La Fin du monde, c'est vraiment bien


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Le théâtre nécessite de prendre ses places à l'avance, lorsqu'il y a abonnement. 

Alors on ne sait pas si l'on sera encore là, et si oui, c'est déjà ça, on ne sait pas qu'on ira voir ce spectacle, conçu pour nous faire sourire, nous émouvoir, nous permettre le temps que l'acteur pour nous se fatigue de poser nos propres fardeaux, au lendemain d'une nouvelle tuerie, après celle du mois dernier, et le chagrin qui l'accompagnait. 

Du coup le moins que l'on puisse dire c'est que c'est pas gagné. Comment se laisser embarquer dans quelque chose de doux, de sensible et de tendre alors qu'on se sent comme un sac de larmes ?

Mais l'acteur sur scène n'est pas n'importe qui.

C'est François Morel. Et il y va de toute son énergie. Rarement, sinon avec les danseurs de Dada Masilo, je n'ai à ce point senti le sens de l'expression "se donner". Il se donne à fond. 

On est avec Anna Karina de "Pierrot le fou" qui ne sait pas quoi faire - ce qui ne m'est pas arrivée depuis que je sais lire -, et lui qui vient lui faire quelques jolies suggestions. 

Il y a la présence obsédante d'un piano mécanique, comme un personnage qui répond.

Chaque sketch est un petit bijou, chaque incarnation. Jeannine m'a émue et je sais bien pourquoi ; la nativité revisitée à l'heure des médias après avoir fait bien rire, donne à penser (à de multiples sujets) ; l'homme du métro me rappelle tous ceux que je connais et qui sont comme moi déjà un peu âgés, j'ai adoré "vieillir". 

Bref, le genre de pièce à sketchs dans laquelle on se dit de chaque morceau qu'on le préfère au précédent.

Les larmes sont venues, elles me tenaient au corps depuis la veille au soir, mais elles étaient de soulagement d'être encore en vie, que ça valait la peine, malgré ceux des hommes qui sont hyper-violents, celles des femmes qui aiment être soumises et ne penser qu'à leur apparence, ceux des humains qui sont dangereux ou décevants. Malgré un très sale air du temps qui est tissé de haines et de croyances vengeresses. Malgré les guerres, la guerre qui s'étend.

François Morel fait œuvre de résistant. Je lui suis infiniment reconnaissante de nous aider à tenir bon.

"La fin du monde est pour dimanche", en ce moment au théâtre du Rond-Point
mise en scène de Benjamin Guillard.

 

 


Pour les sceptiques au sourire en coin #mariagedesBiboux


Alors voilà, quand je dis que je suis allée à un mariage formidable sans pesanteurs ni niaiseries (1) et que même les vidéos préparées par les amis étaient drôles et réussies, je sens bien parmi certains de mes interlocuteurs un léger scepticisme, un petit sourire en coin, un implicite Allez, je te connais, tu dis ça parce que tu les aimes bien.

Il se trouve que je viens de m'apercevoir que l'une d'elles était visible par tous. À votre tour de passer un bon moment.

(pour qui ne les connait pas : il se trouve que l'un des mariés est le directeur et metteur en scène de la troupe de théâtre)

 


Green Paradise Mariage des Biboux par Green-paradise

 (1) ou alors c'est qu'ils ont attendu mon départ pour affréter La danse des Canards et autre Chenille. Il n'y eut qu'un seul jeu et il n'était pas bête.


Des rhumes et d'un canard (sauvages)

 

D'accord il y avait eu cette pénible "crève de cinq heures" en décembre qui me laissait l'esprit (et le nez) libre en journée et pendant environ cinq jours me tomba dessus tous les jours à l'heure du thé et me gâcha copieusement les soirées. Mais au fond ce n'était rien. 

Le vrai rhume de cet hiver, voire d'une force quinquennale, j'en ai heureusement très rarement des comme ça, je viens de me l'attraper cette semaine, avec quatre jours de fortes fièvres - elle n'est réellement tombée qu'hier soir en rentrant, ne baissant depuis lundi que lorsque je me truffais de paracétamol et autres secours, remontant au bout de trois heures, me laissant même une nuit absolument trempée de sueur et secouée de grelottements -.

Ce qui a été particulièrement étrange, c'est cette capacité qu'il a eue de me saisir d'un seul coup, tout juste au retour dimanche matin d'avoir couru, ai-je eus quelques toussotements. Puis au cours de la belle représentation théâtrale à laquelle j'assistais dans l'après-midi, quelques tentatives de toux, vite réprimées. Le nez qui un peu reniflait mais je me suis simplement demandé si je n'avais pas un peu pleuré. Rien de décisif ou suffisant pour m'alarmer.

 

Il s'agissait du "Canard Sauvage" d'Ibsen au théâtre de la Colline. Quelque chose dans la pièce n'était pas sans humour, ou qui portait à rire car les us et coûtumes ont quelque peu changé (ouf pour les femmes) depuis 1884, et que ce qui pouvait paraître scandaleux et répréhensible alors (qu'une jeune bonne soit considérée comme bonne à tout faire au sens littéral par son employeur) l'est désormais d'un autre point de vue, à savoir qu'au moins la femme n'est plus tenue coupable des privautés à son encontre exercées (1), ni tenue pour pécheresse quand c'est l'homme qui a quelque chose à se reprocher. Certains passages paroxismiques de la pièce peuvent alors de nos jours être perçus comme tirant plutôt sur le comique alors qu'ils furent peut-être écrits sur un mode de drame strict. J'avoue qu'à plusieurs reprises en entendant le public rire moi incluse (2), je me suis posée la question.

La mise en scène plutôt intelligente, en tout cas qui n'était pas décevante comme parfois peuvent l'être celles du théâtre contemporain qui se croient obligées d'en rajouter par rapport au texte afin d'y mettre une patte actuelle, parfois bienvenue, souvent calamiteuse (3), jointe à une interprétation de grande qualité donnait un bel ensemble. J'étais heureuse d'être là.

Mais il se trouve que le personnage d'Hedwig, l'adolescente que son père soudain rejette pour un motif qu'elle ignore, m'a profondément touchée. D'une part il était joué avec une crédibilité impressionnante par Suzanne Aubert (4) qui avait quinze ans, l'adoration affectueuse que l'on peut avoir (si, si) ado pour des parents qui se montrent attentifs et bienveillants et qu'on aimerait les rendre heureux en retour, parce qu'aussi dans sa tête on se sent un peu grands et qu'on voit bien que maman est triste, qu'elle travaille trop, et ce pauvre papa dans la difficulté lui qui a de grands rêves pour un quotidien si restreint. 

D'autre part ce moment où son père la rejette soudain alors que de son point de vue personnel rien n'avait de raison de changer, ce sont des choses que les adultes entre eux se sont dites qui ont modifié la perception de son père mais elle n'a rien, strictement rien à se reprocher, m'a fait violemment revenir les souvenirs d'une rupture : l'homme avait rencontré quelqu'un d'autre, je l'ignorais, mais voilà qu'à mon égard il avait totalement changé d'attitude, prêt à la dispute pour un rien, au bord de l'invective, me reprochant mes habituelles attentions que la veille encore il semblait apprécier. Et comme la gamine vis-à-vis de son père je m'étais retrouvée à gémir Mais qu'est-ce qui t'arrive ? Mais qu'est-ce que j'ai fait ? (5). Ce désespoir de la désaffection brutale sans cause apparente, je ne le connaissais que trop. Je l'ai même connu à plusieurs reprise, une fois aussi en grande amitié. À vous donner envie de mourir ou de chanter Bourvil

Ceux qui m'aiment seront contents que j'aie choisie à chaque fois la seconde option. Ce que c'est que de connaître le répertoire ...

   

 

Il est évident que ma faiblesse de cette fin d'hiver vient d'un chagrin qui traîne, des tracas du désemploi et d'avoir voulu en ces décembre et janvier en finir à toute blinde sur un de mes petits chantiers d'écriture afin de pouvoir avant de trouver de l'embauche entreprendre la tournée des refus, j'ai commis une erreur de jeune, présumer de mes forces. Et que s'il m'a fallu quatre jours de fortes fièvres avant de dégager cette petite saloperie de saison ça n'est sans doute pas étranger à cet étrange surmenage de chômeuse, quand c'est rentière qu'il faudrait.

Mais la soudaineté avec laquelle ce rhume-ci m'a attaquée se coucher un soir dans un état normal se réveiller tousseuse, cracheuse, éternueuse, fièvreuse au lendemain, pas même pouvoir tenter de résister un brin à un mal de gorge qui s'installe, à des petits atchoums ponctuels, à une légère gêne respiratoire, n'est peut-être pas étrangère au fait que les acteurs jouaient trop bien, une pièce réussie.

Notez que je ne leur en veux pas. Et ne regrette en rien. 

J'ai seulement pris trop parfaitement conscience de la violence que certains m'ont faite et que contrairement à ce que mon naturel scrupuleux me pousse toujours à croire, il n'était pas exclu que je n'y sois pour rien, fors d'être comme la gosse de la pièce, trop simplement désireuse que ceux que j'aime aillent bien (6), et désaimée pour une raison extérieure que j'ignorais et à laquelle je ne pouvais rien.

Notez aussi qu'à vous autres, la pièce rappellera probablement tout autre chose, peut-être même simplement d'être allés un jour guetter dans un gabion le passage des canards avec votre oncle Eugène, ce fieffé chasseur, et que si vous n'êtes pas allés courir 7 kilomètres dans l'humidité parisenne de janvier le matin même, vous n'en reviendrez pas enrhumés.

Mais enchantés.

(ce que j'ai aussi été)

 

 

(1) Même si au vu des derniers développements de l'actualité, il semblerait fort plausible que d'aucuns prétendent qu'avec son petit costume de soubrette elle l'avait bien cherché. 

(2) Un rire un peu étrange, à deux temps : la séance était pourvue d'un dispositif particulier pour les personnes qui voyaient mal ou pas avec programmes en braille et sortes d'audioguides qui je le suppose devaient décrire à mesure des scènes la part visuelle de ce qui s'y déroulait. Le résultat donnait quelque chose comme lors des rencontres littéraires avec un auteur étranger qu'une partie du public comprend en direct et qu'une autre doit attendre la traduction. D'où que les rires parfois étaient en légère stéréophonie désynchronisée. Eussé-je été actrice, j'aurais trouvé ça un peu difficile ; je crois que les réactions d'une salle aident à se caler, même si le gros du travail n'en dépend pas.

(3) L'option "Assumons que ce texte nous vient du passé" semble être devenu totalement indisponible. De même qu'à l'Opéra. Souvenir d'un "Simon Boccanegra" à Bastille dans lequel la mise en scène faisait ... mal aux yeux (à force d'effets ci ou ça pour pimenter tout d'ultra-contemporain). Souvenir d'un réjouissant "Noces de Figaro" qui ne faisaient pas leurs malignes, classique, d'époque, bien interprété, ce qui aidait au voyage. Et que j'en venais presque ponctuellement à apprécier Mozart davantage que Verdi.
Quelques mises en scènes récentifiées, parfois m'ont paru belles ou porteuses de sens, je n'y suis pas opposée systématiquement. C'est simplement que lorsqu'une œuvre tient la route, seule, il semble inutile de trop en rajouter dans le décalé et le back to the future incontournable.

(4) Laquelle était tellement prise qu'elle eut un lapsus créateur, disant dans la confusion qui saisissait son personnage exactement ce qu'une ado aurait bafouillé, perdue. J'espère que "l'erreur" aura depuis été validée car elle ajoute une part d'intense authenticité. Après, peut-être que les personnes du métier ne voient pas ça comme ça, ce n'est que le point de vue d'une spectatrice, elle-même prise par ce qu'elle voyait. 

(5) La gosse de la pièce beaucoup plus futée que la moi d'en vrai qui envisage assez vite une hypothèse très proche de la réalité d'en faux.

(6) Le gros problème étant que quand on est comme ça, on nait, on est comme ça et l'on n'y peut trop rien. Même qu'on doit se faire violence plus tard, quand surviennent les malheurs de retour à ceux qui nous ont peiné, que c'est tout simplement bien fait pour elle ou lui. 

PS : J'ai eu l'air de parler de théâtre et de canard dans ce billet mais en fait tout ça c'était pour dire que si j'ai été enrhumée lundi et malade toute la semaine ce n'était pas d'être allée dimanche après-midi manifester sous la pluie, surtout pas.


Intéressante mort (à Venise) (mais un peu trop conceptuelle) (pour moi)

 

La période magique Grande Vie Culturelle Grâce Aux Amis semble ne pas vouloir prendre fin. Jouant les remplaçants ravis, nous étions donc ce soir au théâtre de la ville pour le "Mort à Venise" mis en scène par Thomas Ostermeier d'après Thomas Mann, Gustav Mahler et j'ai trouvé beaucoup le film de Visconti (1).

Alors voilà, pour qui a lu le livre et vu le film, c'était très bien. Interprètes parfaits. Mélange de danse, théâtre, chant et prises de vues sur le vif projetées sur grand écran, musicien qui fait subir les pires outrages rythmiques et mélodieux à un piano à queue (2). Mais comme souvent dans les spectacles qui font le pari de la destructuration, ça ne peut s'apprécier que si l'on connaît l'œuvre de départ. 

Je dirais donc qu'on s'adresse d'emblée à un public averti. Comme je n'ai pas oublié que je viens de là où l'on ne l'est pas, ça me gêne un peu. Qu'une œuvre fasse des clins d'œil culturels aux initiés qui peuvent ainsi l'apprécier à différents niveaux simultanément me convient ; qu'elle dépende de prérequis de la part du public et ne puisse être appréciée au franc degré de la naïveté me plaît moins. 

La danse est très réussie dans une scène à l'hôtel (les filles qui se chamaillent pour un objet), moins dans une scène que j'appellerais "l'épidémie", qui se veut peut-être à la pointe du contemporain mais ressemble à tant et tant d'autres choses. Celui qui m'accompagnait l'a trouvée très chouette, sans ce cacher que c'était parce que les danseuses étaient belles et quasi nues. Surtout, s'il ne l'a pas fait volontairement, que le chorégraphe ne se fasse aucune illusion. 

Reste que Josef Bierbichier en Gustav von Aschenbach est bouleversant, y compris pour quelqu'un comme moi qui suis peu capable de comprendre le personnage - je sais qu'il y a des humains capables de tomber dans de telles sujétions mais ne peux éprouver pour eux la moindre empathie, ça m'est trop incompréhensible (peut-être du fait d'être une femme ? d'être incapable d'être "fan de" ?) -. Et que le Tadzio, en clone de celui du film quoique moins blondinet est très bien dans le registre attitudes d'adolescent (un tantinet sur-joué, ou serait-ce la faute des gros plans volés par la caméra ?).

Voilà donc une bonne et intéressante soirée, grand merci à celui qui nous l'a accordée, mais dont je ressors sans être emballée à avoir envie de dire à tous qu'il faut absolument y aller. Peut-être suis-je victime d'un syndrome Post-Einstein et que tout spectacle du même registre (théâtre, musique et danse combinés) me paraîtra fade pendant un long moment. Ça n'est pas exclu. 

 

(1) Alors que d'après ce que j'ai lu après il semblerait qu'Ostermeier s'en défende.

(2) Oh que j'eusse aimé que la caméra s'attardât sur l'intérieur du dispositif. Mais bon, ça doit être secret donc on ignore en sortant comment il est possible de transformer un piano en percussion.

PS : C'est terrible, je m'aperçois que s'est mis en place à mon insu un triste mais efficace critère d'appréciation : si je me surprends à penser à un moment donné au voleur de sourires précédemment le bien-aimé, c'est que l'intensité du spectacle laisse à désirer. Lors d'Einstein on the Beach, inévitablement j'ai songé aux souffrances de l'amour et à l'état de manque, mais ça n'était pas individualisé, pas centré sur le chagrin qu'il m'a lui infligé. Ce soir il m'est arrivé plus d'une fois d'avoir l'esprit qui repartait sur le sentier de la peine, celle-ci et pas une autre, aucune autre de celles qui l'ont dans ma vie précédée.


Einstein on the beach

 

J'ignore pendant combien de temps la video qui suit restera disponible, mais pour ceux et celles qui n'ont pas eu la possibilité de venir au spectacle, cet aperçu est beaucoup mieux que rien. Même si l'écran ne permet pas de ressentir l'envoûtement qui nous prend si l'on est réceptif et présent dans la salle.

Bientôt 24 heures depuis que j'y étais ... et j'y suis encore. Seuls les Éphémères au théâtre du soleil en 2009 m'avaient fait cet effet-là. 

Je n'ai pas envie de rompre l'enchantement. J'aimerais qu'il me soit donné de rester encore un moment dedans.

  

Dans les deux cas j'y vais grâce à des amis (je crois que ça n'est pas neutre, que ce n'est pas comme si j'avais par un effort de volonté personnel choisi d'y aller), dans les deux cas je suis sous l'emprise de deuils qui n'en sont pas (je connais la différence) mais s'y apparentent (ruptures brutales subies (1)). Je parviens cependant à faire le vide des pensées obsessionnelles qui nous travaillent en pareils cas, le spectacle dès le début aide qui est d'emblée fort, juste étrange comme il faut. Il devient très vite captivant et je me laisse embarquer et se produit alors une forme d'hypnose qui [me] permet enfin de décoller de la réalité, coupante pour moi sur la période. Qu'aux qualités intrinsèques de l'œuvre s'ajoute une forme de soulagement, la magie du long spectacle me permet enfin de sortir du chagrin (2) et de façon durable, alors quelque chose de très profond se détend et je passe sous l'emprise de l'émotion artistique. Et si ça fonctionne c'est parce que c'est long que l'œuvre ne nous laisse pas tomber si vite que juste le temps d'une simple histoire. Ce qui fait qu'au jour d'après, voire un peu aux jours suivants, l'effet s'estompe mais il demeure et le chagrin (ou autres tracas, tout stress puissant qui nous pollue l'existence) se trouve tenu en respect au lieu qu'à son ordinaire il prenne tous les droits, en particulier ces très pénibles ressurgissements aux moments les plus inopportuns. Si aujourd'hui (au lendemain du spectacle, donc) j'ai pleuré c'était par pur souvenir des moments de grâce.

Je suis persuadée qu'en cas de maladie incurable, ces spectacles longs et envoûtants, tant qu'on a encore assez de santé pour y assister (3), peuvent aider. Culturo-thérapie ?

 

PS : Il n'est sans doute pas non plus neutre que ces deux spectacles soient de types à mouvements essentiellement lents. Les performances "énervées" m'épuisent et ne me réussissent pas, même si j'admire quand même parfois (cf. Pippo Delbono, Angelica Lidel). Et ne me guérissent de rien, bien au contraire.  

PS' : Je n'ai pas le bagage ni les références culturels suffisants mais ne serais pas surprise si quelqu'un de mieux instruit m'expliquait que ce principe des lentes et longues répétitions avec légers décalages et ainsi progressions un peu comme avancerait une chenille, est inspiré de tels ou tels chants et danses ancestraux (les danses de guérisons qui accompagnent les cérémonies au cours desquelles sont élaborées les peintures de sables Navajo ? des pratiques de longs chants et danses en Indes ? des opéras traditionnels chinois ou que sais-je) et juste occidentalisé au point qu'il faut pour que de vieux européens (ou des USAméricains) puissent être entraînés, absorbés, emballés par ces mélopées. Le résultat, quoi qu'il en soit, fait par ici son effet parfait.

 

(1) Je veux dire : pas comme des ruptures après long pourrissement d'une situation ce qui fait qu'au moment du point final il reste déjà des deux côtés peu de choses d'un sentiment qui comptait tant. Il s'agit au contraire de cas de figures dans lesquels, (trop) naïve, je ne vois rien venir et du jour au lendemain un proche très primordial et depuis cinq ans ou plus, me fait part de sa désaffection et soudain c'est fini.

(2) Ce que le sommeil ne permet pas tout à fait puisque plus souvent qu'à mon tour je rêve du ou de la disparu(e). Et l'ivresse encore moins puisque je ne la ressens pas. 

(3) C'est quand même physiquement un peu éprouvant. Comment font les participants ? Et qui enchaînent plusieurs dates ?


Intéressante équité

 

Fatiguée et pas très en forme, j'accuse un peu le coup de tous ces mois sans (sans Celui qui, sans travail salarié, sans assez d'argent, sans éléments vraiment réjouissants) et de l'abord de la saison froide dans ces conditions, je tiens cependant à parler de la pièce que je viens de voir, en la douce compagnie d'amies (c'est si difficile d'organiser des sorties en groupe, et si agréable quand on y parvient : pouvoir ensuite boire un coup ou manger en devisant du spectacle ou d'autres, ne pas rentrer directement sous le coup d'une émotion trop forte ou d'une pure déception). Je sais en effet que si je ne le fais pas immédiatement je n'en trouverai plus l'énergie ou le temps. C'est reparti d'écrire fort, en ce moment. J'ai décidé de ne pas tenir compte de mon problème de couleur sombre due aux circonstances subies. Si je dois attendre que l'existence m'accorde assez de bonheur pour écrire dans ma veine d'humour idéale, je vais mourir avant d'être parvenue à boucler quoi que ce soit (en dehors des blogs s'entend). Du coup entre l'hiver naissant et cette relance d'un rythme de travail, et mon apprentissage du croate par comédie interposée, c'est l'épuisement. 

Il s'agit de la pièce d'Éric Reinhardt, Élisabeth ou l'Équité, qui se joue actuellement au théâtre du Rond-Point. 

Une société française, filiale d'un groupe américain dominé par les fonds de pension qui le détiennent de fait doit fermer au moins une usine. La DRH tente de faire son travail avec une pincée d'humanité et de connaissance des contraintes locales que ne comprend guère le PDG américain et que le patron de la filiale française souhaite utiliser seulement tant qu'elle servira ses intérêts personnels. L'un des syndicalistes est particulièrement pugnace et compétent. Et tout ce petit monde va se livrer bataille sur fond d'enjeux financiers et sociaux avec des points de vue que tout oppose mais pas tout le temps.

Autant prévenir : c'est un peu long (2h20) (1) et rien n'est fait à part les accents français attendrissant d'Anne Consigny et Benoît Résillot lorsqu'ils parlent anglais et une scène de traduction touistée vers la fin, pour nous détendre. La pièce ne cherche pas à séduire. Seulement à nous laisser comprendre certains fonctionnement typiques de notre économie. Ce n'est pas pour tout le monde (d'ailleurs quelques personnes qui s'attendaient peut-être à davantage de caricature ou de fantaisie sont parties avant la fin). En revanche c'est bigrement bien joué (Anne Consigny à part sa maigreur inquiétante (2) est remarquable en DRH capitaliste non tout à fait dépourvue de cœur et d'éthique, mais très ambitieuse et quand même humaine ; DJ Mendel est convainquant en diable en patron américain que la France afflige, et Gérard Watkins est plus vrai que nature en syndicaliste convaincu, loyal mais roué, vulnérable mais volontaire ; pour ne pas parler des seconds rôles qui sont tous parfaits), terriblement bien vu, fin, ciselé.

Pendant presque 20 ans j'ai travaillé au sein de la direction des ressources humaines d'une grosse entreprise et même s'il n'y avait pas d'usines à gérer, et que mon travail était purement technique, j'ai assisté en direct à des jeux de pouvoir, des préparations de négociation, des dialogues et discussions et belles saloperies (des loyautés aussi, je ne veux pas noircir) très proches de celles que la pièce décrit. Et du déchaînement médiatique aussi, la pression que ça peut mettre.

Je rentre donc avec la satisfaction d'avoir vu une œuvre qui porte à la connaissance d'un public plus large les coulisses d'un monde du travail malmené. Le propos de la pièce est plus optimiste - si chacun des gens de pouvoir y met du sien on peut à l'intérieur même de ce système respecter les personnes et faire des profits - que mon avis personnel. Mais pour cette raison même il peut, qui sait, pousser à réfléchir des gens qu'un discours plus radical eût braqué d'entrée. 

Belle pièce donc, à voir ; pour les spectateurs de bonne volonté.

J'oubliais : la mise en scène de Frédéric Fisbach (lequel joue également le rôle du mari de la DRH) est parfaite, peu de décors mais qui évoquent d'emblée ce qu'ils doivent, les lieux et dates qui s'affichent en début de chaque séquence, les acteurs qui aident aux déplacements d'objets et parfois participent à la marge d'un moment. Il y a là une forme d'intelligence de la grammaire théâtrale qui fait du bien, une inventivité abordable, une excellence sans excès. On a envie de remercier.

 

PS : Le dossier de presse.

(1) En même temps j'ai beau réfléchir, tout étant parfaitement cohérent et certaines nuances indispensables à la qualité de l'œuvre (oui ça irait plus vite si on brossait de chaque protagoniste antagoniste un portrait simpliste de type Méchant / Bon), je ne vois pas ce qui pourrait être élagué sans modifier l'équilibre général.

(2) J'ai passé une partie de mon temps à me demander comment elle faisait pour tenir sur les chaussures à talons aiguilles qu'elle portait presque en permanence puis à me demander comment elle faisait pour tenir tout court. Ça parasitait un tantinet. Et puis je trouve qu'elle ressemble à quelqu'un (mais ça, c'est une tout autre histoire) (et qui ne trouble que moi).

 

 


Comme un coup de poing dans la gueule (that very bad news)

à l'instant, via Libé :

mort de Patrice Chéreau

Un mois d'avril (2007 ? 2008 ?) retrouver l'année. Un théâtre en banlieue (aux Lilas ? à Bagnolet). Il est le metteur en scène du spectacle de quelqu'un qui compte encore beaucoup pour toi et d'un chorégraphe que tu tiens en estime. Tu as prévu un peu de mou pour venir et tu es à l'avance, ou alors c'est à la fin du spectacle. Petite salle, pas de personnel, peu. Tu reviens des toilettes et tu le croises dans cette zone d'accès intermédiaire. Il porte un projecteur. Tu as déjà vu le spectacle - ou en connaissais le texte, tu ne sais plus - qui t'a émue, tu as admiré le travail - tu sais combien l'une des personnes sur scène à la base n'est pas à l'aise et il a réussi à faire qu'elle le soit -, tu es heureuse pour elle, pour toi, pour lui aussi, alors tu lui souris Merci monsieur, merci et son sourire en retour alors que tu n'es pas très jolie, quelqu'un d'assez quelconque, quelqu'un à qui rarement on sourit ainsi - même s'il est clair que ce n'est pas de séduction mais beaucoup mieux : de connivence qu'il s'agit et d'être considérée comme digne d'exister -, tu en conserveras le souvenir tout le reste de ta vie.

Nous sommes ce soir beaucoup à pleurer.

Salut François et Pierre, salut Marie, Ariane et Thierry.

 

Rappel d'époque de cette journée, au temps du chagrin précédent : Solide

Une autre connexion, celle du livre "Son frère" de Philippe Besson dont il est question dans ce billet

La master-class à laquelle j'ai eu le privilège d'assister au forum des Images le 17 mars 2013

 

et la trace que j'en ai conservée

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Alors on danse

(billet écrit dans l'élan, non relu (pour le moment))

 

C'est une amie des cours de danse qui te sachant abonnée au Théâtre du Rond-Point t'a dit : Si tu ne l'as pas pris dans ton abonnement, vas-y vite !

Quand avec les camarades du ciné-club mais qui aiment le théâtre aussi, vous aviez sélectionné en juin vos spectacles pour l'année à venir, tu n'étais pas précisément dans ton assiette. Et puis tu avais des contraintes de travail qui rendaient difficiles un spectacle à 18h30 (1). Enfin tu as effectué des choix a minima : il fallait que le budget final reste ultra-raisonnable.

Donc "Swan Lake" n'y était pas.

Et puis ce dimanche tu t'es retrouvée seule et il ne fallait pas. Alors tu as écouté les conseils de l'amie danseuse. Un strapontin a fait l'affaire. La salle était comble. 

Tu avais bien compris qu'il s'agissait d'une adapatation débridée du "Lac des cygnes". Ça tombait bien : la danse classique, tu n'apprécies guère fort quelques exploits techniques masculins. La façon dont le corps des femmes y est standardisé, contraint, t'horripile, que tu trouves rarement gracieuse et plutôt étudiée à la base pour titiller la libido de vieux bourgeois du XIXème coincés. Tu supportes mal la vue de leurs bras maigres. Et comme tu es sensible dans certains cas à l'effet miroir (2), rien qu'à les regarder danser tu as mal aux pieds.

Tu avais plus ou moins capté qu'il s'agissait d'une troupe d'Afrique du Sud. 

Dès les premières secondes, tu as été saisie. D'essayer soi-même de danser, semaines après semaines depuis de longues années te rend capable de percevoir avec précision le niveau de difficulté de chacun des gestes, des enchaînements effectués. La chorégraphe a pris le meilleur du classique, le meilleur de danses africaines, le meilleur des grands maîtres (on croit deviner qu'elle apprécie le travail de Pina Bausch dont elle cousine par l'humour). Les danseurs sont également comédiens, avec des textes presque tous brefs fors un monologue explicatif spirituel et drôle qui résume en début de jeu tous les grands balets classiques. 

Captivée au point de ne me rendre compte que vers la fin qu'il était dit en anglais.

Tout le spectacle ainsi, d'un rythme soutenu précipitant le sourire et l'émotion avec un niveau de danse ahurissant.

C'est sans doute aussi un brin subversif - un pas de deux entre deux hommes est à tomber de beauté -, je ne m'en rends pas bien compte, tout était normal pour moi, mais sans doute était-ce très militant.

Et beau, et beau, et beau.

Crucifiée par tant de grâce, de générosité, d'humour et de beauté, je suis sortie de l'heure qu'il dure (3) et des dix minutes de standing ovation (4), en larmes et les jambes en coton. J'ai dû manger quelque chose, m'asseoir sur un banc, reprendre mes esprits avant de me sentir capable de prendre le métro pour rentrer.

Réconciliée au moins pour quelques heures (une soirée ?) avec l'humanité. Équipée à nouveau de l'espoir que tout n'est pas perdu (5).

(Et éperduement reconnaissante envers l'amie qui avait insisté afin que je fasse l'effort d'y aller).

J'aimerais savoir nommer les danseurs. Mais retenir leur noms est au dessus de mes forces pour l'instant. En revanche je n'oublierai pas : Dada Masilo, chorégraphe.

Et dèche ou pas, j'irai à chacun des spectacles qu'elle créera qui passeront à ma portée.

 

PS : C'est peut-être déjà tout complet mais si vous voulez tenter votre chance c'est par là. Je lis au passage dans le billet de présentation "La chorégraphe Dada Masilo n’a pas trente ans. Elle trafique toutes les armes de la danse classique, de la tradition africaine et des tendances contemporaines.". Voilà. 

 

(1) Entre temps la contrainte (hélas) a disparu.

(2) Par pour tout et j'ignore pourquoi. Par exemple je ne peux pas regarder de la natation synchronisée, je retiens trop mon souffle. En revanche la sexualité au cinéma me laisse impavide sauf dans de très rares cas ... ou on ne la montre en fait pas.

(3) L'intensité est telle qu'on a, à se le remémorer l'impression qu'il est beaucoup plus long. Sur le moment on est plutôt embarqués dans une faille spatio-temporel où l'horloge n'a plus de sens. Encore un coup de la mécanique quantique de l'état de grâce.

(4) Pourtant c'était le public du dimanche après-midi, plus naturellement porté à digérer le déjeuner dominical qu'à trépigner.

(5) Malgré une fin de ballet triste, mais c'est le fait même qu'il existe une chorégraphe pour l'inventer et des interprètes capables de suivre, qui était réconfortant. 


Petit pipi en bonne compagnie

 

P2141588La pièce (1) ou plutôt sa mise en scène était un peu longue : 1h45 que 30 minutes de moins auraient servie. Il y avait un parti pris de RDD (2)  difficile à soutenir après une journée de travail et qui plus est l'une des plus déprimante de l'année (3). Ayant fermé boutique un peu tard, je n'avais pas ensuite pris la précaution de vérifier sa durée et commis une erreur digne d'un spectateur novice : boire une bière avant d'entrer.

Fatale négligence.

D'où que la fin de la représentation, au demeurant pas inintéressante et bien interprétée, me fut un peu gâchée par une envie relativement pressante et qu'à peine les applaudissements polis échangés, j'ai filé aux toilettes.

Celles du théâtre ont été refaites durant l'été qui a précédé, et comportent désormais, en plus d'un échange des locaux Hommes / Femmes (4), de jolies citations qui ornementent des murs tout frais repeints.

Je ne suis pas la seule spectatrice à éprouver une légère urgence à devoir fréquenter les lieux, d'où que nous faisons brièvement la queue et entrons selon l'ordre d'attente dans le cabinet qui se libère lorsque notre tour vient. Cette loterie  m'attribue la place "handicapés" dans laquelle sans cette contrainte d'être trop nombreuses au même moment, je ne serais pas allée.

C'est l'hiver. Je travaille pour partie en extérieur. Suis donc équipée de plusieurs épaisseurs de vêtements qu'il convient de déboutonner, dégraffer, faire glisser, tout en étant pressée, je n'accorde qu'un très bref regard à l'inscription sur le mur et à peine deux pensées - Tiens, ils ont même écrit des phrases à l'intérieur ? suivie de : Tiens, elle a l'air bien, celle-ci ! -.

Ce n'est qu'une fois l'essentiel fait et l'étape du rajustage entamée que je lève les yeux vers la citation. Il y est question d'humour. Et comme elle recoupe un conseil qu'on m'a accordé récemment en m'encourageant à davantage d'imagination et qui me fait du bien, je la trouve d'autant plus belle et au fond ne suis pas surprise en découvrant le nom de l'auteur qui est quelqu'un que je connais et dont j'apprécie le travail. Son livre "L'apiculture selon Samuel Beckett" se vend d'ailleurs chez nous en ce moment fort bien. P2141587

 

 

 

Il n'en demeure pas moins que soudain ça surprend, de faire un petit pipi en si bonne compagnie.

C'est presque trop intime. 

La prochaine fois j'irai si j'ai le choix dans un cabinet à la citation moins contemporaine.

Shakespeare suffira.

 

(1) "La femme gauchère" de Peter Handke au Rond-Point

(2) Rythme Derrick Dilué

(3) D'une part par manque relatif de clients, jusqu'en milieu d'après midi il a plu fort et fait froid ; d'autre part à titre personnel parce que même si l'on ne tient pas particulièrement à avoir des cadeaux aux dates mécaniques, impersonnelles et carillonnées il y a quelque chose de sapant à passer sa journée à conseiller des hommes venus chercher de quoi offrir pour leur bien-aimée, tout en sachant que comme on est de celles qu'on envisage mais qui finalement n'attirent pas, on n'aura pas même l'occasion de faire l'amour (d'autant plus qu'on passe la soirée devant une pièce qui dure deux heures, et que de toutes façons après il sera trop tard pour entreprendre quoi que ce soit et qu'avec qui que ce soit on serait trop crevée, retour au début du billet) 

(4) C'est fort curieux, au club de gymnastique du cours de danse aussi. D'où vient cette mode des permutations ?


Pierre Richard élégant

 

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Petite, je n'aimais pas les films avec Louis de Funès, ce comique bavard et énervé qui faisait le clou des dimanche soir populaires à la télé. Sans doute à cause de l'anémie que je subissais et qui rend(ait) ma tension basse, le côté "hyper-speed" m'épuisait rien qu'à regarder. Et puis le peu que j'en avais vu je trouvais l'humour lourd. Et fait par les hommes pour les hommes, un peu comme Benny Hill qui me laissait non seulement de marbre mais ne comprenant pas ce qu'il pouvait bien y avoir de drôle - bon d'accord, la dame elle a de gros nichons, et donc ? -. Du coup je me suis tenue à distance de tout ce qui était dans la catégorie "Humour franchouillard français" fors de rares sorties en bandes au ciné pour lesquelles je m'abstenais de jouer les troubles-fêtes avec ce snobisme qu'on me reprochait déjà (1). Me faisaient rire les burlesques muets, les comédies à l'Italienne, Tati (ah, Tati ...), Bourvil et Fernandel. Mais pas tous ces bavards excités.

Donc Pierre Richard, je ne le connais que par extraits interposés, vus dans des rétrospectives ici ou là, des documentaires, mais rien d'entier.

Pour autant, le même au théâtre dans un monologue où il retrace et rejoue quelques belles anecdotes de ses jeunes années, avec une tendre philosophie qu'on aimerait tous acquérir d'âge, m'a ravie. Le spectacle n'est pas parfait : la longueur d'une reconstitution de théâtre Shakespearien en plein air déséquilibre un peu l'ensemble, mais il est drôle, attachant et interprété avec l'aisance inimitable des vieux briscards. Quelques extraits des films habilement glissés permettent aux jeunes générations ou aux ignares dans mon genre de suivre. Cela dit, les films de Pierre Richard époque comique, c'est un peu comme les chansons de Johnny Halliday, rien qu'en vivant en France en leur temps, par capilarité, on choppait des bribes. 

Par un de ces jeux d'autos tamponneuses dont l'air du temps a le secret, il se trouve que Depardieu en fuite dont il n'est que trop question partout en ce moment, comme du héros lamentable d'un mauvais Tintin (j'attends qu'on nous l'annonce en Bordurie), donne un étrange relief au spectacle de son ancien compère. Des phrases de celui-ci écrites forcément avant, prennent un double sens quasiment prophétique, les réactions du public s'en trouvent différentes, à n'en pas douter. Un supplément de frémissements, des rires en plus grand. C'est une expérience intéressante que d'assister à cette forme étrange d'influence du dehors.

Si d'aventure un Pierre Richard IV se trouve mis en scène, je m'efforcerai d'y aller. J'étais bien plus en forme en quittant le théâtre qu'en y arrivant. Rire est le plus beau des produits dopants (2). 

 

(1) Et encore, je n'avais pas découvert Tarkovski en ce temps-là.  

(2) Après faire l'amour ?

 

[source photo : le site du théâtre ; origine des livres aux pieds de l'artiste : une librairie que je connais bien]