Une tellement tout autre époque


    Ce n'est pas de la nostalgie mais chez moi une stupéfaction perpétuelle de mesurer à quel point les temps ont changé du moins les temps de nos pratiques matérielles. 
Je suis heureuse en cela d'être de ma génération : ayant connu l'avant, j'ai pu goûter un monde moins frénétique, où l'on pouvait prendre son temps (ce qui convient mieux à mes capacités physiques et à ma façon d'aborder la vie, je n'aime pas la hâte en dehors des moments où elle est le but du truc (par exemple lors de compétitions sportives de vitesse)), ayant connu la période de mutation, j'ai pu goûter à l'entre-soi généreux des pionniers (1), et je profite à fond des avantages actuels des moyens efficaces de connexion.

Alors ce billet de Marc Zaffran / Martin Winckler me parle totalement. 

J'y ajouterai ce qui paraît dingue vu d'aujourd'hui : que je me souviens d'un temps au mitan des années 80 du siècle précédent où dans une équipe de 5 à 6 informaticiens d'un service central d'une grande banque française on se partageait 3 ordinateurs, auxquels on accédait à tour de rôle pour y taper les programmes que l'on avait au préalable écrits à la mano sur nos blocs notes, puis les compiler, puis une fois toutes les erreurs de compils résolues, les lancer - généralement de nuit tant il fallait de temps pour que ça tourne -, puis récupérer les résultats, généralement sous forme de longs listings à bords troués, que sortaient de rares imprimantes à aiguilles. C'était du temps des modems (avant même ceux-là), quand les disquettes 5 pouces 1/2 étaient des summuns de modernité. À l'époque ça ne choquait personne que le temps de travail englobe celui de causer avec des collègues en attendant son tour à l'ordi. Il y avait un stress spécifique qui lui a disparu : celui de prendre 24h dans la vue lorsqu'un programme ne donnait pas le résultat escompté et qu'il fallait attendre la nuit suivante pour que modifications faites, il puisse tourner.

Dans la même soirée, via une publication d'Arte, je suis tombée sur une vidéo d'un tube de Tears for fears que je n'avais jamais vue, car durant l'essentiel des années 80 je n'avais pas la télé (ni temps à loisirs, ni argent à dépenser dans du non-indispensable) et m'a frappé combien c'était un tout autre monde, si peu automatisé, et où les appels téléphoniques se passaient dans des cabines.

Stupéfaction renouvelée qu'en si peu de temps ressenti, tant de temps soit passé, tant de choses aient changé.

  

 

(1) Oui à un moment de l'internet un message "ce contenu n'est pas accessible de votre région" eût été inconcevable à moins de vivre dans certaines dictatures.


Cahier du jour, couvre-feu 4 jour 59 - déconfinement 2 jour 16 - déconfinement 2 étape 1 jour 16 : un bel arc-en-ciel et une douce conversation

(martedi)

 
 
Partir au boulot avec le vélo jaune
Journée de boulot où j'ai passé pas mal de temps sur un cas précis et de ce fait ensuite quite tough (les tickets non appelés pendant la résolution de celui-ci, s'accumulaient)
Un déjeuner (Thaï Box) au 4ème en écoutant une de mes collègues me raconter, non sans humour, son non-divorce.
Partir à 18:15 pour 18:00 mais moyennant un trajet Ligne 4 + RER B + Ligne 14 être à la maison à 19:05
Recevoir un bel arc en ciel double envoyé par Le Fiston (photo prise de la terrasse de la coloc')
Première chose en rentrant : faire la séance Tabata de la veille
Faire les choses utiles (douche, dîner), regarder Tout le sport
Téléphoner longuement à ma sœur, nous devrions prendre le temps de le faire plus souvent. Hélas, en général nos journées de boulot nous laissent KO et les week-ends sont remplis de choses à faire et de récupération indispensable pour tenir la semaine d'après.
Enfin, les petites écritures quotidiennes, en regardant Rai Storia, vers minuit
 
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La montre s'est déclenchée tardivement après m'avoir fait peur en affichant un long moment un écran noir. En fait trajet de 11 à 12 km comme à l'ordinaire. Avec un embouteillage vers l'Élysée où des agents de police œuvraient à la circulation en tenue d'apparat (d'où l'embouteillage), et dont j'ai appris seulement tard le soir qu'il provenait selon toutes probabilité d'un sommet européens entre autres au sujet des vaccins (et des brevets éventuellement levés ?).

Capture d’écran 2021-05-18 à 21.33.41
TTL 233 - TLT 5
DD 171/00
Covid_19 ressenti : 462 jours 
 
updated: May 18, 2021, 22:46 GMT
164,861,843 cas dont 3,417,177 morts et 143,699,818 guéris
 
USA : +24,952 nouveaux cas ; 601,279 morts depuis le début ; +681 morts ce jour ; soit 1807 morts / 1 M d'habitants
France :+ 17 210 nouveaux cas ; 108,040 morts depuis le début ; +198 morts ce jour ; soit 1,652 morts / 1 M d'habitants 
Italie : + 4 452 nouveaux cas ; 124,497 morts depuis le début ; +201 morts ce jour ; soit 2,062 morts / 1 M d'habitants
Belgique : +972 nouveaux cas ; 24,723 morts depuis le début ; +14 morts ce jour ; soit 2,125 morts / 1 M d'habitants
Inde : +267,174 nouveaux cas ; 283,276 morts depuis le début ; +4,525 morts ce jour ; soit 204 morts / 1 M d'habitants 
Japan : +3,680 nouveaux cas ; 11,591 morts depuis le début ; +83 morts ce jour ; soit 92 morts / 1 M d'habitants

Les États Unis ont franchi la barre symbolique s'il en est des 600 000 décès. Même si compte tenu de leur immensité, ça ne fait que ("que" ? comment est-on devenu capable de raisonner en ces termes ?) 1807 morts / 1 M d'habitants, ça reste quelque chose de terrible (je cherche le mot juste, sans le trouver)
Au Japon, hostilité des habitants devant la perspective d'accueillir très bientôt les J.O. : trop de cas encore, et un faible pourcentage de la population seulement est pour l'instant vaccinée. Il faut dire que relativement épargnés jusqu'à présent, ils se conçoit qu'ils ne tiennent pas à accueillir le risque d'une maladie qui peut être mortelle.
 
 
 
 

40 ans, c'est sidérant.


    J'ai passé la journée à me dire, mais comment ça, quarante ans ?! 

À un moment j'ai même recompté sur mes doigts, tellement je n'y croyais pas, que ça fasse tant que ça.


Le 10 mai 81, je m'en souviens fort bien. À six mois près je ne votais pas, c'était enrageant. Je fais et faisais déjà partie du petit peuple de gauche, et ça a été un espoir fort cette élection, une liesse. Et au début on y avait cru : les 39 heures, la retraite à 60 ans. On ne demandait pas de rien foutre, mais on voulait tant que notre travail, et par là nos vies soient enfin respectées.
Mais très vite l'économie a repris le dessus et au bout du compte les années 80 furent encore plus des années fric pour les riches que celles qui avaient précédées.
Je me souviens que je passais le bac et que les bruits, même lointains - dans la cité pavillonnaire de grande banlieue les gens se réjouissaient paisiblement chez eux, ou car nombreux étaient ceux tenus par un solide syndrome du larbin et qui s'effaraient de la méchante gauche au pouvoir, se désolaient dans leur coin -, de fêtes m'inquiétaient un peu. Et s'ils m'empêchaient de dormir, juste avant les examens ?
Du fait du baccalauréat à passer, et qu'on n'allait pas à Paris si facilement que ça, je n'ai pu participer à aucun mouvement de célébration. Mais, même si j'étais plus circonspecte que bien des adultes, comme si c'était moi la détentrice de l'expérience qui rend méfiante, ça me laissait croire à un avenir plus ouvert, un respect du travail auquel un jour j'accéderai. 

Il y avait un truc indubitable : il n'y avait aucun doute que cet homme avait la stature pour la fonction, qu'il était un casting parfait pour cet emploi. Comme Jean Paul II pour faire pape ou Élizabeth II pour faire reine d'Angleterre ou plus tard Angela Merkel pour faire chancelière fédérale ou Kennedy ou Barack Obama pour président des États-Unis, c'est pas forcément qu'on soit d'accord avec leurs décisions, leurs prises de positions, leurs choix, mais n'empêche, le rôle leur va.
Je l'ai toujours vu en prince florentin, qui aurait pu lui-même écrire "Le prince" ou dans un autre registre, "L'art de la guerre", ai toujours été consciente d'un côté sombre, lequel convenait à la fonction (quelqu'un comme moi, au pouvoir même d'une petite association serait une catastrophe) ; mais je lui faisais confiance pour ne pas faire de mal au pays et ses successeurs me l'ont fait admirer. 

Quarante ans, ce moment où on a eu le fol espoir que même les petits métiers permettraient désormais aux gens de vivre décemment de leur gagne-pain. 

 

PS : Il y a dix ans (!?!) j'avais trouvé le temps de me replonger dans mes diarii d'antan et d'en retirer ce qui persistait : 

Dimanche 10 mai 1981, journée studieuse et électorale
Lundi 11 mai 1981, Mitterand président (sic)
10 mai 1981, les jours d'après

 


Chroniques du confinement jour 47 : grosse journée de boulot

 

    Journée de sport et qui commence par une bonne petite satisfaction : le 7 mn/km de moyenne sur le short legal morning run. C'est très lent, je le sais. Seulement pour moi c'est déjà bien. L'objectif sera d'être bientôt capable de courir 10 km à cette vitesse. Avant que d'être trop âgée j'aimerais atteindre le 6 mn/km qui me permettrait de les courir en 1h tout rond. J'ai les jambes, c'est le cœur qui galope trop vite. 

Et qui fini par une bonne petite satisfaction aussi : la séance de Tabata passe crème. Deux des exercices sont similaires à ceux du défi quotidien (abdos - squats - pompes) alors c'est sans doute ça. 

Entre les deux je n'ai quasiment fait que travailler, une fois passée les petites écritures du quotidien, et un peu de lecture chez les ami·e·s, dont ce billet chez Guillaume Vissac, fort bien vu, concernant le mois dernier (sans surprise : ça ne s'est pas franchement arrangé depuis). Le temps s'y prêtait : beau, pas trop venteux, pas chaud au point d'être tentée de sortir la chaise-longue pour lire au jardin. Alors j'ai attaqué la tâche rude du tri et rangement de la cabane à outils.

Le temps doit être clément car il convient de sortir un nombre certains de cartons et autres objets lourds et les laisser dehors le temps de ranger ce qui est dans et sur les deux établis (celui d'ici, celui de Taverny). Car oui, j'ai une cabane à outils avec ceux établis (on dirait le début d'une chanson).

Une fois lancée il y a des points d'arrêts possibles et d'autres états intermédiaires où il est fortement déconseillé de laisser les choses en plan. Alors histoire de bien dépoter une première partie, j'ai bossé jusqu'à 18h, sauf le temps du déjeuner, que JF après avoir fait les courses (ce qui en cette époque qui craint est une mission) avait assuré : des merguez et de la semoule. 

Cela dit : j'ai bien oublié le reste du monde, pensé à mon père avec une certaine tendresse - sa méticulosité et sa logique dans la façon de disposer les choses - et bien maudit le voisin voleur qui s'était servi dans ce qui était le plus usuel. Heureusement il a dû trouver trop vieux les magnifiques outils de mon grand-père et ceux-là sont, me semble-t-il, pour la plupart, restés. Bon d'accord, ils sont rouillés.

J'ai même retrouvé des masques (de bricolage). Que je n'ai pas eu le cœur de jeter même s'ils sont inutilisables. C'était mon père qui les avait customisés à sa bonne taille.

Il y avait aussi un plan de la maison qu'il avait lui-même dessiné. 

Après il a fallu remettre en place les différents cartons, outils et objets que j'avais sortis pour ranger. Et me reposer un petit peu pour pouvoir attaquer le Tabata. 

Soirée avalée par une recherche de musique pour m'ôter Le bal des Laze de la tête, suis passée par Tubular bells, un peu du groupe de Luke Oldfield. Et de liens en liens, je me suis retrouvée à regarder un documentaire joyeux et plein d'énergie sur The Undertones, tandis qu'une lessive de blanc que j'avais lancée avec entre autre des tissus retrouvés, tournait. 

Ne restait plus qu'à bloguer et jeter un coup d'œil aux infos italiennes ; par les temps qui courent trop se déconnecter n'est pas bon non plus. Les choses peuvent très vite déraper encore plus qu'elles ne l'ont fait et mieux vaut savoir à quoi s'attendre. 

En France bon nombre de parents et d'enseignants ne veulent pas reprendre le 11 mai, dans des conditions qui semblent en pratiques irréalisables. Les parents ont peur pour la santé de leurs enfants. Du moins les parents censés. D'autres n'en peuvent plus de supporter leurs propres mômes H24 et n'ont qu'une envie de les confier à d'autres le temps des journées. Ça promet mal.

Phénomène prévisible : pas mal de personnes semblent considérer que allez hop le 11 mai c'est fiesta et on reprendra la vie où elle en était comme elle l'était. Ça va être chaud de faire comprendre que non. La suite de l'épidémie risque d'être dévastatrice. En avoir marre d'être confinés n'est pas une bonne raison de se déconfiner. 

 

 

Lien vers le site de la santé publique en France 
Liens vers des statistiques :

Wordometer covid-19 coronavirus pandemic (depuis quelques temps le plus complet, entre autre parce qu'il indique le nombre de tests ; un pays comme la France qui teste jusqu'à présent très peu a forcément moins de cas officiels que de cas réels)
Official Data from The World Health Organization via safetydectetives.com
Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE
3 462 897 cas (dont : 243 569 morts (66 819 aux USA) et 1 104 723 guéris) 


Les photos de sport d'il y a un ou deux ans paraissent surréalistes

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Même si les autorités nous concèdent, pour l'instant encore, un droit léger à la course à pied avec dans l'autorisation dérogatoire de déplacement cette case à cocher : 

⊠ Déplacements brefs, dans la limite d'une heure quotidienne et dans un rayon maximal d'un kilomètre autour du domicile, liés soit à l'activité physique individuelle des personnes, à l'exclusion de toute pratique sportive collective et de toute proximité avec d'autres personnes, soit à la promenade avec les seules personnes regroupées dans un même domicile, soit aux besoins des animaux de compagnie.

ç'en est fini pour un bon moment de la natation, du vélo et des vrais entraînement de course à pied.

Lorsque je tombe, à l'occasion d'un ménage urgent sur mon disque dur où je dois accueillir une nouvelle appli afin de retrouver en ligne mes ami·e·s, sur des images de courses passées, en pleine ville, alors sans se douter que ça puisse être menacé par autre chose que mes propres capacités physiques que des effets d'âges ou de maladie pourraient venir entamer, j'ai donc un mouvement d'étonnement, le cœur un peu serré, avec une dominante de stupéfaction et d'impression d'un autre temps.

Voici donc une image du dimanche 18 mars 2018, prise par quelqu'un de mon club, lors des 10 km de Clichy et courus sans avoir l'impression de rien d'extraordinaire. 
Désormais une course groupée en ville est un mirage. 
Et d'accord, on peut courir 10 km en moins d'une heure en tournant à moins d'1 km de chez soi, mais avouez que ça devient limite, pas forcément dans l'esprit du confinement, et bien un peu compliqué. 

(Nous ne sommes plus en quarantaine et il nous est possible de faire en 20 à 25 minutes (je cours lentement) un mini-circuit de 3,44 ou 3,46 km en passant par un chemin arrière voisin rarement fréquenté, surtout à 8h du matin, c'est un peu un grand max', du moins à l'heure actuelle)

PS : Un lien fort utile vers la carte de la zone de sortie à 1 km (et le formulaire officiel tel qu'il est encore aujourd'hui)
PS', au lecteur du futur : ceci n'est pas un poisson d'avril, en 2020 lors de l'épidémie de Covid-19 nous eûmes bien des autorisations dérogatoires de sortie à remplir pour certains cas précis (travail pour qui continuait de devoir y aller, courses pour les choses indispensables, rendez-vous médicaux, garde partagée d'éventuels enfants etc.) dont nous devions nous munir pendant la période de confinement lors de chaque sortie. Les forces de l'ordre pouvaient contrôler, et de fortes amendes être réclamées (135 € puis 200 €, et bien davantage en cas de récidives, à l'heure où j'écris ce billet). Il y eut même des abus. L'ami Éric D. s'efforça même de les recenser.  

 


La catastrophe du Vajont

 

    Il me semble que j'avais déjà suivi le thread qu'en avait fait Valerio Motta à l'été 2018 mais que peut-être je n'avais pas la bonne connexion internet et pas vu ou pas jusqu'au bout, l'étonnante reconstitution en scène par Marco Paolini (langue : italien).

Mais voilà, aujourd'hui j'avais fait un petit entraînement le matin, je comptais faire une sieste rapide, répondre à des annonces d'emploi, préparer mon émission de mercredi et puis voilà qu'en recommençant à suivre l'actualité d'Italie, autant dire la progression du #Covid_19 , j'ai vu ses touites sur les mesures de confinement et la fin anticipée du carnaval de Venise (cf. billet précédent) et partant de là, je suis remontée vers son thread, toujours épinglé, sur la catastrophe du Vajont.

Elle remonte au 9 octobre 1963 mais les tenants et les aboutissants de l'affaire initiale : la construction d'un barrage malgré des objections - entre autre de la part de géologues -, ressemblent à tant de choses qui se passent de nos jours : affairisme de certains, jeux de pouvoir, museler les opposants, mépris des petites gens et de leur vie même, lanceurs (ou ici en l'occurrence lanceuse) d'alerte accusés de #FakeNews (1). Puis la catastrophe arrive, imparable. 

Ce qui se passe en fait en ce moment à l'échelle du monde. 

La mauvaise foi qui perdura de la part des plus officiels médias a une allure hélas très moderne. Ainsi comme le barrage n'a pas cédé (point particulièrement fascinant) mais que c'est techniquement un immense glissement de terrain qui a provoqué le passage d'un tsunami dans la vallée - puisque les terres et roches avaient pris place dans le lac artificiel, l'eau devait bien aller quelque part -, ils trouvèrent moyen, du moins dans un premier temps, de parler d'une catastrophe naturelle. 

J'ai donc lu et relu le thread avec intérêt puis suis tombée dans la reconstitution. Happée. J'en ai oublié mon intention de vraie sieste, tout ce que j'avais à faire et même le dîner. 

Au delà de cette tragédie précise, il y a là quelque chose à creuser. Si l'on pouvait ainsi narrer toutes les sombres histoires menant à des catastrophes, ça marcherait mieux d'avertir les gens. 
Cet événement de scène fut donné en 1997 sur les lieux mêmes, peut-être que parmi le public se trouvaient des survivants, ou de leurs descendants. C'est impressionnant aussi de voir le double passage du temps : déjà important entre la catastrophe et l'époque de la mise sur scène, et à nouveau importante entre cet exploit et maintenant. Marco Paolini, depuis n'a pas chômé.

Liens vers le thread de Valerio Motta : 

épisode 1 : la vallée
épisode 2 : le chantier du barrage et un drame voisin
épisode 3 : Autour du futur barrage, l'inquiétude grandit
épisode 4 : Pendant que l'eau s'élève
épisode 5 : L'eau monte, la montagne tremble
épisode 6 : Les dernières heures de Longarone

Quelques documentaires traînent sur Youtube : 

Scena del disastro di Vajont
Longarone : Vajont dam disaster
Diga del Vajont

 

(1) Un des points de l'histoire qu'on croirait d'aujourd'hui est que la seule journaliste suffisamment indépendante, Tina Merlin, soutenue par son journal et courageuse pour écrire des articles qui disaient la vérité fut en procès de la part des constructeurs du barrage sous l'accusation de répandre des rumeurs. Or entre-temps un premier glissement de terrain avait vraiment eu lieu, tel qu'elle en indiquait le danger dans l'article incriminé. L'accusation s'était effondrée. 


Un très ancien passé

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Pour cause de recherche d'emploi, me voici retournée dans une ville de mon très lointain passé : j'ai grandi tout près mes premières années, c'était la grande ville voisine où ma mère et moi allions en voiture lorsque mon père ne la prenait pas (une Aronde) pour aller à son travail à l'usine qui à l'époque était Simca. 

J'y suis très peu retournée depuis, dont une fois en 2006 mais alors en état de choc, sous l'effet d'une rupture d'amitié subie pour moi incompréhensible. J'y étais allée pour une consultation médicale, laquelle m'avait bien aidée même si sur le moment je me sentais plus désemparée que jamais. Je me souviens d'avoir téléphoné à une amie qui m'avait aidée à reprendre mon souffle, puis d'être allée achever de reprendre mes esprits à l'abbatiale, dont je me souvenais. Puis j'avais repris le train (ou le RER). Autant dire que je n'avais pas vraiment revu la ville, si ce n'est l'usine au loin par la fenêtre du cabinet médical.

J'avais également retraversée la ville lors de différents trajets et j'avais déjà remarqué que je me souvenais des axes de circulation, que je n'y avais pas perdu l'orientation.

Cette fois-ci comme j'étais un peu à l'avance et que malgré le froid, après l'entretien également, j'ai souhaité revoir la ville, j'ai davantage redécouvert de lieux. Il y a beaucoup plus d'habitations, d'anciennes bâtisses ont disparu. Le centre ville a conservé une bonne partie de lui-même, une foule de petits souvenirs sont venus me rejoindre, la poste, la mairie, un square (où sans doute je faisais du toboggan), certains immeubles bas, neufs alors, vieux maintenant, où nous passions ou dans les boutiques de rez-de-chaussée desquels nous faisions quelques emplettes (1). Je me suis souvenue de la boulangerie dans laquelle, comme une récompense, ma mère s'achetait un gâteau et pour moi un pain au chocolat. C'était un grand luxe, ressenti comme tel, et j'avais compris qu'il valait mieux ne pas, sous peine de tempête conjugale, en parler à Papa. 

Pendant pas mal d'années, plus tard, nous repassions par là : un usage de l'usine permettait aux veilles de ponts ou week-end prolongés, de bénéficier "gratuitement" d'une demi-journée de congé sous réserve qu'un hiérarchique accord un "bon de sortie". Alors ma mère, de Taverny où nous habitions alors, nous emmenait ma sœur et moi jusqu'à l'usine d'où mon père sortait et qui prenait le volant jusqu'à Normandie ou Bretagne où nous allions retrouver la famille. Treffpunkt Poissy. 
Cette ville avait pour moi une aura de l'anticipation des retrouvailles avec mes cousins - cousines (2).

Enfin j'ai un souvenir vif d'une "opération portes ouvertes" alors que je devais avoir une dizaine ou douzaine d'années : nous avions pu enfin, nous les petites familles, visiter l'usine, une belle et instructive visite guidée. M'en était resté une indulgence infinie pour mon père - comme une prison mais tu n'as rien fait de mal -, et des impressions fracassantes : le bruit assourdissant des presses et l'odeur suffocante de l'atelier peinture, pourtant délicieusement spectaculaire (des carcasses de voitures avançaient dans une cuve et en ressortaient toutes teintes ; aux êtres humains les finissions). Je me souvenais d'un bâtiment en brique tandis que tous les autres étaient des hangars métalliques.

En repartant, via le RER A, je l'ai entrevu, ainsi que l'ensemble de l'usine, son impressionnante étendue, et le château d'eau si particulier qui la rendait repérable de loin. Songé avec émotion aux années de souffrance de mon père, qui était parvenu à force de travail à s'extraire des ateliers, mais cependant y se faisait violence de s'y tenir, d'y aller. Fullsizeoutput_19b4 

Être amenée à travailler dans cette ville, dans un métier que j'aime, alors que je m'approche de la fin de ma vie professionnelle, aurait pour moi un sens. Quelque chose qui dirait que le sacrifice de mon père d'avoir enfermé ses meilleures années, n'aurait pas été vain.

 

 

(1) Un supermarché, un des premiers en France venait de s'ouvrir en bas de la colline à Chambourcy mais nous y allions, me semblait-il, avec circonspection. Ma mère (et de fait moi) fréquentait encore majoritairement des boutiques où l'on entrait et où l'on demandait ce qu'il nous fallait sans toucher à rien qu'on ne nous ait donné parce que nous l'avions payé. En tant que petite fille que mettaient terriblement mal à l'aise les amabilités forcées des grands, inutile de dire que ma préférence allait tout droit au supermarché, en plus que c'était comme un tour de manège d'être perchée dans le chariot.  

(2) Curieusement, un de mes cousins m'a téléphoné alors que j'étais en chemin, comme s'il maintenait ainsi une vieille tradition. 

 


La tour Ariane, une bibli, une voix amie


    J'ignore pourquoi mais soudain me revient, datant de janvier 2003, le souvenir d'un midi d'une journée de travail.

Je bossais alors à l'"Usine" (une grande banque de la place), Tour Ariane. J'y étais depuis septembre 2001 dans un service consacré aux clients entreprises, le côté informatique, fichiers et statistiques de la force. Longtemps j'avais exercé le même type de métier mais pour un des services de Ressources Humaines et sis les derniers temps dans des bâtiments de peu d'étages dans le quartier de l'Opéra (Garnier). Pile en septembre 2001 j'étais venue me laisser percher dans une tour de La Défense. Il y a des gens comme ça qui ont le sens du timing. Les collègues (ceux que je quittais, ceux que je rejoignais) se gaussaient. 

En janvier 2003, j'avais pris mes marques depuis un moment. Le travail n'était pas affriolant - en quelques années dans les services de ce type, nous étions passés de grands projets sur lesquels nous pouvions techniquement apprendre et chercher et trouver à des tâches répétitives de statistiques, dispositifs ou fichiers à fournir vite sans avoir le temps de réfléchir, d'améliorer -. Ce qui me consolait était de bosser sous Unix, et que par ailleurs l'équipe à laquelle j'appartenais était composée de gens bien.

Une de mes amies venait de publier un livre, ça n'était pas le premier, écrire était son métier. Son livre d'ailleurs allait faire partie des facteurs de contamination vers l'écriture. À ce moment-là je le ressentais sans savoir encore me le formuler. 

Et ce midi-là, elle passait à la radio (1). Alors j'avais un peu décalé mon heure de déjeuner, lorsqu'il n'y avait pas d'urgence nous avions cette liberté, zappé la cantine, pris un sandwich quelque part, vite avalé et j'avais filé munie sans doute d'un walkman (2) à la bibliothèque. 

En ce temps-là les grosses entreprises avaient des comités d'entreprises qui investissaient dans le collectif, existaient encore ciné-club, groupe théâtral, groupe sportif ; n'existait déjà plus une coopérative qui permettait de caler des achats de vie courante juste après la cantine et dont j'avais amèrement regretté la disparition.

La bibliothèque dans la Tour Ariane présentait la particularité d'être immense. En effet des règles ordonnaient de limiter le poids sur plancher. Les livres étant très lourds par rapport à leur taille, il avait fallu répartir et de ce fait les étagères étaient comme perdues au sein d'un vaste espace. Comme pour tout le reste c'était économie maximale et entassement des meubles et des gens, le contraste était saisissant. Et très agréable lorsqu'on y passait un moment. 

Je me souviens d'avoir approché une chaise près de la baie vitrée côté Paris, là où l'on voyait la Tour Eiffel veiller sur la ville et d'écouter la voix amie. Le ciel était beau, contrasté, légèrement tourmenté, pas du gris uni comme souvent à Paris. Ça allait bien avec l'ambiance du livre dont il était question. En ce moment précis, le temps d'une émission, j'ai été heureuse. Les tourments étaient nommés. Tout semblait [par ailleurs] harmonieux.

Je n'ai plus le souvenir de nos échanges consécutifs (par SMS ? par mail ? par une lettre en papier ? (3)) ; ni non plus celui de mon apparence d'alors aussi bien générale (portais-je les cheveux courts ? longs ?) que ce jour-là en vêtements (sans doute sagement corporate, ne relevant pas d'un vrai goût personnel). C'était il y a dix-sept ans. Et la force de cette mémoire de l'instant m'impressionne rudement.  

 

(1) France Inter ou France Culture 

(2) Les téléphones portables à l'époque ne servaient qu'à téléphoner. Même pas à prendre des photos. 

(3) Je suis seulement certaine de n'avoir pas téléphoné car la bibliothèque n'était pas un lieu pour le faire et qu'ensuite j'étais directement remonté travailler sans passer par un moment sur le parvis à respirer l'air du dehors. Et le soir après le travail, je cavalais pour retrouver mes enfants, toujours trop tôt pour mon employeur, toujours trop tard pour eux.


Du travail l'ancienne organisation

    

    La remarque d'une amie ce matin sur Twitter qui avait tenté de déposer directement un courrier dans une administration et c'était vue répondre que les courriers il fallait les poster, m'a remis en mémoire l'organisation ancienne du travail telle qu'elle existait encore dans les grandes entreprises au cours des années 80 du siècle passé.

Attention, je ne prétends pas que "C'était mieux avant", car énormément de paramètres ont évolué, et qu'il y avait beaucoup de petits boulots dans lesquels les gens perdaient leur vie à la gagner.

Deux choses à mes yeux étaient mieux :
 -- on n'était pas en sous-effectifs permanents, si la charge de travail était telle qu'il fallait une personne de plus, on la recrutait. Quitte à ce qu'il y ait des périodes creuses (1). Elles étaient généralement consacrées à des taches de fonds que plus personne ne semble prendre en charge nulle part. 
 -- un SMIC permettait de vivre décemment. Une vie modeste à mesurer chaque dépense, certes, mais qui avait un travail à temps plein, se fixait un budget pour les dépenses courantes et le respectait, s'en sortait.

 

Une fois posées ces précisions, voilà ce qui a changé, du moins en grandes entreprises, de plus flagrant : 

Tout le monde n'avait pas un ordinateur sur son bureau. Même dans un service spécialisé en informatique il y avait d'un côté les bureaux (meuble) individuels dans des bureaux (pièces) partagés à 4 ou 5 personnes ; de l'autre des emplacements avec les ordinateurs. Dans le bureau (pièce) lui-même s'il était vaste ou dans un local séparé. On préparait nos programmes au crayon sur des blocs notes on les saisissait au clavier ; on lançait des compils, on corrigeait les erreurs de syntaxes et puis un jour on parvenait à un résultat propre alors on lançait le programme pour de bon, en général la nuit en batch. Et le matin on arrivait le cœur battant pour savoir via de gros listings si le traitement avait bien tourné et quels résultats il avait donné.

Certains hiérarchiques (de vieux messieurs proches de la retraite - oups ! des types de mon âge de maintenant qui pourtant n'en suis pas si près) n'avaient jamais touché un ordi de leur vie, ni même une machine à écrire. Et on respectait leur ferme intention de s'y tenir. 

Il y avait des pools de secrétaires qui s'occupaient de la saisie, de la rédaction, de l'organisation du travail de ces messieurs, photocopies et préparations de correspondances - à l'époque uniquement papier, les messageries électroniques ne faisaient leur timide apparition que dans les interfaces techniques d'exploitation -. Seuls les cadres très supérieurs avaient une secrétaire dédiée. Sinon il y avait par exemple trois secrétaires pour un service de 20 à 25 personnes. Quand sont apparus les premiers traitements de texte sur ordi, les jeunes cadres dont je faisais partie n'ont quasiment plus eu recours aux services des secrétaires. Peu à peu, au début pour faire face à telle ou telle urgence, puis systématiquement, chaque personnes sauf les cadres supérieurs ou les vieux cadres n'a eu recours aux services du pool de secrétaires : on s'est mis à tout faire de A à Z lors d'un projet, photocopies incluses. Très vite ensuite, il n'y a plus eu qu'une seule secrétaire pour un hiérarchique élevé, et dans un rôle d'assistante. 
Et effectivement il n'y avait plus besoin de personne pour gérer les agendas, que l'on avait désormais en ligne avec un équivalent du "google agenda" de maintenant, taper les courriers, préparer les réunions, faire les photocopies, gérer l'économat. Lequel était désormais réduit à une ou deux étagères dans un placard, avec presque jamais ce qu'il fallait. Besoin d'un stylo qui fonctionne bien ? On finissait par se l'acheter soi-même, à ses frais - les cadres un peu supérieurs pouvaient parfois bénéficier d'une note de frais, si la dépense coïncidait avec un événement à organiser -.
La fin des secrétariats a marqué la fin de la convivialité naturelle. Car le secrétariat était le lieu où l'on prenait le café, où l'on venait respirer cinq minutes, confier (et bien souvent dénouer) un conflit. Si l'équipe était bonne et les personnes bien accordées, un temps fou était gagné à sembler en perdre. On se cotisait pour le café, pour quelques gâteaux ; quelqu'un qui n'avait pas d'urgence et envie de prendre l'air filait acheter le nécessaire.

Des distributeurs automatiques ont remplacé tout ça. Pour un coût supérieur, sur le moyen long terme, l'air de rien. On est passé en quelques années d'une cotisation mensuelle conviviale de 5 à 8 FRF, à un budget individuel de 32 € (2 cafés par jour ouvré à 0,80 € le café). Après les lois anti-tabac qui ont contraint les fumeurs à faire des poses à l'extérieur, une convivialité s'est recrée autour des distributeurs automatiques équipant les "zones fumeurs". 

Pour le coup comme je ne fume pas, et que j'ai vraiment souffert durant les années où la norme était de fumer au travail, j'ai été immensément soulagée quand est passée la première loi. Celle-ci obligeait à définir des bureaux fumeurs et d'autres non-fumeurs. Les fumeurs en bureau individuels pouvaient continuer à fumer et je trouvais ça fair-play. 
Un avantage collatéral de la répartition fut qu'on se retrouvait à partager une pièce avec des collègues du service "élargi" ce qui était à tout point de vue profitable : pas de concurrence directe, certains travaux ou thèmes ou domaines de compétences en commun, mais pas tous et des échanges très fructueux : rien de tel que d'évoquer un problème avec quelqu'un qui peut comprendre sans s'y connaître à fond pour trouver une solution. Et on apprenait foule de choses, par capillarité sur des domaines voisins.  
Mais la loi s'est durcie dans le même temps que la folie du tout open-space gagnait chaque entreprise et les fumeurs ont dû sortir des bâtiments pour se soulager. 

J'ai connu l'époque où toutes les personnes qui travaillaient dans une entreprise en étaient salariées et sauf remplacements à durées définies, embauchées via des contrats stables. L'avantage était que les gens se retrouvaient qu'ils le veuille ou non avec davantage de motivation : le sort général les concernait - bonnes ou mauvaises nouvelles -. À part certains tire-au-flan, généralement bien connus, chacun faisait plus que sa simple charge : on était dans le même bateau et on s'entraidait quand quelque chose coinçait. 

Un autre avantage était qu'on pouvait changer de métier en cours de vie professionnelle, sans changer d'entreprise. Les périodes de formation se faisaient sur place, c'était simple et efficace. Mais pas forcément certifié vis-à-vis du monde extérieur.

Il y avait donc entre autres, un service médical, un service courrier, un service sécurité, un service accueil - et qui rendait spontanément de menus services plus tard repris moyennant paiement dans des activités externes de "conciergerie" - , un service entretien, un autre pour les travaux. 

On pouvait donc en ce temps là parfaitement déposer un pli ou un colis à l'accueil, les membres du service courrier effectuaient leur tournée relevaient les réceptions, prenaient en charge le courrier interne, le courrier postal et effectuaient la distribution dans chaque service. Les gens se connaissaient, ils savaient même à qui passer le courrier de l'un en cas d'absence ou de congés, il y avait très peu de pertes et d'erreur d'aiguillage.

Peu à peu le courrier papier s'est amenuisé. Il n'y avait effectivement plus lieu que persiste un complet service courrier. 
Vers l'époque où j'ai quitté l'entreprise (2009) persistait une vague distribution par étages ou par zones, charge à quelqu'un dans chaque service d'aller chercher ce qui le concernait, ainsi que ses collègues. Pas mal de choses disparaissaient. Et puis c'était une configuration reprochante : mes collègues (compétences de bases de données, statistiques, informatique) et moi nous faisions régulièrement reprocher d'y être allés (Ne perdez pas de temps à le faire) ou de n'y être pas allées (C'est quoi ce service où je dois moi-même aller chercher le courrier ! disait une hiérarchique). Et ce fut un peu pareil pour toutes les tâches qu'effectuaient jadis des personnes pour lesquelles ça faisait partie du poste. Il fallait bien que ça se fasse, mais il aurait fallu que personne ne le fasse car nos plannings étaient entre temps sévèrement minutés.

Ces différents services furent supprimés comme on le fait au niveau national pour tous les services publics peu à peu : les niveaux décisionnels constatent que l'activité n'est plus vraiment la même, le service est sur-dimensionné ; sont alors ordonnées des coupes sombres dans les personnels et les budgets. Le service devient de facto sous-dimensionné. Ça dysfonctionne. On leur ordonne alors de se consacrer à leur "cœur de tâches". Une partie du boulot n'est donc plus faite par personne. Mécontentement des secteurs utilisateurs. Proposition d'externalisation de tout ce qu'effectuait le service amputé. Avec parfois vendu comme une merveilleuse amélioration ce qui n'est que la prise en charge de différentes fonctions qu'on leur avait enlevées. 

C'est ainsi que toutes ses recherches d'économies sur les coûts salariaux ont conduit à des gonflements de budgets prestataires et des absurdités d'organisation, comme cet exemple parmi d'autres : vous ne pouvez plus déposer de courrier directement à telle ou telle organisation, parfois même il n'est plus possible d'avoir un interlocuteur au téléphone. Et j'ai même connu un temps où pour des problèmes techniques que l'on résolvait en allant voir le collègue compétent d'un service voisin, nous en étions réduits à appeler une hotline en poireautant entre une touche étoile et un "Tapez dièse". 

Parfois je rêve d'un monde où l'on tenterait de remettre de la rationalité et du bon sens dans les façons de bosser, plutôt qu'une recherche du profit à tout prix. Qui se paie au bout du compte en augmentation des coûts marginaux et de l'invisible mais très réel coût de la démotivation.

 

 

(1) Cela dit, dans la banque où je travaillais, un système intelligent d'horaires variables permettait une certaine souplesse, côté employeur comme côté salarié.