La fin prochaine de la réalité

 

Qu'est-ce qui a été dit, je ne sais. Mais il m'est soudain apparu évident au cours d'une conversation dont ce n'était pas le sujet, que non seulement nous allions vers la fin d'une civilisation de l'écrit, au profit d'un retour aux transmissions orales et par ailleurs aux images sonores et animées, mais que si l'humanité ne bousillait pas sa planète avant ou ne succombait à quelque épidémie mondiale (1) avant, nous allions avant cent ans vers la fin du règne de la réalité. La réalité ne sera plus qu'une option parmi d'autres ; nous aurons à disposition suffisamment d'instruments pour accomplir nos existences dans d'autres dimensions - ce que font les grands lecteurs via les romans et leur imagination, et les gamers actuels mais limités par le fait de passer par l'ordi - en y étant quasiment autant que dans le "pour de vrai", avec aussi les sensations.

Ce qui distinguera la vieille réalité des réalités OGM sera sa palette olfactive plus étendue et le fait que la mort y restera sans recours ni retour. Alors que dans les réalités boutures, moyennant un temps de latence et quelques conditions de pouvoirs à regagner, elle pourra n'être qu'une étape désagréable à passer avant de retrouver une capacité de vie. Sentant la vraie mort IRL arriver, certains tenteront de fuir dans une de leurs autres existences pour lui échapper mais, du moins pendant le premier siècle de la civilisation des vies parallèles, ça ne marchera jamais.


La mort sera l'utime garante de la réalité. 

 

(1) La fin du monde telle que décrite par Peter Heller dans "La constellation du chien" me paraît fort plausible


Persistance

 

Huit ans et quatre mois que la rupture a eu lieu, des nouvelles mais indirectes - En as-tu aussi de moi ? Cherches-tu à en prendre ou au contraire à les éviter puisqu'au moment de me bannir tu semblais regretter que j'aie existé ? - et voilà que dans ce papier sur lequel je tombe par hasard (j'avais besoin de monnaie, j'ai acheté le journal), lorsque l'on t'interroge sur tes influences, parmi relativement peu de titres tu cites un livre et un film que je t'avais fait découvrir.

Je m'efforce de n'y voir aucun signe particulier, c'est peut-être au contraire parce que tu as oublié que j'avais joué les passeuses, que tu les as spontanément cités, déconnectés qu'ils sont d'une histoire qui t'aura peut-être un peu durant quelques temps empêchée de dormir bien la nuit, d'une amitié que tu as peut-être réellement oubliée tant est satisfaisante et créatrice celle pour laquelle tu m'as congédiée. Puisque le mal est fait, que j'ai survécu et que l'élue est quelqu'un que j'admire et apprécie, j'aimerais qu'il en soit ainsi. Donc oui, ils ont dû te revenir comme ça, peut-être que ces œuvres résonnent en toi si fort que tu crois depuis un moment les connaître de toujours. Ce n'est donc certainement pas une façon de me signifier Je ne pouvais plus, n'avais plus de temps, mais vois-tu je pense encore à toi (parfois).

Il n'empêche que c'est troublant d'être à la fois l'indésirable et celle qui a une influence si persistante dans le temps. Une libraire posthume. Une blatte (1) de l'esprit.

 

(1) Femelle. Les blattes femelles pondent en effet leurs oeufs dans une sorte de petit étui de l'ordre d'un élément de carapace, solide et qui reste un temps collé à leur corps. Quand on écrase l'insecte cette poche se trouve expulsée et les petits blattons (?), une douzaine, malgré tout naîtront. C'est pourquoi toute agressivité directe envers une blatte est improductive.  Les blattes nous survivront. 


Gratitude et soulagement

 

Je tiens à remercier de tout cœur le client ou la cliente qui hier à 13h04 alors que j'accomplissais la première partie de ma pause déjeuner, acheta le roman dont la présence m'offensait, dont la vue m'étreignait chaque fois que j'oubliais de me préparer à faire l'effort épuisant de faire abstraction sur qui l'avait commis et en l'honneur de qui et si peu de temps après m'avoir sommée de dégager afin de faire place à l'amour le vrai.

Je me plais à rêver qu'il s'agit de quelqu'un qui lit par ici, a compris mon chagrin, a choisi volontairement de venir faire sa bonne action pendant mon absence. Aurais-su encaisser sans frémir, sans pleurer, voire perdre connaissance (1) ? Qu'aurait pensé le client qui est en droit d'acheter et de lire un ouvrage sans se voir imposer des arrière-pensées dues aux vies privées de l'auteur et de la personne qui le lui vend,  et qui risquent de lui en gâcher la lecture ? L'auteur de celui-ci ne serait pas le premier homme à écrire si merveilleusement sur l'amour tout en se conduisant dans l'existence comme un être brutal et sans scrupules aucun, passant de l'une à l'autre sans respect pour la femme n-1, s'appliquant à séduire même si pour lui ça ne correspond à rien, sans se soucier que ses mots et ses regards aient pu être pris pour ce qu'ils semblaient (n'est-ce pas, Ted ?).

Ou bien à croire qu'il s'agit de quelqu'un à qui jusqu'à l'année dernière travaillant dans le même quartier je me suis appliquée en Bonne Mascotte dévouée à faire connaître le travail du bien-aimé et qui, la librairie précédente ayant fermée, a été heureux de voir que cet écrivain à nouveau publiait. Peut-être même qu'il ou elle lira le nouvel opus en croyant que c'est à moi qu'il s'adresse ; se dira Je pensais bien pour en parler ainsi qu'ils devaient s'aimer fort ces deux-là. Peut-être que cette lectrice, moins probablement ce lecteur, alors se réjouira. Sans imaginer un seul instant, au vu de la situation d'il y a encore onze mois, que tout s'est effondré très brutalement pour moi. J'ai trouvé mieux, restons amis.

Je sais que le livre n'a pas été conseillé. Que la personne qui l'a pris venait spécifiquement le chercher. N'a rien acheté d'autre. D'où l'illusion qu'elle est venue exprès afin de m'en libérer.

J'espère, c'est pour moi trop de souffrance, qu'il n'y aura pas de réassort. Aucun. Même si, accordant le respect dont j'ai été privée, je ne dirai rien. 

 

(1) La première fois que je suis tombée sur ce livre en en rangeant un autre, du fait de la surprise, de l'absence de méfiance, j'ai été à deux doigts de la perte de conscience. Que je suis parvenue à limiter à une simple pause, un éclat d'aller dans les toilettes pleurer. 

 

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Quand l'intuition précède de loin la compréhension - doc about ABBA

 

J'étais tombée sur ce documentaire il y a quelques jours, n'ai eu le temps de le regarder que ce soir. Il est truffé de micro-pépites y compris (ou peut-être surtout) pour qui n'apprécie pas l'ancien groupe plus que ça.

Les intervenants sont pour plusieurs inoubliables. J'adore le pianiste et le costumier (quand tu penses que tout ça c'était pour échapper au poids de la sexualité fiscalité). 

Peu à peu j'apprends et je comprends pourquoi très exactement me fait l'effet qu'il me fait ce groupe-là et aucun autre, ou peut-être, mais il n'est pas un groupe et c'est dans une moindre mesure et avec les ans l'effet s'est un tantinet tassé, Eros Ramazzotti

Attention, je ne suis pas fan. Incapable de l'être sauf éventuellement de chanteurs/euses d'opéra et encore je peux être subjuguée par leurs prestations et garder face à eux IRL un relatif sang-froid, voire ne pas même les reconnaître. Mais disons qu'Abba est un médicament dont j'use régulièrement - même si je préférerais avoir moins d'occasions de le faire que depuis huit ans -, que leurs chansons me sont restées, et qu'ils sont pour moi source d'une aspiration. On peut partager le triste car le plus souvent pour qui n'est ni séduisant(e) ni bien né(e) la vie le plus souvent l'est, mais qu'il y ait de la pêche, de l'humour - sans que l'autodérision n'obère l'émotion -, de l'énergie, que ça console ceux qui ont profité du partage. Et qu'un travail de création peut être populaire et accessible au plus grand nombre sans pour autant être mauvais, qu'il peut même inspirer ceux qui se veulent pionniers et soucieux seulement d'art - ce qui revient souvent à un abord plus compliqué -. I would like so much life to allow me to do my job here below before it's too late, I'm way too tired these days and afraid it's as for love the case.

 

PS : Ce serait bien que je me souvienne de Kevin, se dit la fille qui a toujours bien trop d'idées par rapport au temps et à l'énergie nécessaire pour les réaliser.

PS' : Note pour Satsuki : vrais éclats de Suédois inside (certes brefs, mais)

 documentaire The joy of Abba - Phil Ramey Ben Whalley BBC4 (samedi 28 décembre 2013)

 


Tout se complique (les municipales 2014 à Clichy)

 

Ce n'est pas que la politique ne m'intéresse pas, sa capacité à perpétuellement me décevoir dès que je m'en rapproche un peu est en soi remarquable - un peu comme avec les hommes pour ce qui est de l'amour -. 

Mais voilà il se trouve que démarrant dans un nouveau boulot et relevant à peine d'avoir été fort malade d'une saloperie de saison avant, je suis depuis début mars en config vélib-RER-boulot-dodo. 

D'où que je n'ai plus suivi de près les élections locales, malgré un voisinage stimulant. 

Je savais qu'au deuxième tour on aurait une lutte Catoire Schuller. Trop fatiguée pour expliquer à ceux qui sont loin : c'est tout résumé tout bien dans cet article de Libé

Et j'en étais donc à me dire qu'au second tour il nous faudrait choisir entre l'un ou l'autre.

Un camarade m'avait dit qu'une tête de liste d'une liste bien placée se rallierait à celle de Didier Schuller ; quand il me l'a dit j'ai fait : Hein ?! et toutes les personnes à qui je l'ai dit par après on fait Hein ?! aussi. C'est peu dire qu'il s'agit d'une alliance contre-naturaanh. L'objectif "Tout sauf Catoire" est limpide, mais en tant qu'électrice me semble assez peu motivant.

Puis un tract du début de semaine dans la boîte à lette nous a informé que Rémi Muzeau qui est le représentant de l'UMP officiel (1) se maintenant au second tour ; je n'étais pas assez bien informée, je comprends seulement alors qu'il était arrivé en 2. Si l'électorat de droite est scindé en deux, ça devrait faire le jeu de la liste du maire sortant, non ? (2) Est-ce vraiment ce qu'il veut ?

Ensuite l'homme de la maison rentre un soir de la semaine en m'informant qu'une 4ème liste s'est maintenue, j'ignore comment elle s'est glissée, un panachée vraie gauche - verts. Pour le coup je me dis qu'ils va falloir que je me documente afin de savoir comment ça marche si au bout du compte les électeurs d'un second tour se retrouvent saupoudrés entre 4 listes

Mais bon peut-être qu'avec une telle diversité de choix je ne voterai pas encore blanc pour cette fois.

Et puis c'est assez satisfaisant de constater que dans une ville où ça se bagarre le FN ne jouera pas les arbitres, n'en déplaise à ceux des sympatisants de idées du Docteur Destouches qui sont restés dans le coin. 

Voilà qu'au retour de ce soir nous apercevons un trac encore avec toute une liste de colistiers Schuller du premier tour qui devant l'alliance contre-naturaanh et supputant qu'ils auront davantage de chance d'obtenir là qu'en face un strapontin au conseil ont rappliqué fissa sur la liste UMP-officielle.

Vous me suivez ? 

Moi non. Le seul de mes compréhensions possibles de stratégies tordues est parvenu à saturation depuis un bon moment.

Quand tu penses qu'avec ça il va falloir voter ! Soulagés citoyens des villes de premier tour suffisant.

 

(1) Didier Schuller faisant désormais partie du off.

(2) À moins d'une subtilité qui m'échappe. 


7 janvier

 

P1058491(note en double tu - après tout pourquoi moi aussi je n'essaierais pas ? - pige qui peut)

 

Lui auras-tu envoyé comme tu le faisais chaque année, une carte pour son anniversaire ?

L'avais-tu traitée comme tu l'as fait avec moi et que ça serait en fait toi qui l'as éloignée et non pas elle qui t'aurait à un moment donné, aussi mystérieusement que pour moi, silencé ?

Lui as-tu aussi fait le coup de la porte qui est fermée, pour te précipiter dans d'autres bras peu après ?

Fake women only can offer fake love.

Nous sommes trop naturelles et franches pour toi, qui tiens tant à ce que tout finisse mal.

Et moi qui avais cru que l'un comme l'autre étiez des personnes fiables, aimantes et secourables, je me retrouve avec deux chagrins en forme d'énigmes, sur l'estomac, le cerveau, les bras. 

J'ai joué un rôle franc et donc risqué dans un scénario tarabiscoté ; qui l'était trop pour moi en tout cas. Les liaisons dangereuses au temps du texto. Je n'ai pas vos capacités pour élaborer, ni en moi l'envie de manipuler les autres, ni les séduire volontairement, ni rien faire par calcul en fait. Au plus sauver ma peau.

À tout prendre, c'était quand même mieux de que continuer à pointer "à l'Usine", vous me manquez, j'ai failli y passer, mais puisque je suis toujours là, je ne regrette pas. Et comme je n'ai à me reprocher que ma naïveté, la nuit je dors profond, lorsque je n'écris pas (1). Ce qui n'est peut-être pas tout à fait votre cas.

Bon anniversaire à toi, qui a changé ma vie, il fallait bien ça. La suite a malheureusement été chaotique, mais l'élan initial était merveilleux.

Bon courage pour les mois à venir, j'ai cru comprendre que ça risquait d'être difficile. La solidarité, quoi qu'il advienne, je ne la perds pas. Contrairement à vous autres, confortables bourgeois, je n'ai pas d'argent mais je sais le prix des choses, et que la vie est la seule que l'on possède et que l'on ne récupère pas quand elle s'achève malgré certains combats (courage à L., puisse un nouveau sursis ...).

Quoi qu'il advienne, je ne perdrai pas la reconnaissance envers la principale personne à m'avoir libérée et du poids parental et des murs et des castes inavouées de notre société. Je suis [de] nulle part et d'un peu partout, mais je ne suis plus où j'étais, coincée, assoiffée, enfermée, trop épuisée pour m'échapper, et seule la maladie ou une noire misère ou quelque guerre pourront m'y renvoyer. Je ne me laisserai plus faire, plus jamais.

Belle nouvelle année à toi qui est jadis (déjà) si brutalement partie. Non sans avoir ouvert la porte. Alors quand même, merci.

 

(1) ou que quelqu'un d'autre, la ville, ou une tempête, ne me réveille pas

[photo personnelle d'un tableau de Félix Vallotton, puisque les photos étaient autorisées (sans flash) à l'exposition]

 

 


Dopo Pasolini

 

C'était une expo à laquelle j'hésitais à aller, Pasolini à la cinémathèque. Cet homme dont curieusement je ne connais pas toute l'œuvre, mais parce qu'un peu comme pour Virginia Woolf, je ne peux l'aborder que sur la pointe des pieds à cause des échos hurlants, et pas seulement son travail mais sa vie me touchent trop. Quand je suis en période fragile, je dois m'en tenir à distance respectueuse, ou n'aborder qu'à petite dose.

Et puis j'ai reçu une invitation en tant qu'abonnée au Monde Interactif comme ils disent.

Ce n'était pas refusable.

J'ai passé un excellent moment d'autant plus que la visite était guidée et notre guide très intéressante. Elle est même parvenue à m'apprendre quelques choses que j'ignorais. 

Et puis je n'étais pas seule et même si celui qui m'accompagnait était porteur de nouvelles le concernant mitigées, c'était bon d'être deux.

Mais à présent au calme de la maisonnée où je reste la seule à veiller, les larmes sont les plus fortes. Je reste en colère et en deuil de la mort prématurée de celui qui avait encore tant à nous apporter. Plus que jamais cette phrase en tête "Nous avons tué le messager".

Et ces images poignantes de l'homme en pleine forme physique qui joue au foot et plutôt bien, à peine quelques temps avant. Images dont j'ignorais qu'elles servirent (mais en vain) au procés de son trop facile assassin, lequel pris plus tard pour plus long de prison d'avoir volé une Rolex que d'avoir (prétendument ?) occis un de nos frères prophétiques.

Il y a cette photo de Dino Pedriali que je ne parviens pour l'instant pas à retrouver parmi celles qui sont le plus souvent reprises : une chaise vide, dos à nous, au premier plan, sur laquelle la lumière fait quelques gammes, et à la table floue et flou Pasolini lisant (ou relisant, ou écrivant). Rien qu'y repenser me remet à pleurer. 

Il y a ce que je ne comprends pas et perçois, à défaut d'en savoir plus, comme une bravade inutile et dangereuse : si l'on doit dénoncer quelque chose de politiquement brûlant il faut le faire d'un seul coup et non pas, surtout pas, dire J'ai les noms, je les dirai. Après être éliminé.

Il y a sur ce film (une interview je crois, un documentaire) de 1974 son regard de qui a aimé et s'est fait quitter et ne s'en remet pas. Alors on s'intéresse d'autant plus à la marche du monde, n'est-ce pas ?

Peut-être au fond que je n'ai pas rêvé, que quelque chose de cet ordre s'est joué, qu'après tout.

Ce qui doit rester : l'éloge funèbre crié par Moravia, que sinon il pleurerait, son apreté désespérée. Et que c'est le poète qu'il salue en dernier. La poèsie prédomine. Sa rareté.

J'avais douze ans et le temps presse.

*        *        *

 

Pour ne pas achever une bonne journée sur de sombres pensées qui ne vont rien changer, j'écoute London Grammar, ma découverte du jour, une chanteuse dont je trouve la coiffure désespérante mais subis le charme de la voix. Mais celle de Moravia s'y surimpressionne. E di poeta non ci sono tanti nel mondo.

 

 


Association d'idées

May be I'm kind of a Doniphon. In a slightly different setup of the eternal triangle (but in a way I can't deny I am).

This is the west Sir, when the legend becomes fact, print the legend.

But kind of a Stoddard too.


Coûte que coûte

 

C'est un appel téléphonique adorable, reçu dans l'après-midi qui t'a remonté le moral puis soudain fait réfléchir (si, si ça t'arrive). Une amie te remerciait d'être venue la veille au soir (1) et puis elle disait J'étais heureuse de voir que tu allais mieux.


Effectivement, une confirmation administrative reçue dans la semaine est d'un immense soulagement, financier et aussi pour la couverture sociale. Précisément parce que ça ne va pas fort, tu le sais, tu le ressens, tu as peur que ton corps, délaissé, te lâche. Tu fais ce que tu peux pour compenser, il y en a même un qui essaie de t'aider, mais ça ne suffit guère et le chagrin qui succède à un chagrin qui succèdaient à un autre, les trois du même tonneau poursuit son travail de sape. Donc c'est important de pouvoir se dire : quoi qu'il advienne je ne vais pas ruiner ma petite famille en frais médicaux.

Mais l'essentiel reste sombre, l'été n'a pas permis, ou tu n'en as pas encore conscience, d'avancer dans la guérison, ou si peu. Tu restes par ailleurs triste du métier que tu as aimé exercer et qui semble déjà pour toi terminé. Celui avec qui tu travaillais te manque, c'est un plaisir de travailler ensemble lorsque l'on s'entend bien pour bosser - et rare, une excellente entente, de celles qui permettent l'économie de mots -.

Rien n'est gagné.

Mais voilà, même dans l'effondrement, à part il y a sept ans quand tu as failli y passer - et encore tu t'es contentée d'être profondément abattue, longtemps, mais l'interruption de travail, elle, avait été brève, tu étais redevenue opérationnelle rapidement, cachant les crises de larmes, les vacillement, tu assures. Tu assures ce minimum vital, les factures à payer, les rendez-vous médicaux à prendre, ceux avec les amis, tu ne fais pas défaut, tu es malgré un intérieur comme un parebrise fendillé, quelqu'un qui pense à rentrer par la gare pour prendre des billets en vue d'un trajet ultérieur pour un travail, tu mets le réveil à sonner et tu te léveras. Tu peux même faire rire, c'est (depuis toujours) comme ça.

Ton compagnon de (dé)routes, lui, en semblables cas, rate ses rendez-vous, gémit sans se soigner, reporte tout (sans que personne ne lui en tienne rigueur, il a ce pouvoir-là), au besoin s'énerve après qui se trouve là.

Celui qui ne fait désormais plus partie de ta vie, écrivait de longs messages de détresse, pleurant sa solitude et paraissant si fort te réclamer toi. Celle qui compta tant, l'amie la presque sœur, craquait ses échéances de travail, et tu tentais d'aider - d'ailleurs tu tentes toujours d'aider, tu ne peux pas t'en empêcher -.

Alors peut-être que c'est ça qui ne va pas chez toi : que ça ne se voie pas tant que ça, quand ça ne va vraiment pas, ou en tout cas pas plus que ta fatigue usuelle, celle qui n'est sans doute pas pour rien dans ton absence de séduction (2), et qu'alors quand vient le moment d'une exclusivité, amoureuse ou de très grande amitié, ils se disent que ce n'est pas trop grave si c'est toi qu'ils quittent, alors que l'autre personne ne s'en remettrait pas, leur créerait bien davantage de complications. S'ils reviennent vers toi, sois sans illusion : c'est que l'autre s'est lassée ou qu'ils ont à nouveau grand besoin d'être secondés.

Parce que toi, fors des maladies imbattables, tu tiens le choc coûte que coûte, tu ne pars pas en vrille, tu suis la traces de générations de femmes qui ont fait vivre des familles malgré les guerres et l'argent qui n'y était pas, que c'est intégré en toi, leur force, ta béné-malé-diction.

Alors qu'au fond tu ne souhaites plus qu'une chose, te réfugier au calme dans un endroit chauffé de l'automne au printemps et y lire, écrire, dormir en paix (3). 

 

(1) Oui parce qu'il y a des gens comme ça au lieu d'accepter des remerciements pour l'invitation dont ils t'ont fait l'honneur, ils te remercient de l'avoir honorée #mondeàlenvers (mes amours sont calamiteuses mais mes amitiés assez formidables ; et d'ailleurs tu viens de passer une journée d'une douceur inouïe, protégée, privilégiée)

(2) Et qui très clairement participe du fait que tu n'es pas capable de te déguiser en pétasse pour les affrioler, ni faire semblant de ressembler à autre chose que ce tu es, ou d'un autre âge. Et puis tu as froid alors tu mets des pulls (épais).

(3) Aller nager et courir aussi parfois, il ne faut pas exagérer, et ça au moins ne dépend que de toi.


J'en tiens un ! (d'exemple)

 

L'autre jour lors d'une discussion de la vie concrète, je ne parvenais pas à exprimer ce que je ressentais à propos de certains livres, américains contemporains en particulier. En fait je suis capable d'apprécier le bon boulot, pour avoir tâté du taff, je sais apprécier une belle construction narrative, l'efficacité, le professionnalisme qui fait que tout est cohérent pour le lecteur logique, les personnages bien campés, et tout ce qu'on veut. Mais voilà, je suis infiniment plus sensible aux trucs moins bien foutus mais qui viennent du cœur, dans lequel un auteur est allé par nécessité, issu de rencontres, moins calibrées mais plus émouvantes.

Je viens de tomber sur un exemple, mais dans la chanson. Le même thème (ou si peu s'en faut), le même niveau dans les paroles (un truc élémentaire répété jusqu'à ce qu'il pénêtre dans le cerveau de quiconque passe par là), une poignée de gamins pour chanter.

Sauf que dans un cas tout a été pensé, ils sont le fruit d'un recrutement, belle gueule bonne voix required, les exécutants de bonne volonté de produits manufacturés, toute la technique et le budget qu'il faut pour que le résultat final ait de l'allure et l'allure qu'on voulait 

 

 

Pas moins de cinq personnes ont collaboré aux textes sans compter les garçons eux-mêmes (si l'on en croit l'article wikipédia qui leur est consacré) Autrefois les groupes se rencontraient d'abord dans la vie, galèraient quelques temps à faire leurs premières armes dans quelques arrières-salles en bossant comme des damnés, créaient leurs propres titres, écoutaient leur (unique) manager (ou pas), et si on les trouvait beaux c'était peut-être avant tout parce qu'ensemble ils jouaient bien. C'est peut-être moins séduisant, surtout selon les critères actuels, mais même sur une chanson élémentaire, c'était tout autre chose que le superficiel efficace et brillant. C'est la même différence qu'entre un film publicitaire très réussi et un film de cinéma, moins fait pour faire rêver mais qui y parvient mieux. (à affiner ultérieurement, mais en gros c'est ça l'idée, trop d'intentionnalité tue la qualité réelle de ce qu'on a à proposer)

 

PS : Je serais curieuse de voir ce que le staff "One direction" proposera sur le thème When I'm sixty four , cette chanson qui m'a rendu tant service pour les interro d'anglais (mais c'est peut-être déjà fait, pas le courage d'aller tout regarder de la production des 1D, il y a des limites à la conscience professionnelle du blogueur amateur)