Sympathique spectacle mais légèrement décevant (sur la fin)

 

    Une de mes amies habite près du Monfort et prend parfois la peine de réserver pour certains spectacles et de m'y inviter. C'est toujours un bonheur.

Ce soir il s'agissait du spectacle "Le gros sabotage" par la compagnie La mondiale générale. La première partie comportait des acrobaties sur bois debout puis du travail avec des cerceaux. 

C'était impressionnant. 

Puis il y eut une scène de changements de vêtements, une oraison funèbre  et  un gars qui imitait Elvis Presley.

Nous avons pensé qu'ils et elle prenaient leur souffle avant de nous offrir un nouvel aperçu de leur travail acrobatique. Et puis, non.

Alors nous sommes restées un tantinet sur notre fin. 
(ou alors il y a quelque chose que nous n'avons pas compris)

 


Deep nice theater sleep

 

    L'un des charmes de l'abonnement collectif au Rond-Point est qu'entre temps j'oublie ce qu'on était censées voir et que l'on s'y retrouve entre amies. 

Ce soir sur ce dernier point, c'était bien raté : il y avait week-end de ciné-club et les camarades ont probablement modifié leur date. Je me suis donc retrouvée seule.

Sur le premier, c'est le plus souvent l'occasion d'une heureuse surprise. 

Ce soir, non. 

Deux hommes dont un à poil fréquentent la même femme - jouée par Emmanuelle Béart que je n'avais pas reconnue, et ça n'était pas par perfection du rôle tenu -. L'un d'eux est acteur de porno avec uniformes et entraîne l'autre dans ce métier. La femme est du type femme d'affaire pressée ; d'où qu'elle semble faire appel à des hommes que sans doute elle paie et qui viennent lui remettre les idées en place.

Ça eût pu faire un Jules et Jim assez joli. Hélas, non. 

Le jeu était outré, sans doute par dérision, il n'y avait fors deci delà une belle réplique, ou une phrase discrète mais destinée à nous rester, rien pour relever l'intérêt. 

Et comme je l'avais supputé, cet effet de mise en scène - oh un homme nu - servait à cacher l'inanité de l'ensemble. 

Après, l'ennui et ma fatigue m'ont si profondément entraînée dans le sommeil que j'ai peut-être manqué ce qui rendait la pièce un peu meilleure. J'ai repris conscience alors que l'homme nu se livrait à un touchant monologue sur son bonheur forestier - ce qu'il faisait seul en forêt m'a totalement échappé -, qu'avais-je donc zappé ?

Une fois rentrée j'ai tenté de lire quelques critiques et le résumé mais rien n'est venu m'éclairer. 

Comme j'avais déjà effectué la première partie de ma nuit, j'ai pu profiter d'un peu de temps personnel avant d'aller me coucher. Ce spectacle n'était donc pas sans intérêt.

 

Bon, mes vacances [d'un soir] ont été un brin décevantes on dirait. 

Cependant il semblerait que ça commence à sentir réellement le roussi pour Trump, alors il se pourrait que mon premier jour du nouveau boulot ait lieu dans une ambiance générale d'euphorique soulagement. 


L'art et la manière de passer à côté d'une soirée théâtre (alors que le spectacle est bien)


    Avec quelques amies, elles aussi abonnées, nous allions au Rond Point voir "Je crois en un seul dieu" de Stefano Massini, interprété par Rachida Brakni.

Il s'agit de trois portraits entrecroisés, l'actrice jouant sans costume particulier, sans en changer (un pantalon et des chaussures noires, un chemisier dégradé du noir au gris clair) et dans un décor minimaliste (très réussi) les trois personnes. Seules ses attitudes, et le timbre de sa voix, ainsi que les paroles prononcées permettent de savoir laquelle parle. en un instant donné. 
Il s'agit de la préparation d'un attentat à Tel Aviv. Il y a la future martyre volontaire, palestinienne, une professeure d'histoire, israëlienne, et un-e soldat-e américain-e (en écrivant à présent je me rends compte que je n'ai pas capté s'il s'agissait d'un homme ou d'une femme et que ça importait peu). C'était bien fait quoiqu'un peu longuet (1h40) et avec des procédés de répétitions, dialogue intérieur. Belle performance d'actrice. 

Seulement voilà.

La réception d'une pièce de théâtre, d'un spectacle ne dépend pas que de la qualité ou l'intérêt de celui-ci, il dépend aussi des conditions dans lesquelles nous (spectateurs) sommes. C'est l'évidence même, mais cependant ce fut rarement le cas comme ce soir pour moi.

À un moment la professeure d'histoire, une militante de la paix (de l'espoir de paix ?) se trouve rescapée d'un premier attentat. Elle en hérite d'un syndrome post-traumatique qui lui envoie de solides cauchemars. 

Il y a donc un moment qui représente ses nuits hachées de visions d'horreur, de scène revécue alors qu'elle dort. À ce moment je commençais déjà sérieusement à subir le contrecoup de ma journée (de travail) (normale mais à temps complet), seulement voir un personnage qui cherchait en vain le sommeil, avec mon esprit secourable, ça n'a pas raté : je l'ai trouvé.

Le début de mon rêve était en parfaite cohérence : j'étais moi-même, mais à Paris, témoin épargné d'un attentat à la bombe à une terrasse de café. En fait mon esprit suivait sans doute en le délocalisant, ce que le personnage disait. Sous le choc, une sorte de vieil automatisme s'enclenchait et comme nous étions près de la Gare du Nord, je prenais un billet puis le train pour Bruxelles. Comme si je rentrais chez moi m'abriter. Une fois sur place et après avoir regagné "mon" ancien quartier, je me réveillais, en quelque sorte et me demandais pourquoi j'étais là, comment j'y étais arrivée (le voyage lui-même s'était effacé). Et puis les gens me regardaient bizarrement : vêtements légèrement déchirés, traces de sang (pas le mien, des projections). Je ne savais plus quelle était l'époque, et tentais de joindre des amis qui n'y habitaient plus. J'arrivais entre temps aux abords du centre culturel d'Uccle, où j'ai cru revivre il y a neuf ans, entrait assister à une sorte de lecture-spectacle faite par des jeunes, et retrouvais parmi les spectateurs l'un des garçons, devenu adulte entre temps. Voyant que je n'étais pas dans mon assiette et au courant de l'actualité, il comprenait ce qui s'était passé et prenait soin de moi, jusqu'à m'accompagner là où l'on pourrait m'aider.
Je crois que j'ai refait surface au moment où mon songe personnel, qui partait vers un beau rêve, a commencé à trop diverger du texte déclamé. Dommage, ai-je regretté.

Je ne suis pas mécontente de ma soirée, les moments bien écoutés étaient forts intéressants et ce rêve m'a fait un bien fou, même s'il m'inquiète un peu. Après tout je dois au spectacle de me l'avoir offert.

Il n'en demeure pas moins que pour une autre fois, il serait préférable d'éviter de trop perfectionner l'art de rater sa soirée [théâtre] : 

 - éviter d'aller voir une pièce au sujet d'attentats deux jours à peine après l'un d'eux ;
 - éviter de prendre un horaire trop proche de la fin de la journée de travail : la cavalcade pour arriver à l'heure se paie en fatigue pendant le spectacle (1) ;
 - quand on y va en groupe et qu'une partie du plaisir est de se retrouver entre ami-e-s éviter aussi les horaires trop serrés qui empêchent d'aller boire un coup (en arrivant ou en repartant) ; 
 - éviter d'être éparpillé-e-s dans la salle (attention au moment des réservations) car sinon à quoi bon y aller à cette date précise si c'est pour y être comme seule ; en plus que du coup personne n'est là pour si l'on s'endort nous empêcher de ronfler (c'est ce que je crains d'avoir fait) ;
  - éviter d'aller voir des performances, privilégier les pièces à plusieurs acteurs, de facture plus classique et qui cherche à intéresser le spectateur autrement qu'en accomplissant un exploit ; je suis un peu allergique à l'exploit, en fait, moi. Ça me fatigue et pour éviter de voir toute son énergie être absorbée mon corps se met en décrochement. 

Bon, on fera mieux la prochaine fois. 

 

 

 

 

(1) Il se trouve que la ligne H avait des ennuis, j'ai donc dû attraper au vol un train pour Ermont puis passer par Satin Lazare (battu mon records de vitesse du changement : 1') puis la 9 et arriver à l'heure mais au prix d'une débauche d'efforts. 

 

 


Même pas tant peur (ou un peu quand même, si)


     20160214_145311Curieux comme un entretien pour un travail m'aura menée au théâtre, mais j'aime à suivre les avis très favorables des personnes qui me donnent confiance, ou que je sais avoir des goûts proches des miens, ou divergents sur certains points mais que je connais bien ce qui fait qu'en adoptant une sorte de "correction des valeurs saisonnières" j'arrive à savoir ce qu'une œuvre vaudra pour moi (1). 

En attendant j'ai bien fait, autant la pièce (que j'avais lue je crois autrefois, tombant sous l'emprise du nom cité dans le titre, lequel entre finalement peu en jeu ; ça avait dû me décevoir et je n'étais sans doute pas allée voir la pièce en "pour de vrai"), n'est pas du genre que j'apprécie (trop psychanalytique, trop cérébrale, trop problèmes de gens qui n'en ont pas assez de vrais), autant la mise en scène en fait quelque chose de prenant et l'interprétation était exceptionnelle. 

Je me suis prise à rêver que Natacha Simic, que j'apprécie et que j'ai vue sur scène vendredi, tienne le rôle de la jeune femme, elle aurait elle aussi été très bien (1). Et si ceux (Julia Faure et Pierre-François Garel) du jeune couple étaient moins écrasant c'était impressionnant d'équilibre, quelque chose des quatre acteurs présents portant ces quatre personnages là pas du tout évidents fonctionnait. Je pensais à une mécanique d'horlogerie fine (2), et probablement que l'expérience d'Alain Françon n'y est pas pour rien.

Et il y avait donc le couple plus âgé qui se déchirait et les acteurs stupéfiants, qui jonglaient entre drame et ironie, accélérations, et moments de répits, Dominique Valadié et Vladimir Yordanoff, qui jouaient d'une façon que je ne sais qu'appeler "de toute évidence". Je crois que je m'en souviendrai longtemps.

Ça n'est de plus pas si fréquent de n'être pas très emballée par l'œuvre elle-même (j'ai trouvé qu'elle avait beaucoup vieilli, sans pour autant attraper de charme désuet), mais d'être ravie par ce que la troupe de théâtre en fait.

Je suis ressortie épuisée, tellement j'avais été embarquée dans leurs déchirements, si loin de mes ordinaires préoccupations - une façon comme une autre de mettre ses soucis de côté, au fond -. Après avoir mangé brièvement, je me suis couchée et j'ai dormi d'une masse, pour me réveiller fort en forme dans la soirée. Ce serait donc en plus, un spectacle qui permet de recharger ses batteries, du moins lorsque l'on est sensible à certaines qualités.

La pièce se joue jusqu'au 3 avril, que ceux qui le peuvent n'hésitent pas à y aller. 

 

(1) Cela dit Julia Faure est impeccable, juste ce qu'il faut d'être éthérée et "partie" et en même temps de mener sa barque sous couvert d'apparente vulnérabilité.

PS : un excellent résumé de la pièce sur le wikipédia en anglais, mais on avait compris en fait ; y compris les ambiguïtés.

ainsi qu'une critique de Fabienne Darge pour Le Monde avec laquelle je suis en accord.

PS' : L'étonnant résumé fourni par l'homme de la maison aux enfants qui demandaient de quoi la pièce parlait, "du milieu universitaire américain [dans les années soixante]", ah oui, effectivement, ça n'est pas faux, mais comment dire ...

PS'' : Autre avantage, le temps de la représentation j'en ai totalement oublié l'air terrifiant du temps, les guerres, les attentats, la démocratie qui part à vau l'eau, les duretés économiques. Les problèmes dans la pièce évoqués sont ceux affectifs et professionnels d'humains qui ne manquent matériellement de rien et pour lesquels les guerres semblent loin. Ça faisait du bien. 

PS"": Et à part ça, une ressemblance de silhouette et déplacement avec un copain m'a un peu troublée par moment. Il faudra que j'écrire quelque chose sur les effets de sosisme, décidément.

 

(1) Il en est ainsi des critiques de cinéma de David Fontaine dans le Canard Enchaîné. Nous avons beaucoup de points communs et sur les points de divergences (il est beaucoup plus indulgent que moi envers un certain type de personnages féminins et leurs interprètes, par exemple) je sais repérer ce qui malgré tout me plaira, ou me laissera de marbre.

(2) Je pense aux montres mécaniques qui se remontaient par le mouvement du bras. Mon père en avait une comme ça.


"C'était hier" c'était hier


     20160212_212338Fréquenter assidûment depuis de longues années le théâtre du Rond-Point me rend dramatiquement exigeante. C'est peut-être pour cela que j'ai trouvé la pièce "bien" au lieu de "très bien". 

L'idée bizarre m'est venue que la mise en scène était trop lente, que je n'aurais pas fait comme ça (oui carrément, je me prends pour une metteuse en scène de théâtre, rien que ça). J'aurais accentué le côté un peu énigmatique de la pièce (1), par des moments accélérés et d'autres hiératiques. Or là tout était piano piano et en diction d'une lenteur surfaite, ça collait à certains passages, peut-être, pas à tout. Et je n'ai pas aimé l'interprétation du garçon - ça pouvait venir du personnage, de la direction d'acteur, il faudrait que je vois l'acteur dans un autre rôle pour savoir si c'est sa façon à lui qui ne me correspond pas -, ce qui fait que je décrochais dès qu'il prenait la parole un peu longuement.

En l'occurrence il était souvent question du film "Odd man out" (2) que grâce au festival d'Arras (qui le programmait sans que je ne puisse y aller) et à la BNF (où j'ai pu le voir car ma curiosité avait été aiguisée), qui est une œuvre prenante, ça n'est pas illogique que les personnages de la pièce en soient marqués et dès lors je pensais au film, ça m'a déconcentrée.

Cela dit, concernant l'amie que je venais voir jouer, l'enthousiasme est total. Je n'en doutais pas un seul instant, l'ayant vue si souvent danser (même si le plus souvent trop prise par mes propres difficultés je ne vois que de vagues silhouettes autour de moi), et c'était surprenant au début de l'entendre aussi parler, mais elle a de la présence, une générosité. Rien que pour cette confirmation et cet enchantement (3), et même si j'avais l'esprit un tantinet dispersé, je ne regrette pas ma soirée.

 

(1) C'était hier (Old Times) d'Harold Pinter (que j'ai brièvement confondu avec Ibsen ce qui m'a permis de constater que je préfère Ibsen, et de loin)

(2) Bizarrement (ou peut-être à cause du film bien ultérieur de Roman Polanski qui porte le même titre) j'ai trouvé la trace du film entier (1947) et non sa bande annonce. Le lien risque d'être périssable.

(3) Pour moi c'est l'un des meilleurs bonheurs de la vie que de voir que malgré le monde tel qu'il est des personnes de qualité parviennent à trouver leur bonne place, leur activité, ce vers quoi elles tendaient. Et l'un des meilleurs bonheurs de ces meilleurs bonheurs est d'assister à la phase de progrès. Sans doute parce que je sais, au delà d'une étincelle particulière initiale avec laquelle on nait, tout le travail nécessaire et l'environnement plus ou moins favorable avec lequel il faut composer. Quelque chose d'hautement réconfortant pour moi est par exemple d'avoir pu suivre Julien Cavard dans ses premières années et du temps du Fontenoy cette bande de jeunes musiciens qui d'une session à l'autre avançaient avançaient, avec une formidable vitalité. 


BDJ - 160129 - Barbe Neige et les sept petits cochons au Bois Dormant


    (bonheur du vendredi 29 janvier 2016) 

 

Le bonheur du jour, qui dépasse un tantinet le cadre d'un petit, mais bon, certains jours le bonheur est ainsi, fut cette représentation au Théâtre du Rond-Point de "Barbe Neige et les sept petits cochons au Bois Dormant", irrésistible voyage à travers les contes de fées occidentaux traditionnels en mode éparpillés façons puzzle et entièrement revisités par une compagnie de danseurs impressionnants (1). 

Le bonheur dans le bonheur était d'y aller entre amies (un abonnement collectif pris en juin pour l'année d'après, ce qui est somme toute une bonne garantie de pouvoir continuer à aller au théâtre même en période de vaches maigres, au moins pendant une saison) même si certaines d'entre nous étaient absentes pour cause d'un long et beau voyage en cours d'achèvement.

Le bonheur indirect était une fois passé l'amusement pour le côté parodique et l'admiration pour le niveau de danse (sous couvert de faire rigoler, ils étaient impressionnants, je pratique assez pour mesurer les exploits (2)), mesurer combien l'ensemble était subversif et faisait la chasse aux esprits étroits et aux idées reçues. 

 

 

(1) Chorégraphies et mise en scène de Laura Scozzi (m'en souvenir, aller voir d'autres spectacles si c'est possible).

(2) Un jour il faudrait faire un spectacle comme ça, avec des passages repris aussitôt par des amateurs sérieux, histoire que le public mesure la difficulté de ce qui lui est présenté. Et ce qui relève du haut niveau sportif.

billet publié dans le cadre des Bonheurs du Jour.
C'est l'amie Kozlika qui a lancé le mouvement et le lien vers tous les bonheurs (pour s'inscrire c'est par ici- grand merci à Tomekqui s'est chargé du boulot -) 

Chez Couac : Bonheur du jour 16 

billet commun avec Bella Cosa


Peu convainquants Démons


    C'est assez rare que je sois déçue par une pièce au Rond-Point, mais voilà il fallait bien que ça arrive et c'était aujourd'hui, avec Démons et des acteurs renommés, qu'à part Marina Foïs parfaite dans le rôle de la blonde séductionnelle au corps de rêve à la fois manipulatrice et victime, je n'ai pas trouvé si excellents (1).

Très vite lassée par l'histoire de relation entre pervers narcissiques qui se défient et jouent une partition dominant - dominés tordue (2) et décident pour arranger les choses de convier un jeune couple de voisins, eux-mêmes assez biscornus dès qu'on y regarde de plus près, j'ai passablement somnolé. Vaguement ri à quelques gags ou répliques spirituelles un brin téléphonées. Et très contente que la fin soit en musique ce qui m'aura permis d'émerger.

Sans doute aussi que le plateau tournant après avoir vu celui de "Celui qui tombe" si magnifique et impressionnant, ressemblait à un gadget.

Et puis je suis mauvaise spectatrice des pièces où ça s'agite et ça crie beaucoup et celles où un élément de décor est un lit - je passe une partie du temps à m'imaginer monter sur scène et y piquer un roupillon (3). Celle-ci cumulait les deux.

Bref, pour moi c'est raté, peu de plaisir au rendez-vous, si ce ne fut celui de retrouver les amies. 

Lesquelles amies, dont certaines ont aimé le spectacle, preuve que c'était peut-être moi qui étais mal disposée, m'ont assuré que je n'avais pas ronflé. Ça devait être limite.

 

(1) Pas mauvais non plus, et les rôles sont par moment physiques et chorégraphiés, donc gros travail, mais disons qu'ils m'ont laissée en dehors 

(2) Au vu des applaudissements, ça plaît.

(3) Étant donné ce mal étrange dont je souffre depuis un moment et que seule la lecture parvient un peu à combattre : je m'allonge mes yeux se ferment instantanément comme ceux des poupées de dans le temps.


"Tiens bon, je suis là" ("Le miroir de Jade", théâtre du Rond-Point)


Comme il n'y a pas grand monde pour m'en faire d'heureuses (1), je me fais autant que possible des surprises à moi-même.

Une façon simple consiste à prendre un abonnement au théâtre avec quelques ami.e.s, le prendre à l'avance et collectivement (même si c'est toujours source de difficultés de paiement, car en cumulé à payer en une seule fois, c'est très cher, même si chaque spectacle est à un prix très doux), noter scrupuleusement les dates dans ses agendas puis laisser infuser sans rien regarder.

Le jour venu prendre les billets et seulement une fois sur place constater de quoi il s'agissait.

J'ai donc eu la surprise aujourd'hui de revoir Sandrine Bonnaire. Je ne sais pas trop expliquer mais c'est une femme que j'admire, sans avoir nécessairement tout vu des films dans lesquels elle a joué - je suis peu spectatrice de films français, mon truc ce sont plutôt des films d'ailleurs dans le monde, plutôt art et essais ou alors des vieux noirs et blancs comme ceux de la dame de mon prénom - ; mais d'une certaine façon, nous nous croisons : un théâtre à Gennevilliers, une présentation de son film "Sabine ..." à Saint Ouen, une dédicace de son livre d'entretiens dans une librairie amie. Elle fait partie de ma famille ressentie, ma famille idéale adoptive, une jeune cousine (2) dont je serais d'un peu d'années l'aînée. 

C'était une bonne surprise.

Je ne savais plus du tout de quoi parlait la pièce.

Je ne savais donc pas qu'elle ne parlait pas.

Que ça n'était pas une pièce en fait, mais un spectacle.

Qu'il s'agissait de danse. Et que c'était un bel exploit. De la danse contemporaine expressionniste, le corps raconte l'histoire. Une femme a subi quelque chose, émerge d'une sorte de coma, lentement, se débarrasse de l'emprise de médicaments, voisine la folie puis s'en éloigne, est aidée par une sœur, ou bien une amie - le fameux "Tiens bon, je suis là" qui je le sais me restera -, reprend possession de son corps. La musique ou son absence accompagne et soutient.

Le seul (3) élément gênant : un produit diffusé sur des rideaux de plastique qui délimitent le décor ; et qui les dissout peu à peu, pique et assèche la gorge. Je l'ai senti avant de voir, il ne s'agit donc pas d'une méfiance raisonnée, et je n'étais qu'à un des rangs du fond. Ça ne doit pas être formidable pour celles et celui qui sont sur scène soir après soir. Qui m'accompagnait s'est lui aussi senti légèrement incommodé mais comme il lui en faut peu - un fumeur marchant sur le même trottoir à cinq mètres l'incommode -, il ne s'en était pas formalisé, pensant sans doute qu'une de ses voisines portait un parfum particulièrement agressif.

C'était le bon spectacle pour moi en ce moment précis, porteur d'espoir, on peut se reconstruire, c'est dur, mais ça n'est pas insurmontable. L'apaisement n'est pas (si) inaccessible.

Le sourire final reste un peu fragile. Toutefois.

Grand merci en tout cas, à tous ceux qui ont contribué à ce projet. Ce moment de danse partagé, quelque chose de militant qu'il a, au delà de la détresse exprimée, fait du bien.

 

 

(1) pour les surprises dures, ma vie sait bien faire ça.

(2) Le beau du truc c'est que j'ai toujours ressenti Jacques Higelin comme un cousin, d'autant qu'il y a une part de ressemblance physique (sur la deuxième photo de ce billet du blog "la musique à Papa" par exemple), qu'il a l'âge de certains de mes cousins de famille, et qu'on a un peu le même genre de pet au casque sauf qu'il a assumé le sien quand j'ai tenté, raisonnable comme on veut les femmes, de faire avec le mien comme si de rien n'était, et qu'elle a tourné un documentaire sur lui (que j'ai hélas manqué).

(3) Il y en a pour moi un autre : un passage avec des lumières comme des éclairs. Je ne supporte pas les éclats lumineux rythmés (les effets stroboscopiques là où l'on danse sont une souffrance), ils me mettent vite au bord de perdre connaissance, c'est depuis l'adolescence, c'est constant, et j'ignore pourquoi. Un inconvénient étant qu'il me manque de chaque film que je vois les séquences de boîtes de nuit (je suis obligée de fermer les yeux et me cacher la lumière), ce qui fait que si l'une d'elle est un élément clef du scénario, je comprends la suite de traviole. Mais je suis très consciente que c'est un handicap chez moi, et qui ne porte pas préjudice à la plupart des personnes. C'est donc à moi de faire avec.

(billet non relu, je retombe de sommeil, désolée, donc je tape comme ça vient et je file me coucher (sinon je n'écris plus rien, pas même ici))


De la condition physique nécessaire pour les applaudissements


J'espère que dans cette salle intime ça ne s'est pas trop vu, mais j'imagine que qui nous apercevait de la scène aurait pu croire à un petit couple vieillissant qui n'applaudissant pas à tout rompre marquait qu'il n'avait apprécié le spectacle que moyennement. 

Il n'en était rien, du moins pour la femme. 

Mais elle s'était arraché un morceau de peau à l'auriculaire en rentrant un des outils de travail au boulot. Et aussi stupide que ça paraisse, ça fait fort mal en applaudissant. 

Quant à l'homme il s'était plus ou moins foulé le poignet droit au foot.

Ça limitait beaucoup de l'enthousiasme l'expression.

Bel et regrettable exemple d'apparence trompeuse.

 

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