulant (confort et veille de course)

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J'adore les veilles de courses, quand on met de côté toutes les difficultés de la vie quotidienne pour se concentrer sur un objectif élémentaire : parcourir x km en moins de y heures (peu importe si uniquement sur un mode ou pour le triathlon sur trois, le principe est le même : un déplacement à accomplir). On ne sait pas encore comment on sera, quelle sera notre forme, il y a une légère tension mais elle est joyeuse et stimulante. En tout cas pour moi. Et j'adore ça.

Comme nous prenons peu de vacances et qu'elles sont généralement en Normandie, avec de fait des choses sérieuses à faire, de celles qu'on fait dans un chez soi, c'est un bonheur et un réel congé du quotidien que d'aller quelque part pour une course. 

Et pour cette fois j'avais opté pour une petite folie (raisonnable) financière : l'hébergement dans le complexe sportif et hôtelier qui fait partie de l'organisation de la course. Départ sur place !

Une chambre spacieuse et belle comme nous en connaissons rarement 20190712_173552

une vraie piscine dans le complexe même - le luxe inouï de quasi descendre en maillot de bain, et pour une vraie piscine où l'on peut nager pas seulement faire trempette -. 

Nous fêtons ainsi nos trente ans de mariage. J'espère que la course sera une fête aussi. J'appréhende la longue distance, mais j'ai envie de m'y confronter. 

J'eusse aimé avoir une vie de nomade du sport, avec la santé fragile de ma jeunesse et la béta-thalassémie même mineure, ça n'était pas envisageable. D'autant plus que "mon" sport était le football et qu'il commence seulement plus de quarante ans plus tard à être reconnu pour les dames. Alors je me rattrape sur le tard, à petite échelle mais beaucoup mieux que rien, grâce au triathlon et à la course à pied. L'air de rien, à bas bruit, en attendant mon heure, j'en aurais accompli des espoirs de ma vie. 

Peut-être qu'il y a là une force à transmettre : si quelque chose nous tient profondément à cœur, et dépend de nous que ça devienne possible en assez grande partie, il convient de ne pas la perdre de vue et de porter son effort dans sa réalisation dès qu'elle devient accessible. Parfois, ça prend quarante ans. C'est tout. 

À part ça, il y a toujours cet effet en arrivant en Belgique de rentrer chez moi. Peut-être faudra-t-il qu'enfin un jour je coïncide. 


Après la coupe

 

    Je m'en doutais : les jours après un événement sportif auquel j'ai participé ou que j'ai suivi à fond me laissent une sensation de vide assez rude et curieuse ; ça ressemble à la fin de lecture d'un long roman prenant (1), à la différence que ce qui manque ce sont plutôt des gestes, des rendez-vous horaires, une énergie et une intensité que des gens (2).

Pour la première fois, me manque en plus du rythme de vie et des bouffées d'enthousiasme apportées par les épreuves sportives, une activité associée : j'ai adoré commenter les matchs pour la radio Cause Commune, j'aimerais même faire ça pour gagner ma vie. Seulement voilà, par où passer pour avoir accès quand on n'est pas du sérail ni ancienne sportive de haut niveau ? Il faudrait que je me trouve un service en anglais qui aurait envie d'une dame pour commenter le football (ou le cyclisme, le triathlon, l'athlétisme, le tennis, la natation ...) avec charmant accent français. Anybody ?

  20190708_164550  Pour l'heure j'ai combattu le blues en tentant de faire avancer mon avenir en tant que libraire - rendez-vous instructif ; sera-t-il décisif ? -, puisque tel est depuis une dizaine d'années mon métier et que j'aime à le pratiquer, et en bossant mon émission Côté papier de mercredi qui vient. Ça et une visite chez le médecin pour essentiellement les sacro-saints certificats médicaux réclamés pour la pratique sportive (monde absurde, c'est uniquement pour satisfaire les assurances et la guéguerre entre les fédérations d'athlétisme et de triathlon pousse depuis un an cette absurdité à son comble, comme si la pratique du triathlon n'incluait pas une part de course à pied) et les examens préventifs usuels, ainsi qu'à la tombe de Paul Verlaine pour relire un poème puis lire un peu (pour l'émission de radio, du sérieux) au calme du cimetière (3) ont suffi à remplir une journée.

Le blues de fin de belle période s'est donc trouvé plutôt bien maîtrisé.

PS : J'avance sur cette nouvelle présentation de Traces et trajets, et découvre au passage avec joie que certains blogs ont perduré. Ce billet chez Marloute me touche particulièrement. Il y a qu’il faut, encore, encore, encore, abandonner l’écriture.

PS' : J'ignore combien de temps la video sera en ligne, mais un but stupéfiant au Japon de Yuta Koike

 

(1) souvenir de la dure descente d'après Les Thibault

(2) Cela dit, il y a quelques femmes remarquables de cette coupe du monde dont j'aimerais avoir des nouvelles. Elles ont pris une place de qualité dans les pensées. J'avais oublié que l'on pouvait avoir mettons, pour se donner du cœur à l'ouvrage aux entraînements des modèles, des exemples à suivre, féminins. 

(3) Les cimetières sont de merveilleux endroits pour lire sans être dérangées et du moins à Paris en bonnes compagnies littéraires du passé (ma part d'esprit enfantin imagine les fantômes illustres venir lire par dessus mon épaule et ne pas s'empêcher de donner leur avis). Le Paul Verlaine de mon imagination juvénile n'est pas insensible à l'écriture contemporaine même s'il estime qu'ils exagèrent parfois. Il semble curieux de nos tournures.


Étrange impression de retour Normand

 

    Ce week-end amélioré entre visite touristique qu'en temps normal nous ne nous accordons jamais et temps estival, dont un bain de mer formidable et du sport (course à pied), aura eu des faux airs de vacances. La baisse de température intervenue le lundi alors que nous rentrions nous aura elle donné un faux air de rentrée et c'est très difficile de ce départir de cette impression : voilà c'est fait, les vacances sont pliées, au travail. 

Le fait d'être au chômage tout en ayant plein de travail entre candidatures, y compris sur un nouveau projet, foule de choses à faire concernant la gestion familiale, l'appartement, la petite maison, et radio, ajoute à la sensation de ne plus trop savoir à quel moment on est. 

Quelqu'un me manque, la danse (terriblement), ainsi qu'un travail (plus) régulier. Heureusement qu'il y a le triathlon pour l'apport en bonheur, en amitiés, en bonne santé et pour structurer et l'année et les semaines - même si je ne peux toujours pas m'entraîner comme je le souhaiterais, tant que le reste n'est pas un minimum réuni -.