Write, Forrest, write


    De cette période où tout s'enchaîne trop vite, et de profond chagrin (1), il ressort une évidence : je dois refaire place à l'écriture dans ma vie.
La retraite est dans trop longtemps, attendre est risqué.
Comme le disait l'amie Alice, ou l'écrivait je ne sais plus, c'est une illusion d'attendre des jours meilleurs pour se consacrer à quelque chose car ça n'est jamais calme, au fond (elle le disait mieux que ça, mais pas le temps de rechercher).

L'ami Olivier m'a donné un titre, et avant la terrible nouvelle du décès de la vieille amie (2), ça m'avait donné un élan. Retombé à l'annonce, bien évidemment.
En attendant j'ai commencé à ré-écrire un piètre polar qui est tombé d'une des piles qui encombrent l'appartement. Comme une sorte d'échauffement. Ou peut-être parce qu'après tout c'est ce pour quoi je suis faite : mettre de l'élégance dans l'écriture d'autrui. 

 

 

 

(1) Mort de la danseuse, et écrivaine Claude Pujade-Renaud
article de Philippe-Jean Catinchi dans Le Monde
Pour le moment je n'ai ni le temps, ni l'énergie, ni la force d'écrire pour elle un billet. Elle a pour moi tellement compté, m'a tant soutenue et encouragée. Aidée à tenir le coup.

(2) d'âge et de longue date


Réapprendre à vivre sans électricité (et divers autres trucs)


    Ça fait longtemps que j'en suis consciente et j'ai profité du premier confinement pour un peu m'entraîner : nous devrons dans un avenir pas si lointain réapprendre à vivre avec peu ou pas d'électricité.
Le premier confinement était le bon moment pour moi pour tester. Il faut dire que je disposais entre autre d'ustensiles de cuisines et d'outils (jardin, bricolage) venus de mes parents et grands-parents maternels, tout ça bien mécanique.
Sans surprise, et à condition que le gaz y soit, lequel est aussi une énergie fossile donc bon, on peut très bien s'en passer, y compris pour battre des œufs en neige ou monter une mayonnaise. Laver le linge à la main est tout à fait faisable (mais ça prend tant de temps). 
Il n'y avait pour moi que l'ordi et le téléphone, dont je ne pouvais me passer (du moins puisqu'ils étaient disponibles). Mais il doit y avoir moyen de bricoler des trucs avec un home trainer (1). 
On peut revenir à un mode de vie davantage calqué sur les heures solaires et si l'on doit veiller, le faire à la bougie.

C'est une chose que de voir venir et tenter de déjà s'y préparer un peu, ç'en est une autre que de lire une date étape précise et qu'elle soit à portée de pensée projetée. En l'occurrence pour moi, si je survis jusque là : deux ans après ma retraite.
Je le vois dans un article, transmis par Abie, Oil in the North Sea is expected to be net-energy negative by 2031.

avec entre autre, cette constatation :

"rather than use our remaining years of access to these fuels to turbo-charge new energy infrastructure, fossil fuels are being extracted and burned for business as usual: quick cash."

Plus on avance sans prendre les mesures qu'il faudrait, car le capitalisme et son obligation de perpétuelle expansion, partout l'a emporté et que les solutions alternatives pour l'instant existantes ne peuvent fonctionner qu'à petite échelle locale ; des communautés de survies comme dans "La constellation du chien", voire dans "Enig Marcheur", plus je crains que notre temps de fonctionnement sur les schémas actuels (2) ne soit fortement compté.

 

 

(1) J'ai trouvé une start-up qui produit de tels home trainers ainsi que des vélos de salles de fitness mais ils sont pour collectivités et clubs ou entreprises, pas pour les particuliers. 
(2) Insatisfaisants, j'en conviens, mais permettant dans un certain nombre de régions du monde que la plupart des gens ait de quoi manger, se loger, se chauffer l'hiver et en cas de maladies se soigner. Et même s'accorder quelques loisirs plus ou moins niais.

PS : À mes yeux, le nucléaire n'est pas une solution puisqu'on ne sait toujours pas traiter les déchets dangereux qu'il fait accumuler. On sait seulement les glisser sous le tapis pour empoisonner la vie et la santé des éventuelles générations futures.


#MeTooMedecine #MeTooHopital et en fait #MeToo dans tous les domaines

 

    Ce qui est effarant c'est qu'à peine un domaine professionnel concerné, on apprend qu'en fait c'était encore pire dans le domaine voisin.
C'est à présent #MeTooMedecine via @jujulagygy et les témoignages affluent.
Je suis à la fois pas surprise et stupéfaite d'une telle ampleur et commence à me faire à l'idée que tous les hommes qu'on admirait en fait ont eu des comportements ou des propos a minima déplacés. 
Probablement qu'il y a un effet lié au charisme, lui-même lié à l'énergie dont dispose une personne (les mollassons ne sont pas charismatiques, et restent souvent dans l'anonymat), et qu'un type de personnalité d'hommes ont à la fois de fortes pulsion et peu d'aptitudes à la compassion, en plus de se croire au dessus du commun des mortels (surtout des femmes) et de présupposer qu'une jeune femme sera forcément flattée par ses attentions.

Née dans les années 60 et éduquée par une mère féministe pour son temps, portée par mon propre tempérament et mes aptitudes qui faisaient que je me foutais du genre royalement, jusqu'au moment où je me mangeais un mur (1), je n'en demeure pas moins de mon temps.

On intégrait assez tôt que les hommes avaient des besoins, des pulsions, que c'était moche mais qu'ils étaient comme ça, qu'il fallait faire avec. Et que les calendriers de femmes à poil sur les lieux de travail, que voulez-vous, ne faites pas attention, ils n'en sont pas fiers, mais ça les aide à tenir. 
C'est comme ça, on n'y peut rien.

Quand il nous arrivait un truc, qu'on qualifierait de nos jours d'agression sexuelle mais qui à l'époque, à moins d'un viol avec violence, était considéré comme un Hé bien t'as pas eu de chance, t'es mal tombée, on ne pouvait en parler, si l'on en trouvait la force, qu'à des personnes de notre entourage, perso, scolaire ou pro. D'où que ça renforçait l'impression d'être tombée sur le pervers de service, dommage de l'avoir croisé.
Jamais on n'aurait imaginé que c'était en fait les attitudes insupportables qui étaient la norme et les comportements qui auraient dû être normaux, l'exception. 
Il aura fallu l'internet et que les femmes puissent communiquer directement entre elles, sans se connaître, pour s'apercevoir de l'universalité des déviances. 

Toute l'éducation des filles vise à les culpabiliser. Ce qui fait que dans le cas d'agressions sexuelles, on se demandait inévitablement Mais qu'est-ce que j'ai bien pu faire pour lui faire croire que ?
Dans mon cas, comme j'ai toujours préféré me vêtir de vêtements pratiques et confortables ou sportifs, la question de la tenue se posait peu. Il m'est resté des cas de perplexités sur d'éventuels double-sens inconnus de moi dans ce que j'avais pu dire et qui avaient pu laisser croire que.
Des décennies plus tard, je comprends que non, rien. J'étais juste une femme, jeune, et plutôt rieuse.

Sauf atteinte physique grave avec séquelles, porter plainte n'était pas une option. 
Voir paragraphe du début. Les hommes sont comme ça, on n'y peut rien, et vous avez dû faire quelque chose qui lui a fait croire qu'il pouvait agir comme il l'a fait.

Dans les milieux professionnels, c'est la victime qui si elle parlait se couvrait de honte et avait des ennuis. 

Rétrospectivement, je pense que j'en ai eus, et des incompréhensions face à des revirements dans des dossiers de boulot, ou des tâches qu'on devait me confier et des promotions logiques qui étaient reportées. J'en ai eu d'avoir royalement ignoré certaines propositions crapuleuses. Et je les ai ignorées, je l'ai compris 30 ans plus tard en lisant des témoignages, parce que ça ne m'avait pas même effleuré que tel propos était en fait une allusion, une proposition insidieuse. J'étais trop naïve pour comprendre et tellement à des années-lumières de ce à quoi le monsieur songeait. Certains ont dû me prendre pour une résistante. J'étais seulement ben niaise et prenais ces messieurs pour de meilleures personnes qu'ils n'étaient, ne les imaginais pas même capables de telles bassesses. J'ai été exemplaire ... par ignorance absolue. 

Il se trouve aussi que je n'ai pas peur, je peux éprouver une peur physique face à un danger grave et concret ou une peur par surprise (celles qui font sursauter), mais personne ne m'impressionne, la peur ne vient qu'après (2). Il y a donc eu bien des situations où au lieu d'avoir peur, j'ai éclaté de rire tant le monsieur et sa tentative me semblaient ridicules ou insensée. Les très rares cas où il y avait urgence, je sais me battre, j'ai repoussé violemment. Et ça n'était pas des grands violents, une opposition calme et physique suffisait, parfois même un simple "Ça va pas la tête ?".
Que serait-il advenu si j'avais ressenti une de ces émotions qui peuvent nous plonger en état de sidération sans pouvoir réagir ?

J'aimerais aider les femmes plus jeunes, j'aimerais que cesse la légitimité offerte aux comportements abusifs.
Seulement j'ai le sentiment de venir d'une époque si lointaine, ou les choses étaient considérées si différemment, que je ne sais ni comment, ni que faire.

 

(1) Comment ça je ne peux pas m'inscrire au foot parce que je suis une fille ? Mais pourquoi ?!

(2) Tout à l'heure alors que je faisais un jogging, un chien assez grand a échappé à la vigilance de qui le promenait et m'a sauté dessus. J'ai été prise au dépourvue, pas apeurée. En même temps peut-être voulait-il simplement jouer. Elle s'est confondue en excuses.


Niveau de fatigue atteint : la vieille brunette avec deux chaussures noires (mais pas les mêmes)

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Je m'étais empressée de filer courir une fois la journée de dur labeur bouclée. Voilà qu'à peine partie et parce que davantage que dans la foulée c'était dans le laçage que je ressentais une bizarrerie, je me suis rendue compte que j'étais partie avec des chaussures issues de deux paires différentes.

J'ai fait demi-tour.

Mais c'est quand même la preuve d'un redoutable niveau de fatigue (1).

 

(1) En plus que d'un manque d'éclairage du couloir.

PS : Je ferais une bien piètre influenceuse équipement.


Navalny


    J'étais en train de travailler, et sur l'ordinateur du travail, avec la version de Windows dont il est équipé, figure sur la barre des tâches en bas à droite un petit encart qui généralement indique la température extérieure et une indication météo. Parfois il y a une alerte de circulation (périphérique bloqué de telle porte à telle autre ...) et de temps en temps "alerte info".

C'est suffisamment rare pour que ce matin tout en travaillant, j'ai cliqué et l'alerte en question conduisait à une annonce de la mort d'Alexei Navalny.

Mon cœur est tombé dans mes pieds, sensation physique qui chez moi accompagne les très mauvaises nouvelles qui me concernent.
Or je ne suis pas personnellement concernée par cet homme, dont je me suis longtemps méfiée des prises de position - il me semble, je peux me tromper, qu'au tout début, il n'était pas si loin de l'extrême droite, mais peut-être à la manière d'un Limonov, car s'opposant au régime en place (?) -. J'en étais venue après son retour volontaire en Russie alors que la fois précédente s'était soldée par une sévère tentative d'empoisonnement, à admirer son courage. Et suivais son compte Instagram, sans trop savoir qui l'alimentait.
C'est triste pour lui et ses proches, mais au delà de son cas, et alors que le tyran semblait avoir opté pour lui laisser la vie sauve, cet assassinat (dont nous ne doutons à peu près pas), semble envoyer un message funeste au monde entier. Maintenant, fini de rigoler. On va voir ce qu'on va voir. Pas de quartiers (déjà que).

Fait rare, à ma micro échelle de petite vie de citoyenne à simple emploi, j'ai eu du mal dans la suite de la journée à me concentrer sur le travail. Quelque chose en moi était en alerte. On se souviendra de ce que l'on faisait ce jour-là. 

En attendant, respect à celui qui aura eu le courage de ne pas fléchir devant le tyran de son pays.

 

PS : Un article dans Le Monde, un documentaire sur Arte.


Kiptum


    On se rappellera que l'annonce du décès du si prometteur marathonien nous avait cueilli au réveil et s'accompagnait d'une sidération qui persista toute la journée.
C'en était fini des imaginations de duel des titans entre Kipchoge et lui, se tirant la bourre possiblement vers un sub 2h.

Je suis trop au bord du sommeil pour écrire davantage.

Pensées pour ses proches ainsi que pour Kipchoge dont la fin de carrière sera désormais à l'ombre d'un "Oui mais si Kelvin Kiptum était encore là". 
Tout est bien triste.


Varda in extremis

 

    Avec les camarades du vieux ciné-club dont je fais partie, je suis allée voir l'expo Varda à la cinémathèque la veille du dernier jour.
Je voulais écrire à ce sujet mais je n'en ai pas eu le temps dès en rentrant et à présent qu'il se fait tard, l'énergie me manque.
Bien des points n'étaient pour moi pas des nouveautés, j'appréciais Agnès Varda depuis fort longtemps, ainsi que son travail. Je connaissais ainsi son côté pionnier, et que les autres suivent mais qu'un "mouvement" n'est reconnu comme tel que lorsque les hommes s'y mettent à leur tour.
J'ai plusieurs fois été fort émue, malgré la foule - aller voir une exposition à Paris dans ces derniers jours est rarement à recommander ; seulement pour nous ça n'avait pas été possible avant -. Quand au dernier mur, en compagnie de Delphine Seyrig et Chantal Ackerman où elles expriment haut et fort combien les femmes manquent de place, il m'a profondément remuée. Ce qu'elles exprimaient c'était tellement ça. Le gag étant qu'alors que j'étais appuyée sans bouger au mur en face du mur écran, comme tout le monde le faisait, par deux fois des hommes ce sont littéralement collés devant moi sans même un regard à l'arrière. Au 2ème et comme j'étais encadrée par d'autres personnes qui m'empêchaient de me décaler, j'ai tapoté l'épaule avec un geste de Hé bah, lorsqu'il s'est retourné. 
- Oh pardon allez-y a-t-il déclaré contrit tout en se décalant, mais comme si j'avais demandé qu'il se pousse pour me mettre alors que je n'avais pas bougé.
C'était tellement typique de ce qui était dénoncé que j'ai échappé de peu au fou-rire.

Typique aussi la mauvaise humeur du Joueur de pétanque sur le trajet du retour, car pour une fois un samedi après-midi il ne jouait pas à la pétanque. Galvanisée par Agnès et ses sœurs de courage, je l'ai un tantinet recadré. D'autant plus qu'il avait apprécié l'expo et le déjeuner, même si par effet de groupe et de forte fréquentation de l'établissement (1) ce dernier avait duré longtemps.
Je n'étais responsable en rien de cet inconvénient, ni ne l'avais exhorté à venir.

Je n'oublierai jamais, concernant Agnès Varda, la tristesse des habitants de son quartier lorsqu'aux jours suivant sa mort j'effectuais un remplacement dans une librairie voisine de la rue Daguerre. Elle y avait ses habitudes. Une commande l'attendait encore et ça m'avait serré le cœur.
Quelqu'un dont le départ définitif rend les gens "proches non-proches" tristes à ce point, ne pouvait qu'être une personne formidable presque tout le temps et avec tout le monde. Je me souviens d'avoir songé que si j'avais été de la librairie la détentrice, je me serais permis d'ouvrir un registre de condoléances que j'aurais ensuite remis aux enfants de la réalisatrice. Tant de personnes parlaient d'elles si bien.

Bien sûr j'ai quitté l'expo avec une furieuse envie de revoir ses films ou voir ceux que je ne me souviens pas d'avoir vus (2) et de relire "Décor Daguerre", aussi.

(1) L'auberge aveyronnaise, dont l'aligot est fameux.
(2) Concernant "Le bonheur" j'ai un doute solide. Vu et grandement oublié, ou pas vu et connu pour certaines séquences ?


Nous sommes des gens de peu


    Une vie de gens de peu, n'est pas forcément caractérisée par la contrainte financière, l'aliénation au travail pour pouvoir se nourrir - laquelle laisse peu de liberté de réel choix -, le manque de culture - on peut être très cultivé, surtout dans une société où domine le rapport à l'argent -, mais plutôt par la répétition perpétuelle de ce schéma : on bosse dur, on stabilise un peu quelque chose puis survient un élément extérieur (d'une maladie grave à une guerre, en passant par toutes sortes de nuances ou de catastrophe dite naturelle, jusqu'à des choses plus petites telles qu'un employeur défaillant) qui remet le fragile équilibre en cause, et c'est reparti, passé le temps de l'épreuve elle-même, pour un tour de reconstruction.

Aux marges de mon emploi du temps rendu par le travail nourricier trop lourd, je lis "Retrouver Estelle Moufflarge" de Bastien François et comprend bien des choses.
Je me souviens aussi de la brève période où j'étais libraire à Montmorency, Au Connétable, et plutôt heureuse. La maladie puis la mort de ma mère, âgée mais qui aurait pu l'être bien plus car d'une constitution remarquable, étaient venues clore cette phase de ma vie et même si j'ai quitté suite à une proposition d'emploi qui ne pouvait guère se refuser, il m'est évident que je n'aurais pas pu rester bien longtemps sur les "lieux" (1) du deuil.

Être des gens de peu, c'est passer son existence à s'adapter et survivre face aux coups durs, plus rarement aux coups de chance, qui surviennent. C'est ne pas avoir les moyens de faire autrement.

 

(1) Mon travail était proche de l'hôpital d'Ermont dont sa prise en charge dépendait.


Il aura fallu attendre 2024 mais ça y est enfin, on commence à être en l'an 2000


    Il existe des taxis autonomes dans certaines villes du monde, dont San Francisco.

Article sur Numerama avec une vidéo.
Pour avoir subi en tant que passagère ou en tant que personne qui croisait leur route, tant de chauffeurs qui étaient dangereux à force de se prendre pour des pilotes, je l'avoue, cette perspective me rassure. Un véhicule autonome, sauf à être programmé par un fou malfaisant, ne s'amusera jamais à vouloir épater la galerie, se venger des cyclistes, manquer de respect aux piétons.

Les voitures volantes commencent à poindre. 
Bref, avec un peu de retard, on est en train d'arriver à ce qu'enfants dans les années 60 et 70 on imaginait pour "l'an 2000".

Dommage que les guerres se fassent de plus en plus menaçantes et que le climat soit tombé malade par notre faute, la suite aurait pu être rigolote. Peut-être aura-t-elle le temps de l'être un peu.
Déjà comme ça, je m'estime privilégiée d'avoir pu connaître une longue période de paix (armée, certes, et sans sérénité, mais paix quand même), la contraception qui m'a permis d'éviter de mourir d'épuisement de beaucoup trop d'enfants (1) et que ceux qui sont nés ne soient pas désirés, les progrès immenses de la médecine dans ces années-là (2), l'internet et les téléphones personnels, ainsi que les moyens de prendre films et photos. Enregistrer ce que l'on veut et le partager avec qui l'on veut. Avoir accès en quelques clics à toutes les connaissances possibles (3).
J'aimerais pouvoir partager cela avec nos aïeux, venez voir, merci d'avoir tenu le coup, nous (en) sommes là grâce à vous. Je suis persuadée que mes grands-mères et l'une de mes arrière-grands-mères, d'abord interdites et sans doute méfiantes, ensuite se diraient Doux Jésus ou Mamma mia mais qu'elles adoreraient ça.
(Quant aux hommes, ils bougonneraient)

 

(1) D'une de mes grands-mères, le nombre exact de grossesses menées à terme nous est inconnu. Tant elles furent nombreuses et les bébés morts très tôt également.
(2) Sans les antibiotiques et les vaccins, combien de fois serais-je déjà morte ?
(3) OK à condition de savoir chercher et exercer son discernement, mais quelle révolution par rapport à l'époque où le savoir était planqué dans des encyclopédies que peu possédaient, ou détenu par certaines classes sociales qui ne partageaient que ce qu'elles souhaitaient.

 

 

 


Ne reste pas là

 

    Hier matin la ligne 14 était en rade aux heures de pointe des 9 - 18 jobs. Autant dire que j'étais en plein dedans.
La panne n'a pas été annoncée d'emblée (ou plutôt : il y avait dû y avoir un premier incident, considéré comme résolu puis ça a recommencé) c'est au temps long de stationnement en station qu'on (les passagers) s'est douté que quelque chose n'allait pas, puis à Satin Lazare on nous a sommés de descendre, trafic totalement interrompu des deux côtés.

Sans surprise : l'évacuation de tant de monde d'un seul coup n'était guère possible, du moins de façon fluide.

J'avais déjà par texto averti mon employeur d'un retard très probable, j'étais prête à prendre mon mal en patience et à remonter vers la surface en prenant le temps qu'il faudrait.
J'ai la chance de n'être pas agoraphobe même si par goût j'ai tendance à ne pas m'agglutiner. 
Seulement, je suis depuis un moment Fouloscopie, et grâce à Mehdi Moussaïd j'ai appris à repérer les différentes densités de foules et les alertes à prendre en compte lorsque celles-ci deviennent à risque.

Hier matin, dûment instruite par cette fréquentation ma voix intérieure m'a ordonné "Ne reste pas là !".

Alors, avant que la densité côté gare SNCF ne devienne trop forte, je me suis faufilée vers les quais de la ligne 9 et me suis exfiltrée vers une station plus loin afin de poursuivre mon périple du matin.

Toute la journée j'ai eu l'impression d'avoir participé à un test grandeur nature, une sorte d'exercice d'alerte incendie. Et d'avoir su choisir la bonne option grâce à mes (bonnes) fréquentations.