jour de repos (En vrac d'un)


    J'ai cru que j'étais sortie de ma récupération du trail de samedi parce que j'avais retrouvé mes jambes et une belle sensation de légèreté, seulement c'était une illusion, sans doute aidée par une nuit trop courtes et plusieurs présence de moustiques, efficaces facteurs de diminution du sommeil profond, j'ai dû par la force des choses m'accorder une journée de repos alors que j'ai beaucoup à faire. 

Ça n'était pas un luxe : alors que je regardais une arrivée d'étape du tour de France intéressante, complétée par le suspens inédit d'un abandon de coureur connu sans aucune explication - Rohan Dennis - avec en prime un moment de flottement où personne ne semblait savoir où il était (1), je me suis endormie sans même m'en rendre compte. Réveillée à la fin, lors du retour à la maison d'un membre de la famille et alors qu'il était l'heure de dîner.

Pour autant, de l'écriture, un peu, oui.

Une info qui passe un peu inaperçue au radio-réveil du matin : un célèbre studio d'animation a pris feu à Kyoto, il y aurait un mort et de nombreux blessé et qui entre-temps au soir est devenue un incendie criminel a ravagé un célèbre studio d'animation à Kyoto, il y aurait 33 morts et de nombreux blessés. L'homme qui a allumé l'incendie a été arrêté. Et là du coup ça devient une nouvelle qui concerne et qui peine.

Des infos via les réseaux me parvient aussi la nouvelle de la mort d'Andrea Camilleri. Il était très âgé (93 ans) et on le savait affaibli (il avait perdu la vue depuis un moment je crois), il n'empêche que son décès marque la fin d'une époque, et remémore des heures de voyages par la lecture. Elle ne laisse pas indifférente.

Au vélo club, un début d'avancée vers le cyclisme des femmes, même Marc Madiot doit concéder qu'il avait dit des trucs oui mais bon c'était il y a 35 ans quoi, pour ne pas perdre la face, il tente l'humour (comme ça je suis resté célèbre). Nicolas Geay, en revanche, est impeccable - mais il faut quand même qu'à la fin un des autres hommes rappelle qu'il a sa fille qui fait du cyclisme, comme s'il s'agissait encore d'excuser qu'un homme se montre l'allié intelligent des femmes parce que vous comprenez c'est pour raison familiale -. Marion Rousse et la jeune championne de France, Jade Wiel, défendent calmement leur droit au vélo. 
Ça n'est pas encore ça, vraiment pas, mais on sent, comme pour le football, qu'un virage a enfin eu lieu.

L'homme revient d'une de ses multiples sorties (le club, les courses, une voiture à rentrer au garage ...) en ayant croisé Jérémy. Ils ont échangé quelques mots malgré la pluie, parlé triathlon. Alors que j'étais à deux doigts de renoncer à la séance de piscine très matinale prévue, ce simple fait, savoir que les camarades de club poursuivent leurs entraînements, me redonne courage. Soudain je trouve de l'énergie pour préparer mon sac. J'essaierai d'y aller.

Je consulte l'itinéraire, la fantaisie me prend de laisser l'application RATP itinéraires automatiser le départ d'après ma localisation. Ça donne ceci,  Capture d’écran 2019-07-18 à 21.53.40c'est amusant. 
(La distance est par rapport au bus que je serais censée prendre)

Je m'aperçois soudain que je ne suis plus abonnée au site du Monde : les prélèvements étaient faits par carte bancaire, l'ancienne carte, celle sur laquelle j'avais fait opposition après le vol de mon sac en octobre 2017. Curieux que je ne m'en rende compte qu'à présent et précisément en allant voir un article concernant Camilleri alors que le vol avait eu lieu lors de ma trop grande attention envers les propos de son traducteur. 

 

PS : Grâce au tour de France j'ai appris aujourd'hui l'existence des cagots, ses habitants du sud ouest longtemps considérés comme d'une caste inférieure. Je suppose que cagole vient de là ?

Grâce à Kozlika j'apprends que le terme gaslighting vient du film de George Culor "Gaslight", "Hantise" de son titre français. 

Capture d’écran 2019-07-18 à 23.19.23Une fois de plus je me surprends à avoir connu deux côtés d'une information sans avoir su en faire la jonction ; comme typiquement lorsque mon amie Jeannine me parlait du film dans lequel allait jouer sa nièce, et Tatiana du film tiré de son livre et que j'ai mis des mois avant de piger qu'il s'agissait du même (l'une donnait un titre français, l'autre l'anglais mais quand même, le prénom commun et la concordance de calendrier auraient dû m'alerter). 

Bon alors je me sens bête de n'y avoir pas pensé toute seule et moins bête de le savoir enfin. Merci Kozlika !

(1) Et cette réponse du directeur du tour de France qui restera dans les annales et qui disait en substance Notre travail est d'enregistrer l'abandon, à partir de là, le sort du coureur concerne son équipe (ou : son directeur sportif). Ce qui était probablement vrai du point de vue juridique, mais ne fait pas rêver du point de vue de la déontologie.


Des risques de l'activité (en pleine chaleur)

 

    Nous vivons une époque dans laquelle on rend la vie difficile à la moyenne des gens, concurrence et cadences, quoi que vous fassiez c'est insuffisant, tout en les abreuvant d'avertissements et de conseils et de les traiter parfois comme des enfants (1). Les périodes de chaleurs estivales sont des moments typiques de cet écart grandissant entre une dureté de fond sur une prévenance envahissante.

Il n'en demeure pas moins qu'il y a des précautions à prendre quand il fait fort chaud et que l'on doit (travail) ou que l'on souhaite (loisir) cependant s'activer.

Grâce @samantdi et @bricablog j'ai appris qu'il existait un risque de "coup de chaleur d'exercice", lequel était spécifique à l'effort physique, et qu'il différait en partie du "coup de chaleur" plus connu. Voici l'article qu'elles ont relayé, il semble sérieux même s'il empile plusieurs choses qui me paraissent d'ordres différents : 

Canicule : s'activer et mourir de chaud (auteur : Laurent Grelot)

Le coup de chaleur d’exercice survient subitement, ce qui le rend d’autant plus désarmant. Il se produit généralement durant ou suite à un exercice physique intense et/ou prolongé, dans un environnement chaud et humide. Il se traduit notamment par une hyperthermie (température centrale de l’organisme supérieure à 40 °C) et par une détresse neurologique (fatigue, maux de tête, vertiges, coma), ainsi que par des troubles du rythme cardiaque.

Au passage je me suis renseignée sur un autre risque que j'ignorais, celui de sur-hydratation.

Un blog destiné aux coureuses et coureurs amateurs en parle ici plutôt bien.

Ami·e·s sportives et sportifs, soyez mesuré·e·s et prudent·e·s. 

 

(1) Please mind the gap between the train and the platform. 

 


Récupération (note pour courses ultérieures)

 

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Les 25 km du Trail de la Chouffe se sont achevés pour moi après 4h40 d'efforts, samedi vers 17h. J'ai enchaîné par une séance de piscine tranquille, environ 1250 m, dans l'idée de m'étirer et de détendre les jambes, et d'une brève séance de bains bouillonnants.

Au lendemain matin nous avons bénéficié de deux heures de Wellness : hammam, sauna, infra-rouge et bains de pieds bouillonnants.

Le mois dernier le trail distance M d'Hourtin était pour moi passé crème : pas d'épuisement juste après, une saine et légère fatigue, zéro courbatures ensuite, rien les jours suivants que ç'en était surprenant. Quinze jours plus tôt que le Trail à Houffalize, un entraînement un peu long sur La Haye du Puits - Lessay, suivi dans l'après-midi d'environ 500 m de nage en mer par solide courant, ne m'avaient pas laissé de traces. Tout au plus une fatigue diffuse, très supportable, dans les jambes.

Comme je n'ai eu aucun tracas pendant la course, à peine un début de crampe à un orteil du pied gauche comme il m'en vient parfois, et qu'il me semblait avoir pris les précautions nécessaires énumérées au début de ce billet (auxquelles s'ajoutaient une boisson  de récupération recommandée par un ami marathonien, donc fonctionne au moins l'effet placebo), je ne me méfiais pas. 

C'était un tort. 

Après une légère embellie grâce au Wellness, j'ai souffert des jambes à ne marcher que difficilement, et presque pas pouvoir descendre le moindre escalier du dimanche après-midi jusqu'au mardi soir. Ce n'est que ce matin, que j'ai pu me lever sans précautions particulières et me rendre sans arrière-pensée (1) là où je le devais. 

Le long trajet en voiture du dimanche, pour lequel j'étais passagère n'a probablement rien arrangé. Je me souviens que je souffrais. 

Donc voilà, tandis que de jeunes personnes athlétiques hésitent entre récupération passive ou active, je me note par ici pour la prochaine course plus longue qu'un semi de prévoir 72 heures sans trop d'efforts physiques, et si possible au moins une journée de sommeil du moins sans contraintes horaires et dans la proximité d'un lit douillet (2).

Prochain entraînement prévu : une séance de natation tôt le vendredi matin. 

Éventuellement un peu de vélo demain jeudi, si jamais je me réveille avec une énergie retrouvée. Et reprise douce de la CAP dimanche, 8 ou 10 kilomètres sans forcer avec assouplissements après.

 

(1) de type effectuer un détour pour éviter un escalier 

(2) Ce fut le cas ce lundi. J'aurais difficilement pu travailler (autre que l'écriture)


Le casque obligatoire

 

    En regardant le film Le vélo de Ghislain Lambert dont Yoann Offredo parle si bien, et qui est censé se passer pendant les années 70 (1), je me suis demandée depuis quand existait l'obligation du casque pour les coureurs lors des courses. 

Je croyais qu'elle avait été consécutive à l'accident de Fabio Casartelli durant le tour de France 1995, il avait semblait-il heurté avec la tête une borne en ciment lors d'une chute collective. Il se dit alors qu'un casque aurait pu lui sauver la vie.  

En fait le casque ensuite ne fut pas obligatoire dans l'immédiat, les coureurs eurent un temps des sortes de boudins pliables qu'ils avaient l'habitude d'ôter pour les montées.

La réelle obligation arrivant en fait en 2003 deux mois après la mort sur chute, dans un endroit pas spécialement dangereux, d'Alexandre Kivilev : il avait un problème de fixation de son oreillette et un instant d'attention ainsi détournée de la route lui aura été fatal : roue touchée d'un autre coureur et chute la tête la première : un os fut touché qu'un casque aurait protégé (2). Alors l'UCI s'est bougée avec une obligation pour toutes courses sur route. Dans un premier temps il y eut une dérogation pour les arrivées en cols, dérogation supprimée plus tard.

En tant que cycliste je serais embêtée que le casque devînt obligatoire pour la circulation de trajets, même si je m'efforce d'en porter un - il y a des fois où prendre un vélo en complément d'un trajet n'est pas prévisible, et c'est quand même bon de pouvoir l'emprunter -. En revanche pour la pratique sportive je trouve légitime et juste qu'il se soit imposé.

Je crois d'ailleurs qu'en 2019 ça ne viendrait plus à l'idée de coureurs amateurs comme professionnels de le contester.

En effectuant mes recherches j'ai remarqué cette photo : Capture d’écran 2019-07-16 à 23.47.26

Le bébé orphelin d'alors semble donc devenu un adolescent qui pratique le sport de son père, peut-être rêve-t-il de prendre la succession dans le palmarès prometteur qui se profilait. 

Qu'il ait fallu ce drame pour qu'une décision de bon sens soit prise donne la sinistre impression que son père s'est sacrifié pour les cyclistes ultérieurs. 

Courage aux survivants. 

(1) ce qui permettait d'évoquer le dopage sans s'attirer trop d'ennuis dans le présent (film de 2001 je crois)

(2) autre article ici ("chronique du vélo")


Ce monde qui favorise la triche (ça vaut pour la politique (et les affaires) aussi)

 

    Regardant le tour de France et ses reportages associés, dont un émouvant sur Marco Pantani, certes dopé mais qui a pris pour tout le monde et que ceux qui l'avaient poussé à le faire ont lâché, j'ai jeté un œil sur certaines fiches wikipédia. 

Un grand dopé devant l'éternel, qui s'est octroyé un palmarès de fou avant qu'on ne le lui retire, mais il avait eu le temps d'acquérir la fortune, la notoriété, les femmes qu'aiment avoir les hommes qui ont du succès pour donner envie aux autres hommes probablement plus que pour les bien aimer, toutes sortes de pistes de reconversion possibles. 

Et d'ailleurs le voilà son palmarès : 

Capture d’écran 2019-07-15 à 20.48.24Certes c'est barré, et il a perdu beaucoup d'argent, subi beaucoup de procès, dû passer quelques sales quart d'heures à la télé, mais à présent il va sa vie, et même commente le sport dont il fut banni.

Pendant ce temps parmi les plus méritants des lanceurs d'alertes, voici Christophe Bassons, dont il fut dit à l'époque des scandales par ses camarades tricheurs mêmes, non, non, lui, il ne prenait rien. Et qui bien sûr ne gagna plus grand chose une fois passé chez les pros - je suppose qu'il se trouvait dans une situation équivalente à moi avec ma thalassémie mineure quand je prends le départ d'un triathlon plein de gens aux globules conformes -.

Sa bio, du coup, donne ça : 

 

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et il a même eu des ennuis, en mode Cherchons-lui des poux dans la tête, longtemps après, comme cet article du Monde en atteste. 

Il faut dire qu'avec les sommes folles en jeux dans les paris sportifs, au delà même des gains directs pour les sportifs et ceux qui les font travailler, plus grand chose ne doit être laissé au pur hasard. Alors on dope les humains comme des chevaux de course, et je suppose que soit tu acceptes, soit tu perds toutes chances d'être sélectionné (pour une équipe pro, pour une compétition donnée) puisque de toutes façons les autres, ceux qui ont obéi sans trop se faire prier mettent de facto la barre des performances très haut. 
Et en cas de problème, le sportif est seul, avec parfois un médecin "préparateur" (mais eux même s'ils perdent un procès, leur intégrité physique n'est pas en danger, pas d'effets secondaires ni d'addiction), à faire face à l'opprobre, comme s'il avait tout décidé de son propre chef. 

Cette société nous dit clairement : Trichez, trichez, mais allez jusqu'à gagner. Il en restera toujours quelque chose sur le plan de ce à quoi l'argent et la notoriété vous auront donné accès. Les ennuis principaux sont pour les lanceurs d'alerte.

On remarquera que c'est le même phénomène qu'on a pu observer pour la vague de #Metoo . Certes, certains hommes ont eu des ennuis, mais ils restent à la tête de ce qu'ils ont pu construire pendant leurs années de puissances et d'impunité, tandis que leurs victimes et plus encore celles qui ont eu le courage inouï de parler font face à toutes sortes de conséquences négatives et peuvent rarement rester dans ce qui était leur domaine professionnel d'avant qu'elles osent dénoncer ce qui s'y pratiquait. 

J'aimerais que ça change. Je ne vois (hélas) pas comment.

Concernant les sports tels que le cyclisme, la plus grande hypocrisie reste de mise, disons que le dopage chimique est peut-être un peu moindre, au profit d'un dopage mécanique de plus en plus performant, mais ceux qui feignent de croire que les affaires du tournant du siècle ont assaini la situation m'agacent. Quelques-uns ont payé les pots cassés et les méthodes ont évolué, mais rien n'a vraiment changé. 

 


Stimulant (confort et veille de course)

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J'adore les veilles de courses, quand on met de côté toutes les difficultés de la vie quotidienne pour se concentrer sur un objectif élémentaire : parcourir x km en moins de y heures (peu importe si uniquement sur un mode ou pour le triathlon sur trois, le principe est le même : un déplacement à accomplir). On ne sait pas encore comment on sera, quelle sera notre forme, il y a une légère tension mais elle est joyeuse et stimulante. En tout cas pour moi. Et j'adore ça.

Comme nous prenons peu de vacances et qu'elles sont généralement en Normandie, avec de fait des choses sérieuses à faire, de celles qu'on fait dans un chez soi, c'est un bonheur et un réel congé du quotidien que d'aller quelque part pour une course. 

Et pour cette fois j'avais opté pour une petite folie (raisonnable) financière : l'hébergement dans le complexe sportif et hôtelier qui fait partie de l'organisation de la course. Départ sur place !

Une chambre spacieuse et belle comme nous en connaissons rarement 20190712_173552

une vraie piscine dans le complexe même - le luxe inouï de quasi descendre en maillot de bain, et pour une vraie piscine où l'on peut nager pas seulement faire trempette -. 

Nous fêtons ainsi nos trente ans de mariage. J'espère que la course sera une fête aussi. J'appréhende la longue distance, mais j'ai envie de m'y confronter. 

J'eusse aimé avoir une vie de nomade du sport, avec la santé fragile de ma jeunesse et la béta-thalassémie même mineure, ça n'était pas envisageable. D'autant plus que "mon" sport était le football et qu'il commence seulement plus de quarante ans plus tard à être reconnu pour les dames. Alors je me rattrape sur le tard, à petite échelle mais beaucoup mieux que rien, grâce au triathlon et à la course à pied. L'air de rien, à bas bruit, en attendant mon heure, j'en aurais accompli des espoirs de ma vie. 

Peut-être qu'il y a là une force à transmettre : si quelque chose nous tient profondément à cœur, et dépend de nous que ça devienne possible en assez grande partie, il convient de ne pas la perdre de vue et de porter son effort dans sa réalisation dès qu'elle devient accessible. Parfois, ça prend quarante ans. C'est tout. 

À part ça, il y a toujours cet effet en arrivant en Belgique de rentrer chez moi. Peut-être faudra-t-il qu'enfin un jour je coïncide. 


Such a perfect day (pour Megan Rapinoe)

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    J'eusse préféré un match plus disputé pour cette finale USA Pays-Bas, il n'empêche que sur l'ensemble du tournoi l'équipe des États-Unis était bien la plus forte avec une supériorité athlétique incontestable : les meilleures des autres équipes tenaient un temps en se haussant au dessus de leur rythme habituel puis finissaient, souvent à l'occasion d'une décision d'arbitrage qui les coupaient dans leur élan (1°, qu'elle soit justifiée ou non, par ne plus parvenir à tenir le sur-régime. 

Parmi cette équipe victorieuse, il est une joueuse qui l'a emportée sur toute les autres, parce qu'elle est charismatique, et aussi forte sur le terrain qu'en communication, avec une capacité à ne pas mâcher ses mots sans dépasser les limites et à faire de l'humour qui ne soit pas lourd, ni source de malentendus. Il s'agit de Megan Rapinoe.

Elle a emporté au passage le soulier d'or, ce qui semble amplement mérité.

Voilà quelqu'un qui fait du bien. Puisse-t-elle ne pas s'attirer trop d'ennuis : ce monde n'aime pas les personnes trop intelligentes et trop fortes dans un domaine donné, particulièrement s'il s'agit d'une femme et qui plus est qui assume sa liberté.

En attendant, ça fait plaisir de penser qu'elle a pu vivre such a perfect day. Merci à elle dont la qualité de jeu nous aura enchanté·e·s.

À part ça, un agacement : lorsque l'on voit les matchs des messieurs, de nombreux plans de coupes sont consacrés à leurs conjointes, généralement des femmes reconnues pour leur beauté. Lors des matchs de haut niveau des équipes de femmes, on consacre les mêmes plans aux footballeurs masculins célèbres venus les voir. D'accord, il s'agit de montrer que puisqu'un David Beckham ou Killian Mbappé ne méprisent pas le football joué par les dames, toi le supporter masculin moyen, tu dois aussi pouvoir t'y intéresser, et ça peut effectivement être favorable. Il n'empêche que le diable est dans ce genre de détails qui montre qu'on est hélas encore loin de considérer le sport pratiqué par les femmes avec la considération accordée aux garçons.

Et un grand bonheur : celui d'avoir pu participer aux #777match (7 juin - 7 juillet - 7 matchs) sur Cause Commune avec Les Joyeux Pingouins en Famille et commenter en très léger différé (raisons techniques) certains des matchs de cette coupe du monde 2019 à la radio. Si je pouvais entamer une reconversion professionnelle vers le commentaire sportif, je le ferais volontiers (vocation tardive découverte grâce à eux).

 

(1) Ce fut clairement le cas aujourd'hui. 

 

PS : une vidéo ici consultable probablement de façon temporaire.

Et la belle conférence de presse d'après match : (FIFA TV), sans Mega Rapinoe au début, prise par un contrôle anti-dopage ; il fallait bien qu'elle ait un truc déplaisant à accomplir dans cette journée ! 

PS' : J'ignore qui a pris cette photo de la footballeuse qui a circulé partout. Si elle pose problème je l'enlèverai


Quand tu penses (pseudo)

Quand tu penses qu'il aura fallu que pour le départ du tour de France 2019 à Bruxelles, la présence d'Eddy Merckx te pousses à vérifier quelque chose le concernant sur wikipédia (en mode 50 ans ! hein ? quoi ? déjà ?) pour piger probablement cinq ans après tout le monde d'où venait le pseudo d'Édouard Louis. 


S'imposer (du foot pour les filles)

 

    À l'occasion de cette coupe du monde qui rend enfin justice au fait que les femmes peuvent jouer au foot aussi bien ou mal que les hommes, en courant juste un peu moins vite et en étant un peu moins brutales globalement, ce qui rend le jeu plus fluide et beau, je lis et j'entends beaucoup parler de filles qui voulaient jouer, par exemple dans la cour de récréation, et que les petits gars rejetaient (1).

De mon expérience personnelle qui date des early seventies du siècle dernier je peux témoigner que jusque vers 13 ans et que les gars nous mettent généralement 15 à 20 cm dans la vue, courent plus vite, sautent plus haut, deviennent plus brutaux ou peuvent être plus tentés par des gestes déplacés, on peut parfaitement faire jeu égal, en compensant par une technique plus fine la pointe de vitesse que l'on possède plus basse.

Je jouais beaucoup avec les copains du quartier. Avec eux zéro tracas : on jouait ensemble depuis nos 5 ans, sur la placette devant les pavillons de nos parents puis plus tard au terrain de foot de la cité, j'avais ma place égale dans la bande, et à part quand ils se battaient, car je n'avais aucun goût pour ça - souvent je ne comprenais pas ce besoin irrépressible qui leur venait de se foutre sur la gueule -, ou quand ils se montraient trop bêtes (2), je partageais leurs jeux, et dans une moindre mesure eux les miens (3). 

Jouer avec un ballon avec les pieds, c'est simple, ça allait de soi. 

Alors c'est certain, j'avais un atout : si dans des équipes qui se formaient pour jouer ailleurs figuraient certains de mes potes, ils disaient Elle joue bien et la question que j'étais une fille était mise de côté. 

Mais il m'est arrivé plus d'une fois de devoir m'imposer. Il est vrai que l'époque se prêtait moins à des formes de harcèlement et d'exclusion d'un groupe que maintenant, vrai aussi que je n'en avais rien à carré que l'on me traite de ou considère comme un garçon manqué, j'ai pigé très très jeune que de toutes façons si l'on veut avoir une belle vie il faut se contre-foutre de ce que racontent les gens, de toutes façons ils trouvent toujours à redire. Je crois que sans l'analyser je percevais la somme infinies d'injonctions contradictoires auxquelles les filles un peu plus que les garçons (mais eux aussi) sont soumises et que j'avais décidé une fois pour toute que pour exister mieux valait faire selon sa propre inclinaison dans les limites du respect d'autrui.

Donc, voilà, filles de maintenant, si vous sentez qu'en pratiquant un peu, le foot vous pourriez aimer, ne laissez pas les garçons vous dissuader. Les premiers temps seront rudes, ils ne vous fileront pas le ballon ça sera à vous d'aller le chercher, donnez du jeu collectif, soyez bien placées pour sauver les ballons, offrir des solutions à un coéquipier, n'ayez pas peur des éventuels chocs on s'en remet, hors des terrains et des jeux organisés passez du temps balle au pied. À partir du moment où vous serez meilleures que les garçons qui jouent sans trop aimer ça, ça sera gagné. Soyez au dessus des insultes et des remarques à la con. Un jour, elles cesseront.

Vous aimez les sports co, courir, taper dans un ballon, il n'y a pas de raison de vous laisser confisquer ce plaisir par les garçons.

(Et si vous n'aimez pas, vous pourrez toujours savourer le fait qu'aucune injonction de genre ne vous oblige à vous y intéresser)

 

(1) Par exemple ici dans cette émission de France Culture. Mais aussi le jeune père triathlète d'une gamine de maintenant. 

(2) Les défis stupides qu'ils aimaient se lancer. J'ai toujours été la résistance à l'effet de groupe incarnée.

(3) Ils se joignaient volontiers à une marelle ou à des jeux de cordes à sauter quand elle était collective et assez physique (celle longue que l'on faisait tourner à deux quand une troisième et parfois une quatrième personne sautait). Bon, on n'avait pas encore inventé le double dutch, c'était déjà le bout du monde d'avoir une seule corde assez longue assez lourde. 


Bonheur persistant du triathlon

 

  19-cordeillan-bages-M-16708  Je n'en reviens pas du chemin parcouru depuis ce beau jour d'octobre 2011, alors qu'avec l'homme de la maison j'étais venue à Bruxelles encourager Pablo qui y courait le marathon, que c'était un week-end magique à tous points de vue, y compris une météo favorable, et qu'à ce moment précis, je m'étais dit à la fois Ça serait bien pour moi un tel défi, et que compte tenu de mon métier de libraire ça serait peu raisonnable, que j'y avais trop besoin de jambes et articulations en bon état pour les rudoyer comme cela. Une coureuse de mon gabarit s'était débarrassée, juste à ma hauteur, d'un tee-shirt qui l'encombrait, c'était marqué "Triathlon". Et en le ramassant je m'étais dit Mais bon sang, c'est ça. 

J'avais repris la natation en 2004, je circulais à nouveau à vélo depuis 2007, grâce aux Vélibs, il me restait à attaquer la course à pied et je pourrais faire du triathlon. Je savais qu'il en existait aux distances humaines. 

Je ne saurais jamais qui était cette dame qui m'a en quelque sorte passé le témoin mais dès lors je n'ai eu de cesse que de réaliser ce qui me semblait devant être fait.

Au printemps 2012, un jour pluvieux normand d'avril, je suis allée au magasin Mi-Temps de La Haye du Puits acheter une paire de chaussures et avec l'homme c'était parti, via une ancienne voie de chemin de fer qui allait vers Lessay. 

Il m'avait fallu deux ou trois mois pour parvenir à trouver ce que j'appellerai mon rythme de souffle, celui qui me permettait de durer longtemps sans être essoufflée. Ensuite les progrès avaient été rapides, c'est l'un des charmes de la course à pied. Assez vite on parvient à 5 km. Puis chaque semaine - en admettant que l'on soit trop pris par le travail et autres contraintes pour courir davantage qu'une seule fois le dimanche - on rajoute  1 km ; un beau jour ce sont les premiers 10 et dès lors des courses sont abordables et l'on se prend au jeu. 

Plus tard on se rend compte que 10 kilomètres, ça n'est rien, juste une petite séance de base. Viennent les trails, pour qui a du plaisir à crapahuter en forêt et se manger du dénivelé, et les semi-marathons. 

Ce qui est formidable avec la course à pied c'est l'absence de matériel - fors une paire de chaussures (1) -, la possibilité de pratiquer presque partout, presque par tous les temps et de se décider en un instant. De pouvoir aussi s'arrêter quand on veut et au pire revenir en marchant.

Une fois rassemblées des compétences minimales (nager 1,5 km par entraînements, courir 10 km sans problème, parcourir 50 km à vélo sans souffrance particulière) et un petit budget (2), j'ai cherché un club. 

Et là, chance inouïe : il en existait un tout près de chez moi et des plus accueillant, ce qui était indispensable : je suis une dame et j'avais alors 53 ans. Il me fallait donc un club particulièrement indulgent. À cause de la frontière qui séparait deux villes, celle du club et celle de mon domicile, pourtant si proche du stade, j'ai dû attendre une année scolaire avant de pouvoir confirmer mon inscription. On était en septembre 2016. Le manque de moyens et le manque de temps (3) avaient intercalés cinq ans entre l'idée et la mise en œuvre, que l'adversité à bien tenté d'enrayer (4), mais j'étais néanmoins lancée, je me suis accrochée aux entraînements du matin, j'ai quand même pu accomplir un premier triathlon en juillet 2016 après un premier essai manqué en juin. 

Depuis, la vie a continué à être mouvementée, je ne le fais pas exprès, mais il n'empêche que même en ne parvenant pas à tenir le niveau d'entraînement qui serait pour moi satisfaisant, j'ai progressé.

Grâce à un stage d'entraînement d'une semaine au printemps, j'ai franchi un (petit) niveau. 

Grâce à un vélo moderne racheté d'occasion à une camarade de club, je peux faire des temps cyclistes décents. Il est si léger.

Et voilà qu'à présent si les conditions sont bonnes (5) je suis capable d'accomplir un M (6) à mon rythme lent mais qui n'est plus hors délai, sans me sentir épuisée à la fin, voire même tellement heureuse que je me sens plutôt bien.

Il m'aura simplement fallu un demi-siècle pour trouver le sport qui me convenait, non que j'y fusse douée, mais c'est celui qui - danse mise à part, qui tient plutôt de l'art de vivre, d'une philosophie - me rend heureuse, me rend en forme, me donne une sensation d'accomplissement inouï.

Au passage, une foule de gestes de la vie quotidienne me sont devenus faciles, quand je devais avant pour les réussir, rassembler auparavant mon énergie : j'attrape des bus, des trains, des métros, je peux en maintenir ouvertes les lourdes portes sur qui suit, je peux ouvrir les portes d'accès vers les corridors à la BNF sans mouvement de bascule pour faire contrepoids, je soulève les cartons en librairie sans problème (à conditions de les porter bien), j'ouvre des couvercles de boîtes de conserves, je grimpe des escaliers sans être essoufflée, je les descends à une vitesse normale (7) et si je souffrais déjà moins du froid avant de m'y mettre, je suis presque devenue résistante à ce qui me rendait très vite amoindrie. 

Puisse ce miracle durer. J'ai tant travaillé pour les autres qu'il me reste encore beaucoup à faire avant d'en avoir fini avec la part plus personnelle de ce qui me semble être dû, compte tenu des aptitudes et des petits handicaps (8) avec lesquel·le·s je suis née. Et je compte exercer mon métier encore un bon paquet d'années.

Grand merci au club du Levallois S C Triathlon, pour l'accueil, les entraînements, les encouragements, l'ambiance qui fait que l'on se sent porté·e·s. quel que soit notre âge et notre niveau. 61803765_10157073810981826_1942372756020527104_n

Grand merci à celles et ceux qui ont rendu l'accès possible pour les femmes à un choix des naissances plutôt qu'aux grossesses subies. Je suis extrêmement consciente que ma condition physique doit beaucoup au fait de n'avoir porté que les deux enfants que leur père et moi nous sentions capables d'accueillir, nourrir et choyer. Mes grand-mères, par exemple, n'avaient pas eu ce choix.

 

(1) Et encore, certains minimalistes courent pieds nus ou quasi. En ville quand même je déconseille : raisons d'hygiène et de morceaux de verre.

(2) Erreur de débutante : il en fallait un plutôt conséquent. Mais je ne regrette pas de ne l'avoir pas su, ça m'aurait freinée. 

(3) Il m'avait fallu retaper mon vieux biclou de courses.

(4) maladie et décès de ma mère entre l'automne 2016 et le début d'année 2017

(5) Je ne garantis pas d'être capable de boucler un triathlon par mer forte, ou avec un ou deux franchissements de cols, ou dans des conditions de pluie, tempête ou froid.

(6) distance olympique : 1500 m de natation, 40 km de vélo, 10 km de course à pied. 

(7) Longtemps j'en fus incapable, comme si j'étais très âgée.

(8) dont une béta-thalassémie mineure ; parents d'enfants atteints ne vous inquiétez pas : on peut mener une vie bien remplie avec ça. Et durer. Et s'améliorer. 

crédits photos : le photographe officiel du Frenchman et pour la seconde un ami du club