Rêve des temps fatigués - dodo therapy


    Si je n'ai pas de contrainte particulière, entre l'arrivée du temps hivernal et l'époque aux relents guerriers avec les menaces des extrémistes de tous les côtés, je dors ces jours-ci 14h/24, sans jamais vraiment cesser d'être ensommeillée. À croire que mon corps procède en interne à une forme artisanale d'automédication, et fabrique en circuit fermé une sorte de somnifère. Seuls le sport, le travail [pour d'autres] et certains rendez-vous me permettent d'y échapper. Ma semaine à venir dans une belle librairie sera la bienvenue qui devrait me sortir de ces heures sans issues. 

Du coup, je rêve.

Comme souvent je crois être réveillée, et que ça y est enfin, je vais pouvoir me lever, je me souviens de certains songes, juste avant de replonger. 

Ils se trouve que je connais chacun des lieux ou des rues ou des quartiers que les attentats et la traque conséquente ont fait nommer et pas seulement le Bataclan, mais les rues vers Répu, Saint Denis, Montreuil, les zones de Bruxelles mentionnées, y compris ceux d'un attentat prévu et déjoué. Les rêves retravaillent cette géographie et la violence qui l'a traversée.

 Aujourd'hui, ils étaient davantage d'épuisement. Et pour la première fois depuis douze jours, j'en ai fait un presque joli. Alors le voici.

Dans le rêve lui-même, je suis épuisée. Mais il n'y a pas d'urgence particulière, je semble en congés, ou peut-être suis-je enfant et ce sont les grandes vacances. C'est l'été ou du moins une saison chaude, l'air est sec, dans les intérieurs on voit la poussière voler dans les rais de lumière. 

À un moment donné je suis allongée dans le grenier de la maison de ma grand-mère maternelle (1), j'ai dû mettre vaguement un matelas par terre et j'y suis bien. Peut-être même lis-je un bon bouquin. Ça dure un moment le rêve comme ça. Je n'ai aucun souci immédiat, pas même de me soucier du repas. 

Puis j'entends ma mère dans les étages du bas, et je me dis que si je reste là je vais être enrôlée pour ci ou ça ou vais devoir entendre des propos que je n'aime pas, ou qu'elle trouvera un reproche à me faire, bref, c'est une menace potentielle à mon îlot de paix intérieure alors je sors par les toits - je ne sais pas comment, mais dans le rêve il suffit d'enjamber une fenêtre inclinée et alors qu'on est au deuxième étage on est aussi dans la rue de plain-pied -. Je vais vers un terrain de football qui ressemble à celui qui est près de la piscine à Clichy. 

Mais il n'y a personne. Les autres sont sans doute en vacances. De toutes façons je suis trop fatiguée pour m'agiter. À nouveau je m'allonge. Mon corps est las mais pas douloureux et je ne suis pas trop ensommeillée. Il fait toujours beau et chaud. Je regarde les alentours. Vers la place qu'occupe la piscine par rapport au terrain de foot d'en vrai, il y a des maisons qui ressemblent à celles de cette rue à Uccle que je connais bien. Mais elles sont plus hautes. À un balcon, je crois reconnaître quelqu'un que j'aimais bien, tel que je l'avais vu un jour alors que j'arrivais chez lui et qu'il fumait en m'attendant. Comme dans la réalité d'alors j'ai un doute dû à la distance. Mais je suis très consciente dans le songe même que c'est très agréable comme préoccupation. Je cligne des yeux et joue avec les effets de l'éblouissement du soleil. Il fait divinement bon (2). 

C'est alors que j'aperçois sur le côté gauche du terrain de foot désert un arbre, c'est tout à fait normal qu'il y ait des arbres sur les terrains de foot c'est pour apprendre à mieux dribbler (!). Et celui-ci est tout droit sorti des dessins de Claude Ponti, ceux du livre Ma Vallée (3). Je suis contente de retrouver un ami et qu'il soit venu me rendre ainsi visite (4). Le vent se lève et il en profite pour faire le clown comme si ça le chatouillait. J'éclate de rire et me sens moins fatiguée. C'était le seul souci de ce rêve de devoir rester allongée.

Mais je sais que ce vent annonce probablement un orage et qu'il va me falloir rentrer. Je savoure très consciemment un dernier instant d'être là puis je me réveille.

Je remarque qu'à part la silhouette de l'homme et la voix ou des bruits diffus maternels, il n'y a aucun humain et que pour autant je ne me sens pas seule. En très grande paix entre des éléments urbains agréables et de la nature. J'ai oublié de mentionner les oiseaux, ils sont assez nombreux et je les écoute (5). Peut-être de loin en arrivant au stade un chat, un chien. Bref, une ville dans la touffeur délicieuse de l'été, sans contrainte horaire et sans trop d'êtres humains.

 

(1) que je n'ai pas connue elle est morte en novembre 1944 de conséquences indirectes de froid et logement de fortune (et sans doute manque de médicaments) après le débarquement. Dans le rêve je suis dans le magnifique grenier de la maison où elle est morte et qu'il m'est arrivé un jour de pouvoir visiter.

(2) traduire : 28°C au moins.

(3) Il y a dans la vraie vie, non loin de la piscine de Clichy un arbre que j'aime beaucoup.

(4) Ça va parfaitement de soi que les arbres puissent être des amis des humains et leur rendre visite.

(5) Je pense que cette émission entendue ce matin avec des extraits de textes de René Char (Le paysage et la nature font la contre-terreur) n'est pas étrangère à ce songe.