Notes sur #Vélotaf heureux


    Alors voilà pour deux semaines et demi (en gros) je partage mes trajets domicile - boulot entre RER C et partie à vélo. 
Ça n'est pas si distant : une dizaine de kilomètres à chaque trajet, vingt-cinq lorsque je parcours l'ensemble à vélo, un plaisir qui nécessite dans mon cas un peu de temps. 
Ça n'est pas si simple : au retour il fait nuit et l'on n'est pas dans le cas citadin d'un éclairage continu, même si la plupart des portions le sont. 
C'est à la fois dangereux et pas tant que cela : globalement les automobilistes sont extrêmement courtois et même les chauffeurs de cars ; plusieurs fois je leur ai fait perdre un instant, le temps que je comprenne que, mais oui, ils me laissaient passer alors qu'ils n'étaient pas obligés. Ce soir j'ai été assaillie par un doute : ces prévenances, entre autre lors du passage des redoutables chicanes "zones 30" seraient-elles dues à une erreur d'interprétation sur mon gilet jaune et un mouvement de solidarité comment dire, sur un malentendu ? 


Depuis onze ans que je pratique les trajets à vélo (merci Vélib qui m'y remit), je commence à avoir l'équipement idéal pour faire face à toutes les conditions climatiques. 20190110_212627

Déception légère : deux fois que je tente d'un côté puis de l'autre les anciens chemins de halage ou contre-halage car une partie en est belle et bien aménagée puis ensuite, ah ben non. Deux fois que je suis presque obligée de faire demi-tour à un point impassable. Cela dit, quel plaisir de tenter d'explorer. Dans ces moments-là, je redeviens l'adolescente qui faisait de grandes virées entre autres dans le Vexin avec les ami-e-s.

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J'aime la mission que j'effectue, son côté hors du temps, et que ça soit dans "ma" région de grandissement. Il n'empêche que je sors de mon lit le matin avec un appétit pour le trajet lui-même. Connaissez-vous un autre mode de déplacement - à part à pied pour de courtes distances - qui procure cette sensation ? 

Aucune fatigue des jambes. Ça passe crème comme dirait #LeFiston.

 

Le fait d'être à vélo donne l'impression aux autres qu'on est locaux, ça m'amuse beaucoup. Aux yeux des Japonais, je suis comme une descendante des voisins de Van Gogh. Ça me donne une idée d'écriture (les anecdotes de mes grands-parents, sur monsieur Vincent, alors que non, pure fiction).

Mercredi matin j'ai fait la course avec une drache qui s'annonçait et j'ai gagné. Seulement le début des gouttes alors que je parvenais à Auvers. L'enfant en moi jubilait. 

 

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Spéciale dédicace @Sacrip'Anne (en plus qu'en remerciement de la sienne), au Capitaine et ses pneus neige, à Bilook et quelques autres aussi. 


La maladie de l'encre

    Capture d’écran 2018-12-23 à 21.59.21C'est un touite de Matoo qui a attiré mon attention sur un autre, de Métaninja que je ne connaissais pas et voilà que j'apprends que la forêt de Montmorency, composée à 70 % de châtaigniers voit cette espèce atteinte par la maladie de l'encre qui est d'autant plus redoutable que des périodes pluvieuses ont précédé des périodes de sécheresse. Pas de traitement connu à ce jour alors c'est un excellent prétexte, sous couvert de tenter de borner les zones contaminées et de sécurité (ça se conçoit, les arbres fragilisés aux racines peuvent tomber) pour procéder aux abattages et exploiter le bois.

Le communiqué de presse de l'ONF peut être consulté en suivant le lien de cet article.

Je l'avoue je commençais à croire à un projet immobilier monstrueux - il y avait bien un projet de centre commercial géant Europacity, qui même s'il semble être abandonné peut renaître ailleurs pas loin - et à une surexploitation forestière éhontée. Je reste un brin dubitative quant à l'ampleur des abattages. 

Une forêt qui se meurt c'est toujours triste. Il se trouve que c'est ma forêt d'enfance et d'adolescence, que j'avais retrouvée avec bonheur en 2016 par le double biais d'un joli emploi à Montmorency et de la pratique de la course à pied. Comme pour Taverny, ça n'aura été des retrouvailles que pour une forme d'adieu. 

Grand merci à Matoo et Métaninja pour l'info. C'est toujours mieux même en très triste de connaître une explication. 

Les arbres, les abeilles et les papillons se meurent et pas seulement ici. Les soubresauts politiques si sombres et violents soient-ils ne sont peut-être que secondaire face à un péril d'avenir qui semble se préciser. Corneilles, on compte sur vous qui êtes capables de raisonnements combinés

 


Les souvenirs classés, les souvenirs vivants

    

    La vie n'ayant pas tout à fait été un long fleuve tranquille et m'ayant cet an dernier offert foule de temps rétroscpectifs, j'ai pris conscience de façon très aigüe qu'il y avait des souvenirs classés et d'autres encore vivants. 

Ou plutôt des périodes de vie closes et bien archivées quand d'autres semblaient encore en cours dans une vie parallèle. Je l'avais toujours constaté, mais le phénomène m'avait longtemps semblé respecter la chronologie. 

Je sais maintenant qu'il n'en est rien. 

D'une façon générale, ce sont les éléments de vie et les gens auxquels on tenait disparus brutalement qui restent encore en activité, comme si l'on allait reprendre le cours interrompu des choses. Sans doute l'équivalent mémoriel du membre fantôme chez les amputés. 

Pas toujours. 

Ainsi mon époque "à l'Usine" (1), stoppée violemment - for my health's sake, je ne reviens pas -, m'a pris 6 mois avant de refaire physiquement surface mais fut close aussitôt : je n'attendais que ça et avais l'intention de partir 2 ans et demi plus tard. Je n'avais pas encore signé ma rupture conventionnelle de contrat que déjà les souvenirs de cette période recouvraient une teinte passée, un air d'autrefois. Il s'est trouvé aussi qu'aucun des collègues avec lesquels je travaillais les derniers temps n'étaient des collègues de longue date et le management était passé par là pour rendre les gens méfiants les uns à l'égard des autres.  Du coup aucun lien affectif n'avait été brisé. 
Quant aux collègues et amis des services et époques passées, nous nous voyions déjà en dehors du taf. Mon départ de la grande entreprise où nous ne nous croisions plus, et encore, qu'à la bibliothèque, à la cantine n 'avait pas changé grand chose. 

Un temps qui aurait pu être très heureux pour moi, n'eût été la maladie puis la mort de ma mère, la période durant laquelle j'ai travaillé pour la petite très belle librairie Au Connétable dans le Val d'Oise, s'est close aussitôt : tout c'était passé comme si mon retour dans ma banlieue d'origine n'avait eu pour principale fonction que d'être à même d'accompagner ma mère en sa fin. Je me souviens d'une sorte d'étonnement amusé les premiers mois de mon alors nouveau travail, tandis que ma mère semblait certes vieillissante mais pas en si mauvaise santé, quelque chose comme Qu'est-ce que je fais [de retour] là ? Je n'avais de la région ni détestation ni nostalgie, ç'avait été une étape, l'enfance et l'adolescence, le choix de mes parents, lié au travail de mon père, de se fixer par là. C'était Paris l'important.
Et puis devoir aller si souvent à l'hôpital d'Eaubonne, proche de mon travail, devoir effectuer tant d'aller-retours à la maison de ma mère, avait donné une sorte de sens à ma nouvelle localisation. 
Du coup cette période s'est trouvée immédiatement fermée une fois les premières étapes du deuil franchies. Rangée sur les étagères du souvenir.
C'est très étrange.
Me manquent cependant certains clients et amis, et puis la personne avec laquelle je travaillais. 

La période durant laquelle j'ai travaillé dans le XVIème arrondissement et qui je m'en suis rendue compte en l'évoquant lors de récentes retrouvailles avec une amie, s'est fermée pour moi après l'attentat de Charlie Hebdo et les deux jours de folie tueuse qui ont suivie, même si je n'ai démissionné qu'en septembre et travaillé avec sérieux jusqu'à fin octobre 2015 , cette période XVIème arrondissement a été elle aussi aussitôt "classée" : j'y ai travaillé par nécessité, je devais refaire surface après la perte de mon "vrai" travail, à Livre Sterling et une rupture concommitante, dans ces cas-là on ne choisit pas. La première équipe avec entre autre Sébastien Detre, reste un bon souvenir de boulot. Mais peut-être que je ne m'y sentais que de passage (pensée rétrospective, sur le moment je m'efforçais seulement de m'appliquer, et tenir ; le présent était affectivement trop rude pour pouvoir se projeter vers quelques pensées d'avenir). J'en garde surtout un vaste fond d'anecdotes de "vie de libraire", la frénésie des décembre, la folie Trierweiler et la sensation d'être infiniment plus étrangère dans mon propre pays à certains de mes compatriotes qu'à la plupart des étrangers même de culture tout autre.

En revanche reste encore "ouverte" l'époque de Livre Sterling. Je crois que je m'y suis sentie à ma place comme rarement dans ma vie, qu'il y avait avec le patron une sorte de tandem de boulot - le côté différents mais complémentaires, avec un tempo de travail similaire, et mon plaisir d'être au service de quelqu'un de charismatique et qui connaissait vraiment bien son métier - idéal. En tout cas pour moi. Ce fut aussi ma période bruxelloise, ce que mon temps de travail, un vrai temps partiel permettait. Je disposais de mes week-ends ce qui était un cadeau dont je n'avais à l'époque pas idée. Ce temps-là où je me sentais à ma place, où je tentais d'écrire, où je me sentais appréciée au travail, où je me sentais dans ma vie personnelle aimée, qui n'était pas si facile - le boulot était physique, parfois très rock'n'roll dans les situations, jamais sauf au cœur d'août, calme et reposant -, j'avais des peines, des désirs de bilocation, s'est trouvé interrompu à tout point brutalement. Alors c'est une période encore vive. Une part de moi traîne toujours par là-bas.

Très bientôt, question de semaines, s'achèvera la période "Taverny" de ma vie. J'ai quitté cette ville peu ou prou en 1981 même si j'y suis retournée quelques temps en 1983 puis à l'été 1984, malade, pendant plus d'un mois. J'étais appelée par Paris puis - pensais-je sans avoir tout à fait tort ni tout à fait raison - d'autres lieux. Il n'empêche que j'y revenais voir mes parents, puis ma mère seule et que j'y avais encore un morceau de grenier, plus d'affaires personnelles encore stockées là que je ne le croyais. Mon père, ses cendres, y étaient au cimetière. 

Tout ce qui reste de familial, est désormais en Normandie, ou bien un peu chez nous pour quelques meubles et objets. La maison où nous avons grandi ma sœur et moi sera à d'autres personnes. D'autres enfants, peut-être y grandiront. 

Je ne sais si cette période sera de type "vite close" ou "encore vivace". Je ne sais d'où j'en suis dans le deuil, que le surmenage - entre boulot très demanding comme disait l'ami Hamonic, et ce travail de tri, vidage, cartonnage, déménagement - m'a fait mettre sous le boisseau, sans compter l'épisode épique du voisin voleur, qui nous a entraîné dans de tout autres tracas - et n'est peut-être pas fini, que fera ce type une fois sorti de prison ? ne risque-t-il pas de revenir sur zone ? ne risque-t-il pas d'être encore plus déséquilibré et en plus revanchard ? -.

Reste aussi que la liste des absents sinon pour toujours du moins pour longtemps s'est beaucoup accru ces derniers temps, avec des séparations tristes, de celles qui font qu'on ne tient pas à revoir celui qui en a l'initiative, ou qu'on n'éprouve plus pour lui la moindre estime ; qu'une amie de jeunesse est morte sans que nous ne nous revoyions ; que bien des pages se tournent en même temps.

Je suis sans doute curieuse des temps à venir. Et je sais que je dois me donner du temps du écrire. La situation globale - du pays, de l'Europe, de la planète - n'est qu'une nappe d'inquiétude. La paix est fissurée. Que faire qui puisse aider pour [celles et ceux d'] après ?  

 

(1) Pour qui arriverait là sans connaître rien de moi : j'ai travaillé dans une grosse banque pendant 23 ans en tant qu'informaticienne. 


MPdPEP (Méga Problème de Pas Encore Privilégiée)

L'appellation de départ est d'origine @tellinestory controlée 

 

Détenir une maison "de campagne" alors qu'on est d'invétérés citadins c'est découvrir un peu chaque mois de nouveaux impôts. Ainsi cet "assainissement" dont nous ignorions l'existence et qui se rappelle à notre bon souvenir. N'empêche que tu te dis j'ai payé l'eau, le gaz, l'électricité, tutto bene et bim voilà l'assainissement. 
Globalement je reste impressionnée par le nombre de choses à payer. J'ai l'impression (fausse, j'en suis consciente) d'un fourmillement de factures. 

C'est apprendre aussi qu'il n'y a pas de service d'enlèvement des encombrants, chacun étant supposé disposer d'un tracteur et d'une remorque, I presume. C'est intéressant cette histoire d'encombrants aka monstres : 

À Paris tu appelles un service qui te donne un numéro que tu fixes sur les objets que tu déposes sur le trottoir et un service ad-hoc passe dans la demi-journée.
À Clichy c'est un soir par semaine. Tu déposes ton bazar et au matin plus rien (soit qu'il ait intéressé des récupérateurs en maraude soit que le camion du service officiel l'ait embarqué à l'aube)
Dans le Val d'Oise il y a un calendrier avec un passage une fois par mois et le droit de déposer la veille des objets, mais à la condition expresse que ça soit des encombrants qui n'encombrent pas trop.
Dans la Manche, tu as juste le droit d'apporter toi-même tes gros meubles ou objets périmés à la déchetterie, mon interlocutrice a eu du mal à comprendre ma question tellement un passage collectif organisé n'entrait pas dans ses habitudes. 

Je me suis inscrite sur donons.org afin de distribuer les meubles que nous ne pouvons pas garder. J'espère que ça fonctionnera. Ça va être une course contre la montre, malgré tout le travail que j'ai entrepris depuis mars dernier et que la maison était fort bien rangée - moins, le grenier -.

Ça n'est pas une surprise mais je m'aperçois que ce dont je ne sais me séparer ce sont les meubles faits maison (mon père était un bricoleur averti), ou aménagés maison, tout ce qui comporte des traces écrites de la main des défunts, et les objets qui ont une histoire - par exemple ce lustre que je ne trouve pas beau mais dont j'ai le souvenir précis de l'achat en Italie et qui venait d'un oncle par alliance qui les vendait ; je me souviens du dialogue des grands qui marchandaient, je me souviens que je comprenais ce qui se tramait -. 

Quand toute cette onde de choc sera absorbée, et les meubles et les objets casés, je me consacrerai à notre appartement qui n'en peut plus d'absorber les flux successifs d'affaires liées aux fins d'emplois et fins de vies. Et il faudra que je règle mon problème de livres. Ils sont beaucoup trop nombreux pour le volume de l'appartement. Un nombre important me tiennent à cœur. Mais certains n'étaient que des lectures d'un temps donné, il n'y a pas de raisons particulières de les conserver. 

 

 


Certains salauds seraient donc sincères (étonnements)

    

    Je poursuis donc dimanche après dimanche, lorsque rien de particulier tel qu'une course n'est prévue, la mise en carton des objets de la maison de ma mère. Le grenier avait été fait avant des travaux de remise au propre, les pièces du premiers étages sauf les placards fixes de la cuisine aussi - n'ayant aucune valeur mémorielle ajoutée sur les verres et les assiettes ou peu, j'eusse aimé déléguer cette tâche, mais mon premier assistant a fait n'importe quoi empilant ces choses fragiles comme si elles ne l'étaient pas -, j'en suis à la pièce du bas laquelle détient un grand placard mural qui m'occupe depuis deux fois.

Aujourd'hui ma progression méthodique m'a menée vers un angle où il y avait des livres, en particulier certains que j'avais offerts à ma mère.

Parmi eux une petite anthologie collective de poésie où se trouvait pour ma plus grande surprise un poème que j'avais écrit. Elle date de l'an 2000, vers le printemps.

Le poème n'est pas bon. Pas non plus de quoi avoir honte. 
Je l'ai reconnu et la mémoire m'est revenue de son écriture en le relisant. Le souvenir du fait d'anthologie est demeuré caché, voire inexplicable (Moi, postuler à une sélection POUR DES POÈMES ?).
Mon amnésie localisée peut s'expliquer : en l'an 2000 mes enfants ont 5 et 10 ans, je travaille comme ingénieure au faux temps partiel de 4/5 (OK pendant une journée, le mercredi, tu peux t'occuper de tes petits, mais la charge de travail n'est pas moindre que celle d'un temps plein donc les 4 autres jours sont de toute densité et les heures supplémentaires bénévoles la norme. Je chante dans une chorale, et il y a des concerts et des répétitions, en particulier pour l'un d'eux qui aura lieu au Champs de Mars pour Johnny Hallyday. Professionnellement la fin de 1999 a été exténuante, une course contre la montre pour désamorcer le "bug de l'an 2000" qui aurait bien eu lieu si plein de gens tels que mes collègues et moi n'avions pas passé en revue toutes sortes de vieux programmes dans tous les coins de tous les systèmes d'exploitation et aussi modifié toutes les bases de données dans lesquelles une valeurs d'année égale à 1999 servait de test pour déceler un enregistrement en erreur, voire était inscrite en dur pour certains calculs de durées. En mai je participe à un voyage glorieux de mon club de dégustateurs de whiskies. C'est seulement alors que je refais surface de l'épuisement. 
Du coup que ce petit poème soit passé à la trappe, écrit à un moment de ce séjour, dans un petit élan, ne m'étonne guère. La fatigue n'est pas l'alliée de la mémoire. Que j'aie oublié sa publication alors que j'avais dû en être fière sur le moment me surprend davantage.

Si on m'avait posé hier ou ce matin même la question : As-tu déjà publié de la poésie ?, j'aurais répondu en toute sincérité que non.  

Alors je comprends soudain comment peut fonctionner le déni que pratiquent si bien certains. Jusqu'à présent j'avais tendance, fors faits et gestes commis sous l'emprise de la boisson ou tout autre drogue ou personnes sujettes à des troubles psychiques, à croire qu'ils faisaient volontairement preuve de mauvaise foi. On fait ou dit un sale truc, on prétend comme un enfant, Non c'est pas moi.

En fait ils sont peut-être pour certains d'entre-eux parfaitement sincères ... et amnésiques de ce fait-là.

Si j'ai oublié mon petit poème et son impression alors que c'était quelque chose de joyeux que je n'avais aucune raison de souhaiter "perdre", il doit être d'autant plus facile et fréquent d'effacer de sa mémoire des éléments dont on pourrait avoir honte, que l'on souhaiterait oublier avoir dits ou faits.

Me voilà ce soir en train de repenser certains épisodes douloureux de ma vie, dont d'aucuns où celui qui me soutenait si fermement n'avoir pas dit ce qu'il m'avait confié que si je n'en avais pas eu de traces écrites je me serais crue devenir folle et laissée persuader d'avoir rêvé, à l'aune de cette nouvelle hypothèse : on peut parfois gommer entièrement quelque chose de sa mémoire, sans le vouloir, sans souhaiter tricher.

Je me demande ainsi ce qui est le plus triste : l'absence de fiabilité et d'exhaustivité de nos souvenirs ou d'avoir si longtemps cru à une cruauté volontaire de la part de personnes que j'avais tant aimées.

Contente, cela dit, d'avoir (re)découvert que j'avais un temps gambadé côté poésie. Contente de constater que ma mère l'avait pieusement gardé. 

 

PS : Rien à voir, mais lors de notre entraînement de course à pied en forêt nous avons croisé une meute de propriétaires de gros chiens nombreux (traîneaux, combats, bergers allemands ...), qui marchaient de conserve avec leurs animaux, beaucoup d'entre eux non attachés. Nous n'avons eu aucun problème nous abstenant simplement de courir le temps qu'ils soient passés, mais c'était très impressionnant. Un ou deux des chiens malgré leurs dehors féroces se sont même montrés affectueux et leurs maîtres nous ont presque tous salués comme il est d'usage en forêt, certains rattachant spontanément leur compagnon le temps de s'avancer. Mais qu'était donc cette brigade, comme des chasseurs sans fusils, qui cheminaient à trente ou vingt ? 


The not-so-secret Diary of Gilda, aged 13 5/12

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Quand j'avais lu Sue Townsend lors de la publication du tout premier Adrian Mole, j'avais adoré.

Apprécié sa façon d'écrire le faux journal d'un gamin de 13 ans 3/4

Voilà qu'à l'occasion de ce gros chantier de vider la maison où ma sœur et moi avons grandi et où vécurent pendant près de cinquante ans mes parents (du moins ma mère, mon père un peu moins, mort avant), je me replonge dans mes propres pages de carnet de bord de cet âge-là. À la différence qu'il écrivait pour s'épancher alors que je cherchais à noter des faits et considérais comme une faiblesse (et un danger en cas d'indiscrétion) d'exprimer des sentiments, à part pour le foot, bon sang comme ça ressemble et comme elle avait vraiment très bien su recréer le niveau de réflexion, d'écriture et de penser de quelqu'un de cet âge-là dans ces années-là.

En m'y replongeant, j'ai découvert au passage que mon diario 1976/1977 comportait une erreur d'impression (une page mars au milieu des février) qui m'était passée inaperçue. Amusant d'en prendre conscience quarante ans après. 

Je crois que je vais entamer la publication de quelques extraits. Orthographe et couleur du graphisme d'époque.

*                *                *

mercoledi 23 febbraio

 

Je fis du piano puis allai avec Maman, Élise, Tante et Tonton faire des courses. Je revîns avec deux paquets d'images de foot. (dont Janvion) et échangeai avec Jean-Mi et Philippe avant de jouer avec eux. Après manger je ressortis et jouais au ballon avec Jean-Mi mais il s'ennuyait et décidait de rentrer pendant que je restais avec Élise. Ensuite nous (la famille) partîmes en forêt, croisant Jean-Mi qui partait à la zone. Là-haut, je m'embêtais à se renvoyer la balle sur un terrain en pente. Enfin nous partîmes mais je ne trouvais pas mon copain. Après un copieux goûter je ressortis et retrouvais les autres. Nous jouâmes à la "balle aux prisonniers" et au circuit sur la place avant d'aller manger. À 20h30 il n'y eut pas de match à la TV : grève.

écrit le 23/02/77

 

notes de l'auteur devenue quinquagénaire : 

Les paquets d'images de foot ce sont les sachets d'images pour les albums Panini. J'en ai un (ou deux) de complets pour ces années là. 
La zone c'est pour "la zone verte" là où nous avions dans le lotissement pavillonnaire notre terrain de foot.
Il s'agissait visiblement d'une période de congés scolaires et nous avions la visite de mon oncle Étienne et de ma Tante Geneviève.
Jouer au circuit : sur du sable ou de la terre pas trop dure nous formions un circuit. Nous avions des billes et des petites voitures pour marquer les positions. Nous visions avec les billes et posions les voitures là où les billes s'étaient arrêtées. Ma spécialité était de bâtir sur les circuits les ponts.

J'adore la phrase de conclusion. OK c'est de l'humour de niveau 13 ans, mais c'est de l'humour et j'en souris à présent.

Sinon comme je disposais d'(au moins) un stylo quatre couleurs dont le noir et le bleu s'épuisait alors que les autres couleurs non, j'avais décidé cette année-là d'écrire en vert les pages dont l'impression était verte et en rouge celles qui étaient imprimées en rouge. En ce temps là, dans mon milieu social on gâchait pas (et donc ne voir dans ce choix aucune considération artistique)  


Trois mystères dont un (vraiment) mystérieux


    En vidant, rangeant, triant, les objets personnels qui dans la maison où vécurent mes parents restaient nous concernant, nous sommes tombées sur trois micro-mystères.

  • Une "boîte" de feutres sans marque des années 80 encore en pleine forme d'état de marche 

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  • Ma calculette du temps des premières un peu perfectionnées, dont je m'étais finalement peu servie car à mesure que j'avançais dans mes études les autorisations s'agrandissaient. Le droit à la calculatrice aux examens, était passé de la simple, à la pourvue de fonctions mathématiques assez complexes, jusqu'à sa cousine programmable. 
    J'avais donc passé la mienne à ma sœur au moment où la programmation entrait en jeu. Elle l'avait utilisée jusqu'à son bac, une bonne calculatrice Casio FX180. Le bachot c'était en 1987. Et voilà qu'en poussant machinalement sur le bouton de mise sous tension ma sœur constate que l'outil fonctionne.  P7142085
    Trente ans après, la pile même pas HS (ce qui est stupéfiant).  
    Il fut un temps où l'obsolescence programmée n'avait décidément pas encore été inventée.

 

  • - Dix-huit diapos du Mexique. Des paysages, une vue urbaine avec mention du PRI, aucun doute (sauf pour une qui fait davantage Cordillère des Andes), c'est bien du Mexique qu'il s'agit. 
    Elles se trouvaient dans le bureau (meuble) de ma sœur, laquelle n'y a jamais mis les pieds ni personne de ses proches connaissances. 
    Nos parents, jamais n'ont voyagé si loin. Ni non plus moi. Aucune des vues ne permet de voir quelqu'un de notre connaissance. 
    Ce sont de bonnes photos (mes reproductions ici en sont mauvaises), quelqu'un qui avait la technique et un plutôt bon regard. Certaines sont des kodachrome, et leurs couleurs sont resplendissantes. Quelques unes portent une inscription "SEP 81"  d'autres "OCT 83" d'autres rien. Il y a une vue aérienne, or aucun d'entre nous à ces dates n'avait encore pris l'avion. Pas d'inscription sur la boîte qui est de plastique jaune d'or (celui des dias Kodak).
  • Bref, nous n'avons aucune idée d'où elles sortent, de pourquoi elles sont là, de qui aurait pu les confier à ma mère ou ma sœur ou mon père (auquel cas : pourquoi se seraient-elles retrouvées parmi les affaires personnelles de ma sœur ?) ni pourquoi.
    Elles pourraient être à l'un de mes cousins, alors fameux voyageurs. Mais pourquoi ont-elles atterri là ? 
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Nous voilà donc avec un fameux "Mystère des photos du Mexique" pour lequel le secours du Club des Cinq, du Clan des Sept, de Mick Chat-Tigre ou de Sherlock Holmes seraient le bienvenu.

Dernier jour [de travail] là haut

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J'ai réglé mes dettes sous un ciel flamand, j'avais un peu trop craqué sur les derniers livres - comme si je n'allais pas précisément continuer à travailler en librairie, un peu étrange comme comportement - ; reçu mon dernier salaire pour cet emploi-là, qui m'aurait fait tant de bien si la maladie puis le décès de ma mère n'étaient venus nous faire à nouveau sombrer dans les peines et les difficultés. Il m'aura au moins permis de traverser ces épreuves, qui ne sont pas tout à fait finies, restent leur part matérielle, le moins mal possible et de bénéficier d'une proximité géographique troublante : tout se sera passé comme si j'étais retourné dans le Val d'Oise le temps de pouvoir plus facilement aider. Une fois ceci achevé, la vie m'entraîne ailleurs. 

Il y a une cohérence à tenter mon premier triathlon à proximité. Mais celle-ci comporte une part de "volontaire" de "fait exprès". 

Je suis un peu triste de quitter L. et sa petite famille. J'espère que nous trouverons le temps de nous revoir. 

Un peu bizarrement mon dernier moment de librairie sera un fou-rire mal contenu (j'ai dû filer aux toilettes avant qu'il n'explose) devant un homme qui n'est pas quelqu'un que l'on connait, n'achète pas de livres (il n'est donc pas même un client) et qui s'était lancé à nous narrer par le menu son manuscrit, lequel n'était pas sans me rappeler The Walking Deads raconté par un récent et sympathique stagiaire que les péripéties passionnait. Mais il avait 15 ans et le monsieur 60. Et qui bien sûr mettait au premier plan des femmes avec leurs névroses - ah les névroses féminines vues par les hommes, ce méta-poème infini -. Ma remplaçante m'a trouvée bien cruelle envers lui, et c'est là que l'on voit que l'expérience joue.
Restera un regret de n'avoir pas terminé sur du conseil, du bon, du vrai.

Ensuite j'étais en vacances pour une soirée jusqu'au lendemain 10h. Les hasards du calendrier, comme disent les commentateurs, faisaient que j'allais les passer au théâtre. Un voyage comme un autre.

 


Test d'étanchéité

 

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Pour mon avant dernier jour là haut sur la colline, le ciel nous a fait le coup de la grosse grosse drache qui se prépare pour mieux se libérer pile à l'heure de la sortie et n'en faire surtout pas le meilleur moment de la journée-é-euh .

J'avoue, elle a bien fait le métier, ne nous a pas ratées,  20170518_191958

. Comme je ne suis pas née de la dernière pluie, j'avais prévu mon coup, non mais.

Seulement ce fut si fort et si durable, que les équipements furent soumis à rude épreuve.

Un test d'étanchéité de toute efficacité.

Afin de m'en servir pour de prochaines intempéries : 

  • le blouson-veste noir imperméable l'est en pour de vrai, avec une faiblesse toute parisienne aux jointures des épaules.

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  • le sac à dos vélo compatible est assez remarquablement costaud. Il ne fut que vaguement humide sur le haut vers la fin (dernier tronçon Porte de Clichy - maison)

20170518_201237- les anciennes chaussures amphibies, le sont davantage et donc (nettement) moins

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  • la capuche de mon blouson belge (bon sang, quand retournerais-je acheter quelques habits chez le boutiquier hypermnésique ?) était trempée intérieur compris mais dessous mes cheveux étaient restés secs.
  • Ma montre de sport que j'avais oubliée de retirer après l'entraînement de natation, est étanche et l'a encore prouvé 

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Bientôt je n'aurais plus à me préoccuper de la météo que pour le sport et de très courts trajets métro - lieu de destination. Peut-être est-ce cela qui me fera le plus drôle, même si je peux me faire confiance pour me faire drincher lors de parcours que je ferai à vélo.

Je n'ai pu m'empêcher de me souvenir de ce jour de juillet 2012 où j'allais chercher des livres à convoyer et où il pleuvait autant et où par égard pour mon degré de trempage, le chauffage avait été allumé (oui, en juillet).

Curieusement, le fait d'être rentrée douchée, m'a comme dispensée du travail (administratif et ménager) d'en ce moment du soir. Je ne sais pas expliquer pourquoi, un bizarre sentiment du devoir accompli, un comme évident "Ça suffit pour aujourd'hui". 

Alors, au lit !


Oiseaux volants sur lac gelé

Laissés en jachère depuis novembre et la maladie de ma mère, mes appareils électroniques, photos, ordi, téléfonino ont tous leur mémoire saturée.

Au normal de la vie je prends soin d'eux chaque jour, comme un pêcheur relève ses filets, notes glanées, films, sons, vidéos, je trie, sauvegarde, jette aussi, chaque soir avant de m'en aller coucher. Mais la vie quotidienne a été bouleversée, surchargée, submergées, je n'en ai pas même fini avec les démarches consécutives au cambriolage et au décès, et les outils crient leur saturation.

Alors je prends le temps de tenter de rattraper une partie du retard, ne serait-ce que pour pouvoir continuer.

C'est ainsi que je retrouve cette video d'il y a environ deux mois : le lac d'Enghien gelé. Venue par le bus 138 je traverse Enghien les Bains pour me rendre près de la gare ferroviaire, à l'arrêt du 15 qui me conduira à mon lieu de travail en haut de la colline. Le lac est glacé, les oiseaux s'y posent. C'est d'une beauté qui me donne envie de ne pas me cantonner aux images arrêtées.   

Il fait bizarre de se dire qu'à l'heure où je les filmais ma mère encore vivait, pouvait communiquer. Et que nous ignorions combien de temps (semaines, mois ou année(s)) la mort prendrait pour achever l'approche irrémédiable qu'elle avait entamée.

C'est toutefois moins étrange que lorsque l'on retrouve des images saisies peu de temps avant une rupture subie, un accident fatal, un fait de guerre ou une catastrophe naturelle et qu'on se revoie, sujet ou opératrice, dans la totale inconscience de ce qui va nous advenir et modifier plus ou moins définitivement le cours de notre vie.

Consciente de la plus ou moins grande imminence d'une issue fatale, concernant quelqu'un dont j'étais proche de par la naissance au moins, j'étais fort triste au moment où j'ai filmé. Pour autant les oiseaux, le lac lui-même en sa configuration hivernale sont beaux. 

Je crois en de possibles rémissions par la beauté du monde, tant qu'elle existe encore.