Les tenues

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Je n'achète pratiquement plus de vêtements fors quelques occasions qui nécessitent une tenue particulière, par exemple pour assister à un mariage, ou il y a trois ans pour me vêtir en vue d'un entretien d'embauche. En fait j'utilise ce que j'ai, et pour le reste je me débrouille en mode Fortunes de rues - lorsque je travaillais dans le XVIème arrondissement, j'ai refait la garde robe de toute la famille, l'air de rien.

À présent que l'inscription dans un club de triathlon me conduit à acheter d'un seul coup un complet équipement, aux couleurs de celui-ci, je suis donc toute surprise de cette profusion vestimentaire, d'une séance d'essayage durant laquelle je n'ai pas à arbitrer par manque de budget, mais qui sert simplement à déterminer la meilleure taille car les différentes pièces à acquérir sont déjà déterminées.

Du coup et pour la première fois de ma vie j'ai pu entrevoir l'ombre du début du frémissement de compréhension de ce qui poussait tant de personnes à aller parfois "faire du shopping", car c'est effectivement vaguement agréable que de sélectionner ce qu'on sera amené-e-s à porter, du moins lorsque le budget y est. Et où personne ne viendra vous faire le moindre reproche puisque c'est obligatoire.

Depuis mon enfance et les sessions achats de chaussures en Italie (plus belles, moins chères), j'avais oublié qu'effectivement, acheter peut comporter une part de plaisir, de festivité.

À part ça enfiler la tenue du club ça donner un préambule de trac. Serais-je [un jour] à la hauteur ?

 

[photos : contrairement aux apparences ce ne sont pas les couleurs du club (et j'ignore s'il y a coïncidence ou concertation)]


Mes amis sont au taquet (enfin aujourd'hui surtout un !)

 

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Il se trouve que pour l'assemblée du club de triathlon une photo de nous format paysage nous a été demandée, je crois afin que nous puissions nous présenter, nous les nouveaux. J'ai pris conscience ce matin qu'il fallait l'envoyer dans la journée et que si je disposais effectivement de quelques portraits mais au format paysage, uniquement des photos de groupe, dont certaines que j'adore. 

Il y a aussi qu'en 2015 j'ai pris d'un seul coup un méchant vieillissement - je me souviens de Carleen Binet évoquant la façon dont les événements de nos vies pouvaient marquer nos visages, j'avais pensé alors que c'était un peu surfait, même si ce qu'elle nous avait dit semblait prophétique, force m'est de constater qu'elle avait raison -. Les photos où je figure datant d'avant ne représentent plus franchement (franchement plus) la même personne.  

En fait un touite où je signalais ma quête a croisé un message avec un lien vers un site (privé) qui m'a fait chaud au cœur mais sur le moment même je ne disposais que de mon téléphone, j'avais donc seulement vu l'objet du mail dont j'ai cru qu'il annonçait une fête prochaine et c'est seulement après que j'ai vu qu'il contenait ce qu'il me fallait. 

Non seulement j'ai des amis (excellents) photographes mais deux ou trois (1) d'entre eux pratiquent une forme chaleureuse de télépathie. 

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crédit photos : Franck Paul pour le beau portrait en noir et blanc, Matoo (ou un ami ?) pour la rigolade sur un banc, Douja pour celle prise en octobre 2012 à Livre Sterling. 

(1) Au gré d'un mail qui annonçait un travail magnifique, j'ai aussi reçu une image mais elle était format portrait 
Gilda ecoute Thierry

merci à Anne Savelli


Searching back for Sugar Man


    C'est notre petite radio locale qui en diffusant régulièrement de ses morceaux m'a permis de sortir (non sans peines les premières fois) de l'incapacité de réécouter Sixto Rodriguez. Le film de Malik Bendjelloul avait été mon carburant de la fin 2012, début 2013, je l'avais vu trois fois, ça me criait, Tout n'est pas perdu. a match is never lost, et nous l'avions partagé, sans doute notre dernier bonheur commun - même si tu faisais la fine bouche en mode, Allez, il n'était pas si oublié que ça -. Nous avions même envisagé d'aller à l'un de ses concerts ensemble, j'y suis quasiment allée avec mon meilleur ami (en fait nous fûmes 2 x 2, nous échangeant nos impressions en cours par textos). Mais voilà, c'est peu dire que ces concerts au Zénith furent catastrophiques, à hésiter sur ce qui est le plus décent vis-à-vis de l'artiste, partir afin de n'être pas spectateurs du naufrage ou rester en se bouchant les oreilles (1). Je me souviens d'avoir même demandé conseil à mon ami Gilles, Au secours, c'est quoi le moins pire ? Erika, qui la première m'avait dit Vas-y (au sujet du film) en prenant soin de ne rien spoïler, et lui furent des spectateurs de La Cigale, apparemment moins manqué.

Quelques jours plus tard, rupture subie, alors même que je préparais un travail de modératrice pour toi. Rupture sans signes avant-coureurs, si ce n'était un aller-retour à Paris quelques temps plus tôt, trop boulot boulot (soi-disant) pour qu'on se voie et cet étrange week-end en Baie de Somme sans proposer que l'on s'y retrouve et surtout : toi qui ne voyageais pas. Tu m'avais écrit qu'il s'agissait d'un repérage pour un roman, ce qui était étrange, tu ne m'en avais rien dit avant alors que j'étais souvent l'élément stimulant et l'avais clairement été des trois précédents.
Ce genre de choses ne prennent hélas sens qu'après coup. Sur le moment, tout juste l'esquisse d'une alarme, de celle dont parlait si bien Jaddo dans celui-ci de ses billets, et comme tu avais été beaucoup souffrant, m'être dit que c'était signe que tu allais mieux et que peut-être tu souhaitais me faire une surprise en guise de remerciement d'avoir été là en soutien tout le temps. Au fond, je n'avais pas tout à fait tort, la surprise y fut. 

Dès lors le naufrage de Sixto se trouva lié au mien, nous était commun un facteur d'âge, voilà, c'était beau ce nouvel espoir tardif - le sien professionnel, le mien affectif - mais il y a certaines choses qu'il faut faire quand il faut les faire. Après, c'est trop tard. 

Je n'avais plus réécouté Sixto "Sugar" Man depuis lors (2), il aura fallu la radio pour retrouver ce plaisir, non pas intact, l'association d'idées y est, quoi que je fasse sa musique me renverra en arrière-pensée à un sentiment massacré, mais assez fort pour me permettre d'y reprendre goût.

Alors je me suis mise en quête de ce qu'il était devenu depuis, sa santé s'était-elle encore dégradée ?

Et j'ai lu cet article d'Émilie Côté au sujet d'un Olympia en septembre, cette fois-ci réussi. Avec en prime une vigueur politique, qui fait chaud au cœur.

Allons bon, tout n'est donc pas perdu.
(merci Radio Nico)

 

(1) Cet article de l'époque écrit par Laure Nalian pour Culturebox exprime bien le malaise 

(2) D'autant plus que le cinéaste qui l'avait révélé, Malik Bendjelloul, en mai 2014 s'est suicidé. Il était donc réellement devenu impossible d'écouter la musique de Sugar Man en toute légèreté. Et ce d'autant plus que cette mort demeure, semble-t-il, un mystère (article d'Andrew Anthony pour Le Guardian, 13 juillet 2014)


Eternal sunshine of the spotless mind (Mon côté ...)

 

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Toujours par l'application "Ce jour-là" sur FB, que je n'ai pas si souvent le temps d'aller contempler, et dont je ne saurais dire si je la trouve bienfaisante ou source de tristesses - je suppose que je la trouverai plutôt instructive et utile si je n'avais pas été quittée, si un lieu de travail que j'aimais n'avait pas dû fermer, si des ami-e-s n'avaient pas entre temps disparu-e-s (morts ou changement de vie en mode j'efface tout d'avant), s'il n'y avait pas eu la brisure du 7 janvier 2015, si ... -, je suis retombée sur cette annonce que j'avais passée, il y a six ans, pour tenter d'aider.
J'étais persuadée que ça pourrait aider aussi les personnes intéressées, qu'il était efficace professionnellement et d'une grande qualité humaine. Je suppose que pour le travail il tient encore la route, même si le message qu'il avait (fait ?) diffuser urbi et orbi le 8 janvier 2015 me laisse quelques doutes. Pour le reste, c'est peu dire que j'ai dû déchanter. 

Note pour plus tard : toujours y réfléchir à deux fois avant de recommander quelqu'un. Les êtres humains sont parfois Jekyll and Hyde à un point qui dépasse l'entendement. 

À part ça, il se confirme que FB ou du moins cette appli satellite a bien un côté elle aussi "Eternal sunshine of the spotless mind" : aucune de nos interactions n'est revenue à la surface et si cette annonce a ressurgi c'est probablement que je n'y mentionnais pas son nom. Après, j'ignore si après janvier 2015 il ne s'est pas carrément retiré du réseau (et pas seulement : m'aurait désamitée), je n'ai pas cherché à le savoir, mais ça expliquerait l'effacement des communs (1). Là aussi je ne sais que penser : est-il plus triste ou moins triste de voir des / ne plus voir aucune / traces d'éléments d'un passé commun ? Ne plus voir pour aller de l'avant et passer à la suite de nos existences, même pour la personne laissée sur le carreau, voir pour savoir que malgré une fin brutale et sans ménagement ni respect (euphémisme), du bon, du très bon, avait existé et pouvoir y puiser quelques forces (et se dire que c'est encore possible, peut-être, avec cette fois quelqu'un qui en vaudrait vraiment la peine) ? 

 

(1) Au lieu d'un lien qui, si je cliquais, dirait "Ce contenu ne vous est pas accessible" ou quelque chose de ce genre.


Trois ans ? Une autre vie (ou toujours pas)

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Tu as du mal, vraiment, avec les démarches à caractère administratif. Pour autant tu as bien compris que celle qui tombait sur l'homme de la maison et qui était la même, au même endroit, que l'une de celles que la fermeture de Livre Sterling t'avait fait entreprendre trois ans plus tôt, lui pesait à tout le moins. Alors comme c'était compatible avec tes horaires de travail, tu l'as accompagné.

Bien t'en a pris : tout s'est bien passé et étonnamment vite, joie, bonheur, et comme tu étais déjà venue et revenue dans les parages, tu savais le parc, le théâtre des Amandiers (tu aimes y passer pour te recueillir), le restau plutôt bon pas très cher, vous avez pu en profiter et entre sa démarche et ton travail vous accorder deux heures de vacances d'été.

Tu ne peux pas dire que tu mesurais le chemin parcouru. Simplement que tu savourais de t'en être à peu près tirée, d'avoir à présent une jolie vie professionnelle après une première tentative décevante (mais instructive, aucun regret, ou plutôt le regret en amont : il eût été merveilleux que Livre Sterling ne fermât pas). Et puis de ressentir très fort le privilège que c'était d'avoir survécu. À toutes sortes de risques que ces années ont comportés, au général comme au particulier. 

Mais néanmoins, il y avait ce trouble de constater que l'environnement même semblait n'avoir pas changé. Ainsi ce bâtiment désaffecté, l'ancienne école d'architecture de Nanterre, est toujours en déshérence, ça serre le cœur. On y voit des chats et des personnes qui les nourrissent en glissant des gamelles à travers les grilles. On y voit que la végétation semble l'avoir définitivement emporté  P9210043

Difficile de croire qu'elle ressemblait à ceci.

J'ai songé à l'Université de Vincennes, dont il ne reste rien. 

Finalement, parfois, on ne s'en sort pas si mal, nous les êtres humains. Et c'est le produit de notre travail qui est plus fragile y compris lorsqu'on le croit fait pour durer. 

Trois ans et par ici si peu de choses ont changé. 

On peut se consoler en remarquant que le parc adjacent est toujours aussi beau et qu'y semblent plutôt heureux les passants. 

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Encore une idée (vouée sans doute à la jachère)

 

    Je me suis réveillée avec une nouvelle idée de roman, un truc simple, un peu grave un peu marrant et qui à mesure que j'y réfléchis me semble cohérent, tenir la route. Pas de la haute littérature - en serais-je capable même si je pouvais disposer de ma vie ? - mais quelque chose que des personnes comme j'étais avant de tomber dedans pourraient lire avec intérêt, plaisir ou amusement. Et, si je réussis mon travail, après y repenser et glaner quelques pistes de réflexions, de voir certaines choses différemment, se poser quelques petites questions.

Comme dab j'ai vite posé les jalons. Je sais que mon temps d'écriture est limité, la première étape consiste donc à ramasser le matériau et les points de repère pour ne surtout pas oublier le gisement entrevu.

Seulement voilà : c'est la rentrée. 

Même si je travaille à temps partiel, compte tenu des trajets et de la période spécifique, active et chargée, ça suffira à me garnir l'emploi du temps et employer l'énergie.

Il y a pas mal de choses à faire d'un point de vue vie quotidienne. Traditionnellement période d'inscriptions, de démarches, d'aller chez le coiffeur, de faire les révisions médicales d'usage, de quelques achats d'équipements.

Il y a à l'appartement des urgences de travaux, de rangements.

Plus que jamais cette année : reprendre les entraînements.

Il s'agit d'une fiction. J'en avais déjà une sur le feu. Ça demande non seulement du temps mais une forme de disponibilité d'esprit que je ne parviens jamais à maintenir sur la durée : il n'y a pas de période assez calme, il se passe toujours des tas de trucs - quelqu'un malade, des catastrophes collectives, des fuites d'argent ou d'eau, des tâches pour lesquelles on se retrouve requises sans l'avoir cherché -, et je ne sais toujours pas comment cloisonner, le fait est que je suis sévèrement atteinte par le syndrome de George Bailey. 

Comment font les autres ?

Mes prochaines vacances seront actives : c'est le festival de cinéma d'Arras, emploi du temps garni.

J'ai réussi à réduire mon temps de sommeil mais il reste assez grand. Et je sais qu'en la matière forcer ne sert à rien car on peut se retrouver debout mais inefficace et totalement embrumée.

Bref, encore une idée qui risque de se lyophiliser alors qu'il y avait matière à faire.

Je ne suis pas jeune, et le temps file.

Mes deux atouts sont l'oloé parfait (1) et le fait que celui-ci des chantiers ne nécessite pas de documentation fors quelques coups d'œil dans mes archives personnelles. Mais une fois la période de sa fermeture annuelle franchie je ne pourrai m'y rendre que deux ou trois demi-journées par semaine. Combien de temps me faudra-t-il pour dans ces conditions aller au bout d'un simple premier jet ? Pourrais-je le faire sans perdre l'élan ? Avant le printemps qui s'annonce pour le pays si désespérant (2) ?

Une fois de plus je me demande par quel sentier parvenir à destination, permettre à ce projet de se concrétiser, lui réserver des heures fructueuses, sans pour autant laisser le reste aller à vau-l'eau. Il faudrait sans doute que je prenne exemple sur mon amie Samantdi qui parvient à faire place à son Américain, tout en menant et gagnant sa vie.

 

 

(1) que constitue la BNF
(2) Je sais d'ores et déjà que j'aurais un grand coup de découragement après les élections dont le résultat telles qu'elles s'annoncent ne pourra à mes yeux être qu'un cauchemar ou un écœurement. Si seulement pouvait surgir une sorte de Barack Obama homme ou femme avec un programme respectueux de l'environnement et des gens et qui serait crédible dans une tentative de mise en œuvre éventuelle.

 


Le coureur prophétique

 

    Nous sommes restés un instant à regarder les joueurs de basket. Sur ce spot près du fleuve, fort intelligemment aménagé - les types du genre capo-mafia parfois dans leur mégalomanie ont de bonnes idées, pour de mauvaises raisons mais bonnes, il faut l'avouer -, souvent jouent d'excellents joueurs, je soupçonne même certains d'être d'anciens pros venant pour le plaisir. Un homme lui aussi grand, un peu rasta (une coiffure compliquée sur cheveux gris ce qui me plait, marre de la dictature de la fausseté, de la teinture), est à regarder qui repart en même temps que nous. Les meilleurs n'y sont pas et je viens de comprendre pourquoi, des pompiers arrivent avec un véhicule léger de secours aux blessés et se tiennent auprès d'un homme assis autour duquel certains des bons joueurs faisaient cercle. Il a dû avoir un malaise ou faire une mauvaise chute et les grands ont abandonné leur part de terrain à d'autres qui jouent comme on jouerait. 

Nous nous retrouvons à attendre le vert piéton du feu proche au même moment à l'instant précis où l'homme de la maison me dit, On repart en courant ? Je réponds quelque chose comme C'est comme tu veux, je me sens fatiguée, je dois avouer, et alors l'homme émet une parole d'encouragement, du style Il faut y aller pour profiter du bon, on ne sais jamais de quoi l'avenir sera fait. 

Je ne sais pas comment ils ont fait mais en trois échanges sur un mode amical et plaisant et grave en même temps les deux hommes en étaient à évoquer la fin du monde, ce sur quoi le coureur a conclu : 

Comme on dit chez moi, le malheur ne prévient pas, profitons-en maintenant, et le feu étant vert pour nous trois sur un salut il s'est élancé dans sa direction et nous dans la nôtre.

Une pluie s'annonçait (1), alors que mon partenaire constatait Il n'a pas tort (ou : C'est assez vrai) je songeais aux fois où j'avais été terrassée par un coup dur inattendu, souvent à des moments où l'on avait besoin de soutien, et à d'autres où comme ces nuages annoncent la pluie, au fond, on sait à quoi s'attendre.

Pour l'état de la planète qui héberge l'humanité, on ne pourra pas dire que l'on ne savait pas.

En attendant j'aimerais bien qu'on le recroise une autre fois, ce coureur avait l'air sympa (2).

 

(1) qui a eu l'extrême courtoisie d'attendre que nous fusions rentrés. Schadenfreude de la voir tomber alors que je suis dans ma cuisine et que j'écris. 

(2) C'est souvent qu'on se retrouve lors de nos entraînements de coureurs du dimanche que je sois seule ou que nous soyons deux, à échanger quelques mots avec des personnes croisées. Est-ce que le fait que nous soyons vêtus comme des coureurs peu fortunés inspire confiance ? Est-ce parce que nous courons le dimanche, jour qui reste quand même plus détendu ? Est-ce parce que l'effort relativement lent (enfin surtout moi) nous rend détendus, souriants, et que cette tranquillité est communicative ?


Impressions olympiques


     Capture d’écran 2016-08-09 à 01.12.34Depuis que j'ai retrouvé comme en 2012 un canal pour voir des retransmissions à la carte et sans commentaires ni réclames, je me régale de J.O. 

Ça tombe bien, le travail à temps plein, finalement assez intense car il y a des clients au lieu de l'étiage qu'on me prévoyait, et pas mal de boulot déjà sur les commandes scolaires même si je n'interviens qu'en complément, suffit à pomper toute l'énergie que j'ai. Ce qui fait qu'en rentrant ou comme ce week-end je ne pourrais pas ou peu écrire. 

Par ailleurs je sors de la lecture d'un roman très prenant, qui m'a touchée (1) et je peine à enchaîner sur autre chose qui forcément me semblerait décevant.

Alors je regarde le sport, me réjouis de voir de si beaux gestes, des instants de grâce (ah les Chinois et Chinoises en plongeon synchronisé), leur exultation pour ceux qui l'emportent. Ça fait du bien d'oublier un moment la pente fatale qui semble entraîner le monde, les violences et les horreurs. 

J'avoue que je ne savoure pas sans arrière-pensées, les menaces sont pesantes et je suis assez âgée pour conserver des souvenirs d'enfance de 1972, alors étant donné le contexte actuel je me dis qu'il faut profiter de chaque jour passé sans drame ni tourment.

Ces retransmissions en sons réels permettent de jouer à rêver d'être sur place, dans le public mais bien placé ; de voir aux temps d'interstice des détails techniques ou touchants (oh le geste de la gymnaste chinoise qui a délicatement remis en place la queue de cheval de sa coéquipière que la médaille coinçait), de mieux comprendre (par soi-même) que lorsqu'on nous assène des explications.

Le public c'est le seul regret : il semble composé uniquement de supporters de l'un ou l'autre athlète ou équipe qui ont fait le déplacement. Les places ont dû être vendues à des prix prohibitifs. Le peuple n'y est pas. Ou alors un peu, à la marge, par exemple sur le bord des routes du cyclisme sur routes, quoi qu'assez clairsemé. 

La peine de ceux qui perdent ne me laisse pas indifférente, je crois savoir ce que c'est que de se donner du mal pendant des années pour quelque chose ou quelqu'un et que soudain tout se résume à plus rien. Reste le parcours et d'avoir quand même atteint le niveau qui permettait de prétendre à ce qu'on croyait possible.

Et puis j'apprécie tout mieux que je ne l'aurais fait plus jeune et je sais bien pourquoi : au fil de la vie, j'ai à peu près tout essayé des sports qui me rendaient curieuse - bon allez, pas le saut à la perche, et des sports de combats seulement le karaté -. Mais j'ai pratiqué un peu d'équitation, j'ai aussi sauté (plongé, même pas, trop difficile pour moi de si haut) d'un tremplin élevé (2), essayé tous les sports de balles ou ballons. Bref, je regarde désormais comme quelqu'un qui sait quels miracles se cachent derrière l'apparence de facilité de ces athlètes de haut niveaux. Et puis ceux qui concourent ont désormais l'âge de mes enfants. Peut-être que ça rend à mes yeux leurs exploits encore plus émouvants que lorsqu'ils auraient pu être mes cousines ou mes frères aînés, puis mes copains de classe, plus tard d'éventuels frères ou sœurs plus jeunes et à un moment donné d'éventuels amis ou petits-cousins plus jeunes. 

J'espère que des olympiades existeront encore dans un monde pas trop cassé lorsque les concourants seront en âge d'être mes petits-enfants et que je serai encore là pour admirer et pleurer de beauté devant certains gestes parfaits.

 

(1) "Vie prolongée d'Arthur Rimbaud" par Thierry Beinstingel
(2) du temps où la piscine municipale possédait une fosse et des plongeoirs


L'espion qui m'intriguait

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Je savais depuis que je disposais d'un smart phone que google was watching me, en plus que j'ai un compte chez eux et qu'après bien des essais de moteurs de recherche sympathiques, j'en reviens souvent à celui de cette entreprise, en raison même de sa situation de monopole. Ainsi à la librairie je ne cherche souvent pas tant une information que ce que google peut en dire et c'est hélas précieux pour les recherches avec un paramètre de notoriété - je cherche un livre je ne sais plus l'auteur ni le titre, je sais pas bien l'histoire mais ça se passait pendant la seconde guerre mondiale. Ah et puis la couverture est bleue. Et on en parle beaucoup à la télé ces jours-ci -.
Je sais que mes données sont revendues partout, mais à part d'accroître le nombre de spams, peu me chaut : je n'ai pas les moyens financiers de me laisser tenter par quelque achat que ce soit qui ne viendrait pas d'une nécessité personnelle.


Par ailleurs tant qu'on fait encore semblant de vivre dans une démocratie, je ne crains pas trop une utilisation de contrôle sécuritaire. J'ai bradé moi-même des parts de "privacy" en m'inscrivant sur bien des réseaux sociaux et pour l'heure j'ai un peu l'illusion d'être comme les prolétaires dans 1984 : laissés à une relative liberté car trop insignifiants et nombreux, Accordons aux petits pions l'apparence de leur autonomie de toutes façons si limitée par leur simple survie.

Il n'empêche que j'ai été surprise par la précision - entre autre lors d'un séjour dans Ma Normandie, j'ai pu retrouver le trajet d'une balade que nous avions faite en devisant sans faire trop attention à là où nous allions, tout était cartographié ; et la machine attestait qu'un autre jour notre long entraînement de course à pied avait fait 22,2 km - et le degré de durée d'archivage de la rubrique "Vos trajets" de G. Et que ça recoupe un des nombreux chantiers d'écriture auquel je n'ai pas le temps de me consacrer.

Que part ailleurs c'est plein d'erreurs, mais de sortes d'erreurs qui s'expliquent et sont fort intéressantes à décrypter.

Du coup j'ai réactivé l'option en tout cas pour un temps.

L'espion m'a donc appris qu'aujourd'hui j'avais effectué différents parcours, plutôt bien reconstitués,  mais dont la décomposition n'a pas été sans m'étonner : 

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La machine ne met en doute que la partie pédestre, laquelle est sans doute vraie. 

Mais je n'ai pas pris la voiture. Et si j'ai passé à l'aller de mon trajet du temps en métro c'était environ 15 minutes.

Enfin, je suis rentrée en vélib ce que l'espion du téléfonino n'a pas détecté.

Je ne vois pas vraiment à quelles activités de ma journée les différentes durées pourraient se raccrocher.

En particulier parce que j'étais à un cours de danse, le téléphone certes non loin de moi mais qui ne participait à aucun mouvement.

 

Je vais poursuivre l'expérience quelque temps, après tout en cas de problème peut-être serai-je soulagée d'être géolocalisable et si on m'accuse à tort d'un crime imparfait, qui sait si je ne serais pas très heureuse d'avoir un alibi électronique (1). Il convient juste de ne pas lui faire trop confiance sur les modes de transports.

Et puis j'aimerais en parler à mes ami-e-s auteur-e-s de polars ainsi qu'à JK Rowling pour ses Robert Galbraith. Il y a là une mine d'utilisations narratives possibles.

(à suivre)

 

PS : Cela dit si vous êtes une personne censée et que vous souhaitez désactiver cette très intrusive option, c'est expliqué par là comment procéder.

 

(1) J'écris ça pour rire mais aussi parce que plus d'une fois il m'est arrivée - entre autres en entreprise - qu'on me reproche ce que d'autres avaient fait, je suppose parce que j'ai toujours incarné celle qui osait ne pas fermer sa gueule quand quelque chose était dysfonctionnel, ce qui faisait de moi un bon usual suspect. On savait aussi que tant que le reproche porterait sur quelque chose que je jugeais ridicule, je ne dirais rien, histoire de ne pas m'abaisser à mon tour en rentrant dans un jeu mesquin. J'étais donc la bonne personne à charger pour qui souhaitait se disculper. Tant pis.


Grâce à Thierry, grâce à Arthur

 

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Plongée avec délices dans "La vie renouvelée d'Arthur Rimbaud" de Thierry Beinstingel, j'éprouve le besoin de vérifier quelque chose dans la correspondance de l'Ardennais voyageur, qui est, je le croyais un de mes livres de chevet, une folie que je me suis accordée il y a quelques années. 

    Hélas, il semble avoir migré vers d'autres quartiers. Les rigueurs de l'année 2015 comme auparavant celles de la deuxième partie de 2013 m'ont fait perdre le fil de ma mémoire. Où diable ai-je mis cet ouvrage que je supposais en permanence à portée de ma main ?

Je suis seule, ou du moins seule dans la chambre, là où demeurent les livres en cours ou les livres importants. La matinée a été sportive, 1h30 de course puis autant de marche, la maison de Théophile Gautier (dont j'aimerais reparler), un marché perdu dans une ville que je croyais ne pas aimer, mais qui s'est montrée presque accueillante au cœur de l'été, la sieste moins reposante que je ne m'y attendais ; je ferais donc mieux de rester étendue à lire le roman présent plutôt que de me remettre en chasse de documentation.

Seulement c'est plus fort que moi, je suis saisie par le besoin d'en avoir le cœur net. Et me voilà lancé dans un tri que je rêvais bref, et qui ne l'était pas : j'avais oublié l'effet induit par trois années trop âpres, trop mouvementées. Alors j'y passe quatre heures et sans avoir fini. Ranger rarement permet d'exhumer des pépites. Je m'aperçois que je dispose de bien plus d'ouvrages concernant l'ancien jeune poète si vite retraité que je ne le croyais - sans toutefois retrouver celui que je cherchais -. Je retrouve sans l'avoir cherché un livre qu'un autre ami m'a donné une puissante envie de (re)lire  20160731_211913

C'est drôle je n'y serais pas parvenue si je l'avais voulu. Retrouve aussi des ouvrages qui me seront utiles à préparer l'automne et les rencontres littéraires qu'enfin sur la colline nous allons proposer. Me garde d'ouvrir certaines correspondances, inutile d'attiser les chagrins mais remet avec bonheur la main sur une citation de Rilke que l'on m'avait offerte et qui aura contribué à changer ma vie. Et ça, ça ne me fait pas de peine, puisque non sans efforts et une part de chance, le cap d'un morceau de ce changement est bien franchi, pas tout à fait celui envisagé, mais c'est déjà beaucoup.

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Je retrouve certains de mes propres écrits, dont l'un sous forme reliée ce qui me laisse surprise : suffisamment de temps s'est écoulé pour que je puisse les lire avec le regard de quelqu'un d'extérieur. Je redécouvre aussi un présent perdu 20160731_213148, la rupture surprise subie étant intervenue avant la revoyure pour laquelle il était prévu.

Les ruptures subies en 2006 et 2013 ont encore une lourde influence sur ma vie, me le confirme lors d'une pause et entre tant d'autres choses, le message d'une amie récemment réapparue. Je la croyais en distance, trop atteinte en 2013 je lui avais en quelque sorte fait faux bond sur un projet qu'elle me proposait - je n'avais plus de forces, j'étais trop sujettes à des moments d'abattements - et ces expériences malheureuses m'avaient fait croire que qui se met en silence a ses raisons, que les humains sont très impermanents dans leurs tendres affections. J'avais tout faux pour l'amie en question, elle avait en fait traversé de graves ennuis de santé et consacré l au travail l'énergie qui lui restait. Fataliste, je m'étais accoutumée à l'absence. À présent je frémis à l'idée qu'elle eût pu être définitive. 

 

Le livre recherché est resté caché, mais l'heure a tourné. Il est temps de remettre de la cohérence dans certains tris puis de filer au lit. 

Je sais que ça comporte une part de lâcheté mais j'avoue que cette plongée dans les lectures et des souvenirs personnels, en me laissant oublier le son, la marche du monde, m'a offert une très bienvenue parenthèse. Comme tant d'autres personnes, depuis 2015 et de façon renouvelée depuis le 14 juillet et les nouvelles séries d'assassinats qui se sont succédées, j'éprouve le besoin de penser à d'autres choses que le fonctionnement funeste du monde et les hommes bien trop fiers de leurs accents guerriers. 

 

La citation de Rilke revenait à point nommé.

 

 

 

PS : Comme demain personne n'aura à se lever tôt, je me suis réellement sentie comme un premier jour de week-end (les miens sont pour quelques temps dimanche - lundi), ce qui m'a permis d'échapper au sunday evening five o'clock blues. Rare et précieux.

PS' : Bonheur de la redécouverte d'un texte de Thomas Gunzig, "Bon alors on y va" dans un recueil collectif offert par quelqu'un d'autre. Très beaux textes pour dire le lien affectif fort d'un père pour son enfant.