Late


    Le réveil du téléfonino avait sonné, tu l'avais éteint sans tarder malgré un rêve fort prenant qu'il interrompait (1). Finalement malgré la fatigue [de la période surchargée] ça n'était pas si difficile de se lever. 

Au radio réveil tu croyais écouter la fin de Paso Doble (avec Bastien Vivès) ou François Angelier, mais c'était déjà Jacques Munier. Il était question des 100 jours de Trump qui faisait visiter le bureau ovale à tout va y compris à de vieux rockers racistes et Sarah Palin et qu'il s'amusait à appuyer sur le bouton rouge qui fait venir un majordome avec une bouteille de Coca. Tu t'es demandée si tu n'étais pas en train de dormir parce que quand même ça n'était pas très plausible tout ça. Mais tu avais déjà enfilé un jean et des chaussettes et tu vérifiais que dans ton sac de piscine le maillot y était. C'était un début de journée tout ce qu'il y a de plus normal en fait.

C'est quand tu as enfilé le porte-clefs de cou avec celles des antivols du VTT que tu savais en réalité vraie avoir laissé dormir dans la réserve de la librairie de Montmorency que tu t'es réveillée. Sortie de ce sommeil paradoxal dans lequel tu avais si parfaitement songé à ce que tu étais censée déjà avoir fait.

Le seul fait avéré était que tu avais scrupuleusement éteint le réveil du téléfonino.

[résultat : 30 minutes de retard sur un entraînement d'une heure, la honte]

 

(1) vague souvenir de sillonner la ville sur un double-decker bus sans doute par conjonction d'en avoir croisé un dans Paris récemment et qu'un membre de ta petite famille soit à Londres pour quelques jours.

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Cough syrup dreams


    J'ignore exactement quelles substances contient le sirop contre la toux que le médecin m'a prescrit, mais il semble efficace, elle a cessé de m'arracher le haut des poumons / le fond de la gorge à chaque quinte pour devenir un gros machin profond qu'on peut interpréter comme un En voie de guérison. Il n'est pas sans effets secondaires.

D'abord c'est pour moi un redoutable somnifère. Mon corps croit en effet depuis notre plus tendre enfance que truc qu'on absorbe par en haut sorti d'une boîte venue d'une pharmacie = produit pour dormir. J'ai eu le plus grand mal à lui expliquer que le Guronsan, non. Mais je crois que c'est la seule exception qu'il a intégrée avec la vitamine C à laquelle il consent un effet de bienveillante neutralité. 
Donc depuis jeudi je fais des nuit de dix et onze heures, me réveille le temps d'un brin de toilette, d'une esquisse de repas, d'observer sur les fils d'infos le monde se gorafiser (1) à très grande vitesse, et me recoucher avant le début de la prochaine guerre mondiale (2). J'ai hâte de reprendre le travail (3), outre que je ne suis capable de rien d'utile, c'est un mode de vie passablement anxiogène.

Ensuite il doit y avoir un pouillème de quelque chose qui fait voir la vie en rose (4), à moins que ça ne soit la vision de Ballet Schools videos en chaîne avec leur cinquième de désossés (5), mais je fais des rêves extatiques. Ça fait trois fois déjà que Barack Obama, avec le secours de l'armée où tous ne sont pas givrés, revient en super héros sauver les États-Unis et by the way, le monde entier. 

Et puis ce matin j'ai eu la surprise de rêver ma mère avec un nouvel élan de santé, elle était chez elle, s'était relevée (6), du coup on s'empressait de réaménager sa maison pour une vie valide retrouvée. Dans le jardin passaient deux ados qu'un de mes amis libraire avait invitées, et elles venaient nous prêter main forte ainsi que des touristes anglaises dont l'une était une auteur fameuse mais qui profitait de voyager incognito alors je faisais comme si de rien n'était. À nous tous on remettait la maison en ordre normal de marche et ma mère nous préparait du thé. 
(Elle n'était plus antisémite ni raciste comme elle l'a prétendu toutes ces dernières années).

Peu après j'étais dans Paris vers la rue Béranger et j'allais au théâtre voir un monologue dit par une actrice que j'admire et écrit par l'ancienne amie (7), puis en sortant j'allais au ciné voir un film d'un réalisateur qui m'émeut (il me semble que c'était Wim Wenders). En sortant et en attendant au passage piéton qui permet de traverser vers la rue Béranger (sans doute que nous allions vers le siège historique de Libé, retrouver Florence Aubenas), je me retrouve sans l'avoir vue avant auprès de l'ancienne amie, qui avait mis le même temps que la durée du film, à quitter le théâtre et parler avec ceux qui y travaillaient et elle me parlait soudain comme si nous ne nous étions jamais perdues. J'embrayais avec facilité, supputant que les explications viendraient plus tard, si tant est qu'un jour elles venaient, et sur le principe de Voyons ou ça va nous mener, je n'ai rien à perdre d'essayer (mais restons sur nos gardes cette fois). De toutes façons j'étais trop heureuse à l'idée de revoir Florence. Il y avait un beau soleil d'après averse, il ne faisait pas froid. C'était le printemps, sans doute.

Peut-être que ces rêves sont là pour me permettre de sortir de l'épisode malade, peut-être aussi pour indiquer alors qu'intellectuellement tout annonce que the dark times are coming and will last rather long - will we even survive ? -, il faut garder espoir en leur fin possible. Peut-être qu'il s'agit simplement d'un excipient du sirop contre la toux qui libère mon côté Bécassine Béate, qui au fond ne me quitte pas, même si ma lucidité froide le fait fréquemment taire. Désespérer ne sert à rien. 

 

(1) Je pense que l'expression n'est pas de moi, j'ai dû la lire quelque part au passage, mais comme je dormais à moitié je ne sais plus bien la sourcer
(2) J'ai l'air de rigoler mais avec un fou au pouvoir aux USA je suis moins rassurée que durant bien des crises pointues de pendant la guerre froide
(3) Demain pour trois heures, ça devrait être jouable, si tout va bien
(4) N'y voir aucune allusion politique mais plutôt une référence en chanson
(5) J'ignore pour quelle raison - j'aime la danse, mais pas classique, j'y trouve les corps surtout les corps de femmes trop artificiellement contraints, le système archi-hiérarchisé flippant, et la répartition des rôles prodigieusement agaçante -, mais je leur trouve un effet apaisant. Sans doute le côté impérissable et international, malgré les soubresauts du monde. Et que ça bosse dur, et c'est réconfortant de se dire ça : rien ne résiste au travail, du moins tant qu'on a un certain nombre de capacités fournies au départ.
(6) de la semaine, je ne l'ai vue, mais les nouvelles prises indiquent l'inverse
(7) C'est réellement arrivé il y a quelques années.


Un cynisme glaçant (mais au moins pas de réelle folie)

Tirée du sommeil ce matin par le radio-réveil sur la matinale de France-Culture, j'ai entendu avant les paroles apaisantes d'Ariane Mnouchkine, des infos concernant Trump qui annulait les expulsions de diplomates russes décidées par Obama et sans doute d'autres choses le concernant. 

Ce qui aura donné ce dernier rêve avant le réveil.

Journaliste ou consultante (?) je faisais partie d'une petite équipe "embedded" pour un temps limité (ouf) auprès de Donald Trump.  Nous constations qu'il menait le pays comme une entreprise avec un dynamisme fou - sans tenir compte de l'inertie d'immense cargo que peut avoir un pays d'où une tendance à tout enfoncer sur son passage et un risque d'échouage inouï - et zéro notion des relations historiques ni de la géopolitique préalable. Il n'était pas fou du tout, les trucs délirants qu'il disait c'était pour se faire élire puis aduler par les cons. Il faisait preuve d'un pragmatisme absolu comme s'il incarnait l'esprit même du capitalisme qui trouve à générer du profit (2) sur tout ce que produisent les mouvements mêmes de qui s'oppose à lui. J'étais rassurée - ça n'était pas un vrai cinglé, juste un cynique parfait exploitant le fait que le monde l'était, il risquait moins de faire pèter la planète que je ne l'aurais cru -, j'avais même un doute que tiens peut-être ça n'amènera pas que des horreurs : certains ennemis surpris et charmés de n'être plus considérés comme tels se montraient prêts à ne plus l'être. Mais on allait droit vers la fin des classes moyennes. Et pas parce qu'elles auraient eu accès au niveau supérieur.

(1) aux infos, pas Mnouchkine
(2) et donc se renforcer, accroître son emprise

Je préférais nettement quand je rêvais de Barack Obama.


Nuit hachurée


    J'étais encore tombée de sommeil, heureusement déjà dans mon lit. Il n'empêche qu'à l'issue d'une bonne grosse journée bien remplie, de la réparation du vélo (y aller, en revenir avec), à quelques tâches domestiques, en passant par les trajets (12 km aller-retour, dont l'un émaillé par un étrange incident), et les quatre heures de librairie avec de nombreux clients et cartons (finis les mois de juillet et août pendant lesquels on peut parler avec chacun, affiner le conseil), le sommeil m'avait terrassée, en plein milieu d'une ligne, le livre lu heureusement en le tenant de côté, sans quoi il m'eût chu sur le nez.

C'était un livre post-apocalyptique, avec la cause de l'apocalypse en son début : une épidémie foudroyante, une grippe qui tuait en quelques heures et se propageait par simple proximité dans un seul lieu clos. Ça démarrait dans un théâtre (1). 

Mon rêve se déroulait dans un cinéma, j'y étais avec l'homme de la maison, et la personne de l'accueil montrait quelques soudain symptômes puis une autre personne, et je comprenais que quelque chose était en train de se passer, qu'il ne fallait pas rentrer à la maison au risque de contaminer ceux qui y étaient (les enfants, grands, en gros) et de toutes façons c'était peut-être trop tard, nous tombions dans une sorte de léthargie avec du mal à respirer et je tentais de secouer mon homme pour que nous sortions à l'air libre. 

L'effort pour respirer m'a sortie du sommeil.

J'avais soif (en pour de vrai). Mais je suis quand même repartie dormir, quelque chose de moins périlleux probablement. Deux heures plus tard les cris d'un homme dans la rue m'en ont à nouveau tirée : il vitupérait après quelqu'un qu'il sommait de descendre, apparemment une femme, que "bien sûr" il traitait de pute avec un gros accent de ma banlieue, ça a duré assez pour réveiller tout le monde, j'imagine que je n'étais pas la seule à penser, vu ton comportement, on comprend qu'elle t'ait quitté, puis une voiture est venue s'arrêter, un bref coup de klaxon, une voix amicale, Je me gare, je viens de chercher (d'un ton qui disait que c'était une aide, pas une menace), peu après une voix qui disait "Viens, je vais régler ton problème" mais qui pouvait être celle d'un représentant de l'ordre, ferme et sans discussion, tout aussi bien que celle de l'ami devenu sans concession, celui qui était hors de lui traitait désormais le ou les autres de "fils de pute", puis d'un coup grand silence.

J'étais désormais parfaitement réveillée et bien décidée de profiter du temps personnel ainsi offert, d'autant plus que le lendemain n'était pas, par chance, une journée travaillée, où plutôt que mon travail consisterait à écouter des conférences, un effort physique limité.

Lorsque l'on vit en ville et lorsqu'on lit (beaucoup), on ne choisit pas ses nuits. 

 

 

(1) Les amateurs auront reconnus "Station eleven" d'Emily Saint John Mandel 


Barack à Pôle Emploi

Mes rêves de pleine nuit me restent le plus souvent inconnus, un rendors rapide les efface. Mais celui-ci, probablement interrompu par le bruit de la pluie, m'a accordé un réveil souriant - même si à y bien réfléchir pas tant -, alors j'ai pris trois notes avant de replonger dans un sommeil si profond qu'au réveil du matin j'ai cru qu'il avait été le tout dernier songe. Ce que l'horodatage de mon téléfonino, très pratique bloc-notes, dément.

C'était un rêve très concret, Pôle Emploi comme si (à nouveau) j'y étais. Nous patientions. Bien sûr nous avions remarqué la présence de Barack Obama, c'était logique qu'il vienne s'inscrire, il n'était plus président. Il attendait lui aussi patiemment. 

Mais il était appelé en premier et malgré un signe pour désigner l'ensemble de la file d'attente, comme pour dire Ces gens étaient devant, on lui enjoignait de filer dans un des bureaux de conseiller. Les gens se mettaient à débattre si c'était normal qu'il patiente ou qu'il passe devant. Je faisais doucement remarquer qu'il s'agissait peut-être avant tout d'un problème de sécurité, la surveillance n'étant pas agrandie du fait de sa présence alors que le risque si. Ça calmait le jeu, d'autant qu'un type en profitait pour faire de l'humour, quelque chose du genre Les petites annonces pour présidents des États Unis, doit pas y en avoir des masses, pauvre gars.

Barack repassait devant nous en sortant tout en échangeant quelques derniers mots avec son conseiller qui faisait des efforts visibles pour avoir une attitude Ça m'arrive tous les jours, ce genre d'inscription et j'entendais l'ancien président qui disait Tout ce que j'aimerais, c'est reprendre une vie normale.

Je pensais Tu m'étonnes, ou Je veux bien le croire
puis me suis réveillée.

Le rêve avait lieu, je crois, en anglais. Mais on s'en foutait. Et on était au Pôle Emploi de Clichy mais c'était normal qu'il vienne là à cause d'Henry Miller (?!).

Ce qui est drôle c'est combien ce rêve combine des éléments disparates du moment - quelqu'un doit s'inscrire à Pôle Emploi, effectivement, Barack Obama ne sera bientôt plus POTUS ... - pour en faire une narration ultraconcrète avec une cohérence, une logique dans l'absurde. 

 

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Les soins du Paradis

Honoré courait à mes côté, retapé et affûté comme il ne l'avait jamais été, il m'expliquait qu'au paradis il y avait des soins médicaux, qu'on l'y avait opéré et soigné de ses multiples blessures, comme ses copains de Charlie, mais que niveau diète et bonne santé ça rigolait pas et que donc en contrepartie il avait dû se mettre au sport. Qu'il avait pris la course à pied c'était ce qui le faisait le moins chier, mais que la pression pour le foot était forte : ils avaient des équipes à constituer. Qu'à présent que c'était fait, il aimait plutôt bien en fait. Et qu'il en profitait pour venir accompagner les vivants qui en faisaient. Il concluait en disant, rigolard, Tu te rends compte, mort, je fais marathonien !

J'ai rêvé que le paradis existait, mais qu'au fond il n'était autre qu'une sorte de seconde chance médicale avec une obligation d'éternelle bonne santé. C'est parce qu'ils s'ennuient un tantinet que les morts reviennent visiter les vivants - en étant le plus souvent bienveillants -. Au moment même du songe tout me semblait extrêmement réel, et logique et cohérent. 
J'ai un peu tendance, parce qu'il me va fort bien, que grâce à mon nouveau boulot, je suis "guérie", je vais mieux, que du deuil réel et principal je vais mieux. Ce rêve me rappelle que ça n'est pas si simple. Oui je vais mieux, beaucoup mieux. Non, je ne suis pas sortie du deuil, loin s'en faut.


Amélie à Taverny

 

Résudence guynemer

 

 

 

 

Nous avions ce matin l'étonnant privilège pour un jour de semaine de non-vacances de pouvoir nous lever à notre main : entre horaires de cours réduits pour l'un, dentiste pour l'autre et nouveau travail pas encore commencé pour moi.

Ce qui m'a accordé de pouvoir aller au bout de mon dernier rêve du matin. Ça valait la peine : j'avais fait venir Amélie Nothomb (mais qui par moment était aussi quelqu'un d'autre, et dans les songes il n'est pas gênant qu'une même silhouette possède en parallèle différentes identités, en tout cas chez moi, les rêves sont sans problème quantiques, le chat de Schrödinger est mort et pas mort en même temps, Anna G. ou Marie D.) à la résidence Guynemer, laquelle comportait dans les années 70, comporte peut-être encore, un presse-tabac-papeterie avec sans doute une poignée de livres (1). Cette séance de dédicace était un grand succès et Amélie parvenait à être chaleureuse et attentive à tous. Je l'en admirais. 

Nous étions brièvement parvenues à parler de notre thé préféré. Je lui présentais deux de mes anciens collègues (2).

J'ai trouvé très amusant la façon dont mon subconscient a recomposé différents éléments dont la sorte de retour aux sources que va constituer mon nouvel emploi pour en faire un scénario logique et cohérent.

Si on m'avait dit qu'un jour je rêverais de la résidence Guynemer qui en soi est un de ces non-lieux de périphéries parfait, je me serais esclaffée.

J'oubliais : elle était équipée de vélib quand même, cette part sympathique de modernité.

Ça fait du bien, un rêve heureux.

 

(1) Mon souvenir n'en est pas précis, nous allions de préférence à La Librairie du Lycée qui comme son nom l'indiquait était proche des groupes scolaires. Le seul charme de la résidence Guynemer était d'être sur le chemin vers l'une des gares les plus proches, et à pied un peu moins loin.
(2) Ceux que j'ai croisés chez Inculte récemment.

 

source de la photo : cartes postales de collection


Le rêve de la Manche glacée

 

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C'est un dernier rêve avant le réveil, mais à l'empreinte forte, je ne parviens pas à m'en départir, l'écrire devrait aider. Il vient tout droit d'un réveil samedi matin devant une étendue enneigée, des infos où l'on parlait de la crise des réfugiés (qu'on appelle migrants dans les médias histoire de faire croire que c'est d'eux qu'est venue ex nihilo leur envie de bouger, pourquoi pas touristes pendant qu'on y est ?), et d'un week-end de ciné-club ce qui rend le truc plus scénarisé qu'un rêve standard.

Scène 1

Je suis en surplomb de la Manche gelée, probablement vers Arromanches, on voit des vestiges de Mulberries. Mon ami Pierrot est près de moi, il contemple aussi. La mer est gelée entièrement et recouverte de neige par dessus. Plein de petites silhouettes noires se déplacent, certaines en files indiennes, certaines à luges, d'autres à ski, on voit même un traîneau avec des chiens. Elles vont vers l'Angleterre. 

Pierrot me demande : 
- Tu l'as vendue ?
Je hausse les épaules, en mode bien sûr que non : 
- Je l'ai donnée. Peut-être à l'heure qu'il est qu'ils approchent de l'arrivée.

J'oubliais : nous sommes tous les deux jeunes comme à l'époque où nous avions fait connaissance. Avec nos vies devant nous.

[plan de coupes sur les silhouettes qui avancent]

Scène 2 (flashback) - printemps 2017

On voit des flashs d'infos, il est question d'une importante glaciation. Beaucoup d'agitation consécutive dans les zones près de Calais, certains ont compris, certaines associations d'aide aussi, que la frontière avec l'Angleterre allait s'ouvrir, par la force des choses, qu'on pourrait aller à pied. Beaucoup ont parcouru la moitié de l'Europe et du Moyen-Orient à la marche où sur des engins de fortune, et par tous les temps. Ce ne sont pas quelques dizaines de kilomètres qui vont les effrayer.

On voit les plus réactifs des réfugiés et des associatifs, prendre tous véhicules à leur disposition pour filer plus au sud : ils ont compris que des surveillances seraient mises en place là où le passage est bref, mais qu'en contournant le problème il serait possible de passer avant que toute la côte ne soit surveillée.

Scène 3 (suite du flashback)

Je devais partir en Normandie, c'était de toutes façons mon projet. Mais je fais le crochet par chez ma mère et j'y récupère ma vieille belle luge d'enfance, cadeau de Noël de l'année 1971 (il avait beaucoup neigé) et qui servit de par la météo clémente des hivers d'après, finalement assez peu. Je me doute qu'elle fera des heureux.

Il reste de ce rêve l'image des petites silhouettes progressant sur la mer glacée et enneigée.

Qu'on voyait aussi partir des Français, comme par effet d'entraînement. 
Et peut-être aussi parce que la crise est telle ici qu'ils cherchaient eux aussi à s'en sortir.
Qu'on voyait des gens aider les réfugiés à s'équiper mais pour la plus mauvaise raison qui soit : s'en débarrasser au plus vite. (souvenir de la manifestation du 11 janvier 2015, certains n'étaient là que pour le cocorico et d'être anti-arabes et ils entonnaient des Marseillaises avec des trémolos puants).
Que pas mal de personnes donnaient sans regret leurs équipements de ski, Nous ne pourrons plus y aller, il n'y a plus d'argent.

Il y avait par ailleurs ce réconfort de n'être pas seule, d'avoir quelqu'un qui compte à mes côtés. Joint à la beauté de la scène des marcheurs sur la mer, ça faisait de ce songe un rêve pas trop mauvais, et presque beau. Mais sur un fond contextuel effarant. 

Et tous risquaient que la glace se brise avant d'être arrivés.

 

PS : de façon presque amusante j'ai constaté après coup qu'un élément de ce rêve était une sorte de prémonition.

 


Fred, Cyd et moi (rien que ça)

(Je croyais être réveillée mais je m'étais rendormie)

Alors je regardais à la télévision ou plutôt sur un Home Cinéma, un vrai (1), et c'était un Fred Astaire - Cyd Charisse que je ne connaissais pas, son titre : "Moustaches" et par moment au court même de danser l'un ou l'autre changeait de tenue, de coiffure, d'aspect. Fred avait différentes sortes de moustaches - d'où sans doute le titre -, mais on le reconnaissait.

Je me dis alors, c'est merveilleux, dans les rêves je retrouve des inédits de vieux films hollywoodiens, il faudrait que je puisse les transmettre à Lobster. Une part de mon cerveau qui est probablement en train de se réveiller, me souffle que je ne pourrai pas car il s'agit de film que je vois dans un rêve.

Alors le neurone actif, me fait me dire, Mais s'il s'agit et d'un rêve et d'un film de Fred et Cyd que je n'ai jamais vu, c'est que je l'invente. Si je l'invente, c'est donc que je suis en train de créer pour eux une chorégraphie.

Et me voilà partie à affiner celle du songe avec une absolue jubilation : rendez-vous compte créer une chorégraphie pour Fred et Cyd !

Pour autant, les rêves étant quantiques par essence, je reste celle qui est en train de regarder le film, d'admiration bouche bée.

Mais la chorégraphe qui cohabite avec la spectatrice extasiée, jubile : avec de tels danseurs aucune limite à se mettre, la technique est de très haute volée et parfaitement maîtrisée. 

Une fois le générique de fin envoyé, le rêve hélas a pris une tout autre tournure, très terre-à-terre, un peu chargée d'inquiétude. 

Il n'empêche qu'au réveil, j'étais tout soutenue par la sensation persistante d'un haut moment de création.

 

 

(1) Sans doute inspiré par celui qu'a chez ses parents un pote de #lefiston qui, ébloui, me l'a décrit.  

 


Rêve des temps fatigués - dodo therapy


    Si je n'ai pas de contrainte particulière, entre l'arrivée du temps hivernal et l'époque aux relents guerriers avec les menaces des extrémistes de tous les côtés, je dors ces jours-ci 14h/24, sans jamais vraiment cesser d'être ensommeillée. À croire que mon corps procède en interne à une forme artisanale d'automédication, et fabrique en circuit fermé une sorte de somnifère. Seuls le sport, le travail [pour d'autres] et certains rendez-vous me permettent d'y échapper. Ma semaine à venir dans une belle librairie sera la bienvenue qui devrait me sortir de ces heures sans issues. 

Du coup, je rêve.

Comme souvent je crois être réveillée, et que ça y est enfin, je vais pouvoir me lever, je me souviens de certains songes, juste avant de replonger. 

Ils se trouve que je connais chacun des lieux ou des rues ou des quartiers que les attentats et la traque conséquente ont fait nommer et pas seulement le Bataclan, mais les rues vers Répu, Saint Denis, Montreuil, les zones de Bruxelles mentionnées, y compris ceux d'un attentat prévu et déjoué. Les rêves retravaillent cette géographie et la violence qui l'a traversée.

 Aujourd'hui, ils étaient davantage d'épuisement. Et pour la première fois depuis douze jours, j'en ai fait un presque joli. Alors le voici.

Dans le rêve lui-même, je suis épuisée. Mais il n'y a pas d'urgence particulière, je semble en congés, ou peut-être suis-je enfant et ce sont les grandes vacances. C'est l'été ou du moins une saison chaude, l'air est sec, dans les intérieurs on voit la poussière voler dans les rais de lumière. 

À un moment donné je suis allongée dans le grenier de la maison de ma grand-mère maternelle (1), j'ai dû mettre vaguement un matelas par terre et j'y suis bien. Peut-être même lis-je un bon bouquin. Ça dure un moment le rêve comme ça. Je n'ai aucun souci immédiat, pas même de me soucier du repas. 

Puis j'entends ma mère dans les étages du bas, et je me dis que si je reste là je vais être enrôlée pour ci ou ça ou vais devoir entendre des propos que je n'aime pas, ou qu'elle trouvera un reproche à me faire, bref, c'est une menace potentielle à mon îlot de paix intérieure alors je sors par les toits - je ne sais pas comment, mais dans le rêve il suffit d'enjamber une fenêtre inclinée et alors qu'on est au deuxième étage on est aussi dans la rue de plain-pied -. Je vais vers un terrain de football qui ressemble à celui qui est près de la piscine à Clichy. 

Mais il n'y a personne. Les autres sont sans doute en vacances. De toutes façons je suis trop fatiguée pour m'agiter. À nouveau je m'allonge. Mon corps est las mais pas douloureux et je ne suis pas trop ensommeillée. Il fait toujours beau et chaud. Je regarde les alentours. Vers la place qu'occupe la piscine par rapport au terrain de foot d'en vrai, il y a des maisons qui ressemblent à celles de cette rue à Uccle que je connais bien. Mais elles sont plus hautes. À un balcon, je crois reconnaître quelqu'un que j'aimais bien, tel que je l'avais vu un jour alors que j'arrivais chez lui et qu'il fumait en m'attendant. Comme dans la réalité d'alors j'ai un doute dû à la distance. Mais je suis très consciente dans le songe même que c'est très agréable comme préoccupation. Je cligne des yeux et joue avec les effets de l'éblouissement du soleil. Il fait divinement bon (2). 

C'est alors que j'aperçois sur le côté gauche du terrain de foot désert un arbre, c'est tout à fait normal qu'il y ait des arbres sur les terrains de foot c'est pour apprendre à mieux dribbler (!). Et celui-ci est tout droit sorti des dessins de Claude Ponti, ceux du livre Ma Vallée (3). Je suis contente de retrouver un ami et qu'il soit venu me rendre ainsi visite (4). Le vent se lève et il en profite pour faire le clown comme si ça le chatouillait. J'éclate de rire et me sens moins fatiguée. C'était le seul souci de ce rêve de devoir rester allongée.

Mais je sais que ce vent annonce probablement un orage et qu'il va me falloir rentrer. Je savoure très consciemment un dernier instant d'être là puis je me réveille.

Je remarque qu'à part la silhouette de l'homme et la voix ou des bruits diffus maternels, il n'y a aucun humain et que pour autant je ne me sens pas seule. En très grande paix entre des éléments urbains agréables et de la nature. J'ai oublié de mentionner les oiseaux, ils sont assez nombreux et je les écoute (5). Peut-être de loin en arrivant au stade un chat, un chien. Bref, une ville dans la touffeur délicieuse de l'été, sans contrainte horaire et sans trop d'êtres humains.

 

(1) que je n'ai pas connue elle est morte en novembre 1944 de conséquences indirectes de froid et logement de fortune (et sans doute manque de médicaments) après le débarquement. Dans le rêve je suis dans le magnifique grenier de la maison où elle est morte et qu'il m'est arrivé un jour de pouvoir visiter.

(2) traduire : 28°C au moins.

(3) Il y a dans la vraie vie, non loin de la piscine de Clichy un arbre que j'aime beaucoup.

(4) Ça va parfaitement de soi que les arbres puissent être des amis des humains et leur rendre visite.

(5) Je pense que cette émission entendue ce matin avec des extraits de textes de René Char (Le paysage et la nature font la contre-terreur) n'est pas étrangère à ce songe.