Le générique

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Quelqu'un a posté ce soir sur Twitter le générique d'Amicalement vôtre.

Ce fut longtemps ma série préférée. 

Elle fut diffusée en France dans le courant des années 70 puis fréquemment rediffusée.

Je la croyais en noir et blanc. C'était seulement la télé de mes parents qui n'avait pas la couleur. 

Elle était diffusée en V.F. et quand longtemps plus tard j'ai eu accès à la V.O. je me suis rendue compte que celle-ci était moins bien. C'est l'un des rares cas où la V.F. l'emporte. 

Michel Roux et Claude Bertrand s'en sont donné à cœur joie, la voix de Michel Roux est parfaite de gouaille pour le gars du Bronx qui a réussi, et ils ont rajouté de l'humour. 

Une des rediffusions, c'était au temps d'avant les internets, d'avant les DVD et d'avant même que les familles de Français moyens ne puissent s'offrir des magnétoscopes à grosses cassettes, eut lieu alors que j'étais en classe prépa. et rentrais chez mes parents le week-end. Je n'avais pas le temps de regarder la moindre série, il fallait bosser sans cesse. Alors je demandais à ce qu'on m'appelle pour le générique. Puis je retournais à mes maths. 

Meilleur générique de tous les temps, je veux bien le croire. 


You win, listen, it's YOU !

Plié de rire du haut de ses impitoyables vingt ans, le fiston m'a transmis cette video au moment où de toutes façons elle faisait le tour des internets avec la façon ultra-virale propre aux grands fails de télé. J'aurais pu rire aussi, quelques ruptures subies ayant réduit à néant toute capacité compassionnelle de ma part envers les fausses blondes refaites, et ma solidarité sociale n'allant pas jusqu'aux présentateurs télés de variétés qui se font lourder.

Mais, peut-être bizarrement, ce que je retiens et que j'adore c'est l'instant où la miss USA explique à la miss Philippines qui n'en croit pas ses oreilles ni ses yeux, que c'est elle, oui bien elle, qui l'a emporté. 

Si c'est un coup monté pour faire de l'audience, la miss Philippine est une immense actrice. Et si une ambitieuse dépitée et un éditeur roué n'avait pas l'an passé confisqué l'expression, je serais tentée de dire Merci pour ce moment.

C'est la première fois de ma vie que j'aurais aimé être à la place d'une look-alike poupée Barbie (la miss USA, celle qui annonce sa bonne fortune à l'autre) (1)

 (c'est à 3'11" et peu après) 

 

(1) Notez qu'à faire la fée dans les librairies, je n'ai pas à me plaindre.


John and Emma and pretty old cars

Toujours un brin triste de la mort de celui qui incarna l'immarcescible John Steed, et que c'est là qu'on s'aperçoit qu'en fait non et que c'est une dernière part d'enfance qui nous quitte, qu'on en arrive aux âges ou "Quand j'étais petit(e)" est non seulement une époque révolue mais un temps qui perd ses témoins ; bref, donc triste, quoi, je suis tombée sur cette petite pépite d'un reportage sur le tournage de leurs scènes de fin, toujours dans des vieux tacots incroyables (1).

Je les regarde, l'esprit dans le vague, pas nostalgique de mon enfance, mais sans doute de mes amours, et très certainement de celles qui ressemblaient à ça (2). D'autres séductions ont supplanté celle qui se tissait de complicité. Elles étaient plus immédiatement perceptibles et donc excitantes pour l'ensemble des spectateurs. Des années, des décennies plus tard, Diana Rigg est celle qui fait bonne figure en très vieille dame dans "Games of thrones" - a match is never lost -.

En attendant mon temps d'antan est désormais fort loin. Ainsi qu'une forme d'insouciance que la guerre froide n'empêchait pas.  

 

 

 

(on remarquera dans les commentaires "the fighting and still feminine Emma Peel" 

#soisbelleetbastoipas(trop)

(1) moi qui utilisais tant "improbable" avant sa mode (laquelle a succédé à "dévasté" pour des êtres humains) je n'ose plus, du coup je varie.

(2) Et ont fini aussi bêtement mais bien moins élégamment que leur dernier épisode, si émouvant, si classe.


Patrick Macnee


Je ne savais rien de sa vie privée - le croyais homosexuel ou du moins n'aurais pas été surprise qu'il le fût, c'est dire (1) -, je savais (2) qu'il était encore en vie, l'annonce de sa mort me peine. 

Pour moi il est l'incarnation du John Steed de "Chapeau Melon ..." qui fut par deux fois, dans les années 60 puis 70 une série qui a marqué ma vie. La première est l'une des rares émissions que mes parents regardaient ensemble sans se disputer. Une autre fut longtemps Peyton place, dans les années 70, ainsi qu'"Amicalement vôtre" puis les "Colombo". Et puis les dossiers de l'écran et les cinq dernières minutes encore que ma mère finissait toujours pour aller vaquer à quelque tâche ménagère. Le reste des soirées, mon père régnait sur sports, westerns, autres films plus ou moins guerrier qu'il m'était strictement interdit de veiller regarder. Nous (ses filles, sa femme) avions les journées. Parfois si une émission était recommandée par l'école, nous avions la priorité d'une soirée. Mais pour Holocauste ma mère avait mis son veto, argumentant que la guerre ça n'était pas de notre âge et qu'il fallait se coucher tôt pour l'école (le collège pour moi) le lendemain.

Je rappelle qu'en ce temps-là la télé c'était en tout et pour tout trois chaînes française et pas de magnétoscope : donc si tu rates une émission tu ne la revois jamais. Autant dire qu'à l'adolescence de la descendance, dans la plupart des familles il peut y avoir des disputes sévères.

En échange il y avait ce plaisir qui compensait la grisaille du quotidien de devoir attendre le prochain épisode et se précipiter à l'heure dite devant le poste, tout frétillants. 

(bien sûr une panne à ce moment était une catastrophe ; on a aussi perdu ce sens de la panne catastrophique).

Ah oui et puis nous regardions jeux sans frontière tous ensemble, curieusement. Je crois qu'on avait chacun nos favoris et que du coup c'était une joyeuse ambiance dans le salon de défendre avec mauvaise foi nos champions. J'aimais bien qu'il y ait des équipes des villes des pays. C'était une sorte de concours eurovision en moins chantant.

Mais revenons à Steed. C'est la première série de grands que je parvenais à voir, les épisodes avec Diana Rigg du moins les derniers. En fait j'avais dû batailler ferme pour obtenir ce droit, ma mère finissant par céder parce que j'avais trouvé toutes sortes de stratagèmes pour gêner mes parents dans le petit appartements qu'alors eux et moi occupions. Ce qui fait qu'elle avait fini par se dire qu'après tout ce n'était pas trop violent et que de toutes façons je ne comprendrais pas les allusions qui n'étaient pas de mon âge (3) et que s'ils voulaient voir tranquillement il fallait accepter ma présence. 

Le hic c'est que très peu après sont venus les épisodes avec une autre puis encore une autre dame et mon intérêt d'un seul coup est tombé. Le charme était rompu. Pour moi il tenait au duo Rigg - Macnee.

J'adorais le générique. C'est d'ailleurs par là que j'avais commencé à entamer les négos ; oui je vais me coucher mais juste le générique, juste ça. Puis peu à peu j'avais oublié d'aller me coucher si on ne me le redisait pas.

Les histoires de cybernautes m'avaient proprement fait jubiler. Et je pensais que John et Emma étaient des amoureux qui voulaient pas se le dire.

Dix ans environ plus tard, Steed est revenu avec deux comparses, un mec moche et pesant dans ce qu'il croyait être des traits d'esprit et une jeune femme incarnée par Joanna Lumley à laquelle ma petite sœur voulait s'identifier (4) et qu'elle appelait Burdaine (pour Purdey). À nouveau je trouvais du charme à "Chapeau melon" mais ça n'était pas sans nostalgie de la toute première version. 

Un épisode avait été tourné à Taverny et ça me réjouissait comme si c'était à moi personnellement qu'on avait fait une extrême faveur.

Voilà, un acteur est mort qui avait enchanté ma jeunesse et même si je ne voyais plus rien de son travail depuis des années, son absence va compter. Un de plus de moins. 2015 manque d'indulgence, décidément. 

 

(1) J'apprends en lisant cet article de BBC news qu'il a été marié trois fois.

(2) Contrairement à tant d'autres, artistes renommés du temps de ma jeunesse dont j'apprends ces dernières années les décès en songeant, Ah bon, il (ou elle) n'était pas déjà mort(e).

(3) À présent, maman, je peux te l'avouer : je pigeais bien d'avantage que tu ne le croyais.

(4) Elle demandait la même coupe de cheveux, par exemple.


Longtemps je n'ai pas eu la télé

(mais je ne me couchais pas spécialement de bonne heure : je lisais).

 

Entre 1981 et 1988 avec l'apparition du câble dont notre ville était pilote, je n'avais pas la télévision, déjà elle me semblait superflue alors que l'internet grand public n'existait pas. Le câble m'a permis de regarder des chaînes étrangères, des séries américaines de qualité, "Arrêt sur images", "les Guignols" et des émissions du vendredi soir tard sur la mer et la planète (la vie des gens sur).

Quand je suis tombée dans l'écriture, je n'ai plus eu le temps, il me restait quelques séries (dont NYPD Blue et 6FU, la dernière que j'ai suivie), et puis en 2005 à partir du Comité de soutien qui ne me laissait avec le job à l'"Usine" plus aucun temps disponible, plus rien.

Je n'ai jamais repris. L'apparition de la télé-réalité a achevé de me détacher de son support. Parfois je regarde sur l'internet une émission qui concerne des ami(e)s. Difficilement en DVD un film. Un peu le sport mais plutôt sur sites, via l'ordi et sans les commentaires franchouillards insupportables (et assez peu techniques, pour le foot c'est flagrant d'avec les commentaires italiens ou anglo-saxons).

Ce qui fait que je ne connais pas certaines choses que la plupart des gens connaissent. C'est d'ailleurs avec l'absence de permis de conduire (ou de son usage) quelque chose d'assez parisien - la plupart des personnes que je fréquente n'on pas la télé ou ne la regardent pas : l'offre culturelle est si forte et les journées de travail si longues pour ceux qui ont des postes d'encadrement -.

Là où c'est plus amusant c'est que correspondant à mes premières années sans, j'ai des zones inconnues, un peu comme si j'avais vécu tout ce temps dans un pays lointain.

À la grâce de l'internet je redécouvre ainsi soudain des video-clips de chansons que je connaissais bien, sans en avoir jamais vu les images ou si fugitivement qu'oubliées. Par exemple celui-ci 

 

 

qui a vraiment beaucoup vieilli (ç'en est presque attendrissant). Ces clips des années 80 sont intéressants comme témoignage d'un temps sans l'internet ni téléphone portables. On mesure à quel point ces objets ont changé nos vies (avec la photo numérique pour ceux qui s'adonnaient à la photographie).

Au fond mon boulot aura toujours été de capter l'air non-télévisuel du temps.