Ce qu'est être une femme

 

    "[...] j'ai découvert assez tardivement ce qu'est être une femme, en écrivant Le quai de Ouistreham. Car avant, pour moi, l'essentiel était gagné : les femmes votaient, avaient un compte en banque, travaillaient ... En plus, j'étais journaliste-reporter, je ne me voyais pas comme une femme, ce n'était pas la question, pas l'objet. 
Puis en faisant ce livre, en étant dans la peau d'une femme de 50 ans, seule, qui cherche du boulot, là, vous comprenez ce qu'est être une femme en France aujourd'hui. Ce regard condescendant sur les femmes, [...]" 

Florence Aubenas entretien dans Les Inrocks du 5 au 11 avril 2017

 

Je ne suis ni n'étais journaliste-reporter, seulement ingénieure et à présent libraire. Seulement il m'est arrivé peu ou prou la même mésaventure : dans un job ou je ne me percevais pas avant tout comme une femme, c'était un travail qui nécessitait du cerveau, j'ai avancé dans la vie avec un parfait aveuglement quant à ce monde des grands mâles blancs dans lequel, malgré de gros progrès du moins en Europe, dans les années 60 et 70, nous baignons.

Je voyais aux discriminations des causes explicables, par exemple sur les salaires et les postes intéressants, il était clair que les congés maternités étaient pénalisants (1) et j'ai ainsi eu droit, pour deux enfants, à quatre année sans aucune progression, celles du départ ("Vous comprenez cette année pour vous sera tronquée, ce ne serait pas juste par rapport à vos collègues qui auront fait l'année en entier"), celles des retours ("Vous n'avez pas de prime [ni d'augmentation, faut pas rêver, et je n'en demandais pas tant] cette année, vous venez de reprendre le travail, nous n'avons pas pu vous évaluer"). Seulement voilà, absences il y avait eu, même si c'était rageant, c'était compréhensible.

Et puis les discriminations de type nipotisantes étaient fortes dans ce milieu où certains et certaines, aux diplômes prestigieux (2) ou (inclusif) pedigree parfait, étaient embauchés en tant que hauts potentiels et destinés à des passages rapides aux postes intermédiaires, tandis qu'à niveaux d'études équivalent d'autres étaient embauchés pour souquer, condamnés à rester longtemps sans progresser aux postes où leurs compétences bien souvent les piégeaient.
Du coup, le fait qu'être une femme fût mon principal handicap ne m'avait pas effleuré. Ou seulement par sa conséquence : celui d'être mère de famille et tiraillée sans relâche entre travail et famille. 

Les différentes occasions où je me suis trouvée confrontée à des impossibilités genrées (jouer au foot en équipe, travailler sur un chantier une fois le diplôme d'ingénieur Travaux Publics en poche), j'ai toujours cru, ô naïve, qu'il s'agissait de vestiges d'un ancien temps bientôt révolu. Que j'arrivais simplement un tout petit peu trop tôt. Et que si un jour j'avais une fille, elle penserait que je parlerais de temps reculés si j'en venais un jour à le lui raconter. 

Par ailleurs, je ne suis pas particulièrement séduisante ni jolie, et mon éducation de gosse de banlieue m'a appris à me battre un peu, ce qui sans doute m'a épargné bien des ennuis : les quelques fois où des hommes ont eus envers moi des débuts d'attitude prédatrice, j'ai réglé ça sans avoir eu le temps d'avoir peur, en faisant face ou en filant, et ce fut assez peu fréquent pour que je range ces épisodes dans le casier Bon sang ils sont relouds les mecs une fois bourrés. 
J'ai vécu en couple stable depuis mes vingt ans, et jusqu'à très récemment j'étais totalement inconsciente que ça avait constitué une forme de protection : la plupart des hommes respectent, en tout cas lorsque la femme n'a pas un physique ou une surface sociale de femme trophée une forme de pacte de non-agression.

Il aura fallu les blogs et les réseaux sociaux qui ont libérés les témoignages, que certains hommes se mettent à dépasser les bornes aussi (il y a eu en quinze à vingt ans, un méchant backlash) et qu'enfin je devienne proche d'un homme qui se révélera plus tard et malgré une grande sensibilité et une apparence de féminisme (3) être de ceux qui considèrent tout naturellement les femmes comme des êtres de catégorie B, présents sur terre pour se conformer aux aléas de leurs désirs et qu'ils ne respectent ou révèrent que lorsqu'ils sont, pour des raisons essentiellement d'apparence physique et de jeux séductifs (4), devenus amoureux fous, il aura donc fallu tout ce cumul en peu de temps, pour que j'ouvre les yeux à mon tour et comprenne dans quel monde en réalité nous vivions.

Un livre aussi, d'Henning Mankell (5), Daisy sisters, qui m'a fait découvrir qu'une égalité possible que je croyais effective dans les pays nordiques, n'était pour l'heure qu'une illusion. La situation et les rapports entre les unes et les autres était simplement un peu moins pire qu'en France ou en Belgique, mais (hélas) pas tant.

Sans le faire exprès, j'ai finalement pas si mal lutté puisque je ne me suis jamais laissé dicter ma conduite par cette pression sur les femmes qu'exerce la société. Jusqu'à mon nom que bien qu'étant mariée j'ai conservé. Simplement je n'avais pas conscience d'être un petit rouage d'un plus vaste combat. Et pour moi le combat est contre les normes sociales, contre le poids du conformisme (dont certaines femmes sont les premiers vecteurs), contre le patriarcat, et non contre les hommes, dont beaucoup font ce qu'ils peuvent entre leurs aspirations (et désirs) personnels et le poids des siècles, dont pour le meilleur et pour le pire ils ont hérité (6). 

Il faut donc plus que jamais tenir bon, expliquer, ne pas se laisser faire et continuer.

C'est pas gagné.

 

[je me rends compte en relisant que ça doit assez ressembler à ce que ressentent des personnes que leur orientation sexuelle ou leur couleur de peau conduisent à être traitées différemment dans nos sociétés et qui n'en aurait pas pris conscience tôt dans l'enfance pour peu qu'elles aient grandi dans un milieu d'esprits ouverts ; mais je ne saurais parler pour eux, blanche et hétérosexuelle chanceuse que je suis]

 

(1) D'autant plus que je travaillais dans le milieu bancaire où à l'époque et j'en fus ravie, ils étaient particulièrement longs, permettant de bien avancer le bébé dans sa vie avant de devoir le confier à des tiers pendant qu'on filait gagner notre vie.

(2) La hiérarchie entre Grandes Écoles, ça n'est pas rien.

(3) Même les plus grands chanteurs ou poètes lorsqu'ils se croient entre eux, en viennent à tenir des propos sidérants (et si décevants). 

(4) Certaines femmes sont très à l'aise dans ces partitions là. J'ai toujours pensé que ça revenait à prendre les hommes pour des cons. Et puis un jour j'ai mesuré à mes dépends à quel point c'était efficace.

(5) preuve parmi d'autres que certains hommes ont tout compris et son nos frères humains pas des ennemis.

(6) Par exemple me fatiguent les tâches ménagères, je peux donc parfaitement comprendre que c'était trop cool pour eux d'avoir comme si c'était naturel, les femmes qui s'en chargeaient. Je ne peux nier qu'à leur place j'en ferais autant. M'agace que si j'étais un homme personne jamais (et sans doute pas ma propre conscience) ne me reprocherait jamais d'être un mauvais ménager. 

 

 


Un roman plausible ... jusqu'au Canard de mercredi

 

    Lu sur FB chez Nicole Masson une sorte de roman qui bien tourné rendait presque plausible l'hypothèse d'une Penelope Fillon embringuée à l'insu de son plein gré dans les opérations de grand banditisme de monsieur :

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On notera qu'en ce moment les femmes des hommes politiques en vue, pourtant fort éduquées à l'art du paraître, ont l'air d'otages contraintes face caméra à des déclarations Ils me laisseront la vie sauve si vous payez la rançon.

Je commençais presque à y croire, et c'est vrai que c'était plutôt cohérent (chez les ultra-conservateurs, la femme est au foyer, active à l'intendance, pas le nez dans les comptes ni à l'extérieur à travailler), lorsqu'est apparue la Une du Canard Enchaîné de demain : 

Ils estimaient peut-être en avoir dit assez pour que la candidature de l'indélicat n'ait plus lieu d'être. Puisqu'il a persisté, ils poursuivent les révélations :

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Décidément, ça coûte cher l'entretient d'un château. 
S'il s'agissait d'un cas isolé, on pourrait s'en gausser.

Seulement il est loin d'être le seul, même si son cas est d'école puisqu'on a de la part de ce candidat toutes sortes de déclarations contre "L'assistanat" et très virulentes contre la corruption et l'irréprochabilité nécessaire des hommes politiques.


L'état de notre classe politique en France est effarant. Je crois qu'on tient une sorte de record. Tant d'entre eux se sont pendant des années comportés comme si l'argent public était le leur.
Et lorsqu'on les surprend, tels des enfants trop gourmands les doigts dans le pot de confiture, ils n'ont pas même la décence de démissionner de leurs fonctions ou d'abandonner la campagne électorale en cours. Ils sont tous victimes d'immondes machinations, non, vraiment, ils n'ont rien fait.

 


Merci André (au sujet d'Alep)

Sur le mur d'André Markowicz, je lis ceci ce matin :

"Sur Alep.

Il y a Poutine. Ce qui se passe à Alep est très exactement ce qui s’est passé à Grozny pendant la deuxième guerre de Tchétchénie, il y a n’aucune différence, d’aucune sorte : destruction totale des bâtiments, de toutes les infrastructures (hôpitaux, canalisations, tout ce qu’on peut imaginer), avec un ciblage privilégié des lieux symboliquement tenus en dehors de la guerre, comme, justement, les hôpitaux, massacre indifférencié de tout ce qui se trouve là, destruction des cadres, — volonté de terroriser la population pas seulement sur le moment, mais pour des décennies, de façon à ce que la mémoire de la répression prévienne, pour des dizaines d’années, toute volonté, toute possibilité, de révolte. Pour que les gens transmettent cette terreur comme dans les gènes, comme ça se passe au Caucase. Il y a Poutine, et ces autres démocrates que sont les Iraniens. Et il y a Assad, qui est, en Syrie, ce que Kadyrov est en Tchétchénie. Il y a ça — cette horreur, constante. Avec, comme toujours, la propagande et la contre-propagande, si importante dans le cas de Poutine dont le régime mène une guerre totale, — à la fois planétaire et minuscule, par les missiles comme par FB, pour qu’on en arrive presque à douter du fait qu’il y a un massacre qui se déroule, là, maintenant.

*

Mais, — en même temps. Je lis « les rebelles » qui résistent à Alep, ou qui, aujourd’hui, sont évacués d’Alep, ou ne le sont pas, — mais, ces « rebelles », qui sont-ils ? Quand je regarde qui ils sont, quels sont les groupes et groupuscules en présence, — d’après ce que j’essaie de trouver dans la presse... Qu’est-ce que c’est que cette coalition d’intérêts opposés ? Qui les dirige, sinon des milices d’Al Qaida ? Et est-ce qu’Al Qaida (appelez ça Al Nosra, ou comme vous voulez) vaut mieux qu’Assad ? Est-ce que ce ne sont pas les mêmes, au bout du compte ? — Avec cette différence majeure qu’Assad est soutenu par Poutine, et possède l’appareil d’un Etat, et qu’Al Qaida est soutenue... par les Etats-Unis. Aussi invraisemblable que ça sonne. Alors, moi, comment puis-je me sentir solidaire des « rebelles » ? Des gens — évidemment que oui, victimes des « rebelles » et d’Assad. Mais... des « rebelles »... non.

*

Et puis, je lis que nous sommes impuissants, que nous sommes indifférents, que nous ne faisons rien. Mais, je ne sais pas, que voulez-vous que nous fassions ? C’est qui, « nous », d’ailleurs ? — S’il y avait quelque chose à faire, — et il faut rendre justice à François Hollande sur ça, — c’était d’intervenir militairement au tout début, en 2013, quand il y avait une chance réelle que l’opposition non-religieuse, démocratique, au régime d’Assad puisse prendre le dessus. La France était prête à le faire, quand, au dernier moment, Obama a fait machine arrière — signant, du même coup (on le voit aujourd’hui) la fin de la « super-puissance » américaine. Dès lors, ce sont les factions islamistes qui ont gagné, massacrant à l’envi, imposant leur dictature à toutes les populations, les tenant en otages, et se massacrant entre elles, puisque c’est le chemin normal des extrémismes, de générer sans fin des extrêmes encore plus extrêmes. Al Qaida est ainsi devenue l’ennemie de Daesh.

La France ne pouvait pas faire la guerre toute seule en Syrie. Elle n’a donc rien fait. Hollande n’a pas, publiquement, dénoncé le renoncement des USA — je ne me souviens pas, aujourd’hui, qu’il l’ait fait. Il s’est tu, j’ai l’impression. Il aurait dû parler — mais s’il l’avait fait, il aurait mis au jour la faillite de l’Occident, il aurait affiché la catastrophe. Et tout était joué. Notre Munich à nous, il s’est passé ce jour précis.

Que voulez-vous que nous fassions, maintenant ? Ou qu’aurait-il fallu faire pendant cette bataille ? Attaquer les avions russes ? Envoyer, là, maintenant, un corps expéditionnaire ? Et contre qui ? Et pour soutenir qui ?

On se retrouve, ici, pour ce fragment de Syrie, dans la situation de Grozny en 2002. Et que se passe-t-il ailleurs dans le pays ? Et Palmyre, qui vient d’être reprise par Daesh... Et, par exemple, que va-t-il se passer avec les Kurdes qui se battent, avec acharnement, une fois que les USA les auront abandonnés, là encore, à Poutine et aux Turcs ?

C’est loin d’être fini... et ce sera de pire en pire."

 Je crois hélas qu'il a raison.
 (et ce sentiment d'impuissance, extrême et désespérant) (après m'être réjouie prématurément en entendant ce matin que les civils (ou : des civils ?) avaient enfin été évacués de la ville détruite (sauf que c'étai, semble-t-il, en bus pour aller à 20km de là et après avoir incendié ce qui pouvait encore rester de leur appartement (1)))
 
(1) Flash d'info de 6h30 sur France Culture
 

Laissons l'ultra-capitalisme cantonné au monde marchand


    Avec mes premières expériences professionnelles à la fin des années soixante dix du siècle précédent, j'ai pu mesurer de plein fouet l'évolution qui a fait que tout devait être rentable, profitable et managé. J'ai vu la banque passer d'un métier de service à un job de placement produits sans souci qu'il convienne au client, j'ai vu les incitations à mal travailler (pardon, à refourguer le plus possible de came à le plus possible d'un portefeuille clients) se transformer en avertissements envers ceux qui s'efforçaient de maintenir une cohérence dans leur travail. J'ai vu comme ce processus s'étendait peu à peu à tous les domaines, y compris les transports en communs, l'approvisionnement en énergie, les télécommunications, la santé. J'ai vu le service postal se transformer en une banque que ça gave de distribuer le courrier. J'ai vu que lorsque parfois une petite entreprise se mettait en tête de bien faire les choses, plaçant l'usager-client au centre de son travail, et que ça marchait, elle se faisait systématiquement racheter par plus gros, ceux qui font du business et ne satisfont le client qu'en surface, en faisant semblant.

Le système de retraite qui était une solidarité générationnelle est déjà à terre ou presque. La sécurité sociale n'est plus que l'ombre de ce qu'elle fut. On vend nos soins et notre grand âge à des assurances privées qui nous virerons si nous manquons de rentabilité. Ou augmenterons leurs tarifs de façons si dissuasives que nous ne pourrons plus nous les accorder.

Parce que voilà, oui, ce qui concerne la personne, les services nécessaires au quotidien de base, les soins, si l'on souhaite que le plus grand nombre y ait accès ça n'est pas rentable, ça n'est pas fait pour, il ne faut pas mégoter. 

Éviter les gaspillages, et sans doute qu'il y en avait, et qu'il y en a encore dans certaines administrations, était sans doute nécessaire, mais pas de limiter le nombre de ceux qui travaillent sur le terrain, de ceux qui sont au service des autres, de ceux qui sont utiles même si cette utilité ne dégage aucun autre bénéfice que la survie de son prochain. Tout simplement parce que le prochain prochain peut être nous-même, nos proches, nos vieux parents, nos enfants.

Je suis navrée qu'on ait laissé l'ultra-capitalisme tout ronger, jusqu'à porter atteinte aux domaines où la rentabilité ne devrait pas entrer en ligne de compte, ou peu. La manifestation du jour des infirmières et infirmiers ne devrait pas avoir de raison d'être dans une démocratie saine et évoluée, la nôtre est malade et à moins d'être riches les malades ont de moins en moins accès, par manque de personnel, à des soins de qualité.

Rappelons que lorsqu'il est question de réduction des coûts, ceux qui sont à des niveaux importants de décision, ne proposent jamais (ou presque) de donner l'exemple en réduisant leurs propres émoluments ou leur niveau hiérarchique. Alors que ce sont les emplois de terrain qu'il faudrait systématiquement favoriser et valoriser. Là où le travail réel se fait. 

Que les champions des parts de marchés et de la rentabilité restent dans leur zone de jeu favorite, le monde des échanges marchands, là où se faire le champion de l'expansion tue moins directement (1). La solidarité et le soin ne sont pas fait pour être rentables ou économiques, ils sont fait pour aider (2). Et pour aider les gens il en faut d'autres et qui puissent travailler dans de bonnes conditions. On ne devrait pas avoir à se battre pour pouvoir bien bosser. 

 

(1) Au bout du compte aussi, vu que la planète en crève de notre surexploitation surproduction surpollution mais disons que c'est encore un autre débat.

(2) Et dans un pays comme la France ce n'est pas l'argent qui manque il est surtout mal réparti, mal employé. 


Plus tard nous nous demanderons

 

    Plus tard nous nous demanderons comment nous avons pu ainsi nous laisser voler d'une part devenue si importante de notre vie privée, comment nous n'avions pas vu ce hold-up généralisé.

Quelques éléments de réponses sont donnés ici : 

Internet, applis mobiles : Tenons-nous encore à nos données ?

Et grand merci à Adrienne Charmet Alix qui explique les choses avec tant de clarté (et de détermination)


La fin d'une certaine correction


    Bel article transmis par Anne que je remercie sur les difficultés de la profession de correcteurs, en voie de disparition (je le savais, et le constate chaque jour dans mes lectures de libraires) même chez les plus réputées des maisons d'éditions (je l'ignorais, croyant encore qu'elles tenaient à maintenir leur qualité). 

Je suis la première à avoir une orthographe parfois incertaine surtout par ici où le manque de temps me fait le plus souvent jeter des billets sans aucune relecture : il y a un RER à attraper, un bus à ne pas râter, un départ à ne pas différer sous peine d'arriver en retard au travail, ou c'est la fin de ma pause déjeuner et je dois vite reprendre le collier. Je suis également favorable à l'évolution du langage. Une langue figée meurt peu après. Mais je sais que c'est important dans les écrits officiels, qu'ils maintiennent au moins un niveau de référence. 

Édouard Launet conduit le raisonnement jusqu'au bout : "La suppression progressive de la correction et de la préparation de copie dans le monde numérique comme sur le papier, c’est une accumulation de petites violences faites aux lecteurs, de microbarbaries en apparence anodines mais qui, en se multipliant, font du langage un véhicule plus incertain, charriant des idées imprécises. Et à terme une démocratie approximative?" et je crains fort qu'il n'ait pas tort.


L'entreprise, ce monde totalitaire où est encouragée officiellement la délation

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Curieuse de savoir où étaient censées s'établir les limites dans un monde où les nouveaux outils n'ont pas eu le temps d'établir les usages et où les avis peuvent encore diverger sur ce qui se fait ou pas (le plus souvent selon que l'on considère les lieux d'échanges électroniques comme une place virtuelle et que ce qui compte c'est la vie d'en vrai, ou que l'on mette du poids sur ce qui s'échange sur les internets), j'ai lu ce compte-rendu de tchat sur le site de L'Usine Nouvelle. C'était instructif (1) et édifiant.
L'ensemble confirmait d'ailleurs bien à quel point l'Entreprise est désormais un monde totalitaire dans lequel toute réserve émise fait figure de manque de loyauté. J'ai connu d'autres temps où la critique négative constructive était admise voire appréciée - signe d'implication, signe qu'on ne s'en foutait pas -. Mais les années 90 ont été fatales à cette relative liberté. On courrait alors davantage que le risque d'être mal vus, peu primés, pas augmenté (les flatteurs le plus souvent s'en tiraient à meilleur compte et grâce à eux des décisions débiles et contreproductives furent prises allègrement (nous avons tous des exemples, dans tous les domaines d'interventions)), celui de se faire virer. La franchise n'avait plus droit de citer.

En lisant l'article dans son intégralité je me suis rendue compte qu'un pas de plus avait été franchi : il est à présent non seulement encouragé d'être délateur (cf. copie d'écran) mais c'est considéré comme du "reporting qui vous incombe" (cas d'une hiérarchie intermédiaire ayant constaté que sur un réseau social un subordonné dénigrait l'entreprise). Je comprends mieux certaines attitudes que j'ai pu constater ou qu'on m'a rapportées au long des dernières années et qui m'avaient surprise : en fait les personnes pensaient probablement faire leur boulot en signalant ce qui à leurs yeux était un manquement. Je persiste à penser, mais ne suis plus concernée, que la seule attitude convenable consiste à en parler en privé avec le ou la principale intéressée. Sans doute suis-je vieille école.

Et je persiste à me demander comment il a été possible que les valeurs s'inversent si vite, entre loyauté et déloyauté. La loyauté faisant jadis équipe avec la franchise alors que désormais c'est une attitude sournoise qui est considérée comme loyale [à une entreprise]. 

 

(1) Au passage j'ai compris à retardement que le compte de Ryanair n'avait pas été piraté le soir du match (je croyais que les touitons RT ce cruel rappel car ça les faisait marrer qu'ils se soient fait hacker) ; en fait non c'était quelqu'un qui travaillait pour la com' de l'entreprise qui avait oublié qu'il n'était pas connecté avec son compte perso (hypothèse la plus gentille à son égard)


Quelque chose ne va pas (répression)

 

 

    Je me suis réveillée ce matin avec les infos qui déroulaient à la radio (1). M'ont définitivement sortie des serres du sommeil, les propos de témoins dont une femme venue en famille, qui attestaient d'une volonté délibérée des forces de l'ordre de scinder le cortège, empêcher ceux qui ne tenaient pas à être dans des affrontements de s'en aller, envoyer les lacrymos. 

En situation financière peu confortable, avec un nouveau boulot stimulant qui requiert l'essentiel de mes forces et la mise en place d'un nouveau rythme de vie, d'une nouvelle organisation, subissant une certaine distance due à l'expérience et à l'âge, je me tiens à l'écart des manifestations dont j'ose espérer qu'elles sont le signe d'un sursaut populaire saint. De toutes façons, physiquement je n'ai pas les forces suffisantes, ni aucun le don de bilocation. Il n'en demeure pas moins que je suis ce qui se passe, du moins j'essaie.

Or ce que j'ai entendu aux informations ce matin rejoint de nombreux autres témoignages d'amis qui se bougent ou participent, c'est la troisième fois que j'entends parler de séparation d'une manif jusqu'alors calme par les forces de l'ordre, de "ils n'ont même pas attendus la dispersion", "La moitié du cortège venait d'arriver seulement", "On était bloqués alors que ça commençait seulement à vraiment avancer", sans parler de nombreuses mentions d'envois de lacrymos, y compris par des personnes qui n'auraient pas dû être concernées :

Capture d’écran 2016-05-02 à 11.48.42(lien)

Certains de mes amis ou connaissances sont de ma génération, certains de solides militants, tous me disent n'avoir jamais vu une telle violence délibérée. 

J'ai vu aussi nombres de photos sur twitter que je n'ai pas nécessairement relayée y compris quand j'avais confiance en qui les diffusait : je suis bien placée pour savoir qu'une image peut provenir d'une apparence trompeuse, sans parler de celles dont la provenance se dilue ou risque d'être le fruit d'un recyclage (au passage merci à Samuel Laurent qui inlassablement tente d'endiguer la propagande d'extrême droite et leur usage des fakes). 
Également cette video et le récit qui la complète : 

On ne sait jamais ce qu'on filme (video + témoignage sur médiapart)

Alors je me dis que décidément quelque chose ne va pas, qu'à l'heure où le combat devrait être contre le terrorisme, il semble se diriger contre le peuple. Par un gouvernement dont les membres se sont fait élire sur un programme politique qui se voulait en sa relative défense. On a depuis un bon moment pigé que l'on avait été trahis mais de là à ce que la répression sous ce règne précis soit plus féroce qu'elle ne l'était sous les régimes de droite, et provocatrice alors que par ailleurs l'heure est grave et que la nation devrait être plus unie que jamais, il y a de quoi se poser des questions. 

Ce matin je me suis aperçue grâce à Dom Moreau, qui est plus active et mieux renseignée que moi, que je n'étais pas la seule à me les poser, qu'elle avait évoqué ce qui se passait dans un statut du 30 avril dont je me permets de citer l'essentiel, ça me semble important :

"Michel Blazy (https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Blazy) diffuse aujourd'hui sur instagram la photo, prise par son fils, des blessures d'une étudiante inscrite aux Beaux-Arts de Paris. Il intitule sa publication : "Violences policières - 28 avril ‪#‎NuitDebout‬". Il écrit avoir assisté lui-même aux "événements".
Je poste ceci parce qu'il me paraît un peu simple de dire que les CRS ne s'en prennent qu'aux casseurs. Et je suppose que si cet artiste cinquantenaire (tiens, né le même jour que moi!) rend cette photo publique, c'est qu'il pense de manière similaire.

Pour preuve, ces autres témoignages-images.
"On ne sait jamais ce qu'on filme" disait Chris Marker. Matthieu Bareyre et Thibaut Dufait, son ingénieur du son, ont capté ces images dans la nuit du 28 avril, lors de l'évacuation de la place de la République à Paris. On y voit clairement quatre coups assénés par des CRS sur la tête ou le corps de plusieurs manifestants, alors que ceux-ci sont déjà menottés et qu'ils ne montrent aucun signe de résistance. Le réalisateur (en repérage pour un prochain film) et son ingénieur du son affirment avoir été pris à partie verbalement et physiquement par les policiers.
Dont acte. https://www.youtube.com/watch?v=geKfJw9AaRM&feature=share

Et puis encore celle-ci, de violence policière injustifiée ce même jour du 28 avril : ça se passe en plein jour, durant la manifestation - pas pendant l'évacuation -, un jeune homme est occupé à mettre du sérum physiologique (utile en cas de gaz lacrymogène) dans les yeux d'une jeune fille, statique et adossée à un bâtiment. Il est subitement bousculé et molesté à coups de matraque par un policier. S'il a fait quelque chose de répréhensible, pourquoi ne l'arrête-t-on tout simplement pas, en respectant ses droits (notamment celui de ne pas être matraqué) ?! Un photographe présent est lui aussi molesté. https://twitter.com/Simon_Guillem…/status/726331867318878208
#NuitDebout"

Sans parler de plusieurs compléments : 
manif du 1er mai ;
Il y a quand même des trucs bizarres

Bref, que se passe-t-il, pourquoi une violence à ce point déchaînée, et de la provocation de la part des forces de l'ordre, visiblement systématique - jusqu'à la manif du premier mai qui par tradition est plus familiale, toujours officielle, et généralement respectée -, et de la casse si mal déguisée ? Pourquoi plus que par le passé ou plus que contre d'autres mouvements chercher à ce point à discréditer cet élan actuel ?

Est-ce que ça aurait un rapport avec les Panama papers qui n'auraient pas encore tout dévoilés ? Est-ce que les oligarques qui viennent de voter avec un bel ensemble, du PS (fors quelques exceptions) au FN, une loi pour protéger le (prétendu) secret des affaires, seraient à ce point sur le pied de guerre qu'ils paniquent, ne serait-on pas au bord de quelque chose de si fort qu'il donne aux pouvoirs cette envie de recours à l'artillerie lourde (au sens presque littéral) ?  

Ce n'est pas sans me rappeler le début des années de plomb, ce moment en Italie où tous ce sont ligués à partir de 1969 (attentat de la piazza Fontana) pour créer l'insécurité nécessaire à l'empêchement d'un accès du PCI au pouvoir et au déclenchement d'une violence armée à gauche répressible et copieusement réprimée (2). 

L'histoire ne se répète pas. Il n'empêche que parfois le paysage présente quelques similitudes.
J'espère me tromper.

 

(1) Journal de 7h France Culture 02/05/16
(2) Tandis que les auteurs réels des attentats les plus sanglants n'ont pas été trop fort ennuyés, l'un d'eux au moins coulant des jours protégés au Japon.

 

addenda du 02/05/16 18:30 
Entre temps d'autres témoignages en particulier de personnes qui n'étaient pas ou plus dans la manif. mais se rendaient quelque part en métro.

- Dans le métro parisien un soir de 1er mai  (par deux témoins)
- Scène d'angoisse dans le métro parisien en marge du 1er mai (Métronews) ;
J'ai vu également passer le début d'un article sur un jeune de 15 ans arrêté à Marseille et qui aurait été traité ou plutôt maltraité comme un adulte, mais je n'ai pas pu recouper ni lire en entier - reste donc à confirmer -.

 

 

 


Se bouger mais comment ?

J'ai lu ceci ce matin chez Zythom, où j'avais un retard de lecture certain :  

"Moi qui rêvais d'une France accueillante, montrant l'exemple, où le partage non marchand de la culture ferait la joie des cours de récréation, où les lanceurs d'alertes pourraient trouver refuge, où les réfugiés pourraient créer de la richesse et de l'emploi, où la justice pourrait faire son travail, où les cumulards seraient montrés du doigt, où la Liberté serait défendue avec des décisions politiques historiques ("A la terreur, nous répondrons par plus de démocratie")...

Je me suis dit, devant mon écran d'ordinateur, du fond de ma petite vie peinarde : MAIS PUTAIN Y VA BOUGER SON GROS CUL CE CON !" 

(le billet entier est que je partage à tous point de vues, y compris dans la chronologie des choses, sauf en ce qui concerne "ma petite vie peinarde" (dommage pour moi, j'aimerais bien)) (mais peinarde par rapport à celle des réfugiés, des sans-abris, de ceux qui ont été touchés personnellement par les attentats récents, et j'en suis consciente) (J'y ajouterai le fait que la fin de vie dans la dignité, qu'on puisse au moins mourir comme si on vivait en Belgique ou en Suisse, a été abandonnée alors que ça ne coûte rien de respecter les croyances de chacun (j'ai parfaitement le droit que mon athéisme et mon humanisme le soient) et que ceux qui croient autre chose n'y aient pas recours).

Je trouve en fait que le gouvernement se bouge assez mais qu'il se bouge contre les gens (le peuple) au lieu d'être celui qui les représente et les défend face aux intérêts des grands groupes financiers et autres puissants. Depuis le vote du mariage pour tous, qui était un engagement respecté (même si péniblement) il se comporte en cheval de Troie.

Les attentats de 2015 ont servi à mettre en place un arsenal répressif inquiétant et impressionnant.

Cette semaine et alors qu'on devrait se sentir protégés par les forces de l'ordre devant la menace terroriste on a vu des manifestants - normalement en France manifester on a le droit et des images qui ont circulé donnent assez peu l'impression que les personnes tabassées faisaient partie des casseurs, les racistes de dimanche dernier à Bruxelles ont été traités semble-t-il avec plus de ménagement -, battus et brutalisés. Ce qui fait qu'on se sent attaqués de tous les côtés, ceux qui se révoltent en tombant dans la pire barbarie, ceux qui sont censés nous défendre et nous frappent (ou nos enfants qui tentent de défendre leurs possibilités d'avenir, ce qui est pire). Alors qu'en mai 2012 on avait quand même entrevu un vague espoir, non d'aucun grand soir, mais de quelque chose de plus humain, au moins de respectueux dans les difficultés.   

J'avoue ne pas savoir quoi faire. Aucun parti ne représente mes idées, celui qui était l'un des moins pas proches s'est révélé le plus traitre jamais rencontré (1). Je n'ai pas trop la force physique d'aller manifester, et j'aimerais pouvoir le faire "pour" quelque chose (en faveur de). Comme je démarre dans quelques jours un nouveau travail, j'ai beaucoup à faire pour la simple survie de l'organisation familiale et son budget en perpétuelle précarité. Trop la tête dans le guidon (au sens littéral : en train de rendre mon vieux vélo opérationnel pour me rendre à ce travail sans dépenser ni polluer), pour participer à une lutte. Je suis de loin ceci sans pouvoir y contribuer - et en me demandant, oui mais au bout du compte, qui ? et est-ce qu'il respecterait aussi peu ses engagements que l'élu actuel ? -, ni financièrement ni en temps (je serai au travail au prochain jour de meeting annoncé, et très heureuse d'y être, car si contente de pouvoir à nouveau exercer mon métier) (et on en est là : voilà qu'on croirait un privilège insensé).

Pendant ce temps en réaction à la violence depuis plus d'un an par ici (Paris, Bruxelles ...) déchaînée je vois la haine, les haines, s'exacerber et sans rien pouvoir faire pour endiguer, les gens ont peur, sont en colère, on ne peut plus les calmer par des paroles d'apaisement, certains veulent se venger. Plusieurs conversations ici ou là m'ont laissée épuisée, tout ce que j'étais parvenue à faire était de montrer qu'on pouvait aussi rester tolérants et raison garder, ne pas vaciller face à leur propre violence, ne pas participer à la terrifiante mayonnaise en train de se monter. J'étais la pauvre vieille humaniste qui avait tort et qu'on n'enfonce pas davantage parce qu'on l'aime bien et qu'en temps de paix elle est quelqu'un de marrant et nous fait bien rigoler.

Je n'ai aucun pouvoir, aucun moyen financier, pas ou peu de temps ou d'énergie disponible. Je n'ai que mon futur bulletin de vote et en 2017 je sais qu'il risque d'aller vers un parti dont je ne partage pas les idées simplement pour éviter qu'un autre de dictature et de haine des autres (et économiquement catastrophique et incohérent) l'emporte. Se bouger, j'aimerais bien, mais comment ? 

 

(1) En 1981 au moins il y avait eu quelques bribes de promesses tenues même si le tour de vis de 1983 avait mis fin à tout espoir de vie moins dure pour les gens moyens.


Quand l'inélégance sonne comme un aveu

 

    Comme bien d'autres blogueuses et touiteuses, Manuela Wyler s'était émue en mai 2015 du "marketing rose", dont il est question plus énergiquement depuis l'automne : un certain nombre d'associations et d'organisations se sont saisies de l'engouement pour la course à pied et du prétexte plus particulier de la collecte de fond pour lutter contre le cancer du sein, afin de faire quelques profits sous couvert de bienfaisance. Elles reversent certes des sommes parfois conséquentes à la cause soutenue mais qui dans certains cas se révèlent faibles en pourcentage des dons récoltés.

J'avoue pour ma part être toujours mal à l'aise lorsque des événements sont censés récolter des fonds pour des causes que nos impôts devraient servir à financer, et être très réticente face au mélange des genres : lorsque des entreprises s'appuient sur une part de bénévolat (au prétexte qu'il s'agit de quelque chose auquel chacun est heureux de participer ou que la cause est généreuse) tandis que certains dans l'affaire sont dûment rémunérés, en tirent un emploi ou des contrats pour leur société. 

Après, comme bien des petites gens de bonne composition, il m'arrive de participer à des courses, depuis plusieurs années je participe avec bonheur à Odyssea, heureuse que cette course existe, et plus d'une fois dans différents domaines, j'ai été parmi les bénévoles de service et malgré tout contente de contribuer à quelque chose qui semblait quand même bien, au moins dans l'intention. Dans ces cas-là ne sommes-nous pas un peu complices ? Je me pose des questions.

Manuela Wyler, elle, a pris le temps de se renseigner plus précisément, et s'est penchée sur le cas d'une association de sa région. 

Laquelle, s'estimant diffamée (c'est son droit), avait peut-être d'autres moyens de réagir que de porter plainte contre la blogueuse. C'est déjà assez inélégant en soi, d'autant plus que le billet ne profère pas d'insultes, il atteste de doutes et d'une exaspération ; et surtout susceptible d'engendrer un bel effet Streisand

Quand en plus il s'agit de quelqu'un de malade - son blog est essentiellement sur le quotidien des soins, l'évolution d'une telle maladie, un témoignage très utile aux autres patientes atteintes et aussi à toutes celles qui peuvent être concernés un jour - et qui dans ces certains posts n'a pas caché que l'espérance pour elle se réduisait, ça semble absurde. Et je me surprends, alors comme je l'ai dit que je suis quelqu'un qui participe à certaines courses, et donc censément favorable à ce qu'elles existent, à me poser la question de ce qu'il y aurait donc à cacher de si grave pour s'en prendre à quelqu'un en probable fin de vie.

Après cet article de Renée Greusard pour Rue89-Le Nouvel Observateur et qui me paraît bien documenté, 

Une association anticancer poursuit une blogueuse malade du cancer

il est difficile de ne pas se poser la question.