Je ne suis plus sans papiers

Gilda with ID card

Voilà, grâce à l'initiative heureuse et sympathique d'une employée de la mairie, me voilà à nouveau pourvue d'une carte d'identité.

Après le vol de mon sac fin octobre et de tout ce qu'il contenait, j'avais pensé à faire refaire le passeport en priorité et qu'une fois seulement lorsque j'en disposerai je pourrais faire ré-établir les autres documents. Elle m'a suggéré fort intelligemment de tout faire en même temps. 
J'ai dû filer en courant chercher de l'argent pour acheter au Tabac un timbre fiscal et de ce fait, alors qu'il faut prendre rendez-vous et que ça n'est pas si simple (pré-demande en ligne à remplir, puis presque autant à refaire au moment même du rendez-vous), et pas si simple de se libérer, les deux demandes sont parties en même temps.

Ce matin alors que je disposais, ô miracle, de deux heures de temps personnel, mon téléfonino a émis son signal de SMS arrivé, lequel disait, "Votre carte d'identité est disponible jusqu'au 17/03/2018 dans votre lieu de recueil". Autant vous dire que je n'ai pas attendu un seul instant de plus.

Je suis donc extrêmement reconnaissante envers cette femme et sa suggestion. 

Je le suis aussi envers le photographe de la rue de Charenton chez qui j'étais allée me faire tirer le très officiel portrait. Il a trouvé moyen tout en respectant les consignes strictes des documents de maintenant (1) que j'aie l'air d'être moi, même avec un splendide RF sur le nez. 

Au soulagement que j'éprouve moi que la conformité soucie peu, je mesure combien doit être source de tension le fait de n'avoir pas de papiers d'identités, du moins pas ceux qui autorisent à séjourner dans un pays plutôt qu'un autre.

J'ai vécu le reste de la journée dans l'illusion que puisque c'était allé si vite, le reste de mes tracas administrativo-quelque chose de ces jours derniers allait rapidement s'aplanir, chèque et chéquier, carte de mutuelle ..., mais je crains que ça ne soit pas si simple.
Ma carte vitale, quant à elle, est déjà là (2).

Avant que d'oublier et de passer à la suite de mes aventures, je dois noter que mon pass navigo m'a été utile comme seul document un peu sérieux quoique non officiel avec photo me restant. Je déplore que son abandon prochain ait été voté par la région au profit d'une sorte de future appli smartphone - particulièrement injuste puisque sa facilité d'utilisation dépendra de la qualité de notre équipement -.

Et qu'il m'a été secourable malgré qu'il n'était ni obligatoire ni mentionné, d'avoir pris avec moi mon livret de famille lors du premier rendez-vous.

Dans l'absolu il faudrait s'arranger pour avoir toujours un document d'identité à la maison lorsqu'on en a un autre sur soi, et jamais dans le même sac ou au même endroit le téléphone portable et l'ordinateur. Moyennant quoi il devrait suffire de moins d'un mois pour retrouver une vie sans surcroît de complications. Ç'aura été presque mon cas.

 

(1) Je me souviens d'un temps où l'on pouvait sur un passeport arborer l'air souriant, des cheveux débordants, une barrette pour les maintenir, ce qu'on voulait comme vêtement du moment qu'on voyait le visage.

(2) Quand tu penses à la façon fastidieuse de 2009 (vol du portefeuille), que de progrès !

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Après nos fins

 

    À l'occasion d'heureuses (oui, heureuses, les uns et les autres vous vous aimez bien et c'est l'emprise de la vie quotidienne qui vous a éloignés tandis que les kilomètres qui séparent vos villes de résidence n'arrangeaient rien ; il y a aussi qu'avec l'Internet tu as cessé de téléphoner et qu'eux n'étaient pas des internautes, tes aînés) retrouvailles, vous découvrez ce par quoi vous en êtes passés, des maladies graves des enfants, des ruptures, des contextes professionnels pas tout à fait que ce que vous croyiez savoir ...

Tu sais avoir une bonne mémoire jusqu'à présent, du moins pour les choses affectives, alors tu es persuadée que ce que tu découvres à présent, c'est que tu ne l'as pas su, ou alors en mode totalement hors de proportion avec ce qui se tramait (La petite x... , elle n'est pas très en forme en ce moment, par exemple, pour dire une maladie qui rétrécit l'avenir de qui l'a développée). En fait la génération du dessus, qui détenait les nouvelles et que chacun supposait avoir fait le boulot de mettre au courant ses propres enfants (1) n'a rien transmis. L'une n'a pas dit, ou l'autre n'a pas redit. J'imagine bien ma mère nous voyant aux prises avec nos propres problèmes, de boulot, de maladies chroniques, d'argent malgré de bosser dur et de dépenser peu, a peut-être préféré ne pas nous alourdir, sachant combien j'aimais mes cousin-e-s, et s'est tue. Peut-être aussi n'avait-elle tout simplement pas su.  

Depuis février, à chaque personne que nous revoyons (2) c'est une trentaine d'années d'historique qu'on se mange au rattrapage. Pas que du triste, il y a des choses bien. Notamment les femmes qui ont réussi de belles choses d'un point de vue professionnel et ne s'en sont pas vanté et personne n'a eu la bonne idée de colporter.

Ce sont aussi des éléments de l'histoire familiale qui se révèlent pourvus d'autant de versions que d'issus de survivants. Ainsi la mort de ma grand-mère maternelle en Normandie quelques mois après le débarquement et de celles d'un petit garçon qu'elle venait de mettre au monde a autant de versions qu'il y avait d'enfants grands qui avaient survécu. Le point commun étant : tomber malades et ne pouvoir être soignés, du fait des circonstances. Ils se meurent quand tout le monde festoie. Les médecins et même les prêtres sont avec les soldats. Les maisons sont des courants d'air qui n'ont pas ou plus de toits.

Aucune version n'est plus ou moins glorieuse ou dramatique qu'une autre, c'est la maladie qui change ou même (dans mon cas) l'ordre des décès. Le fait est que ma mère ou ses sœurs n'en parlaient jamais, les très rares fois ou elles faisaient l'effort - généralement pour répondre à nos questions d'adolescent-e-s - leur mémoire avait peut-être enfoui les précisions. Nous portons de fait toutes, nous les filles de la génération suivante, le poids de la mort prématurée de cette grand-mère remarquable, dont toutes les traces restantes nous laissent à penser qu'elle fut une femme d'une force de caractère hors du commun. Nous portons également une succession d'enfants grandissants qui n'eurent pas lieu, chaque génération soumise à des impératifs de guerres, maladies, morts, nécessités économiques. Ça se paie un jour, inévitablement.

Mon naturel optimiste (que je tiens peut-être de cette femme, sa force de combat, ou d'une belle part de fantaisie venue de mon côté d'Italie, salut Enzo !) fait que je persiste à penser que nous ne nous en sommes pas si mal tirées.

De façon plus contemporaine, il y a aussi que depuis 1994 nous avons perdu un rendez-vous annuel chez l'oncle et la tante qui avaient une maison assez grande et un immense jardin. Personne n'avait les moyens, ne seraient-ce que géographiques, de prendre la relève.

Il y a également que chacun a pu supposer que l'autre avait été mis au courant, s'était peut-être désolé du manque de solidarité, de soutien. Et que, passé le pire, ceux qui étaient concernés n'avaient pas envie d'en reparler (3), ce qui fait qu'à l'occasion suivante, rien n'avait filtré des épreuves traversées.

D'autant plus qu'on n'a pas envie d'être définis par sa maladie ou ce qui peut handicaper.
D'autant plus que ces dernières années nous ne nous sommes croisés le plus souvent qu'à des enterrements. Ce ne sont les bons moments ni pour confier des ennuis ni pour se vanter.
D'autant plus que le capitalisme sans opposition puissante, qui est depuis plusieurs décennies le système économique prévalant, génère une concurrence permanente sur tout tout le temps. La maladie qui commençait tout juste à n'être plus honteuse (4) devient facteur d'exclusion même après rémission. Alors on la tait.

En attendant, nous avons perdu beaucoup de temps à rester éloignés, écopant chacun dans notre coin, tentant de nous en sortir. Le regret de n'avoir rien su et donc été absente est chez moi tempéré par le fait que j'étais toujours trop prise par mes propres combats pour pouvoir réellement assurer une présence aux autres. J'espère que nous parviendrons à retisser les liens, à présent qu'on sait que l'on ne savait pas.

Je vais désormais essayer, si le travail et les santés des uns et des autres m'en laissent la disponibilité, de venir aux nouvelles et aussi d'en donner. Qu'elles soient mauvaises ou bonnes, sans dramatiser ni exagérer.

Et je retiens la belle idée de ma marraine d'une fête pour remercier un jour tous ceux qui lors des différentes épreuves m'ont aidée. Restera à trouver un moment favorable, un endroit, un budget. Elle sera aussi la fête des fêtes que l'on n'a pas faites.

 

 (1) On s'amuse rarement à prendre soi-même le téléphone ou le stylo pour annoncer à toute la famille l'annonce d'une grave maladie ; au mieux, on appelle une fois le pire passé, pour dire qu'il y a eu ça, mais qu'on s'en est pour l'instant tiré. 
(2) Elle semble avoir eu lieu dans les deux sens, la non circulation de l'information.
(3) Surtout à ceux qui, ignorant tout, ne s'étaient pas fendus du moindre mot, de la moindre visite à l'hôpital, par exemple. 
(4) Je n'ai jamais compris que l'on use de périphrases pour désigner des cancers, a priori ni contagieux ni liés (à part le cancer du poumon et fumer) directement à une activité précise.


Retrouvailles avec Paris (et découverte de l'existence de Shawn Mendes)

 

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C'est curieux alors que je me sentais pourtant tout près de Paris à Montmorency comme une fois revenue intra-muros pour le travail, j'ai l'impression de rentrer d'être partie loin longtemps. 

Le fait de bosser dans un lieu qui m'est extrêmement familier, dans lequel je me sens comme chez moi, me donne l'impression d'être entrée de plain pied dans l'une de mes vies parallèles - une autre a lieu à Bruxelles, je n'en ai pas fini avec cette ville -. Et si finalement l'année et demi vécue dans le XVIème arrondissement n'était qu'un songe fastidieux et malencontreux ? L'année dans le Val d'Oise une façon d'accompagner la fin de vie de ma mère ?

Il y a beaucoup de travail, en particulier à cause d'un changement dans la législation (1) qui ne sera pas sans conséquences. Quelle que soit la solution choisie, elle engendrera un surcroît de travail par rapport à la gestion courante.

Les amis viennent déjà me déposer des SP, un premier courrier d'éditeur est arrivé à mon nom, c'est comme si j'étais là depuis longtemps. 

Lors d'une pause entre journée de travail et soirée de présence (2), j'ai pu faire un tour dans le quartier. Que je connais à la fois très bien et pas tout à fait puisqu'il me reste des rues à découvrir. 

Je suis passée voir la gare secondaire (3), dans mon souvenir vaste et déserte, dans la réalité d'aujourd'hui petite et très peuplée.

Moi qui étais toute légère d'être concentrée sur mon nouveau travail - ce qui fait du bien, j'aime mon métier -, voilà que j'ai découvert que les OuiBus, selon une logique qui m'échappe, pour Bruxelles partaient de là.

À Bercy qui ne s'appelle plus ainsi, d'énormes files d'attentes se tenaient partant de chaque entrées. Probablement des contrôles encore renforcés après l'attentat de Manchester et le même genre de spectacle, au vu de l'âge des jeunes ou très jeunes accompagnés, qui attendaient (4).

On m'a distribué un prospectus de lutte contre l'alcool, qualifié de drogue, ce qui m'a semblé un peu excessif. Je me suis demandée si j'avais l'air concernée. On m'a aussi passé un flyer pour Shawn Mendes, dont je n'avais jamais entendu parlé, pas même de nom, malgré paraît-il un très grand succès,  et qui je l'appris de retour à la librairie, était en fait l'artiste de la soirée. Je m'endormirai moins ignare. Au moins ce garçon dispose d'une vraie voix. 

Et c'était rassurant de constater que les gens ne cédaient à aucune panique du fait du tout récent attentat dans un endroit équivalent. 

J'ai aimé découvrir longeant les voies ferrées des rues neuves, jusqu'alors de moi inconnues ; échangé quelques mots avec un père et son fils (ou un oncle et son neveu) qui étaient sortis jouer un peu au foot, faire quelques passes en bas de leur immeuble.

L'homme était bien arrivé en Normandie. La vie avance. Demain j'irai dans la maison de ma mère poursuivre la descente des affaires du grenier. 

Pour la première fois depuis des années, moins une parenthèse chaleureuse l'an passé, alors que je découvrais la belle petite librairie du haut de la colline, que ma mère n'était pas encore malade, ni l'homme enchômagé, et que j'avais eu l'illusion d'un plateau calme, enfin, je suis curieuse des mois à venir, lesquels ont peut-être une chance de déboucher vers du bon, et d'être, à traverser, fort stimulants. 

 

(1) obligation d'un logiciel de caisse certifié à partir de janvier 2018.
(2) Ça n'était pas moi qui organisais
(3) Celle de Paris Bercy
(4) Je comprends l'intention mais quel danger encore plus grand pour les gens qui de fait constitueraient les proies d'autant plus faciles pour des passants mal intentionnés. Notre société dans sa structure fait que l'on prend les précautions pour l'intérieur en se fichant de ce qui peut advenir dehors devant - en cas d'horreur la responsabilité vis-à-vis des assurances n'incomberait pas aux mêmes -. 


Searching back for Sugar Man


    C'est notre petite radio locale qui en diffusant régulièrement de ses morceaux m'a permis de sortir (non sans peines les premières fois) de l'incapacité de réécouter Sixto Rodriguez. Le film de Malik Bendjelloul avait été mon carburant de la fin 2012, début 2013, je l'avais vu trois fois, ça me criait, Tout n'est pas perdu. a match is never lost, et nous l'avions partagé, sans doute notre dernier bonheur commun - même si tu faisais la fine bouche en mode, Allez, il n'était pas si oublié que ça -. Nous avions même envisagé d'aller à l'un de ses concerts ensemble, j'y suis quasiment allée avec mon meilleur ami (en fait nous fûmes 2 x 2, nous échangeant nos impressions en cours par textos). Mais voilà, c'est peu dire que ces concerts au Zénith furent catastrophiques, à hésiter sur ce qui est le plus décent vis-à-vis de l'artiste, partir afin de n'être pas spectateurs du naufrage ou rester en se bouchant les oreilles (1). Je me souviens d'avoir même demandé conseil à mon ami Gilles, Au secours, c'est quoi le moins pire ? Erika, qui la première m'avait dit Vas-y (au sujet du film) en prenant soin de ne rien spoïler, et lui furent des spectateurs de La Cigale, apparemment moins manqué.

Quelques jours plus tard, rupture subie, alors même que je préparais un travail de modératrice pour toi. Rupture sans signes avant-coureurs, si ce n'était un aller-retour à Paris quelques temps plus tôt, trop boulot boulot (soi-disant) pour qu'on se voie et cet étrange week-end en Baie de Somme sans proposer que l'on s'y retrouve et surtout : toi qui ne voyageais pas. Tu m'avais écrit qu'il s'agissait d'un repérage pour un roman, ce qui était étrange, tu ne m'en avais rien dit avant alors que j'étais souvent l'élément stimulant et l'avais clairement été des trois précédents.
Ce genre de choses ne prennent hélas sens qu'après coup. Sur le moment, tout juste l'esquisse d'une alarme, de celle dont parlait si bien Jaddo dans celui-ci de ses billets, et comme tu avais été beaucoup souffrant, m'être dit que c'était signe que tu allais mieux et que peut-être tu souhaitais me faire une surprise en guise de remerciement d'avoir été là en soutien tout le temps. Au fond, je n'avais pas tout à fait tort, la surprise y fut. 

Dès lors le naufrage de Sixto se trouva lié au mien, nous était commun un facteur d'âge, voilà, c'était beau ce nouvel espoir tardif - le sien professionnel, le mien affectif - mais il y a certaines choses qu'il faut faire quand il faut les faire. Après, c'est trop tard. 

Je n'avais plus réécouté Sixto "Sugar" Man depuis lors (2), il aura fallu la radio pour retrouver ce plaisir, non pas intact, l'association d'idées y est, quoi que je fasse sa musique me renverra en arrière-pensée à un sentiment massacré, mais assez fort pour me permettre d'y reprendre goût.

Alors je me suis mise en quête de ce qu'il était devenu depuis, sa santé s'était-elle encore dégradée ?

Et j'ai lu cet article d'Émilie Côté au sujet d'un Olympia en septembre, cette fois-ci réussi. Avec en prime une vigueur politique, qui fait chaud au cœur.

Allons bon, tout n'est donc pas perdu.
(merci Radio Nico)

 

(1) Cet article de l'époque écrit par Laure Nalian pour Culturebox exprime bien le malaise 

(2) D'autant plus que le cinéaste qui l'avait révélé, Malik Bendjelloul, en mai 2014 s'est suicidé. Il était donc réellement devenu impossible d'écouter la musique de Sugar Man en toute légèreté. Et ce d'autant plus que cette mort demeure, semble-t-il, un mystère (article d'Andrew Anthony pour Le Guardian, 13 juillet 2014)


Eternal sunshine of the spotless mind (Mon côté ...)

 

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Toujours par l'application "Ce jour-là" sur FB, que je n'ai pas si souvent le temps d'aller contempler, et dont je ne saurais dire si je la trouve bienfaisante ou source de tristesses - je suppose que je la trouverai plutôt instructive et utile si je n'avais pas été quittée, si un lieu de travail que j'aimais n'avait pas dû fermer, si des ami-e-s n'avaient pas entre temps disparu-e-s (morts ou changement de vie en mode j'efface tout d'avant), s'il n'y avait pas eu la brisure du 7 janvier 2015, si ... -, je suis retombée sur cette annonce que j'avais passée, il y a six ans, pour tenter d'aider.
J'étais persuadée que ça pourrait aider aussi les personnes intéressées, qu'il était efficace professionnellement et d'une grande qualité humaine. Je suppose que pour le travail il tient encore la route, même si le message qu'il avait (fait ?) diffuser urbi et orbi le 8 janvier 2015 me laisse quelques doutes. Pour le reste, c'est peu dire que j'ai dû déchanter. 

Note pour plus tard : toujours y réfléchir à deux fois avant de recommander quelqu'un. Les êtres humains sont parfois Jekyll and Hyde à un point qui dépasse l'entendement. 

À part ça, il se confirme que FB ou du moins cette appli satellite a bien un côté elle aussi "Eternal sunshine of the spotless mind" : aucune de nos interactions n'est revenue à la surface et si cette annonce a ressurgi c'est probablement que je n'y mentionnais pas son nom. Après, j'ignore si après janvier 2015 il ne s'est pas carrément retiré du réseau (et pas seulement : m'aurait désamitée), je n'ai pas cherché à le savoir, mais ça expliquerait l'effacement des communs (1). Là aussi je ne sais que penser : est-il plus triste ou moins triste de voir des / ne plus voir aucune / traces d'éléments d'un passé commun ? Ne plus voir pour aller de l'avant et passer à la suite de nos existences, même pour la personne laissée sur le carreau, voir pour savoir que malgré une fin brutale et sans ménagement ni respect (euphémisme), du bon, du très bon, avait existé et pouvoir y puiser quelques forces (et se dire que c'est encore possible, peut-être, avec cette fois quelqu'un qui en vaudrait vraiment la peine) ? 

 

(1) Au lieu d'un lien qui, si je cliquais, dirait "Ce contenu ne vous est pas accessible" ou quelque chose de ce genre.


Grâce à Thierry, grâce à Arthur

 

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Plongée avec délices dans "La vie renouvelée d'Arthur Rimbaud" de Thierry Beinstingel, j'éprouve le besoin de vérifier quelque chose dans la correspondance de l'Ardennais voyageur, qui est, je le croyais un de mes livres de chevet, une folie que je me suis accordée il y a quelques années. 

    Hélas, il semble avoir migré vers d'autres quartiers. Les rigueurs de l'année 2015 comme auparavant celles de la deuxième partie de 2013 m'ont fait perdre le fil de ma mémoire. Où diable ai-je mis cet ouvrage que je supposais en permanence à portée de ma main ?

Je suis seule, ou du moins seule dans la chambre, là où demeurent les livres en cours ou les livres importants. La matinée a été sportive, 1h30 de course puis autant de marche, la maison de Théophile Gautier (dont j'aimerais reparler), un marché perdu dans une ville que je croyais ne pas aimer, mais qui s'est montrée presque accueillante au cœur de l'été, la sieste moins reposante que je ne m'y attendais ; je ferais donc mieux de rester étendue à lire le roman présent plutôt que de me remettre en chasse de documentation.

Seulement c'est plus fort que moi, je suis saisie par le besoin d'en avoir le cœur net. Et me voilà lancé dans un tri que je rêvais bref, et qui ne l'était pas : j'avais oublié l'effet induit par trois années trop âpres, trop mouvementées. Alors j'y passe quatre heures et sans avoir fini. Ranger rarement permet d'exhumer des pépites. Je m'aperçois que je dispose de bien plus d'ouvrages concernant l'ancien jeune poète si vite retraité que je ne le croyais - sans toutefois retrouver celui que je cherchais -. Je retrouve sans l'avoir cherché un livre qu'un autre ami m'a donné une puissante envie de (re)lire  20160731_211913

C'est drôle je n'y serais pas parvenue si je l'avais voulu. Retrouve aussi des ouvrages qui me seront utiles à préparer l'automne et les rencontres littéraires qu'enfin sur la colline nous allons proposer. Me garde d'ouvrir certaines correspondances, inutile d'attiser les chagrins mais remet avec bonheur la main sur une citation de Rilke que l'on m'avait offerte et qui aura contribué à changer ma vie. Et ça, ça ne me fait pas de peine, puisque non sans efforts et une part de chance, le cap d'un morceau de ce changement est bien franchi, pas tout à fait celui envisagé, mais c'est déjà beaucoup.

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Je retrouve certains de mes propres écrits, dont l'un sous forme reliée ce qui me laisse surprise : suffisamment de temps s'est écoulé pour que je puisse les lire avec le regard de quelqu'un d'extérieur. Je redécouvre aussi un présent perdu 20160731_213148, la rupture surprise subie étant intervenue avant la revoyure pour laquelle il était prévu.

Les ruptures subies en 2006 et 2013 ont encore une lourde influence sur ma vie, me le confirme lors d'une pause et entre tant d'autres choses, le message d'une amie récemment réapparue. Je la croyais en distance, trop atteinte en 2013 je lui avais en quelque sorte fait faux bond sur un projet qu'elle me proposait - je n'avais plus de forces, j'étais trop sujettes à des moments d'abattements - et ces expériences malheureuses m'avaient fait croire que qui se met en silence a ses raisons, que les humains sont très impermanents dans leurs tendres affections. J'avais tout faux pour l'amie en question, elle avait en fait traversé de graves ennuis de santé et consacré l au travail l'énergie qui lui restait. Fataliste, je m'étais accoutumée à l'absence. À présent je frémis à l'idée qu'elle eût pu être définitive. 

 

Le livre recherché est resté caché, mais l'heure a tourné. Il est temps de remettre de la cohérence dans certains tris puis de filer au lit. 

Je sais que ça comporte une part de lâcheté mais j'avoue que cette plongée dans les lectures et des souvenirs personnels, en me laissant oublier le son, la marche du monde, m'a offert une très bienvenue parenthèse. Comme tant d'autres personnes, depuis 2015 et de façon renouvelée depuis le 14 juillet et les nouvelles séries d'assassinats qui se sont succédées, j'éprouve le besoin de penser à d'autres choses que le fonctionnement funeste du monde et les hommes bien trop fiers de leurs accents guerriers. 

 

La citation de Rilke revenait à point nommé.

 

 

 

PS : Comme demain personne n'aura à se lever tôt, je me suis réellement sentie comme un premier jour de week-end (les miens sont pour quelques temps dimanche - lundi), ce qui m'a permis d'échapper au sunday evening five o'clock blues. Rare et précieux.

PS' : Bonheur de la redécouverte d'un texte de Thomas Gunzig, "Bon alors on y va" dans un recueil collectif offert par quelqu'un d'autre. Très beaux textes pour dire le lien affectif fort d'un père pour son enfant. 


Poèmes retrouvés

(en cherchant bien sûr tout autre chose).

Je vais mieux, celui-ci m'a fait marrer.

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J'ai aussi retrouvé ceci, la fin de quelque chose de trop intime pour par ici. Il n'empêche que j'avais oublié - comment ai-je pu oublier ? -.
Les tracas chroniques et l'ensemble des chagrins sont des effaceurs.

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(Mes résolutions de rangements d'un seul coup montent d'un cran) #àquelquechosemalheurestbon 

Et puis celui-là, voilà : 

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Photos retrouvées (Il nous restera ça)

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Je cherchais à récupérer une information de date sur une prise de notes faite sur mon téléphone malin et suis tombée sur la "galerie" photos qui n'est pas l'interface que j'utilise habituellement pour récupérer mes images. 

Je me suis alors rendue compte que l'appareil avait accès via une appli de messagerie qui y était encore reliée - mais après un changement de nom général - à tout un lot de photos prises pour la plupart en 2008. 

Elles étaient totalement sorties de ma mémoire sauf pour certaines qui concernaient Bruxelles - et qui sont soigneusement archivées par ailleurs -. Il est clair que certaines étaient là en vue d'un partage, d'un envoi.

Je me souviens parfaitement des photos prises à la demande de Camille Renversade lors de sa rencontre au Festival Étonnants Voyageurs le 1er juin 2009 avec Michael Palin (1).  P6010058

 

 

 

 

 

 

 

 

Ou de celles prises pour l'ami Eduardo, par exemple celle-ci alors qu'il recevait Gilles Jacob dans les sous-sol de la Fnac Montparnasse, à présent dévolus au prêt-à-porter. C'était le 21 mars 2009.

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Je me souviens de cette soirée de réveillon, à l'orée de l'année 2009 qui fut pour moi si bouleversante, où nous avions bu du champagne extra-ordinaire. 

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Je me souviens du tram 33 et de ce soir bruxellois où le voyant passer sur le quai où j'en attendais un autre, je n'ai pas pu m'empêcher d'y monter sans même savoir où il allait.

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C'est ce qui s'appelle de l'emprise culturelle

 

 

 

 

 

 

 

Je me souviens bien sûr de la soirée du 28 août 2008 au centre culturel d'Uccle

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Et si je n'avais pas oublié que Claudie Gallay était venue à l'Attrape-Cœurs je ne savais plus que c'était le 11 septembre 2008.  CIMG9706

 Je me souvenais qu'elle avait le même tee-shirt à manche longue que j'avais failli mettre, le même exactement (couleur, taille, marque) (mais I. V. au dernier moment m'en avait dissuadée). 

Nous avions beaucoup ri, il en reste une photo floue, étrangement cadrée.

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Et d'ailleurs c'est l'un des mystères de ces images retrouvées pour la plupart huit ans après, c'est qu'elles ne sont en rien triées, ce qui n'est pas cohérent avec ma première hypothèse qu'elles aient été là pour partage. Figurent parmi elles des silhouettes de type street-view-ghosts, dont je connais la cause (j'évite le plus possible d'utiliser un flash sauf pour certains effets et donc les mouvements pris en lumière basse donnent parfois ces résultats).

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L'autre mystère étant quelques bribes qui sont des copies d'écran, dont celle-ci qui date du 22/09/2013 - quand les photos datent d'entre 2008 et 2011 - et correspond à une demande de mouchardage de la part de FB (à laquelle je n'avais bien sûr pas répondu).

Capture d’écran 2016-02-28 à 21.36.25 Ce qui était drôle était qu'une de mes amies se trouvait alors en déplacement professionnel à Mexico et que la machine me demandait si elle y habitait.

À l'opposé du spectre figurent quelques photos, dont celle qui ouvre ce billet et qui me paraissent trop bien pour avoir été prises par mes soins, sauf que je reconnais l'attribution de titres automatique de mes appareils successifs. Il serait peut-être temps qu'enfin j'apprenne à faire quelque chose de celles qui sont venues bien. En attendant je suis heureuse de les (re)trouver.

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La statue venait de poser un bouquet (mais restait chagrinée)_191008PA190030

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bien sûr certaines sont drôles, d'où que je crois bien les avoir prises (elles ne font peut-être sourire que moi)

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J'ai également retrouvé une expérimentation du 19 juin 2011 qui me fait chaud au cœur (peu importe le résultat)

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Me revient alors que la photo avec le chien et les personnes attablées en terrasse avait été prise au Palais Royal et que je voulais faire un clin d'œil à Milky (2) qui s'était lancée dans une série New-Yorkaise : les gens avec leurs chiens.

Voilà donc un ricochet étrange de cette époque où nos appareils servent à notre espionnage et peuvent conserver certaines traces à notre insu : le retour de mémoires personnelles imprévues. Comme de regarder les albums photos de quelqu'un qui nous fut cher et qu'on avait un peu perdu de vue. 

L'expérience dans mon cas aura été plutôt plaisante. J'y apprends qu'après les traumatismes personnels (2006) ou collectifs (11/09/2001) une forme d'insouciance peut renaître et à nouveau des sentiments chaleureux. Je me demande ce qu'il en sera pour l'après 2015 (3). Je trouve aux images des années précédentes une légèreté qui me semble désormais inaccessible. Mais elles font du bien à revoir. 

Comme le slamme Grand Corps Malade, il nous restera ça.

 Il est amusant de constater qu'à l'orée d'une nouvelle étape de ma vie, qui se présente plutôt bien et dont la perspective en tout cas me stimule, des éléments extérieurs (la fin annoncée du fotolog, des fichiers en mémoire de mon téléphone retrouvés sans les avoir cherchés) me poussent à faire le point avant de clore le chapitre précédent, ses bonheurs et ses douleurs. Une expression extérieure d'un besoin d'archiver soigneusement pour passer à la suite sans entraves tout en emportant les précieux acquis de celles qui furent mes plus intenses années. Elles m'auront au moins permises d'apprendre un métier que je m'apprête à nouveau à exercer. Je le ressens comme un privilège.

Oui, il nous restera ça.

 

PS : Le bizarre album des retrouvailles est .

PS' : Accessoirement, en tentant de rechercher si j'avais déjà posté cette photo en la documentant un tantinet et alors que j'avais oublié d'ajouter le filtre "your own photostream" (qui en fait n'existe plus), je me suis aperçue que sur flickr on pouvait voir toutes les photos laissées publiques prises par des personnes ayant le même appareil (ou un appareil qui inscrit les photos en mémoire de la même façon) le même jour (mais pas forcément la même année) dont c'était le même numéro d'ordre dans les photos de la journée et qui n'ont pas modifié le titre. Ça me donne des idées (d'écriture). 

 

(1) Rien à voir avec Sarah et tout avec les Monty Python (je mets le lien pour l'intéressant article wikipédia en V.O.)
(2) Je choisis ce lien vers un billet précis car il m'émeut particulièrement. Je suis sous l'emprise de plusieurs mécanismes de ce genre, en particulier après les violences de 2015, et ça atteint l'écriture et aussi les vœux (mais les plus proches d'entre vous avez sans doute remarqué). Et d'ailleurs grâce à Milky il me vient une idée.
(3) Sachant qu'on risque d'encaisser de nouvelles horreurs, qu'on n'en a pas terminé. Mais ce n'est surtout pas une raison pour baisser les bras, ni renoncer par avance à quoi que ce soit.

 

 


La culture c'est comme la confiture - un ancien billet potentiel (août 2004)


    En effectuant mes sauvegardes de photos dont les premières remontent à juillet 2004, voilà que je suis retombée sur des notes du mois d'août de la même année, je crois que je l'avais écrit pour amuser, en commentaire de l'un de leur blog, les amis.

Ça m'a fait sourire de les retrouver. C'était moi avant d'être libraire mais déjà bien embarquée pour y tomber. Je ne remercierai jamais assez Sylviane Duchesnay qui sur le chemin aura beaucoup compté. Cette patience qu'avec moi elle a eu, qui venait si souvent l'embêter. Je lisais déjà beaucoup mais plutôt des polars et en littérature des classiques (je sentais que j'avais beaucoup à rattraper) et donc pour les romans français contemporains je défrichais.

Les liens sont probablement périmés et la librairie mentionnée (qui était en face de mon lieu de travail) a été hélas fermée il y a plusieurs années.

Sans doute du fait d'avoir changé d'orientation professionnelle radicalement, j'ai l'impression de lire une scène de la vie d'une lectrice débutante qui aurait quinze ans et d'en avoir trente à présent.

 

dialogue (finalement pas si) fictif :


le lundi

Gilda (employée de banque) : - Bonjour, dis-donc qu'est-ce que tu aurais comme bouquins de Despentes, Virginie Despentes ?

Sylviane (libraire) : - bonjour Gilda, Oh, tu as le choix ; déjà en poche tu as "Baise-moi" et puis "Teen spirit", je crois qu'on les a en rayon. Monte aux poches et regarde à D.E.S.P.

Gilda : - T'inquiète va, D.E.S.P. je sais y aller les yeux fermés.

 
le mardi

Gilda : - Bonjour Sylviane, dis, tu aurais "Le pire des mondes" et "Superstars" de Ann Scott ?

Sylviane, amusée : - "Le pire des mondes" n'est pas encore en poche, mais oui on les a. C'est bien, on te voit souvent ces jours-ci.

Gilda : - En fait c'est parce qu'elles ont chacune ouvert leur blog et ça m'énerve figure-toi que je n'avais pas lu leurs livres.

 
le jeudi

Gilda : - Bonsoir Sylviane, dis voir, tu aurais les livres de Philippe Jaenada ?

Sylviane, goguenarde : - Va vite voir aux poches avant qu'on ferme, et prends au moins "La grande à bouche molle", tu verras, ça devrait te plaire.
Il a ouvert un blog lui aussi ?

Gilda : - En quelque sorte, oui.

Sylviane : - Sais-tu si par hasard Philippe Besson en a un ?

Gilda : - Je n'en sais rien mais promis dés que je rentre chez moi je me renseigne.
 

moralité : La culture c'est comme la confiture, quand on en a peu, autant étaler un max.
 
(posté en guise de remerciement sur le blog d'Ann Scott :
ainsi quelques jours plus tard que ce qui suit)
 

le vendredi

Gilda : - Bonjour, tiens j'ai trouvé sur l'internet quelqu'un de sympa qui m'a dégoté l'adresse du site de Philippe Besson. Pour le blog, on sait pas s'il en a un mais le site est vraiment très bien. Et puis du coup je vais enfin prendre "En l'absence de l'homme" et puis "L'arrière-saison".

Sylviane, rayonnante : - Tu verras, tu regretteras pas. Mais tu sais si tu attends septembre "L'arrière-saison" tu le trouveras en poche.

(Sylviane connaît mon impécuniarité chronique de cadre dynamique à temps partiel dont les dépenses le sont tout autant mais à temps plein).

Gilda : - Non, non j'en ai besoin avant.

(je pense à mes courtes vacances qui finiront bien par venir un jour, j'espère)
et puis je voulais faire honneur à Kill Me Sarah qui s'est donné la peine de me renseigner d'un blog à l'autre. Je me dis que pour qu'il se donne tant de peine, c'est qu'il doit bien y avoir une solide raison. 

pour info :

La librairie existe vraiment : Del Duca ; 26 bd des Italiens ; 75002 Paris
(pub totalement gratuite et désintéressée, je ne suis qu'une fidèle et peu raisonnable cliente)