Le temps du rangement


    L'état de l'appartement est clairement dû à l'épuisement des deux plus âgés habitants, au fait que je lis énormément et souvent des livres que j'achète ou que l'on m'envoie donc ensuite ils restent, et à une première époque de dérangement lorsqu'il avait fallu récupérer les papiers, les dossiers, d'un père seul tombé gravement malade (1), deux ans plus tard le siège social de l'entreprise pour laquelle je travaillais brûlait et j'ai perdu toutes mes affaires, ce qui parce que je faisais office d'archiviste pour mon hiérarchique direct ("Au moins dans ton bureau c'est rangé") dont le bureau fit partie des zones épargnées m'a un temps rendue incapable de rangements. 

À partir de là les choses ont empiré à chaque coup dur, maladies, ruptures, ou périodes trop intenses pour mes capacités, reconversion professionnelle incluse. Sans parler des fuites d'eau qui engendrent des déplacements d'affaires dans l'urgence et font perdre le fil des emplacements. En particulier les recherches pour la fuite d'eau invisible nous ont fait bouger pas mal de choses de façon tout à fait désordonnée afin de chercher d'où diable ça venait (2).

Depuis le 7 janvier, je n'ai su faire qu'un minimum vital - le linge, les livres en cours et les documents administratifs d'usage immédiat -, je suis miraculeusement parvenue à payer à temps les factures, déclarer et payer à temps les impôts, nous n'avons eu d'incidents bancaires que par la suite d'ennuis dentaires dispendieux. Je comptais reprendre les choses en main lors de mes congés que je passais à la maison puisque les dates n'en étaient pas favorables pour partir (3), à quelque chose malheur est bon. Mais un pied blessé m'a gênée pour entreprendre quoi que ce soit. 

C'est seulement à présent, que je parviens à dégager du temps et enfin ranger malgré l'épuisement. 

Il se trouve que la dernière rupture subie remonte désormais à un an et demi. En retombant, lors du tri, inévitablement sur des livres dédicacés ou des copies de messages conservées car à l'époque ils me rendaient heureuse ou sur des vêtements achetés sur place (4), j'ai compris que sans l'avoir cherché, d'attendre j'avais bien fait.

La blessure est légèrement cicatrisée, suffisamment pour me permettre de reconsidérer les choses avec indulgence, même si la perplexité ne m'a pas quittée, accéder à nouveau à l'illusion, beaucoup moins difficile à accepter que l'idée d'une manipulation délibérée de sa part, qu'il a effectivement un temps cru à quelque chose et seulement plus tard, finalement non. Qu'il n'avait pas menti sur ses problèmes de santé, qu'il est allé mieux après ; la cruauté du sort a voulu qu'une autre en profite.

J'ai donc pu faire place nette, archiver ce qui le concernait, regrouper ses livres sans plus être tentée ni d'y replonger (souffrance inutile), ni de pleurer (le pire est passé), sans plus de ressentiment - non, il ne m'a pas volé cinq ou six ans de ma vie, d'abord parce qu'il ne l'occupait pas seul, ensuite parce qu'au vu des échanges que j'ai retrouvés, sans trop les relire d'ailleurs, simplement le nécessaire pour trier, quelque chose de très beau s'était noué. Il n'était alors ni fou ni niais. L'homme que je connaissais n'aurait pas commis d'auto-promotion égocentrée au lendemain d'un attentat majeur, et avec moi il n'aurait pas été poussé à produire quoi que ce soit de niais. Les circonstances, l'amour, l'auront changé. Je n'ai pas à souhaiter d'oublier ces années ni d'avoir eu un tendre ami. Il m'a fait du mal mais pas détruit ma vie. Je n'ai pas besoin de chercher à l'effacer, de chercher à effacer toute trace de ce qu'il fut, qui vaut mieux que ce qu'il est. Il convient désormais sauver de bons souvenirs et passer à la suite, qui de toutes façons ne devrait pas permettre le luxe des états d'âmes : financièrement on va en baver, il faudra que je travaille très vite si je veux que l'on ait une chance de s'en tirer ; que je sois au meilleur de ma forme. Encore une épreuve pour le vieil amour que les ans consolident.
Étonnante loterie que celle de la vie.

Le seul puissant chagrin est désormais la mort de l'ami Honoré.

 

(1) pas le mien (je précise pour le cas où des personnes qui connaissent ma famille d'origine liraient)

(2) Le moins qu'on puisse dire c'est que nos efforts furent doublement vains puisque le voisin a cru qu'on n'avait rien fait.

(3) Je n'avais pas envie de partir seule et les dates ne coïncidaient pas du tout avec celles de mon conjoint qui pour cause de fermeture générale de l'entreprise en août, n'avait pas le choix des siennes. Nous aurions pu partir une semaine début juillet mais elle ne me fut pas accordée.

(4) Généralement pas tant par élégance que pour faire face à une surprise climatique.


Des décoincements tardifs de compréhension


    Une future mariée faisait la réflexion il y a quelques mois, concernant sa propre vie, C'est curieux, à partir du moment où j'avais pris la décision (1), tout s'est décoincé et ça a été une avalanche de bonnes nouvelles.

J'ai pris une décision sérieuse et dangereuse financièrement et pour le moment c'est plutôt Pendant les changements la poisse continue, il n'empêche que comme si je récupérais déjà pour partie l'usage personnel de mon cerveau (en espérant qu'il ne fait que précéder de peu la récupération de mes bonnes jambes et que je n'ai pas pris la décision trop tard), j'ai eu droit cette semaine à un festival de décoincements de compréhensions.

En vrac : 

- En regardant Citizen Four, je mesure à quel point la coïncidence chronologique de l'éclatement des infos sur les pratiques de surveillance généralisées m'avait aidée à l'époque à ne pas sombrer lors d'une rupture subie très violente dans son annonce et passablement inattendue (deux ou trois signes avant coureurs qui pouvaient s'expliquer autrement) ;

- La révélation, confirmée par la lecture de "La chair interdite" de Diane Ducret, que jusqu'au début du siècle dernier, les femmes n'avaient pour leurs menstrues pas de protections périodiques. J'imaginais que nos aïeules utilisaient de vieux linges, accumulaient des épaisseurs, sous d'épais jupons. Et pensais bien qu'une femme dans une vie "normale" passait son temps de grossesses en allaitement et finalement ne devait pas avoir tant que ça de périodes de sang. Mais voilà que j'ai appris qu'en fait au contraire on utilisait des culottes fendues et on laissait pisser. D'où que les ateliers par exemple comportaient au sol de la sciure, d'où que toutes sortes d'interdits débiles vus de notre présent soudain s'explique - hé oui, les femmes à certains moments du mois puaient et c'était mieux qu'elles restent chez elles -. D'où aussi l'explication de mystérieuses grandes culottes trouées trouvées dans les affaires de mes grands-parents dont on s'était dit qu'elles servaient peut-être pour ménager la pudeur lors des accouchements. 
C'est très curieux qu'arrive en 2015 l'explication d'une interrogation de 1982, que l'on avait presque oubliée.

- La (re?) découverte que le premier contrat pour gagner par son travail de l'argent  signé en France par une femme et non pour elle par son père ou son mari n'était pas comme je le croyais la Comtesse de Ségur (en octobre 1855) mais George Sand (pour Indiana, je crois, en 1832), et parce que tout bonnement personne n'avait envisagé qu'une femme le fasse pour de l'écriture - du coup ça n'était stipulé nulle part qu'un père ou un mari devait se substituer à la femme concernée -, que peut-être on feignait de croire au George masculin. Toujours est-il que c'était passé.

- Que pendant au moins la première moitié du XIXème siècle une femme qui pour des raisons pratiques ou d'économie souhaitait revêtir des habits masculins, devait solliciter de la préfecture une autorisation de travestissement. J'avais beau savoir que dans nombre de professions le port du pantalon fut prohibé jusqu'à une date très tardive (par exemple dans la banque jusqu'au début des années 70 du XXème siècle), ça surprend.

- Comprendre que si je me sentais "comme chez moi" ou "de retour chez moi" en lisant les contes de Carole Martinez, c'était pour partie en raison du substrat commun avec Barbey d'Aurevilly : des légendes locales dont on nourrit une fiction originale. En l'écrivant dans un soin du style - mais qui reste au service du récit -.

 

(entre autres "révélations" toutes récentes. mais il y en eut d'autres également)

 

(1) Une décision difficile et importante (pas le mariage lui-même)


Nouvelle année


    Ça m'est resté de l'enfance, puis de la période où je travaillais en entreprise, du temps où les projets conséquents existaient qui courraient sur un rythme d'un été l'autre sans spécialement tenir compte des fins d'années du calendrier - fors pour certains découpages de budget -, de mes années de mère de famille de jeunes enfants scolarisés, d'abonnée (ou ex-abonnée) à certains théâtres aussi et de membre de différentes associations, sportives ou musicales, mais voilà pour moi les années sont sur le rythme de celles d'écoles. Elles s'achèvent au 15 août pour après un espace transitoire voir une nouvelle saison arriver au moment de la rentrée où à son plus proche dimanche soir.

C'est donc demain le début de 2015/2016.

Et ce soir le moment de faire un bref bilan.

2014/2015 aura été rude. 

2005/2006 avait été une sorte de triangle des bermudes, comme si nous (= ma petite famille) devions subir une colère des dieux, une malédiction ancestrale, c'était étrange de voir en temps de paix tant de coups durs se cumuler dans tous les domaines possibles de façon quasiment simultanée. 

Peu à peu la vie avait repris un cours plus cohérent. J'avais trouvé en 2009 l'énergie de me défendre d'une attaque insensée pour sauver ma peau professionnelle et ce mouvement semblait avoir relancé ma vie dans son ensemble vers une progression. Tout n'était pas simple, il y a eu des chagrins, des ennuis d'argent, une rencontre décisive qui n'a pas bien tourné (0), un petit succès dont je me suis à peine rendue compte, une chance formidable qui m'aide encore à présent (1) et de belles et solides amitiés.

L'automne 2012 a été un moment de grâce. J'ai été trop surmenée pour le mesurer - encore que, en retombant sur des bribes d'alors je me rends compte que je faisais la part des choses entre ce qui était formidable, la fatigue qui m'empêchait d'en profiter parfaitement, et la déception que quelqu'un m'avait infligée, mais qui restait présent et proche -. 

Mais la fin de 2012/2013 avait été une dégringolade, plus d'emploi salarié - et pour le coup la conscience aigüe que j'avais eu la chance de partager une expérience sauf les derniers mois formidable - et une rupture subie combinée (2). 

2013/2014 a été l'occasion de prouver une fois de plus que je peux être une survivante. Je peux sans doute remercier les ami.e.s, l'homme de la maison, mes enfants, et mon grand-frère électif. Le système de chômage qui permet en cas de licenciement économique de ne pas devoir encaisser le choc sans filet. Et je peux remercier très fort Satsuki et Claude qui m'ont aidée économiquement, l'une à tenir financièrement malgré un emploi que j'ai refusé (3) l'autre à sauver une fin de mois qui avait été rendue catastrophique par l'erreur d'un tiers. Mais quelqu'un de la famille a vu revenir un épisode de crise de sa maladie chronique et la fin de cette année là a été d'inquiétudes et d'épuisement.

J'ai vraiment cru que 2014/2015 serait enfin l'occasion de stabiliser une vie quotidienne propice à l'écriture et à la progression de ma condition physique à laquelle je persiste à croire comme si quelque chose me devait compensation pour les années d'enfance et de jeunesse traversées bien en dessous de mon niveau réel, trop occupée par les phases de fièvre et de toux et de ne plus tenir debout. Je suis une sportive. Mon corps n'est pas tout à fait d'accord. Ça se négocie.
Mais je travaillais et travaille encore dans une librairie à fort passage et j'avais fait la permanence estivale, ce qui fait que lorsqu'à la rentrée ont succédé les flux de clientèle grossis par les achats Trieweiler - Zemmour - Modiano, malgré un emploi à temps partiel je suis tombée fatiguée et du coup salement enrhumé en novembre, où je n'avais pas pu prendre de congés même brefs, et il avait fallu enchaîner sur le temps plein intense de fin d'année. Ce qui fut fait. Je sais honorer un contrat. Seulement j'ai débuté 2015 exténuée et comptant profiter d'une période d'accalmie pour me refaire une santé.

C'est alors qu'est survenu le 7 janvier.

Complété par une sorte de sous-catastrophe intime le 8. En l'écrivant ça me fait songer aux balles à fragmentation. Une première blessure serait grave mais pas fatale seulement le projectile est conçu pour poursuivre ses dégats.

J'ai assuré. Sans doute que travailler sans manquer un seul jour fors celui des obsèques d'un ami, a aidé, j'étais obligée de tenir, de me concentrer. Mais l'effet à un moment s'est inversé : j'avais esquivé le deuil, un deuil à plusieurs étages, collectif, personnel et de la blessure secondaire et il me rattrapait. L'été sans vacances mais non sans congés - ça tombait bien j'avais un pied à soigner -, m'a permis de refaire surface. Malgré un nouveau deuil, plus éloigné mais non sans forte émotion.

J'aborde 2015/2016 avec une volonté de m'en sortir renouvelée. Mais je sais que ça ne sera pas simple. Et qu'il me faudra prendre un risque financier. Avant que d'être une fois de plus rattrapée par le syndrome de George Bailey. Tenter le tout pour le tout. 

Je crois que j'ai compris que pour quelqu'un comme moi, les conditions minimales de sérénité ne seront jamais rassemblées. 

Le 8 septembre je saurais si l'un de mes projets est insensé ou acceptable.

Et puis j'en ai un autre, fou (je pars de rien, matériellement), à longue échéance (je n'ai pas le temps pour l'instant et ne l'aurait pas dans l'immédiat) mais très sérieux (si je l'accomplis un jour il rendra service à bien des gens) : réaliser un documentaire sur un sujet précis qui me tient à cœur. 

Mes bonnes résolutions ? Ranger l'appartement, faire refaire ma carte nationale d'identité et mon permis de conduire égaré.

 

(0) Depuis que j'ai lu le nouveau roman de Delphine de Vigan je me demande si je n'ai pas été purement et simplement manipulée. Jusqu'alors et malgré le 8 janvier, j'ai cru à la sincérité mais grande maladresse de qui j'avais rencontré. Ainsi qu'à ma trop grande naïveté.

(1) L'accès grâce à mon écriture sur blogs à un lieu de travail que je n'ai pas à la maison. L'indispensable "chambre à soi" sauf qu'elle est collective. Ça me va. 

(2) J'ai encore aujourd'hui du mal à ne pas croire que l'annonce au détour d'un message d'un truc du type "Va-t-en plus loin, j'ai trouvé mieux", n'est pas liée à celle de mon chômage devenu imminent et que jusqu'à ce moment depuis plusieurs mois celui qui me congédiait avait crânement joué sur les deux tableaux. Tant que j'étais libraire je pouvais être utile. Certaines coïncidences sont difficiles à avaler.

(3) La proposition était prometteuse mais je n'étais pas en état de l'assumer. À un certain point travailler peut aider à se remettre d'une rupture, d'un deuil, d'un accident, mais si on est en dessous d'un certain état physique, on ne peut pas parvenir à assumer ce qui est demandé et alors ça peut se révéler encore plus destructeur.


Tien jaar (once more)

J'ai déjà écrit un billet sur Dix ans après mais vu de l'angle que m'avait donné à ce moment-là le fait de prendre conscience que les attentats de Londres dataient de tant d'années.

Ce soir le billet Drôles d'échéances chez Sacrip'Anne m'a fait repenser à ces dix ans écoulés, mais vu sous celui plus personnel de ce qui dans ma vie a changé.

Ce qui est très chaleureux c'est que précisément comme elle qui en fait partie "J'avais rencontré ou allais rencontrer (ou e-rencontrer) ceux qui sont de proches amis d'aujourd'hui." et presque tout le monde est encore là aujourd'hui, même si les couples ont changé et que l'un des amis a totalement disparu des radars (1). Et c'est bon de constater que dès que l'on retrouve un peu de temps personnel on en profite pour se (re)voir. 

J'avais déjà pris mes dispositions pour me ménager du temps pour écrire et ... aussitôt commencé à collectionner des ennuis ou péripéties destinées à m'en préserver empêcher. Le coup de la cassette video de l'otage diffusée exactement lors de mon premier jour de liberté de mi-temps n'était au fond que le début d'une longue longue longue série. Il y a dix ans j'étais au bord d'être quittée deux fois mais l'ignorais totalement car dans les deux cas ça s'est passé sans signes avant-coureurs assez clairs et sans que l'une ou l'autre relation ait semblé mal aller. J'étais au bord de me voir annoncer un diagnostic qui par chance s'est révélé faux (ce qui m'a encore été confirmé récemment). Ma fille souffrait mais je l'ignorais alors des premiers symptômes de sa maladie chronique. Il y a dix ans ce qui m'occupait à fond en dehors de mon job c'était l'Hôtel des blogueurs. Et je ne tenais pas encore ce blog-ci. 

Il y a cinq ans, j'avais quitté mon vieil emploi et émergeais de la zone d'épuisement dû à la brutalité de l'affaire - même si ç'avait été une décision de ma part, presque un coup de chance -, m'apprêtais à devenir libraire, ce qui reste à cet heure le métier qui me convient le mieux de ceux que j'ai été amenée à exercer, je venais de m'inscrire à la Grande Bibli (2) grâce à une nouvelle amie, me croyais aimée, vivais avec intensité, écrivais - ça avançait, cette fois-là j'ai été coupée dans mon élan par du travail qui m'a trouvée - et observais mes villes. Le comportement des gens. Avec tendresse et amusement. Ce qui est frappant en relisant quelques billets du mois de juillet 2010, c'est cette impression qu'ils datent d'avant guerre, dont je ne sais pas trop si elle a démarré en 2011 avec les révolutions méditerranéennes ou le 7 janvier 2015 en vieille Europe de l'ouest, mais je ressens même sans guerre ouverte ni ligne de front, la fin d'une paix qui déjà n'était que relative. J'écrivais des billets
cryptiques
, leur charme est que longtemps après on ne sait pas toujours comment les interpréter. Grâce à quelqu'un en particulier je me remettais des ruptures de l'année 2005/2006 et je progressais. Je n'aimais déjà pas trop les beaux quartiers, il m'était arrivé un truc bizarre (que j'avais totalement oublié, au moins ça ne m'a pas traumatisée). En revanche c'était l'époque où mes commentaires commençaient à être sévèrement trollés par quelqu'un qui semblait croire que l'on se connaissait. Et c'était beaucoup plus embêtant.

Au bout du compte et même si entre-temps il y a eu à nouveau une période très difficile et pas vraiment de trêve depuis, d'autant plus qu'à part ces jours derniers l'année 2015 s'est engagée sans merci, je ne m'en suis pas si mal tirée.

Et j'ai oublié mes franchissements de dizaines d'âge, trop accaparée et trop fatiguée. Je ne me suis même pas aperçue que je passais une étape physiologique normalement marquante, c'est dire.

Je dois parvenir, c'est à présent urgent, à équilibrer ma vie entre les différents travails. Et comprendre qu'il est inutile d'attendre une éventuelle accalmie. Il y aura toujours quelque chose qui ne va pas ; à la loterie de l'existence j'ai tiré une carte redoutable, celle de "Tout sauf l'ennui". 

Les enfants ont poussé, la tendresse n'a pas déserté. Les projets abondent, ceux d'écriture plus que jamais. Il faut profiter de ces précieuses provisions pour avancer.

Merci Sacrip'Anne pour ton billet. Il aide à se poser.

 

(1) Je reste avec la sensation d'avoir été une élimination collatérale. On compte souvent bien moins pour les autres que les autres ne comptaient pour nous. J'ai beau être assez vieille pour l'avoir compris depuis longtemps, je ne m'y fais toujours pas.

(2) Ou m'apprêtais à le faire


Une bizarrerie (mes neurones en parallèle)


    Ainsi donc c'est la troisième fois que mon cerveau me fait le coup de disposer de toutes les infos nécessaires pour établir l'évidente connexion entre une personne que je connais et une autre que je connaissais ou un travail d'elle-même qu'elle avait fait et que je connaissais. Un lien qui aurait dû me sembler évident dès la rencontre elle-même et qui pourtant aura mis entre 8 et 24 mois pour s'établir enfin. Et le plus souvent de façon fortuite. Ou plutôt par une conséquence logique mais involontaire.

Pourtant dans la vie, je suis celle qui, délivrée du poids des enfants petits, assoiffée d'apprendre, en perpétuel appétit de bons moments (et les soirées en librairies, ou voir un bon film, le sont) et donc sortant beaucoup, pratiquant aussi l'internet dans sa version chaleureuse de contacts et d'échanges, fait souvent le lien entre les uns et les autres. Avec une vista pour les collaborations fructueuses et autres affinités dont j'aimerais qu'elle puisse un jour s'appliquer à ma propre vie - mais on dirait qu'hélas je suis moi-même exclue du champ de mes propres capacités ; ou bien ma capacité est celle-ci et rien d'autre : présenter les uns aux autres afin qu'ensemble ils puissent progresser -.

Il m'est donc particulièrement troublant de constater à quel point mes neurones ou tout autres éléments impliqués dans les processus de pensée fonctionnent pour moi-même en parallèles sans jamais spontanément se croiser et pour le collectif en très efficace toile qui relie les autres.

Je reste très émue de ce que je viens d'apprendre. Un lien entre un ami relativement récent et d'autres qui datent du temps où je venais de faire la rencontre décisive qui allait bouleverser ma vie. Et une foule d'éléments incompréhensibles isolément prennent harmonieusement place. Dont le fait que je me sente à ce point affectée par la mort de Patrice Chéreau alors que je n'ai fait que parfois le croiser - et apprécier ses travaux, certes, mais d'ordinaire ça ne suffit pas pour avoir du chagrin comme ça -. 

Émue et heureuse de ce que j'ai enfin appris,  mais troublée par mes sortes de micro-aveuglements, voire d'amnésies. Comme un sortilège. Ou un enchantement.

 


Écriiiiiiire !


P5151818Allez, depuis début avril tout ne va pas si mal, même si de méchants nuages s'amoncellent, tant du côté collectif (planète, politique, guerres, obscurantisme, ultralibéralisme tout est au bord de former une très mortelle mayonnaise ; et épidémies Ébola comme un petit avant-goût), que personnel (sous, santés familiales, boulot des proches) et que les deux derniers deuils sont toujours là qui te travaillent, font semblant d'aller mieux un temps, puis tu tombes sur une brève qui en plus te rappelles certains tracas de quelqu'un de très très proche de toi ou sur un mince livre de poche que personne n'a acheté ni mis au retour (pourtant tu croyais) et c'est comme dans Les Oiseaux ça te fond dessus tout becs dehors et c'est re-de l'énergie pompée à éviter de pleurer. Parce qu'en plus à quoi bon ?

Et que ça serait trop bête entre deux bons repas, alors que la petite famille est encore unie là - une sorte de colocation dans un grand cagibi, à présent que nous sommes tous adultes -, trois bouquins lus formidables, deux soirées entre amis qui te laissent réjouie (même si la fin de soirée est toujours triste), deux ou trois films au ciné, et en sport des progrès. Tu es en vie, plein de choses vont bien, les amis sont formidables (1). Il convient de se dépêcher d'en profiter avant la prochaine grosse tuile qui ne saurait tarder.

Mais voilà, en fait le hic c'est que sortie du boulot et malgré une semaine de vraie vacances en avril que tu as essentiellement passée à dormir et lire, tu ne parviens à faire que ça, pioncer et bouquiner. Le sommeil a englouti presque tous les jours fériés.

Et qu'à part un peu bloguer, dans de telles conditions tu ne parviens plus à écrire. Alors que tu fourmilles d'idées, de bribes à reprendre et retravailler, mais voilà rien n'y fait. Le corps réclame son dû de récupération et tu as la sensation de ne plus faire que du boulot salarié. La saison des présentations de rentrée débute. Tu sais que tu auras peu de soirées libres. 

Et donc une fois de plus, mais cette fois-ci sans précis danger, rien n'est possible au concret, tout est reporté à ce lointain mois de juillet et des vacances en principes accordées.

Même si parfois quelques nouvelles, quelques personnes plus âgées croisées qui ont encore la pêche, te redonnent espoir que tout n'est pas perdu à part une part de l'amour, tu crains de ne pas y arriver, à ne jamais pouvoir mieux faire que des bribes sur du temps sauvé. 

 

(1) Sauf un hors de l'internet et qui est aux abonnés absents depuis sept mois sans aucune raison immaginable. Tu l'as entrevu de loin au salon du livre, le temps de pouvoir revenir vers où il se tenait il avait disparu. En plus que la dernière fois que nous nous sommes vus il a réitéré une invitation, à laquelle nous avions répondu favorablement sur le principe. Depuis, plus rien - pas même un bref texto pour dire J'ai trop pas le temps -. Qu'a-t-il bien pu se passer ?


Le déprestige de l'uniforme

 

KM en uniforme

Alors je ne sais pas ce qui vous arrive les gars, mais il y a eu déjà Nicolas qui déboule comme gendarme dans Vincent n'a pas d'écailles ; le bougre avait bien signalé qu'il y tenait un petit rôle, mais le voir en force de l'ordre, plein écran d'un seul coup, m'a fait un choc.

Puis c'est Jean-Yves qui agrémente un message pour l'encyclopédie des guerres d'une photo de lui en lieutenant-colonel incomplet (il manquait les ornements il paraît) et heureusement que cette photo a été l'occasion d'une sympathique découverte de nos passés respectifs sinon elle me serait restée comme un élément sinistre. Alors qu'il l'envoyait pour faire sourire.

Ce n'est pas qu'ils le portent mal, l'uniforme, c'est que les voir dans un habit censé faire passer la fonction avant l'homme me met terriblement mal à l'aise. Autant je trouve souvent seyant les vêtements de travail lorsqu'ils sont d'un équipement nécessaire - par exemple pour les sportifs leur tenue et que tous ceux d'une même équipe aient le même maillot - autant les habits liés à des usages armés me mettent à distance. 

C'est peut-être d'avoir grandi en banlieue. 

En tout cas il y a chez moi un déprestige de l'uniforme qui fait qu'ainsi vêtus je trouve les gens moins beaux. 

J'aimerais autant que cette mode s'arrête-là. Faites du cinéma les amis, ne vous en privez pas, mais tenez plutôt d'autres rôles que ceux-là.

(et voilà que même mon acteur contemporain préféré s'y met ... #plog)

[photo pêchée sur l'internet pour une fois]


Tu ne veux pas te l'avouer mais en fait tu attendais


P4261803C'est au vu du peu de courrier, que des choses sérieuses, de la banque, des relevés, ou inutiles et publicitaires - non, tu n'as pas d'argent, avec quoi est-ce que tu achèterais ? - et que ton cœur s'est serré en constatant e peu, que tu t'es rendue compte que : 

- oui, tu espérais malgré tout encore et toujours un mot d'excuses, et pourquoi pas sous forme d'une lettre, une vraie, celle qu'il aurait dû au minimum t'écrire il y a deux années, pour le message malencontreux et affligeant du 8 janvier. Une amie qui a vu combien plusieurs mois plus tard encore tu en souffrais t'a soufflé, Tu sais c'était peut-être un envoi programmé. Et depuis tu te conditionnes à la croire, mais voilà, un mot qui dirait :

Je suis désolé, je n'avais pas suivi l'actualité française, j'étais préoccupé par la sortie de nos livres, et puis vraiment je m'en veux mais j'avais oublié que tu connaissais Honoré.

te délivrerait de quelque chose qui te fait intérieurement saigner. Être plus ou moins quittée pour une autre, ça ne faisait guère que la quatrième fois qu'on te le faisait et la sixième en comptant différentes menaces jamais réalisées, donc ça fait toujours aussi mal, mais OK. Avoir aimé quelqu'un capable d'autopromotion niaise béate joyeuse insouciante virevoltante au lendemain d'une tragédie collective à part personnelle qui plus est, ça te laisse une fente au cœur, un doute solide (est-il en plus d'être fou d'amour devenu fou tout court ?), une question obsessionnelle (Mais pourquoi pourquoi pourquoi a-t-il fait ça ?). Et le chagrin dont tu t'étais crue délivrée s'en trouve en fait réactivé.

- et oui aussi, il faut l'avouer, tu espères des nouvelles de F. B. (1). Dans la panade actuelle, ça te réconforterait.

[photo qui n'a rien à voir, quoi que : sur le stade de #MaNormandie un défibrilateur sous clef, l'esprit Shadok n'est pas mort, le goût de l'effort inutile : à quoi peut diable servir un défribrilateur s'il faut plusieurs minutes avant de dénicher le gars qui a la clef ?]

 

(1) Que surtout François Bon ne se sente pas concerné, en fieffés internautes on se tient au courant même lorsqu'on ne s'écrit pas directement. Ni d'ailleurs aucun de mes amis de l'internet qui aurait les mêmes initiales. Il s'agit de quelqu'un qui y est très peu - ou alors sous un pseudo resté secret à ce jour -.


Il y a deux ans - version longue -

nb. : Ce texte a été écrit bien avant le 7 janvier 2015 et le message autopromotionnel reçu de ta part le 8. À la réflexion j'ai décidé de le maintenir à la date que j'avais prévue. Il est une bonne mesure du chemin parcouru, de l'incidence qu'un acte de terrorisme même s'il ne nous touche pas physiquement, peut avoir dans nos vies, nos façons d'aimer, de penser, de percevoir le monde. À l'instar de Marie, je me suis longtemps demandé, surtout pour ma part devant les faiblesses que j'avais : Peut-on changer ? Je sais désormais que la réponse est oui. 


Capture d’écran 2014-11-04 à 18.03.12Il y a deux ans, à la même heure, je vendais "L'histoire d'Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris)". Le patron et moi étions efficaces.
J'étais heureuse et fière (1).

 

 

(deux mois après)

La librairie allait fermer. Définitivement.

Tu m'as dit Va-t-en (2).

 

(l'année suivante, autre établissement)

Je n'ai pas su vendre le roman d'après.

Toute compétence a ses limites.

 

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