Certains salauds seraient donc sincères (étonnements)

    

    Je poursuis donc dimanche après dimanche, lorsque rien de particulier tel qu'une course n'est prévue, la mise en carton des objets de la maison de ma mère. Le grenier avait été fait avant des travaux de remise au propre, les pièces du premiers étages sauf les placards fixes de la cuisine aussi - n'ayant aucune valeur mémorielle ajoutée sur les verres et les assiettes ou peu, j'eusse aimé déléguer cette tâche, mais mon premier assistant a fait n'importe quoi empilant ces choses fragiles comme si elles ne l'étaient pas -, j'en suis à la pièce du bas laquelle détient un grand placard mural qui m'occupe depuis deux fois.

Aujourd'hui ma progression méthodique m'a menée vers un angle où il y avait des livres, en particulier certains que j'avais offerts à ma mère.

Parmi eux une petite anthologie collective de poésie où se trouvait pour ma plus grande surprise un poème que j'avais écrit. Elle date de l'an 2000, vers le printemps.

Le poème n'est pas bon. Pas non plus de quoi avoir honte. 
Je l'ai reconnu et la mémoire m'est revenue de son écriture en le relisant. Le souvenir du fait d'anthologie est demeuré caché, voire inexplicable (Moi, postuler à une sélection POUR DES POÈMES ?).
Mon amnésie localisée peut s'expliquer : en l'an 2000 mes enfants ont 5 et 10 ans, je travaille comme ingénieure au faux temps partiel de 4/5 (OK pendant une journée, le mercredi, tu peux t'occuper de tes petits, mais la charge de travail n'est pas moindre que celle d'un temps plein donc les 4 autres jours sont de toute densité et les heures supplémentaires bénévoles la norme. Je chante dans une chorale, et il y a des concerts et des répétitions, en particulier pour l'un d'eux qui aura lieu au Champs de Mars pour Johnny Hallyday. Professionnellement la fin de 1999 a été exténuante, une course contre la montre pour désamorcer le "bug de l'an 2000" qui aurait bien eu lieu si plein de gens tels que mes collègues et moi n'avions pas passé en revue toutes sortes de vieux programmes dans tous les coins de tous les systèmes d'exploitation et aussi modifié toutes les bases de données dans lesquelles une valeurs d'année égale à 1999 servait de test pour déceler un enregistrement en erreur, voire était inscrite en dur pour certains calculs de durées. En mai je participe à un voyage glorieux de mon club de dégustateurs de whiskies. C'est seulement alors que je refais surface de l'épuisement. 
Du coup que ce petit poème soit passé à la trappe, écrit à un moment de ce séjour, dans un petit élan, ne m'étonne guère. La fatigue n'est pas l'alliée de la mémoire. Que j'aie oublié sa publication alors que j'avais dû en être fière sur le moment me surprend davantage.

Si on m'avait posé hier ou ce matin même la question : As-tu déjà publié de la poésie ?, j'aurais répondu en toute sincérité que non.  

Alors je comprends soudain comment peut fonctionner le déni que pratiquent si bien certains. Jusqu'à présent j'avais tendance, fors faits et gestes commis sous l'emprise de la boisson ou tout autre drogue ou personnes sujettes à des troubles psychiques, à croire qu'ils faisaient volontairement preuve de mauvaise foi. On fait ou dit un sale truc, on prétend comme un enfant, Non c'est pas moi.

En fait ils sont peut-être pour certains d'entre-eux parfaitement sincères ... et amnésiques de ce fait-là.

Si j'ai oublié mon petit poème et son impression alors que c'était quelque chose de joyeux que je n'avais aucune raison de souhaiter "perdre", il doit être d'autant plus facile et fréquent d'effacer de sa mémoire des éléments dont on pourrait avoir honte, que l'on souhaiterait oublier avoir dits ou faits.

Me voilà ce soir en train de repenser certains épisodes douloureux de ma vie, dont d'aucuns où celui qui me soutenait si fermement n'avoir pas dit ce qu'il m'avait confié que si je n'en avais pas eu de traces écrites je me serais crue devenir folle et laissée persuader d'avoir rêvé, à l'aune de cette nouvelle hypothèse : on peut parfois gommer entièrement quelque chose de sa mémoire, sans le vouloir, sans souhaiter tricher.

Je me demande ainsi ce qui est le plus triste : l'absence de fiabilité et d'exhaustivité de nos souvenirs ou d'avoir si longtemps cru à une cruauté volontaire de la part de personnes que j'avais tant aimées.

Contente, cela dit, d'avoir (re)découvert que j'avais un temps gambadé côté poésie. Contente de constater que ma mère l'avait pieusement gardé. 

 

PS : Rien à voir, mais lors de notre entraînement de course à pied en forêt nous avons croisé une meute de propriétaires de gros chiens nombreux (traîneaux, combats, bergers allemands ...), qui marchaient de conserve avec leurs animaux, beaucoup d'entre eux non attachés. Nous n'avons eu aucun problème nous abstenant simplement de courir le temps qu'ils soient passés, mais c'était très impressionnant. Un ou deux des chiens malgré leurs dehors féroces se sont même montrés affectueux et leurs maîtres nous ont presque tous salués comme il est d'usage en forêt, certains rattachant spontanément leur compagnon le temps de s'avancer. Mais qu'était donc cette brigade, comme des chasseurs sans fusils, qui cheminaient à trente ou vingt ? 


Un poème et une plume

 

Ce matin au courrier d'en papier, il y avait,

une longue lettre de banque et une enveloppe par une amie envoyée. 

 

À la lettre de banque, versant soucis de pris-pour-riches, rien d'affolant, je n'ai pas rien compris, voire même à peu près tout (j'ai quelques vestiges d'anciennes compétences), mais je n'ai pas aimé comprendre. C'est le monde tel qu'aujourd'hui il se prend. Nous sommes sommés d'aimer gérer. Nous sommes censés vouloir gagner de plus en plus d'argent.

Dans l'enveloppe de l'amie, un poème et une plume, le papier délicatement choisi, les mots soigneusement manuscrits, une petite œuvre de grâce. Il correspond au monde tel qu'en moi il serait, si l'extérieur coupant n'intervenait sans arrêt. C'était un poème de Pessoa, partagé en réconfort, avec pour le temps long du deuil un respect.

Je ne la remercierai jamais assez.


L'Instant de Poésie du Samedi - IPSA 1


    Comme ça m'énerve ces rêves qui s'évanouissent peu après le réveil alors qu'on croyait s'en souvenir et qu'on le souhaitait (certains de mes rêves me font bien marrer, d'autres m'apprennent des choses que je n'avais pas comprises ...), je tente de prendre des notes. Depuis que j'ai un chouette téléfonino, je tente de les prendre avec, ça horodate et c'est parfois surprenant - au matin on croit avoir dormi d'un bloc on s'aperçoit qu'à 2h38 notre cerveau s'amusait à nous faire vivre la vie sexuelle dont la journée nous laisse privé-e-s, ou à inventer de nouveaux modes de transports qui rangent la transplanation d'Harry Potter au rang de vieux procédés - et puis avec l'autocorrect et ses suggestions que l'on est trop endormis pour re-corriger, ça donne au réveil des rigolades de poésie involontaire réussie.

Ainsi donc cette nuit :

Chez le vice-consul qui jouait divinement du violon, ma cousine Claire, mon cousin Vincent et leurs enfants autres qu'en vrai et tous minots dont un petit tout vif argent un peu le genre de Noé (1).
Nous repartons mardi il faut qu'on se voie avant.

Je pense qu'en retravaillant un brin, ça ferait un poème. Ce que les notes ne disent pas mais dont je me souviens grâce à elles c'est que le début était une mise en images, comme une adaptation du début du Ravissement [de Lol V. Stein]. Si je rêve des films que je ferais de tous les livres que je lis, je n'ai pas fini. Pas étonnant que je dorme tant.

Autre bouffée de poésie, cette fois-ci scientifique, grâce @Kozlika et @Nasiviru qui ont relancé le lien jusqu'à moi, ce montage formidable de Josh Worth qui permet de prendre conscience de certaines choses :

If the moon were only one pixel

Prenez le temps de scrowler si vous le pouvez. It's worth it

 

(1) Il ne s'agit pas de l'ami Noé C. mais d'un jeune Noé à présent perdu de vu par ricochets et que j'ai connu encore gamin. Il est adulte à présent. Probablement étudiant.


Impressions olympiques


     Capture d’écran 2016-08-09 à 01.12.34Depuis que j'ai retrouvé comme en 2012 un canal pour voir des retransmissions à la carte et sans commentaires ni réclames, je me régale de J.O. 

Ça tombe bien, le travail à temps plein, finalement assez intense car il y a des clients au lieu de l'étiage qu'on me prévoyait, et pas mal de boulot déjà sur les commandes scolaires même si je n'interviens qu'en complément, suffit à pomper toute l'énergie que j'ai. Ce qui fait qu'en rentrant ou comme ce week-end je ne pourrais pas ou peu écrire. 

Par ailleurs je sors de la lecture d'un roman très prenant, qui m'a touchée (1) et je peine à enchaîner sur autre chose qui forcément me semblerait décevant.

Alors je regarde le sport, me réjouis de voir de si beaux gestes, des instants de grâce (ah les Chinois et Chinoises en plongeon synchronisé), leur exultation pour ceux qui l'emportent. Ça fait du bien d'oublier un moment la pente fatale qui semble entraîner le monde, les violences et les horreurs. 

J'avoue que je ne savoure pas sans arrière-pensées, les menaces sont pesantes et je suis assez âgée pour conserver des souvenirs d'enfance de 1972, alors étant donné le contexte actuel je me dis qu'il faut profiter de chaque jour passé sans drame ni tourment.

Ces retransmissions en sons réels permettent de jouer à rêver d'être sur place, dans le public mais bien placé ; de voir aux temps d'interstice des détails techniques ou touchants (oh le geste de la gymnaste chinoise qui a délicatement remis en place la queue de cheval de sa coéquipière que la médaille coinçait), de mieux comprendre (par soi-même) que lorsqu'on nous assène des explications.

Le public c'est le seul regret : il semble composé uniquement de supporters de l'un ou l'autre athlète ou équipe qui ont fait le déplacement. Les places ont dû être vendues à des prix prohibitifs. Le peuple n'y est pas. Ou alors un peu, à la marge, par exemple sur le bord des routes du cyclisme sur routes, quoi qu'assez clairsemé. 

La peine de ceux qui perdent ne me laisse pas indifférente, je crois savoir ce que c'est que de se donner du mal pendant des années pour quelque chose ou quelqu'un et que soudain tout se résume à plus rien. Reste le parcours et d'avoir quand même atteint le niveau qui permettait de prétendre à ce qu'on croyait possible.

Et puis j'apprécie tout mieux que je ne l'aurais fait plus jeune et je sais bien pourquoi : au fil de la vie, j'ai à peu près tout essayé des sports qui me rendaient curieuse - bon allez, pas le saut à la perche, et des sports de combats seulement le karaté -. Mais j'ai pratiqué un peu d'équitation, j'ai aussi sauté (plongé, même pas, trop difficile pour moi de si haut) d'un tremplin élevé (2), essayé tous les sports de balles ou ballons. Bref, je regarde désormais comme quelqu'un qui sait quels miracles se cachent derrière l'apparence de facilité de ces athlètes de haut niveaux. Et puis ceux qui concourent ont désormais l'âge de mes enfants. Peut-être que ça rend à mes yeux leurs exploits encore plus émouvants que lorsqu'ils auraient pu être mes cousines ou mes frères aînés, puis mes copains de classe, plus tard d'éventuels frères ou sœurs plus jeunes et à un moment donné d'éventuels amis ou petits-cousins plus jeunes. 

J'espère que des olympiades existeront encore dans un monde pas trop cassé lorsque les concourants seront en âge d'être mes petits-enfants et que je serai encore là pour admirer et pleurer de beauté devant certains gestes parfaits.

 

(1) "Vie prolongée d'Arthur Rimbaud" par Thierry Beinstingel
(2) du temps où la piscine municipale possédait une fosse et des plongeoirs


Poème concentré n°1

(J'ai trouvé samedi dans la rue un recueil de poésie datant d'il y a trente-quatre ans, imprimé dans le sud de la France ; dans la même veine que les poèmes express de Lucien Suel, je tente une petite expérience, histoire de voir si la poésie s'y retrouve)

 

L'image affleure
Mes larmes ont brûlé les rides, un bleuet.
Tu me livrais.

Pendant ce temps le chant
Ensorcelle
L'averse perce

Griffée, la fleur craque
Les oiseaux l'abandonneront.

 

Ce qui est très curieux, c'est que ça résume plutôt fort bien un certain état depuis jeudi en moi.


nb. : On est loin du texte initial, c'est pourquoi je ne le cite pas (en plus que je ne saurais en retrouver l'auteur pour lui demander son autorisation) n'en restent que certains mots, plusieurs expressions ("L'image affleure", "Les oiseaux l'abandonneront","L'averse perce", le début des larmes mais appliqué à autre chose) et leur ordre d'apparition comme au générique d'un film la liste des acteurs. Le sens final s'en trouve très différent. Ce qui est en commun est le champ sémantique. Merci à l'inconnu qui a jeté ce livre et à ceux qui en ce temps-là l'ont écrit et conçu.
billet repris dans La vie sans ailes (privé)


Not so lonely

" Ve 4-3-2011
Levé à six heures et demie. J'ai été réveillé dans la nuit par une soif que j'étanchais en rêve, sans succès. C'est au deuxième ou troisième verre fictif que j'ai ouvert les yeux et bu pour de bon."

Pierre Bergounioux, carnet de notes 2011-2015 (Verdier p 39)

Quelque chose qui m'arrive fréquemment, et pas seulement pour boire. Mais il l'écrit infiniment mieux de moi. Je me suis sentie soudain beaucoup moins seule. 
(et peut-être sur la bonne voie).

Grande reconnaissance envers celui qui prend la peine d'écrire ces lignes, s'il savait combien elles peuvent aider - cet exemple souriant n'est qu'un bref aperçu -, le courage qu'elles donnent à tous ceux / toutes celles qui se sentent fragiles mais essaient coûte que coûte de continuer.


Petit poème spécial journée des droits des femmes

(C'était hier je sais, mais c'est aujourd'hui que je l'ai retrouvé)

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Poèmes retrouvés

(en cherchant bien sûr tout autre chose).

Je vais mieux, celui-ci m'a fait marrer.

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J'ai aussi retrouvé ceci, la fin de quelque chose de trop intime pour par ici. Il n'empêche que j'avais oublié - comment ai-je pu oublier ? -.
Les tracas chroniques et l'ensemble des chagrins sont des effaceurs.

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(Mes résolutions de rangements d'un seul coup montent d'un cran) #àquelquechosemalheurestbon 

Et puis celui-là, voilà : 

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