Un souvenir de Cerisy

 

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Nous approchons du mois d'août, nos comptes en banque crient famine, et mon avenir professionnel, même si j'ai trouvé le local qui irait bien pour une librairie que je pourrais tenir, reste fort incertain. Alors je me rappelle les bons souvenirs et parmi eux celui-ci : le colloque Hélène Bessette fin août à Cerisy. 

J'ai failli connaître un bonheur d'une semaine, mais le décès d'une de mes tantes aura brièvement interrompu l'élan. Revoir les cousins et les cousines était pas mal non plus, même si deux hommes manquaient qui ont préféré tenter la vie auprès d'autres femmes, incapables qu'ils furent de faire face aux diminutions naturelles de leurs propres capacités physiques. 

Il n'empêche que cette semaine restera pour moi une parenthèse magique et probablement unique car mes finances ne permettent pas de telles folies, ni mes emplois, lorsque j'en ai, de choisir mes dates d'absence.

Je me souviens fort bien de tout ce que j'ai appris et du bonheur que c'était de découvrir certains textes inédits ou devenus des raretés, je me souviens de moments magiques, d'une grande balade à vélo vers la mer, d'une soirée de lectures à voix haute au grenier - ces moments pas si fréquents je crois, même dans une bonne vie, où l'on a la sensation d'être au bon endroit au bon moment et qu'on ne serait nulle par ailleurs aussi bien, aussi précisément en adéquation (1) -, des belles rencontres que j'y ai faites.

Seulement ce qui me revient en premier, lorsque je ne réfléchis pas, ce sont deux éléments fort peu littéraires : 

Mon peu de goût à être servie, cet embarras dans lequel ça me met. Nous étions à chaque repas servis personne par personne à table par des jeunes femmes en livrée, nombreuses, et qui passaient même pour proposer du plat principal une seconde fois. Je n'aurais pas voulu être à leur place, mais je n'étais pour autant pas à ma place à la mienne.

L'absence totale de clefs. Je n'étais pas tout à fait tranquille concernant mon ordi - le vol de mon sac fin 2017, la volatilisation de mon téléfonino quelques mois plus tôt lors d'une assemblée de libraires, et les vols à répétitions dans la maison de Normandie la même année, m'ont rendue intranquille à ce sujet -, que la plupart du temps je m'arrangeais pour conserver près de moi ; seulement pour le reste, quel infini et formidable sensation de liberté. Pendant une semaine ne pas avoir à se préoccuper de serrures et de clefs et d'ouvrir et de fermer, et de vérifier qu'on avait bien sur soi des clefs, pendant une semaine vivre naturellement, se faire confiance. C'était si bon. Et rassurant. 

Je m'étais alors souvenu qu'en banlieue de Paris, dans mon enfance, on ne fermait à clef une maison que lorsque l'on s'absentait, faisant suffisamment confiance au monde pour laisser ouvert les accès en notre présence, sans avoir à craindre d'intrusions (2). On ne fermait présents que pour la nuit. Et c'était le cas pour les voitures aussi. Les portes n'étaient pas blindées, les grillages bas, les portails bouclés seulement si une famille s'en allait en congés.

Voilà ce qui reste de plus marquant, malgré de fortes et belles émotions et stimulations intellectuelles : les clefs, la belle vie que c'est sans. 

 

(1) L'amour fait ça également, lorsqu'on a un temps d'intimité qui nous est accordé et dans un lieu que l'on apprécie ou que l'on découvre, enchantés.
(2) Jusqu'au jour où Philippe, le mauvais garçon du quartier, est tombé dans l'héroïne et que lui ou ses fréquentations ont commis des larcins vite fait, dans les maisons, abusant de la confiance collective que les habitants avaient. 

 


Les heures de sommeil

 

    En 2015 et jusqu'en juin 2017, et alors que j'avais déjà des tendances (je peux m'endormir brièvement à toute heure à volonté, il me suffit de m'allonger, me sentir suffisamment peu menacée et fermer les yeux), j'ai été atteinte d'une forme légère de narcolepsie. Je suis parvenue à mener ma vie à coup de violents efforts contre les endormissements et d'organisation (1). 

Depuis, et malgré une vie quotidienne trop remplie, ça va nettement mieux. J'en conservais néanmoins la conviction que j'étais une grosse dormeuse. Mon rythme idéal, je le connais depuis longtemps : se lever à 6h30 se coucher peu après 23h30 si possible, et faire une sieste de 40 minutes en début d'après-midi. 

Le rythme requis par le travail dans notre société à notre époque n'est pas tout à fait celui-ci. Le capitalisme débridé nous pousse de toutes façons à consommer le plus possible et donc à dormir peu, étant donné que l'air n'est pas encore payant (2) et que c'est la seule chose, avec un système de chauffage l'hiver, que l'on consomme en dormant.

Il aura fallu ce cadeau d'anniversaire d'une montre pour le triathlon qui mesure les phases de sommeil et que par curiosité je voie ce que cela donnait pour que je prenne conscience qu'en réalité j'étais plutôt petite dormeuse, ce qui continue de me surprendre. Une semaine normale, pas spécialement par choix mais parce qu'il y a le travail, au matin tôt les entraînements et au soir en rentrant des choses à faire et le besoin irrépressible d'un peu de temps réveillé en roue libre, à prendre des nouvelles du monde et des copains, de temps de lecture aussi, je ne dors qu'environ 5h à 5h30 par nuit.

Du coup je comprends mieux pourquoi je ne souffre pas d'insomnie, je tombe littéralement de sommeil à peine couchée et me réveille sous les injonctions combinées du radio-réveil et du réveil de mon téléfonino. 

Ce dimanche, une cheville en délicatesse faisait qu'aller courir n'était pas une option, tout au plus un peu de vélo, dans l'après-midi. Donc pas de réveil extérieur. Et voir ce que ça donnait. 

Dormir de tout mon saoul, ça donne donc 8h de sommeil 

Capture d’écran 2019-04-07 à 12.12.38Il faudrait pouvoir faire ça chaque jour. Seulement ma vie quotidienne requiert un lever à 6h30, ce qui signifierait se coucher à 22h30. Quand on rentre du boulot vers 20h30 à 21h c'est impossible : il faut dîner, se laver, il y a un minimum de choses à faire pour la maison et il me faut pour le travail du temps un peu pour lire. Sans même parler de partager un moment avec les membres de la famille. Sans même parler de temps humain nécessaire à de la décompression (lire des bêtises, rigoler avec les ami·e·s, faire des jeux idiots, regarder une série ...) car l'être humain n'est pas fait pour être un efficace permanent.

Je me demande quelle solution trouver, comment ménager ce qui s'impose (il faut gagner sa vie, travailler d'arrache-pied pour rapporter quelque argent) et ce dont le corps et l'esprit ont besoin pour fonctionner au meilleur d'eux. Quelque chose me dit que je suis loin d'être la seule et que pour notre société et notre époque, c'est collectivement un réel enjeu. 

 

(1) Entre autre : j'arrivais plus tôt dans ma zone de travail pour pouvoir faire une sieste préventive d'un quart d'heure dans un parc voisin avant d'attaquer mon service qui heureusement n'était en général que les après-midi.

(2) Ça le deviendra hélas certainement, l'air du dehors devenant de plus en plus irrespirable. Il y aura donc des dispositifs pour que nous puissions disposer de temps d'air pur, inévitablement payant. Les riches auront des équipements légers et permanents, les pauvres, de plus encombrants et seulement par moment. Les pauvres tousseront. Les riches peut-être aussi mais en s'intoxiquant volontairement avec des substances entre autre tabagiques. 

 


Samedi non travaillé

 

    Fullsizeoutput_12f4J'ai hâte de pouvoir reprendre une librairie et donc inévitablement retravailler le samedi, il n'empêche qu'en attendant je savoure ceux pour lesquels il n'est pas prévu pour moi de remplacements. 

Ça commence le vendredi soir, pouvoir souffler, moins regarder l'heure, un peu comme le nageur en piscine atteignant le bord du bassin, l'entraînement n'est pas fini mais 20 secondes de récup' et ça fait du bien.

Puis le samedi, lorsqu'on a une pratique sportive, c'est le plaisir de pouvoir prévoir de rejoindre ses camarades d'entraînements, au lieu de l'habituel, Non, j'peux pas, j'travaille. Sachant que précisément pas mal de choses sont prévues le samedi puisque le dimanche est souvent réservé aux familles ou aux compétitions ou à quelques séances courtes. Et c'est frustrant à la longue de ne jamais en être.

C'est aussi le petit plaisir simple d'aller soi-même chercher son dossard, si justement une course est prévue le dimanche ; ce faisant pouvoir discuter un brin avec les organisateurs, souvent des bénévoles, repérer un peu le parcours, s'enquérir de points d'intendance ou d'organisation. Comme je suis quelqu'un de très lent, c'est aussi un moment où je peux croiser d'autres coureuses et coureurs ou triathlètes qu'au moment de la course je perdrai vite de vue. Le moment où je peux m'accorder l'illusion d'être comme tout le monde, dans les temps.

Et en attendant, c'est l'infini plaisir de pouvoir s'accorder le luxe de pour une fois, ne pas se presser mais faire calmement ce qui est devant être fait (et même une sieste si l'on se sent fatigué'e)

 


Day off mais pas tant que ça

 

    Réveillée avec le rhume. En fait je l'avais tenu en respect jusqu'à mercredi soir pour l'émission GRP qui me tenait tant à cœur et voilà que ça a encore tenu un peu le jeudi et puis le vendredi, effet de la fatigue, le corps a baissé la garde et voilà. 

Je n'avais pas de remplacement en librairie à assurer aujourd'hui. 

Ça tombait bien.

Je me suis dit, allez, je ne fais rien, je récupère, je dors, j'accomplis ma fièvre et ma toussoterie sous la couette et peut-être que comme ça, ça ira mieux demain et après-demain pour un gros, très gros week-end de rangements urgents (changement de ballon d'eau chaude prévu lundi, il faut entièrement dégager le cagibi pour éviter les risques d'incendie). 

Donc je n'ai rien fait. 

Enfin, du rien de comme une femme.

C'est-à-dire ranger une lessive sèche en lancer une nouvelle et l'étendre sur le séchoir. M'occuper d'un repas - Ok en mode flemme mais quand même -. Lire un livre (du plaisir, certes, mais pour le boulot). Préparer trois nouveaux cartons de livres pour le box de stockage et les y apporter à diable (avec une aide de l'homme à mi-parcours mais néanmoins). Enfin scanner la facture des pompes fu pour la restauration de la tombe des arrière-grands-parents et avertir les membres de la famille qui avaient annoncé qu'ils participeraient financièrement au projet. Vérifier ma reprise d'abonnement Vélib. Nous inscrire, l'homme et moi, pour les 10 km des Foulées de Clichy (j'aimerais bien faire un temps, pour une fois). Et finalement commencer le début du gros du rangement, même si je m'étais dit que m'occuper d'écluser un max du rhume d'abord était la meilleure idée. 

L'ensemble saupoudré de visions de videos de sportives et sportifs de haut niveau, parce que ça aide à se motiver pour bouger lorsque le corps suggère de rester au lit, et pas du tout pour des coquineries. Ça tombait bien, un des Norvégiens que j'admire et son amie ont décidé de se mettre à vloguer. C'est fou comme avec eux ça a l'air facile, juste quelques anicroches de vols annulés et correspondances d'avions en courant et de bagages du frère égarés, de remporter un championnat d'Europe en CAP. Intéressant aussi : un très bon n'est pas stressé, il est excité à l'idée d'enfin être au jour J au moment M. Ça me rappelle certains souvenirs scolaires ou plus récemment des rencontres en librairies, bien préparée, vient l'envie d'être à pied d'œuvre.

Pour conclure notre propre journée, nous avons trouvé moyen d'intercaler un petit dîner dans un restaurant capverdien du quartier, puisqu'à la maison rien n'était prêt et qu'il convenait de manger. 

Somme toute, ce fut du rien bien rempli.


Concomitance avec Sophie


    Je m'aperçois seulement ce soir que c'est précisément quand sort le livre de Sophie Calle "Que faites-vous de vos morts ?" et qu'elle est intervenue à son sujet sur France Cul, que je suis parvenue à faire retaper la tombe de mes arrières-grands-parents, tombe dégradée au point qu'elle avait été affublée d'un écriteau "concession en voie de reprise". 

J'étais la personne la mieux placée pour m'en charger ... sauf que j'ignorais jusqu'au jour de l'enterrement de ma mère et que ma cousine Claire m'en parle, que c'était la tombe des arrières-grands-parents. 
Mon côté Rantanplan m'avait simplement fait me dire que Lemercier était un nom décidément répandu dans la région. 

C'est une sorte de bonheur, une grande satisfaction. D'autant plus que j'ai pu payer ou plutôt avancer les fonds pour ce qui sera un collectif de cousins cousines, ce qui fait que tout est réglé. 

J'ai l'impression que la gravure de la tombe voisine de mes grands-parents a été redorée aussi.

Il y a quelque chose de fort réconfortant dans cette coïncidence de temps entre Sophie et moi. 


Prévention et secours civique de niveau 1, formation suivie, enfin

Si vous souhaitez suivre une formation, c'est par ici, les explications.     

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    Sans doute du fait d'avoir depuis son début une vie laborieuse (au sens de : consacrer à travailler, qu'il s'agisse d'études ou de jobs plus ou moins rémunérés) et d'avoir longtemps été de santé fragile, j'ai presque toujours mis longtemps à réaliser ce que j'estimais devoir faire ou tenter. Je suis aussi presque toujours parvenue à faire ce qui devait être fait, à tenter.
Seulement longtemps après.

Je voulais nager, je voulais chanter, j'ai été écartée de la natation à 10 ans par les adultes au prétexte de ma mauvaise santé, j'y suis revenue à 40, j'ai fait partie d'une chorale à 34 et jusqu'à ce que mes contraintes professionnelles m'en empêchent ; j'ai tenté et je tente encore de me dégager du temps pour l'écriture, j'y suis parvenue en 2009 / 2010 pour une micro-publication en 2012 et là je n'ai pas dit mon dernier mot ; en 2011 j'ai su qu'il faudrait que je me frotte au triathlon et suis parvenue en 2016 à m'inscrire dans un club et, là aussi m'y essayer. 

Pour ce qui est du secourisme, et d'apprendre au moins les premiers gestes à accomplir en cas de nécessité, je crois que j'ai battu mes records de longévité entre l'idée Je dois m'y mettre et sa réalisation : au moins 29 ans. 
Ça a été possible grâce à mon club de triathlon, et je suis très reconnaissante envers Cécile qui a organisé les choses et permis que nous bénéficions d'un tarif accessible.

En effet c'est là que le bâts blesse : en France et pour l'instant, si vous estimez de votre devoir de citoyen•ne que de savoir faire en cas de malaise ou d'accident les premiers gestes justes, en attendant les secours, et sauf à faire partie d'une entité (entreprise, association ...) qui l'organise, la formation qui dure une journée, sera à votre charge. Et même si les formateurs et formatrices sont bénévoles et que seul le coût réel est répercuté, il vous en coûtera, en 2019, 60 €, que je sache pas même déductibles des impôts.
C'est aussi la raison pour laquelle je ne l'avais pas faite plus tôt : chaque fois que je m'étais renseignée le prix à payer sur le budget d'une famille aux fins de mois toujours délicates m'avait fait reporter l'entreprise à des jours meilleurs.

Je crois que ma première velléité d'apprendre remonte en fait à plus de 29 ans : mon père, un homme très costaud, possédait néanmoins la caractéristique, sans doute liée à la thalassémie dont il était porteur, de s'effondrer brutalement en cas de fortes fièvres. J'avais lu ou vu quelque part ou entendu dans un cours en classe, qu'il existait des formations de secouriste et m'étais dit qu'il faudrait que j'apprenne, pour au moins savoir quoi faire, lors de ses pertes de connaissance ou sur les terrains de foot quand quelqu'un se blessait. On m'avait dit, c'est pour les adultes.
Plus tard, il y eut l'attentat de la gare de Bologne, et la jeune pré-adulte que j'étais avait re-pensé que ça serait utile vraiment de savoir faire ce qu'il faut si l'on se trouve témoin. Mais à l'époque, pas d'internet, pas facile de se renseigner lorsque l'on est dans son coin, que l'on ne peut téléphoner (c'est le fixe des parents, il faut demander la permission et parfois lorsque l'on sait que la réponse va consister en un interrogatoire dissuasif, on renonce par une sorte d'auto-censure de l'élan d'entreprendre). Et puis je supputais qu'il fallait être majeure.

Ensuite ma vie a été très chargée, il fallait s'en sortir, travailler, c'était du temps plein. Je crois me rappeler que lors d'une discussion de soirée, quelqu'un s'était montré dissuasif en arguant qu'à quoi bon puisque de toutes façons tous les hommes qui faisaient leur service militaire l'apprenaient au passage. Comme je n'étais pas sauvagement certaine d'être capable d'avoir le sang froid nécessaire en cas d'accident voire de tragédie, je m'étais faite à l'idée que effectivement beaucoup de personnes savent, on doit pouvoir appeler quelqu'un. C'est un micro-exemple comme un autre de la façon dont on formatait les jeunes filles et les femmes à ne pas avoir confiance en elles : ne vous inquiétez pas, les hommes savent bien faire ça. 

J'avais quand même conservé dans un coin de ma tête, une loupiote qui disait, n'empêche si un jour je suis quelque part, un travail, une entreprise, une ville, où l'on me dit que c'est possible d'apprendre, j'irai.

En 1990 ma fille est née. D'avoir la responsabilité entière et permanente d'un si petit être me semblait une tâche de la plus haute importance, tout ce que j'avais pu être amenée à prendre en charge en tant qu'ingénieure me semblait de la gnognotte à côté. C'est de là que vient une volonté devenue ferme : je dois apprendre. Si le bébé avale un truc il faut que je sache le lui décoincer. Savoir que faire et ne pas perdre ses moyens (1) en cas d'accidents. 
Il y avait des formations organisées par la Croix Rouge dans ma ville, mais impossible avec les horaires, ou alors il fallait faire garder la petite, ça mettait le coût de l'opération assez élevé, il y a eu la reprise du travail, période difficile, déjà des restructurations, je n'ai plus touché terre, et c'était reparti de mettre sous le boisseau tout projet personnel.

Sporadiquement je me suis à nouveau renseignée, mais ça ne collait jamais : pas à des moments où je pouvais y aller, pas à des mois où je pouvais me le payer. Personne pour me dire, Oui c'est une bonne idée. Plutôt une sorte de sourde dissuasion. 

En 2015 il y a eu les attentats à Paris, et je me suis dis que cette fois il fallait vraiment que je m'y mette. La ville de Paris a organisé des formations "Premiers gestes de secours" et par trois fois j'ai tenté de m'y inscrire. Peut-être parce que j'habitais de l'autre côté du périph je n'ai pas été admise. Ça aurait de toutes façons été compliqué, car je bossais alors le samedi et que ça avait lieu ces jours-là.

Il aura donc fallu mon club de triathlon et sa bonne organisation, pour que je puisse apprendre enfin, au prix de 5h30 de travail de libraire.
Ce fut donc à la Protection Civile, un dimanche, et effectivement très instructif, avec des cas concrets simulés, ce qui peut permettre de se mettre en condition même si l'on sait bien que ça ne saurait présager de nos réactions dans une réalité dure et soudaine.

J'ai donc appris qu'en cas de personne faisant un malaise ou blessée, en France sur la voie publique et encore aujourd'hui, le 15 est le plus efficace, mais que le 112 est valable et qu'il existe un numéro le 114 qui permet de communiquer par écrit. Nous avons appris les massages cardiaques et le bouche-à-bouche et comment nous servir des défibrillateurs ; pour ceux-ci si l'on ne sait pas, une voix une fois qu'ils sont allumés indique la marche à suivre. Nous avons appris à gérer le passant paniquant, ainsi que les précautions à prendre pour que quelqu'un envoyé prévenir le fasse effectivement (2). Nous avons bien ri (je n'ai pas pu m'empêcher de faire la clown dans le rôle du passant paniquant), admiré l'un des nôtres aussi (salut Luc, qui aurait fait un excellent médecin urgentiste s'il en avait eu l'intention, calme, sang-froid, efficacité, tutto bene).

Au passage j'ai aussi appris le dévouement de toutes et tous ces bénévoles, dont je n'imaginais pas qu'outre le fait d'un engagement gratuit, ils devaient prendre sur leurs congés les interventions en urgence et leurs propres formations. 
Quelle société mal organisée qui rémunère à prix d'or certains boulots de pure esbrouffe ou dont la seule finalité est de nous faire encore et encore sur-consommer, et pas du tout celles et ceux qui nous sauvent. La personne qui nous a formé nous a lors d'une pause expliqué qu'elle bénéficiait d'un employeur bienveillant depuis qu'il avait appris sans qu'elle y soit pour rien, son activité sociale ; seulement ce n'est même pas évident. Et comment faire alors que le travail se précarise pour pouvoir si on le souhaite se rendre utile aux autres alors qu'on peut être aussi réquisitionnés pour du boulot. Seul un travail régulier permet un tel engagement. 

En attendant, je suis sortie de cette formation munie d'une nouvelle confiance, et presque rassurée. Ayant passé un excellent dimanche, en fait, alors qu'après une semaine chargée et un travail en librairie samedi, j'étais fatiguée.

Apprenez donc les gestes de secours et de prévention, pour le moral c'est bon. 

 

(1) ou plutôt : moins risquer de les perdre en sachant au moins la théorie de ce qu'il convient de faire.
(2) C'est LE truc auquel je n'aurais jamais pensé spontanément, que la personne qui dit qu'elle va chercher des secours, par exemple si pas de téléphones disponibles, tout simplement se barre et ne le fasse pas.

 

 


Notes sur #Vélotaf heureux


    Alors voilà pour deux semaines et demi (en gros) je partage mes trajets domicile - boulot entre RER C et partie à vélo. 
Ça n'est pas si distant : une dizaine de kilomètres à chaque trajet, vingt-cinq lorsque je parcours l'ensemble à vélo, un plaisir qui nécessite dans mon cas un peu de temps. 
Ça n'est pas si simple : au retour il fait nuit et l'on n'est pas dans le cas citadin d'un éclairage continu, même si la plupart des portions le sont. 
C'est à la fois dangereux et pas tant que cela : globalement les automobilistes sont extrêmement courtois et même les chauffeurs de cars ; plusieurs fois je leur ai fait perdre un instant, le temps que je comprenne que, mais oui, ils me laissaient passer alors qu'ils n'étaient pas obligés. Ce soir j'ai été assaillie par un doute : ces prévenances, entre autre lors du passage des redoutables chicanes "zones 30" seraient-elles dues à une erreur d'interprétation sur mon gilet jaune et un mouvement de solidarité comment dire, sur un malentendu ? 


Depuis onze ans que je pratique les trajets à vélo (merci Vélib qui m'y remit), je commence à avoir l'équipement idéal pour faire face à toutes les conditions climatiques. 20190110_212627

Déception légère : deux fois que je tente d'un côté puis de l'autre les anciens chemins de halage ou contre-halage car une partie en est belle et bien aménagée puis ensuite, ah ben non. Deux fois que je suis presque obligée de faire demi-tour à un point impassable. Cela dit, quel plaisir de tenter d'explorer. Dans ces moments-là, je redeviens l'adolescente qui faisait de grandes virées entre autres dans le Vexin avec les ami-e-s.

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J'aime la mission que j'effectue, son côté hors du temps, et que ça soit dans "ma" région de grandissement. Il n'empêche que je sors de mon lit le matin avec un appétit pour le trajet lui-même. Connaissez-vous un autre mode de déplacement - à part à pied pour de courtes distances - qui procure cette sensation ? 

Aucune fatigue des jambes. Ça passe crème comme dirait #LeFiston.

 

Le fait d'être à vélo donne l'impression aux autres qu'on est locaux, ça m'amuse beaucoup. Aux yeux des Japonais, je suis comme une descendante des voisins de Van Gogh. Ça me donne une idée d'écriture (les anecdotes de mes grands-parents, sur monsieur Vincent, alors que non, pure fiction).

Mercredi matin j'ai fait la course avec une drache qui s'annonçait et j'ai gagné. Seulement le début des gouttes alors que je parvenais à Auvers. L'enfant en moi jubilait. 

 

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Spéciale dédicace @Sacrip'Anne (en plus qu'en remerciement de la sienne), au Capitaine et ses pneus neige, à Bilook et quelques autres aussi. 


Le plaisir de se préparer (allure vestimentaire et autres apprêts)

 

    C'est un échange de touites avec une amie qui se reconnaîtra (ses touites étant privées je suppose qu'elle préfère que je ne détaille pas davantage) qui m'a fait prendre conscience de jusqu'où la pression sociale envers les femmes peut se nicher. 

Elle évoquait le fait d'abordant un nouveau travail elle avait pris la décision de ne pas se maquiller, que ça serait un esclavage quotidien de moins (ce sont ses termes). Que je sache son travail n'est pas de représentation, de ceux pour lesquels on est recruté-e-s pour une apparence, auquel cas il peut être admissible qu'une obligation de rendre celle-ci conforme à certains critères existent.

Je n'ai rien contre le maquillage dans l'absolu et y ai (vaguement) recours lorsque c'est requis avec une raison réelle : scène, projecteurs, rôles ... En général cas pour lesquels des maquilleuses ou maquilleurs professionnels sont présent-e-s et qui officient avec des objectifs clairs de visibilité. Le résultat peut être bluffant, ils connaissent leur métier. Parfois pour une soirée, surtout si c'est l'hiver et que j'ai les lèvres gercées il m'arrive de mettre un vague machin hydratant brillant. Ou de peigner mes sourcils, naturellement broussailleux. 

Il n'empêche que dans la vie quotidienne, je n'en vois pas l'intérêt. Je trouve sur les autres souvent le résultat assez moche, par rapport à la beauté de la personne au naturel. Et puis déjà qu'en étant une femme je perds plus de temps que les hommes pour toutes sortes de raisons (du temps des pauses pipi aux années de saignements menstruels ...) et même si eux doivent passer du temps à se raser la barbe au moins par moments, je ne suis pas motivée pour traîner davantage qu'eux dans la salle de bain. J'ai mieux à faire. Me "faire belle" m'a toujours gavée. 

Du coup lorsque le message sociétal ambiant était que les femmes éprouvaient un certains plaisir à s'apprêter afin de se sentir aptes à affronter la journée, j'y croyais. Puisque je n'y comprenais rien et que j'étais hors jeu, je croyais que c'était bien comme ça pour les autres (1).

Il semblerait qu'il n'en soit rien même si certaines d'entre nous ont si bien intégré la norme sociale qu'elles le croient - ce qui est logique : on prend l'habitude d'un certain rituel, et il nous aide vraiment à la longue, ça devient comme un échauffement avant une activité -, de même que la plupart des gens trouvent moches les traces de vieillissement alors qu'il n'y a aucune raison : on peut avoir un beau visage avec des rides et les cheveux blancs ne sont pas laids, ils adoucissent un visage.   

Voilà donc qu'une fois de plus rien n'était aussi simple que ça semblait. 

Du coup je n'en admire que davantage mes consœurs qui parviennent à satisfaire à tant d'obligations malgré elles et rends grâce aux réseaux sociaux qui permettent des échanges qu'on n'aurait pas forcément en direct : je n'aurais pas osé interrompre une de mes camarades de piscine se maquillant consciencieusement après un entraînement du matin, Tu le fais parce que ça te fais plaisir ou parce que tu te sens obligée ?

J'en viens aussi à interroger ma propre pratique : j'aime certains vêtements, certaines chaussures, une forme d'élégance à mes yeux (probablement assez particulière) ; je peux m'acheter un habit en raison de son tissu (la texture plus que le motif). Et je me rends compte qu'il y a un cas où j'aime me préparer : pour les vêtements de sport, avant une course, le choix de la tenue optimale, de là où le confort sera le plus grand pour une performance non entravée. J'ai une grande réticence à l'uniforme, seulement un maillot de sport d'une équipe ou une tenue de club me donnent des ailes (2). Peut-être que si j'avais considéré la séduction comme un sport, j'eusse aimé passer des heures en salons esthétiques ou à me maquiller ?

Quoi qu'il en soit je suis heureuse de pouvoir encore vivre dans un monde où l'on a le choix, au moins celui d'aller sans masque si l'on préfère ça.

 

 

(1) Au fond le même mécanisme à l'œuvre que pour tant d'autres choses : étant une fille, si je constate que quelque chose me concernant n'est pas comme ça devrait selon la norme majoritaire, j'ai intégré que c'est mon cas particulier qui cloche. Il m'aura fallu passer le demi-siècle pour m'apercevoir que souvent c'est la norme ou même le fait qu'il y en ait une qui serait à remettre en cause. Je suis simplement un être humain qui fait difficilement les choses par obligation dès lors que celle-ci ne lui semble pas logique ou serait source de souffrance. Je ne suis ni conformiste, ni obéissante. Ça peut être bien vu chez un homme, mais chez une femme, non.  
(2) Très relatives, les ailes, mais par exemple me donnent la force de ne pas abandonner et d'arriver dans les délais.

PS : Plus le temps passe et plus je prends conscience mais sans doute aussi parce que les critères ont évolué que ce que je perçois comme vulgaire pour la tenue des femmes est considéré comme sexy voire élégant. Alors que ce que je trouve classe est considéré par d'autres comme négligé.


Vélotafer (des joies et des dangers)

 

    Curieux d'écrire ce billet alors qu'en ce moment je ne vélotafe pas : et pour cause, je n'ai plus de boulot. Et ces deux ou trois dernières semaines je fais moins de vélo que jamais : fini Mobike (1), pas encore repris les vélibs (2), différents vélos à tour de rôle en réparations, donc juste quelques balades du dimanche, quand l'un d'eux revient, avant de repartir pour des réglages plus fins. 

Je considère avec optimisme que cette situation ne saurait durer, et qu'au moins je vais (re)prendre des entraînements de triathlon avec mon vélo sérieux fait pour ça - mais pour l'instant il est chez Victor à se refaire une santé -. 

Alors j'ai décidé de me joindre à Sacrip'Anne pour écrire à mon tour sur mon expérience de cycliste citadine et si possible donner envie de rejoindre la belle galaxie de celles et ceux qui circulent à vélo sans faire de bruits de moteur ni polluer, tout en se faisant du bien à la santé. Et en transformant les trajets quotidiens en un moment intéressant plutôt que subi.

F1000006Pour moi reprendre le vélo quand ce fut possible, en 2007, grâce aux vélibs première version, fut assez naturel : toute mon enfance et mon adolescence s'était passée en circulant à vélo, c'était le moyen de locomotion quotidien et la voiture seulement quand ça pouvait (adulte disponible pour escorter, les jours de gros rhumes ou de féroces intempéries). Pour les entraînements de football alors que j'étais en 3ème et plus tard pour des cours de piano je parcourais 6 à 7 km puis autant au retour sans considérer que c'était un problème. Je craignais juste vaguement une éventuelle crevaison. En ces temps-là ça allait de soi.
Vers 16 ans et jusqu'au bac j'ai pratiqué le cyclotourisme avec bonheur dans le Vexin : mon amie Geneviève faisait partie d'un club et comme elle souhaitait progresser sans doute afin d'être à niveau avec les autres du groupe qui étaient adultes, elle fut heureuse de trouver en moi une sparring partner. Je crois que ses parents avaient mis comme condition pour qu'elle puisse sortir de ne pas le faire seule. À l'époque je les trouvais bien tracassés. Rétrospectivement, sachant que c'était 20 ans avant l'usage courant des téléphones portables et avant vu passer la déferlante #MeToo et découvert que le monde était beaucoup plus dangereux aux jeunes filles et femmes que je ne l'avais cru, je comprends que leur précaution était sage. 
Et de toutes façons j'en étais ravie : ç'avait été pour moi l'occasion de pratiquer une nouvelle activité sportive qui me plaisait. Je me rends compte que j'ai énormément appris et enrichis ma vie en pas mal d'occasion du simple fait d'être celle qui disait, Écoute, si ça t'arrange (ou si tu hésites, ou si tu ne veux pas y aller seule mais que tu en as envie), je viens avec toi. Et que bien souvent je m'y tenais quand la personne à l'origine de l'essai au bout d'un temps prenait un autre chemin. Donc nous faisions en roulant prudemment de belles virées de 60 à 80 km dans le Parc national du Vexin. 
À l'époque j'étais, quoique sportive, de santé fragile, j'en revenais lessivée. Mais si heureuse. Et fière d'avoir tenu.

Ensuite je suis partie vivre, étudier puis travailler à Paris et le vélo a vivoté dans le garage de la maison de mes parents. Je faisais de petits tours occasionnels.

C'est vingt ans plus tard que ma grande amie d'alors, parisienne depuis un paquet d'années et pionnière en plein d'usage, m'a redonné envie d'y revenir. Jusqu'à ce que je la vois, en un temps où Paris ne possédait pas ou peu de pistes cyclables, faire ses trajets à vélo, venir me chercher à l'"Usine" avec son biclou, je considérai Paris comme une ville réservée aux voitures. Qu'y circuler à vélo était trop dangereux. Et puis je n'en avais pas, mon vélo de longues courses, ses fins boyaux, et ses cale-pieds me semblait totalement inadapté au moindre essai "en ville" et je n'avais pas d'argent pour en acheter un autre.

Elle disait : Oui c'est dangereux mais il faut être très attentive et apprendre à s'imposer.
Et puis elle me disait ce qu'on dit toutes et tous à ceux qu'on aime et qu'on aimerait convaincre, si moi j'y arrive, tu peux y arriver. 

Puis elle a disparu (3).

Entre temps j'avais commencé à reprendre les rennes de mon existence et sortir de l'ornière d'une vie faite à 100 % de devoirs accomplis (pour l'employeur (à cause des fins de mois) pour la petite famille (l'époux, les enfants) pour la maison (parce que si on ne le fait pas personne d'autre ne le fera). À l'instar de bien des femmes j'ai vécu pendant des années en n'ayant que très peu de temps personnels, de détentes (autres que par épuisement) et de choix. Entre autre je me suis enfin accordée d'aller au festival de cinéma de La Rochelle. Et à l'intérieur même du festival, parce que je pouvais supposer que je n'aurais plus les moyens d'y aller, de filer une journée sur l'Île de Ré. On m'avait vanté les pistes cyclables. C'était une époque où je commençais avec la reprise de la natation à regagner un peu de condition physique, les locations n'étaient pas chères, je m'étais dit, Hop, vélo. Et j'avais fait une grande boucle et j'étais rentrée aux anges.

Dès lors la décision de circuler à vélo dans ma vie quotidienne dès que ça serait matériellement possible était prise.  

La vie n'étant pas un long fleuve tranquille, ni les finances familiales confortables, je ne suis parvenue à mettre ma décision en pratique qu'à partir de l'été 2007 et l'arrivée des vélibs. Non sans quelques difficultés, mais trop heureuse d'échapper à la Ligne 13, à l'époque pire bondée qu'aujourd'hui (anciens wagons), je me suis mise à vélotafer. J'avais 8 à 10 kilomètres à parcourir. À l'époque, les automobilistes n'étaient pas du tout habitués aux vélos dans Paris et c'était plus dangereux encore, ça parait difficile à croire tant on se fait traiter mal, mais c'était pire encore. Des progrès ont été accomplis pour les dépassements, on se fait un peu moins raboter les cuisses. Les pistes cyclables étaient moins nombreuses. C'était amusant de découvrir le relief de Paris, plus varié et vif qu'on ne le soupçonnait. Très vite j'avais pris l'habitude d'un itinéraire de retour plus long mais moins dangereux. 

Je crois que c'est un bon conseil à qui pratique le #vélotaf : quand on le peut privilégier à la rapidité d'un trajet et à la distance la plus courte, cet autre chemin plus sûr, mieux adapté. 

Gauchère, je me suis mise à élaborer de subtils brefs détours permettant d'éviter les Tourne à gauche si dangereux pour moi qui peine à tenir le guidon du bras droit pour indiquer avec le gauche que je m'apprête à tourner.

Ça fait donc désormais 11 ans que je circule le plus souvent dans Paris à bicyclette. 

J'ai failli deux fois avoir des accidents graves par des automobilistes à l'attitude imprévisible et dangereuse, connu mon lot de petites peurs (ah les portières) mais globalement pas tant plus de dangers que cela. Je respecte les feux rouges sauf les "faux feux" (ceux qui protègent un passage et non un carrefour et lorsqu'il n'y a aucun véhicule ni personne) et certains "tourne à droite", devenus autorisés entre temps. Autant que possible je porte un casque ou au moins un bonnet ou une casquette, des gants. Un gilet fluo est presque toujours dans mon sac pour quand la nuit est tombée.

En 2016/2017 j'ai travaillé en banlieue et comme entre temps j'avais restauré mon bon vélo des longues distances (4), je me suis fait grand grand plaisir à circuler avec lui en passant par de très beaux endroits.  Capture d’écran 2018-09-19 à 19.20.40

Désormais il faudrait que je n'ai plus de vélos ou plus la bonne santé pour cesser. 

Comme Sacrip'Anne le dit en fin de billet, circuler à vélo, je pense qu'on n'a que du bon à en retirer. Pour s'y mettre pas besoin d'une condition physique de sportives ou sportif, le tout est d'y aller progressivement (et bien sûr de n'avoir pas de problème qui empêche le vélo à la base). La forme s'améliorera d'elle même à l'usage. C'est d'ailleurs très amusant de constater qu'assez vite telle montée qui nous semblait un exploit pré-olympique et nous laissait tout essoufflé-e, devient un point du trajet que l'on franchit sans y penser.
Jusqu'à une douzaine de kilomètres, ça se fait très bien. Je pense que la distance peut faire hésiter à partir de 20. Parce qu'il convient d'intégrer le temps que l'on met et qui peut être alors supérieur à celui d'autres modes de transports.

Le froid n'est pas un problème, il suffit de bien s'équiper. La pluie peut rendre les chaussées glissantes, il convient de faire attention. Mais une petite pluie ou de la pluie sur le chemin du retour n'est généralement pas bien grave. L'usage du vélo nous permet d'apprendre que nous sommes bien plus résistant-e-s qu'on ne le croit. 



Le plus gros danger est d'y prendre tellement goût, qu'on finit comme ça : 

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(1) Arrivait le moment de mon réabonnement : désolée que je ne vais pas me réabonner à un service qui a décrété à un moment donné que la ville de mon domicile était hors-zone et qu'il m'en coûtera désormais 50 € si j'ai l'idée folle de rentrer avec un de leurs vélos jusqu'à chez moi. Je n'ai eu aucune compensation ni temporelle ni financière au fait qu'un moins et demi après que j'eusse pris mon abonnement à la fin de l'hiver, ma ville avait été déclarée interdite au dépôt de vélo, me privant de facto des 2/3 de son intérêt : ne me sont plus restés que des trajets intra-muros et la corvée de devoir laisser le vélo que j'utilisais à 800 m de chez moi au plus près. Et encore quand la géolocalisation via l'appli restait juste. 

(2) Tracas de renouvellement d'abonnement. J'étais prête à essayer au moment où des stations ont commencé à se repeupler mais voilà avec mon pass navigo ça a fonctionné deux fois et depuis quand je retente ma chance j'ai un symbole "cadenas". Il faut que je prenne le temps de les appeler. Le hic c'est qu'en général quand j'ai besoin d'un vélo je n'ai pas 30 minutes à perdre en "tapez 1 ... tapez dièse ... composer votre numéro ... veuillez patienter ... et qu'aussi j'ai cette crainte que le service de dépannage par téléphone soit aussi dysfonctionnel que l'ensemble de leurs prestations. 

(3) De mon existence, pas de l'univers. 

(4) Pour cause de triathlon mais c'est encore une autre histoire. Que le fait d'avoir repris depuis plusieurs années la circulation à vélo a clairement encouragée. 


La nouvelle ville, comme un ailleurs

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Je rentre à pied ce soir. La nouvelle ville, le nouveau quartier qui jouxte le tribunal (La Tour) m'offre désormais un chemin plus direct et non sans charmes - du fait de n'être pas encore vraiment ouvert à la circulation -. 

Et c'est étrange et beau cette sensation d'être ailleurs, ça pourrait être une ville lointaine. Comme il s'agissait d'une ancienne zone de la SNCF, non accessible au public, aucun souvenir de "comme c'était avant" ne vient pour moi se superposer au lieu que je traverse. 

Peu de passants, pas de langue entendue. Pas encore de boutiques, pas d'enseignes. Un café au nom assez international. La végétation fraîchement implantée peu caractéristique.

On pourrait être en Corée du Sud. En Chine, une ville nouvelle. Les appartements déjà occupés qu'à la lumière allumée on entrevoit sont du genre chic propre moderne international. Des silhouettes jeunes prennent le frais sur des balcons terrasses. Rien ne les ancre géographiquement. Paris est une métropole d'une grande diversité. Tout le monde peut être de là. Ou d'ailleurs.

Tokyo ? Une périphérie ? Un downtown neuf de San José ?

Désormais pour rentrer chez moi, je peux voyager loin, en trente minutes, à pied.

Bientôt ce quartier bruissera d'aller-et-venues, de corporate people allant au travail, en repartant, faisant leur pause cigarette. Il y aura nécessairement quelques boutiques et services, du mouvement. Des véhicules qui passeront. Quelques enfants. Ça sera encore un voyage. Mais différent.

Quelque chose me plaît dans ce surgissement d'ailleurs qui n'a rien détruit de ce que je connaissais. Ces lieux sont reposants pour lesquels je suis sans mémoire, sans souvenirs personnels prêts à surgir au moindre pas.

J'ai peut-être vingt ans et j'arrive tout fraîchement dans un nouveau pays afin d'y faire ma vie, avec ma bonne santé et une foule de projets. L'avenir sourit.