La ville escamotée

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C'est en retournant y courir par le chemin que nous connaissions bien que j'y ai repensé : voilà, la ville dans laquelle ma sœur et moi avons grandi, dans laquelle mes parents auront vécu une cinquantaine d'années (un peu moins pour mon père, bien malgré lui) n'est plus rien pour la famille, ou n'en a plus trace, plus rien. 

Ma sœur se souvenait que ma mère souhaitait être enterrée dans sa petite ville normande d'origine ; l'urne des cendres de mon père qui avait souhaité être incinéré était dans un cimetière de la petite ville du Val d'Oise mais pas le cimetière historique, un cimetière récent que je ne parvenais pas à correctement situer - pour penser à mon père j'allais au Père Lachaise, lieu de son incinération -. De façon logique mais follement dispendieuse nous avons fait transporter et l'urne et le cercueil jusqu'en Normandie. 

De fait, le charmant petit cimetière normand regroupe à présent une grande partie de ma famille maternelle, d'ailleurs je ne serais pas contre y avoir mon futur emplacement, et comme j'ai conservé la petite maison que ma mère y avait, qui la tenait de ses propres parents, tout ça est bel et bon. Je fais partie des gens qui trouvent réconfortant le fait de disposer d'un lieu de recueillement. De plus ma sœur habite dans la région ce qui lui permet de passer si elle en éprouve le devoir ou la nécessité. 

Il faut juste éviter qu'un incident ou accident dans cette région hautement nucléarisée la rende inaccessible, ou que la montée des eaux consécutive au réchauffement climatique ne la submerge.

Le pavillon que mes parents possédaient dans la petite ville du Val d'Oise a dû être vendu : nous n'avions ni ma sœur ni moi la surface financière pour le maintenir sans usage d'y habiter, et pas non plus de raison d'y loger - trop loin pour nous pour le travail, généralement plus proche de Paris, ou qui peut bouger mais que notre logis tout contre la capitale nous permettra d'assurer -, et ne nous sentions pas l'âme de loueuses de maison (1). J'ai fait faire les travaux nécessaires pour le rendre attractif malgré son ancienneté et un jeune couple en a fait son logis. Les circonstances contraignaient à cette option. Nous aurons au moins fait des heureux, du moins nous l'espérons.

Dès lors, il ne reste plus traces de tant d'années vécues en cette petite ville, qui avait son charme, qui porte nos souvenirs, qui est celle de la vie d'adulte de nos parents, dont ils avaient fait leur chez-eux. Quelques poèmes de ma mère à la médiathèque ? Des camarades du club de tennis qui se souviennent d'elle ? 

Je n'ai plus d'amis directs dans la ville, je ne crois pas ; je n'y connais plus que quelques rares personnes. Les voisins que je connaissais, primo-habitants du quartier, de La Cité, sont morts ou ont déménagé.  

Le rôle qu'a joué cette petite ville dans l'histoire familiale, tout important pour nous et durable qu'il fut, est à présent gommé.

Je n'ai pas de regrets, qu'aurions-nous pu faire d'autre ? Seulement je trouve ça étrange, une étape si importante, pour l'ensemble d'une unité familiale, dont il ne reste plus rien, nada, niente, que tchi, du moins sur le terrain.

 

 

(1) Je me résoudrais peut-être à contrecœur à louer notre actuel appartement si nos vieux jours à petites retraites, en admettant que nous tiendrons jusque-là, nous contraignent à le faire pour complément de revenus. Mais pour un appartement les frais de grands travaux sont au pire des côte-parts ; et ceux-ci peuvent être organisés par d'autres.

PS : À l'inverse, les parents de l'homme de la maison sont enterrés dans un caveau que mon beau-père avait acquis à la mort de sa femme au cimetière de la ville de grande banlieue où son travail l'avait amené vers sa quarantaine. Zéro attache dans le coin. Sa femme décède à la fin des années 80, lui-même tombe gravement malade fin 1994 et ensuite ne revient plus jamais vivre dans l'appartement qu'il louait. Voilà donc leurs dépouilles dans un endroit qui n'est proche d'aucun de leur proches et où ils ne firent eux-mêmes que passer, et des années non significatives - pas celles des premiers temps, pas celles qui virent grandir leurs enfants, juste ils étaient là pour le travail quand la mort ou la maladie les y a saisis -. L'homme s'efforce certes d'y passer régulièrement, ça n'est pas si loin de notre domicile, ça va pour l'instant. Mais ensuite ? 

 


Archivages et pâturages

(billet en cours d'écriture)

    Trop fatiguée pour faire quoi que ce soit de très physique (sport ou rangement), mise en relatifs congés par l'absence d'interlocuteurs - ce qui me permet de récupérer -, embarquée dans des activités d'archiviste depuis l'annonce de la mort de Jean-Pierre Mocky, je toilette et trie et archives photos et blogounets (1). Au passage, bien entendu, je retrouve quelques pépites.

Ainsi en date du mercredi 15 février 2012, cette note, dans un coin :

Un compte est ouvert sur twitter au nom de Nicolas Sarkozy. Si ce n'est pas un fake, c'est prendre les gens pour les cons. Hélas, peut-être qu'ils le sont ? En attendant, que les touites soient re-signés fait rire les habitués.

Je m'aperçois que celui des carnets de bord que je sauvegarde aujourd'hui était garni de brèves sur la campagne électorale en cours. À les relire, je m'amuse bien.

La campagne électorale bruisse de la candidature du sortant enfin officialisée et de la braguette ouverte de son principal challenger sur la photo de ce dernier dans un quotidien régional. Le débat électoral est en France d'un haut niveau. (février 2012, toujours)

 

Pour ne pas l'oublier : très bel effet Zahir au sujet de la dune du Pilat dont un ami poste une photo, quand il en est soudain question dans une de mes lectures et qu'il en fut brièvement question récemment dans une conversation "vacances".

(1) Petits blogs thématiques dont certains furent brièvement publics du temps où nous avions l'illusion douce d'être entre nous, blogueuses et blogueurs bienveillant·e·s, calmes et doux, à présent purement personnels même si j'y demeure plutôt allusive ce qui est très amusant pour moi-même à présent qu'il y a matière à du "longtemps après" : je ne me souviens plus de qui était concerné. Et c'est très bien comme ça.


En traversant Paris aujourd'hui

 

    Depuis que je suis parvenue à prendre le temps de refaire enfin reconnaître mon pass navigo par les nouveaux vélibs, j'en ai retrouvé l'usage. Ils sont quand même bien dégradés globalement, et les stations moins nombreuses qu'avec le système précédent. Mais ça me manquait réellement des vélos en libre service car j'ai un usage vélo + métro important.

Parmi l'offre de free-floating que le ratage du changement de concession avait multipliée, les Mobike n'étaient pas si mal et je m'en étais un temps contentée, avant qu'ils ne décident soudain que ma ville était hors zone - alors qu'à côté Levallois restait admise, à même distance de Paris -, entraînant une facturation de 10 € puis 50 € si jamais un de leur vélo y était laissé. J'en vois moins à présent. Je suppose qu'un nombre non négligeables d'abonnés dans le même cas que moi n'ont pas renouvelé un abonnement qui ne leur permettait plus de rentrer chez eux.

Les vélibs, anciens comme nouveaux, disposent de stations proches de chez moi, pas souvent très remplies mais permettant au moins le retour, c'est déjà ça.

Près de Port Royal j'ai vu des agents de police à vélo (je ne sais s'ils sont de police nationale ou municipale) enregistrer au moyen d'une sorte de téléphone tous les véhicules en free-floating, trottinettes électriques et vélos qui avaient été déposés alentours. J'avoue que je ne serai pas contre un brin de régulation. Les trottinettes électriques présentent un réel danger, trop silencieuses et roulant souvent sur le trottoir elles sont sources d'accidents (ou de splendides tressautements) pour les piétons, et elles sont déposées absolument n'importe où n'importe comment. Les vélos en free-floating sont moins gênants en circulation mais posent également un problème de place. D'accord ce sont des déplacements moins polluants que l'automobile en terme de gaz d'échappements, seulement ça ne sont pas non plus des solutions de rêves d'un point de vue écologique. Fullsizeoutput_1883

Comme un chèque déjeuner m'avait été confié, j'ai pu m'accorder un repas complet dans un charmant restaurant café. 20190807_125146

Il faut désormais veiller aux dépenses, chômage oblige et incertitude sur la suite, donc je n'y retournerai sans doute pas rapidement, mais je note ainsi la bonne adresse. De plus en plus fréquemment et face à l'invasion généralisée du hamburger sous toutes ses formes - je n'ai rien contre un très bon de temps en temps, mais le hamburger frites ne me fait pas saliver -, je goûte des plats végétariens voire végétaliens et constate qu'ils sont souvent bons. C'était le cas aujourd'hui au Débonnaire.

J'ai croisé une belle voiture de collection mais j'ai raté sa photo 

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Oui parce que je fais partie de celles et ceux qui rêvent d'un usage minimal de la voiture mais j'apprécie les modèles de collection. Je l'écrivais il y a quelques jours dans le Petit Journal. Les êtres humains moyens sont fort bien équipés en contradictions.

Ce Paris vide et calme du mois d'août me ravit, même si je m'inquiète d'une éventuelle absence totale de vacances si l'homme de la maison prend les siennes trop tard alors que je peux avoir du travail ou poursuivre un projet qui m'en créerait. Je n'ai pas non plus envie de partir maintenant sans lui. Ni envie qu'il parte début septembre en me délaissant. Même si elle a été heureusement infiniment moins triste que l'année 2016/2017 et moins surmenée que l'année 2017/2018 (entre le travail salarié prenant et le déménagement complet de la maison de mes parents), l'année 2018/2019 aura été intense, j'ai vraiment consacré du temps et de l'énergie à une reprise de librairie qui finalement ne s'est pas faite pour des raisons financières, mais ce fut du travail, j'ai effectué auparavant de nombreux remplacements, et tenir une émission littéraire hebdomadaire sur une radio associative ne se fait pas sans la préparer, bref, il y a un moment où des vacances, même les plus simples, feraient du bien. 

En attendant, je fréquente la BNF avec assiduité. 


Fin du caractère fuligineux des chagrins ?


    Jusqu'à présent j'ai la chance d'avoir l'impression que vieillir c'est plutôt bien.

La ménopause aura pour moi été un soulagement, je suis ravie de n'avoir plus à me préoccuper de contraception ni jours de moindre forme et d'achats de serviettes ou tampons, de ne plus craindre d'incidents rouge sang, de ventre douloureux, et surtout d'avoir davantage d'énergie qu'avant. Il se trouve que j'ai eu le privilège d'une ménopause sans symptômes, alors voilà : il y a l'accroissement mensuel de mon anémie qui n'y est plus et je me sens beaucoup moins fatiguée qu'avant mes cinquante ans. 

Un autre truc a changé, subrepticement, et qui a deux versants. 

Je me sens moins impliquée politiquement, ou plutôt, car ma colère est grande face à un régime qui de théoriquement démocratique est devenu ouvertement autoritaire et où les gouvernants affichent en permanence leur mépris du peuple qui les a élus, j'ai pris la mesure de mon impuissance. Au mieux je peux contribuer à ne pas ajouter aux horreurs ambiantes, à ne pas participer aux gaspillages et le moins possible aux pollutions, à continuer personnellement à être dépourvue de racisme. Je m'y efforce de mon mieux, quitte à un jour en payer le prix.
Je crois aussi que je fais partie de celleux qui n'ont que trop voté par défaut pour des candidats dont les idées et le programme ne nous convenaient pas, car il s'agissait de résister au pire, aux résurgences de ce qui avait au siècle passé conduit le monde à sa perte et tant de gens à la mort. Les seules fois où des partis prétendument soucieux du sort du plus grand nombre sont parvenus au pouvoir, ce fut pour mener une politique où ça allait à peine mieux : le monde entier fonctionne selon le système capitaliste (1) qui n'a plus de contrepoids depuis l'effondrement du "bloc de l'Est" et son principe est la propriété privée, l'enrichissement d'un petit nombre, la marchandisation de toute chose, le profit. On peut le rendre plus ou moins supportable, ça n'est idéal que dans une planète inépuisable et pour un nombre limité d'êtres humains, bien nés ou particulièrement compétitifs dans certains domaines, dont le manque d'altruisme fait partie.

Déjà les valeurs humanistes issues du siècle des Lumières, n'ont plus vraiment théoriquement court, même si elles ornementent encore certains discours. On peut être reconnu comme coupable du simple fait d'aider son prochain. Et agressés par les forces de l'ordre du simple fait d'être au mauvais endroit au mauvais moment, qu'on ait souhaité, ou même pas, manifester.

L'autre versant tient de la même prise involontaire de distance, mais concerne la sphère privée. Je me suis aperçue que mes chagrins avaient perdu de leur pouvoir. Ceux qui sont irréductibles le sont restés, et s'y est ajouté le deuil pour ma mère, mais ils n'ont plus ce pouvoir de me saisir à la gorge à des moments inattendus, ils ne me brûlent plus, ne sont plus fuligineux. J'ai l'impression de sortes de fatalités contre lesquelles je ne pouvais rien. 

Du fait que les choses sont plus calmes - mon travail du moment est d'en chercher, ou de créer ma librairie, et tenter de remettre à flot notre logis où le bazar et les livres se sont accumulés, mais j'ai encore un peu de marge, ça n'est pas comme lorsque je ne percevais mon salaire que décalé, tout en ayant des dates limites d'une maison entière à vider, trier, déménager -, du fait que je suis heureuse en amitié, épanouie dans ma vie sportive (vive le LSC Triathlon !), et connais le bonheur de faire de la radio, ma mémoire reprend ses droits et m'accorde volontiers l'accès aux souvenirs heureux. Or les chagrins affectifs ont chacun été précédés de moments pour lesquels je peux me dire que c'était bien, et que si je meurs tout à l'heure ou demain j'aurais au moins connu et vécu ça. Les chapitres de choses inimaginables au vu des lieux et temps de mon enfance sont finalement nombreux.  Je les ai payés chers en dégringolades, n'empêche : ils ont eu lieu.

Est-ce que c'est ça vieillir, lorsqu'on a la chance d'une bonne santé (2), que les chagrins, enfin, perdent de leur dangereuse intensité et cessent quand ça leur chante de nous submerger ?

 

(1) à quelques exceptions près mais si marginales.
(2) J'en suis d'autant plus consciente qu'enfant, adolescente puis jeune femme j'étais de santé fragile, même si les choses graves me furent épargnées. Dès lors peu de regrets : j'ai toujours fait de mon mieux dès que je tenais debout. Et de vraiment savourer chaque jour de pleine santé, comme c'est le plus souvent le cas désormais. Pourvu que cela puisse durer.


Les blogs m'ont fait grandir

 

    Voilà, j'ai expurgé ma liste de blogs amis qui normalement figure ci-contre, des liens qui renvoyaient dorénavant vers plus rien ou vers des sites de ventes de choses étranges sans rapport avec le blog initial. 

À la réflexion j'y ai laissé les liens vers ceux qui étaient en sommeil mais encore accessibles. J'ai aussi laissé, sans trop hésiter, les liens vers les blogs des personnes qui ont disparu de ma vie, toutes écrivent fort bien et la dégradation ou la fin de nos relations n'y change rien, et surtout pas pour le passant qui trouvera matière à lire de belles choses et se permettre de ne pas penser que les attitudes dans la vie concrète sont parfois éloignées des sentiments exprimés aux titres de généralités. Nous ne sommes que des êtres humains et tout le monde n'est pas pareil avec tout le monde. Il se trouve qu'après bien des années difficiles, je connais un certain apaisement, dû au passage du temps et à la mort de ma mère en 2017. Ce deuil et tout le travail afférent ont en quelque sorte délavés les chagrins antérieurs. Si je tombe sur des écrits de ou concernant qui m'était proche et m'a rejetée, ça n'est plus qu'un vestige de pincement au cœur, presque un peu de surprise Comment cette personne a-t-elle pu tant compter ? 

Pour l'une d'entre elle je le sais (1), je n'avais de toutes façons jamais cessé d'apprécier son travail, et nos convergences militantes sont si fortes qu'elles sont toujours là. Nous n'avions pas tout à fait le même sens de l'amitié, c'est pourquoi j'ai morflé.

Pour l'autre, j'aurai été la victime bête d'une forme d'escroquerie affective, classique et prévisible. Il n'en demeure pas moins que l'aide apportée lors de moments particulièrement difficiles fut réelle, et que des moments magiques eurent bien lieu - pas si fréquents dans une vie comme la mienne -, qu'en l'aidant moi-même j'ai progressé et que même si  pour l'instant seule une discrète publication en atteste, mon écriture à son contact s'est professionnalisée. 

De toutes façons la majorité des blogs liés sont ceux de personnes devenues amies. En les parcourant à nouveau je mesure à quel point grâce aux blogs j'ai grandi, combien ils ont élargi ma vie et ma perception du monde. 

Ils m'ont permis de croiser des gens avec lesquels sur certains points (au hasard : les bouquins (mais pas que)) j'avais de grandes affinités mais dont les vies étaient totalement différentes, les expériences et l'arrière-pays de ce qui les avait rendues telles qu'elles étaient. Quoique toujours gaffeuse, je suis beaucoup plus attentive à certaines choses dont j'ignorais avant qu'elles pouvaient poser des problèmes à quelqu'un. Plus aguerrie aussi pour tenter de défendre ce qui me tient à cœur, sans doute du fait de me rendre compte que d'autres pensent de la même façon alors que bien souvent j'étais la seule personne de mon entourage professionnel et familial à envisager les choses sous un angle différent du sens majoritaire. 

Au passage je me suis aperçue que lorsque j'ai rencontré les un·e·s et les autres, j'avais pris leurs écrits en cours de route sans chercher, fors pour La Fille Aux Craies puisque tout fut trop vite totalement terminé, à remonter le fil du temps des billets. En allant ponctuellement regarder si les archives des différents blogs étaient encore en ligne, j'ai eu l'amusement de découvrir que certaines lectures faites en leur temps m'auraient bien rendues service. Je ne vais pas tous les énumérer.

La palme en revient à Tarquine avec ce billet de 2004 concernant les sas vélos qui, l'eussé-je lu en 2005 lors que j'ai fait la connaissance de son blog, m'aurait fait gagner bien du temps et de la sécurité dans mon usage du vélo citadin. Je suis longtemps restée comme l'une des commentatrices à me demander ce que ce marquage au sol pouvait bien signifier. Entre temps je l'avais appris par ailleurs mais ça m'aura pris au moins sept ans (2).

Enfin je n'ai pas encore complété la liste des blogs que j'ai découverts ces dernières années. 

Ça sera pour mon prochain temps personnel libéré.

En attendant grand merci à toutes celles et tous ceux qui en partageant leurs écrits plus ou moins intimes ont contribué à quelque chose qui tenait beaucoup de la solidarité et de s'entraider. 

 

(1) Et qui n'a pas de blog ou alors sous un pseudo que j'ignore.
(2) Au passage, puisque l'on est en période de canicule, il est pertinent de relire ce billet 


Moi aussi (J'ai décidé de reprendre la photo)


Capture d’écran 2019-07-17 à 16.06.24   C'est un besoin qui est venu alors que j'effectuais ma recherche d'un couple (texte, photo) perdu et que je constatais la disparition entière de fotolog (1) : l'envie de me remettre au journal photo, avec le côté "une photo par jour" auquel je ne saurais dire exactement pourquoi, Instagram pour moi ne correspond pas - plus dans le phénomène de réseau, d'instantanés partagés, moins travaillé, sans tri préalable, des choses comme ça ? -. Alors j'ai réactivé mes Clandestines sardines puisque ma suite du fotolog je l'avais déjà. 

Il convient d'effectuer ce petit travail quotidien le soir tard ou tôt le lendemain, c'est peut-être la contrainte même qui me manque, un micro-barrage illusoire de plus face à la vitesse de défilement du temps. 

Voici donc pour hier : L'herbe grillée du tramway

L'amusant de l'affaire c'est que la même recherche d'un billet photographique d'il y a dix ans, m'a conduit ce matin à découvrir de François Bon avait repris le fil de son Petit Journal, que c'était tout récent et que même si ses photos, lui les travaille sans doute alors que moi très peu ou non (2), c'était dans l'air du temps de reprendre à effectuer et partager des images quotidiennes avec un bref texte associé.

J'éprouve aussi grand besoin de témoigner au jour le jour de ma ville de mon quartier en pleine mutation.

 

(1) Heureusement anticipée ; je dispose de sauvegardes, car j'avais pris soin de les doubler, voire tripler (l'ordi volé en 2017, le disque dur externe spécial photos qu'hélas j'avais dans mon sac ce jour-là, flickr). Il n'empêche qu'à un moment donné fotolog avait semblé bénéficier d'une résurrection de bonne tenue, respectueuse de nos historiques et que je suis triste qu'elle ait hélas aussi disparu.  

(2) Manque de compétences et manque de temps, je me contente parfois d'un recadrage ou d'une très légère retouche mais je ne sais (plus) rien des finesses, de l'élimination du bruit, des rééquilibrages, de l'usage des calques. En fait j'avais photoshop sur l'ordi que l'on m'a volé et je ne l'ai pas racheté / réinstallé. C'est aussi que fin 2015 j'avais failli me professionnaliser dans cette direction et qu'à cause de l'attentat au Bataclan et de ses conséquences pour la personne que j'aurais pu assister, la porte s'est refermée. En réaction, comme pour me préserver, je me suis désintéressée du domaine au complet. 
Heureusement, pas de la prise d'images, pas des instantanés. 

    


Un billet d'il y a dix ans (Disparus transparents, disparus d'antan)

 

Je recherche depuis mon billet d'hier sur Neufchâteau revisité, une photo prise en juillet 2009 avec le texte qui l'accompagnait. Pas de traces sur traces (mon souvenir de l'image était assez vivace), rien sur le Petit Journal de chez François Bon auquel nous participions alors allègrement, entre autre avec les camarades de ce qui deviendrait L'aiR Nu, rien sur mes sauvegardes du fotolog qui semble vraiment mort désormais (inaccessible en tout cas), alors j'explore mes nombreuses annexes thématiques. 

(Pour l'instant en vain)

6647704399_b5bfd0093a_o Grâce à flickr qui est bien indexé, j'ai retrouvé la photo, de ce qui fut mon logis pendant une semaine il y a 10 ans, après la fin de ma vie d'"Usine", au début de ma vraie vie. D'ailleurs je considère assez bien ce stage comme marquant le début de la nouvelle, un jalon important. Mais qu'est devenu le texte ?

En creusant les annexes, je suis retombée sur ce billet qui n'a rien à voir fors de dater de ce même été.

Ce qui est fascinant, entre autres, c'est que de toutes les allusions que par discrétion j'avais omises de dénommer, pratiquement aucune ne m'est décryptable aujourd'hui sans recherches - en particulier le coup du DVD, de quoi diable pouvait-il s'agir ? (1) -. Pour le reste et malgré tout ce qui s'est passé durant ces dix années mouvementées, j'ai l'impression de n'avoir pas trop changé, de bien me reconnaître comme la personne qui a rassemblé ces mots.  

Je n'ai modifié qu'un ou deux détails de conjugaison ; la concordance des temps en français n'est pas mon fort.

(1) Je n'en ai à ce point plus la moindre idée que je me demande si je ne m'étais pas amusée à glisser un paragraphe fictionné au sein d'un billet de réalité.

 

Disparus transparents, disparus d'antan

(billet déposé sur une annexe le 31 août 2009)

 

    Une conjonction étrange et triste d'éléments sans liens directs m'a fait penser à eux.

L'acteur jeune et semblait-il en pleine santé qu'on croise fin juin (début juillet ?) lors d'une avant-première au Méliès. Meurt quelques jours après d'un accident de mobylette comme il en arrive tant. Mais pas tant que ça à un gars dont l'image est projetée, et encore fraîche sur les écrans.
L'amie que je sens affectée par la disparition brutale (suicide ou overdose "volontaire" ?) d'un DJ que probablement elle connaissait. Je vais voir d'un peu plus près quel était son travail. Constate qu'il était bon (pour autant que je puisse en juger) et que par ailleurs son site est, lui, toujours en vie, pas la moindre mention de la récente tragédie. 
Et ce souvenir qu'il réactive de celui d'un photographe que je connaissais de vue, et aimais beaucoup et qui à peine décédé avait vu l'url du sien capturée par un homonyme de bien moindre talent. Celui aussi d'une de mes connaissances, jeune journaliste prometteuse et poète sensible, disparue volontairement au printemps et qu'on peut voir ici en mai 2008 qui interroge Coline Serreau.
Le lien qu'on me transmet vers un site (de restaurations) audio et qui propose ce jour-là trois enregistrements d'Apollinaire dont un sur "Marie" qui me met les larmes. Mort il y a près d'un siècle et sa voix toujours là. Diction d'un autre temps, mais par moments moderne. Frissons.
Enfin lors du rangement quinquennal de ma table de chevet un DVD tombé d'une pochette achetée jadis pour les livres sans me méfier qu'elle comprenait aussi autre chose, que je glisse dans l'ordinateur par amusée curiosité et où apparaît quelqu'un que j'aime fort (bien vivant lui mais) délesté de quelques lourdes années. Il avait alors pratiquement l'âge que j'ai. Liquéfiée de douleur d'arriver trop tard.
Alors j'ai songé aux morts d'autrefois. D'il n'y a pas tant de temps que ça, disons la génération d'avant mes grands-parents, ce qui ramène au mitan du XIXème. Morts en laissant au mieux d'eux quelques objets, des terres ou une maison. Des bribes écrites éventuelles pour les privilégiés d'entre eux qui savaient. Les rares qui étaient artistes pouvaient léguer de leurs créations, si pas trop périssables. Les photos : une rareté.
Disparus transparents que seule l'apparence physique de leur descendants, s'ils en avaient, pouvait prolonger.
Génération de mes grands-parents : la photo est rare mais elle y est. Ils ont parfois écrit ne serait-ce que des cartes postales. Les hommes l'ont fait, envoyer des lettres, quand ils étaient mobilisés. Restent aussi des documents les concernant. Qu'est devenue cette permission jaunie de la guerre de 14 accordée à mon grand-père maternel sous le prénom Marius car son gradé de l'époque, un marseillais sans doute, devait avoir avait du mal avec le François-Marie breton, qui était le vrai prénom de celui que tous appelaient Louis (et on ignore pourquoi) ? Je l'ignore mais n'ai pas oublié d'avoir vu ce papier.
Après la seconde guerre, du moins en occident, tout se précipite. De mes parents restent et resteront des mots écrits, des photos, des films (super 8 au moins), parfois des enregistrements (quand l'enfant étrennait son tout nouveau enregistreur Philips avant même la stéréo). 
Et depuis l'internet, explosion. Nous sommes tous appelés à nous survivre un temps sous forme de films complets (mouvements, allure et sons, présence de l'expression), traces écrites multiples et multipliées, photos que nous-même ignorons (cherchez-vous via google images par exemple et vous serez sans doute surpris). Et ce, y compris si ce que nous faisons n'a que peu à voir avec une forme de travail créatif avec espoir de transmission.
Je me sens pour l'instant dépassée par l'ampleur de la réflexion que le sujet appelle. Mais je sais qu'il convient d'en marquer le point de départ. Dans l'espoir d'y revenir après et d'en pouvoir au moins dater la prise de conscience. 
Il est beau que nos absents pour partie ne nous soient pas arrachés entièrement. Il peut être terrible cependant que ceux d'entre eux qui furent toxiques (aucun des cas évoqués plus haut) restent à nous encombrer. 
Et combien il est étrange qu'un homme soit mort et son site vivant (1).
(1) un appel à témoignages pour un projet qu'il avait en cours rend le contraste encore plus criant.
PS : À l'instant d'envoyer ce billet, je m'aperçois que je l'ai rédigé tout en écoutant ... Alain Bashung. Dont acte.

La leçon du Que je t'aime (l'une des)

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Par sérendipité du net, je suis retombée ce soir sur un enregistrement du concert de l'an 2000 de Johnny au Champs de Mars.

Je ne me souviens pas d'avoir déjà vu les images, ou alors c'était il y a si longtemps que je l'ai oublié. Ça ne m'avait pas effleuré de rechercher une video du concert, avant de tomber dessus ce soir, là, par ricochets.

J'avais oublié que la chanteuse était si jeune et les paroles de la chanson si peu adaptées à cet état de fait. Il faut dire que nous avions des notes à tenir plutôt que des mots à articuler et ne l'avions pas vue avant (1).

J'avais oublié aussi la leçon du Que je t'aime. Mélodie simple, paroles d'une subtilité contestable, avec un refrain qui consiste à répéter six fois de suite Que je t'aime, et en fait le gars, il y mettait tellement d'énergie, de métier, et les tripes, même en répètes, que non seulement ça passait mais que l'on se sentait ému·e·s. Et ça c'est quelque chose de bon à ne pas oublier dans la vie, parfois ce qui est dit compte moins que la façon de l'incarner, et par dessus tout ce qui l'emporte c'est l'énergie que l'on y met et les personnes dont on s'entoure (2).

 

(1) Entre temps elle a grandi et participé à The Voice. (merci les moteurs de recherche)
(2) En l'occurrence sur ces concerts de Johnny, les arrangements d'Yvan Cassar parvenaient à donner une classe de plus. Je me souviens du travail.

PS : Et à part ça je persiste : il n'est pas impossible que l'ampleur du mouvement des Gilets Jaunes prenne une partie de son origine dans le fait que la disparition de Johnny ait fait perdre à bien des gens qui triment dur pour peu ou galèrent à trouver du taf ou à se faire payer décemment, leur tenir bon, leur consolation. Le fait que le mouvement perdure tient lui, clairement, de l'aveuglement du pouvoir ou d'une stratégie contestable à le feindre.

 

 


Le 13 novembre, trois ans après


    Voilà, les attentats de Paris, au Stade de France, aux terrasses de restaurants et café, ainsi qu'au Bataclan, ça fait trois ans. Déjà et seulement.

Le temps a dû paraître bien long aux proches des victimes, aux survivants blessés, et la vie bien difficile. Je pense à elles, je pense à eux, très fort. Et plus particulièrement aux enfants qui grandissent dans l'absence d'un (ou deux) parent(s).

Comme ma famille et moi avons eu la chance de n'être pas directement concernées - ma fille et moi connaissions des personnes, qui au Bataclan qui aux restaurants voisins des terrasses visées, toutes et tous s'en sont  sorti•e•s -, il a au contraire filé. 
D'autant plus qu'il s'est agi d'années particulièrement chargées : j'ai occupé deux emplois, heureuse à chaque fois, même si la fin du second, à caractère économique, me rend triste. J'ai travaillé d'arrache-pied et je suis contente d'y être arrivée ; je me sais désormais capable de prendre en charge une petite entreprise que je pourrais créer. Ma mère, âgée, est tombé gravement malade et est morte. Il m'a fallu une année de travail sur chaque jour libre pour parvenir à organiser la succession - vendre un pavillon, prendre à ma charge en l'acquérant celle de Normandie, trier puis déménager les affaires de mes parents -. Nous avons traversé un épisode de vols récurrents par un voisin en déshérence sur la petite maison normande et compte tenu de la période (deuil) ce fut particulièrement éprouvant (et insidieusement coûteux). Je suis, même si à très bas niveau pour le moment, devenue triathlète. Ça m'a fait un bien fou.

J'ai entendu lors de la chronique de Jacques Munier sur France Culture ce matin que des travaux sociologiques étaient en cours sur les conséquences à moyen-long terme sur un ensemble de personnes concernées à divers degrés. 

Il est donc peut-être temps, et puisque saisie par le festival de cinéma d'Arras pour les 13 novembre 2016 et 2017 au point de n'avoir pas eu le temps d'écrire de billets, que je revienne sur mes souvenirs.

J'avais pris soin à l'époque de noter tout ce que je pouvais, y compris ce qui me paraissait anecdotique, car j'avais assez d'expérience de la vie pour savoir que plus tard, ça serait intéressant à relire précisément pour ces aspects-là. Je me souviens d'avoir lutté contre le sommeil afin de compiler mes notes et les publier. 

Car une des conséquences de ces attentats-là qui intervenaient alors même que je commençais à refaire surface après la douleur et le deuil causés par celui du 7 janvier, fut de me plonger dans des états à la limite de la narcolepsie. Je suis une forte dormeuse et capable depuis longtemps de siestes perlées. Et je tombais de sommeil au sens littéral presque chaque soir à peine couchée. Seulement après cette année 2015 si violente, j'étais tombée dans des tombés de sommeil irrépressibles et soudain aussi diurnes que nocturnes. J'en étais venue à effectuer des mini-siestes de précaution comme on fait des pipi de précaution avant d'entreprendre un trajet ou assister à un spectacle. Il fut même effectuée une recherche d'apnées du sommeil éventuel. Laquelle n'avait rien donné. Je ne suis sortie de cette galère qu'au printemps 2017. Le côté "sans voir venir" a presque disparu en journée, fors à savoir que je suis dans un jour "off" où je peux me permettre le luxe d'une vraie sieste.

Juste avant de partir au festival de cinéma d'Arras, j'avais passé un entretien pour un travail dans une agence de communication pour la partie traitement des photos, je devais deux jours par semaine assister une personne chargée de l'ensemble du département. Nous étions tombée en excellent accord, restait à se revoir pour confirmation, contrat, modalités pratiques. Cet emploi payé autant que celui de libraire pour un nombre d'heures plus importants, aurait pu me permettre d'écrire sur les cinq jours par semaine restants. 

L'agence était, est sans doute encore, dans le quartier du Bataclan et la personne que j'aurais dû assister était au concert des Eagle of Death Metal. Elle s'en est sortie sans blessure physique mais sans pouvoir reprendre le travail puis seulement à temps réduit. L'entreprise s'est réorganisée qui comportait des antennes dans d'autres villes, et le poste que j'aurais pu occuper s'est évanoui, devenu sans objet. 
Ça m'aura permis de rester libraire, ce que je ne regrette pas. Adieu le temps consacré à l'écriture, encore une fois. Bonjour le renforcement féroce du syndrome de George Bailey. 

Ma crainte des attentats n'est ni plus grande, ni bien sûr plus faible : elle existe en moi depuis qu'enfant j'ai séjourné chaque été dans une Italie en proie à la violence des années de plomb. Une bombe qui explose dans un lieu public faisait partie des risques inhérents à la vie en ville. 
Les séries successives d'attentats à Paris (1986 et 1995 au moins), n'ont fait que renforcer cette certitude. C'est ainsi. 
Ce qui est pire à présent et depuis le 9/11 c'est qu'on sait que ceux qui tuent sont prêts à mourir, et à utiliser tout moyen pour parvenir à leurs fins de faire un maximum de victimes civiles visées en tant qu'élément d'une population générale (1). N'importe qui peut être pris pour cible à peu près n'importe où par éventuellement un type isolé qui cherchera à mourir en héros de la cause qu'il se sera choisie. Et ça n'est pas nécessairement le point dévoyé d'une religion, voyez Breivik, il en tient pour la suprématie de la "race" blanche, et décide que ça lui octroie le droit de tuer des personnes sans défense, semble fier de son macabre record et goûter sa célébrité.
Les terroristes des décennies précédentes du moins en Europe tentaient eux de sauver leur peau, ça laissait une chance de repérer quelque chose avant qu'il ne soit trop tard, ou de négocier. Quel point de pression peut-on avoir sur quelqu'un qui se souhaite martyr ?

Ce qui pour moi a changé depuis le 13 novembre 2015 en particulier est que lorsque lors d'une saison réputée froide, un vendredi soir s'orne d'un temps clément et d'une température exceptionnellement douce, je ne peux empêcher que mon corps se mette en état de qui-vive. Je deviens un animal aux aguets. 
Quand je me trouve à l'intérieur d'une longue file d'attente je nous perçois comme cibles potentielles. 

Pour autant je ne vais ni plus ni moins aux concerts, aux spectacles, au restaurant qu'avant, ce sont surtout des considérations financières et de temps disponible qui prime.

Le 13 novembre aura d'ailleurs eu pour nous de sérieuses conséquences financières : par un sale concours de circonstances que je ne m'explique pas, à moins d'une désorganisation momentanée des services postaux peu médiatisée et dont nous aurions fait les frais, un recommandé de notre banque aurait dû nous arriver ces jours-là. Il n'en fut rien et le courrier nous fut livré 15 jours après. Il s'agissait d'une lettre de la banque pour débit dépassé qui s'était joué à peu de choses près et surtout avait prospéré sur ma négligence passagère : pendant bien des jours j'avais eu les yeux et les pensées rivées sur les attentats, l'inquiétude, les listes de victimes, mes notes pour tenter de témoigner plus tard, les articles des journaux, des retrouvailles avec des ami•e•s rendues comme urgentes, et je n'avais pas suivi l'état de nos finances familiales. De frais en frais pour cause de frais engendrés, et du fait du dépassement du délai pour réparer (le courrier reçu 15 jours après son envoi comportait un délai de 8 jours déjà dépassé de 8 autres jours quand j'ai pu le lire), la situation s'était envenimée au point que le paiement attendu dont le retard avait causé l'écart ne pouvait plus et de loin éponger. Nous avons dû notre salut à la générosité d'une amie que j'en profite pour remercier à nouveau aujourd'hui. L'indulgence de la banque se borna à renoncer à un fichage irrémédiable, les frais furent maintenus. La poste non seulement ne présenta pas d'excuses mais mis en avant que légalement la recommandation d'un envoi n'est pas un gage de délai. Il nous fallu plusieurs mois de vie serrée afin de pouvoir revenir à une situation saine et rembourser l'amie secourable.
Ce n'était, grâce à elle, pas si grave. Seulement bien qu'indirecte, c'est une conséquence aussi. Je me demande encore combien de personnes telles que nous aurons subi des ennuis du fait d'avoir été un temps sidérés, atterrés, moins attentifs qu'à l'ordinaire à tout faire tout bien pour faire face à leur quotidien âpre et sans facilités. Combien de personnes auront été victimes de dysfonctionnements de différents services perturbés eux-mêmes par des conséquences indirectes que personne n'aura souhaité ou pu assumer. 

Je pense souvent aux victimes et à leurs proches qui auront dû, doivent peut-être encore, batailler avec des instances administratives, des démarches fastidieuses, un état de suspicion (2), certes sans doute pour partie nécessaire, mais comme ça doit être pénible aux victimes incontestables. 
Le seul espoir reste que certaines survivantes, certains survivants auront pu saisir une occasion de prendre leur vie plus fortement en main, changer de job mais en bien, trouver le courage de clore une relation qui tournait mal, ou de s'en aller vivre dans des lieux qui leurs vont mieux. Ou faire d'autant plus de progrès dans leur voie, si elle était déjà engagée, qu'un sentiment d'urgence sera apparu.

 

 

 

(1) Et non en tant qu'individu qui se serait distingué, représenterait quelque chose, un pouvoir.
(2) Dans le film belge 'Ne tirez pas" sur les tueurs du Brabant, on voit très bien ces contraintes, celui qui fut blessé enfant dévoile ses cicatrices lors d'un procès, crie parce qu'il n'en peut plus, qu'il doit tous les trois ans prouver son invalidité. J'ai cru comprendre qu'en France ça n'était pas nécessairement plus facile. Et que ça risque de ne pas s'arranger.

 

 

 

 

 

 


34 ans après - lecture du livre de Denis Robert et ce qu'elle fait revenir -


    Il y a une dizaine de jours, je suis tombée sans l'avoir cherchée sur la série d'émission de France Culture concernant l'affaire Gregory, dans lesquelles Denis Robert lisait des extraits d'un livre qu'il a publié récemment et qui reprend l'essentiel de ses articles de l'époque complété des derniers développements. 

Pour autant qu'il m'en souvienne (1), je ne faisais pas partie des personnes passionnées par "L'affaire Gregory". Or ces émissions, qui m'ont fait lire le livre de Denis Robert (2) et le livre lui-même m'ont accrochée.

Une conversation avec Le Fiston m'a montrée que les nouvelles générations n'ont parfois pas même entendues parler de ce qui est devenu plus qu'un fait divers, un fait de société et quelque chose qui marqua tout le pays, avec une force qu'on connaît moins de nos jours où chaque affaire, du fait des flux d'informations internationaux et multiples tient l'attention publique moins durablement.

J'ai donc envie de rassembler mes souvenirs et quelques réflexions, de quelqu'un de quelconque qui vivait en ce temps là dans le pays où ce fait divers eut lieu il y a 34 ans de ça. Et ce que ça fait au fil du temps.

Comme je dispose de peu de temps, ça sera probablement peu articulé, plutôt du vrac. Je ne prétends rien résoudre, je n'ai pas tous les éléments, ni tout lu, et mon intérêt est récent et lié à la qualité du travail du journaliste joint à l'effet : passage du temps. 
(en fait je n'en reviens pas d'être encore là 34 ans plus tard et pouvant me rappeler)

 

*                    *                       *

1984

À l'époque de l'assassinat de l'enfant, je suis étudiante en 2ème année à l'ESTP. Occupée la semaine par les cours et tout le travail à fournir - moins une charge délirante qu'en classes prépa mais quand même : des projets à remettre à plusieurs, des oraux à potasser ... - et le week-end par aller voir les parents et donner de petits cours de maths pour tenter de ne pas dépendre entièrement d'eux financièrement. Les vacances sont le plus souvent garnies de stages sur chantier. Je vis en cité universitaire avec mon amoureux (devenu le père de mes enfants). Nous n'avons pas encore d'enfant - je crois que ça compte dans la perception que l'on peut avoir de ces drames qui constituent l'affaire -. J'ai été très malade en juillet 1984, une mononucléose et à l'automne suivant je peine encore à tenir le rythme.

Nous disposons d'un budget serré, ce qui fait que j'achète peu de journaux, même si j'aime en lire et qu'à l'époque l'achat d'un quotidien, comme boire un café dans un café ou acheter le pain, représentent de faibles dépenses même pour les petits revenus. Il n'y a pas l'internet pour les particuliers. Seuls quelques élèves ingénieurs dont les parents sont fortunés peuvent se payer les premiers ordinateurs personnels. Les téléphones portables n'existent pas encore. On doit appeler de cabines et un appel coûte cher dès lors qu'il n'est pas strictement local et se prolonge. Dans notre chambre de la cité universitaire, pas de télé. Nous voyons en revanche le week-end quelques JT en passant, des bribes, selon que nous sommes chez les parents de l'un ou l'autre. Notre principale source d'infos est la radio. Radios périphériques, toutes fraîches et encore assez militantes. Un peu aussi France Info. Et France Inter. 

Je suis une lectrice occasionnelle du Monde et de Libé. Une lectrice régulière mais en décalé du Nouvel Observateur auquel mon père est abonné. Biberonnée aux Agatha Christie comme je l'ai été, je suis restée une grosse lectrice de romans policiers. 

Je ne sais plus comment nous avons pour la première fois entendu parler de la mort de l'enfant, pour autant je suis persuadée d'avoir pensé, Quelle horreur ! Pauvres parents, tout en me demandant pourquoi ce fait divers parmi d'autre était évoqué au niveau national. Il y a hélas bien des enfants qui disparaissent ou meurent assassinés, et pour certains ça reste un drame régional, ou cité dans les médias nationaux mais brièvement. Je pense que j'ai été surprise assez vite qu'on en parle tant et m'être dit que c'était peut-être parce qu'il y avait une histoire de lettres anonymes menaçantes. Je crois me souvenir de m'être demandée, Mais comment peut-on en vouloir à ce point à des gens pour tuer leur gosse de 4 ans, et aussi mais quelle lâcheté. 
M'être aussi posé des questions quant à l'écart entre des idées générales que l'on peut avoir, j'étais très satisfaite de l'abolition en France de la peine de mort, et ce qu'on peut faire lorsqu'on se retrouve pris dans un cas concret : je me disais que si j'étais un parent d'un enfant qu'on assassinait et que je savais qui l'avait fait, je serais bien un peu capable d'aller tuer l'assassin, au grand jour, sans chercher ensuite à fuir. Je ne me disais pas que ça serait bien, et je pense sincèrement qu'ajouter de la violence à de la violence ne produit que du pire en pire, mais que ça serait plus fort que moi.

Et puis j'avais ma vie quotidienne intense et surchargée et je n'y ai plus pensé. Mais je restais étonnée du fait qu'on en parlait tant, encore et encore aux informations. C'est un fait divers, terrible pour les personnes concernées, mais n'y a-t-il pas dans ce pays, en Europe ou dans le monde d'autres faits ou débats plus importants.

Je me souviens d'avoir éprouvé exactement le même genre de surprise lors de la mort de Lady Di. Quelque chose survient, qui est bien triste, on est tous d'accord, mais qui au fond ne devrait concerner que les gens concernés - contrairement par exemple avec une série d'attentats qui ont des revendications politiques, qui concernent l'ensemble d'une nation, ou la mort de jeunes poursuivis par la police et qui se font électrocuter dans un transfo : certes un fait divers au départ mais qui dit tant sur l'état du pays, la vie de ses habitants dans certains quartiers, les relations avec les forces de l'ordre -. Sauf que voilà, d'un coup, ça prend d'émotion tout le monde, les médias font de l'omniprésence, le peuple ne parle plus que de ça. Alors qu'à la base, c'est un drame lié à des circonstances et des haines locales et non reproductibles. 

Malgré l'emballement, à mon échelle, j'ai peu de souvenirs de conversations tant entre camarades de classe que dans nos familles. Ça se passe plutôt d'entendre des gens au café ou dans les transports en commun. Peut-être même que si l'un de nous tente d'en causer, on lui dit, ça va, c'est triste mais on n'y peut rien, on n'a pas de temps à perdre, nous, on doit bosser.

Dans mon souvenir, très vite Bernard Laroche, un oncle de la victime est inculpé, une gamine de la famille, témoin de l'enlèvement aurait craqué et avoué. Très vite aussi elle revient sur ses dires. 
J'ai l'âge de me rappeler très bien comment j'étais à 15 ans et de me dire Pauvre gamine et trouver bizarre qu'on puisse interroger seule quelqu'un de pas même majeure. Je trouve bizarre aussi que ça soit une seule personne, l'assassin et le fameux "corbeau" évoqué un peu partout. Je voyais bien un crime collectif, même si ça n'était pas dans un train.

Et puis : on oublie, on a d'autres choses à faire, on bosse, on vit.
Il me semble que nous ne sommes pas mêmes conscients que ça continue du côté des médias.

Souvenirs d'une vague surprise passant devant un kiosque à journaux avec en Une d'un magazine à gros tirages encore des photos concernant l'affaire. Tiens, ils en sont encore là.

Souvenir aussi d'avoir entrevu le juge Lambert à des infos télé, l'avoir entendu parler, et m'être dit, On dirait un petit cheffaillon à la banque (3), c'est pas avec celui-là qu'ils résoudront le crime. Il me semble d'emblée si nul que je me dis que le gars qui a été en prison n'est forcément pas le bon.

 

1985 

Je crois qu'on zappe complètement que Bernard Laroche a été libéré, peut-être parce que nous sommes allés en Normandie pour les fêtes de fin d'année  (pas certaine de l'année, il se peut que je confonde). Normandie où il n'y a pas la télé, ni le téléphone et où nous n'écoutons pas même la radio puisqu'en présence de mes parents. Peut-être que j'entends quelques flashs d'infos en écoutant sur mon walkman ?

En revanche lorsque son assassinat est annoncé, là, nous avons capté. 
Et je crois que la première pensée aura été : Wouahoh ! et guère plus articulée que cela et très très mélangée. Une sorte d'admiration pour le père de l'enfant tué en octobre, tout en se disant qu'il a mal fait parce qu'il vient lui-même de créer un orphelin. Et puis, s'il s'était gouré ? Un peu de compassion pour l'homme assassiné si toutefois ça n'était pas lui le coupable.

Peut-être qu'après ça, je lis un peu des articles et ceux dans Libé avec l'impression que c'est un des rares journal où subsiste un vestige d'impartialité. 

Je me souviens d'avoir été surprise que le juge n'ait pas été sanctionné car même en n'ayant pas tout suivi c'était tellement Chronique d'une mort annoncée qu'il aurait dû prendre les précautions qui s'imposaient. 
Je me souviens d'avoir pensé que si j'écrivais un polar je pourrais y mettre un coupable qui tue quelqu'un qui avait été soupçonné pour encore mieux détourner les soupçons et que parce que puisqu'il aurait déjà tué une première fois il ne serait pas à ça près. Mais que c'était une réflexion technique et que je ne pensais pas que ce père-là ait pu tuer son fils. 

Ensuite il me semble que sauf à suivre les gazettes, ce qui n'est pas notre cas, hé bien voilà, le père de l'enfant Gregory est en prison parce qu'il a tué l'assassin de son fils et tout est vraiment pas bien qui finit mal, mais c'est finit. Quand même, s'être demandés, pourquoi dans cette famille ils s'en voulaient comme ça ? (Je veux dire : pour le premier assassinat, celui de l'enfant)

Du coup apprendre que la mère est arrêtée est une totale surprise. Je crois que c'est quelqu'un qui plaisante, un canular. Je pense que bon sang si ça n'est pas elle, voilà une mère orpheline de fils, dont le mari est en prison parce qu'il a fait justice lui-même et qui en plus est accusée de la pire horreur.
Je me dis aussi, sans savoir trop de détails, que pour qu'un juge ait décidé cela c'est qu'il devait avoir d'importantes preuves.

Il se trouve qu'avec quelques camarades de classe et sous l'égide d'un de nos professeurs les plus dynamiques, nous avions entrepris une session d'évaluations des modes d'évaluations pour des candidatures. L'originalité de la démarche m'avait intéressée : il s'agissait de se prêter à toutes les sortes possibles de tests de recrutement et autres modes d'évaluations d'une personnalité qui se pratiquaient à l'époque. En ce temps-là des tests d'agilité de l'intelligence, des tests de personnalité par questionnaires, des analyses graphologiques étaient ce qui se pratiquait le plus fréquemment. Nous avions aussi été évalués par une morphopsychologue de talent. 
Il en était ressorti que le méga bullshit c'était l'astrologie (not such a surprise), que la graphologie était la moins fiable, en particulier concernant les gauchères et gauchers et que la morphopsychologie était en revanche d'une efficacité stupéfiante. Seulement c'était sans doute lié au fait que notre interlocutrice était très forte, que c'était le vecteur qu'elle s'était choisi, mais que rien qu'en nous observant quelques minutes et en nous écoutant parler, même sans cette grille de lecture elle nous aurait stupéfiés.

Du coup en lisant quelque part, peut-être dans une salle d'attente médicale, que les preuves contre la mère du petit assassiné étaient des collègues qui l'avait vue poster une lettre et par ailleurs des analyses graphologiques, je m'étais dit que c'était quand même léger pour accuser une mère du pire des crimes possible.

C'est alors qu'il y avait eu la lettre de Duras, publié dans Libé.

Et soudain, ce qui était resté pour moi un fait divers terriblement triste avec un épisode de western rajouté et une probable erreur judiciaire très très moche en cours, devenait autre chose. 

De Duras, j'avais lu "L'amant" sans trop apprécier ni comprendre mais en comprenant que je comprendrais sans doute plus tard et que j'étais trop jeune pour apprécier. D'ailleurs j'avais une admiration induite, ce qui prouvait que j'étais admirative de la qualité d'écriture. Ce que j'avais pu savoir ici ou là de la vie de cette dame m'avait plutôt impressionnée. 
Et puis soudain ce document, ce texte qu'elle commet. Et de m'être dit, Mais ça va pas la tête, hé, madame, vous parlez de vrais gens, là, pas de personnages, de vrais gens avec un drame et un enfant mort dans une tombe dans un cimetière.

À un moment je me suis demandée si ça n'était pas fait exprès pour que les assassins ne commettent en réaction une erreur - j'avais toujours une impression de collectif, et après sa mort m'étais dit que Bernard Laroche disait sans doute vrai quand il affirmait n'avoir pas tué le petit, mais qu'il pouvait être le ravisseur, et d'autres après, voulant planquer le gosse le temps d'effrayer les parents avaient raté leur coup, étaient allés trop loin, ou que le môme trop malin les avait reconnus, bref que ça avait dérapé -.

Je crois me rappeler, faux souvenir recomposé ou vrai souvenir ?, que dans le même journal du même jour un papier beaucoup plus calme (et peut-être de Denis Robert) faisait la part des choses et évitait de crier au loup avec la meute en accusant la mère.

Le souvenir de l'époque c'est d'en entendre parler cette fois par tout le monde partout. Et que la culpabilité de Christine Villemin semble acquise. Que les gens sont horrifiés tout en la plaignant. Que ça discute sévère de savoir si sa libération était justifiée ou non. J'ai le souvenir de défendre plus d'une fois le bénéfice du doute. Que c'est une horreur supérieure de l'inculper si elle n'y est pour rien que de la laisser en liberté si elle y est pour quelque chose. Mais personne ne m'écoute tout le monde veut un ou une coupable, une théorie.

Je me souviens de m'être demandée si je vivrais assez vieille pour connaître un jour le fin mot de l'histoire. 

 Ce que le livre de Denis Robert m'apprend car j'ai l'impression que nous n'en savions rien c'est que le fameux corbeau procédait aussi par appels téléphoniques et que Christine Villemin à un moment fut en grève de la faim.



Les années suivantes 

Notre vie avance, toujours très remplie ; peu de temps pour suivre la suite de la suite des suites.
Je me souviens néanmoins de m'être réjouie de la libération du dessaisissement du juge incompétent, de la libération du père du petit et plus tard du fait que la mère ait eu un non lieu et ce père un jugement aussi équitable que possible : une peine de prison ferme parce qu'il avait tué et que sauf en cas de guerre, ces autorisations à chacun de virer serial killer, on n'a pas le droit, mais qui lui permettait de sortir rapidement compte tenu des mois de préventive. Je me souviens que ça n'était pour moi pas une surprise que le procès de Jean-Marie Villemin n'ait pas permis à la vérité de se faire jour.

Ce que le livre de Denis Robert m'a permis de piger, ce sont les enjeux financiers, des sommes d'argent importantes mais qui pour l'essentiel sont allées dans les poches des avocats ou dans la famille du meurtrier potentiel mais qui lui-même assassiné était ensuite passé victime. Qu'au fond c'était peut-être ça le pire tout le business autour de l'affaire, l'énormité des sommes d'argent, de ce que les journaux étaient prêts à débourser pour des photos rapaces en exclusivité, de ce que les avocats touchaient.

2017 et ensuite 

C'était pour moi une année difficile, avec un deuil majeur et tout ce qui s'ensuit, mais les nouveaux rebondissements de l'affaire donnaient l'impression que quelque chose en sortirait enfin. Quand j'ai entendu (au radio réveil, je crois, un matin) que le juge Lambert s'était suicidé j'ai cru qu'il avait enfin eu un éclair de lucidité et que c'était par accablement d'avoir mesuré le mal qu'il avait fait. 

Le livre de Denis Robert nous apprend qu'au contraire, il a laissé des lettres pour défendre envers et contre tout que c'était la mère qui fut infanticide, comme si le fait que lui se donne la mort allait prouver qu'il avait raison. Ça n'a pas loupé : résurgence des théories de type C'est elle la coupable sur les réseaux sociaux.

Je crois que les dispositifs décisionnaires dans le droit français ont depuis évolué, il y aura également eu l'affaire d'Outreau pour montrer que trop de pouvoir à une seule personne pouvait conduire à des erreurs judiciaires dramatiques, seulement pour tous les protagonistes de l'affaire Gregory, c'était trop tard. Même si la justice avait retrouvé un semblant de niveau respectueux de par le travail de Maurice Simon le président de la cour d'appel de Dijon. Seulement voilà tant de pièces à conviction ou d'étapes de la procédure dans les premiers temps avaient été rendues inexploitable que c'était un peu tard. 

 Il n'en demeure pas moins que ce qui au tout début à l'époque m'avait paru comme un fait divers comme hélas tant d'autres, a fini par devenir vraiment une affaire emblématique de l'état de fonctionnement du pays. 

Après lecture du livre, je me pose encore des questions qui m'étaient venues à l'esprit à l'époque : pourquoi ont-ils toujours pensé à un enlèvement en voiture ? Quelqu'un pouvait être passé à vélo ou à pied et que l'enfant connaissait, qu'il aurait suivi sans se méfier. Et qu'une voiture ensuite ait servi au transport mais plus loin ? D'où était venue la binarité : si ça n'était pas Laroche c'était la mère du petit l'assassin, alors qu'il y avait tant et tant de possibilités ? Pourquoi n'a-t-il apparemment pas été envisagé que l'enfant ait quitté seul l'avant de la maison et que ce soit ultérieurement parce que quelqu'un qui en voulait aux parents l'ait vu seul un peu plus loin que le passage à l'acte de tenter de mettre à terre le père en frappant le fils ait eu lieu ? Pourquoi le cachet de la poste de la fameuse lettre qui annonçait le crime semblait-il à l'avance n'a-t-il jamais été remis en question ? Et si l'heure figurant sur celui-ci ou le jour n'étaient pas les bons ?

Il est frappant également de constater combien l'exact même drame survenant de nos jours aurait peu de chance de rester irrésolu : il y aurait des téléphones portables bornant ici ou là, des photos d'amateurs révélant parfois par hasard la présence de telle personne ou de tel véhicule ici ou là à un instant donné. Peut-être qu'avec l'internet les gens même du même endroit vivraient moins dans leur jus et seraient moins à même de ruminer leurs rancœurs. 
Il y aurait eu des traces ADN exploitables et les enregistrements vocaux le seraient également. Le ou les corbeaux auraient utilisé les mails ou les réseaux pour envoyer leur venin et l'on aurait pu identifier leur adresse IP.

Je me demande si un jour viendra où cette affaire sera élucidée, peut-être par le biais d'une confession posthume laissée par écrit puis retrouvée. 

 

(1) Il faudrait que je me replonge dans mes diarii de l'époque, peut-être que j'y découvrirai qu'elle m'avait fait beaucoup penser.
(2) "J'ai tué le fils du chef" chez Hugo Doc paru en février 2018
(3) J'avais deux fois fait job d'été en agence bancaire 

doc :
un bref résumé video via Le Monde pas trop simplificateur ici
une chronologie de l'affaire, via l'Est Républicain
un entretien de Denis Robert pour Public Sénat
un entretien de Patricia Tourancheau et Denis Robert pour Telerama
le plus récent développement au moment d'écriture de ce billet : Le conseil constitutionnel saisi (article du Monde)