Retour à pied

 

    La jeune femme dit à une amie Je me souviens de tes couleurs.

Il pleut comme si le ciel s'employait à renverser des seaux. Nous venions de parler du film "Parasite" et de la longue séquence de forte pluie. D'un seul coup, nous étions dans le film, avec les ami·e·s.

Je décide par sagesse de rentrer en métro. Ce n'est pas mon mode de transport favori surtout pour venir de là où nos chemins se quittent aujourd'hui : deux changements et le risque ligne 13 de tomber sur la rame qui à la Fourche file vers le mauvais côté. 

La jolie phrase de Léa occupe mes pensées, une fois les ami·e·s quitté·e·s. C'est sans doute ce qui provoque en moi une bouffée d'optimisme ; lorsque j'arrive à l'entrée de la station, la pluie a ralenti, je me dis qu'elle va s'arrêter, que je peux bien rentrer à pied. Et puis une fois chez moi, pas de problèmes, je pourrais me sécher. 

C'était une feinte météorologique, alors que j'ai opté pour la marche à pied, elle redouble. Je vais rentrer drinchée. Ne restera plus qu'à ajouter le savon.
(puis à rincer)
(sécher)

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Je descends de Montmartre et l'eau ruisselle. Elle se souvient qu'il y avait là une colline à dévaler. La ville doit s'adapter. Ses caniveau débordent. 

Boulevard Berthier les voitures joueront aux aventurières passant à gué donnant cette illusion aux conducteurs de piloter.

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Métro Guy Môquet, un coup d'avertisseur moto, un bref éclat de voix. Une dame âgée est tombée, un motard redresse sa machine. Le compagnon de la vieille dame l'aide à se relever. Je me tiens prête à venir aider, mais la dame semble aussi alerte que l'on puisse être lorsque l'on vient de se prendre un gadin sous la pluie alors que l'on tenait un parapluie qu'on n'a pas lâché ou bien tard. Et le motard est descendu qui semble les accompagner sur le trottoir, ils se parlent sans véhémence, les torts sont peut-être partagés - le couple était hors de tout passage piétons -, la moto a peut-être freiné un brin tardivement en s'approchant du carrefour suivant. Et surtout ça a l'air d'aller. 

Je poursuis mon chemin.

Au 104 de la rue de la Joncquière à 16h36 un homme jeune hoodie gris anthracite pantalon noir chaussures de sport sombres, passe par dessus la grille dans un geste d'une telle souplesse sans trop besoin d'élan qu'on a l'impression de qui s'amuse de façon sport à rentrer chez lui, pour un peu j'applaudirais ; à la réflexion et malgré l'aisance, peut-être était-il en train de commettre une effraction. Ma présence en tout cas ne le dérangeait pas - et j'ai passé d'au moins trois décennies l'âge qui peut donner envie aux jeunes hommes de vouloir quêter mon admiration -. Clef oubliée ?

Porte de Clichy sous un abri que constitue une pré-entrée d'hôtel se tiennent quelques personnes, une poignée avec un gilet jaune et l'un des gilets jaunes, homme de forte stature, porte un chapeau de cow-boy bleu blanc rouge. Quand je passe à proximité, je l'entends qui énonce des données économiques d'un ton mesuré que son allure ne laissait pas présager. 

Plus loin trois ou quatre véhicules de gendarme quittent la position qu'ils tenaient devant le tribunal. Leurs gaz d'échappement sont particulièrement forts et suffocants, je me demande s'ils ont la vignette crit'air ; ils ont une sorte de mégaphone qu'ils utilisent lorsque je passe pour tenter de mettre une honte à l'homme qui pisse à un angle de la palissade du chantier de la maison des avocats sous l'air un peu ébahi d'un ouvrier de l'autre côté. Tout à son envie qu'on imagine pressante pour qu'il fasse le choix de se soulager là avant de se diriger vers l'entrée du tribunal, il n'a calculé ni les gendarmes qui lui signalent que son forfait pourrait lui coûter 63 €, ni le fait que la palissade du chantier n'est pas franchement opaque vers l'autre côté, ni le fait que je passais tout à côté sur un trottoir peu large dans cette phase des travaux. La pluie s'arrête, comme si cette micro concurrence lui semblait déloyale et qu'elle renonçait à rincer son forfait.

Je rentre trempée mais sans avoir eu froid. Fullsizeoutput_187b

Le livre que j'avais acheté - un seul sur trois qui me tentaient, je sais être raisonnable - malgré le sac à dos sportif imperméabilisé avait pris un petit peu d'humidité. Mon agenda également, que je tiens à conserver de papier car la seule panne en tant d'année fut que deux d'entre eux avec d'autres affaires qu'un autre sac contenait, me furent volés. J'avais joué de malchance, c'était une fin d'année.

 

En rentrant en allumant l'ordinateur pour y déposer les photos prises au téléfonino de Paris sous la pluie j'ai appris que Toni Morrison était morte dans la nuit. C'est quelqu'un que j'admirais sans connaître toute son œuvre, guettant souvent pour la lire un moment de vacances autre que trop actives ou atteintes trop fatiguée, qui n'arrivait (presque) jamais.
Elle imposait le respect.

L'effet d'insouciance de la marche sous la pluie s'est immédiatement dissipé.

Quelles que furent les circonstances de la vie du monde, je sais gré à mes amies de la bonne journée passée.

 

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Une tragédie et ailleurs un retour

 

    Après une journée bien remplie j'étais en train de récupérer en attendant l'heure de bricoler et manger un dîner, quand parce que depuis le tour de France et The Cycling Podcast, je suis un certain nombre de cyclistes sur Twitter, j'ai vu apparaître les premières alertes au sujet d'un accident grave sur le tour de Pologne. Le nom de Bjorg Lambrecht apparaissait en trending topics en Belgique, et très vite des touites indiquaient, héliporté à l'hôpital (ce qui fut l'intention mais n'eut pas lieu d'après ce que j'ai lu après), réanimation et très vite après le très vite des touites de personnes qui avaient visiblement appris la pire mauvaise nouvelle mais tentaient d'apprendre qu'elle était fausse, n'y pouvant croire. Un touite de l'équipe ou de la direction de la course qui disait il est à l'hôpital, opération en cours (ou envisagée, je ne sais plus, je me souviens d'avoir pensé, incurable optimiste que c'était bon signe dans le terrible, que ça signifiait qu'il pouvait peut-être ou sans doute être sauvé) et  

puis 

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C'était un touite de son équipe, le compte semblait bien le leur de façon peu contestable, plus aucun doute hélas ni espoir n'étaient permis.

J'ai cherché à en apprendre un peu plus, mais que faire à part penser à ses proches, famille, ami·e·s ou collègues et parmi eux coéquipiers. Je me souvenais d'autres décès prématurés de cyclistes. Bjorg Lambrecht semblait particulièrement prometteur et si jeune, même sans le connaître son sort peinait.

Je n'étais pas la seule à me souvenir, quelqu'un a émis une sorte de touite récapitulatif comme un RIP général et un ancien coureur (je crois ?) a alors ajouté quelque chose comme Sans parler des blessés si graves qu'on les a cru perdu, ou qu'ils le sont pour le sport professionnel et il a cité Stig Broeckx, si gravement accidenté en 2016 qu'on l'avait cru perdu, à ceci près qu'il était revenu d'un coma de plus de six mois, et depuis, ce que j'ignorais, progresse pas à pas pour recouvrer des capacités. J'ai même trouvé une video récente, où il est présent lors d'un prix créé à son nom afin de récolter des fonds pour les structures de soins ou rééducation, et c'est impressionnant comme il semble énergique et compréhensible pour quelqu'un revenu de si loin. 

Il est dit dans l'article qu'il avait un black out total de ses souvenirs des cinq années précédent son accident et qu'une conséquence de l'accident avait été la séparation d'avec sa compagne devenue pour lui une inconnue (1).

Quoiqu'il en soit, le voilà sauvé au moins pour un temps. Ça faisait du bien de le constater.

Chance que n'aura pas eue son compatriote. Et c'était une autre terrible étrangeté que d'apprendre de relativement bonnes nouvelles de l'un par ricochet de la pire mauvaise nouvelle de l'autre. 

Je pense aux proches de Bjorg Lambrecht, ce soir, et aimerais tant pouvoir faire quelque chose qui permettrait de soulager leur douleur. Mais il n'y a rien qui me vient. À part témoigner ici d'une sorte de chagrin commun à qui apprécie le sport qui était sa passion mais l'a finalement tué.

 

(1) un autre reportage le montre pourtant avec quelqu'un ; mais ça doit effectivement être profondément étrange de trouver des personnes pour qui on semble compter mais dont on n'a pas le souvenir. 

PS : Deux de mes amies traversent des jours difficiles et je ne sais, non plus, comment les aider dans ces moments si rudes à traverser. Que faire au concret ?

 


Un souvenir de Cerisy

 

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Nous approchons du mois d'août, nos comptes en banque crient famine, et mon avenir professionnel, même si j'ai trouvé le local qui irait bien pour une librairie que je pourrais tenir, reste fort incertain. Alors je me rappelle les bons souvenirs et parmi eux celui-ci : le colloque Hélène Bessette fin août à Cerisy. 

J'ai failli connaître un bonheur d'une semaine, mais le décès d'une de mes tantes aura brièvement interrompu l'élan. Revoir les cousins et les cousines était pas mal non plus, même si deux hommes manquaient qui ont préféré tenter la vie auprès d'autres femmes, incapables qu'ils furent de faire face aux diminutions naturelles de leurs propres capacités physiques. 

Il n'empêche que cette semaine restera pour moi une parenthèse magique et probablement unique car mes finances ne permettent pas de telles folies, ni mes emplois, lorsque j'en ai, de choisir mes dates d'absence.

Je me souviens fort bien de tout ce que j'ai appris et du bonheur que c'était de découvrir certains textes inédits ou devenus des raretés, je me souviens de moments magiques, d'une grande balade à vélo vers la mer, d'une soirée de lectures à voix haute au grenier - ces moments pas si fréquents je crois, même dans une bonne vie, où l'on a la sensation d'être au bon endroit au bon moment et qu'on ne serait nulle par ailleurs aussi bien, aussi précisément en adéquation (1) -, des belles rencontres que j'y ai faites.

Seulement ce qui me revient en premier, lorsque je ne réfléchis pas, ce sont deux éléments fort peu littéraires : 

Mon peu de goût à être servie, cet embarras dans lequel ça me met. Nous étions à chaque repas servis personne par personne à table par des jeunes femmes en livrée, nombreuses, et qui passaient même pour proposer du plat principal une seconde fois. Je n'aurais pas voulu être à leur place, mais je n'étais pour autant pas à ma place à la mienne.

L'absence totale de clefs. Je n'étais pas tout à fait tranquille concernant mon ordi - le vol de mon sac fin 2017, la volatilisation de mon téléfonino quelques mois plus tôt lors d'une assemblée de libraires, et les vols à répétitions dans la maison de Normandie la même année, m'ont rendue intranquille à ce sujet -, que la plupart du temps je m'arrangeais pour conserver près de moi ; seulement pour le reste, quel infini et formidable sensation de liberté. Pendant une semaine ne pas avoir à se préoccuper de serrures et de clefs et d'ouvrir et de fermer, et de vérifier qu'on avait bien sur soi des clefs, pendant une semaine vivre naturellement, se faire confiance. C'était si bon. Et rassurant. 

Je m'étais alors souvenu qu'en banlieue de Paris, dans mon enfance, on ne fermait à clef une maison que lorsque l'on s'absentait, faisant suffisamment confiance au monde pour laisser ouvert les accès en notre présence, sans avoir à craindre d'intrusions (2). On ne fermait présents que pour la nuit. Et c'était le cas pour les voitures aussi. Les portes n'étaient pas blindées, les grillages bas, les portails bouclés seulement si une famille s'en allait en congés.

Voilà ce qui reste de plus marquant, malgré de fortes et belles émotions et stimulations intellectuelles : les clefs, la belle vie que c'est sans. 

 

(1) L'amour fait ça également, lorsqu'on a un temps d'intimité qui nous est accordé et dans un lieu que l'on apprécie ou que l'on découvre, enchantés.
(2) Jusqu'au jour où Philippe, le mauvais garçon du quartier, est tombé dans l'héroïne et que lui ou ses fréquentations ont commis des larcins vite fait, dans les maisons, abusant de la confiance collective que les habitants avaient. 

 


Stimulant (confort et veille de course)

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J'adore les veilles de courses, quand on met de côté toutes les difficultés de la vie quotidienne pour se concentrer sur un objectif élémentaire : parcourir x km en moins de y heures (peu importe si uniquement sur un mode ou pour le triathlon sur trois, le principe est le même : un déplacement à accomplir). On ne sait pas encore comment on sera, quelle sera notre forme, il y a une légère tension mais elle est joyeuse et stimulante. En tout cas pour moi. Et j'adore ça.

Comme nous prenons peu de vacances et qu'elles sont généralement en Normandie, avec de fait des choses sérieuses à faire, de celles qu'on fait dans un chez soi, c'est un bonheur et un réel congé du quotidien que d'aller quelque part pour une course. 

Et pour cette fois j'avais opté pour une petite folie (raisonnable) financière : l'hébergement dans le complexe sportif et hôtelier qui fait partie de l'organisation de la course. Départ sur place !

Une chambre spacieuse et belle comme nous en connaissons rarement 20190712_173552

une vraie piscine dans le complexe même - le luxe inouï de quasi descendre en maillot de bain, et pour une vraie piscine où l'on peut nager pas seulement faire trempette -. 

Nous fêtons ainsi nos trente ans de mariage. J'espère que la course sera une fête aussi. J'appréhende la longue distance, mais j'ai envie de m'y confronter. 

J'eusse aimé avoir une vie de nomade du sport, avec la santé fragile de ma jeunesse et la béta-thalassémie même mineure, ça n'était pas envisageable. D'autant plus que "mon" sport était le football et qu'il commence seulement plus de quarante ans plus tard à être reconnu pour les dames. Alors je me rattrape sur le tard, à petite échelle mais beaucoup mieux que rien, grâce au triathlon et à la course à pied. L'air de rien, à bas bruit, en attendant mon heure, j'en aurais accompli des espoirs de ma vie. 

Peut-être qu'il y a là une force à transmettre : si quelque chose nous tient profondément à cœur, et dépend de nous que ça devienne possible en assez grande partie, il convient de ne pas la perdre de vue et de porter son effort dans sa réalisation dès qu'elle devient accessible. Parfois, ça prend quarante ans. C'est tout. 

À part ça, il y a toujours cet effet en arrivant en Belgique de rentrer chez moi. Peut-être faudra-t-il qu'enfin un jour je coïncide. 


Passé (personnel) revisité, en bon, en mauvais


    C'est une remarque faite à Arras par Catherine Le Gall qui m'y a fait songer, elle parlait de ce que l'enquête longue et minutieuse menée pour le livre "Les prédateurs" avait blessé en elle, qu'elle avait mis un moment à se remettre de ce qu'elle avait appris, à réajuster sa compréhension du monde. Je suppose qu'elle n'imaginait pas le niveau de la criminalité en cols blancs tel qu'il est.

J'ai pris ainsi conscience depuis mercredi d'à quel point ma propre vision du monde avait aussi bougée, pas tant depuis les révélations sur des exactions financières, le choc avait eu lieu pour moi de part mon emploi au début des années 90, que sur les conséquences de #MeToo - s'apercevoir que des trucs déplaisants que l'on avait vécus n'étaient ni la faute à pas de chance, ni d'un type qui ponctuellement avait pété un câble, mais que c'était la norme, le truc répandu -, et sur des tolérances que l'on avait, je dirais malgré soi, en se disant, c'est depuis que le monde est monde, qu'y pourrait-on ?, et qui sont remises en cause. Du coup j'ai des petits flashs back de scènes qui en leur temps ne m'avaient pas choqué plus que ça, qui m'avait fait tiquer, certes, mais pour lesquelles je pensais que c'était à moi de m'adapter au monde tel qu'il est, que ça ne changerait jamais, et qui me reviennent. 

Par exemple dans cette vidéo de concert de l'an 2000 le duo avec des paroles "explicit" comme diraient les américains entre un homme de 50 ans et une jeune fille de 16, OK c'était juste pour l'art, mais n'était-ce pas une incitation à trouver normal un chant amoureux entre une encore gamine et un qui aurait pu être son grand-père ? 
Ou cet éditeur qui avait prévu un matelas dans une pièce de la partie professionnelle de ses logis successifs pour loger les stagiaires (qui aussi se succédaient, puisqu'il n'y avait pas les moyens de payer de vrais employés) venant d'un peu loin. À l'époque j'avais à la fois songé, ça peut effectivement aider, que ça partait d'un bon sentiment (que quelqu'un ne soit pas obligé de renoncer par manque de moyens pour se loger) mais que ça n'était pas très cool quand même (ça n'était même pas un lit dans une chambre meublée), voire sujet à caution. À présent je serais plutôt d'avis que c'était clairement une forme d'exploitation sous couvert de formation.

Ce ne sont que deux exemples parmi une petite foule, des éléments qui me reviennent à l'esprit et pour lesquels je m'interroge alors qu'au moment même mon questionnement était réduit.

Du côté joli de la vie, je me suis aperçue en retombant par ricochet sur des nouvelles de sportifs que j'admirais en mon jeune temps, que l'air de rien j'avais réalisé récemment deux de mes rêves d'enfance ou d'adolescence. 

Avant de piger que les filles ne pouvaient prétendre aux mêmes destinées que les garçons, avant de savoir aussi que j'étais équipée d'une thalassémie mineure qui n'aide pas trop aux performances physiques, je m'étais rêvée en sportive de haut niveau. J'aimais l'effort physique et une vie quotidienne tissée d'entraînements et de pousser son corps au mieux de ses capacités me faisait rêver. Un grand-cousin de mon père avait été boxeur pro, mon père était plutôt sportif pour quelqu'un au travail prenant, ma mère dès qu'elle a pu aussi pratiquait différentes activités et était une marcheuse infatigable, peut-être que quelque chose en ce sens était favorable. Après, je n'étais pas particulièrement douée, j'étais petite de taille, fluette, avec de gros soucis de coordination, les pieds plats, et souvent malade. Je n'avais que le mental et d'être dure au mal. Ça ne suffit pas.
Voilà qu'il m'aura fallu attendre une cinquantaine d'année pour, sur une semaine, connaître ce que ça fait : l'existence entièrement tournée sur les entraînements et la récupération. 

J'ai n'ai pas pu accomplir autant de kilomètres à vélo que mes camarades, je ne suis pas encore assez aguerrie, il n'empêche que lors ce stage de triathlon que je viens de vivre, en gros j'ai suivi. Et surtout : j'ai adoré ça. J'espère que je pourrai recommencer l'an prochain.

L'autre rêve l'était au sens littéral : c'étaient des rêves que je faisais la nuit, sans trop m'expliquer pourquoi, et non quelque chose que je rêvais de faire. J'étais vis-à-vis du monde extérieur plutôt réservée et timide, il fallait que je connaisse les gens pour être plus expansive ; mon éducation poussait dans le sens de Il ne faut pas se faire remarquer. Et voilà que régulièrement dans des rêves, j'étais la personne qui interviewait de grands sportifs, très à l'aise avec eux, amie avec certains. Je me souviens que ces rêves m'étonnaient. Comme j'apprenais des langues étrangères et que ces songes avaient lieu en V.O. j'imaginais que c'était mon cerveau qui avait trouvé ce biais, via l'actualité sportive que je suivais tous les dimanche en regardant Stade 2 ou mon magazine de foot préféré, de réviser mes cours.

Voilà que des années après, par la voie du métier de libraire et à présent la pratique de la radio, je me suis retrouvée et me retrouve encore à interroger sur leurs pratiques des écrivain·e·s. , que je suis effectivement une de ces personnes qui pose des questions aux autres sur leur travail et la vie que ça donne (1).

Réaliser ses rêves, même très tardivement et même ceux que l'on faisait sans y croire, est très satisfaisant. 

Sans doute est-ce une étape normale à mon âge que de revisiter son passé, les points heureux et les zones tristes, personnelles ou de société. C'est dur à encaisser côté vision du monde tel qu'il était et tente d'être encore, mais plutôt réconfortant, que des prises de consciences collectives semblent aller vers davantage de respect des personnes ; c'est merveilleux de pouvoir avoir accès, ne serait-ce que ponctuellement, à ce qu'on avait imaginé que l'on pourrait faire.

 

(1) Je ne risquais pas d'imaginer enfant interviewer des écrivains, car pour moi à l'époque c'était plutôt de vieux messieurs des temps anciens, déjà morts pour la plupart, et Agatha Christie.

 


Les heures de sommeil

 

    En 2015 et jusqu'en juin 2017, et alors que j'avais déjà des tendances (je peux m'endormir brièvement à toute heure à volonté, il me suffit de m'allonger, me sentir suffisamment peu menacée et fermer les yeux), j'ai été atteinte d'une forme légère de narcolepsie. Je suis parvenue à mener ma vie à coup de violents efforts contre les endormissements et d'organisation (1). 

Depuis, et malgré une vie quotidienne trop remplie, ça va nettement mieux. J'en conservais néanmoins la conviction que j'étais une grosse dormeuse. Mon rythme idéal, je le connais depuis longtemps : se lever à 6h30 se coucher peu après 23h30 si possible, et faire une sieste de 40 minutes en début d'après-midi. 

Le rythme requis par le travail dans notre société à notre époque n'est pas tout à fait celui-ci. Le capitalisme débridé nous pousse de toutes façons à consommer le plus possible et donc à dormir peu, étant donné que l'air n'est pas encore payant (2) et que c'est la seule chose, avec un système de chauffage l'hiver, que l'on consomme en dormant.

Il aura fallu ce cadeau d'anniversaire d'une montre pour le triathlon qui mesure les phases de sommeil et que par curiosité je voie ce que cela donnait pour que je prenne conscience qu'en réalité j'étais plutôt petite dormeuse, ce qui continue de me surprendre. Une semaine normale, pas spécialement par choix mais parce qu'il y a le travail, au matin tôt les entraînements et au soir en rentrant des choses à faire et le besoin irrépressible d'un peu de temps réveillé en roue libre, à prendre des nouvelles du monde et des copains, de temps de lecture aussi, je ne dors qu'environ 5h à 5h30 par nuit.

Du coup je comprends mieux pourquoi je ne souffre pas d'insomnie, je tombe littéralement de sommeil à peine couchée et me réveille sous les injonctions combinées du radio-réveil et du réveil de mon téléfonino. 

Ce dimanche, une cheville en délicatesse faisait qu'aller courir n'était pas une option, tout au plus un peu de vélo, dans l'après-midi. Donc pas de réveil extérieur. Et voir ce que ça donnait. 

Dormir de tout mon saoul, ça donne donc 8h de sommeil 

Capture d’écran 2019-04-07 à 12.12.38Il faudrait pouvoir faire ça chaque jour. Seulement ma vie quotidienne requiert un lever à 6h30, ce qui signifierait se coucher à 22h30. Quand on rentre du boulot vers 20h30 à 21h c'est impossible : il faut dîner, se laver, il y a un minimum de choses à faire pour la maison et il me faut pour le travail du temps un peu pour lire. Sans même parler de partager un moment avec les membres de la famille. Sans même parler de temps humain nécessaire à de la décompression (lire des bêtises, rigoler avec les ami·e·s, faire des jeux idiots, regarder une série ...) car l'être humain n'est pas fait pour être un efficace permanent.

Je me demande quelle solution trouver, comment ménager ce qui s'impose (il faut gagner sa vie, travailler d'arrache-pied pour rapporter quelque argent) et ce dont le corps et l'esprit ont besoin pour fonctionner au meilleur d'eux. Quelque chose me dit que je suis loin d'être la seule et que pour notre société et notre époque, c'est collectivement un réel enjeu. 

 

(1) Entre autre : j'arrivais plus tôt dans ma zone de travail pour pouvoir faire une sieste préventive d'un quart d'heure dans un parc voisin avant d'attaquer mon service qui heureusement n'était en général que les après-midi.

(2) Ça le deviendra hélas certainement, l'air du dehors devenant de plus en plus irrespirable. Il y aura donc des dispositifs pour que nous puissions disposer de temps d'air pur, inévitablement payant. Les riches auront des équipements légers et permanents, les pauvres, de plus encombrants et seulement par moment. Les pauvres tousseront. Les riches peut-être aussi mais en s'intoxiquant volontairement avec des substances entre autre tabagiques. 

 


Samedi non travaillé

 

    Fullsizeoutput_12f4J'ai hâte de pouvoir reprendre une librairie et donc inévitablement retravailler le samedi, il n'empêche qu'en attendant je savoure ceux pour lesquels il n'est pas prévu pour moi de remplacements. 

Ça commence le vendredi soir, pouvoir souffler, moins regarder l'heure, un peu comme le nageur en piscine atteignant le bord du bassin, l'entraînement n'est pas fini mais 20 secondes de récup' et ça fait du bien.

Puis le samedi, lorsqu'on a une pratique sportive, c'est le plaisir de pouvoir prévoir de rejoindre ses camarades d'entraînements, au lieu de l'habituel, Non, j'peux pas, j'travaille. Sachant que précisément pas mal de choses sont prévues le samedi puisque le dimanche est souvent réservé aux familles ou aux compétitions ou à quelques séances courtes. Et c'est frustrant à la longue de ne jamais en être.

C'est aussi le petit plaisir simple d'aller soi-même chercher son dossard, si justement une course est prévue le dimanche ; ce faisant pouvoir discuter un brin avec les organisateurs, souvent des bénévoles, repérer un peu le parcours, s'enquérir de points d'intendance ou d'organisation. Comme je suis quelqu'un de très lent, c'est aussi un moment où je peux croiser d'autres coureuses et coureurs ou triathlètes qu'au moment de la course je perdrai vite de vue. Le moment où je peux m'accorder l'illusion d'être comme tout le monde, dans les temps.

Et en attendant, c'est l'infini plaisir de pouvoir s'accorder le luxe de pour une fois, ne pas se presser mais faire calmement ce qui est devant être fait (et même une sieste si l'on se sent fatigué'e)

 


Félicité


    C'était ce matin, le printemps en train. Se lever tôt pour aller nager, un bon entraînement où pour une fois je ne fus pas la plus lente, ce qui est surprenant. Un petit déjeuner collectif comme ils font du bien. Julien S. évoquait le marathon de Boston, comme on y est traités chacun comme des champions. Il l'a couru avant l'année de l'attentat (1). C'était très beau la façon dont il évoquait l'épreuve, son parcours en tout droit, l'ambiance de fête avec jour de congé. 

Fullsizeoutput_12ec Il y avait un monde fou à la boulangerie alors j'ai pris mon petit déj d'un côté, nous, du triathlon, occupions toute la travée, et ensuite alors que tout le monde partait, une part ample de pain aux noisettes, ainsi qu'un pain feuilleté. De l'extérieur les camarades m'ont saluée et c'était comme une scène de film, le groupe qui s'égaie, vu de l'intérieur d'une baie vitrée et le salut joyeux (2). 

J'ai marché jusqu'à la maison par un pur temps de printemps. La perspective était une journée à la BNF, toujours un moment stimulant. Je suis passée par les jardins. 

Alors que j'arrivais devant notre immeuble, j'ai vu un livreur de colis postaux démarrer, ai songé, C'est pour moi, et là aussi, un peu comme dans un film, c'était parce qu'une livraison de bouquins pour un jury de lecteurs et lectrices libraires dont je fais partie venait de m'être déposée.

Le fiston était à la maison, réveillé, vif et rigolard dans un de ses jeux collectifs connectés.

Rien n'allait spécifiquement mal. Tout était paisible. J'ai pris une photo des pains et des livres, pour conserver la mémoire d'un bonheur qui, je le sais d'expérience, ne saurait durer. 20190322_092856

(D'ailleurs j'avais mal à la cheville droite, qu'est-ce que ça va donner pour la course de dimanche ?)

 

(1) Au passage un article réconfortant sur les relations entre victimes et sauveteurs persistants des années plus tard. Je me souviens de Jeff Bauman, son témoignage décisif et des paroles réconfortantes de Francis D. ; je n'étais pas encore triathlète mais déjà pourvue d'ami'e's marathonien'ne's, et à ce titre profondément choquée, d'autant plus que j'avais su (ou suivi) en direct. Peut-être que la tragédie avait conforté ma décision de m'y mettre, qui devenait du coup en plus du reste aussi une façon de résister.

(2) Il n'y avait que deux personnes avant moi, j'avais cru pouvoir chercher mon pain et rejoindre le groupe, mais de leur côté en raison des contraintes professionnelles le départ s'est accéléré malgré une conversation qui battait son plein et du mien, comme une des personnes passait commande pour un groupe et que ça semblait compliqué, ça traînait.  


Jour de boue


    
    Quand nous nous sommes réinscrits pour le Maxi Cross de Bouffémont, j'avais la ferme intention de m'entraîner sérieusement, c'est-à-dire dans mon idée d'aller faire nos entraînements dominicaux en forêt et de réussir un temps presque normal.

J'avais orienté les courses de l'automne vers des semi afin de voir s'il était raisonnable ou utopique de m'inscrire en L pour le triathlon club. Comme je suis irrémédiablement lente, question thalassémie + âge (il faut rester prudente) + cardio qui monte vite haut, l'idée est d'aller sur des distances longues où beaucoup de monde est lent. Sur le M je suis trop au ras des fesses des barrières horaires. 
Résultat de ces tests, La Sedan-Charleville, le semi de Saint-Denis et le semi de Boulogne : je ne vais pas vite, mais je cours ces distances sans problème. Chose dont je ne me serais jamais cru capable, merci à mon club de triathlon de m'avoir appris la confiance en moi et d'avoir de bons coachs et une ambiance stimulante.

Inconvénient : je n'ai pratiquement pas couru en forêt. Ne suis parvenue à pousser sur zone, mon sparring-partner-conducteur-époux qu'une seule fois ou deux de tout l'automne-l'hiver. 
Et pour des raisons d'agenda nous n'étions pas à la reco. 

Du coup je ne savais pas trop où j'en étais concernant les trails. Le plus récent non-urbain étant celui de la Chouffe au 14 juillet dernier. 

Il s'est trouvé que fatigués par des grosses semaines de boulot nous avons eu du mal à décoler en ce dimanche matin. Et qu'arrivés vers Saint-Prix une violente averse de grêle a rendu la circulation difficile (pensée pour celleux du 41 km qui devaient être dessous). Sans être à proprement parler en retard, nous sommes donc arrivés sans marge, à peine le temps de passer aux toilettes et de saluer les copains et copines. Dès lors, et puisque les premières centaines de mètres de la course constituaient de fait l'échauffement, j'ai démarré dans les derniers, ce qui fait qu'au lieu d'être larguée au sommet de la première montée, dès le bas j'étais seule avec deux autres dames, régionales de l'étape et qui connaissant ses capacités à tuer les pattes d'emblée, avaient sagement décidé comme moi de ne pas faire la première côte, la redoutable du cimetière, en courant. C'étaient deux amies qui s'étaient fixé ce défi, après avoir réussi l'an passé un marathon de Paris et leur compagnie était revigorante. Nous avons assez vite décidé, ça allait de soi, de cheminer ensemble. Parfois nous avions un rythme différent, parfois l'une ou l'autre faisait une pause technique, mais nous nous attendions à la croisée suivante de chemins ou en haut de la difficulté d'après. 
Le fait est que nous ne voyions plus personne devant et que même si le chemin était fort bien balisé, c'était mieux aussi pour des raisons d'entraide et de sécurité. 
L'une de mes co-coureuse a hélas fait une chute, et plus tard une autre, ce qui a un peu entamé son entrain. Nous avions passé un ravito fort sympathique, elles avaient leurs petites familles respectives en supporters, c'était chouette de courir avec tant d'encouragements, je m'étais trouvée spontanément associée. Je n'avais pas le cœur qu'on se quitte, de toutes façons à la jouer perso, qu'aurais-je gagné ? Il ne faisait pas un temps à établir de RP.

Laurent de Cap Marathon à Ermont est venu nous rejoindre vers la statue de la vierge (j'ai admiré le petit gazon à prier), et partant de là, c'était certain que nous allions arriver au bout, ce n'était plus qu'une question de se soutenir dans les passages à vide ou particulièrement difficiles. Avec Laurent nous ramassions les (rares) détritus abandonnés par des coureurs, et à l'aider je me suis sentie utile. Il a été parfait, calquant son allure sur la notre d'escargots. Grand merci à lui.

Vers la fin, alors que nous étions en train de négocier le fameux "M", le vent s'est levé et la drache a redoublé. Nous avions eu droit à un peu de soleil encourageant peu auparavant, sinon il avait fait très gris ou pleuviné tout du long. 

D'environ 10°c, la température était tombée à 7°c et ça se sentait. Par précautions je m'étais plutôt sur-équipée : 
mes bonnes chaussures de trail (de la marque qui s'en fait une spécialité), des chaussettes spéciales trail avec un chaussant qui contient une part de soie (zéro ampoules depuis que je les utilise), des guêtres comme pour la danse mais noires, un collant long 2XU qui est une perfection (il tient chaud quand il fait froid, et se fait tout léger quand il fait chaud), un petit short Levallois Triathlon pour le chic, un sweat manches longues très fin mais chaud de la même marque, un maillot cycliste sans manche du Levallois Triathlon (très pratique pour les poches arrières), le sweat noire à capuche chaud, et par dessus le coupe-vent Salomon rose que j'avais acheté pour les 10 km de La Rochelle quand j'avais su que ça se courrait sous la pluie et qui était coûteux mais mérite n'était pas une arnaque : il protège vraiment de la pluie même assez forte sans presque d'effet Kway, que t'es aussi mouillé dessous que dessus (1) ; pour me protéger la tête j'avais un bonnet ou tour de cou du club et les capuches du sweat-shirt et du coupe-vent pour quand ça drachait plus fort. J'avais des gants de vélo, parfaits pour tenir ce qu'il fallait chaud et les passages à cordes.
Résultat de tout cet équipement : à aucun moment même sous le vent, même aux passages pluvieux je n'ai souffert du froid.

La boue était particulièrement épaisse et fuligineuse cette année. Sur plusieurs sections pas d'autres moyens que de s'enfoncer jusqu'à la cheville, pas de contours possibles. Le fait de passer en dernier fait qu'en plus tout a été labouré par les pas du peloton qui nous avait précédé. 

Un peu avant le ravitaillement nous avons commencé à être dépassées par ceux du 41 km qui avaient du parcours avec nous en commun toute la fin. 

Note à moi-même : ni lunettes ni lentilles de contact et finalement c'était bien comme ça. 

Nous avons pris soin d'arriver ensemble et en courant, c'était joyeux. Je crois que mes camarades ont souffert mais avec beaucoup de courage elles avaient terminé.
Quant à moi, d'y être allée tranquille, j'étais en pleine forme, ce qui m'a donné l'idée folle de tenter le 41 km l'année prochaine, et dont les derniers arrivaient en même temps que nous. JF en revanche était plutôt déçu et dépourvu d'envie de recommencer, il m'attendait dans le gymnase en grelottant  ; bien secoué par l'une des quatre chutes qu'il avait faites (probablement du fait d'avoir dû enlever ses lunettes à cause de la pluie et du coup mal vu où il mettait les pieds).

C'était la première fois que je ne courais pas seule ; je suis le plus souvent en chasse-patate entre le gros du peloton et les vraiment derniers. J'en garderai un super souvenir. Il est vrai que mes compagnes de course étaient particulièrement de bonne compagnie, ce fut un plaisir de les rencontrer. Et Laurent a été un accompagnateur d'une patience et d'une bonne humeur délicieuses. 
Je crois que ça m'a aussi été d'un grand réconfort de me découvrir capable d'être utile, malgré ma lenteur, capable d'aider à la forêt laissée propre, capable d'encourager les autres. J'ai franchi une étape, que je pressens importante, et qui n'a rien à voir avec le chrono.

Le seul point triste est l'état de la forêt, décimée par les coupes qui étaient déjà fortes mais se sont multipliées sans vergogne depuis que les châtaigniers sont atteints par la maladie de l'encre. Elle est réellement là, j'ai vu des arbres qui "salivaient", je crois que c'est un signe de la maladie à un de ses stades [je peux me tromper], et j'en aurais pleuré. Ils sont condamnés. Et vont devenir dangereux car leurs racines ne seront plus efficaces. Fullsizeoutput_1270

 

 

Seulement il n'est pas prouvé que les abattages d'arbres non atteints soient d'une quelconque efficacité prophylactique : la maladie se transmet par le sol, les racines. Elle n'a pas de remède connu pour l'instant. Il faut abattre les arbres atteints pour cause de risques de chutes. Bien sûr certaines zones sont replantées mais d'ici à ce que les arbrisseaux atteignent une taille d'arbre qui fait forêt, il se passera du longtemps. 

En attendant, la forêt de Montmorency aura su, grâce au boulot d'organisateurs passionnés, nous offrir encore un beau parcours cette année. Et les arbres m'ont évité bien des chutes dans certaines descentes rendues glissantes par la boue. Si seulement il était possible eux aussi de les remercier. 

J'espère que nous pourrons faire le trail des Reculées dont Delphine m'a parlé et celui de la Chouffe au 14 juillet (sur 28 km, essayer)

 

(1) Comme disait Dany Boon 

(2) comme il avait oublié son téléphone et que je n'avais pas entendu lorsqu'il avait tenté de me joindre avec un téléphone d'emprunt, je n'avais pas pu lui dire d'aller dans la voiture se reposer au chaud et prendre et mettre les vêtements de rechange chaud et secs que j'avais mis dans un sac dans le coffre en prévision de notre état de coureurs sous pluie

 

    


Une émission qui aura bien fait d'insister

 

    La radio de la voiture s'allume sur France Inter par défaut, l'habituel conducteur aime bien y écouter les infos.

Nous nous rendions à une fête chez des amis dans le Val d'Oise.

C'était très embouteillé au départ de Clichy. 

Il a allumé la radio et voilà que s'est élevée la voix de Laure Adler. Ça n'était pas pour me déplaire. J'aime la façon qu'elle a d'interviewer les gens. Son invité était Michaël Ferrier pour son livre "François, portrait d'un absent". Le titre me rappelait quelque chose.

Concentrée sur le trajet, itinéraire tenté afin d'échapper à la A15 bloquée, je n'ai pas écouté avec une totale attention. 

La voix du François du livre, François Christophe m'a rappelée quelque chose et le texte qu'elle disait. 

Il fut question d'une bande de gamins à Paris dans le XVIIème arrondissement il y avait un peu longtemps.

J'ai pensé immédiatement à ce documentaire (1) que je venais de revoir grâce aux algro d'autoreplay de Youtube dont les choix sont parfois d'une pertinence troublante et d'autres fois dans des à-côté-de-la-plaque quasiment vexants. 

Puis nous sommes arrivés et nous avons passé une bonne joyeuse soirée.

Au retour vers 1h ou 2h du matin, la radio s'est trouvée à nouveau allumée. Il se trouve qu'elle rediffusait l'émission de l'aller. Que j'ai pu cette fois écouter dans son intégralité.

Et j'ai compris que François Christophe avait été le réalisateur du documentaire "Thierry, portrait d'un absent" qui m'avait tant émue, en raison de son respect pour quelqu'un de la rue et par ailleurs pour un certain nombre d'échos et de connections (2).

J'ai résolu de le revoir, comme si l'insistance de la radio avait été l'effet d'une volonté. Il s'est trouvé à me croiser à différentes époques de ma vie trois garçons qui ressemblaient à Thierry, de révolte, d'énergie, d'addiction et de dérive. L'un est mort à 25 ans, d'une overdose, l'autre ne fut qu'un passant, il logeait à Châlon sur Saone en 1984, je l'ai croisé le temps d'un stage sur chantier que j'y faisais, le troisième dérive encore et parfois se reprend, j'ai d'indirectes nouvelles par quelqu'un qui l'aima, mais a dû s'éloigner pour se protéger. Ces garçons sont vivants, attachants, intelligents mais terriblement destructeurs, comme si impuissants à bouger les lignes de la société ils ne pouvaient que retourner leur rage contre eux-mêmes et qui leur est proche.

Profiter du premier novembre pour les revoir un peu avait sans doute un sens. 

 

(1) La bande du square 1972, Bernard Bouthier pour "Du côté des enfants" (Éliane Victor)
(2) Billet du dimanche 5 janvier 2017 sur Fenêtres Open Space d'Anne Savelli.