Niveau de jeu

 

Quand on a traversé deux grosses dizaines d'années de travail en entreprise avec des plannings, des urgences, des pannes informatiques à résoudre avant qu'elles ne soient arrivées, des ans 2000 et des passage à l'euros avec courses contre la montre y afférentes, des hiérarchiques qui déboulaient pour un oui pour un non et décréter que tout soudain il fallait abandonner l'urgence (une fausse urgence, une urgence juste pour plaire au chef du dessus, mais rien qui n'aurait pu être fait paisiblement avec un brin d'organisation non infantile) en cours pour une nouvelle urgence et qu'il faut que ça soit terminé hier,

quand on a mené jusqu'à l'âge adulte deux enfants, certes adorables, mais qui ont eu leur temps d'être petits, de requérir une attention permanente, plus tard de devoir être accompagnés ici ou là, et en vacances d'être occupés, car le repos n'était pas pour eux une option raisonnable, et qu'ils n'auront de bons souvenirs que des choses un peu inhabituelles qu'ensemble nous aurons faites (1).

Bref, dans un cas comme dans l'autre, des activités, des réactions à des demandes qui nous sont imposées, parfois contre notre rythme - une sieste serait requise, ou de la concentration lente pour résoudre un problème d'un certain niveau -. Des heures et des jours qui se trouvent confisquées à notre volonté personnelle et notre propre sens de leur déroulement souhaité.

Vient un temps où le bonheur le plus extrême est :

 

DE N'AVOIR PENDANT QUELQUES JOURS RIEN DU TOUT DE PRÉVU

 

et certes des choses à faire (2), mais à notre guise, notre rythme, qui pourront attendre d'être rentrés sans que le ciel ne nous tombe sur la tête si elles sont reportées, et des repas seulement quand vient la faim.

Tiens, si on allait voir la mer ?

Attends, je finis mon chapitre ! 

Et la tombée de la nuit pour seule limite, ou le lever du jour, et encore pas pour tout :-) .

C'est un peu comme d'avoir traversé, victorieux (de fort peu mais quand même), certains niveaux de jeu, et d'être parvenus à une sorte de plateau calme, en ayant encore quelques points de vie, solidité et autres protection face à l'adversité et qu'elle ne repointerait pas immédiatement son nez, même si je sens bien qu'elle fourbit ses armes.

J'oubliais ce plaisir infini qu'il y a à pouvoir se consacrer à des activités qui nécessitent plusieurs heures sans interruptions, de n'en rompre le fil que pour des raisons élémentaires liées à son propre corps (faim, soif, sommeil, envie de pisser - j'y ajouterais bien autre chose mais il faut être idéalement deux et soudain c'est plus compliqué -) ou une éventuelle (et chez moi très rare) lassitude de l'esprit. Je sais que ce paragraphe parlera à ceux de mes amis qui sont récents ou encore parents d'enfants petits, surtout encore les mères (mais j'espère qu'au fil des ans un équilibre un jour s'instaurera - je connais quelques jeunes pères qui font de gros efforts pour ça ; qui sait si le mariage possible à tous n'aura pas un effet bénéfique sur le décloisonnement des tâches, comme un bon petit coup d'accélérateur - (sans parler de certaines jeunes mères qui considèrent qu'il en va de leur honneur de se gâcher la vie, après tout c'est leur droit, tant qu'elles ne font pas peser sur enfants et conjoints le poids de leur sacrifice volontaire)). Pouvoir se consacrer à quelque chose sans interférence est devenu un privilège infini.

Ces jours-ci j'y ai droit et savoure à l'envi.

 

(1) Oui mon fils, je sais : le téléphone qui ne marchait pas, le film qui n'existait pas, le musée vide ... #lantimèreexemplaire (mais de bonne volonté)

(2) Au fond de moi somnole un programme très chargé, mais je m'efforce présentement de ne pas faire de bruits pour ne pas le réveiller.


Je tu il / elle nous (vous ? ils / elles ?)

 


6a00d8345227dd69e2015391573eab970b-800wiC'est ce message du 7 novembre 2003, qui disait "N'as-tu jamais pensé à rassembler ce que tu écris ?" et que ça pourrait dessiner quelque chose, qui a marqué le début de la fin de ma première partie de vie.

 

Ce que j'écrivais à l'époque : des scènes de rue, de vie, la banlieue et aussi un peu Paris. Je n'y étais pas, j'étais dans ces petits récits comme une caméra qui enregistre et restitue, même si une pointe d'humour trahissait l'humain. De novembre 2003 à février 2004 et alors que je bossais comme cadre à temps presque plein et que les enfants n'avaient que 13 et 8 ans j'ai passé de gros morceaux de mes nuits à rassembler, organiser, fournir un petit manuscrit à qui me l'avait suggéré ainsi. Et c'est alors que "Poils de Cairotes" de Paul Fournel est sorti : mieux écrit, et portant sur une ville (Le Caire) qui pouvait intéresser le lecteur francophone bien plus que mon petit Clichy à l'exotisme réduit, mais vraiment pour le reste même veine d'inspiration. J'arrivais trop tard. L'amie qualifiée à qui j'avais passé le manuscrit ne m'en a plus reparlé malgré qu'elle avait aimé. Et puis de toutes façons la vie m'a poussée vers d'autres travaux (comme d'être béta-lectrice sur "Les trois médecins", ce qui fut une expérience formidable, mais d'autres choses aussi), puis mon père a eu son été d'agonie, je me suis battue pour ne plus bosser qu'à mi-temps, que j'ai utilisé aussitôt pour être de tout mon cœur et mes heures disponibles dans le comité de soutin à Florence Aubenas et Hussein Hanoun, tout en écrivant "Sans nouvelles", un billet par jour avant minuit, jusqu'à ce qu'on les libère.

J'étais jusque-là incapable d'écrire en "je", seulement d'écrire à la neutre. Mais ce récit nécessitait d'être incarné puisqu'il fallait sensibiliser qui lirait à une situation affective - je voulais de façon très volontariste me démarquer des discussions politiques sur le rôle des journalistes, aller ou non en zones de danger -. Donc je me suis forcée au "je". C'était un "je" qui avait été moi, mais 17 ans plus tôt.

Après, et même si je continue à le trouver inélégant (de son et de trop la ramener, donner l'impression de se placer au centre), il s'est installé. La plupart du temps, il est plus franc : puisqu'on écrit rarement sans se mettre du point de vue de l'un des personnages, autant l'avouer clairement. 

Il y a eu l'été 2005 l'expérience formatrice de "l'Hôtel des blogueurs" : tenir un personnage, qui lui aussi dit "je" presque par fait de cahier des charges du jeu, mais très loin de moi-même et auquel il arrivait des péripéties suggérées par les autres mais que j'ai accueillies, sinon ce n'était pas drôle, que je n'aurais jamais cru être capable d'écrire. Je ne remercierai jamais assez Kozlika et tout ceux qui furent de l'aventure. À la fois pour les progrès induits, et pour l'amitié et être venus au bon moment, m'avoir évité une dangereuse décompression post-aventure militante victorieuse (1) ; d'autant que je retrouvais ce job qui ne m'allait pas et dont désormais je débordais : la blouse grise mentale que j'endossais pour parvenir à traverser les journées de bureau était devenue trop étriquée. De partout les coutures craquaient.

A déboulé alors cette année en enfer où tout s'est mis à mal aller en même temps et où j'ai cru perdre mon bien-aimé, ma fille, la santé, le boulot (je n'attendais que ça sauf qu'il y avait un appartement à payer alors c'était prématuré) où j'ai perdu, et là vraiment, la presque sœur, la grande amie, et si brutalement sans pouvoir le piger, que tout s'en est trouvé ébranlé. Ma place à tenir debout dans ce monde. Plus rien n'avait de sens. L'amitié était mon mur porteur, il venait d'être pulvérisé.

J'écrivais alors les "Petites nouvelles d'Italie", pour la plupart à la 3ème personne (histoires dont j'avais été un témoin immobile ou que l'on m'avait rapportées), certaines à la 1ère (quand j'avais joué un rôle, enfant, en "pour de vrai"). Le danger encouru, la confiance massacrée les a plombées au noir. J'ai tenté coûte que coûte de prolonger l'écriture mais leur ton n'allait plus. Elles n'étaient pas, au départ censées être amères ni porteuses de graves tragédies.
J'ai écrit par ailleurs à titre presque professionnel pour un blog en anglais qui parlait de la vie à Paris et de ce qu'on pouvait y visiter, ça plus "Traces et trajets", plus le boulot, plus d'essayer de cesser de pleurer, et d'aimer qui restait à aimer, ça m'occupait en entier.

L'écriture sur blog permettait (permet toujours) de travailler les points de vue. J'y ai mis en ce temps-là pas mal de "tu" en adresse à l'amie disparue. Il aura fallu une rencontre épistolaire en septembre 2007, croiser Siri Hustvedt en juin 2008, un si beau début d'amour entre août 2008 et mai l'an d'après, et qu'enfin je me libère du job qui me permettait de gagner ma vie mais en me la bousillant, pour que je reprenne pied et retourne à mes projets, lesquels entre temps avaient évolués.
Le métier de libraire et dans un lieu étrange et merveilleux d'un quartier si bizarre, m'aura ensuite permis de subvenir en partie à mes besoins. Mais il était, là où c'était, un peu trop physique pour me permettre d'avancer en même temps dans la part d'organisation et de conception de l'écriture. J'ai accumulé sur la période un monceau de matière première, textes et notes épars. De quoi sortir quatre entités distinctes. Ma bataille actuelle, un chagrin plus tard et qui m'a à nouveau fait redégringoler en bas de la colline, est celle du travail d'articulation des pièces entre elles, de corrections, d'homogénéisation des niveaux d'écritures et des tons. Je sais que quand je perds l'humour j'écris chiant. Et quand je perds l'amour je perds l'humour ; au profit de noir sombre matinée d'une ironie grinçante qui certes peut séduire certains, mais que moi-même je n'aime pas. Je suis capable de produire ça. Mais ça n'est pas moi.

Il n'en demeure pas moins que ce dernier chagrin, curieusement me laisse entre les pattes d'un "tu" que je ne me connaissais pas - il n'existait pas même dans ma tête, je me souviens très bien de cette incapacité-là -, le "tu" autoadressé, de bien des textes littéraires, et du bon "Docteur Sachs", un "tu" qui en tant que lectrice m'a longtemps agacée. Je crois qu'il correspond au fait que cette ultime peine, et qui au vu de mon âge est sans doute la dernière dans sa catégorie, me laisse détachée de tout, distante, y compris de moi-même car j'ai vraiment aimé et me suis sentie, au vu de la fin, flouée. Et que je m'en veux d'avoir fait preuve de tant de naïveté. D'où que je me suis, pour survie, éloignée très vite de la personne que j'étais il y a encore six mois. Mais que comme on ne peut tenir à ce point amputée - c'est peu dire que celui qui est parti comptait-  j'ai ce recours au "tu" pour rester un brin unifiée. Au moins le temps que de nouveaux appuis aient repoussés. Ou qu'un ancien ait enfin décidé de prendre pleinement sa place et d'arrêter d'être celui sur lequel je ne peux compter.

Peut-être que le roman "Confiteor" qui me prouve que l'on peut passer d'une adresse à une autre sans pour autant perdre le (bon) lecteur et que j'ai lu au pire du chagrin, quand tout tangue autour de soi et que l'absence de qui nous a quitté(e)s semble insurmontable, a laissé son empreinte. Le "tu", finalement, va bien. Et peut se tisser de "je".

À présent que bon an mal an je dispose enfin de toute la pallette, je souhaite y adjoindre l'énergie et le temps et enfin déboucler ce qui doit l'être. C'est compliqué, c'est (financièrement) risqué. il faut que je tienne le coup affectivement et que j'accepte d'oublier ce(ux) qui manque(nt) et de vivre sans. Ça reste jouable tant qu'aucune nouvelle mauvaise péripétie ne vient s'en mêler. C'est dire si c'est fragile et s'il me faut faire vite.

Restera quoi qu'il advienne cette double perplexité : pourquoi faut-il que ça soient ceux qui me tendent la main et me font le plus progresser qui m'enfoncent ensuite et me laissent désespérée (mais pour des raisons affectives et non le travail en lui-même, du moins pas que je sache) ? Pourquoi ne suis-je capable d'acquérir des niveaux, des registres d'écritures différents qu'à coup de tragédies plus ou moins intimes dans lesquelles je me trouve embarquée ? 

Work and see.

[photo : une to-do list de juillet 2010 retrouvée en septembre 2011.]

(1) J'imagine qu'il en est de même pour ceux qui participent à un tournage exaltant, après tout le monde se disperse et si l'on n'a pas une vie intéressante vers laquelle retourner, un amour à retrouver, des enfants petits qui nous ont manqués, une passion toute personnelle à laquelle à nouveau se consacrer, c'est une période de dépression post-exaltation, jointe à l'épuisement physique du trop d'intensité qui a précédé.

PS : Et je ne remercierai jamais assez ceux qui m'ont aidée et celle qui m'aide très concrètement ces derniers temps, en m'ayant en particulier évité une erreur de choix professionnel qui m'aurait sans doute encore davantage éloignée de ce qui est devant être fait. Si un jour enfin je m'en sors, ça aurait été un sacré boulot d'équipe. 


Si je gagnais

 

C'est cet article qui m'est revenu en tête en lisant cet entrefilet dans le Canard Enchaîné de la semaine.

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Un Canadien vainqueur d'un très gros lot mais qui n'avait pas particulièrement besoin d'argent, après un long temps de silence et parce qu'apparemment il ne pouvait persister dans l'anonymat, a décidé "en accord avec ses enfants" de verser la somme à des œuvres de bienfaisances.

Ça m'a remonté le moral de lire ça.

Ainsi donc tout le monde n'est pas contaminé par cette fausse valeur qu'est le fric mais sans laquelle hélas il est si difficile de survivre, de vivre, d'avancer.

Je me suis vaguement demandée ce qu'à sa place je ferais. Il y a un volet pour moi évident : je liquiderai les petites dettes qui depuis bientôt 5 ans d'écriture dont une partie comme libraire à temps partiel se sont accumulées. Je m'arrangerais pour faire quelque placement autant que possible éthique (mais je suis très sceptique sur ce que proposent les banques sous ce genre de label, un peu comme pour les produits bio) qui me garantisse cette rente mensuelle dont pour vivre au quotidien là où je suis (1) dont j'ai besoin pour écrire l'esprit libre. Je garderais l'anonymat et je me tairais autant que possible (2).

Néanmoins rembourserais au centuple et si possible en exauceant leurs rêves les amis qui m'ont aidés et m'aident en ce moment aux heures de difficultés. Ce qui risque d'être compliqué en gardant le silence (non, non ce n'est pas du blanchiment ;-) )

Mais pour le reste. 

Mettre ce qu'il faut de côté pour la période de très grand âge de ma mère, je vois venir avec effroi le moment où elle perdra son autonomie et où je serai bien incapable d'aider à payer quelque placement que ce soit - si tant est que je lui survive, bien sûr -.

Mettre mes enfants à l'abri du besoin mais pour après ma mort, qu'ils puissent en attendant vivre une vie normale, dans laquelle contrairement à l'heure actuelle je pourrais les dépanner en cas de besoin, mais qu'ils aient quand même à se confronter au principe de réalité et d'utilité encore quelques années. Ça aide à acquérir de bonnes bases et préserve de certaines dérives. 

Me border, ainsi que leur père, en vue des prochaine étapes de nos vies qui peuvent être d'ici à 20 ans, et c'est très court 20 ans, la dépendance, la mort, toutes choses coûteuses pour les restants. Prendre mes dispositions pour en cas de maladie incurable dégradante ou violente dans les souffrances pouvoir aller mourir sans crainte et dignement là où on l'autorise (3). 

Faire refaire l'électricité dans l'appartement, car notre installation est dangereuse, refaire la salle de bain comme elle était avant notre installation (4), faire faire toutes les réparations qui s'imposent (chauffe-eau, fuites d'eau, plafond de la cuisine) et que le manque d'argent nous fait différer. 

Bref des choses sérieuses, et rien qui changerait fondamentalement ma propre vie. Peut-être un séjour en Toscane, en chambre d'hôtes, et un pied-à-terre modeste et discret à Bruxelles, pour pouvoir retourner nager dans la piscine de mes rêves dès que ça pourrait, et voir souvent les amis que j'y ai. M'habiller sans complexe financier chez le boutiquier hypermnésique. Renflouer la maison d'édition de mon bien-aimé

Et puis, cet entrefilet. Ces deux mecs virés pour avoir dit Non, qu'ils ne voulaient pas pour un job, sans doute en plus pas tant payé, mettre en danger irrémédiablement leur santé.

Alors je sais. Ça prendra le temps que ça prendra, mais si je gagnais un vrai gros lot monstrueux au loto je créerais une fondation ; il doit bien y avoir un moyen pour le faire en conservant une part solide d'anonymat aux yeux de l'extérieur. J'embaucherai un(e) assistant(e) pour tout ce qui relève du secrétariat et de la pré-compta et d'un peu plus que ça, la cheville ouvrière. Et puis aussi un(e) fin(e) limier(e) capable de se débrouiller dans le monde entier. Et quand je tomberai sur une information de ce style, je ferai en sorte que la fondation verse une compensation équivalente à ce que les gens auront perdu (ou par exemple une aide équivalente au salaire qu'ils touchaient le temps qu'ils trouvent un nouveau travail). Pour qu'au moins ponctuellement puissent s'en sortir ceux et celles qui auront eu le courage de dire non. De ne pas accepter le n'importe quoi qu'on leur aura imposé les croyant sans ressources ou endettés et donc à la merci de tout pouvoir abusif. Mais comme on ne peut pas même en étant devenu immensément riche aider le monde entier, et que changer le monde est un tout autre projet, qui nécessiterait sans doute de commencer par une sérieuse modification de la nature humaine, le critère d'entrée serait celui-là, ceux qui ont su dire non alors que dans l'immédiat ça les condamnait à de gros ennuis, mais qu'il en allait de leur intégrité, leur dignité, leur survie à plus long terme.

Par ailleurs je créerai une résidence d'écrivains (ou peut-être plusieurs mais séparées) dans des endroits accessibles à peu près en train mais qui n'ont rien de prestigieux ni de remarquables. D'anciennes villes industrielles par exemple. Des endroits avec le nécessaire mais rien de superflu et une bourse d'écriture permettant de tenir mais sans gras, et je sélectionnerai les candidats avec mon frère d'élection et peut-être l'assistant(e), en ne jugeant que sur la qualité de potentiel de textes fournis et la motivation d'accepter pour un temps les conditions de base offertes. Il n'y aurait aucune obligation simplement une limite de temps convenue au départ et non renégociable sauf ennuis de santé. Avec des possibilités de fractionnements pour ceux qui auront de jeunes enfants et des remboursement de frais de transport pour s'ils veulent aux week-ends retrouver leur famille. Mais le séjour de travail s'effectuerait seul(e) car c'est un service à rendre que parfois d'obliger.

Et puis bien entendu je continuerai à dépanner les potes comme je l'ai toujours fait lorsque c'était possible, mais pour ça pas besoin de gagner un gros lot, s'en sortir correctement au mois le mois suffit. 

 

 

(1) La proximité de Paris, même une fois les murs payés coûte si cher.

(2) Je veux dire d'un point de vue administrativo-juridico trucs comme ça. Ne rien dire sinon ne me pose aucun problème. 

(3) Vu comme c'est emmanché je sens que le gouvernement actuel va nous pondre un truc de b... molle en demi-mesure et qui fera semblant qu'on autorise la mort dans la dignité mais que dans tout plein de cas en pratique on en restera avec l'hypocrisie actuelle qui consiste à trouver la personne compétente pour aider en secret.

(4) Seuls travaux que nous avions faits ... et une erreur (mal conseillés, peu fortunés)


Prendre son thé

 

Je fais partie des personnes qui aiment quand le thé est bon, et le boivent non sucré, mais ne parvient pas à franchir l'étape "connaisseur".

Il y entre sans doute une part financière : l'expérience des whiskies pour moi, des grands crus pour l'homme de la maison, m'ont appris qu'à un moment donné, sauf pépites de nouvelles découvertes, on en venait à n'apprécier vraiment que des produits tout à fait au dessus de nos moyens ; parce qu'à part certains effects spéculatifs ou de folie collectionneuse (1), il y a quelque chose d'assez globalement logique entre les prix et la valeur de ce qui est à déguster. C'est en tout cas moins artificiel que venant d'où je viens je le croyais.

Mais pas seulement. Pour le thé comme le café qui sont pour moi avant tout des boissons d'écriture, je suis incapable d'apporter assez de soin à leur préparation. Et je les laisse souvent refroidir près de l'ordi, absorbée dans mon travail que je suis. Pour le café, j'ai eu la chance inouïe qu'un vendeur scrupuleux (2) qui n'avait plus l'appareil commandé disponible m'en propose un autre d'outrageuse qualité (pour le même prix), et depuis me vautre dans un luxe dégustatif insensé. Pour le thé, je dispose de ma bonne vieille bouilloire à sifflet ce qui n'est pas, ô amis connaisseurs, je le sais un bon moyen d'évaluer correctement la température requise ; d'autant plus que très franchement, entre les fois où je suis pressée et près de l'appareil que j'ôte du feu au premier frémissement et celles où il s'égosille pendant que je finis ma phrase - oh et puis celle d'après -, je ne suis même pas une bonne utilisatrice du système rudimentaire. Quand à la durée d'infusion n'en parlons pas : le plus souvent je consomme du thé en vrac que je place dans un filtre à thés que j'oublie au fond du mug ou de la théière. Ou que je retire bien trop vite si j'étais hâtive de retourner m'asseoir à l'ordi.

Il n'empêche que j'aime quand même beaucoup lorsqu'il a bon goût.

 

Ces réflexions elles aussi un peu en vrac (oui je sais, comme toujours), ainsi que le titre, m'ont été inspirées par ce délicieux billet chez l'ami (lointain de par la géographie) François :

Prendre son thé sans wifi

que je n'ai lu que ce matin - entre mon propre retard et un agrégateur qui mollassonne j'ignore pourquoi -.

 

(1) Si bien évoquée dans le merveilleux "The Angel's Share" de Ken Loach, ce film qui fait que si je meurs soudain ça sera l'esprit en paix : ce que j'avais à transmettre au monde, quelqu'un pour moi l'a fait. 

(il y avait aussi l'amour de la lecture à mes propres enfants, mais pour l'instant du moins j'ai à demi échoué)

(2) ou visionnaire, si un jour ça marche pour moi je raconterai l'histoire et ça lui fera une jolie et sincère réclame


Le message

Très troublant rêve vers cinq heures du matin dont tout s'est trouvé effacé par le fait d'émerger, sauf ceci : 

j'ai cru avoir reçu un message de Celui qui, un message dans lequel il m'aurait suppliée de le pardonner, aurait évoqué un engouement sexuel physique et passager, serait sorti du déni dans lequel il m'a enfermée afin de mieux m'escamoter. 

Et la réception du message, le téléphone qui marquait son arrivée, le quelque chose qui faisait que je savais qu'il venait de [censuré], et non d'un autre homme, avait la consistance de la réalité. Ce fut très troublant, c'était comme lorsqu'on fait un songe dans lequel le réveil sonne et qu'on s'aperçoit qu'il sonne en vrai, mais inversé : j'avais la sensation très précise et réelle de l'arrivée du message mais non c'était seulement dans le rêve qu'il était. J'ai alors consulté mes mails sur mon téléphone, à demi somnambule, pas encore réveillée-éveillée. C'est en constatant qu'il y avait d'autres messages (merci à toi ;-) ) mais pas le sien que j'ai compris que j'avais rêvé. Et que je me suis réveillée tout à fait. Attristée.

J'écris en fin de matinée et suis encore sous l'emprise de la déception que ce ne fût pas vrai. Mais seulement un songe hyper-réaliste avec une très faible probabilité de se réaliser.

 


(Le) coup (du) torchon

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À l'heure d'emmitoufler délicatement le gâteau préparé dans un torchon protecteur en vue d'un bref déplacement qu'il faudra effectuer afin de parvenir à son lieu de partage, je remarque que celui que j'ai pris, en haut de la pile des propres et repassés, ne fait pas partie de nos vieux lots familiaux usés, qu'il ne m'appartient pas.

Je me souviens alors d'une histoire de brioches vanillées à tester, que peut-être ça date de là, du temps où les livres et le bazar n'ayant pas encore pris possession de l'appartement ni l'écriture de tout mon temps, et les chagrins du reste, nous invitions encore les amis, dont certains n'étaient pas tout à fait tranquilles de quitter leur banlieue huppée pour notre quartier alors mal famé. Quel gag qu'il se soit embourgeoisé à présent que nous ne recevons plus (1). Et que donc voilà le torchon qui emballait les brioches de test, Oh tu me le rendras la prochaine fois. Et puis : la prochaine fois n'a pas eu lieu. Comme il y avait du côté des amis du déménagement dans l'air, que j'ai changé trois fois d'ordis depuis (non par attrait des nouveaux modèles mais après quelques pannes d'où des pertes d'infos), que les amis ont peut-être écrit à mon adresse professionnelle de "l'Usine" qui aura été brutalement dégagée (ou plus probablement : continue à engranger des messages qui s'entassent dans l'ombre et que personne ne consultera jamais, ou a atteint son niveau de saturation et renvoie inlassablement un message de mailbox is full) et ne savent plus non plus trop ou me joindre ou n'en ont plus envie (je n'avais pas trop fait honneur aux brioches, ou bien fait quelque gaffe dont je serais inconsciente - la bouderie est inoppérante avec moi, fors mes très proches, je peux mettre des mois à me rendre compte que quelqu'un se tait inhabituellement, tout occupée par mon grand amour avec la perpétuelle fatigue et une existence forrest gumpique -). 

Bref, j'ai un beau torchon, une idée à peu près précise de la personne à qui il est et peu de moyens de le lui rendre actuellement (2).

Je dispose également d'un meuble, un grand, qu'une amie qu'il gênait nous avait confié mais qu'entre temps mes bonheurs de l'internet ont fâchée. D'un gros volume de Pierre Bordage qui appartient à mon ami Frédéric que nous n'avons pas revu depuis que j'ai quitté ma vie de cadre surmenée (3) - à ce propos si tu passes par là, sache que j'écris une fiction dont l'un des personnages se prénomme comme toi mais n'a rien à voir, c'est l'un de ceux qui l'ont inspiré qui m'avait dit qu'il aimerait aussi être ainsi nommé ; mais tu n'as aucun rapport avec eux -. Madame N. m'avait passé deux vêtements, mais il semble que nous n'existions l'une pour l'autre que par librairie interposée et les derniers temps furent compliqués (4).

Il est difficile de garder contacts avec ceux qui refusent et l'internet et les téléphones portables.

Je préfère ne pas parler du chagrin récent, il y a des livres et des DVD qui sont répartis ici ou là au petit bonheur la chance grand chagrin la peine. Longtemps plus tard je tomberai sur un film qu'il m'avait confié, que je devais lui rendre en juin puisqu'il passait à Paris, qu'on allait se voir, sans doute la semaine suivante ou celle d'après, et puis, voilà, non, soudain The End.

Il y a un livre d'une amie de longue date, dédicacé, que j'avais confié à mon amie si proche durant la période du comité de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun : la première y évoquait sa vie à Bagdad. La désaffection brutale et inexplicable de la seconde a laissé le volume chez elle. Peut-être l'a-t-elle entre-temps donné ou revendu sans plus se souvenir d'où il provenait (5). Le déni englobe, j'ai pu par deux fois hélas le constater, les éléments matériels qui le concernaient.

Tu peux ainsi rester avec entre les mains non seulement un sentiment qui t'encombre, puisque l'autre ne veut plus que tu l'éprouves pour lui, mais aussi des choses concrètes, matérielles, dont il nie l'existence ou qu'il tente, si c'est trop flagrant, d'attribuer à un moment d'égarement. Et la personne qui t'a effacé(e), contemple probablement avec perplexité quelque vestige du rôle renié que tu jouas dans sa vie. Qui donc m'avait filé ça ?

Plus légèrement, il y a des livres que j'ai prêtés et pour lesquels j'ignore (j'ai oublié) chez qui ils se trouvent. J'y pense parfois, lorsque j'aimerais en relire un passage. Souvent l'internet y pourvoit ou la BNF depuis que j'ai le privilège d'y être inscrite.

Il y a un manuscrit qui n'est plus chez personne (absolue bizarrerie). Ce cas est un peu à part (ce n'est pas l'amie qui manque, mais l'objet). 

Il y a aussi le cas des choses qui réapparaissent alors qu'on en avait oublié l'existence. Une amie, récemment m'a rendu un pull - je me déplace rarement sans un pull de secours, parfois il ne dépanne pas que moi -. J'avais oublié et le lainage et de le lui avoir confié.

Il n'empêche que globalement je trouve un peu triste ces traces de notre facilité à perdre au cours d'une vie les gens. Comme si nous étions de frêles esquifs sur une mer déchaînée et que nous ne pouvions guère que nous côtoyer un temps avant que les courants ne nous éloignent, chacun désormais équipé de ce que l'autre lui avait passé alors que se touchaient nos embarcations.

 

(1) Je n'ai pas tout à fait perdu espoir de reconquérir l'espace normal d'un appartement lorsque notre fille aura quitté la maison et que sa chambre pourra me servir de bureau d'où que la cuisine redeviendrait cuisine et que comme elle est assez vaste nous pourrions à nouveau disposer d'une table où rassembler, manger, boire, festoyer.

(2) Contrairement à ce qu'on pourrait croire, être au chômage ne libère pas excessivement de temps, on ne peut rien prévoir au delà des jours suivants, qui peuvent être réquisitionnés par Pôle Emploi ou ses annexes ou bien des entretiens urgents mais qui ne débouchent pas forcément. Je me vois mal entamer des recherches en vue de retrouvailles en ce moment.

(3) Je ne crois pas qu'il y ait un lien autre que les périodes un tantinet chaotiques qui ont immédiatement précédé ou suivi. Pendant ce temps il devenait cadre très supérieur ce qui occupe un peu.

(4) Elle essayait d'en savoir plus que nous ne pouvions lui dire.

(5) Ce qui peut donner lieu à un terrible effet d'apparence trompeuse : imaginons que par un circuit de revente et se le repasser, le livre dédicacé pour moi réapparaisse dans le circuit de l'occasion et que comme il n'est pas facile à trouver quelqu'un qui connait l'auteure l'y déniche. Cette dernière risque de croire que c'est moi qui fais fort peu de cas d'un présent qui bien au contraire m'était précieux. J'avais simplement commis l'erreur de le prêter à la personne au monde à laquelle je faisais une confiance absolue.

PS : Je ne parle pas ici de prêts longue durée en cours, Nicolas j'ai toujours un de tes DVD (pas encore vu) et Jeannine celui que j'avais emmené à la Brosse pour te le rendre en repartant sans te le confier (il avait pris l'air de la campagne, il est en pleine santé).


Papelitos

 

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Je dois me rendre à l'évidence : de même qu'il y a par période des migrations de chaussettes solitaires et désolidaires, il semble y avoir des épidémies de désagrégation de sacs désireux de prouver leur biodégradabilité.

Il se trouve qu'un autre sac que celui, récent, dont je parlais, vient de se morceler étalant en plein passage ce qui y avait été en vrac, il y a plusieurs années, fourré. 

Sa composition totalement désordonnée - alors que je pratique plutôt une forme de désordre par zones organisé, et que le bazar est quand même en général regroupé par thème ou par teneur - me laisse à penser qu'il faisait partie des affaires entassées dans l'urgence lors d'un dégât des eaux par remontée d'eaux de cuisine usées fin 2008 ou 2009 -. Donc s'y trouvait tout et n'importe quoi : un vêtement dont je ne me souvenais pas, des câbles d'alimentation ou de connexion (qui ne m'ont pas manqué tant que ça), des papiers ennuyeux (vieilles factures, heureusement honorées), des cartouches Parker bleu-noir (difficiles à trouver) et tout un lot de post-it pour la plupart non datés. 

J'y ai jeté un œil avant de les jeter. Ils sont divers et variés de couleur et d'intérêts. Sans doute certains sont-ils des notes de lecture, mais le livre n'est pas indiqué. Il y a les éternels numéros de téléphone non nommés (depuis, j'ai fait des progrès, n'en note plus sans au moins une indication), des chiffres devenus mystérieux. 

Tous sont de ma main, je crois reconnaître ma façon de griffonner. Ce qui me semble intéressant c'est qu'aucun sauf un ne me rappelle rien. Ils pourraient avoir été écrits par quelqu'un d'autre. Most of them don't ring any bell. Je serais incapable pour certains de savoir s'il s'agit de quelque chose qu'il m'est venu d'écrire et que j'aurais noté sur la première feuille à ma portée ou bien une citation tirée d'un livre.

Ils vérifient donc parfaitement la pratique du Robinson (je ne mets pas le lien le bougre ne blogue plus) : à savoir que des écrits éventuellement intimes au bout d'un temps certain perdent cette qualité. Les détails de leur raison d'être immédiate se sont perdus dans les mois voire les années écoulées, les personnes concernées ne sont plus là ou plus vraiment les mêmes. Devenues affaires de mémoire, les faits, nécessairement se sont paré d'une aura de fiction. La réalité est trop complexe pour être saisissable via ce qu'il en subsiste un long moment après.

La suite n'est pas nécessairement destinée à être lue : si vous vous faites chier, vous l'aurez voulu. D'autant plus que je compte battre au passage mon record de notes de bas de pages. Je vous aurais prévenus. C'est pour moi dans l'idée d'un travail ultérieur que je n'aurais sans doute pas le temps d'effectuer (je connais ma vie), afin de savoir où retrouver la transcription exacte et exhaustive (matière première). Dans l'ordre de leur étalage sur le sol : 

Post-it 1 - bleu vert - carré - stylo bille 
Hubert Lucot "Le Noir et le Bleu Paul Cézanne" (Argol)
06 78 61 38 68 le 17/07 à 18h40

Post-it 2 - bleu vert - carré - crayon à papier et feutre violet
rue de Croulebarbe
Nuala O'Faolain Mona gildaf
flickr
la vie sauve (1)
pedzouille = country bumpkin

Post-it 3 - blanc - petit format - stylo bille noir stylo plume bleu en surcharge
Esmeralda Dennison (2)
300 000
3000 3000 300 300
Marianne Marion
Will Collins (3)

Post-it 4 - rosé - carré - stylo bille et feutre violet
→ incapable de répondre non même à un référendum (4)
42 25 17 (5)
6 12 70 72

Post-it 5 - bleu vert - carré - crayon à papier (6)
- Pourquoi la fenêtre a des barreaux
- Pourquoi on perd sans arrêt nos chaussettes
- Pourquoi on n'est jamais allé à Hauteville House (7)

Post-it 6 - bleu vert - carré - stylo bille (8)
Jonathan Coe 26/08/06 20h-21h
Viviane Hamy 26/07/06 France Cul 23h20 → ? (9)
6 août 21h-22h Sylvie Germain

Post-it 7 - bleu vert - carré - stylo bille (10)
17h-17h30 Culture
11 août Marie Darrieusecq
14 août Sylvie Testud
17 août Rykiel ⤻ Sarraute - Woolf
24 août Ariane Ascaride
25 août Frédéric Mitterrand
07/11/01

Post-it 8 - bleu vert - carré - stylo bille
② ──────────── France Cul
Annie Saumont (Losfeld)
qu'est-ce qu'il y a dans la rue qui m'intéresse tellt ?
────────────
lundi 17 juillet 11h20→30
Italo Calvino
jeudi 20 juillet Ourania
Le Clezio

Post-it 9 - bleu vert - carré - stylo bille bleu fin
dimanche 25 juin
France Culture
Vivre sa ville
7h05/8h00
cimetière parisien des Batignolles

Post-it 10 - bleu vert - carré - stylo bille noir fin
La goutte d'eau
désaltère
en même (abrégé) tps qu'elle
altère
────────────
"quelques fois j'ai les idées
si claires qu'elles me 
font mal aux yeux"
du pas de plus la 1ère

Post-it 11 - bleu vert - carré - stylo bille noir fin (11)
vers les 26 et 27/05/05
photos pour Arles
à nice and new pedestrian way

Post-it 12 - orange - carré - stylo bille noir fin et la dernière phrase au crayon à papier (12)
Pour les ressemblances
c'est pas
exprès et
pour le reste
d'ailleurs non
plus
───────
à plus tard comme tu voudras

Post-it 13 - bleu vert - carré - stylo bille noir fin et des essais de refaire fonctionner un stylo bleu
mettre en mot
pour moi
c'est parfois
un peu lourd
(+/- from David)

Post-it 14 - bleu vert - carré - stylo plume bleu sombre qui n'aurait pas fonctionné depuis longtemps
une tâche de café en bas à droite
on en crâme
on en crêve
name from spam
→ Zelma Magnani
why be an avera guy
any longer (13)

Post-it 15 - bleu vert - carré - stylo bille noir fin et feutre mauve (au dos)
① France Cul
mercredi 26 juillet
Viviane Hamy
de minuit à 0h40
────────────
dimanche 23 juillet 18h10
Stella Baruk
dimanche 6 août 21h
Sylvie Germain
(au dos) qui ont permis à cette fiction d'échapper à la réalité.

Post-it 16 - orange - carré - stylo noir (14)
→ 020406
name : Marcelino
14h27 1h47 36 jours 40 8 mois
37 jours
11'39
1 47
07/11/03
99
47
9h52 1h47 

Post-it 17 - orange - carré - stylo noir puis feutre
La beauté déborde
je ne peux la cadrer
────────────
pour Traces
Monsieur Pinault
se préoccuperait-il 
de ma pilosité ? (15)

Post-it 18 - orange - carré - stylo noir puis feutre (16)
Prova racogliere
meie pezzi si
che ti sei portata via
con te -
je suis en permanent danger

 

Ce dernier post-it est presque réconfortant : ça a beau être rude, c'est quand même moins pire cette fois-ci. Je crois plus en l'amitié qu'en l'amour d'où que celui-ci fait moins de dégâts en disparaissant brutalement.

   

(1) Ça je sais, c'est le titre d'un roman qui pour moi a beaucoup compté. 

(2) Not the slightest idea who it can be. Rien trouvé de probant sur les moteurs de recherche. Il s'agit donc peut-être d'un nom de personnage de roman. Lu ? Que je comptais écrire ? Ou d'un patronyme qu'un spam utilisait.

(3) Lui, je sais : famous old poet

(4) Je ne pense pas qu'il s'agisse de moi dont la capacité à envoyer promener sans la moindre diplomatie n'est pas à prouver. Qualification d'un personnage ?

(5) chiffres écrits verticalement. Je soupçonne une soustraction.

(6) forte thématique "questions existentielles" :-) . Ce serait des notes en vue d'un de ces billets de blog pour participer à un questionnaire qui circulait (et dont l'usage peu à peu se perd mais qui florissaient au début des blogs), que ça ne m'étonnerait guère.

(7) Hauteville House ou bien l'appartement de celle qui était mon amie intime et que j'appelais ainsi par référence au nom de sa rue. La question porterait alors sur le fait de n'y être jamais allée en famille au complet.

(8) On dirait un relevé d'émissions de radio que je souhaitais écouter.

(9) Cette entrée est encadrée, sans doute voulais-je ne surtout pas louper cette émission

(10) On dirait le petit frère du précédent, le mois est le même mais la seule date entière indiquée précède de cinq ans. Elle n'a donc peut-être rien à voir.

(11) Je me souviens très bien avoir joué les photographes en second pour le comité de soutien de Florence Aubenas et Hussein Hanoun. Aurions-nous fourni des images pour le festival d'Arles ? (plus aucun souvenir - pas exclu) 

(12) Troublant : on dirait des bribes de messages. Mais je n'ai pas l'habitude de noter quoi que ce soit avant : quand j'en écris c'est dans l'instant. Ou alors étais-je à "l'Usine" et dans un cas d'empêchement mais ne voulais surtout pas oublier. Ces phrases pourtant semblent anodines. Perplexité.

(13) La fin semble provenir d'un spam

(14) Plus aucune idée de ce à quoi peuvent correspondre ses décomptes. Peut-être m'embêtait-on sur les heures du temps partiel que j'ai occupé du 1er avril 2005 au théorique 1er avril 2009 ? Marcelino est peut-être un prénom de spam qui m'avait amusée.

(15) Le "pour Traces" étant précédé d'un "OK", je peux supposer que j'ai réellement sur ce thème écrit un billet, je crois savoir quoi (billet du 28 juillet 2006)

(16) Note d'après le 17 février 2006 c'est évident. Et je reconnais bien ce qui m'arrive quand ça ne va pas d'avoir recours à mes autres langues plutôt qu'au français

 

 

 

 

 

 


Indésirable (rêve heureux (ou très malheureux))

Note en double tu

 

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C'est une réflexion que tu as faite en te levant avec peine "Tu as de la chance, tu restes à la maison" qui m'a engendrée ce rêve de rendors après une triste première pensée :

depuis que le froid est tombé, même si pour l'instant il n'est pas excessif, je ne cesse d'être soulagée de n'aller point travailler, submergée de fatigue, ou de douleurs physiques, ou après des accès nocturnes du palud du chagrin, ou des bouffées de peine qu'un emploi de bureau rendrait ingérables (je désteste ce mot mais il s'agit bien de ça). En même temps je sais que si j'étais en librairie, comme jusqu'à il y a peu à Livre Sterling, je tiendrais sans problème, heureuse et motivée, contente d'employer mon corps à un travail physique. Simplement je serai trop fatiguée pour écrire après.

 

*        *        *

Je me réveillais dans notre lit que tu avais laissé. Il était plus tard que je ne le croyais, d'ordinaire nous nous levions en même temps, et tu étais probablement déjà parti accompagner à son lycée le plus jeune des garçons. Il faisait froid mais grand soleil, ce qui, rare en cette pluvieuse saison, méritait un salut. Nous devions faire souvent l'amour et bien, je me sentais comblée, sans ce vide vertigineux qui depuis bientôt huit ans si souvent me tenaille. J'enfilais un de tes pulls et descendais à la cuisine après un bref passage aux toilettes de la salle de bain, que j'ai toujours préférées à celles du premier. Nelson me faisait fête et les chats, courtois, venaient me saluer. J'avais une pensée, comme toujours, pour Nina.

Je déjeunais en paix. Scrambled eggs, café,
jus de fruits frais, pain grillé. Pasta speculoos
crunchy que tu n'oubliais jamais de m'acheter.
Tout était propre et calme.  6a00d8345227dd69e2019affc05e1c970d-800wi

 J'ai mis sur la platine un vieux vinyl de Mal Waldron, celui que tu m'avais fait découvrir rue du Zodiaque et qui était resté, sans doute pour cette raison, mon vraiment préféré. Déjà les mots venaient. Le stagiaire (1) sans doute n'allait pas tarder, ni toi sans doute, qui profitais parfois de la sortie matinale obligée pour faire quelques courses, du pain frais (2).

Je prenais une douche rapide, pestant un peu contre la vétusté relative de l'installation, c'est un peu la malédiction de la plomberie anglaise. On s'y fait. Puis j'allais dans notre bureau, ma place face à la porte avec la fenêtre sur ma droite, la tienne inchangée, et me mettais à travailler. J'avais toujours le MacBook Air offert par les amis, et parfois m'installais, surtout quand tu souhaitais être seul, sur la table de la salle. Mais pour démarrer au matin je préférais la pièce prévue pour. Et quand nous étions deux c'était plus stimulant. Un regard, un sourire, et nous repartions dans notre concentration. Seule me gênait parfois la sonnerie du téléphone qui concernait le plus souvent la maison d'édition.

D'ailleurs il sonnait. C'était un journaliste pour une interview (de toi) en flamand. Je répondais sans effort de mon néerlandais scolaire mais opérationnel afin qu'un rendez-vous puisse être pris ultérieurement.

Le réveil est venu de ce que j'ai cru à un coup de fil en vrai. C'était bien mon téléphone. Pour un texto de mon meilleur ami concernant un concert ultérieur potentiel. Providentiel, il m'a raccompagnée en douceur dans la vie d'ici. Mes jambes, et la hanche gauche étaient douloureuses. Je devais sans tarder affronter la douleur, sans doute qu'une fois levée tout rentrerait en place, une gêne courbatue plus qu'une souffrance aigüe. Tu es revenu de chercher du pain frais. Je suis parvenue à venir t'embrasser. Puis la journée était lancée : je devais écrire, à toute blinde, et ranger. Écrire sans attendre que quelqu'un me soutienne. Écrire sans attendre de n'avoir plus de peine, d'avoir trouvé la paix. Car il est vraisemblable qu'elle ne survienne pas, ou reste si incomplète. Indésirable, je n'ai pas de place au monde, n'en aurai sans doute jamais. Toujours trop quelque-chose ou pas assez. Déclassée ou surclassée. Trop intelligente pour ma condition. Pas assez pour m'en arracher. Trop moche, pas assez blonde pour séduire ou garder (4), pas attirante, tu me l'as dit, je le sais. Et un peu vieille, désormais. Le temps presse. Je dois avancer. J'ai enfilé un de tes pulls. Ils sont trop grands mais ils sont chauds. Sur son portrait du mur, l'ami Jerome me souriait (3). Tu m'avais dit qu'il passerait. J'avais hâte de ces retrouvailles même si c'était (surtout) pour travailler.

J'ai songé à Krešo Mikić, le mystère résolu, cinq ans après (cinq !) de la silhouette semblable. Je finis toujours par comprendre. J'y mets trop longtemps. Y être parvenue m'a donné cependant le morceau de courage manquant.

 

(1) qui travaillait pour quelques mois dans les bureaux du sous-sol pour ta maison d'édition.

(2) car ma présence avait quand même à la marge modifié quelques habitudes

(3) Le portrait d'en vrai n'est pas très riant. C'est amusant.

(4) Je suis toujours quittée pour une femme aux cheveux teints, à croire que l'homme occidental a l'érotisme monochrome et très standardisé (Florence A. a donc raison)


J'ai hâte

 

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Joies de la ligne 13, me voilà littéralement collée à un beau jeune homme, lequel discute par dessus mon épaule, obstacle involontaire avec une collègue et amie. Il est touchant, au bord d'un premier rendez-vous avec quelqu'un que la femme semble connaître et qui, sans doute heureuse dans sa propre vie, s'emploie à le rassurer. 

 

Estimant sans doute qu'il en a trop dit, ils semblent avoir de nombreuses connaissances communes, il change de sujet, dit qu'il descendra à Satin Lazare, que s'il repasse chez lui il risquera d'être en retard. Qu'il va sans doute en profiter pour acheter Harry Quebert, "J'ai hâte de le lire" confie-t-il. 

 

Elle lui conseille d'attendre le poche, sans doute en janvier (1), mais la personne qui lui a parlé du livre a dû faire du bon travail, car visiblement il ne tient pas à être raisonnable sur ce coup-là.

 

Je me souviens alors que j'ai été heureuse, il y a exactement un an et un mois. Heureusement que j'ignorais alors tout ce qui m'attendait de difficile après. 154315_4260456102701_125689163_n

Le bonheur des uns est-il inévitablement batti sur le malheur des autres ?

 

(1) Ah bon ?

PS : ma peine n'a rien à voir avec le livre ou son auteur mais tout avec la disparition de la librairie, l'absence de nouvelles quant au devenir du patron, et une autre absence (de quelqu'un qui n'était pas là ce soir-là)

Crédit photo : Douja


C'est Noël (habillée pour l'hiver (litt.))

Ce matin au courrier : 

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J'ai par ailleurs en rentrant hier soir tardivement trouvé mis aux encombrants et pour certains en état neuf et tout propres (1) deux impers, un blouson, deux paires de chaussures de sport et un manteau, de style classique et confortable et comme souvent parfaitement à ma taille. Il y avait aussi deux pièces de linge de maison de bonne qualité de coton, couleurs normales, neuves ou quasi. Le tout dans des sacs posés de toute évidence intentionnellement avec quelques éléments de meuble démonté, ce qui tend à suggérer si les déposants sont les mêmes, une opération de vidage des placards et réaménagement. Je suis ravie de l'aubaine, moi qui m'efforce de ne rien dépenser de non strictement nécessaire et n'aime acheter des vêtements qu'en présence d'un bien-aimé - pour le regard appréciateur, agacé ou amusé - ou chez le vendeur hypermnésique, séduisant et chaleureux de la boutique So What ! qui un jour d'orage d'été m'avait si bien secourue (2), ce qui ne risque pas de m'arriver avant un certain temps, neither ways. 

Au courrier de ce  matin il y avait aussi ceci 
(que j'ai racheté d'occase sur l'internet après avoir écrit ce billet) :

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 Et je sens que je vais bien m'amuser.

 C'est un peu Noël en novembre, un délicieux suspens en plus. Ne manque plus qu'un job. 

(et un merveilleux ... , non, rien)

 

(1) Comprendrais-je un jour pourquoi des gens jettent des objets en parfait état ? Ils sont trop neufs pour qu'ils s'en soient lassés. Alors quoi ?

(2) Étrange garde-robe que la mienne entre pièces de musées (certains tissus défient le temps et comme ma taille n'a pas changé parfois je les remets), vêtements corporate que je n'enfile plus que rarement, pulls en quantité (achats par urgence de froid), vêtements de fripiers ou de chez Tati, quelques éléments utiles acquis au bout de la rue (siège social d'une marque avec boutique en bas, so convenient), quelques habits de haute qualité voire de créatrices, fortunes d'encombrants (dont une robe de soirée qui attend son occasion), souvenirs de voyages, et ceux-là : vêtements achetés soudain pour faire face à une situation précise : un changement de temps (météo) brutal loin de la maison, un craquement intempestif en plein déplacement, et, quand je travaillais en bureaux (3) des épisodes de type : pigeons indélicats ou cafés bondissants.

(3) Le fait d'être au travail empêchant de rentrer chez soi se changer et obligeant cependant à retrouver une allure acceptable rapidement.