Née en exil


    J'y repense en suivant une video de course à pied de Roxane Cleppe, mais ça pourrait être en lisant un roman, et ça l'est chaque année quand je retourne dans les Ardennes pour le trail de La Chouffe, et ça l'a été très fort quand j'ai fait ma tentative de marathon à Bruges, mais voilà, alors que certaines personnes souffrent de dysphorie de genre, j'éprouve pour ma part un décalage entre la nationalité que j'ai par ma naissance et celle que je ressens comme la mienne ; c'est vraiment curieux car je ne sais pas pourquoi. Je me sens belge, donc et depuis mes 19 ans (1), lorsque rencontrant quelqu'un j'ai eu la sensation de retrouvailles.
Et de rentrer chez moi en lui rendant plus tard visite. À la fois rentrer chez moi et un délicieux dépaysement, comme si j'avais grandi dans une lointaine colonie et qu'étudiante je découvrais la métropole. J'ai pris des cours de néerlandais, afin d'au moins comprendre pour partie le flamand.
Ça ne s'est pas arrangé par la suite.
En général, grâce à l'Europe, je le supporte sans problème. Je me sens européenne, voilà tout.
Seulement la pandémie de Covid, qui nous a recollé des frontières à grands traits car les obligations et contraintes et soins et chance ou non de s'en tirer, n'étaient pas les mêmes selon le pays où l'on était, m'a redonné le blues de la nationalité. Et puis des mouvements politiques nationalistes ont partout le vent en poupe, les dirigeants de la Russie soutenant tout ce qui peut torpiller une Europe forte. Le risque de retomber en des temps où on sera assigné fortement au pays de ses papiers redevient fort.

Même si après 2013 pour un triste cumul de raisons (dont : c'était la dèche, globalement), je suis restée longtemps sans aller en Belgique, à présent que j'y vais à l'occasion de courses, j'ai toujours cette sensation de retour au pays. Très voisine de celle que j'éprouvais enfant, quand pour les vacances d'été nous allions en Italie, retrouver ma famille paternelle.

Il y a quelque chose de la poésie, de l'humour et d'un brin de folie, celui qui pousse à monter soudain dans un tram à Bruxelles sans savoir où il va mais simplement parce que c'est le tram 33, qui m'est natif du coin. Quelque chose dans le regard photographique, une joie des choses décalées. Mais je reste sans raison objective à mon ressenti.

À moins que mon père, venu d'Italie, n'ait eu autrefois pour projet de ne pas s'arrêter à Paris, mais de poursuivre plus au nord. Et qu'il soit resté en la capitale française parce que ma mère était rencontrée et qu'aussi un boulot stable y était, où à défaut de s'épanouir, il gravissait au sérieux les échelons. Il est mort il y aura bientôt vingt ans. C'est beaucoup trop tard pour lui poser la question. M'en resterait cette impression que la cigogne distributrice, remontant vers le nord, avait lâché trop tôt son baluchon.

Ça n'est pas une question d'apparence physique, je n'ai un air d'appartenance avec aucune région précise, femme moyenne, brune à la peau claire. J'ai longtemps cru que j'avais les yeux noirs, mais ils sont un peu marron clair un peu verts. On me prend à peu près partout pour quelqu'un du coin. J'ai une tête à chemin.

En attendant, je m'applique à faire avec ce qui est : une vie de française à Paris, ville de convergence, ville où presque tout le monde finit par passer, ville que mes parents en s'y rencontrant m'ont léguée. Il existe pire destinée (2).

 

(1) Je n'avais jamais eu l'occasion d'y aller avant, je ne sais que : Bruxelles, Brel, l'Atomium et Tintin, une direction géographique ("plus au nord") et ignorais presque tout de la Wallonie et de la Flandre, c'était avant l'internet, chacun était assigné dans son coin, chez les peu fortunés, et on n'avait que les transmissions parcellaires des médias officiels.

(2) Même si je m'y sens comme un peu d'ailleurs.


Double masterclass

Vous prendrez bien un peu de masterclass mêlée, écriture et course à pied ? Cécile Coulon et ceux qui l'ont invitée, nous font ce cadeau.


 


Grand sentiment de sororité (à part que aheum, j'apprends au passage que j'ai l'âge de la mère de Cécile, ou quasiment). Meme si je n'en suis pour l'instant qu'à l'étape où courir me permet simplement de recentrer ma vie sur ma propre vie (et mon corps et ma condition physique, mon rythme, ma respiration), et non pas de mettre de l'ordre dans mes pensées créatrices, puisque j'ai dû les mettre en sommeil, le temps de tenter d'assurer mes vieux jours.

Merci aux concepteurs et conceptrices des algos de Youtube à qui je dois pas mal de (re)découvertes. 

Et puis ce seul point de divergence : du fait de pratiquer le triathlon je constate que bien des plus jeunes y viennent et pas  des enfants poussés par leur parents, des plus âgés en fait. Donc je ne partage pas l'impression que les moins de 25 ans dédaignent les sports classiques - mais peut-être que le triathlon n'en est pas un, justement ? -. 


Some kind of achievement

 

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Ce dimanche c'était les 10 km de la Tour Eiffel, une première édition d'une nouvelle épreuve.

On sent que l'organisation n'est pas tout à fait rodée, des emplacements des toilettes au départ aux passages par des trottoirs à traverser, les reliefs non indiqués, en passant par le ravito mal placé (aux 6 km plutôt qu'aux 5), et à une bien curieuse et peu pratique interdiction du porte-dossard. Sans parler d'un horaire différent entre celui au moment de l'inscription et celui des confirmations (1). Le tee-shirt était trop cher, je m'attendais au vu du tarif à un vrai tee-shirt technique, celui-ci est joli mais d'un tissus sportif assez standard.

En revanche le parcours tenait ses promesses, Tour Eiffel et Champs de Mars, et le nombre de participant·e·s important mais pas encore trop, était une jauge agréable.

La médaille est plutôt chic, rien à redire.

Je n'en avais pas fait un objectif et comme nous avions participé au Téléthon la veille en effectuant des tours en courant d'un parc de notre ville, et que de plus j'avais eu un samedi rempli de choses à faire, et fatigant, je n'avais guère d'illusion sur ma performance.

Sans traîner mais sans non plus me sentir légère et énergique, je m'en suis sortie avec un 1h09'42" honorable pour moi.

Cependant si les progrès ne se mesurent pas dans mes chronos, ils sont là : j'ai terminé pour une fois non seulement dans le pack mais en compagnie de gens jeunes et aux allures sportives, j'ai pu courir sans finir aux jambes douloureuses pour rentrer, j'ai pu aller travailler le lendemain sans trop de difficultés.
Zéro courbatures.
Et le fait que 10 km soient devenues une sortie moyenne et que 21 km comme à Boulogne 15 jours plus tôt, soient une routine sans crainte, c'est pour moi (2) un bel exploit.

 

(1) Ça n'est pas neutre car des personnes à 30 mn près peuvent renoncer à s'inscrire ou au contraire avoir prévu de venir et ne pas pouvoir le faire.

(2) Thalassémie + pieds plats + débuté dans la course à pied à 49 ans, persuadée que, malgré mon amour du sport, ça n'était pas pour moi, que je n'y arriverai jamais.


30 km

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La plupart des photos sont les photos officielles de la course (Sportograf)

 

 

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Crash test (Covid K417N)


    Me voilà donc à peu près retapée, après 6 jours de maladie et d'incapacité de ne rien faire de suivi, tout juste ai-je pu lire aujourd'hui.

J'ai l'impression d'avoir subi un crash test, que toutes les fonctions du corps ont été testées par le virus qui semblait chercher une voie d'attaque définitive.
Peut-être que d'avoir été vaccinée autant de fois qu'il le fallait m'a protégé les poumons. Ils semblent les seuls à n'avoir pas été inquiétés férocement : il y a une toux pénible mais elle reste assez sèche, n'est pas "descendue", et je n'ai pas sentie une baisse de mes capacités respiratoires.
À confirmer dans un jour ou deux lorsque j'aurais pu reprendre la course à pied. C'est finalement la seule partie du corps qui semble avoir été relativement épargnée.

Le jour où la maladie s'est déclarée, c'était le mardi, elle m'est tombée dessus à mesure de la journée mais ressemblait fort à un début de rhume assez classique. J'ai eu un peu de mal à finir ma journée de boulot mais c'est aussi parce que c'est un job où il faut sans arrêt parler au téléphone et que gorge qui gratouille et nez qui coule ne font pas bon ménage avec la fonction.
J'étais parvenue à effectuer ma séance de CAP à la piste.

En revanche le mercredi matin, pas l'ombre d'un doute : impossible de travailler. Fièvre. Symptômes du rhume. Sorte de conjonctivite (les yeux douloureux et qui pleuraient) et une tension qui devait être dans les chaussettes : je me sentais incapable de me déplacer, aller du lit aux toilettes était une expédition.

De plus dans la nuit (du mardi au mercredi), j'avais dû me lever au moins cinq fois pour aller pisser, non sans une certaine perplexité : d'où provenait tout ce liquide ? Je n'avais pas particulièrement bu ni dans la journée ni dans la soirée.

Des membres douloureux, les articulations, les muscles.

Le jeudi, la tête tournait moins, j'ai pu marcher jusqu'au labo d'analyse et trouver la force de prendre rendez-vous avec un médecin.
En revanche une diarrhée violente, surgie de nulle part (depuis 24 h je ne mangeais presque rien). Le mal aux yeux toujours. Et des douleurs dans les os. Mal au dos.

Le vendredi, ça allait moins mal, la fièvre est tombée dans la matinée. Mais a déboulé un mal de tête inquiétant. Et depuis la veille j'avais des trous de mémoire permanent, qui s'ajoutait depuis le mercredi à des pensées dont je ne parvenais pas à garder le fil. Depuis février 2006 et d'avoir eu un jour le cœur brisé (comme dans cette émission), je sais faire face à ça, il faut se répéter ce qu'on doit faire comme tâche suivante jusqu'à son accomplissement ; à quelque chose malheur est bon. J'ai donc pu le vendredi, dûment masquée aller chez le médecin, à la pharmacie, acheter du pain, récupérer un colis, et retourner écluser l'épuisement au fond du lit. Il n'empêche que je sentais le cerveau en lutte contre quelque chose qui tentait de le mettre sous une couverture (1).

Le samedi les douleurs n'y étaient plus mais la fatigue était infinie. Celle du naufragé qui se réveille déposé par la mer sur une plage, ou du passant qui se prend un piano mal déménagé sur le corps.
Je ne pouvais quasiment pas lire depuis le mercredi. Un peu de capacité de lecture - concentration m'est revenue en soirée. Je crois être parvenue à suivre un match de rugby à la télé mais que ça nécessitait un effort. Comme si les règles du rugby étaient très compliquées. Je n'arrivais pas à fixer quel était le côté de quelle équipe (oui je sais ça change à la mi-temps, mais mon cerveau ne parvenait pas à stabiliser ces positions).

À un moment j'ai eu les oreilles douloureuses et j'ai quelques acouphènes (supportables) qui perdurent. 

Le dimanche j'ai presque pu lire. En m'arrêtant beaucoup. En revenant en arrière sur des phrases déjà parcourues. Mais n'empêche, j'avais l'impression de redevenir un peu moi-même.

Et puis ce lundi j'ai pu aller descendre les poubelles et relever le courrier, lire un roman policier et pour travailler le lendemain ça devrait aller, entre deux quintes de toux et la voix un peu incertaine.

J'en garde une incertitude de mémoire (j'ai passé beaucoup de temps à me demander où étaient mes lunettes ou mon téléphone ou mes mouchoirs), une capacité de concentration émoussée, et pas mal de tousserie.

Dès le premier jour et depuis ça n'a pas cessé, j'ai perdu mes cheveux par poignées.

La seule chose qui semble m'avoir été épargnée (pourvu que ça n'apparaisse pas après coup) fut la perte de l'odorat. 

Je suis reconnaissante à mon conjoint de s'être arrangé pour se mettre deux demi-journées en télétravail afin de rester près de moi (je crois que les deux ou trois premiers jours je faisais un peu peur).

Je suis reconnaissante à google street view d'exister : il y a eu des moments où la seule chose que j'étais capable de faire, quand je ne somnolais pas c'était de circuler ici ou là de la planète. J'étais incapable de suivre le fil d'un film, d'une série, ou de lire, alors voilà suivre une autoroute à Bakou ou explorer des villes de Corée (du Sud), je pouvais.

Je suis reconnaissante à Rhys Mclenaghan d'avoir emporté la médaille d'or aux championnats du monde de gymnastique à Anvers car c'était l'info réjouissante de cette sombre période ; elle m'accordait le droit de croire que le monde ne faisait pas que sombrer dans davantage de violence et de KO (2).

Je suis reconnaissante à Dominique Sylvain pour son "Mousson froide" qui a été impeccable pour me faire oublier, dès que j'ai pu à nouveau lire, mon épuisement et mes douleurs.


(1) En écrivant ça j'ai l'image des serins dans une cage que l'on recouvre afin qu'ils ne chantent pas à tel ou tel moment.
(2) Les jours qui viennent de se passer ont été terrible de ce point de vue, j'avais l'impression chaque fois que j'émergeais un peu et entrouvrais un fil d'infos de découvrir une nouvelle reprise de guerre, de violences, d'horreurs. 


Et puis un instant

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Au gré de mes déambulations virtuelles d'hier, cette image de l'autre bout du monde et qui était si raccord avec mon état fiévreux, dans une capitale lointaine un instant capté fin 2019.

(copie d'écran maison faite sur google street view)

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street view

 

    Les personnes jeunes se demandent parfois comment l'on faisait sans l'internet ni les téléphones portables. J'ai connu, je sais. C'était une vie plus étroite. Moins speed. Avec davantage de tolérance sur les incertitudes (on ne savait pas facilement joindre les gens, le courrier postal prenait quelques jours, l'attente était normale). Mais beaucoup plus limitée, à l'environnement immédiate familial ou géographique.

Clouée au lit par le Covid, bien tabassée, pas en état de lire (je perds le fil et j'ai une version qui s'attaque aux yeux, comme une conjonctivite), ce que je me demande, c'est comment on faisait quand on était malades et que Street view n'existait pas. J'erre au hasard au bout du monde, inspirée par l'ami de Dreamlands, et une recherche induite Vallex garden, dans une ville qui existe mais qui n'est pas accessible (ou pas accessible actuellement), et me voilà sur une sorte de rocade, cherchant mon chemin comme si j'étais fraîche habitante du coin et devait faire mes courses.

 

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Et cette errance est la seule chose dont mon cerveau attaqué par la maladie est capable, qui pour autant me sort de l'état de léthargie confuse, me fait oublier un instant l'état dans lequel je suis, me fait du bien.

(et me rend capable d'écrire ces lignes, ce qui compte tenu dudit état est miraculeux et me donne l'impression que je m'en sortirai)

Je vous laisse j'aimerais arriver avant que ça ferme ! :-) 


Quelque chose qui s'améliore

 

    Oh, enfin, des fédérations sportives, au moins celle d'athlé et celle de triathlon ont adopté les déclarations sur l'honneur pour les questions de santé, libérant enfin les médecins de la production de ces documents administratifs absurdes qu'étaient les certificats médicaux d'aptitude à la pratique de tel ou tel sport avec la sacro-sainte précision du "en compétition".

C'était peut-être bien pour une frange d'hommes qu'il convenait de protéger contre eux-mêmes mais globalement, dans la mesure où avant d'aller mal, et souvent juste avant, on va bien, ça n'évitait rien. Les médecins ne sont pas devins. D'ailleurs pour les devins eux-mêmes on peut avoir des doutes.

Alors désormais il faut regarder des petites vidéos qui nous disent Faites gaffe si votre palpitant palpite trop fort ou bizarrement, promettez-nous d'aller consulter à la moindre alerte votre médecin traitant, hydratez-vous, ayez moins de 60 ans (j'exagère), surveillez votre cholestérol, soyez progressifs dans vos entraînements. Puis cliquer sur des "je m'engage à" et des "j'ai bien compris".

Je suis contente de n'avoir plus besoin d'encombrer le planning chargé de notre médecin traitant à la rentrée.

Rubriques médicales, pendant qu'on y est, par ricochet de quelqu'un qui y aura peut-être accès (pas un coureur cycliste mais une personne souffrante), j'ai appris ce soir quelques informations sur l'EPO et le parcours de prescription.

J'avoue que je serais curieuse de savoir à quoi ressemble une période de vie normale, sans la fatigue aux semelles de plomb présente en permanence. Je n'ai connu cette sensation que lors de brèves séquences, payées cher en surcroît de fatigue suivant (car forcément, j'en ai à chaque fois profité pour agir, penser, créer, bouger, avancer d'un grand coup mes projets et quand la fatigue est revenue, elle était décuplée), entre autre vers la fin du premier confinement où pour la première fois j'ai pu pendant deux mois vivre à mon rythme, ce privilège.

Tout ça donne bien envie d'écrire À suivre, avec moins d'appréhension qu'à l'ordinaire des derniers temps.


La finitude de notre type de société


    C'est un billet d'Olivier Hodasava dans son Dreamlands qui m'a remis en mémoire le jour où j'ai compris que notre planète était en danger à plus court terme qu'on ne se le représentait. Lui parle de Las Vegas et ces maisons à perte de vue lui font se poser des questions sur les différences et les conformités, tandis que pour ma part il s'agissait de San José, en 1989, et nous étions invités chez des amis formidables, mais qui bossaient dur ce qui fait que nous avions de grands moments de nous balader dans le quartier ce que là-bas personne ne fai(sai)t jamais, les gens prennent leur voiture pour aller quelque part, punto basta.

Nous étions montés sur une petite colline (artificielle me semble-t-il un peu comme un terril en plat pays, mais en plus verdoyant) et la vue c'était ça : des pavillons des pavillons des pavillons et de loin en loin : une église, un terrain de sport et un mall (les hyper marchés). J'avais depuis l'adolescence une forte conscience écologique, donc qu'on était en train de détraquer le climat et de tout polluer et de rendre la planète pour nous autres humains bientôt inhabitable était une évidence pour moi, mais j'imaginais quelque chose comme "vers en 2100". 

Et puis du haut de cette petite butte, avec ces pavillons à perte de vue, un monde esclave de la voiture, un monde ou acheter vendre étaient devenu les principaux ressorts économiques sans trop de lien avec les nécessités premières (s'abriter, se nourrir, se soigner), je m'étais dit "On est foutu plus près" et c'était au sens que les ennuis collectifs étaient imminents. Qu'un fonctionnement de société qui menait à de tels paysages para-urbains était voué à l'échec et œuvrait à l'accélération de sa propre fin.

Souvent, je suis triste d'avoir eu raison (1).

(1) pour ceci et bien d'autres choses. 


Reprendre là où l'on en était

 

    C'était un report de report de report. Ça devait être la course club en 2020 après l'avoir été en 2019, mais entre temps de nouveaux types de distances avaient été rajoutées. Et puis pandémie, reports à l'automne, re-port et de mon côté quand tout avait repris, j'avais souhaité me réinscrire (à titre personnel) pour 2022 et n'avais finalement pas pu y aller. D'où un report à cette année.

J'ai fait un festival de ce qu'il ne faut pas faire, pour partie en raison de circonstances extérieures. 

- Prévu de partir le mardi (i.e. faire la route le mardi) pour avoir le mercredi pour s'en remettre et aller chercher mon dossard et pouvoir tout bien préparer le mercredi soir
=> raté, Le Joueur de Pétanque a dû bosser mardi, nous avons différer notre départ au mercredi et la route quoi que s'étant bien passée a été fort longue - ce que c'est de peu nous déplacer, nous ne savons plus évaluer les délais et les outils applicatifs évaluent à partir de circonstances de trajets optimales, assez fictives somme toute  -. Raté d'aller chercher le dossard et les différents sacs la veille au soir. Le suspens de Comment s'organiser avec des sacs de transition T1 et T2 séparés a donc persisté jusqu'au dernier moment en regardant comment les autres faisaient.

- Comme j'ai été occupée jusqu'au dernier moment par retrait des dossards + passage aux toilettes, impossible de nager un peu avant le départ, ils demandaient aux nageurs qui s'échauffaient de quitter l'eau lorsque je suis arrivée sur la plage d'où le départ était donné.

Or il y avait du clapot. 
J'ai découvert le clapot. C'est en gros quand il y a du vent au point que ça pourrait créer des vagues mais finalement pas tant que ça dont il y a des vaguelettes irrégulières qui ne forment pas une houle prévisible. 
Entre l'absence d'échauffement et ce phénomène j'ai mis 10 minutes à rentrer dans ma nage, à trouver un rythme, à cesser de brasser tous les 3 mouvements de crawl. J'ai vu une nageuse devoir être évacuée rapidement, et une autre personne plus loin. Rien à voir avec les conditions de mer formée de Deauville en 2017 mais quand même pas du facile. On s'avale de la flotte facilement avec ces mini-vagues irrégulières.

Il y avait un rolling start par catégories avec un départ groupé des dames, hors élites. Cela présentait l'immense avantage de moins de bousculades au départ, car globalement nous faisons gaffe à ne pas assommer notre voisine, mais l'inconvénient qu'une fois la horde des catégories non élites et séniors hommes, lâchées à seulement 5 minutes de nous, nous nous sommes rapidement trouvées rejointes et englouties. 
Une mère et sa fille, sans doute moins habituées à de telles conditions, se sont trouvées dans la machine à laver, j'ai tenté de protéger leurs arrières, mais un peu comme dans la vie ou un naufrage, on est proches de certaines personnes à un moment et puis l'instant suivant d'avoir lutté, on regarde autour et elles n'y sont plus.

L'expérience ça sert : je savais qu'à un moment donné je parviendrai à retrouver mon crawl et son certes faibles rythme mais régularité qui permet d'avancer sans (trop) se fatiguer.

J'ai pris mon temps à la transition malgré la fermeture imminente du parc à vélos. Fun fact, je trouvais l'orga plutôt cool, et Le Joueur de Pétanque qui encourageait, m'a dit avoir vu un paquet d'éliminés.
J'ai pris mon temps pour être certaine de ne rien oublier et ne pas me mélanger les crayons entre le sac T1 et le sac T2.

Nickel : j'avais tout ce qu'il fallait et nickel ravito.
Mais je me suis plutôt sous ravitaillée par crainte de trop de pause pipi. 
J'ai quand même dû en effectuer 2 (avantage des parcours forestiers : même pour les dames, ça va).

Les routes étaient ouvertes aux voitures sauf une. J'ai vu la trace de deux accidents et ça rajoutait du danger car nous devions longer les files d'attente de véhicules que l'intervention des secours provisoirement bloquait;
En revanche la partie que j'avais déjà parcourue en voiture car le parcours passait devant notre hébergement, était fermée à la circulation et là je me suis fait plaisir. Un easy 37, 2 km/h sur l'ensemble d'une portion.
Ma vraie vitesse lorsque je ne crains aucun obstacles. Les jambes tournaient bien. Ce vélo, rachetée avant la pandémie à une des mes camarades de club est magique.

J'étais bien dans les délais, même s'ils ne restait presque plus de vélos sur le parc. 

Le parcours de CAP fut un plaisir, j'étais facile, sans toutefois oser forcer. J'aurais pu faire 5 à 7 km de plus sans problèmes. Et qu'est-ce qu'il était beau, zone forestière puis bord de plage. Hors circulation.

J'ai parlé avec quelques personnes, des cyclotouristes, une photographe, des passants (sans cesser de courir, hein), c'était savourer la fin de course.

L'époux qui m'encourageait, j'avoue que ça aidait.

Il y avait eu du vent mais de façon marrante, fors le clapot ça ne m'avait pas gêné.

J'ai fini à bonne allure (1) (enfin du moins pour moi). Fatiguée mais sans aucun signe de difficulté, pas de douleurs, tutto bene.

L'après-midi a toutefois été passée après le nettoyage et de la triathlète et de ses accessoires (la combi, la trifonction ...) a se reposer - le supporter qui avait souffert du froid était lui aussi fatigué -. 
La question du froid est intéressante car selon moi, les conditions météos furent parfaites, à peine un peu venteuses, pas trop froid justement. Or tout le monde s'accordait à dire froid pour la saison et venteux, donc.

Étrangement : je n'ai pas dormi ; je suppose que le corps avec secrété des substances de type "Il faut se secouer, là" et que je restais sur leur élan.

Et puis la récompense : un bon repas dans un restau de Lacanau, bord de plage et une belle balade coucher de soleil. Une soirée de bonheur.

Que renforçaient : les messages de la famille et des ami·e·s qui félicitaient et aussi la joie à l'annonce du prix littéraire pour un ami écrivain de longue date (ce n'est pas une faute, les deux le sont), et qu'il semble avoir cartonné à La Grande Librairie, ce qui peut constituer le début de passer dans un autre niveau de revenus, de possibilités et de notoriété.

 

(1) On m'entrevoie à 4h01 du live.