"The radium girls" de Kate Moore

(Au départ un thread sur Twitter mais ça mérite bien un billet)
 
Alors comme le "Feel good" de @thomasgunzig m'avait donné la pêche et du courage et aussi pour éviter d'enchaîner avec un autre roman que j'aurais forcément trouvé fade, j'ai attaqué cette lecture-ci dans la foulée. C'est passionnant, mais quel coup de poing même en s'y attendant
 
 
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Il s'agit de la terrifiante histoire des jeunes femmes qui travaillèrent au début du XXème siècle dans des usines où l'on utilisait le radium en particulier pour créer des aiguilles fluorescentes sur différents appareils. Elles travaillaient au pinceau.
 
 
Pour davantage de précision et de rendement, et aussi parce qu'à tremper dans l'eau les pinceaux durcissaient, elles le passaient sur leur langue entre deux tracés.
Le livre relate leur long combat pour faire reconnaître comme maladies professionnelles les cancers et autres conséquences qu'elles subirent, et obtenir prise en charge des soins et dédommagements.
Dès le début certaines jeunes femmes s'étaient méfiées, assez vite des médecins consultés furent sur la bonne piste, l'un d'eux obtint même de visiter les locaux, mais on ne lui communiqua pas toutes les infos.
 
 
Le pire étant que leurs employeurs savaient, du moins à partir d'un certain moment, et d'ailleurs prenaient des précautions pour eux-mêmes, mais toute la structure hiérarchique prétendait que Mais non, vous ne craignez rien.
 
 
La famille de la première victime décédée dans d'atroces souffrances, fut réduite au silence parce que des avis médicaux officiels prétendirent qu'elle était morte de syphilis, ce qui laissait planer des doutes sur la conduite de la défunte, qu'on aurait pu considérer à titre posthume comme une fille légère (par exemple de dissuasion aux éventuelles protestations). Et quand ça commençait trop à se savoir à un endroit que les jeunes femmes qui bossaient là ne faisaient pas de vieux os, une usine ouvrait dans un tout autre état. Salaires élevés, à côtés marrants (elles brillaient en soirée (au sens littéral)), et hop de nouvelles recrues réjouies arrivaient.
Un degré d'horreur supplémentaire est venu du fait que comme les ouvrières étaient ravies dans les débuts, car ce travail était mieux payé et vraiment moins pénible que la plupart des emplois d'usine, lorsqu'il y avait besoin de recruter, elles en parlaient à leurs sœurs et cousines et amies. Ce qui fait que des familles se sont retrouvées décimées ou des voisinages entiers.
 
De nos jours ça n'est plus le radium, mais je reste persuadée qu'on fait peu de cas de la santé des gens quand beaucoup d'argent peut être gagné par qui les emploie.
 
C'est un livre formidable ... dont je n'ose pas trop conseiller la lecture, tant il est dur, les pathologies déclarées atroces, et le cynisme des employeurs absolu. Avec en arrière-plan une façon de considérer que ça n'était pas (si) grave, ça ne concernait que des femmes et qui n'avaient pour la plupart qu'une éducation primaire. 

Portiques en service

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On se souviendra qu'il fut un temps où dans les gares on passait libres comme des êtres humains dotés de sens civique, qu'on prenait nos tickets à des guichets, généralement assez nombreux et l'on attendait peu. Parfois dans le train même, on croisait un contrôleur, lequel vérifiait qu'on avait bien un ticket et qui nous le marquait du jour avec un petit appareil.

Qu'ensuite étaient apparues des machines dans lesquelles il fallait avancer le ticket, l'usager debout devant. Oublier ou n'avoir pas eu le temps de le faire, ou l'avoir mal fait sans s'en être rendu compte c'était s'exposer à une amende, même le billet payé. Ça s'appelait composter.

Lorsque l'on avait un abonnement mensuel ou annuel, nous étions libre : plus besoin de devoir penser à accomplir ce geste supplémentaire. 

Et puis à un moment, la course à l'équipement et la décision de considérer tout passant comme fraudeur potentiel, a fait apparaître les portiques qui compliquent la vie des honnêtes gens sans empêcher la fraude, les malins parvenant toujours à trouver un moyen.  

Les gares de banlieue ont été progressivement équipées. À Clichy Levallois, quand on vient de Clichy, la disposition des portiques oblige à faire un crochet alors qu'auparavant on passait sur le côté de la gare qui nous correspondait, et que c'était fluide sans le moindre arrêt.

Désormais, c'est la gare Satin Lazare qui est affublée de ces filtres à humains. C'est en soi assez désagréable. Ils ont été mis en service ces jours-ci. C'est l'été, la foule est moindre. On peut passer sans trop devoir patienter. 

Je n'ose imaginer le zbeul que ça sera en septembre quand tout le monde sera rentré, et qu'aux heures de pointe déjà en l'absence de tout dispositif de contrôle ça bouchonnait. En plus qu'en cas de mouvement de foule ça sera l'horreur.

Enfin, dans le sens des départs, nous n'avons pas fini de rater des trains parce qu'au lieu de pouvoir accéder directement au quai il nous aura fallu aux portiques dûment patienter. 

Bref, comme on ne m'a pas demandé mon avis, et que je n'y peux rien, je clame ici bien inutilement mon mécontentement.

 

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Une dame âgée

 

    Entre deux rendez-vous concernant le projet professionnel qui m'occupe actuellement, et comme j'étais gare Satin Lazare, je suis passée aux toilettes publiques car c'était nécessaire et que je préférais éviter d'aller au café. 

Elles sont chères (0,80 € la possibilité du pipi) mais très propres, spacieuses et d'habitude on n'attend pas. Il se trouve qu'à ce moment précis, il y avait un peu d'attente. Ce qui m'a permis de remarquer que la personne qui nettoyait quasiment entre chaque passage, et se soutenait d'une main aux lavabos dès qu'elle pouvait s'arrêter, était une dame âgée. 

J'ai eu beau me dire que j'étais encore en train de me faire le coup d'oublier mon propre vieillissement et ma propre apparence et que peut-être elle n'avait que quatre à cinq ans de plus de moi, ça m'a vraiment mise mal à l'aise de voir quelqu'un qui semblait avoir l'âge d'être à la retraite et une réelle fatigue physique, devoir encore se coltiner un travail si rude et ingrat. 

Le pire étant que la réforme des retraites qui s'annonce va encore reculer l'âge du départ et que déjà la pénibilité de certains emplois n'est plus reconnue comme elle le fut.

En attendant, les toilettes étaient dans un état de propreté remarquable. Mais pour elle, à quel prix ?


Ce texte est capital

 

    Je me permets exceptionnellement de le citer in extenso car il est important que le plus de monde possible le lise et sache : 

L'original est
Article de Gerald Markowitz et David Rosner dans "Le Monde" 

Contaminations : « Les zones mortes, prélude d’une planète sans vie »

Les dégâts environnementaux infligés par l’homme sont irréversibles, alertent Gerald Markowitz et David Rosner, deux historiens des sciences américains, dans une tribune au « Monde ».

LE MONDE |  • Mis à jour le  |Par Gerald Markowitz (historien des sciences) et David Rosner (historien des sciences)


 

La rivière Athabasca (Canada), d’après une photographie de Samuel Bollendorff.

[Dans le cadre de notre opération « Contaminations », nous avons sollicité deux historiens des sciences, Gerald Markowitz (John Jay College of Criminal Justice) et David Rosner (université Columbia à New York) qui ont consacré toute leur carrière à l’étude des pollutions industrielles, notamment le plomb et les polychlorobiphényles. En janvier, les deux Américains ont mis en ligne des milliers de documents internes de firmes (« Toxic Docs ») qui dévoilent les stratégies des industriels pour dissimuler ces crimes environnementaux. Ils lancent une mise en garde sur les conséquences tragiques de notre usage de la planète.]

La planète est un endroit remarquablement résilient. Au fil des siècles, l’homme en a détruit les forêts naturelles, brûlé les sols et pollué les eaux pour finalement constater que, dans l’ensemble, la planète s’en remettait. Longtemps, les villes se débarrassaient de leurs déchets dans les rivières, tandis que les premières usines construites le long de leurs rives disposaient de ces cours d’eau comme de leurs propres égouts ; autrefois sans vie, ces rivières peuvent retrouver une vie foisonnante pour peu qu’on leur en laisse le temps.

Ceux d’entre nous qui ont atteint un certain âge et ont grandi à New York se souviennent sans doute des bancs de poissons morts qui venaient s’échouer sur les rives de notre fleuve Hudson, zone morte il y a peu encore, et aujourd’hui si belle. Les forêts, rasées pour laisser place à des champs, reviendront vite une fois l’homme parti. Il suffit de se promener dans les bois verdoyants de la Nouvelle-Angleterre et d’imaginer, comme le poète Robert Frost, être les premiers à s’émerveiller de leur beauté pour tomber aussitôt sur des ruines des murets de pierre qui clôturaient autrefois les pâturages.

UNE NOUVELLE RÉALITÉ ÉBRANLE LES FONDEMENTS DE NOTRE DROIT DE POLLUER À VOLONTÉ EN CROYANT QUE LA NATURE FINIRA PAR TRIOMPHER

C’est alors seulement que nous en prenons conscience : ces arbres sont encore jeunes, et, il n’y a pas si longtemps, l’homme dénudait ces terres pour y développer pâturages et cultures. Nous nous sommes consolés en pensant que l’on pouvait gommer les atteintes que nous infligeons à l’environnement et que la nature pouvait guérir, à condition de la laisser en paix et de mettre fin à nos comportements destructeurs.

Mais une nouvelle réalité ébranle les fondements de notre droit de polluer à volonté en croyant que la nature finira par triompher. Et de plus en plus, cette réalité met au défi ce réconfort sur lequel nous nous étions reposés. Au cours du XXe siècle, nous avons non seulement modifié la surface de la Terre pour satisfaire notre dessein, mais nous l’avons fait de manière irréversible, au point qu’elle pourrait menacer notre existence même. Nous avons créé des environnements toxiques en faisant usage de technologies inédites et de matériaux de synthèse que la planète n’avait jamais connus.

Lire aussi :   A Anniston, les fantômes de Monsanto

Au début du XXe siècle, des usines gigantesques employant des dizaines de milliers d’ouvriers ont remplacé la fabrication à domicile et les artisans qualifiés pour devenir les lieux de production de nos vêtements, de nos chaussures et d’une myriade d’objets de consommation. La quasi-totalité des objets de notre quotidien provient de ces usines, depuis les plaques de plâtre jusqu’aux revêtements de toit et de sol en passant par nos ordinateurs ou nos environnements de travail. Dans notre cadre de vie, il n’y a rien, ou presque, qui ne sorte pas d’une usine.

Nous savons depuis longtemps que nombre de ces matériaux sont toxiques et peuvent détruire des vies. Si la nature peut se régénérer, certaines de ces substances toxiques tuent des travailleurs qui, eux, ne peuvent pas reprendre leurs vies : dans l’industrie, les ouvriers sont frappés depuis plus de deux siècles par ce fléau qu’est l’empoisonnement au plomb contenu dans les pigments des peintures ; on sait depuis le début du XXe siècle que le mercure tue les travailleurs ; et la poussière de charbon est identifiée comme cause de cancer du scrotum depuis l’époque de William Blake [artiste britannique de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle].

AUJOURD’HUI NOUS SOMMES PEUT-ÊTRE CONFRONTÉS AU SACRIFICE DE L’ENSEMBLE DE LA POPULATION

Mais les matériaux que nous fabriquons en usine n’ont plus rien à voir avec les produits naturels dont ils sont dérivés. Ils sont à l’origine de maladies nouvelles et de dangers auparavant inconnus. Ce sont les ouvriers qui, pour l’essentiel, ont payé le prix de la découverte de ces maladies : angiosarcome du foie causé par l’exposition au chlorure de vinyle monomère, élément constitutif des plastiques PVC ; mésothéliome causé par l’inhalation de poussière d’amiante ; leucémies causées par l’exposition au benzène et à d’autres hydrocarbures aromatiques.

Nous avons toujours sacrifié les travailleurs, victimes d’accidents industriels et de produits chimiques toxiques, mais aujourd’hui nous sommes peut-être confrontés au sacrifice de l’ensemble de la population. Plastiques et produits chimiques : des produits de synthèse que ni l’être humain ni la planète n’avaient côtoyés avant le XXe siècle sont maintenant déversés en permanence sur nos sols, dans les océans et dans l’air. Ces polluants provoquent des maladies, anéantissent les espèces et mettent l’environnement en danger.

A Anniston, plus de 50 ans maisons et deux églises ont été rasées. Tout le monde est parti. Ici, on peut relever des taux de PCB 140 fois supérieurs aux limites tolérées .

Dans les années 1980, les scientifiques ont identifié les impacts environnementaux majeurs de cette cupidité : pluies acides menaçant nos forêts, trous de la couche d’ozone laissant les rayonnements dangereux atteindre la surface de la Terre. Nous avons permis aux industriels de faire usage de notre monde comme de leur décharge privée et la source de leurs profits au point de menacer l’existence même de la vie telle que nous la connaissons. Des espèces disparaissent à un rythme inédit ; les températures moyennes augmentent sur toute la planète, entraînant guerres, famines et migrations de masse.

NOUS SOMMES EN TRAIN D’ENGENDRER UN MONDE DYSTOPIQUE OÙ SEULS LES PUISSANTS ET LES RICHES SERONT EN MESURE DE SURVIVRE, CLOÎTRÉS DERRIÈRE LES MURS DE LEURS ENCLAVES PRIVILÉGIÉES

Nous avons accepté que les ouvriers et le reste de la population soient les principales victimes de cette cupidité, mais nous risquons désormais d’accepter que des régions entières deviennent inhabitables. Tchernobyl (Ukraine) et Fukushima (Japon) sont sans doute les cas les plus connus. Mais le péril, en Europe et aux Etats-Unis, n’est plus un secret : Anniston (Alabama), Dzerjinsk (Russie), les océans et d’autres endroits à travers le monde sont pratiquement devenus des zones mortes où les produits industriels ont endommagé l’environnement de manière irrémédiable.

Alors que nous observons les effets du réchauffement climatique submerger les nations, de nouvelles questions, d’ordre plus existentiel, surgissent aujourd’hui. Nous produisons des matériaux « contre nature » pour l’être humain et la planète ; leurs conséquences sont irréversibles et rendent la vie impossible pour des millions de personnes. Nous sommes en train d’engendrer un monde dystopique où seuls les puissants et les riches seront en mesure de survivre, cloîtrés derrière les murs de leurs enclaves privilégiées. La planète est certes résiliente : elle continuera de tourner sur son axe et d’accueillir la vie. Mais que cette vie prenne la forme d’êtres humains, rien n’est moins sûr.

(Traduit de l’anglais par Gilles Berton)

Gerald Markowitz est professeur d’histoire émérite au John Jay College of Criminal Justice et au Graduate Center de l’université de la ville de New York ; David Rosner est professeur de sciences socio-médicales et d’histoire à la Graduate School of Arts and Sciences de l’université Columbia à New York.


Jan Palach, le football, les affaires d'état et le temps disponible

 

    Je lis ces temps-ci "La vie brève de Jan Palach" d'Anthony Sitruk, dont je pense qu'il est une bonne approche contemporaine pour des jeunes qui n'ont rien su du sacrifice du jeune étudiant tchèque en son temps. Le fait d'allier à la reconstitution des faits historiques le présent d'un homme de maintenant et ses interrogations peut rendre le sujet accessible et c'est bien.

Parmi les questions que l'auteur se pose et nous pose, revient celle de notre apathie face à la marche néfaste du monde, ce que Jan Palach par son geste souhaitait réveiller. C'est quelque chose qui me titille moi aussi, et chaque fois que j'ai pu ou ressenti que je devais militer je l'ai par moment fait. Mais bien des fois je n'ai rien fait parce qu'entre mes devoirs familiaux et mes obligations professionnelles, je ne pouvais guère me libérer.  

C'est ce qui nous sauve et ce qui nous entrave. Le quotidien qu'il faut assumer. Que l'on ne peut jamais laisser bien longtemps entre parenthèse lorsque l'on ne fait pas partie de ceux qui ont les moyens et l'aptitude de déléguer à d'autres leurs tâches du quotidien.

En cette période de resdescente d'euphorie après une victoire de l'équipe nationale à la coupe du monde de football, accentuée par le déroulement d'une affaire d'état - j'ai ri aux premiers jours tant une part ubuesque et burlesque s'exprimait, mais je la trouve effarante et très inquiétante, pas d'illusion sur la suite, ce qui est probable c'est qu'après le vacillement, la surveillance et la répression du moindre mouvement de protestation se feront encore plus fortes, dûment pourvues de validations officielles que cette fois le gouvernement aura pris soin de faire préciser par avance,
(J'espère me tromper)
en cette période donc il est particulièrement flagrant d'à quel point lorsque l'on fait partie du menu peuple le moindre jour détaché de la besogne se paie cher en rattrapage à assurer.

Concernant le football c'est particulièrement flagrant. Du moins pour qui s'y intéresse, même sans nécessairement faire partie de qui le suit au jour le jour au fil des ans. 
Les débuts d'une compétition telle que la coupe du monde s'accompagnent d'un regain d'énergie : on met du cœur à son ouvrage sachant que plus tard dans la journée viendra le moment récréatif de suivre un match. 
Puis pour peu qu'aucune catastrophe n'intervienne et que le tournoi soit réussi, ce qui fut splendidement le cas ce coup-ci, du beau jeu, des buts, on est pris par l'événement, voir la suite devient important. On aménage notre emploi du temps, ou l'on regrette de ne pouvoir le faire.
À un moment les choses s'emballent et l'on met sous le boisseau une part de nos corvées afin de parvenir à rester sur la vague, comme sous sa protection. 
Qu'il y ait défaite à un moment donné ou bien victoire tout au bout, la redescente est presque la même : tout ce qui avait été mis sur le côté reprend ses droits. Le travail nous réclame ou si l'on en a pas d'en retrouver afin d'assurer notre subsistance, le travail de la maison ne peut souffrir une trop longue période sans.
La liesse régresse, y compris pour celles et ceux qui peuvent enchaîner sur des congés : il faudra bien que quelqu'un s'y colle de préparer les repas, faire les courses, les vaisselles ou les lessives, ranger et nettoyer. Il faut surveiller les comptes, de plus en plus souvent rester en lien avec le travail qui ne saurait souffrir d'une période prolongée d'absence absolue.

Le phénomène, la joie et la prévisibilité des étapes en moins reste le même pour une affaire d'état : impossible de suivre de près ses développements si les choses se prolongent au delà de quelques jours. Les spin doctors le savent qui poussent à jouer la montre. La précarité de plus en plus généralisée accroit le phénomène : de moins en moins de boulots sont routiniers, on se retrouve requis-e , rentrant chez soi avec la fatigue de la journée sans forcément la force de faire l'effort de se tenir au jus.

Les consciences ne sont pas nécessairement endormies, elles sont accaparées. Sans pouvoir se permettre de se détacher trop longtemps du quotidien qui nous épuise mais fait qu'on tient. 

Je vous laisse, j'ai à faire. Bien obligée.

 


"Et la parole des femmes [...]"

 

    Bel article de Zyneb Dryef dans Le Monde et qui fait le point sur ce qui aura marqué la fin de l'année 2017, 

Et la parole des femmes se libéra

Je crois que si plus tard je retiens une chose et une seule de l'automne 2017, à raconter plus tard à mes arrières-petits enfants (1), ça sera celle-là, la libération de la parole des femmes, qui n'en pouvaient plus de subir toutes sortes de conduites de pesantes à violentes et de fermer leur gueule soit par peur des conséquences, soit en pensant que c'était ainsi, et souvent en croyant subir une sale conduite isolée. 

Ce qui ne laisse pas de me surprendre, c'est à quel point alors que je suis moi-même une femme, et pas née de la dernière pluie, et ayant aussi subi quelques effets de mauvaises conduites masculines - pas même forcément consciente de leur part, sorte de En toute bonne foi du colonisateur -, j'ai été justement surprise par l'ampleur du déferlement. 

Je crois que de n'être pas sexy, d'être sportive et vêtue le plus souvent à l'avenant, et d'être assez imperméable à la peur, celle qui fait qu'un début d'incident déplaisant peut soudain dégénérer et faire de nous une proie de choix, et prête à coller un bourre-pif à qui m'emmerde, quitte à me prendre un pain en retour mais au moins j'aurais essayé, m'a tenue à l'abri de bien des vicissitudes, jusqu'à l'âge auquel les hommes (hétérosexuels) nous mettent au garage même si nos corps ressemblent encore à ce qu'ils étaient. Je crois aussi que je me suis toujours sentie suffisamment libre pour ne pas me formaliser de certaines tentatives de drague un peu lourdes, dès lors que le gars ne devenait pas menaçant ni agressif devant ma réponse qui disait non, la Bécassine Béate en moi c'est toujours dit dans ces cas-là, Pauvre type comme il doit être seul pour tenter le coup jusqu'à une femme comme moi. Dès lors je n'ai pas perçu le peu que j'ai subi comme des agressions mais comme des moments tristes pour ceux qui ne se comportaient pas d'une façon élégante. Plus d'une fois des approches de drague de rue se sont transformées en conversations : des hommes seuls qui avaient besoin de parler et déjà heureux, et redevenus respectueux du fait que j'aie su écouter sans trop me formaliser de leur tentative déplacée.

Il n'empêche que je n'imaginais pas combien de mes consœurs avaient subi de saloperies et de coups et s'étaient senties ou se sentaient meurtries. Je crois que mon état d'esprit rejoint celui des hommes respectueux - il y en a -, atterré par ce qui fait le quotidien des autres, par l'ampleur des dégâts.

Je me méfie du retour de balancier, mais j'ai l'impression ou du moins l'espoir que puisque le courage a changé de camps : il est désormais du côté de celles qui osent parler et ne plus s'écraser, les choses s'arrangent vraiment et qu'un ré-équilibrage respectueux ait enfin lieu. 

 

 

(1) Comme Alice du fromage je pense que je tiens ce blog pour des lecteurs du futur qui le liront avec le même intérêt amusé (2) sur l'ancien temps que j'avais eu jeune femme à lire le journal de ce sacripant de Samuel Pepys, lequel aurait sans doute justement de nos jours des ennuis.

 (2) du moins je l'espère pour eux, et qu'il n'y aura pas eu deux ou trois apocalypses entre temps.


Des mondes parallèles sans interconnexion (ou si peu)

 

    J'étais au boulot et n'en ai eu qu'un vague écho (merci FIP et ses petits flashs d'infos des heures cinquante, concis mais qui permettent de suivre la marche de ce morceau de planète), l'état s'apprête à rogner à partir de l'automne sur une aide au logement qui concerne pas mal de gens.

Ça a déclenché une tempête multi-médiatique. 

Sur le fond, je ne saurais me prononcer, cet article me paraît assez sain, mais même avec lui a-t-on tous les éléments en main ? 

On a élu en mai un président libéral, il applique ce qui correspond à ce qu'il annonçait, sinon comme programme du moins dans l'expression de ses opinions, on ne peut pas l'en blâmer (1). C'est juste que la somme de réduction annoncée 5 € par mois et par allocataires, visiblement choisie pour sembler dérisoire - allez les pauvres, faites donc un petit effort, fumez moins -, semble effectivement dérisoire et que du coup l'effet fait est plutôt de type : Hein, quoi, le pays va si mal qu'on en est réduits à demander aux gens qu'on est censés aider, de rendre 5 € par mois ?, on dirait nous autres dans les sales fins de mois, lorsqu'on fait les poches de nos manteaux rangés dans l'espoir d'y retrouver, entre deux boules d'anti-mites, un billet oublié.

Ce dont j'ai envie de garder une trace, ce qui me frappe, ce sont : 

- un mépris de classe qui fait froid dans le dos.

On dirait qu'une génération (ou deux) entière a grandi dans l'idée que si tu es pauvre c'est que tu le mérites. Soit parce que t'es bête, soit parce que tu viens d'ailleurs, soit parce que franchement si tu ne t'en sors pas c'est que tu ne bosses pas (assez). 
Sauf que voilà ça ne répond pas ou peu à ces critères là. En fait les deux façons les plus sûres d'échapper à la pauvreté sont d'être nés dans une famille aisée ou d'être malhonnête (ou du moins : roublard).
On dirait aussi que les mêmes méprisants bénéficient d'une sorte d'assurance de bonne santé éternelle. Sont-ils conscients, ces insouciants, que personne à aucun moment n'est à l'abri d'une pathologie qui peut se déclarer d'un coup alors que l'on croyait que tout allait bien, et attaquer y compris ceux et celles qui ont une parfaite hygiène de vie ?
Il faudrait que tous les dirigeants aient lu "Down and out in Paris and London" de George Orwell,on peut être bosseur et intelligent, faire de son mieux pour s'en sortir et manger la misère.


- une ignorance de la valeur de l'argent pour ceux qui sont dans l'autre camp. 

Ces vingt dernières années ceux qui sont parmi les classes aisées ont vu leur pouvoir d'achat vraiment progresser. Pour eux, cinq euros c'est ridiculement rien. Une somme qu'ils n'envisagent même pas. Cinq euros (à leur échelle) ça ne coûte rien. J'ai le souvenir précis d'une cliente fortunée et sympathique (ça n'est pas antinomique, pas forcément) à la libraire Livre Sterling, qui n'avait pas compris qu'un livre de cuisine parmi les soldés ne coûtait que 5 € et m'avait sorti un billet de 50 pensant payer le compte rond. Un objet à 5 € passait sous son radar, tout simplement. Et je pense qu'elle est repartie persuadée qu'on lui avait fait un cadeau de bonne cliente. 
Pour les autres, de plus en plus nombreux, cinq euros c'est se coucher le ventre vide ou pas, selon que tu as pu ou non les glaner, c'est peut-être éviter de justesse de dépasser en banque son découvert autorisé et échapper à une kyrielle d'emmerdes de niveau supérieur. Cinq euros, c'est pouvoir entrer dans un café, l'hiver, boire un truc chaud. C'est s'acheter un coupe-vent bradé chez Aldi (2) et ne pas se faire drincher. 
J'avoue que je ne sais pas comment rendre compréhensible, palpable, aux uns la perception que les autres en ont et vice-versa. Si je suis capable de voir les deux versants c'est que ma situation financière est quantique depuis 2011 : je suis riche et pauvre. J'ai un toit, ce qui n'est pas rien mais je manque le plus souvent de moyens pour assurer confortablement le quotidien. Je sors à peine de six années en working poor de luxe (et de choix : j'aime mon métier qui ne rapporte pas et j'ai tenté de préserver du temps partiel afin d'écrire ; seulement je suis consciente que beaucoup le sont par contrainte, parce que pas d'autres boulots que ceux qui ne nourrissent pas), avec une vie culturelle de rêve, ce que les pauvres gens n'ont pas, ou seulement par brefs éclats.
Ce que les plus fortunés n'imaginent même pas c'est une somme quelle qu'elle soit, même (surtout ?) faible, et qui pour eux représenterait un arbitrage (allez, je n'achète pas ce paquet de clopes), est pour les autres une privation de plus dans un lot déjà existant et peut-être celle de la suppression finale de quelque chose de nécessaire (3), c'est par exemple un déjeuner sur le lieu de travail (4) qui se composait d'un jambon-beurre un demi et un café, et puis tu laisses tomber le demi sinon c'est deux heures de boulot qui y passent, et puis après tout, le café, on peut s'en passer, et puis le sandwich ce serait moins cher si je le rapportais de chez moi et puis un jour, pour les ingrédients d'un sandwich, les 5 derniers euros, l'argent n'y est même pas (mais il faut assurer le travail tout pareil sinon tout serait bien pire).
Le film "Louise Wimmer" peut peut-être permettre de comprendre ça à ceux qui n'ont jamais été concernés. L'héroïne en est une femme qui se bat, rendue pauvre par un enchaînement fort courant de circonstances - son mari l'a quittée pour une autre - et qui malgré qu'elle travaille et d'arrache-pied, n'a pas les moyens de se loger. Souvent, dans les fictions les plus pauvres sont présentés comme possédant un cumul de "handicaps" qui font leurres - alcoolisme, ennuis de santé, problèmes psychologiques ... -, là, on voit une femme qui n'a rien qui va pas, fors le manque de rétribution de ses services et de devoir redémarrer à zéro à un âge où d'ordinaire on peut enfin souffler un peu.
"Le quai de Ouistreham" de Florence Aubenas, dans le même ordre d'idées est respectueux et montre bien la vie telle que pour beaucoup elle est. Ce n'est pas misérabiliste, c'est la réalité d'en vrai. 

Je ne sais pas pendant combien de temps le pays encore tiendra avec de telles failles entre les différents lots d'humains qui le composent, mais on dirait un élastique qui se tend se tend ... et depuis longtemps. De mondes parallèles sans points (ou de moins en moins) d'intersection. 

 

 (1) Ce qui ne signifie pas que j'approuve la mesure, mais je n'éprouve ni surprise ni sensation de trahison.

(2) Ce qu'a fait l'homme de la maison ces jours-ci - mais parce qu'il avait un besoin immédiat de se protéger de la pluie et qu'il a été chanceux -.

(3) Je crois que c'est dans une nouvelle de Carson Mc Cullers, peut-être dans le recueil "La ballade du café triste", que l'on voit diminuer peu à peu la  quantité quotidien de lait dans la bouteille qu'un jeune couple met au frais à sa fenêtre, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de lait, plus rien.

(4) Car tous ceux qui travaillent n'ont pas nécessairement de cantine oh pardon restaurant d'entreprise,  ni de chèque déjeuner. 

 


Et le démarchage politique par téléphone (fixe) survint

Appel 180417 1200

   

    Petit préambule

    Je suis sortie de la phase d'inquiétude pour ma mère, puisqu'elle n'est plus, durant laquelle le moindre appel sur le fixe me faisait manquer un ou deux battements de cœur : les proches appelaient sur nos portables, l'hôpital finalement aussi, un peu les pompiers à la fin, mais globalement, les appels sur le fixe signifiaient une urgence, un nouveau problème.

Ceux qui nous connaissent bien nous joignent sur les téléphones personnels pas sur le vieil appareil dont les appels commerciaux nous ont éloignés.

Un appel ne me fait donc plus sursauter. Mais ça pourrait. Je me mets à la place des gens qui sont à leur tour dans mon cas des mois précédents. Je reste très nerveuse et facilement en colère au sujet des appels non personnels non sollicités.

*            *            *

    Ce midi


    Voilà que repassant à la maison fissa, avant d'aller bosser, j'ai eu la surprise de tomber sur le message vocal ci-dessus, délicatement déposé sur mon répondeur par le 09 70 38 80 00 .

(qui demande de le rappeler donc je n'ai aucune raison de ne pas le diffuser).

D'accord nous ne sommes pas sur liste rouge. D'accord le démarchage politique fait partie de la campagne. Mais il s'agit de tracts que nous pouvons refuser ou de mails que nous pouvons déposer dans l'antispam (1) ou encore de courrier en papier qui peuvent filer à la poubelle. C'est la première fois que nous sommes sollicités par du démarchage téléphonique politicien, fors il y a une quinzaine d'années quelques appels municipaux pour me convier à diverses manifestations culturelles locales : j'avais consenti à faire partie de sortes de petits comités de consultation citoyens pour la bibliothèque et le cinéma et l'on pouvait donc considérer que je l'avais un peu cherché. 

Aucun d'entre nous n'a fait la moindre démarche auprès du mouvement En Marche ! et nous voilà appelés. Chez nous. À l'heure présupposée du déjeuner (2).

Nous voilà donc sollicités d'une manière aussi intrusive qu'en leur temps les cuisines Vogica, sans l'avoir souhaité.

Il se trouve que je suis encore hésitante quant à mon vote de dimanche. Si d'aventure ce candidat faisait partie des possibles de mon hésitation, il vient juste de s'en extraire.

 

PS : Je connais un nombre certain de personnes qui s'apprêtent à voter pour lui mais aucune en mode Hourrah c'est mon héros - toutes en mode Barrage à Le Pen et Fillon et puisque le PS est cramé, allons vers celui-là, donc je les imagine mal refiler mon téléphone alors qu'ils sont fragiles dans leur conviction. 
Par ailleurs s'il s'agit d'une blague, l'enregistrement de la voix est rudement bien imité.

(1) Cela dit je ne suis pas encore parvenue à me débarrasser tout à fait de ceux, particulièrement pénibles, émis par le staff de Jean-Frédéric Poisson et pour lesquels je me demande bien d'où ils sont allés capturer mon adresse mail.

(2) En l'écrivant me vient une vision de cauchemar, celle d'un appel en pleine nuit, je file décrocher afin qu'il ne réveille pas toute la maisonnée et soudain c'est la voix d'Emmanuel Macron, le pas enregistré, le vrai. 

addenda du 19/04/17 fin de matinée : Un ami qui habite en Île de France m'indique que Sarkozy lui avait fait le coup en 2012 - alors que rien ne laissait supposer qu'il fût sympathisant -. Je n'ai pas à me plaindre, finalement.

Reste la question : ce type de tentatives en mode Campagne à l'américaine n'est-il pas en France contre-productif, du moins si l'on n'a rien à voir avec le candidat concerné ? 


Ce qu'est être une femme

 

    "[...] j'ai découvert assez tardivement ce qu'est être une femme, en écrivant Le quai de Ouistreham. Car avant, pour moi, l'essentiel était gagné : les femmes votaient, avaient un compte en banque, travaillaient ... En plus, j'étais journaliste-reporter, je ne me voyais pas comme une femme, ce n'était pas la question, pas l'objet. 
Puis en faisant ce livre, en étant dans la peau d'une femme de 50 ans, seule, qui cherche du boulot, là, vous comprenez ce qu'est être une femme en France aujourd'hui. Ce regard condescendant sur les femmes, [...]" 

Florence Aubenas entretien dans Les Inrocks du 5 au 11 avril 2017

 

Je ne suis ni n'étais journaliste-reporter, seulement ingénieure et à présent libraire. Seulement il m'est arrivé peu ou prou la même mésaventure : dans un job ou je ne me percevais pas avant tout comme une femme, c'était un travail qui nécessitait du cerveau, j'ai avancé dans la vie avec un parfait aveuglement quant à ce monde des grands mâles blancs dans lequel, malgré de gros progrès du moins en Europe, dans les années 60 et 70, nous baignons.

Je voyais aux discriminations des causes explicables, par exemple sur les salaires et les postes intéressants, il était clair que les congés maternités étaient pénalisants (1) et j'ai ainsi eu droit, pour deux enfants, à quatre année sans aucune progression, celles du départ ("Vous comprenez cette année pour vous sera tronquée, ce ne serait pas juste par rapport à vos collègues qui auront fait l'année en entier"), celles des retours ("Vous n'avez pas de prime [ni d'augmentation, faut pas rêver, et je n'en demandais pas tant] cette année, vous venez de reprendre le travail, nous n'avons pas pu vous évaluer"). Seulement voilà, absences il y avait eu, même si c'était rageant, c'était compréhensible.

Et puis les discriminations de type nipotisantes étaient fortes dans ce milieu où certains et certaines, aux diplômes prestigieux (2) ou (inclusif) pedigree parfait, étaient embauchés en tant que hauts potentiels et destinés à des passages rapides aux postes intermédiaires, tandis qu'à niveaux d'études équivalent d'autres étaient embauchés pour souquer, condamnés à rester longtemps sans progresser aux postes où leurs compétences bien souvent les piégeaient.
Du coup, le fait qu'être une femme fût mon principal handicap ne m'avait pas effleuré. Ou seulement par sa conséquence : celui d'être mère de famille et tiraillée sans relâche entre travail et famille. 

Les différentes occasions où je me suis trouvée confrontée à des impossibilités genrées (jouer au foot en équipe, travailler sur un chantier une fois le diplôme d'ingénieur Travaux Publics en poche), j'ai toujours cru, ô naïve, qu'il s'agissait de vestiges d'un ancien temps bientôt révolu. Que j'arrivais simplement un tout petit peu trop tôt. Et que si un jour j'avais une fille, elle penserait que je parlerais de temps reculés si j'en venais un jour à le lui raconter. 

Par ailleurs, je ne suis pas particulièrement séduisante ni jolie, et mon éducation de gosse de banlieue m'a appris à me battre un peu, ce qui sans doute m'a épargné bien des ennuis : les quelques fois où des hommes ont eus envers moi des débuts d'attitude prédatrice, j'ai réglé ça sans avoir eu le temps d'avoir peur, en faisant face ou en filant, et ce fut assez peu fréquent pour que je range ces épisodes dans le casier Bon sang ils sont relouds les mecs une fois bourrés. 
J'ai vécu en couple stable depuis mes vingt ans, et jusqu'à très récemment j'étais totalement inconsciente que ça avait constitué une forme de protection : la plupart des hommes respectent, en tout cas lorsque la femme n'a pas un physique ou une surface sociale de femme trophée une forme de pacte de non-agression.

Il aura fallu les blogs et les réseaux sociaux qui ont libérés les témoignages, que certains hommes se mettent à dépasser les bornes aussi (il y a eu en quinze à vingt ans, un méchant backlash) et qu'enfin je devienne proche d'un homme qui se révélera plus tard et malgré une grande sensibilité et une apparence de féminisme (3) être de ceux qui considèrent tout naturellement les femmes comme des êtres de catégorie B, présents sur terre pour se conformer aux aléas de leurs désirs et qu'ils ne respectent ou révèrent que lorsqu'ils sont, pour des raisons essentiellement d'apparence physique et de jeux séductifs (4), devenus amoureux fous, il aura donc fallu tout ce cumul en peu de temps, pour que j'ouvre les yeux à mon tour et comprenne dans quel monde en réalité nous vivions.

Un livre aussi, d'Henning Mankell (5), Daisy sisters, qui m'a fait découvrir qu'une égalité possible que je croyais effective dans les pays nordiques, n'était pour l'heure qu'une illusion. La situation et les rapports entre les unes et les autres était simplement un peu moins pire qu'en France ou en Belgique, mais (hélas) pas tant.

Sans le faire exprès, j'ai finalement pas si mal lutté puisque je ne me suis jamais laissé dicter ma conduite par cette pression sur les femmes qu'exerce la société. Jusqu'à mon nom que bien qu'étant mariée j'ai conservé. Simplement je n'avais pas conscience d'être un petit rouage d'un plus vaste combat. Et pour moi le combat est contre les normes sociales, contre le poids du conformisme (dont certaines femmes sont les premiers vecteurs), contre le patriarcat, et non contre les hommes, dont beaucoup font ce qu'ils peuvent entre leurs aspirations (et désirs) personnels et le poids des siècles, dont pour le meilleur et pour le pire ils ont hérité (6). 

Il faut donc plus que jamais tenir bon, expliquer, ne pas se laisser faire et continuer.

C'est pas gagné.

 

[je me rends compte en relisant que ça doit assez ressembler à ce que ressentent des personnes que leur orientation sexuelle ou leur couleur de peau conduisent à être traitées différemment dans nos sociétés et qui n'en aurait pas pris conscience tôt dans l'enfance pour peu qu'elles aient grandi dans un milieu d'esprits ouverts ; mais je ne saurais parler pour eux, blanche et hétérosexuelle chanceuse que je suis]

 

(1) D'autant plus que je travaillais dans le milieu bancaire où à l'époque et j'en fus ravie, ils étaient particulièrement longs, permettant de bien avancer le bébé dans sa vie avant de devoir le confier à des tiers pendant qu'on filait gagner notre vie.

(2) La hiérarchie entre Grandes Écoles, ça n'est pas rien.

(3) Même les plus grands chanteurs ou poètes lorsqu'ils se croient entre eux, en viennent à tenir des propos sidérants (et si décevants). 

(4) Certaines femmes sont très à l'aise dans ces partitions là. J'ai toujours pensé que ça revenait à prendre les hommes pour des cons. Et puis un jour j'ai mesuré à mes dépends à quel point c'était efficace.

(5) preuve parmi d'autres que certains hommes ont tout compris et son nos frères humains pas des ennemis.

(6) Par exemple me fatiguent les tâches ménagères, je peux donc parfaitement comprendre que c'était trop cool pour eux d'avoir comme si c'était naturel, les femmes qui s'en chargeaient. Je ne peux nier qu'à leur place j'en ferais autant. M'agace que si j'étais un homme personne jamais (et sans doute pas ma propre conscience) ne me reprocherait jamais d'être un mauvais ménager. 

 

 


Un roman plausible ... jusqu'au Canard de mercredi

 

    Lu sur FB chez Nicole Masson une sorte de roman qui bien tourné rendait presque plausible l'hypothèse d'une Penelope Fillon embringuée à l'insu de son plein gré dans les opérations de grand banditisme de monsieur :

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On notera qu'en ce moment les femmes des hommes politiques en vue, pourtant fort éduquées à l'art du paraître, ont l'air d'otages contraintes face caméra à des déclarations Ils me laisseront la vie sauve si vous payez la rançon.

Je commençais presque à y croire, et c'est vrai que c'était plutôt cohérent (chez les ultra-conservateurs, la femme est au foyer, active à l'intendance, pas le nez dans les comptes ni à l'extérieur à travailler), lorsqu'est apparue la Une du Canard Enchaîné de demain : 

Ils estimaient peut-être en avoir dit assez pour que la candidature de l'indélicat n'ait plus lieu d'être. Puisqu'il a persisté, ils poursuivent les révélations :

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Décidément, ça coûte cher l'entretient d'un château. 
S'il s'agissait d'un cas isolé, on pourrait s'en gausser.

Seulement il est loin d'être le seul, même si son cas est d'école puisqu'on a de la part de ce candidat toutes sortes de déclarations contre "L'assistanat" et très virulentes contre la corruption et l'irréprochabilité nécessaire des hommes politiques.


L'état de notre classe politique en France est effarant. Je crois qu'on tient une sorte de record. Tant d'entre eux se sont pendant des années comportés comme si l'argent public était le leur.
Et lorsqu'on les surprend, tels des enfants trop gourmands les doigts dans le pot de confiture, ils n'ont pas même la décence de démissionner de leurs fonctions ou d'abandonner la campagne électorale en cours. Ils sont tous victimes d'immondes machinations, non, vraiment, ils n'ont rien fait.