Un très ancien passé

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Pour cause de recherche d'emploi, me voici retournée dans une ville de mon très lointain passé : j'ai grandi tout près mes premières années, c'était la grande ville voisine où ma mère et moi allions en voiture lorsque mon père ne la prenait pas (une Aronde) pour aller à son travail à l'usine qui à l'époque était Simca. 

J'y suis très peu retournée depuis, dont une fois en 2006 mais alors en état de choc, sous l'effet d'une rupture d'amitié subie pour moi incompréhensible. J'y étais allée pour une consultation médicale, laquelle m'avait bien aidée même si sur le moment je me sentais plus désemparée que jamais. Je me souviens d'avoir téléphoné à une amie qui m'avait aidée à reprendre mon souffle, puis d'être allée achever de reprendre mes esprits à l'abbatiale, dont je me souvenais. Puis j'avais repris le train (ou le RER). Autant dire que je n'avais pas vraiment revu la ville, si ce n'est l'usine au loin par la fenêtre du cabinet médical.

J'avais également retraversée la ville lors de différents trajets et j'avais déjà remarqué que je me souvenais des axes de circulation, que je n'y avais pas perdu l'orientation.

Cette fois-ci comme j'étais un peu à l'avance et que malgré le froid, après l'entretien également, j'ai souhaité revoir la ville, j'ai davantage redécouvert de lieux. Il y a beaucoup plus d'habitations, d'anciennes bâtisses ont disparu. Le centre ville a conservé une bonne partie de lui-même, une foule de petits souvenirs sont venus me rejoindre, la poste, la mairie, un square (où sans doute je faisais du toboggan), certains immeubles bas, neufs alors, vieux maintenant, où nous passions ou dans les boutiques de rez-de-chaussée desquels nous faisions quelques emplettes (1). Je me suis souvenue de la boulangerie dans laquelle, comme une récompense, ma mère s'achetait un gâteau et pour moi un pain au chocolat. C'était un grand luxe, ressenti comme tel, et j'avais compris qu'il valait mieux ne pas, sous peine de tempête conjugale, en parler à Papa. 

Pendant pas mal d'années, plus tard, nous repassions par là : un usage de l'usine permettait aux veilles de ponts ou week-end prolongés, de bénéficier "gratuitement" d'une demi-journée de congé sous réserve qu'un hiérarchique accord un "bon de sortie". Alors ma mère, de Taverny où nous habitions alors, nous emmenait ma sœur et moi jusqu'à l'usine d'où mon père sortait et qui prenait le volant jusqu'à Normandie ou Bretagne où nous allions retrouver la famille. Treffpunkt Poissy. 
Cette ville avait pour moi une aura de l'anticipation des retrouvailles avec mes cousins - cousines (2).

Enfin j'ai un souvenir vif d'une "opération portes ouvertes" alors que je devais avoir une dizaine ou douzaine d'années : nous avions pu enfin, nous les petites familles, visiter l'usine, une belle et instructive visite guidée. M'en était resté une indulgence infinie pour mon père - comme une prison mais tu n'as rien fait de mal -, et des impressions fracassantes : le bruit assourdissant des presses et l'odeur suffocante de l'atelier peinture, pourtant délicieusement spectaculaire (des carcasses de voitures avançaient dans une cuve et en ressortaient toutes teintes ; aux êtres humains les finissions). Je me souvenais d'un bâtiment en brique tandis que tous les autres étaient des hangars métalliques.

En repartant, via le RER A, je l'ai entrevu, ainsi que l'ensemble de l'usine, son impressionnante étendue, et le château d'eau si particulier qui la rendait repérable de loin. Songé avec émotion aux années de souffrance de mon père, qui était parvenu à force de travail à s'extraire des ateliers, mais cependant y se faisait violence de s'y tenir, d'y aller. Fullsizeoutput_19b4 

Être amenée à travailler dans cette ville, dans un métier que j'aime, alors que je m'approche de la fin de ma vie professionnelle, aurait pour moi un sens. Quelque chose qui dirait que le sacrifice de mon père d'avoir enfermé ses meilleures années, n'aurait pas été vain.

 

 

(1) Un supermarché, un des premiers en France venait de s'ouvrir en bas de la colline à Chambourcy mais nous y allions, me semblait-il, avec circonspection. Ma mère (et de fait moi) fréquentait encore majoritairement des boutiques où l'on entrait et où l'on demandait ce qu'il nous fallait sans toucher à rien qu'on ne nous ait donné parce que nous l'avions payé. En tant que petite fille que mettaient terriblement mal à l'aise les amabilités forcées des grands, inutile de dire que ma préférence allait tout droit au supermarché, en plus que c'était comme un tour de manège d'être perchée dans le chariot.  

(2) Curieusement, un de mes cousins m'a téléphoné alors que j'étais en chemin, comme s'il maintenait ainsi une vieille tradition. 

 


La tour Ariane, une bibli, une voix amie


    J'ignore pourquoi mais soudain me revient, datant de janvier 2003, le souvenir d'un midi d'une journée de travail.

Je bossais alors à l'"Usine" (une grande banque de la place), Tour Ariane. J'y étais depuis septembre 2001 dans un service consacré aux clients entreprises, le côté informatique, fichiers et statistiques de la force. Longtemps j'avais exercé le même type de métier mais pour un des services de Ressources Humaines et sis les derniers temps dans des bâtiments de peu d'étages dans le quartier de l'Opéra (Garnier). Pile en septembre 2001 j'étais venue me laisser percher dans une tour de La Défense. Il y a des gens comme ça qui ont le sens du timing. Les collègues (ceux que je quittais, ceux que je rejoignais) se gaussaient. 

En janvier 2003, j'avais pris mes marques depuis un moment. Le travail n'était pas affriolant - en quelques années dans les services de ce type, nous étions passés de grands projets sur lesquels nous pouvions techniquement apprendre et chercher et trouver à des tâches répétitives de statistiques, dispositifs ou fichiers à fournir vite sans avoir le temps de réfléchir, d'améliorer -. Ce qui me consolait était de bosser sous Unix, et que par ailleurs l'équipe à laquelle j'appartenais était composée de gens bien.

Une de mes amies venait de publier un livre, ça n'était pas le premier, écrire était son métier. Son livre d'ailleurs allait faire partie des facteurs de contamination vers l'écriture. À ce moment-là je le ressentais sans savoir encore me le formuler. 

Et ce midi-là, elle passait à la radio (1). Alors j'avais un peu décalé mon heure de déjeuner, lorsqu'il n'y avait pas d'urgence nous avions cette liberté, zappé la cantine, pris un sandwich quelque part, vite avalé et j'avais filé munie sans doute d'un walkman (2) à la bibliothèque. 

En ce temps-là les grosses entreprises avaient des comités d'entreprises qui investissaient dans le collectif, existaient encore ciné-club, groupe théâtral, groupe sportif ; n'existait déjà plus une coopérative qui permettait de caler des achats de vie courante juste après la cantine et dont j'avais amèrement regretté la disparition.

La bibliothèque dans la Tour Ariane présentait la particularité d'être immense. En effet des règles ordonnaient de limiter le poids sur plancher. Les livres étant très lourds par rapport à leur taille, il avait fallu répartir et de ce fait les étagères étaient comme perdues au sein d'un vaste espace. Comme pour tout le reste c'était économie maximale et entassement des meubles et des gens, le contraste était saisissant. Et très agréable lorsqu'on y passait un moment. 

Je me souviens d'avoir approché une chaise près de la baie vitrée côté Paris, là où l'on voyait la Tour Eiffel veiller sur la ville et d'écouter la voix amie. Le ciel était beau, contrasté, légèrement tourmenté, pas du gris uni comme souvent à Paris. Ça allait bien avec l'ambiance du livre dont il était question. En ce moment précis, le temps d'une émission, j'ai été heureuse. Les tourments étaient nommés. Tout semblait [par ailleurs] harmonieux.

Je n'ai plus le souvenir de nos échanges consécutifs (par SMS ? par mail ? par une lettre en papier ? (3)) ; ni non plus celui de mon apparence d'alors aussi bien générale (portais-je les cheveux courts ? longs ?) que ce jour-là en vêtements (sans doute sagement corporate, ne relevant pas d'un vrai goût personnel). C'était il y a dix-sept ans. Et la force de cette mémoire de l'instant m'impressionne rudement.  

 

(1) France Inter ou France Culture 

(2) Les téléphones portables à l'époque ne servaient qu'à téléphoner. Même pas à prendre des photos. 

(3) Je suis seulement certaine de n'avoir pas téléphoné car la bibliothèque n'était pas un lieu pour le faire et qu'ensuite j'étais directement remonté travailler sans passer par un moment sur le parvis à respirer l'air du dehors. Et le soir après le travail, je cavalais pour retrouver mes enfants, toujours trop tôt pour mon employeur, toujours trop tard pour eux.


Abba et la vie qui file et qui va

 

    Tel Adrian Mole dans son Secret diary, j'écoute Abba dans les moments où j'ai besoin de me remonter le moral (ou simplement envie de danser). Abba c'est un peu mon Harry Potter à moi. Chaque génération a la chance de grandir pile au moment d'un phénomène massif de succès qui aide ensuite à s'appuyer pour avancer (1). Youtube et ses algo le savent qui aujourd'hui, ça tombait bien, c'était mon jour de congé, m'a proposé ce documentaire sur Arte (2). Je n'y ai rien appris, si ce n'est qu'au fil des ans j'admire de plus en plus le travail des compositeurs et techniciens, tout en étant de plus en plus consciente de la part de calcul et cynisme (non totalement dissocié d'une certaine sincérité) et j'admire de plus en plus les deux femmes dont je pense désormais, car je suis moins naïve que par le passé, qu'elles ont dû, certes s'enrichir et vivre des moments inoubliables, mais aussi pas mal endurer.

Ça fait néanmoins toujours plaisir de revisiter les étapes d'un succès et de réentendre les morceaux et je ne me lasse pas de voir les musiciens et les arrangeurs au travail (3).

Ce qui m'a frappé, cette fois, et c'est quelque chose qui me travaille beaucoup ces temps dernier, c'est l'éloignement qui me semble soudain alors qu'il ne l'est pas, du passé. Dans ce documentaire apparaissent :

- des images d'archives des temps du groupe actif, années 70 et début des années 80 ; OK c'était "il y a longtemps" et ça fait un moment que c'était "il y a longtemps" ça me paraît normal ; 
- des interviews, images et témoignages de documentaires réalisés dans les années 90 et le début des années 2000 et qui déjà revenaient en arrière sur le passé du groupe ; et qui déjà sont de l'ordre du "il y a longtemps" ;
- des interviews et images plus récentes, des années 2014 à 2016 (l'air de rien, il y a déjà quatre ans) et qui du coup balancent les précédentes dans un passé lui-même lointain.


Dans ma tête quelque chose peine à se mettre à jour, j'en suis restée à l'époque 2, je ne parviens qu'au prix d'un effort intellectuel à mesurer que les années 90 étaient elles-mêmes "il y a longtemps" et que des analyses faites sur les analyses faites alors, elles-mêmes datent déjà un peu. Mon cerveau semble se refuser de concevoir que ce que je me remémorais comme "du temps de ma jeunesse" alors que j'avais 40 ans, s'est à nouveau pris 20 ans d'âge. Il n'y entre pas plus que ça de nostalgie, ni de chagrin : ma vie est beaucoup plus intéressante depuis une quinzaine d'années, quelque rude que ce soit, mais une stupéfaction. Celle-ci me rappelle mes brèves années de footballeuse : j'étais toujours surprise quand l'arbitre sifflait la fin du match ou la mi-temps, j'avais toujours envie de dire même si je l'avais jouée intégralement Hé mais attendez, on vient tout juste de commencer ! Tellement j'avais été concentrée sur ce que je faisais et solidement inconsciente du temps qui filait. 

Peut-être est-ce un des éléments que j'aime lorsque je fais de la radio : l'heure d'émission est consistante, elle va vite, souvent trop, mais chaque minute, chaque seconde se veille et possède son poids. 

 

(1) Ça peut être pour le dénigrer et protester de n'en faire pas partie ; il n'empêche que ça fait office de point d'ancrage, de référence. J'avais onze ans à l'apparition d'Abba sur la scène internationale et j'en reste marquée.

(2) Abba forever (au doublage insupportable) 

(3) De même que les monteurs au cinéma. Et j'ai adoré le jour où à la radio pour une émission j'ai tenu la régie. Il y a un côté sculpteur qui me plaît dans ces activités-là. 


Une année (presque) oubliée

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Ma nièce me fait fort gentiment parvenir une photo de la famille qu'elle avait. Nous l'avions vue grâce au fiston quelques jours auparavant et nous étions interrogés sur l'année de la prise de vue. Elle m'indique ce soir qu'il s'agit de 2008.

PS : la photo initiale est d'excellente qualité, je l'ai volontairement floutée car les uns et les autres n'ont pas forcément envie de voir leur portrait traîner.

Ah oui, 2008 ... Euh 2008. Tiens, qu'est-ce qu'on faisait en cette année ? 

J'ai immédiatement et sans recherche en mémoire les éléments concernant nos santés respectives et nos études ou emplois, que c'était pour moi trois ans après le Comité de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun, et quatre après la mort de mon père. Deux ans après une rupture subie d'une amitié que je croyais de toute solidité, le chagrin quoique moins fuligineux demeurait. Je n'en étais pas tout à fait sortie ni, au moment de l'image, n'avais encore fait une des rencontres majeures de ma vie (ou plutôt : seulement par écrit). Je me souviens aussi spontanément qu'à l'été 2008 j'ouvrais mon compte Twitter, alors lieu de gazouillis entre amis - et qu'on s'en servait surtout pour échanger et se marrer, ce qui a fort changé -. Je travaillais encore "à l'Usine" mais heureusement à mi-temps, car j'y étais comme une âme en peine, et tentais d'écrire avec acharnement sur mon restant de temps. Quelques souvenirs aussi de l'environnement politique.

Et puis c'est tout.

Le trou de mémoire. Une année de presque rien. 

C'est là qu'on peut savourer d'être blogueuse depuis un bail. Il m'a suffit de regarder mes archives pour retrouver traces et que me reviennent à l'esprit : 

  • que j'avais gagné 800 € au loto soit le montant d'une prime que notre hiérarchique de l'époque avait jugé bon de nous supprimer ; comme s'il y avait une sorte de rééquilibrage au mérite de la vie.
  • que je m'étais régalée à la lecture de "Voyager léger" de Julien Bouissoux
  • qu'à trop être cryptique, longtemps plus tard je ne sais même plus moi-même à qui je faisais allusion (et ça me fait rire)
  • j'effectuais plein de trajets à Vélibs (les premiers, les vrais, qui après quelques déboires de mise en place en 2007, commençaient à être nombreux et au point)
  • je lisais en ligne le journal d'Henri Beyle
  • J'écrivais quelque billet farfelu de fiction basé sur un élément vrai (la rencontre avec une jeune femme anglaise qui me semblait pleine de futurs talents)
  • "Vous avez voulu les capitalistes, vous les avez" (qu'a pu bien devenir la dame, bientôt douze ans après ?)
  • mon amie Gilda Piersanti avait remporté un prix 
  • Sarkozy était presque aussi impopulaire que Président Macron - mais au moins il n'avait pas trompé ceux qui avaient voté pour lui, n'avait pas fait le contraire de ce qu'il avait promis -.
  • Nous faisions toujours des jeux d'un blog à l'autre (je n'avais pas oublié, mais n'aurais su dire qu'en 2008 c'était le cas)
  • Ce fut l'année de poisson d'avril d'une fausse dédicace à l'Astrée (ah ce souvenir d'Honoré expliquant à une dame qu'il convenait de lire une page blanche chaque soir avant de s'endormir)
  • Et l'année aussi de l'inoubliable expo "Prenez soin de vous" de Sophie Calle à l'ancienne Bibliothèque Nationale (Richelieu)
  • C'était l'année où ligne 13 vers Brochant des travaux avaient brièvement permis que l'on revoie de très belles anciennes affiches.
  • Chantal Sébire, qui avait tenté en vain d'obtenir le droit officiel de mourir dans la dignité, alors que son cas était atrocement simple, avait fini par quitter ce monde de souffrance, tandis qu'en Belgique, Hugo Claus avait pu choisir en paix le moment qui lui épargnait de crever sans plus être lui-même 
  • Le salon du livre de Paris avait été évacué suite à une alerte et Anna Gavalda, impavide, avait poursuivi ses dédicaces sur le parking.
  • Certains billets me font bien rire, par exemple celui-ci ou celui-là d'antilope et de spaghetti
  • Je croisai Patrice Chéreau dans un petit théâtre de banlieue et nous échangeâmes un grand sourire (il portait un projecteur, heureux)
  • C'était l'époque des lectures à voix hautes dans un café une fois par mois avec quelques amis qui m'avaient embarquée dans leur aventure.
  • C'est l'année où mourut Frédéric Fajardie. Je me souvenais de ma tristesse et de ma surprise (j'ignorais qu'il fût malade) pas du tout de l'année.
  • J'étais allée au festival de La Rochelle en la super compagnie du fiston et qu'est-ce qu'on s'était bien marrés.
  • J'avais commis un pire jeux de mots avec des noms propres, curieux que je ne m'en sois pas souvenue.
  • C'est là que je suis un soir à Bruxelles montée par pur esprit d'hommage à Jacques Brel, dans un Tram 33 sans savoir où il allait.
  • C'était l'année du décès de Matthieu Charter. Bien sûr je n'avais pas oublié, il était le fils d'une de mes amies ; mais je n'aurais pas su retrouver l'année.
  • Mon amie Véronique avait pris une émouvante photo.
  • J'en avais moi-même pris d'une rue qui n'est plus du tout comme ça (sans savoir que 12 ans plus tard ça serait le cas)
  • Je redécouvre un enregistrement de moi lisant un extrait de "l'Île aux musées" de Cécile Wajbrot à un lectomaton (?) bruxellois. Je ne sais même plus ce dont il s'agit. Ni où vraiment c'était. En revanche je me souviens du livre.
  • Barack Obama est élu - ça je n'ai pas besoin de mon blog pour me le rappeler -, il n'empêche que j'ai réellement et très naïvement cru que l'on allait vers un mieux général et que cela marquait la fin d'un vieux fond de racisme. T'as qu'à croire ! J'avais oublié mon enthousiasme.
  • Ma fille s'est fait cambrioler sa chambre de service et voler son violon. Peu après notre cuisine est inondée (par les eaux usées remontant via l'évier). Bad kharma de fin d'année. 
  • Nos week-ends de ciné-club avaient encore lieu à La Brosse-Montceaux 

Pour une année qui me laissait sans beaucoup de souvenirs, elle fut plutôt mouvementée. Et malgré les points durs, je suis contente d'avoir pu me la remémorer. 

Moralité : écrivez, écrivez au moins le quotidien, au moins pour plus tard vous sentir fières et fiers des épreuves surmontées ou pour les bons moments et les anecdotes marrantes, vous refaire rigoler.

 

 

 


Que sont-ils devenus ? (the double-deckers)

 

C'est l'ami François qui avec en publiant ce statut m'a remis en mémoire ce feuilleton que je suivais enfant.

Et comme je suis en jour de récupération, ça m'a pris soudainement de perdre délicatement mon temps en tentant de voir ce qu'elles et ils étaient devenu·e·s. Dans mon souvenir, tou·te·s jouaient très mal, mais c'était sans doute un effet du doublage.

Dans l'ordre d'apparition du générique : 

Peter Firth est devenu un acteur confirmé ; il avait même connu la reconnaissance avec son rôle dans Equus et continue encore à jouer (mais plutôt pour la télé)

Brinsley Forde est resté un temps acteur mais s'est surtout fait connaître par le biais d'un groupe de reggae, Aswad. Il a récolté des Grammy Awards avec celui-ci et par ailleurs fait de la radio. Un joli résumé de sa vie peut à l'heure où j'écris ce billet être vu par ici.  

Gillian Bailey est restée un peu actrice, elle semble avoir pu en vivre et peut-être est-elle connue en Angleterre, mais ça n'a pas vraiment décollé. Alors elle est devenue enseignante (pour le théâtre). Il y a une ITW d'elle sur le site de la série.

Michael Audreson, passé les âges d'enfant et de jeune acteur, est passé à la réalisation puis à la production. Il avait fondé en 1996 un centre de soins pour les personnes atteintes d'addictions aux drogues et alcool. On l'entend ici dans une ITW radio postée sur Youtube en 2007 

Douglas Simmonds est mort en 2011. Il n'était pas resté acteur mais avait fait de la recherche en médecine et physique. Lui qui jouait le rôle du bêta sympa était en fait l'intellectuel du lot. Sur le site de la série, un hommage lui est rendu.

Bruce Clark n'est pas resté visible, on trouve simplement une trace de ses participations comme acteur sur IMDB. Il possède de nombreux homonymes ce qui ne facilite pas les recherches. Je découvre au passage qu'il est Américain alors que tous les autres enfants étaient anglais. Même sur le site de la série, il y a peu sur lui. On peut cependant l'entendre ici toujours sur Youtube dans la série d'entretiens publiés en 2007. L'enregistrement ressemble à un long distance call d'autrefois.

Debbie Russ qui interprétait Tigrette n'est pas restée enfant actrice longtemps. Elle est devenue présentatrice de radio pour la BBC.

 

Je pensais que les un·e·s et les autres avaient mon âge mais en fait le temps que le feuilleton traverse la Manche, ils avaient déjà cessé d'y jouer. Et donc même Debbie au personnage de laquelle je m'intéressais peu puisqu'elle était "la petite" est plus âgée que moi. Mon souvenir est que ce feuilleton lors de sa probablement première diffusion présentait un jalon dans mes mercredi après-midi studieux. Je regardais ça me faisait une pause, ça me redonnait la pêche. J'adorais le mécanisme d'ouverture de la porte. Il y avait un épisode avec un de leurs amis coincé dans une armure qui m'avait tant fait marrer que son souvenir m'en est resté. 

Merci François, de m'avoir fourni une très agréable activité procrastinatoire. 

Bonus Track : The cool cavalier


Photos triées (janvier 2018)

 

    La mémoire à nouveau saturée de mon ordinateur m'oblige à faire grand tri, sauvegardes et ménage de photos, alors que j'avais tant d'autres choses à faire. En même temps c'est une occupation calme qui va bien pour un jour de récupération. Si j'accomplis mon travail de la maison, je n'aurais plus de forces pour mon travail du travail demain.

Je m'efforce de rendre la nécessité un tant soit peu intéressante (1) en regardant les photos avant de les effacer. Ainsi reviennent quelques mémoires.

 

 

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Fin janvier 2018 la Seine est en crue. C'est fréquent l'hiver mais ce mois-là cela prend d'impressionnantes proportions. Je travaille à la librairie Charybde et c'est un rythme soutenu.

Je me souviens de paroles prononcées par Stromae après ce qui ressemble à un burn-out qu'il avait eu lors d'une tournée sans fin qui succédait à son grand succès : et qui disait en substance, Tout allait tellement vite, tout était si intense, je n'avais pas le temps de mémoriser ce qui m'arrivait, j'ai des moments entiers dont je ne me souviens plus. Loin d'être en burn-out, mais portant fort le quotidien, j'éprouve pour ma période chez Charybde quelque chose du même ordre : je me souviens de l'ambiance belle des soirées, de beaux échanges avec les clients, de mes trajets de coursiers le matin avant d'aller bosser (pour certains éditeurs, certains comptoirs), ce sont de bons souvenirs. Seulement ils tentent à former un continuum, un tout indistinct. Et bien des éléments de la période me sont sortis de l'esprit. Ainsi cette crue spectaculaire, dont je pouvais pourtant mesurer la progression lors de mes trajets vélotaf.  

Dans les périodes de vie trop intense, on perd le meilleur des meilleurs moments. Au lieu de devenir des jalons de mémoire, ils s'en retrouvent lissés. 

 

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Les dimanche d'avant le déménagement des possessions (meubles, objets, vêtements) de mes parents se sont souvent déroulés selon le schéma suivant : course à pied en forêt de Montmorency, déjeuner sur le pouce (2) ou au restaurant, après-midi à la maison de Taverny : JF fait la sieste et moi je procède aux mises en cartons et aux tris. Je retrouve par les photos la trace de notre passage le dimanche 28 janvier 2018 à Montmorency, à Sempre al Vicolo où œuvrait encore Alexis, restaurant qu'il a cédé depuis. Je retrouve un lapsus révélateur datant de 1983 

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En fin de journée nous rentrions et je tombais de sommeil. Comme les semaines à la librairie étaient fort intenses aussi, je ne suis pas étonnée, rétrospectivement, de n'avoir de cette période qu'un souvenir parcellaire. Pas d'états d'âme, il fallait tenir il y avait des échéances et beaucoup à faire, dans les deux domaines (vie personnelle et vie pro).

 

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Le 29 janvier 2018 je retourne à Taverny mais repars assez tôt car je suis conviée au soir à une rencontre littéraire avec Shida Bazyar pour "Les nuits sont calmes à Téhéran". Je me souviens de la rencontre, c'était un bon moment, vraiment. En revanche, je n'ai plus souvenir du roman, si ce n'est qu'il était bien. Pourtant, très jeune j'avais compris qu'il était bon de noter ses lectures, j'en avais retrouvé trace ce jour-là. Seulement la vie ne laisse pas toujours le temps de le faire. 

 

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Le 30 janvier 2018, à la mémoire, un mardi, c'est la soirée au Silencio pour le lancement du roman "La dissipation" de Nicolas Richard. Même si le lieu me laisse méfiante (pour les lancements de livres, je préfère les librairies), je garde de la soirée un vif souvenir. En particulier parce que l'établissement loue doublement ses lieux et je n'en savais rien. Aussi, lorsqu'à la fin de la présentation littéraire et du pot qui suivit, je me rendis aux toilettes avant d'entreprendre le retour vers mon logis, et comme il y eut de l'attente, je me retrouvai en sortant dans un tout autre monde et ça ressemblait à un film : vous faites un truc anodin et quand vous en terminez autour de vous tout change. Curieuse, je reste pour écouter l'artiste (musique) dont c'est la soirée. C'est là que je ferais voisinage avec Étienne Daho, ce qui sur le moment me semble aller de soi (3) 

 

(1) J'effectue par ailleurs des sauvegardes automatiques régulières, seulement je tiens à faire pour les photos en plus des sauvegardes choisies, pour lesquelles je maîtrise l'emplacement.

(2) À la résidence Guynemer une boulangerie restait ouverte le dimanche, dont les sandwichs étaient plutôt bons, quoi que pour moi trop copieux.

(3) Même coup en bien moins fort qu'avec Wim Wenders il y a un moment : sur l'instant la rencontre me semble totalement naturelle. Après coup, j'ai un effet de Ah ouais quand même !  


La ville escamotée

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C'est en retournant y courir par le chemin que nous connaissions bien que j'y ai repensé : voilà, la ville dans laquelle ma sœur et moi avons grandi, dans laquelle mes parents auront vécu une cinquantaine d'années (un peu moins pour mon père, bien malgré lui) n'est plus rien pour la famille, ou n'en a plus trace, plus rien. 

Ma sœur se souvenait que ma mère souhaitait être enterrée dans sa petite ville normande d'origine ; l'urne des cendres de mon père qui avait souhaité être incinéré était dans un cimetière de la petite ville du Val d'Oise mais pas le cimetière historique, un cimetière récent que je ne parvenais pas à correctement situer - pour penser à mon père j'allais au Père Lachaise, lieu de son incinération -. De façon logique mais follement dispendieuse nous avons fait transporter et l'urne et le cercueil jusqu'en Normandie. 

De fait, le charmant petit cimetière normand regroupe à présent une grande partie de ma famille maternelle, d'ailleurs je ne serais pas contre y avoir mon futur emplacement, et comme j'ai conservé la petite maison que ma mère y avait, qui la tenait de ses propres parents, tout ça est bel et bon. Je fais partie des gens qui trouvent réconfortant le fait de disposer d'un lieu de recueillement. De plus ma sœur habite dans la région ce qui lui permet de passer si elle en éprouve le devoir ou la nécessité. 

Il faut juste éviter qu'un incident ou accident dans cette région hautement nucléarisée la rende inaccessible, ou que la montée des eaux consécutive au réchauffement climatique ne la submerge.

Le pavillon que mes parents possédaient dans la petite ville du Val d'Oise a dû être vendu : nous n'avions ni ma sœur ni moi la surface financière pour le maintenir sans usage d'y habiter, et pas non plus de raison d'y loger - trop loin pour nous pour le travail, généralement plus proche de Paris, ou qui peut bouger mais que notre logis tout contre la capitale nous permettra d'assurer -, et ne nous sentions pas l'âme de loueuses de maison (1). J'ai fait faire les travaux nécessaires pour le rendre attractif malgré son ancienneté et un jeune couple en a fait son logis. Les circonstances contraignaient à cette option. Nous aurons au moins fait des heureux, du moins nous l'espérons.

Dès lors, il ne reste plus traces de tant d'années vécues en cette petite ville, qui avait son charme, qui porte nos souvenirs, qui est celle de la vie d'adulte de nos parents, dont ils avaient fait leur chez-eux. Quelques poèmes de ma mère à la médiathèque ? Des camarades du club de tennis qui se souviennent d'elle ? 

Je n'ai plus d'amis directs dans la ville, je ne crois pas ; je n'y connais plus que quelques rares personnes. Les voisins que je connaissais, primo-habitants du quartier, de La Cité, sont morts ou ont déménagé.  

Le rôle qu'a joué cette petite ville dans l'histoire familiale, tout important pour nous et durable qu'il fut, est à présent gommé.

Je n'ai pas de regrets, qu'aurions-nous pu faire d'autre ? Seulement je trouve ça étrange, une étape si importante, pour l'ensemble d'une unité familiale, dont il ne reste plus rien, nada, niente, que tchi, du moins sur le terrain.

 

 

(1) Je me résoudrais peut-être à contrecœur à louer notre actuel appartement si nos vieux jours à petites retraites, en admettant que nous tiendrons jusque-là, nous contraignent à le faire pour complément de revenus. Mais pour un appartement les frais de grands travaux sont au pire des côte-parts ; et ceux-ci peuvent être organisés par d'autres.

PS : À l'inverse, les parents de l'homme de la maison sont enterrés dans un caveau que mon beau-père avait acquis à la mort de sa femme au cimetière de la ville de grande banlieue où son travail l'avait amené vers sa quarantaine. Zéro attache dans le coin. Sa femme décède à la fin des années 80, lui-même tombe gravement malade fin 1994 et ensuite ne revient plus jamais vivre dans l'appartement qu'il louait. Voilà donc leurs dépouilles dans un endroit qui n'est proche d'aucun de leur proches et où ils ne firent eux-mêmes que passer, et des années non significatives - pas celles des premiers temps, pas celles qui virent grandir leurs enfants, juste ils étaient là pour le travail quand la mort ou la maladie les y a saisis -. L'homme s'efforce certes d'y passer régulièrement, ça n'est pas si loin de notre domicile, ça va pour l'instant. Mais ensuite ? 

 


Archivages et pâturages

(billet en cours d'écriture)

    Trop fatiguée pour faire quoi que ce soit de très physique (sport ou rangement), mise en relatifs congés par l'absence d'interlocuteurs - ce qui me permet de récupérer -, embarquée dans des activités d'archiviste depuis l'annonce de la mort de Jean-Pierre Mocky, je toilette et trie et archives photos et blogounets (1). Au passage, bien entendu, je retrouve quelques pépites.

Ainsi en date du mercredi 15 février 2012, cette note, dans un coin :

Un compte est ouvert sur twitter au nom de Nicolas Sarkozy. Si ce n'est pas un fake, c'est prendre les gens pour les cons. Hélas, peut-être qu'ils le sont ? En attendant, que les touites soient re-signés fait rire les habitués.

Je m'aperçois que celui des carnets de bord que je sauvegarde aujourd'hui était garni de brèves sur la campagne électorale en cours. À les relire, je m'amuse bien.

La campagne électorale bruisse de la candidature du sortant enfin officialisée et de la braguette ouverte de son principal challenger sur la photo de ce dernier dans un quotidien régional. Le débat électoral est en France d'un haut niveau. (février 2012, toujours)

 

Pour ne pas l'oublier : très bel effet Zahir au sujet de la dune du Pilat dont un ami poste une photo, quand il en est soudain question dans une de mes lectures et qu'il en fut brièvement question récemment dans une conversation "vacances".

(1) Petits blogs thématiques dont certains furent brièvement publics du temps où nous avions l'illusion douce d'être entre nous, blogueuses et blogueurs bienveillant·e·s, calmes et doux, à présent purement personnels même si j'y demeure plutôt allusive ce qui est très amusant pour moi-même à présent qu'il y a matière à du "longtemps après" : je ne me souviens plus de qui était concerné. Et c'est très bien comme ça.


En traversant Paris aujourd'hui

 

    Depuis que je suis parvenue à prendre le temps de refaire enfin reconnaître mon pass navigo par les nouveaux vélibs, j'en ai retrouvé l'usage. Ils sont quand même bien dégradés globalement, et les stations moins nombreuses qu'avec le système précédent. Mais ça me manquait réellement des vélos en libre service car j'ai un usage vélo + métro important.

Parmi l'offre de free-floating que le ratage du changement de concession avait multipliée, les Mobike n'étaient pas si mal et je m'en étais un temps contentée, avant qu'ils ne décident soudain que ma ville était hors zone - alors qu'à côté Levallois restait admise, à même distance de Paris -, entraînant une facturation de 10 € puis 50 € si jamais un de leur vélo y était laissé. J'en vois moins à présent. Je suppose qu'un nombre non négligeables d'abonnés dans le même cas que moi n'ont pas renouvelé un abonnement qui ne leur permettait plus de rentrer chez eux.

Les vélibs, anciens comme nouveaux, disposent de stations proches de chez moi, pas souvent très remplies mais permettant au moins le retour, c'est déjà ça.

Près de Port Royal j'ai vu des agents de police à vélo (je ne sais s'ils sont de police nationale ou municipale) enregistrer au moyen d'une sorte de téléphone tous les véhicules en free-floating, trottinettes électriques et vélos qui avaient été déposés alentours. J'avoue que je ne serai pas contre un brin de régulation. Les trottinettes électriques présentent un réel danger, trop silencieuses et roulant souvent sur le trottoir elles sont sources d'accidents (ou de splendides tressautements) pour les piétons, et elles sont déposées absolument n'importe où n'importe comment. Les vélos en free-floating sont moins gênants en circulation mais posent également un problème de place. D'accord ce sont des déplacements moins polluants que l'automobile en terme de gaz d'échappements, seulement ça ne sont pas non plus des solutions de rêves d'un point de vue écologique. Fullsizeoutput_1883

Comme un chèque déjeuner m'avait été confié, j'ai pu m'accorder un repas complet dans un charmant restaurant café. 20190807_125146

Il faut désormais veiller aux dépenses, chômage oblige et incertitude sur la suite, donc je n'y retournerai sans doute pas rapidement, mais je note ainsi la bonne adresse. De plus en plus fréquemment et face à l'invasion généralisée du hamburger sous toutes ses formes - je n'ai rien contre un très bon de temps en temps, mais le hamburger frites ne me fait pas saliver -, je goûte des plats végétariens voire végétaliens et constate qu'ils sont souvent bons. C'était le cas aujourd'hui au Débonnaire.

J'ai croisé une belle voiture de collection mais j'ai raté sa photo 

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Oui parce que je fais partie de celles et ceux qui rêvent d'un usage minimal de la voiture mais j'apprécie les modèles de collection. Je l'écrivais il y a quelques jours dans le Petit Journal. Les êtres humains moyens sont fort bien équipés en contradictions.

Ce Paris vide et calme du mois d'août me ravit, même si je m'inquiète d'une éventuelle absence totale de vacances si l'homme de la maison prend les siennes trop tard alors que je peux avoir du travail ou poursuivre un projet qui m'en créerait. Je n'ai pas non plus envie de partir maintenant sans lui. Ni envie qu'il parte début septembre en me délaissant. Même si elle a été heureusement infiniment moins triste que l'année 2016/2017 et moins surmenée que l'année 2017/2018 (entre le travail salarié prenant et le déménagement complet de la maison de mes parents), l'année 2018/2019 aura été intense, j'ai vraiment consacré du temps et de l'énergie à une reprise de librairie qui finalement ne s'est pas faite pour des raisons financières, mais ce fut du travail, j'ai effectué auparavant de nombreux remplacements, et tenir une émission littéraire hebdomadaire sur une radio associative ne se fait pas sans la préparer, bref, il y a un moment où des vacances, même les plus simples, feraient du bien. 

En attendant, je fréquente la BNF avec assiduité.