Réappropriations


    Je poursuis méthodiquement la mise à jour de la liste des blogs que j'aime aller lire du moins ceux qui ont survécu à la fin de l'époque pionnière où nous étions libres et plutôt bienveillants, communiquant via les commentaires et pas encore par les réseaux sociaux. 

Il me semblait avoir déjà croisé la plus #WTF des réappropriations de noms de domaines sur des blogs avec l'adresse qui fut celle de La République des Livres de Pierre Assouline, seulement en poursuivant aujourd'hui la liste j'ai constaté que La boîte à images d'Alain Korkos première version était devenue un blog de déco d'appartements

Les corps empêchés qui fut le blog d'Emmanuel Pagano est désormais un site d'accessoires de modes.

J'admets fort bien que les temps changent. Il n'empêche que c'est un brin troublant. Et qu'il est triste que des contenus de qualités disparaissent (même si pour deux des exemples particuliers, heureusement, de nouveaux sites et une part d'archives peuvent encore se consulter). 

Concernant La boîte à images, la nouvelle adresse est ici.


Toi aussi ta planète


    Sérendipité du net, d'un moment libre inattendu (un entraînement reporté que je n'ai pas eu la force de transformer en séance pour un autre sport), et d'une curiosité, voilà que ce matin, regardant une video de l'émission Blow up (1), je me suis interrogée sur Brad Pitt dont c'était le tour d'y être évoqué. 

Je me suis aperçue en effet que je n'avais pour ainsi dire vu aucun film dans lequel il tournait, ou très peu. Pour moi il était surtout le souvenir d'une affiche de ciné-club l'année où les bureaux donnaient rue Grétry et où je l'avais accrochée derrière mon bureau d'une sorte de semi-open space et les gens venaient me voir volontiers. Un jour j'avais pigé que la belle affiche y était peut-être pour quelque chose. Il m'en reste une sympathie pour lui.

Du coup j'ai jeté un œil à sa page wikipédia, je savais (fort) peu de choses, à part que oui, il avait été un moment le compagnon d'Angelina Jolie, qu'ils avaient eu des enfants et en avaient adoptés d'autres, mais qu'ensuite c'était parti dans un divorce compliqué. En fait j'en savais quelques trucs via l'histoire d'une entrepreneuse (décoratrice ? architecte d'intérieur ?) qui avait travaillée en leur chateau français mais qui pour cause de séparation en cours n'avait jamais été payée (2), ce qui avait mis sa petite entreprise en difficulté. Curieusement, je ne me souviens pas si je connaissais cette histoire pour avoir vu un documentaire, entendu une émission à la radio ou écouté une personne qui m'avait raconté ses mésaventures pendant une soirée ou un événement social rassemblant des personnes que je ne connaissais pas toutes. Si tel est le cas, et si cette dame venait à passer, qu'elle ne m'en veuille pas de ne plus rien me souvenir d'autre que la structure de l'histoire : le travail fourni, les clients soudain en séparation, et plus personne pour payer les factures et ce déséquilibre entre une petite entreprise pour laquelle c'est vital et une sorte d'entreprise familiale qui évolue dans une tout autre sphère, où l'argent se brasse avec deux (ou trois) zéros de plus dans les sommes concernées. C'est souvent surprenant, lorsque l'on ne suit pas un certain type d'œuvres ou d'actualités, ce qui parvient jusqu'à soi et de quelles façons.

Puis j'ai repéré cette petite phrase, "On June 2, 2015, the minor planet 29132 Bradpitt was named in his honor" et de là j'ai suivi quelques liens, le temps de comprendre que depuis longtemps on nommait de toutes petites planètes, voire des astéroïdes, d'après des gens (présomptueuse humanité), ce que j'avais peut-être su mais solidement oublié, et qu'il y en avait une liste.

Après, c'était un peu foutu pour ma productivité. Les catégories elles-mêmes sont fascinantes, il y a même un peu de place pour les personnages de fiction. Capture d’écran 2019-05-21 à 15.02.23

 

 

 

 

 

 

 

(1) J'apprécie particulièrement celles de Luc Lagier, son humour, sa voix, sa façon de présenter me donnent de l'énergie.

(2) Ça s'est peut-être arrangé depuis.


"ont annoncé que les structures du pays cesseraient d'exister avant la fin de l'année"

(un auto-gag, mais fait-il rire ?)

 

Au terme d'une après-midi d'avoir suivi via Twitter et les LT d'amies et d'amis et de journalistes, traité•e•s mal eux aussi, j'écoutais pour me détendre enfin l'émission Juke Box sur France Culture. Il était ce soir question des groupes rocks dans l'URSS de la fin, et ça me rappelait l'un des films les plus intéressants vus au festival d'Arras, Leto, qui comptait l'ascension du musicien Viktor Tsoi.

Mais comme ça m'arrive encore très souvent, quoi qu'un peu moins ces derniers temps (j'ai quand même pris un peu de vacances en novembre, et c'était nécessaire), je me suis endormie sans même m'en rendre compte, d'un seul coup, tout en croyant encore être en train d'écouter.

Et voilà que soudain alors que mon cerveau pensait être encore en train d'entendre le début de l'émission, mais qu'en fait on en était à 57 minutes de diffusion, cette fin de phrase dite par une voix de journaliste d'information traverse mon sommeil : 

" ont annoncé que les structures du pays cesseraient d'exister avant la fin de l'année".

Ça m'a provoqué un réveil en sursaut simultané à cette pensée, un peu surprise, mais pas tant que ça : 

- Ah ouais quand même !

Puis il y a d'autres phrases et du rock, mon cerveau se réactive en entier et je comprends que ce n'est pas un flash d'informations de ce 8 décembre que je viens d'entendre mais un extrait d'un journal télévisé du temps de la fin de l'URSS et que c'était la chute de cette entité qui était ainsi annoncée ; décision prise d'un commun accord par Gorbatchev et Yeltsin de la dislocation de l'URSS en décembre 1991. 

Bien sûr ça m'a valu un joli fou-rire. Mais pour que j'aie pu y croire, même en sortie de sommeil, même un seul quart de seconde, et après une journée de manifestations généralisées, c'est quand même bien que quelque chose dans ce pays (1) ne va pas, vraiment pas.

 

(1) Et hélas pas que celui-ci : la Belgique à nouveau en passe d'être sans gouvernement, l'Italie avec une manif de la Lega pas franchement rassurante, le Brésil sous le joug de l'extrême droite, l'Angleterre suicidaire, Merkel qui semblait être la seule personne un peu digne encore au pouvoir quelque part qui s'en va et Trump qui touite des trucs de plus en plus hallucinés, on a bien l'impression qu'un vent de folie fatale souffle sur la seule planète pour l'instant habitable
Capture d’écran 2018-12-09 à 01.04.44


La météo des plages

 

    Je ne devrais sans doute pas, il s'agit peut-être de conséquences du dérèglement climatique lié au n'importe quoi des humains, mais j'ai bien ri de tomber sur ces deux articles presque en même temps.

Capture d’écran 2018-09-26 à 15.55.46 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Capture d’écran 2018-09-26 à 15.58.38

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Australienne disparue et l'Irlandaise réapparue sont-elles une seule et même plage qui se serait déplacée ?


Gallimard Crash Test (premier au)

 

Fullsizeoutput_cc3

Il y avait eu un dégât des eaux clair net et fort dans le dressing room qui me servait entre autre à stocker quelques (!) livres en attente de meilleur rangement.

Dans l'urgence j'avais balancé délicatement déposé quelques sacs de livres et d'autres choses, sur le balcon. C'était quelques jours avant les très violents orages du 27 juillet à Paris.
Quand j'avais par la suite regardé sur le balcon les sacs semblaient intacts. 

Ils ne l'étaient pas. Ou pas tant que ça. Quelques livres et documents furent rendus illisibles définitivement, transformés en une sorte de retours à la pâte à papier.

Et puis il y a ce "Septembre" de chez Gallimard, ces bouquins à la couverture beige classique à l'air fragile comme ça. Mais qui ne l'est pas tant que ça. 
Une fois épongé, certes, il semble dans un sale état, mais les pages se sont bien détachées les unes des autres, l'impression n'a pas déteint, il est méchamment gondolé mais parfaitement lisible après deux inondations subies successives.

Je l'ai mis à se dégondoler entre deux anciens dictionnaires. En attendant, je suis impressionnée.

PS : Plus inquiétant, certains sacs plastiques semblent avoir été attaqués par une substance chimique. Peut-être étaient-ils biodégradables, peut-être n'ont-ils pas adoré les grêlons. Il n'empêche qu'on dirait bien qu'en plus cette pluie était acide, non ?


Mon téléfonino vous écrit


    Je venais d'envoyer un SMS pour parler à qui de droit du vélo de rêve dont je venais de faire l'achat, un SMS assez technique, de fait, puis de prendre le chemin du retour avec deux roues de rechange (du coup un peu chargée). J'avais mal fermé mon téléfonino, lequel avec la complicité de ma poche de pantalon s'est mis à être très bavard. 

Aux séries de hyhyyhyhyhy et autres hhhhh hij6yh que j'ai expurgées près, il a trouvé le moyen d'envoyer tout seul le SMS suivant : 

"Y y et et et de To To do et que je thé tchétchène de Clichy dans un état un état un état t'aime fort fort et de duvet hic hic c'est que jhve quelqu'un qui hhhh"

Je me demande encore où il est allé chercher tout ça (1) mais si ça continue il publiera avant moi.

 

(1) En particulier "tchétchène" et "duvet" que je ne crois pas avoir jamais mentionnés dans un SMS. "Le thé tchétchène de Clichy" ferait un bon titre. 


C'était donc un feu d'artifice


    Dimanche soir il pleuvait fort, limite orageux. Vers minuit à Clichy nous avons entendu des bruits d'explosion.

- On dirait qu'il y a de l'orage ?
- Non, on dirait plutôt un bruit de feu d'artifice. 
- Un feu d'artifice le 23 octobre ?
[temps de réflexion, chacun passe mentalement en revue ce qu'il sait des événements commémorables en cette soirée]
- Pourvu que ça ne soit pas un attentat.

Et nous étions si fatigués et, il faut le reconnaître, à la maison au complet, que sur cette vague inquiétude nous nous sommes rendormis.

Aujourd'hui j'ai entendu des gens qui avaient eu très peur et en parlaient dans le métro et #lefiston quand je suis rentrée m'en a parlé à son tour.

En fait il s'agissait d'un feu d'artifice tiré depuis la Tour Eiffel pour la série Sense 8. Les riverains immédiats avaient été prévenus, sauf que le feu d'artifice, bien que tiré assez bas par rapport à l'ordinaire des célébrations officielles, se voyait et surtout s'entendait sans rien de visible de bien plus loin.

En attendant il est déjà terrible de constater à quel point l'idée de l'éventualité d'un attentat nous vient vite, ainsi qu'un mode de fonctionnement totalement fataliste (Tout le monde est là ? On verra demain).

(et à part ça, même si on aime cette série, une preuve de plus de la privatisation grandissante de l'espace public ou du patrimoine commun et le peu de cas que l'on fait des gens qui doivent aller bosser avec un rythme classique)


Les conséquences persistantes

 

    Ça fera trois ans en janvier l'attentat contre Charlie Hebdo, cette journée entière passée entre espoir et attente d'une mauvaise nouvelle, et de toutes façons déjà fracassée par ce qui s'était passé quand bien même l'ami, le camarade, lui s'en sortirait. La journée de boulot accomplie malgré tout (comment ai-je tenu ?), l'errance le soir à Répu, croiser les gens qui grelottaient, se rendre compte alors que moi si sensible au froid j'étais anesthésiée, après la mauvaise nouvelle, finir la soirée chez l'amie commune, bien plus que moi touchée. 
Ça faisait du bien de parler.

Le retour à Vélib en criant mon chagrin.
J'ignorais qu'un coup sordide m'attendrait le lendemain. Et que Simone me sauverait du vacillement compréhensible face à une réalité qui dépassait l'entendement. 

Les soirées passées avec les amis, notre seule façon de tenir. Mais combien ce fut efficace.
La grande manif du 11, qui nous donna la force, après de continuer.

Et pour moi : l'absence de ressenti intérieur du froid, et qu'elle perdure. J'en avais tant souffert, du froid perçu jusqu'aux tréfonds des os, c'était comme un cadeau. 
L'absence aussi de "frisson dans le dos". D'où que Poutine ne me faisait plus peur, alors qu'une simple photo de cet homme déclenchait jadis chez moi une réaction épidermique - de proie potentielle sur le qui-vive devant un prédateur -.

D'où que je ne percevais plus ni les regards sur moi, ni les présences derrière moi.

Quelque chose est resté débranché depuis tout ce temps-là. Je m'efforce de me préparer à une éventuelle réversibilité, mais j'en suis de moins en moins persuadée.

Ça change encore mon quotidien.

Je dois veiller intellectuellement à ne pas me mettre dans un froid persistant, car si je perçois moins le froid, mon corps en est traversé, l'absence d'alerte ne signifie pas l'absence de symptômes. Je m'enrhume davantage (1).  

J'ai dû m'habituer à cette sensation si nouvelle pour moi : avoir chaud. D'accord j'avais chaud par temps de canicule ou après le sport au sauna, mais c'était pour moi si rare, je savourais. J'apprécie encore, à ce titre l'été dernier m'a terriblement frustrée, à peine quelques jours à frétiller pleine de l'énergie reçue. Pour le reste grisaille et être habillée comme en demi-saison.
Ce matin encore en arrivant à la BNF, quelques secondes pour comprendre : ah oui, j'ai chaud là. C'est chauffé [chez nous toujours pas, seulement à partir du 15 octobre je crois]. Et je me souviens alors qu'en ces lieux la température est maintenue constante, j'y portais l'été des pulls légers et à partir d'octobre des pulls épais ou des gilets, tout en me disant C'est sympa les lieux publics mais ça n'est pas très chauffé et la clim l'été quelle plaie ! On a froid. En vrai : c'est tempéré, stable, et plutôt bien réglé. 

Ce matin aussi : ne pas avoir sentir sur l'escalator que quelqu'un me talonnait - du coup avoir failli, de surprise quand je l'ai constaté, foncer dans la personne immobile sur l'escalier qui me précédait (2) -. Avoir laissé se rabattre une porte au nez de quelqu'un d'autre : comme j'étais un peu pressée j'avais omis le coup d'œil de vérification avant de la tenir ou non. Je me souviens très bien d'un temps où je n'avais pas besoin de regarder, je percevais si quelqu'un me suivait. 
Combien de fois sur les trottoirs des trottinettes me frôlent, leur pilote persuadés que je les ai sentis venir et fais ma mauvaise tête mais vais m'écarter. Si l'engin est silencieux et leur coup de propulsion, je ne me rends pas du tout compte de leur présence. 
Et quand je suis perdue dans mes pensées ou que le #jukeboxfou de dedans ma tête me passe une musique assez fort, je n'entends même pas ce qui serait audible. Du coup dans la foule, je bouscule ou me fais bousculer, j'ignore des présences, j'écrase parfois des pieds.

Étrange héritage qui me met à la fois à l'abri enfin, et aussi en (léger) danger.

 

(1) Même processus avec l'ivresse : l'absence de signes doit être compensée par une vigilance accrue - ne pas dépasser certaines quantités -.  
(2) C'est l'ennui de ces longs escalators mono-voie. Si quelqu'un s'arrête tout le monde est bloqué.


Révélation

21106632_10211695002783649_4329857667297041820_n

    Il m'aura donc fallu atteindre cet âge avancé où la vue décline un peu de près, combiné à un tracas administratif de mutuelle qui m'aura empêché de renouveler mes lentilles de contact sans tarder, pour soudain piger : 

en fait la loupe de Sherlock Holmes, ça n'était pas tant pour voir mieux les petits détails, que 

POUR Y VOIR TOUT COURT

(parce que le gars Holmes, en fait, n'était pas un gamin).

((oui bon je sais, il n'y a que moi que cette révélation tardive fait marrer))