Les artisans de demain

Je crois que j'ai déjà relayé certaines de leurs videos : ces voyageurs, qui ne sont pas les artisans, les artisans de demain ce sont les personnes qu'ils rencontrent et qui donnent de l'espoir pour un monde survivant, sont depuis plusieurs mois mon bonheur et mon petit courage du dimanche.

Ils sont partis d'Afrique du Sud, semblent jober quand nécessaire, et ne consommer que ce qu'il faut. Leur carnet de voyage video est clairement centré sur les autres, s'ils se mettent en scène c'est pour mieux témoigner d'un état du monde souvent surprenant. Mais je ne suis pas surprise qu'il le soit.
Ils font part de leurs erreurs aussi, ne prétendent pas tout savoir, s'efforcent de ne pas jouer aux touristes et d'ailleurs leur véhicule est une bagnole pratique aménagée plutôt qu'un camping car. Grâce à eux j'apprends plein de trucs, j'ai l'impression de rencontrer une foule de gens bien, ils m'apporte et sans doute à tou·te·s leurs autres "followers" des connaissances et de l'espoir.

Au fil des semaines, je pense à eux deux comme si nous nous connaissions vraiment - il faut dire que j'ai aussi eu dans ma vie des ami·e·s qui voyageaient, ce qui fait que j'ai l'habitude de "suivre" -. J'aime beaucoup leur discrétion et leur tact, ce que je crois deviner (d'après les expériences d'autres personnes que je connais) dans ce qu'ils préfèrent taire : elle et lui sont là pour attraper des moments de partages surtout, et de la beauté.

Ce dimanche, il s'agissait de ski dans une station au Pakistan. Les bouilles réjouies des gamines et gamins qu'ils croisent en bas de la piste valent tout l'or du monde ; la jeune patineuse artistique prometteuse.
La guerre, le pire, ne sont pas toujours obligés de l'emporter.

Merci à ces voyageurs du partage. Gratitude. Respect.

PS : Sans compter que la qualité des vidéos est impressionnante. Le travail que ça représente, en plus de toute l'intendance à assurer pour voyager m'impressionne.


Un trajet dans Paris (par temps de grève des transports)

 

    Dans mon emploi actuel et comme souvent en librairie, les lundi sont mes dimanche, le samedi étant travaillé. Seulement comme il s'agit d'un lundi, inévitablement on en profite pour faire différentes choses nécessaires.

Je devais donc me rendre de Clichy vers Denfert. En milieu de matinée.

Quelque chose (des infos vaguement captées via le radio-réveil ? une réflexion du fiston qui consultait l'appli SNCF ? le fait que la CFDT comme prévu ait fait semblant de croire qu'elle avait remporté un point important avec l'abandon du concept d'"âge pivot" alors qu'il n'y a eu qu'un twiste de vocabulaire assorti d'un "provisoirement" ?) m'avait fait croire que la grève du moins dans les transports, s'était adoucie et qu'en prenant un peu de temps, ça pouvait passer. 

Il y avait aussi que je tenais à terminer une lecture en vue de l'émission "Côté papier" de ce mercredi. 

Et que mon parcours comportait un morceau de ligne 14 dont l'absence de conducteurs ne fait pas grève.

Au bout du compte : 

 

  • Je suis parvenue sans encombre par le train de Clichy Levallois à Satin Lazare. Il y en avait certes moins, l'attente était de 10 à 15 minutes, mais rien d'insurmontable lorsqu'on a prévu de partir un peu plus tôt parce qu'on se doute qu'on mettra un peu plus longtemps. Du monde, mais pas d'entassement insupportable. J'ai pu ouvrir mon livre.
  • La ligne 14 fonctionnait parfaitement mais surprise (et c'est là que j'ai su que j'arriverai en retard), son accès principal, via la bulle sur le parvis de la gare était fermé. Des personnes avaient été dûment dépêchées sur les lieux, un peu comme les gardiens de portes (1) de la ligne 13 pour indiquer de passer ailleurs. J'ai donc fait une belle boucle en entrant par l'accès vers la rue du Havre, puis en empruntant les souterrains presque déserts (c'était l'heure de fermeture des lignes qui avaient été ouvertes pour faire face aux heures de pointes). Une fois dans la rame c'était tranquille comme aux débuts de la ligne 14 quand peu de gens encore l'empruntaient.
  • À Châtelet, changement étrange : si peu de monde dans un lieu ordinairement si fréquenté. On avait un peu l'impression d'être les survivants d'une grave épidémie. La surprise pour moi qui n'avais pas fréquenté les transports dans Paris depuis un mois et demi fut les couloirs de canalisations des flux de passagers qui avaient été créés. Au moment où je suis passée ils étaient un peu superflus. Ils laissaient cependant imaginer l'enfer possible d'autres heures plus chargées.
  • Lignes de métro qui se fermaient. En revanche, les RER B existaient. Pas tous. Un monde fou sur le quai. J'ai eu la chance que l'un passe rapidement, malgré son retard pour cause de "malaises voyageurs" annoncé. J'ai aussi le savoir faire pour pouvoir entrer dans un wagon bondé sans écraser personne davantage qu'il ne l'est déjà, vingt ans de ligne 13 à ces pires années, ça laisse des compétences.
  • À Denfert une sortie lente, ça bouchonnait de piétons qui sortaient. J'ai mis trois à quatre minutes de plus qu'à l'ordinaire pour simplement sortir de la gare. 

Bilan du trajet aller : 15 minutes de retard sur l'heure prévue d'arrivée. 1h20 à 1h25 de trajet au lieu des 1h05 à 1h10 que j'aurais pu mettre avec les mêmes lignes un jour normal sans incidents techniques. 

 

Pour le retour j'ai commencé en mode marche à pied, après avoir brièvement caressé l'espoir de rentrer à vélib mais constaté que ceux que je voyais ici ou là étaient disponibles seulement de par leur mauvais état. J'avais par ailleurs besoin de réfléchir à quelques possibilités de mon avenir de non-retraitée et pour la réflexion rien ne vaut la marche à pied. Je supputais qu'à Montparnasse je trouverais des possibilités pour remonter vers le nord de Paris.

  • La ligne 13 comme bien d'autres était fermée, accès clos par de la rubalise. Il en était de même pour tous les accès à l'intérieur de Montparnasse, et pour toutes les lignes. 
  • Des bus passaient, j'en avais vu au départ de Satin Lazare plus tôt le matin, et depuis que je marchais à partir de Denfert. Leur inconvénient était d'être bondés. J'ai donc cherché une ligne qui partait de Montparnasse afin d'être assurée de pouvoir monter. Facile, la 28, avec un bus sur le point de partir. C'était du trajet debout mais supportablement tassés. Pas la peine d'espérer lire. À hauteur de Champs Élysées et comme j'étais allée tout au fond puisque je comptais descendre au terminus, j'ai pu avoir une place assise. Trajet lent mais qui m'aura permis de rallier la gare sans (trop de) fatigue (2).
  • Les trains SNCF n'avaient pas leur fréquence habituelle mais ça ressemblait à un jour normal avec quelques tracas techniques comme c'est souvent le cas. Et puis j'ai pu m'asseoir et lire en attendant son démarrage, ça n'était pas pur temps perdu.
  • Pas de vélibs pour le petit trajet de la gare jusqu'à chez moi : ils semblaient pour ceux qui restaient, là encore dans un sale état.

Il devait être aux environs de 13h lorsque je suis rentrée chez moi. Contre probablement 12h20 ou 12h30 si ça n'avait pas été jour de grève.

J'écris ce billet non pour protester, car je suis des personnes qui ne voient que trop bien quel hold-up est en cours sur ce qui restait de solidarité intergénérationnelle nationale et qu'en l'occurrence même en l'état actuel des choses, j'ai un réel problème d'avenir professionnel et financier qui se pose : je suis à quatre ans de ce qui était l'âge de départ en retraite lorsque j'ai entamé ma vie professionnelle, seulement compte tenu de mes études et de deux périodes qui semblent n'avoir pas comptées (un congé maternité longue durée à l'époque couvert par la convention collective des banques, remise en cause peu après, et qui entre-temps est devenu considéré comme une période non-travaillée ; par ailleurs mes débuts en librairie à temps partiel si faiblement rémunérés que j'en ai des trimestres "blancs" (3)), il faudrait que je parvienne à travailler jusqu'à 65 ans pour prétendre à une retraite à taux plein, laquelle serait de toutes façons assez maigre même calculée sur les 25 meilleures années de mes revenus. Elle me permettrait simplement de continuer à vivre chez moi. Si j'évoque mon cas c'est que pas mal de femmes qui ont pris qui un congé parental qui un temps partiel pour s'occuper de leurs enfants petits se retrouvent sans doute dans le même cas. Et pas mal de libraires, heureux et heureuses de pratiquer un métier qui a du sens et qu'ils apprécient vont tôt ou tard avoir ce genre de soucis : une retraite sur à peine plus que le SMIC c'est à peine plus que que pouic. Bref, j'écris ce billet non pour protester mais pour simplement témoigner d'un jour J sur le terrain à ce moment donné d'une période troublée. Si faire grève avait un sens dans mon cas, si par exemple je travaillais encore pour une grande entreprise tout en étant en CDI, je ferais grève contre cette réforme des retraites (4).
Je l'écris comme souvent ici pour documenter la vie quotidienne à Paris et en Île de France au début du XXIème siècle comptage chrétien, les premières décennies des années 200 du calendrier républicain, vu d'une personne lambda qui tente de vivre sa petite vie et boucler ses fins de mois.

Je l'écris aussi par compassion pour les personnes qui ont des ennuis dans leurs boulots respectifs en arrivant en retard alors qu'elles n'y sont pour rien. Ou qui s'épuisent dans de trop longs trajets parce qu'elles habitent loin pour cause de loyers locaux astronomiques et que leurs vies vont bien tant que tout va bien mais qui sont à la merci des moindres complications. Beaucoup ne se rendent sans doute pas compte qu'elles pourraient s'en sortir en s'habituant au vélo. Que jusqu'à des trajets de 15 km sans difficulté technique particulière (la côte de Meudon par exemple, ou dans le Val d'Oise celles de Saint-Prix, ou la montée de Montmorency), c'est très faisable et qu'on en sort plus en forme, une fois habitués. Je n'ose pas trop insister car pour l'instant encore, compte tenu des infrastructures en progrès mais incomplètes, et de la violence de certains comportements motorisés, l'usage du vélo augmente pour le cycliste le danger du trajet. Quoi qu'il en soit, franciliennes et franciliens qui en bavez actuellement, tenez bon, c'est de votre futur ou de celui de vos enfants qu'il s'agit. 

 

 

(1) J'ignore le nom officiel de leur emploi. Aux heures d'affluence ils sont depuis quelques années à chaque porte palière à dire "Laissez descendre avant de monter" 

(2) J'avais quand même un trail d'entraînement de 17 km dans les gambettes. 

(3) Alors que mes bulletins de salaires mentionnaient des cotisations. Mais c'était sous un certain seuil donc ça comptait pour du beurre. Charmant.

(4) @monsieurkaplan a parfaitement écrit ce que moi aussi je constate et ressens. Au passage je découvre son blog qui s'annonce intéressant. 

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Vélotaf - Je ne suis pas la seule -

 

    Je comptais bien vélotafer pour ce nouveau boulot (1), seulement peut-être pas tous les jours, ne serait-ce que pour pouvoir lire ; ce que les transports en commun autorisent lorsqu'ils sont empruntés dans de bonnes conditions, mais pas le vélo, pas très bien.

Voilà qu'avec la grève générale et des transports en communs parisiens en particulier, j'ai parcouru chaque jour environ 25 km. En deux fois sur un parcours presque plat, c'est très faisable, dès lors que l'on n'a pas d'ennui de santé particulier. J'en suis donc à 350 km environ cumulés et ma foi, si l'absence de possibilité de pointes sérieuses de vitesse empêchent que ça vaille pour entraînement de triathlon, c'est beaucoup mieux que rien.

Grâce à cet effort quotidien, je me sens en meilleure forme pour assurer le boulot, c'est particulièrement flagrant sur les début de journées de travail : j'arrive bien réveillée, bien échauffée, prête à soulever ce qu'il faut de cartons.

Je pense que bien des personnes que les grèves ont contraintes au vélo, si elles n'ont pas trop subi de mésaventures liées aux comportements des automobilistes pressés (2) et de certains 2RM, vont constater une réelle amélioration de leur condition physique et donc de leur quotidien et vont rester adeptes de cette belle façon de circuler.

Un billet de blog de Tristan Nitot rassemble bien les enjeux, n'hésitez pas à aller y lire : 

Le possible succès du vélo

 

Il n'y manque que la mention des petits bonheurs : le co-vélotaf, qu'il m'est arrivé de pratiquer (par exemple Coucou Sacrip'Anne) et les rencontres et retrouvailles.

Ainsi ce matin en allant bosser, j'ai croisé une belle petite bande de camarades de mon club de triathlon lesquels venaient de s'entraîner en course à pied, et même si je n'ai pas pu m'arrêter car arriver en retard au bureau peut se négocier mais arriver en retard pour tenir boutique signifie laisser des clients mal servis, nos saluts joyeux ont ensoleillé ma journée.

Il m'ont donné l'impression que la vie était belle, classe et facile comme dans les méthodes de langues ou les comédie musicale.

 

(1) À la librairie Les Mots et Les Choses, donc

(2) Not all automobilistes, il y a vraiment globalement un progrès. Seulement il suffit d'un gougnafier pour se retrouver en danger. 


Comme une impressionnante cavalcade (version motorisée)

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Le carrefour était bloqué, personne, pas même des véhicules de police toutes sirènes hurlantes ne pouvait passer. Alors ceux qui les conduisaient ont profité que le trafic de tram était perturbé pour passer à fond la caisse par les voies dudit tram.

Ça faisait très "film". 

Je me demandais cependant quelle pouvait être l'urgence qui nécessitait tant de véhicules et une telle prise de risque. Problème sévère à Saint-Ouen ?

 


Notes sur #Vélotaf heureux


    Alors voilà pour deux semaines et demi (en gros) je partage mes trajets domicile - boulot entre RER C et partie à vélo. 
Ça n'est pas si distant : une dizaine de kilomètres à chaque trajet, vingt-cinq lorsque je parcours l'ensemble à vélo, un plaisir qui nécessite dans mon cas un peu de temps. 
Ça n'est pas si simple : au retour il fait nuit et l'on n'est pas dans le cas citadin d'un éclairage continu, même si la plupart des portions le sont. 
C'est à la fois dangereux et pas tant que cela : globalement les automobilistes sont extrêmement courtois et même les chauffeurs de cars ; plusieurs fois je leur ai fait perdre un instant, le temps que je comprenne que, mais oui, ils me laissaient passer alors qu'ils n'étaient pas obligés. Ce soir j'ai été assaillie par un doute : ces prévenances, entre autre lors du passage des redoutables chicanes "zones 30" seraient-elles dues à une erreur d'interprétation sur mon gilet jaune et un mouvement de solidarité comment dire, sur un malentendu ? 


Depuis onze ans que je pratique les trajets à vélo (merci Vélib qui m'y remit), je commence à avoir l'équipement idéal pour faire face à toutes les conditions climatiques. 20190110_212627

Déception légère : deux fois que je tente d'un côté puis de l'autre les anciens chemins de halage ou contre-halage car une partie en est belle et bien aménagée puis ensuite, ah ben non. Deux fois que je suis presque obligée de faire demi-tour à un point impassable. Cela dit, quel plaisir de tenter d'explorer. Dans ces moments-là, je redeviens l'adolescente qui faisait de grandes virées entre autres dans le Vexin avec les ami-e-s.

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J'aime la mission que j'effectue, son côté hors du temps, et que ça soit dans "ma" région de grandissement. Il n'empêche que je sors de mon lit le matin avec un appétit pour le trajet lui-même. Connaissez-vous un autre mode de déplacement - à part à pied pour de courtes distances - qui procure cette sensation ? 

Aucune fatigue des jambes. Ça passe crème comme dirait #LeFiston.

 

Le fait d'être à vélo donne l'impression aux autres qu'on est locaux, ça m'amuse beaucoup. Aux yeux des Japonais, je suis comme une descendante des voisins de Van Gogh. Ça me donne une idée d'écriture (les anecdotes de mes grands-parents, sur monsieur Vincent, alors que non, pure fiction).

Mercredi matin j'ai fait la course avec une drache qui s'annonçait et j'ai gagné. Seulement le début des gouttes alors que je parvenais à Auvers. L'enfant en moi jubilait. 

 

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Spéciale dédicace @Sacrip'Anne (en plus qu'en remerciement de la sienne), au Capitaine et ses pneus neige, à Bilook et quelques autres aussi. 


Vélotafer (des joies et des dangers)

 

    Curieux d'écrire ce billet alors qu'en ce moment je ne vélotafe pas : et pour cause, je n'ai plus de boulot. Et ces deux ou trois dernières semaines je fais moins de vélo que jamais : fini Mobike (1), pas encore repris les vélibs (2), différents vélos à tour de rôle en réparations, donc juste quelques balades du dimanche, quand l'un d'eux revient, avant de repartir pour des réglages plus fins. 

Je considère avec optimisme que cette situation ne saurait durer, et qu'au moins je vais (re)prendre des entraînements de triathlon avec mon vélo sérieux fait pour ça - mais pour l'instant il est chez Victor à se refaire une santé -. 

Alors j'ai décidé de me joindre à Sacrip'Anne pour écrire à mon tour sur mon expérience de cycliste citadine et si possible donner envie de rejoindre la belle galaxie de celles et ceux qui circulent à vélo sans faire de bruits de moteur ni polluer, tout en se faisant du bien à la santé. Et en transformant les trajets quotidiens en un moment intéressant plutôt que subi.

F1000006Pour moi reprendre le vélo quand ce fut possible, en 2007, grâce aux vélibs première version, fut assez naturel : toute mon enfance et mon adolescence s'était passée en circulant à vélo, c'était le moyen de locomotion quotidien et la voiture seulement quand ça pouvait (adulte disponible pour escorter, les jours de gros rhumes ou de féroces intempéries). Pour les entraînements de football alors que j'étais en 3ème et plus tard pour des cours de piano je parcourais 6 à 7 km puis autant au retour sans considérer que c'était un problème. Je craignais juste vaguement une éventuelle crevaison. En ces temps-là ça allait de soi.
Vers 16 ans et jusqu'au bac j'ai pratiqué le cyclotourisme avec bonheur dans le Vexin : mon amie Geneviève faisait partie d'un club et comme elle souhaitait progresser sans doute afin d'être à niveau avec les autres du groupe qui étaient adultes, elle fut heureuse de trouver en moi une sparring partner. Je crois que ses parents avaient mis comme condition pour qu'elle puisse sortir de ne pas le faire seule. À l'époque je les trouvais bien tracassés. Rétrospectivement, sachant que c'était 20 ans avant l'usage courant des téléphones portables et avant vu passer la déferlante #MeToo et découvert que le monde était beaucoup plus dangereux aux jeunes filles et femmes que je ne l'avais cru, je comprends que leur précaution était sage. 
Et de toutes façons j'en étais ravie : ç'avait été pour moi l'occasion de pratiquer une nouvelle activité sportive qui me plaisait. Je me rends compte que j'ai énormément appris et enrichis ma vie en pas mal d'occasion du simple fait d'être celle qui disait, Écoute, si ça t'arrange (ou si tu hésites, ou si tu ne veux pas y aller seule mais que tu en as envie), je viens avec toi. Et que bien souvent je m'y tenais quand la personne à l'origine de l'essai au bout d'un temps prenait un autre chemin. Donc nous faisions en roulant prudemment de belles virées de 60 à 80 km dans le Parc national du Vexin. 
À l'époque j'étais, quoique sportive, de santé fragile, j'en revenais lessivée. Mais si heureuse. Et fière d'avoir tenu.

Ensuite je suis partie vivre, étudier puis travailler à Paris et le vélo a vivoté dans le garage de la maison de mes parents. Je faisais de petits tours occasionnels.

C'est vingt ans plus tard que ma grande amie d'alors, parisienne depuis un paquet d'années et pionnière en plein d'usage, m'a redonné envie d'y revenir. Jusqu'à ce que je la vois, en un temps où Paris ne possédait pas ou peu de pistes cyclables, faire ses trajets à vélo, venir me chercher à l'"Usine" avec son biclou, je considérai Paris comme une ville réservée aux voitures. Qu'y circuler à vélo était trop dangereux. Et puis je n'en avais pas, mon vélo de longues courses, ses fins boyaux, et ses cale-pieds me semblait totalement inadapté au moindre essai "en ville" et je n'avais pas d'argent pour en acheter un autre.

Elle disait : Oui c'est dangereux mais il faut être très attentive et apprendre à s'imposer.
Et puis elle me disait ce qu'on dit toutes et tous à ceux qu'on aime et qu'on aimerait convaincre, si moi j'y arrive, tu peux y arriver. 

Puis elle a disparu (3).

Entre temps j'avais commencé à reprendre les rennes de mon existence et sortir de l'ornière d'une vie faite à 100 % de devoirs accomplis (pour l'employeur (à cause des fins de mois) pour la petite famille (l'époux, les enfants) pour la maison (parce que si on ne le fait pas personne d'autre ne le fera). À l'instar de bien des femmes j'ai vécu pendant des années en n'ayant que très peu de temps personnels, de détentes (autres que par épuisement) et de choix. Entre autre je me suis enfin accordée d'aller au festival de cinéma de La Rochelle. Et à l'intérieur même du festival, parce que je pouvais supposer que je n'aurais plus les moyens d'y aller, de filer une journée sur l'Île de Ré. On m'avait vanté les pistes cyclables. C'était une époque où je commençais avec la reprise de la natation à regagner un peu de condition physique, les locations n'étaient pas chères, je m'étais dit, Hop, vélo. Et j'avais fait une grande boucle et j'étais rentrée aux anges.

Dès lors la décision de circuler à vélo dans ma vie quotidienne dès que ça serait matériellement possible était prise.  

La vie n'étant pas un long fleuve tranquille, ni les finances familiales confortables, je ne suis parvenue à mettre ma décision en pratique qu'à partir de l'été 2007 et l'arrivée des vélibs. Non sans quelques difficultés, mais trop heureuse d'échapper à la Ligne 13, à l'époque pire bondée qu'aujourd'hui (anciens wagons), je me suis mise à vélotafer. J'avais 8 à 10 kilomètres à parcourir. À l'époque, les automobilistes n'étaient pas du tout habitués aux vélos dans Paris et c'était plus dangereux encore, ça parait difficile à croire tant on se fait traiter mal, mais c'était pire encore. Des progrès ont été accomplis pour les dépassements, on se fait un peu moins raboter les cuisses. Les pistes cyclables étaient moins nombreuses. C'était amusant de découvrir le relief de Paris, plus varié et vif qu'on ne le soupçonnait. Très vite j'avais pris l'habitude d'un itinéraire de retour plus long mais moins dangereux. 

Je crois que c'est un bon conseil à qui pratique le #vélotaf : quand on le peut privilégier à la rapidité d'un trajet et à la distance la plus courte, cet autre chemin plus sûr, mieux adapté. 

Gauchère, je me suis mise à élaborer de subtils brefs détours permettant d'éviter les Tourne à gauche si dangereux pour moi qui peine à tenir le guidon du bras droit pour indiquer avec le gauche que je m'apprête à tourner.

Ça fait donc désormais 11 ans que je circule le plus souvent dans Paris à bicyclette. 

J'ai failli deux fois avoir des accidents graves par des automobilistes à l'attitude imprévisible et dangereuse, connu mon lot de petites peurs (ah les portières) mais globalement pas tant plus de dangers que cela. Je respecte les feux rouges sauf les "faux feux" (ceux qui protègent un passage et non un carrefour et lorsqu'il n'y a aucun véhicule ni personne) et certains "tourne à droite", devenus autorisés entre temps. Autant que possible je porte un casque ou au moins un bonnet ou une casquette, des gants. Un gilet fluo est presque toujours dans mon sac pour quand la nuit est tombée.

En 2016/2017 j'ai travaillé en banlieue et comme entre temps j'avais restauré mon bon vélo des longues distances (4), je me suis fait grand grand plaisir à circuler avec lui en passant par de très beaux endroits.  Capture d’écran 2018-09-19 à 19.20.40

Désormais il faudrait que je n'ai plus de vélos ou plus la bonne santé pour cesser. 

Comme Sacrip'Anne le dit en fin de billet, circuler à vélo, je pense qu'on n'a que du bon à en retirer. Pour s'y mettre pas besoin d'une condition physique de sportives ou sportif, le tout est d'y aller progressivement (et bien sûr de n'avoir pas de problème qui empêche le vélo à la base). La forme s'améliorera d'elle même à l'usage. C'est d'ailleurs très amusant de constater qu'assez vite telle montée qui nous semblait un exploit pré-olympique et nous laissait tout essoufflé-e, devient un point du trajet que l'on franchit sans y penser.
Jusqu'à une douzaine de kilomètres, ça se fait très bien. Je pense que la distance peut faire hésiter à partir de 20. Parce qu'il convient d'intégrer le temps que l'on met et qui peut être alors supérieur à celui d'autres modes de transports.

Le froid n'est pas un problème, il suffit de bien s'équiper. La pluie peut rendre les chaussées glissantes, il convient de faire attention. Mais une petite pluie ou de la pluie sur le chemin du retour n'est généralement pas bien grave. L'usage du vélo nous permet d'apprendre que nous sommes bien plus résistant-e-s qu'on ne le croit. 



Le plus gros danger est d'y prendre tellement goût, qu'on finit comme ça : 

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(1) Arrivait le moment de mon réabonnement : désolée que je ne vais pas me réabonner à un service qui a décrété à un moment donné que la ville de mon domicile était hors-zone et qu'il m'en coûtera désormais 50 € si j'ai l'idée folle de rentrer avec un de leurs vélos jusqu'à chez moi. Je n'ai eu aucune compensation ni temporelle ni financière au fait qu'un moins et demi après que j'eusse pris mon abonnement à la fin de l'hiver, ma ville avait été déclarée interdite au dépôt de vélo, me privant de facto des 2/3 de son intérêt : ne me sont plus restés que des trajets intra-muros et la corvée de devoir laisser le vélo que j'utilisais à 800 m de chez moi au plus près. Et encore quand la géolocalisation via l'appli restait juste. 

(2) Tracas de renouvellement d'abonnement. J'étais prête à essayer au moment où des stations ont commencé à se repeupler mais voilà avec mon pass navigo ça a fonctionné deux fois et depuis quand je retente ma chance j'ai un symbole "cadenas". Il faut que je prenne le temps de les appeler. Le hic c'est qu'en général quand j'ai besoin d'un vélo je n'ai pas 30 minutes à perdre en "tapez 1 ... tapez dièse ... composer votre numéro ... veuillez patienter ... et qu'aussi j'ai cette crainte que le service de dépannage par téléphone soit aussi dysfonctionnel que l'ensemble de leurs prestations. 

(3) De mon existence, pas de l'univers. 

(4) Pour cause de triathlon mais c'est encore une autre histoire. Que le fait d'avoir repris depuis plusieurs années la circulation à vélo a clairement encouragée. 


Paris sans voiture, la petite illusion

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Ah que c'est beau Paris sans voitures !

 

Bon alors en vrai, non, cette photo je l'avais prise à Bruxelles le 17 septembre 2006, parce que pendant que les Français s'appliquent consciencieusement à continuer de polluer, nos voisins, eux ça fait plus de dix ans qu'ils ont des journées sans voitures et intégralement. 

C'était un de ces petits déplacements en TGV qu'on s'accordaient avec le fiston avant ses fatidiques douze ans : nous profitions d'un tarif merveilleusement réduit grâce à une carte annuelle pas trop coûteuse qui permettait de payer les trajets trois fois rien et pour l'enfant et pour un adulte qui l'accompagnait. Nous avions choisi le week-end en fonction je crois d'une compétition de pétanque du papa, c'était aussi une façon d'éviter un dimanche de pétanque-widow. Nous ignorions que nous allions débarquer lors d'un jour particulier. Nous étions arrivés tôt le matin dans une ville sous la brume et totalement silencieuse. Nous avions vite pigé, ça n'en demeurait pas moins magique. Des vélos partout. La brume en plus atténuait les sons. Je me souviens de toute cette journée comme d'un très beau rêve.

À Paris, onze ans plus tard, c'est peu dire qu'en vrai, ça n'a pas fonctionné tout à fait : 

 

PA012752[photo prise en bas des Champs Élysées ce dimanche 1er octobre à 11:28 ; et ça n'était pas un moment d'exception]

Nous nous étions dit, naïfs, Tiens si notre entraînement de vélo nous le faisions dans Paris intra-muros ? Puis, gourmands, tiens si l'on s'offrait la place de l'Étoile ?, Oh, et les Champs Élysées ?, Et la Concorde ? (1)  Et voilà qu'en fait nous avons tout juste croisé un peu moins de bagnoles - en plus que les un peu moins au lieu d'être respectueuses parce qu'elles étaient de trop, en profitaient d'autant plus pour foncer -, un peu plus de vélos (ça au moins c'était sympa, et puis comme ça on échangeait quelques mots, certains étaient exprès venus de grande banlieue, malgré le crachin qui ce dimanche persistait), même pas pu descendre les Champs Élysées qui à l'heure où nous voulions passer étaient interdits aux vélos même tenus à la main (2) et nous sommes faits renvoyer  PA012750

par les rues adjacentes. Les purs piétons quant à eux pouvaient passer mais au compte-goutte puisqu'à présent, ce que l'on peut comprendre au vu des événements des deux dernières années et qui semblent ne plus jamais devoir cesser (3).

Nous nous en sommes donc retournés après une petite boucle réduite à vitesse réduite aussi (puisqu'aussi gênés qu'un autre jour ou quasi) - au temps pour moi qui avais espéré passer saluer mes camarades qui effectuaient un dimanche d'ouverture à la librairie -

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un tantinet déçus, il faut bien l'avouer.

Comme l'écrivait un ami sur Twitter, ça n'était pas Paris sans voitures c'était Paris avec un petit peu moins de voitures. 

Sans arrêt dans notre circuit nous avons dû faire attention à la circulation comme un jour ordinaire. À aucun moment nous n'avons eu l'impression que la rue était rendue aux vélos et piétons. 

Il se trouve que je suis ressortie dans l'après-midi entre 14h et 16h30 et que la situation ne s'était guère améliorée (4). On aurait même dit que pas mal de gens, particulièrement des deux roues, qui avaient dans un premier temps fait l'effort, avaient fini par se dire, puisque c'est comme ça, moi aussi je prends mon véhicule. 

Au point que dans un reportage très pro-journée sans voitures, à plusieurs reprises (5), on voit les bagnoles dans l'arrière-plan pas si lointain. Ce qui n'est pas sans un léger effet comique puisque les personnes interrogées disent combien c'est formidable, Paris sans ces engins. 

Pendant ce temps ceux qui persistent à vouloir polluer (en oubliant qu'eux-mêmes vivent là et ont des poumons) hurlent leur colère sur les réseaux sociaux et insultent la maire de Paris, tout ça parce qu'on ose leur demander de faire preuve d'un peu d'intelligence et de civisme durant une journée.

Nous avons cependant fait une bonne petite balade que nous n'aurions pas tentée sans cette initiative, et dans une ville qui reste belle et qui malgré tout nous rend souvent heureux d'être là.

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Rien à voir directement, mais il est difficile d'écrire quelques mots sur ce dimanche 1er octobre 2017, sans évoquer les nouvelles qui nous arrivaient de Catalogne par les réseaux surtout et un peu les infos au sujet du référendum sur l'indépendance que le pouvoir central de l'Espagne a déclaré illégal. Je n'ai pas d'opinion tranchée au sujet de l'indépendance de la Catalogne, je suis consciente de la complexité des enjeux et toujours un peu méfiante du combo (régionalismes, replis sur soi, glorification des traditions (lesquelles sont presque toujours ennemies du respect de la liberté des femmes)), méfiante également du côté oppressif des pouvoirs centraux. Il n'empêche que voir des gens pacifiques et non armés se faire tabasser par des forces dites de l'ordre qui s'efforcent de les empêcher d'aller voter est particulièrement révoltant et terrifiant. Je partage à tous points de vue Capture d’écran 2017-10-01 à 23.31.22

ce touite d'Attac France d'où l'image est tirée 

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Enfin, impossible de clore ce billet sans évoquer la mémoire de Philippe Rahmy, dont l'annonce du décès survient via Le Temps, alors que m'apprêtais à éteindre l'ordi. Nous espérions l'inviter à la librairie, j'en avais parlé il y a dix jours avec l'un des ses éditeurs qui m'avait précisé qu'il faudrait que ça soit avant le 15 décembre ou après le 15 avril en raison de la résidence d'écriture prévue. Quelle tristesse.

Un bel article à son sujet dans La Tribune de Genève  

Son site, Rahmyfiction 

 Paris sans voitures paraît soudain d'une futilité méprisable. Mais sans doute que laisser le billet c'est aussi montrer à quel point l'annonce d'une mort peut être brutale, survenir alors que l'on relisait, un décès être inattendu et la peine éprouvée forte y compris pour quelqu'un qu'on avait tout au plus une et une seule fois croisé (mais son travail est inoubliable).

 

(1) Tous lieux de Paris où il n'est pas des plus agréables d'être un cycliste lors d'une quelconque journée

(2) Plus tard, j'ai appris qu'il s'était agi d'un défilé l'Oréal dans le cadre de la Fashion Week. Privatisation de l'espace public une fois de plus et de plus en plus. 

(3) Dans l'après-midi même à la gare Saint-Charles de Marseille un de ces pseudo-terroristes surtout bien cinglé tuera au couteau deux femmes qui avaient le malheur de passer par là. Désormais n'importe qui fait n'importe quoi en se croyant investi d'une mission divine de combat.

(4) Il était annoncé que la journée sans voitures c'était de 11h à 18h. J'en étais venu à me dire que puisque nous avions circulé au début de cette plage horaire, peut-être avions-nous essuyé les plâtres, le temps que les voitures soient vraiment mises à l'arrêt ou sorties.
(5) À 0'53" puis vers la fin

 


Les trains voisins

 

 

Parfois deux trains s'accompagnent sur une brève distance. C'est une proximité soudaine et inaccessible avec ceux d'en face. Métaphore de nos relations humaines. On peut être si proches, se voir si bien, et puis les voies divergent et l'on n'y peut rien. Au point parfois d'ignorer ce que l'autre devient. [J'ai profité de l'occasion pour filmer ce confort que je trouve formidable des trains Bombardier pendant qu'ils sont neufs ; ça change vraiment la perception du trajet, on économise 20 % de fatigue et l'intimité relative des dossiers hauts permet même si le train n'est pas bondé, de pouvoir étudier, lire, travailler]

Le quatre-quatre

 

    Tout s'était passé à ce point comme dans un rêve, ou mieux ou pire, c'était comme de rejoindre un rêve que j'avais déjà fait, que lorsque la personne qui me recevait a proposé malgré son emploi du temps chargé de me raccompagner en voiture à la gare "pratique" (1) et que sur le parking là où l'on se dirigeait, j'ai vu un massif quatre-quatre, ça m'a presque soulagée : s'il y avait un bémol, une ombre de truc décevant, c'est qu'on était bel et bien en vrai.

Et puis elle est allée un peu plus loin en fait, vers un monospace familial d'un bleu métallique à me donner des nostalgies, sans doute le véhicule que j'aurais choisi si j'avais eu trois enfants et non deux, l'usage quotidien d'une voiture, et aussi les moyens [financiers].

Intérieurement, j'ai souri.

[Cette journée fut un rêve jusqu'au bout, y compris de voir que l'homme de la maison s'était à se point intéressé à mon expédition soudaine (j'avais à peine pris le temps de le prévenir par texto que je filais), qu'il avait regardé sur google street view - et cru à un autre nom car google street view date de 2011 dans le quartier -, mais ça m'a fait chaud au cœur que ça lui plaise ainsi]

 

(1) Il y a aussi une gare proche mais avec en journée un temps d'attente potentiel long.


Splendide photo ratée


    Avec les appareils modernes il devient de plus en plus difficile de rater techniquement une photo (1). Du coup je serai presque fière d'un ratage si parfait.

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(1) La rater de cadrage ou parce que quelqu'un déboule dans le champ et masque le sujet etc. reste toujours possible. Mais les flous de mise au point, les sur ou sous-expositions se font rares.

PS : La bonne photo est

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