Deep sadness


    Le café serré de ce matin de Thomas Gunzig m'a aidée comme sa réponse hier lorsque j'ai entamé, avant que FB ne se réveille, un safety check à la mano. 

Que les amis se manifestent vite a été d'un grand secours. Mais déjà je sais certains d'entre eux concernés par ricochet : même scénario qu'en novembre à Paris ; en touchant une grande ville à des points de rassemblement, on touche facilement presque tout le monde ne serait-ce qu'en second cercle sans parler de tous ceux qui ont eu chaud aux fesses, ils auraient dû ou pu se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. 

En l'occurrence quelqu'un que je connaissais de l'ancienne librairie prend le métro, celui-là tous les jours vers cette heure là mais elle avait congé mardi. Une équipe junior de gymnastique qui fait partie de celles qu'accompagnent quelqu'un qui m'est cher devait s'envoler pour la Chine et être au check in à l'aéroport une heure plus tard. 

C'est les années soixante dix en Italie en pire : à l'époque les types ne se faisaient pas sauter avec leur bombe ce qui laissait peut-être une chance de repérer un "colis suspect". Les attentats suicides sont quasiment imparables, à part de demander à tout le monde de circuler sans sac et nu. Sans compter que les assassins peuvent se faire sauter dans une des files d'attentes créées par les contrôles. 

Plus tard, comme à l'époque, on découvrira de sales collusions. Mais le mal sera fait et des partis de haine auront sans doute pris le pouvoir. Remember Piazza Fontana, remember l'enlèvement et l'assassinat d'Aldo Moro. Il y a ceux qui font le sale boulot exaltés à point, privé d'un usage raisonné de leur cerveau, et ceux qui manipulent qui ne sont pas toujours ceux que l'on croit. Et peuvent même être des ennemis déclarés des exécutants.

Un immense gâchis et des vies broyés pour assouvir la soif de pouvoir de certains. Les dieux et les idéologies ne servent que comme levier pour les petits assassins. Quand on maîtrisera la technologie des robots tueurs ça sera plus simple : il n'y aura plus besoin d'enrobage, juste la programmation. 

La seule réponse possible est de résister à la haine qui s'étend - en France avec son passé colonial et les séquelles de la guerre d'Algérie, elle est si facile à attiser, en Belgique j'espère un peu moins - et de continuer nos activités le plus normalement possible. 

Habitant Paris, ayant grandi les étés en Italie durant "les années de plomb", j'ai toujours eu conscience d'un risque permanent, partout, tout le temps. Ces derniers mois la probabilité a fortement augmenté. Mais il a toujours existé. Je n'ai pas particulièrement peur. Advienne que pourra. Mais je ne me rends que là où ça en vaut la peine. Ça rend exigeant sur nos activités. Il ne manquerait plus que ça que de mourir en se rendant à un boulot où l'on est traité comme un pion. L'ennui devient proscrit. Je ne vais plus qu'à des endroits et retrouver ou écouter des personnes pour lesquelles je serais assez fière si un attentat survenait d'être ramassée. Et il est hors de question que je renonce à circuler en métro - sauf à ce que des contrôles soient instaurés qui rendent l'accès trop compliqué -. J'y vais peut-être davantage en fait : pas certaine qu'en ces temps troublés on ait une nouvelle occasion de se croiser.

Je me suis aperçue que j'avais si peu de haine en moi que je me fais du souci même pour ceux qui aurait plutôt mérité que je profite de l'occasion pour leur rendre la monnaie de leur pièce comme on disait dans le temps. Je m'en veux d'être si peu capable de défense, si facile à attendrir pour l'éternité.
Il y a un immense soulagement heureusement à recevoir des nouvelles des amis, dès lors qu'ils vont bien, on s'aperçoit alors que c'est dommage d'être restés si longtemps sans se voir (1). 

Il y des surprises, il y en a dans toutes situations : ainsi ceux dont on ne se doutait pas qu'ils étaient à Bruxelles et qui soudain écrivent, Oui je devais arriver à l'aéroport mais mon avion est dérouté vers un autre, ne vous inquiétez pas (ah bon, mais d'où reviens-tu ?), ceux qu'on croyait encore habitant en Belgique mais qui sont depuis quelques mois à Paris et avec quelqu'un d'autre (2), celle qui vit à Bruxelles alors qu'on l'ignorait, celui qui a disparu de FB (on le trouvait effectivement un peu silencieux ces temps derniers) et dont on s'aperçoit qu'on n'a plus vraiment d'autres façons de le joindre, celui qu'on croyait seul et qui s'inquiète pour sa femme, celui qui est en Chine (mais répond aussitôt) (Je préférais quand c'était un capricieux volcan islandais qui nous offrait de telles surprises (comment ça : 6 ans déjà ?)), l'amie qui va bien mais reste inquiète pour l'un de ses fils (adulte) et finalement ça y est aussi rassurée (ma propre inquiétude pour des garçons que je n'ai pas vus depuis quatre ans et qui sont sortis si brutalement de ma vie (qu'a-t-on bien pu leur raconter à mon sujet ?)), celui dont on espérait un texto à la mi-journée, au moment de sa pause, il devait bien se douter que c'était difficile. Mais non, rien (3). 

En revanche qu'il y ait des attentats après l'arrestation d'un des suspects de ceux de novembre et le plus recherché n'était pas surprenant. Ne serait-ce que pour une question de "destockage" avant saisies d'autres planques, en plus du côté stratégique. Je pensais plutôt à Paris, supposant Bruxelles sous trop haute surveillance (en même temps : l'un n'exclut pas l'autre, nous n'en avons pas terminé).

Certains politiciens en profitent, on finit par prendre l'habitude, pour faire un concours de la déclaration la plus gerbante. D'une fois à l'autre ils font des progrès dans l'insupportable. Tout ce qui compte pour eux c'est de flatter l'électorat dans le sens du poil, alors au lieu de calmer le jeu, de montrer l'exemple, ils soufflent sur les braises : la colère rend bêtes, flattons l'imbécilité. On préférerait qu'ils se taisent.

On oublie tout ce qu'on avait d'utile à faire. Pour autant je ne suis pas restée scotchée à l'ordi, plutôt en fait, les messages aux amis sur différents outils. On finit quand même au fil des horreurs et des années par intégrer que les infos en continu n'apportent pas grand chose, des journalistes qui répètent en boucle le peu qu'ils peuvent annoncer, des témoins qui tentent de faire bonne figure mais peuvent difficilement dire autre chose que la panique et l'étonnement d'être survivants. 

On attend non sans crainte les listes de victimes, cette sinistre loterie. Une amie sait déjà deux de ses connaissances, peut-être des collègues (je n'ai pas osé lui poser la question), sérieusement blessés.

Je devais lire (pour le métier), n'ai pas pu réellement avancer. Ça n'est pas grave. Sans doute sommes-nous nombreux à n'avoir pas pu faire ce qu'on devait. Les jours suivants il faudra redoubler d'efforts.

Continuer, tenir bon et parier sur la chance.

 

(1) En même temps dans mon cas c'est simple, depuis 3 ans, c'est financièrement trop raide pour m'octroyer le luxe d'un déplacement de pur agrément. Je rêve de retourner à Torino, à Bruxelles, revoir la famille, les amis. Mais il n'y a plus de gras dans le budget, les factures se paient à l'arrache, les impôts, tout (je suppose que nous sommes loin d'être les seuls dans ce cas : des vies simples et sérieuses et pour autant des budgets qu'on ne boucle pas, la moindre réparation, une calamité, des frais dentaires peu remboursés, des mois à remonter). Donc je ne vois guère que ceux qui passent à Paris. Et la maison est dans un trop sale état pour les accueillir.

(2) Il n'y a pas à dire : une recherche d'emploi ça vous coupe bien du monde. Entre la fin du précédent travail (et que j'ai mis toutes mes forces pour le terminer proprement), le mois de novembre si violent (l'impression au retour du festival de cinéma d'Arras que ma vie a été engloutie dans un espace-temps de sidération), le mois de décembre très occupé (merci à ceux et celles qui sont passés me voir au Rideau Rouge), et voilà que mes recherches actives en janvier et février m'ont mise dans une zone de temps à part et que je n'ai plus suivi.

(3) Parfois je mesure que j'avais quand même quelques circonstances atténuantes quant à mon extrême naïveté. Si peu l'habitude qu'un bien-aimé se soucie de moi. 

 

 


Mon jeudi kamoulox


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Cette année dingue aura parfois su l'être dans le déjanté drôle. Une respiration au milieu des drames.

 

Ainsi ce jeudi où en sortant à Montparnasse d'un déjeuner fort sympathique d'un groupe de lectrices (1) constitué par une ex-libraire grande lectrice, j'ai été alpaguée au sens fort du terme, car l'une d'elle m'a saisi vigoureusement le bras pour me retenir, et c'était assez délicat de se dégager sans violence de cette emprise (2) :

- Tu as l'air d'une femme du sud ! me disait cette forte tzigane qu'une femme plus jeune accompagnait.

Ça n'était pas à proprement parler menaçant, plutôt une accroche musclée pour pouvoir lier conversation et soutirer quelque chose.

Or je n'avais littéralement pas un rond, ou plutôt si : 1,50 € pour me payer une orange pressée avant le cours de danse, préparés en mode raclage de fonds de tiroir pourvu que le prix n'ait pas augmenté.

J'ai répondu en souriant, Désolée mais vraiment je suis pressée, et devant la simple vérité les dames n'ont pas insisté. J'avais gardé dans la poche l'autre main sur mon téléphone portable - avec mon alliance seul "valuable" comme ils disent au métro, ma montre étant simple et âgée -, il faut parfois pratiquer la méfiance afin de conserver le privilège de rester gentil.

Un homme marchait sur le trottoir que la scène a fait marrer, peut-être la façon dont je m'étais dégagée, à moins qu'il ne fût de mèche avec elles, malgré leurs aspects différents, quand on pratique la grande ville depuis très longtemps on sait que tout est possible tout le temps. Il se roulait une cigarette et a engagé la conversation, sur le mode, Elles y vont fort en ce moment.
 J'ai répondu d'un ton léger, que je n'avais fait que dire la vérité, et qu'elles avaient sans doute besoin urgent d'argent. Deux phrases plus loin, le gars en était à me proposer de la beuh d'une provenance vieille école, puis devant mon refus poli, à m'accompagner à mon cours de danse. Nous arrivions au métro, je lui ai touché le bras en disant non merci, en pensant Bien tenté. Il était élégant, avait son chiffre d'affaire à boucler, n'a pas insisté.

Encore rigolante je suis arrivée au club de sport pour trouver dans les vestiaires une ambiance inhabituelle, tendue. Une paire de chaussures de ville étaient abandonnées près des cubes qui font office de bancs, il y avait moins de monde que d'habitude pour la même heure. Un petit groupe est sorti en même temps de la zone des douches et autres équipements, elles ne parlaient pas, mais quelque chose semblait avoir eu lieu. Ou peut-être précisément ça : leur silence était inhabituel.
Puis une des personnes de l'accueil, tout habillée les a rejointes et tout en remettant ses chaussures, c'était donc les siennes, a dit, c'est bon le problème est réglé, si vous voulez vous pouvez retourner au sauna. Une femme a dit d'un air désabusé, oui mais même si elle a cessé ça va encore sentir les frites. Une autre qui arrivait au même instant et n'avait entendu que la fin, a demandé ce qu'il se passait et une femme que j'ai déjà remarquée parce qu'elle semble en lutte contre le monde entier qui fait tout mal et elle tout bien, s'est alors fait le plaisir de répondre d'un air pincé :

- Il y en avait une qui mangeait des frites dans le sauna.

Le clan des réprobatrices s'est trouvé noyé dans celui des rieuses dont je faisais partie, alors que la personne de l'accueil précisait, En tout cas c'est bon, c'est réglé et pensait "On n'en parle plus" si fort que chacune l'entendit.
Peu après une jeune femme est sortie de la zone des douches l'air sombre, fâché, tendu et furibard, s'est dépêchée de se rhabiller et a filé sans saluer personne. Je l'ai soupçonnée d'être la mangeuse de frites intrépide. Et rebelle.
Certain-e-s ont parfois un niveau héroïque de contestation.

 

Un instant j'ai espéré que la fin de la journée me réservât quelque autre micro-péripétie un brin amusante, mais le jeu avait décidé de s'arrêter là. Kamoulox niveau 5, on dira. Et je suis arrivée avec plus d'un quart d'heure de retard à l'Encyclopédie des guerres, en raison des contrôles consciencieux, de visiteurs nombreux, et de mon sac de sport.

 

Deux heures après la danse, quand est venu notre tour, pour les filles du cours de modern jazz, d'utiliser le sauna, ça ne sentait plus les frites.

J'ai presque été déçue.

 

(1) Au départ il était ouvert à tou-te-s mais il se trouve que seules les femmes ont fait preuve d'une indéfectible fidélité, moi étant la plus intermittente puisque je travaillais comme salariée aux heures des rendez-vous ces presque deux dernières années.

(2) Je mesure parfois le confort qu'il y a à avoir une bonne condition physique, des vêtements et chaussures pratiques et qui ne gênent pas les mouvements, plus quelques notions de bagarre : sachant que si ça tournait mal je pourrais au moins tenter de faire ce qu'il faut, je reste calme et parviens généralement à me tirer d'affaire sans avoir recours à quoi que ce soit de regrettable. Qu'en serait-il si j'étais du genre petite taille poids léger - que je fus longtemps, enfant et adolescente - qui ne sait pas filer le moindre bourre-pif ? Si un sentiment de vulnérabilité me rendait réellement vulnérable et de fait attisait la violence ?

[photo : le matin même, dans ma ville, un ours [en peluche] à son balcon, ça démarrait fort]

 

PS : Si quelqu'un sait comment virer ces points noirs de la rubrique "puces" que je n'ai pas volontairement activée, je suis preneuse. 

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Si loin en cet instant


    Mon enfance du temps où le téléphone vient à peine d'entrer chez les familles modestes, les communications lointaines coûtent cher, la télé n'a que deux puis trois chaînes, France Info et ses flashs enchaînés n'existe pas. 

La jeunesse de mes parents, l'un comme l'autre par moments sans nouvelles d'une partie de leur famille, ou devant franchir des lignes de front ou voyant de loin les bombardements sur là où ils habitaient avant.
Quelque chose se transmet.

Deux causes de mon incapacité à l'indifférence face aux infos du monde et surtout leur modes actuels de parvenir en temps réel (ou presque) jusqu'à nous. Sans même le filtre de quoi que ce soit. Par moment une simple caméra de surveillance que quelqu'un stupéfait, transmet.

En cet instant au loin un type qui était au boulot (sans doute) meurt. Il n'aura pas même eu le temps d'esquisser le moindre geste (1), ni d'avoir une pensée.

Le monde moderne ne nous rend pas moins impuissant face aux catastrophes naturelles ou humainement déclenchées. Mais il nous met au courant. Il n'y a plus que dans certains cas précis, de catastrophes vraiment inouïes ou de conflits qu'il nous laisse dans le flou du sans savoir, du non-informé. 

Lors de l'annonce d'une catastrophe, nous ne savions pas avant plusieurs jours si nos proches étaient encore en vie. À présent il nous arrive de savoir dans l'instant que des inconnus sont morts.

Cet écart en quelques décennies, me laisse sidérée.

En attendant d'y réfléchir avec plus de recul, une pensée pour ceux qui à l'autre bout du monde doivent être aussi désemparés que nos voisins toulousains au soir de l'explosion d'AZF. Et une pensée plus particulière pour l'homme de la video et ses proches qui ne pourront pas éviter de la croiser en plus de leur chagrin s'ils ne sont pas eux-mêmes parmi les victimes.  

source de transmission : par ici.

 (1) Si c'est un fake l'opérateur est un génie. 

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De la circulation à vélo dans Paris et ses surprenants dangers

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Comme je n'attendais que ça, de pouvoir circuler dans Paris à bicyclette, j'ai dû m'abonner aux vélibs dès 2007. Je les utilise une à deux fois par jours, sauf par très mauvais temps où lorsqu'il y a des tracas d'intendance ou des stations entièrement vides. 

Je suis vraiment très heureuse qu'ils existent, leur mise à disposition a changé (en fort bien) ma vie. 

Elle a aussi par deux fois failli changer ma mort. Ou plutôt le fait de circuler en deux-roues alors que certains automobilistes sont fous a failli par deux fois précipiter mon décès.

La première fois c'était avenue de Clichy dans le sens descendant, j'avais un peu d'élan et soudain un automobiliste devant moi, sans prévenir le moins du monde ni regarder que quelqu'un venait en face (une voiture dont le conducteur avait par bonheur des réflexes parfaits) et un vélo et d'autres véhicules derrière, avait entrepris un demi-tour que rien ne laissait prévoir. J'avais esquivé comme un torrero le taureau il s'en était fallu d'un ou deux cheveux.

La seconde fois, c'était ce matin, non loin de la station de RER Henri Martin alors que je pédalais paisiblement vers le Trocadéro, dans la piste cyclable bien délimitée qui se trouve en cette avenue. Un car de touriste progressait à vitesse normale dans sa voie, de l'autre côté de la bordure. Un grand 4x4 le suivait qui a soudain décidé que ça n'allait pas assez vite pour lui et l'a doublé en chevauchant la piste cyclable, mode le tout-terrain se moque des bordures, tralala. Le hic c'est qu'il se moquait aussi qu'un vélo y soit.

J'ai eu la double chance de rouler tranquillement et d'avoir hérité à la station Henri Martin d'un vélo en bon état. Le freinage fut donc suffisant et efficace. Ils étaient juste un peu, très peu, devant moi. 

Comme la première fois c'est après coup que j'ai eu les conséquences physiques, le cœur un peu rapide, les jambes un brin molles. Dans la journée plusieurs fois, je me suis sentie surprise d'être encore là.

Ce qui est significatif de quelque chose, mais j'ignore de quoi, c'est que les deux seuls accidents que j'ai failli avoir en sept ans correspondent à des comportements erratiques d'automobilistes qui se croient seuls au monde et vraiment tout permis. Comme tous les cyclistes citadins j'ai subi mon lot d'ouvertures de portières, feux grillés par les autos, priorités non respectées ... Mais comme il s'agissait de mauvaises conduites prévisibles, je m'y attendais et j'avais pu sinon voir venir du moins micro-anticiper. Je n'avais pas eu le temps d'avoir peur, simplement de me dire Mais ils ne pourraient pas faire attention ! et puis c'était passé.
Ces deux dangers violents sont d'un autre ordre. D'être confrontée sans carrosserie à des pilotes sans neurones (ou mal branchés).

Il faut croire que j'étais dans l'un de mes jours de survie.

Que ce billet ne dissuade par ceux et celles qui sont prêts à se mettre au vélo dans la ville de le faire. Pour dangereuses que ces deux expériences aient été, il n'en demeure pas moins qu'elles ne sont que deux sur de nombreuses heures de circulation réparties sur des années. Et que globalement dans Paris, depuis quelques temps les automobilistes dans leur relation aux cyclistes ont fait de nets progrès. Certain(e)s s'accordent même la classe d'être parfois courtois, de nous laisser des passages qui n'étaient pas requis afin de ne pas interrompre l'élan, d'attendre d'avoir la place pour nous dépasser au lieu de nous frôler. Les vélos ont leur place dans la ville désormais. Et je suis particulièrement contente de pouvoir ce soir en témoigner.

[photo : la piste cyclable sur laquelle je roulais]


The book you read is watching you

Tu es tassouillée dans ta ligne 13 vers les 9 heures du matin, c'est l'heure d'aller gagner ta vie. Beaucoup de tes concitoyens sont rentrés des vacances si tant est qu'ils en aient prises, et en tout cas ont retrouvé le chemin du travail, si tant est qu'ils en aient. Tu lis ce délicieux et pétillant roman qu'on t'a confié mercredi soir et dont l'auteur te rappelle une amie quand elle était jeune ; en plus libre.

Le début du roman se déroule dans une soirée entre lycéens. A moins que tes conditions de lectures ne t'aient fait louper une marche, rien ne le géolocalise. On est en France probablement. Et ça se passe maintenant.

Le passage que tu abordes malgré ton équilibre instable, sac à dos calé entre tes jambes, prête à saisir la barre en cas de freinage intempestif - tu as raté le coche de te glisser jusqu'aux places du fond appuyées contre la porte côté voies -, a pour cadre le lycée, une salle de classe, la 203.

Trois jeunes s'y racontent une histoire. De princesse. Ils aiment les histoires. Comme toi. Mais toi les princesses, moyen moyen. Ce n'est pas très grave leur histoire est marrante.

Et soudain, sans prévenir :

 

Par exemple au lieu de hurler : "Oh mon Dieu ! je suis coincée ici pour toujours ! Quelle tragique destinée !" en s'effondrant sur un sofa, notre princesse s'était plutôt écriée : "Je suis coincée ici . C'est horrible, le papier peint est extrêmement moche. C'est super je n'ai pas à prendre la ligne 13 à l'heure où les gens vont au boulot. Ah, j'en suis ravie et furieuse !" (1)

Ca vous est déjà arrivé d'avoir l'impression que le bouquin que vous étiez en train de lire vous observait ?

(et d'une certaine façon bienveillante (car ce livre l'est), veillait sur vous).

Si nous n'étions pas que deux aujourd'hui en boutique, je serais tentée d'aller effectuer ma pause déjeuner dans les jardins du Trocadéro, voire si le récit m'y suivrait.

 

  (1) "Faut jouer le jeu" d'Esmé Planchon (Ecole des Loisirs, septembre 2014 p 31)