Moi aussi (J'ai décidé de reprendre la photo)


Capture d’écran 2019-07-17 à 16.06.24   C'est un besoin qui est venu alors que j'effectuais ma recherche d'un couple (texte, photo) perdu et que je constatais la disparition entière de fotolog (1) : l'envie de me remettre au journal photo, avec le côté "une photo par jour" auquel je ne saurais dire exactement pourquoi, Instagram pour moi ne correspond pas - plus dans le phénomène de réseau, d'instantanés partagés, moins travaillé, sans tri préalable, des choses comme ça ? -. Alors j'ai réactivé mes Clandestines sardines puisque ma suite du fotolog je l'avais déjà. 

Il convient d'effectuer ce petit travail quotidien le soir tard ou tôt le lendemain, c'est peut-être la contrainte même qui me manque, un micro-barrage illusoire de plus face à la vitesse de défilement du temps. 

Voici donc pour hier : L'herbe grillée du tramway

L'amusant de l'affaire c'est que la même recherche d'un billet photographique d'il y a dix ans, m'a conduit ce matin à découvrir de François Bon avait repris le fil de son Petit Journal, que c'était tout récent et que même si ses photos, lui les travaille sans doute alors que moi très peu ou non (2), c'était dans l'air du temps de reprendre à effectuer et partager des images quotidiennes avec un bref texte associé.

J'éprouve aussi grand besoin de témoigner au jour le jour de ma ville de mon quartier en pleine mutation.

 

(1) Heureusement anticipée ; je dispose de sauvegardes, car j'avais pris soin de les doubler, voire tripler (l'ordi volé en 2017, le disque dur externe spécial photos qu'hélas j'avais dans mon sac ce jour-là, flickr). Il n'empêche qu'à un moment donné fotolog avait semblé bénéficier d'une résurrection de bonne tenue, respectueuse de nos historiques et que je suis triste qu'elle ait hélas aussi disparu.  

(2) Manque de compétences et manque de temps, je me contente parfois d'un recadrage ou d'une très légère retouche mais je ne sais (plus) rien des finesses, de l'élimination du bruit, des rééquilibrages, de l'usage des calques. En fait j'avais photoshop sur l'ordi que l'on m'a volé et je ne l'ai pas racheté / réinstallé. C'est aussi que fin 2015 j'avais failli me professionnaliser dans cette direction et qu'à cause de l'attentat au Bataclan et de ses conséquences pour la personne que j'aurais pu assister, la porte s'est refermée. En réaction, comme pour me préserver, je me suis désintéressée du domaine au complet. 
Heureusement, pas de la prise d'images, pas des instantanés. 

    


Les photos les souvenirs


    Aujourd'hui j'avais décidé de m'occuper de moi, entraînement et repos (relatif, lectures pour la prochaine émission sur Cause Commune, mais ça peut se faire en reposant le corps) et donc inévitablement j'ai terminé en m'occupant de l'ordi, tentant de débugger le problème de communication survenu la veille et persistant, entre le MacBook Air et la Garmin 735XT que le cordon USB de la montre ne suffit plus à faire se causer. Ce n'est ni le cordon (testé avec celui de la montre de JF, même invisibilité), ni le port USB (testé sur autre port, même invisibilité, testé avec autre appareil, aucun problème) et le forum Garmin est annoncé en maintenance jusqu'au 16 mai - just my luck eût dit Adrian -. De fil en aiguille j'en suis revenue à faire des sauvegardes et du tri de photos, puisque je ne peux plus rien mettre à jour, disque trop rempli. Le téléfonino, malgré un ménage énergique récent est dans le même cas. 

Dès lors, il était inévitable de tomber sur quelques souvenirs. J'ai vécu trop vite, au moins depuis 2015, entre les événements et les emplois qui se sont enchaînés, sans compter le triathlon, et beaucoup de moments n'ont pas été mémorisés, comme si aller trop vite supprimait une forme d'indexation. Les souvenirs sont là, mais pas en accès directs. 

Alors j'en redécouvre certains grâce aux photos que je sauvegarde sur un disque externe avant de les effacer de la mémoire de l'ordi.

P8062215 Ainsi le 6 août 2017, en plein épisode du Voisin Voleur, nous étions quand même allés à Pirou voir le film d'Agnès Varda et JR en la compagnie de certains de ses protagonistes (du moins pour l'une des séquences). Ils étaient si heureux de se revoir à l'écran. Ça faisait chaud au cœur.

 

Le 11 août 2017 j'avais trouvé par terre à La Haye du Puits un pendentif avec les prénoms Sarah et Maëlle inscrits dessus. Je l'ai déposé à la mairie, on m'avait dit que c'était là le bon endroit pour laisser des objets trouvés. 

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À la fête du Malt d'octobre 2017 un whisky nous a été présenté qui s'appelait Writer's tears 

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J'avais retrouvé chez mes parents un poème que j'avais commis pour un recueil collectif.

 

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Le 3 octobre 2017, sans doute à l'occasion de la signature de documents dans le cadre de la succession de ma mère, j'étais allée à Sannois et de là avait fait la petite marche pour me régaler de la vue du haut de la Butte des Châtaigniers 

 

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Je retrouve aussi des notes de lectures de ma mère que j'avais prises en photo avant de ranger les carnets ou ses livres dans des cartons (pieusement conservés). Je peux ainsi facilement les relire ... ce que je n'avais pas fait depuis un an et demi. Très vite il est l'heure de passer à la nuit (de sommeil). Je quitte l'ordi à regrets.

Quelques photos d'il y a deux ans

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Je poursuis mon tri, sauvegarde, ménage de photos à grandes enjambées, car j'ai vraiment besoin le plus rapidement possible que mes appareils cessent d'être saturés.

Voici quelques photos du printemps 2017 dont j'ai peu de souvenirs du point de vue des petits événements et pensées personnel·le·s : je suis accablée par un deuil (ma mère après une sorte d'agonie de plusieurs mois), le poids que le voisin voleur fait poser sur nos vies pile à ce moment-là et un changement d'emploi. Le nouveau étant particulièrement prometteur j'espère pouvoir m'y donner à fond, être heureuse du résultat, avoir un niveau gratifiant de liberté de décision. Je vais vers mon premier triathlon et ainsi n'ai pas une minute à moi. 

De ce fait les photos que j'ai prises en cette période se sont détachées de ma mémoire : je n'ai que peu de souvenirs sur leur prise de vue, ni mes intentions. Comme si une autre personne les avait prises, quelqu'un dont le travail sur les images me serait familier, mais qui ne serait pas moi-même. 20170530_145104(0)

 

Ponctuellement une intention me revient, par exemple pour qui suit, prise du RER C, je souhaitais que la Tour Eiffel soit cachée, je m'étais amusée à viser l'instant précis

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Photos éparses

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    À force de cavaler, au sens propre et figuré, j'ai négligé de faire le ménage, et dans l'appartement et dans les mémoires électroniques de mon ordinateur et de mon téléfonino, voilà que tout est saturé et que les mises-à-jour ne peuvent s'effectuer.

Me voilà contrainte aujourd'hui à une sorte d'arrêt au stand, tris, copies, suppressions, de photos principalement, afin de pouvoir ensuite redémarrer.

À l'ordinaire, si quelque chose chez moi est bien classé, ce sont les photos. Répertoires par mois de prises de vue et double sauvegarde voire triple avec le Time Machine.

Seulement voilà, il y a toujours quelques images qui pour des raisons que j'ignore, probablement des interruptions de connexion en cours de transmission, à moins que quelque cliquer-glisser hasardeux, se retrouvent dans des dossiers inattendus. 

Le ménage de ce jour m'a donc permis de glaner dix images, l'une d'elle datant de février 2016, la Seine en crue à l'Île de la Jatte, la plupart de 2018 : fête de la musique à Levallois avec Klosman aux manettes - dont l'une assez étrange -, quelques-unes d'un dépannage à la volée sur les Champs-Élysées lors de la dernière étape du Tour de France vue des fenêtres la Maison du Danemark, un éclat de soleil sur trois arbres de la forêt de Saint Germain en Laye et un portrait de moi lors d'une rencontre que j'animais en janvier 2018 à la librairie Charybde où je travaillais. DSC00668

 

 

J'aime bien cette sorte d'aléa qui me fait retrouver quelques bribes, principalement de l'an passé qui me paraît si loin déjà tant l'année a été bien remplie et tant ça continue à fond les manettes. 

Tant que la santé suit, on ne s'en plaindra pas, mais jeter un œil en arrière est assez vertigineux - hein ? quoi ? j'ai grimpé tout ça ? -.

J'en ai fait une sorte de mini album


L'assistant automatique


    De nouveaux appareils en mises à jour - curieux de s'être fait subtiliser la même année en deux fois et le téléfonino et l'ordinateur - voilà que je découvre que ce dispositif de sauvegardes automatiques de certaines photos est désormais muni d'un assistant, lequel fait une partie du boulot pour nous : classer en album, "améliorer" certaines images - généralement, présomption humaine, je préfère mes photos avec défauts -. 

Ça n'est pas tout à fait inintéressant, même si je continuerai autant que possible d'utiliser mes propres classement, plus efficaces à mon cerveau et son fonctionnement de mémoire.

Capture d’écran 2017-12-12 à 22.26.57En particulier ce dispositif créé les choses à partir d'une logique implacable, ce qui rend des résultats parfois faux très drôlement, parfois charmant. Ainsi la machine a semblé se réjouir de mon merveilleux week-end à Paris début décembre (Patate, j'y habite), ainsi que d'une excursion que j'aurais faite fin novembre à vers Eaubonne et Beauchamp, ce qui est une appellation fort romanesque du fait d'être allée préparer once and again des cartons de déménagement. Et j'étais à Taverny, en vrai.

Ce monde moderne peut être amusant.

(Cette façon d'être cerné-e-s est également flippante, mais préférons en rire du moins pour l'instant)


Quand j'aurai les cheveux blancs on verra que j'ai les yeux clairs


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Comme suite à une conversation avec Sophie et Boulet, au sujet des gaffes que l'on peut faire sur la couleur des yeux des personnes qui nous sont proches. 

Je ne sais pas définir la couleur des miens. La plupart du temps ils semblent bruns. Quelqu'un avait remarqué que ça n'était pas le cas. Ce quelqu'un n'est plus là. 

[et à nouveau songer : quel merveilleux dimanche que dimanche dernier]

 


Une certaine absence d'étanchéité (petit mystère de fonctionnement des réseaux sociaux)

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Souvent je lis pendant mes trajets des nouvelles des amis ou des infos sur les réseaux sociaux. Je suis donc sur mon smartphone, modèle de ceux "offerts" par les opérateur, écran de taille raisonnable. 

Du coup je tape parfois à côté de l'option visée, sans parler des fantaisies que me rajoute l'autocorrect qui est assez imaginatif pour un outil.

Hier, il s'est passé un petit truc que je n'ai pas compris, même en admettant la fausse manip. 

Sur FB je vois cette photo de Didier da Silva qui me touche : c'est le genre d'image que j'aime à tenter. Et je suis le genre de personne capable d'attendre avec mon appareil en main que la lune soit pile dans l'axe. Il a réussi la photo parfaite. 

Je like et crois cliquer sur partager. Normalement s'affiche alors sur le mur FB de qui a ainsi cliqué l'image ou le lien avec la mention "a partagé la publication de". Et d'ailleurs ça a bien fonctionné.

Seulement peu après j'ai vu passer dans mes mentions twitter, donc sur un autre réseau, un commentaire d'un de mes amis,  Capture d’écran 2017-03-16 à 10.34.22

et il m'a fallu un temps pour comprendre qu'il se référait à la photo que j'avais cru partager sur FB. J'ai été encore plus surprise de constater que non seulement elle apparaissait sur Twitter, sans que je n'aie rien fait de volontaire pour qu'elle bascule d'un réseau l'autre, mais qu'en plus elle y apparaissait comme si je l'y avais directement publié comme l'une des miennes 

Capture d’écran 2017-03-16 à 10.38.29Je n'ai pas compris comment ça avait été possible (1).  J'étais en mouvement, me suis dit, Je regarderai ça de plus près une fois au calme.

On est le lendemain, je suis enfin tranquille, j'ai pris le temps de regarder la mémoire de mon téléphone (pas trace de la photo donc l'hypothèse téléchargement involontaire, touitage par le biais d'automatismes / galerie du téléphone, est à exclure), de faire différentes "fausses" manips volontaires pour voir jusqu'où elles conduisent, je n'ai pas trouvé le moyen de reperdre l'étanchéité entre les deux réseaux (sur tél. : les deux applis). J'ai même regardé ce que ça donnait sur l'ordi mais rien.

J'ai aussitôt émis un correctif, et présente toutes mes excuses à Didier. Il n'empêche que j'aimerais bien piger comment ça a pu se passer.

Si quelqu'un a l'ombre du début d'une explication je suis preneuse. Y aurait-il quelque part une option par défaut à décocher ? Suis-je tombée dans un bug insoupçonné ?
Et donc je répète : ce que j'ai cru, voulu faire et fait (ça s'est bien effectué), c'était liker une photo d'un ami sur FB et la partager sur mon mur avec toutes les indications de sa provenance. Ce que je ne comprends pas : comment elle s'est retrouvée sur ma TL twitter et de plus sans plus aucune mention de qui l'avait faite et publiée.

Ça a beau n'avoir rien à voir, je trouve ça un peu flippant, un peu comme quand le virus de la grippe aviaire bondit des oiseaux aux humains. Je sais qu'il existe des options de publications simultanées mais comme je n'aime pas ça - pour moi les différents réseaux correspondent à différentes communications - je ne les ai pas activées. Alors ce manque d'étanchéité entre eux me semble inquiétant. Et qu'aussi on puisse si facilement involontairement publier quelque part quelque chose à notre insu.

Si l'ami Joachim n'avait eu la bonne idée de commenter l'image, jamais je ne me serais rendue compte de cette publication qui semble directe. Ce qui rajoute un cran dans ce qui semble inquiétant : n'est-ce pas déjà à nouveau survenu ?

Merci à lui en tout cas.

 

(1) Au passage, charmante mention Translate from french 


Oiseaux volants sur lac gelé

Laissés en jachère depuis novembre et la maladie de ma mère, mes appareils électroniques, photos, ordi, téléfonino ont tous leur mémoire saturée.

Au normal de la vie je prends soin d'eux chaque jour, comme un pêcheur relève ses filets, notes glanées, films, sons, vidéos, je trie, sauvegarde, jette aussi, chaque soir avant de m'en aller coucher. Mais la vie quotidienne a été bouleversée, surchargée, submergées, je n'en ai pas même fini avec les démarches consécutives au cambriolage et au décès, et les outils crient leur saturation.

Alors je prends le temps de tenter de rattraper une partie du retard, ne serait-ce que pour pouvoir continuer.

C'est ainsi que je retrouve cette video d'il y a environ deux mois : le lac d'Enghien gelé. Venue par le bus 138 je traverse Enghien les Bains pour me rendre près de la gare ferroviaire, à l'arrêt du 15 qui me conduira à mon lieu de travail en haut de la colline. Le lac est glacé, les oiseaux s'y posent. C'est d'une beauté qui me donne envie de ne pas me cantonner aux images arrêtées.   

Il fait bizarre de se dire qu'à l'heure où je les filmais ma mère encore vivait, pouvait communiquer. Et que nous ignorions combien de temps (semaines, mois ou année(s)) la mort prendrait pour achever l'approche irrémédiable qu'elle avait entamée.

C'est toutefois moins étrange que lorsque l'on retrouve des images saisies peu de temps avant une rupture subie, un accident fatal, un fait de guerre ou une catastrophe naturelle et qu'on se revoie, sujet ou opératrice, dans la totale inconscience de ce qui va nous advenir et modifier plus ou moins définitivement le cours de notre vie.

Consciente de la plus ou moins grande imminence d'une issue fatale, concernant quelqu'un dont j'étais proche de par la naissance au moins, j'étais fort triste au moment où j'ai filmé. Pour autant les oiseaux, le lac lui-même en sa configuration hivernale sont beaux. 

Je crois en de possibles rémissions par la beauté du monde, tant qu'elle existe encore.

 

 


Au mois de mai prochain (François Morel)

 

    Et voilà, François (Morel) m'a encore fait pleurer. Il évoque la beauté des images que partage Thomas Pesquet, et en creux la situation au ras du sol. 

Thomas Pesquet, en mai ne redescendez pas trop vite

 

Pour qui n'a pas encore eu le loisir de les admirer, voici le compte Twitter de l'astronaute, son blog (à vous dégouter de tenir un journal de bord lorsque vous êtes sur terre avec vos petits tracas de fins de mois), son compte flickr et son instagram. On se rappellera qu'avant sa destruction la planète fut ainsi. 

François, Thomas, comment vous remercier pour ce que vous nous accordez ?


1972

20 ans Anne - 1972

Les deuils peuvent être l'occasion de revisiter les vieux albums photos (du moins lorsqu'on est assez vieux pour que des photos de papier soient conservées en cette forme). Une de mes cousines m'a fait parvenir celle-ci. 

Comme l'image a quarante-cinq ans d'âge je pense qu'à condition de n'y mettre aucun noms je peux la publier, et que son flou "vintage" préserve de toutes façons un certain anonymat.

Il s'agissait d'un anniversaire, c'était en Bretagne et un exploit de tous nous rassembler - conjonction de vacances scolaires communes (1), jours de congés pour ceux qui travaillaient -.

Cette image est typique des temps, coiffures, attitudes et vêtements. Pile typiques de la classe moyenne d'en France d'en ce temps.

La hiérarchie de nos tailles d'adultes ne sera pas celle de nos tailles d'enfants, d'adolescents. C'est amusant. Les aînés ont l'air plus âgés que des personnes de maintenant pourvues du même âge à présent. C'est assez frappant. Sans doute parce que l'on entre désormais plus tard dans la vie active, si l'on parvient à y entrer, que l'on reste plus tard aussi chez papa-maman. Pour des raisons de localisation, la plupart de mes cousins et cousines sont en pension dans la grande ville de leur respectif département. Il me semble que par la suite il y a eu davantage d'établissements dans des villes de taille moyenne, ou de ramassages scolaires organisés qui permettent aux collégiens, aux lycéens de rentrer chez eux après chaque journée.

À l'époque les familles équipées de plusieurs voitures sont rares. Généralement il y en a une, utilisée prioritairement par le père, lequel possède le travail qui fait bouillir la marmite. Si la femme travaille c'est presque toujours pour un salaire d'appoint, en complément.

Il y a une seule télé par foyer, le plus souvent en noir et blanc. 1972 c'est l'année où une troisième chaîne en France est lancée. On trouvait déjà que deux c'était pas mal. À l'époque du coup tout le monde regarde à peu près les mêmes trucs (ou s'en abstient), mais ça crée des références communes, un fond commun ("Je n'aime pas Guy Lux, je préfère Les dossiers de l'écran", "Léon Zitrone à l'enterrement de [célébrité ou tête couronnée] était vraiment très bien"). De nos jours il y a un grand éclatement, ce qui fait que chacun peut vivre à l'intérieur d'un même pays dans différentes sortes de petits mondes séparés. Je ne dis pas que c'était mieux ou moins bien, je constate simplement que c'est une des différences les plus flagrantes : qui passait devant un kiosque à journaux savait qui les gros titres concernaient ; de nos jours je pense qu'au quidam moyen d'âge moyen, la moitié des titres échappe complètement, d'autant plus que la presse "people", alors assez limitée, a fleuri entre temps. Dans les bureaux, les cours de récré, on parlait d'émissions qui la veille avaient été vues ou non mais en un choix déterminé, par tout le monde. Les retransmissions sportives étaient en nombre limité mais accessibles par tous. 

Le seul "appareil" que nous portons sur nous est une montre, éventuellement. La plupart des familles disposent du téléphone et les communications ne passent plus par des opératrices. Mais les communications coûtent cher, on ne s'appelle pas pour papoter, si l'on veut se confier, on s'écrit des cartes ou des lettres de papier. Les enfants doivent demander la permission pour appeler un ami, par exemple s'il l'on a été malade et qu'il y a des devoirs d'école à rattraper. Les parents veillent à ce que la conversation ne soit pas indûment par des bavardages prolongée.

La maladie est toujours un sale coup, mais pas un tracas financier du moins pour les salariés, il y a la sécurité sociale. Les médicaments, les soins, les examens (beaucoup plus rares, seulement pour les choses sérieuses), sont remboursés.

Nos habits n'ont pas de marques particulières, ni nos souliers. Et s'il en existe, par exemple pour les lunettes - j'imagine qu'il y avait des fabriques différentes -, le sigle est discret.

1972 est l'année de l'insouciance, la dernière : en septembre 1973 il y aura le quasi assassinat du président Allende et qui marquera la fin d'un espoir possible, quoi qu'il advienne d'un peu social et pour le peuple, dans le monde occidental les USA mettront d'une façon ou d'une autre le hola. La guerre froide Est/Ouest semble un truc intangible, de toute éternité, rassurant à sa manière. Qu'on soit d'accord avec eux ou non et fors quelques dictateurs ponctuels et lointains, les dirigeants du monde d'alors sont des êtres responsables, ils vont éviter de faire tuer d'un seul coup le monde entier. Le premier choc pétrolier n'a pas encore eu lieu. La guerre la plus récente est loin (dans le temps) les guerres en cours loin (géographiquement). En Italie ça commence à barder, mais c'est encore diffus. Les années de plomb prendront corps pour moi avec les attentats de Bologna et l'enlèvement d'Aldo Moro (2). Enfant, j'ai l'impression que la guerre c'est en Israël-Palestine et au Vietnam, et que quand celles-ci seront finies ça en sera fini de la guerre partout. C'est tellement bête, la guerre. Il y a des famines aussi, confusément je crois qu'elles sont dues à des conditions climatiques, des sécheresses. J'ignore totalement qu'il y a des pays du monde où les femmes sont comme en prison, tenues à l'écart, sommées de s'habiller de telle ou telle façon, réduites à une forme d'esclavage domestique. Pour moi il est clair et très évident qu'une fille "vaut" autant qu'un garçon, voire plutôt mieux vu qu'ils perdent plein de temps à faire la bagarre, mon dieu qu'ils sont bêtes. Si autour de moi les femmes sont plutôt cantonnées aux travaux de la famille et de la maison c'est parce qu'avant l'invention des médicaments beaucoup de bébé mouraient alors il fallait en faire naître le plus qu'on pouvait pour qu'un nombre raisonnable survive. C'était une répartition des tâches concertée pour la survie d'une famille et de l'espèce. À présent pas de problème alors les femmes peuvent travailler à l'extérieur, ce qui est quand même beaucoup plus intéressant que faire toujours le même ménage et les mêmes repas à la maison, et même une enfant sans arrêt malade comme je l'étais peut survivre et aller à l'école (3). 

Il y a du travail pour tous ceux qui le souhaitent, pas toujours facile, pas forcément bien payé, suffisamment pour en vivre à condition de "faire attention". 

Le chômage, quand il survient, est indemnisé sans limite de durée, puisque forcément à un moment, à moins d'être un glandeur on finit par trouver. 

Il y a un début d'illusion d'avoir le choix de ses avenirs. Qu'est-ce que tu aimerais faire plus tard ?

Dix ans plus tard, c'était rapé (à moins d'avoir les moyens de financer des études incertaines, ou s'installer dans un métier en indépendant, ou enchaîner des stages gratuits avant d'obtenir un contrat).

Le travail que quatorze ans plus tard j'exercerai n'existe pas encore tout à fait. Celui que ma mère effectuait avant ma naissance est sur le point de disparaître (4). Pour autant sur le moment on a l'illusion d'une certaine immuabilité.

Ça commence à s'assombrir dans les mines, les grandes industries. Mais lorsque l'on n'est pas d'une région concernée on peut encore se permettre de l'ignorer. 

Il y a des soucis de pollution mais pour des choses de taille, l'énergie nucléaire qu'on installe sans savoir comment traiter les déchets, des usines chimiques dangereuses, des risques accidentels. Les poubelles ne sont un souci pour personne, ni circuler en voiture - l'avion est réservé à une élite de fric ou à ceux qui ont des déplacements professionnels ou liés à une activité (sportive par exemple) -. On sait que fumer n'est pas très bon pour la santé, d'ailleurs ça fait tousser. Mais si c'était si mauvais, ça se saurait.

On croit vraiment au progrès, tout avance si vite, et le confort accessible de plus en plus à tous. Des solutions à tout seront bientôt trouvées. On a de l'an 2000 des images de science fiction.

En attendant pour la vaisselle, quand on a comme ça des repas de famille, on s'y met tous, les jeunes, à un moment donné, y a qui lave, qui rince et qui essuie. Je suis fière d'être assez grande pour participer à l'essuyage (mais pas les verres, pas les verres en cristal, c'est trop fragile).

Voilà, 1972 c'est une année où du moins en France, dans une région pas trop reculée, on peut croire en un avenir meilleur, joyeux et partagé, où quand on s'y met tous, sont rigolotes même les corvées.

 

(1) à la mémoire en ce temps là c'était beaucoup moins zoné, ce qui permettait de se retrouver entre cousins de régions différentes.

(2) qui me marquera car je percevrais (sans trop savoir l'analyser, du haut de mes 15 ans) qu'il aura été tué pas tant par la bande de pauvres embrigadés bien embêtés d'avoir à le faire (sans doute en quelque sorte les équivalents de certains des djihadistes de maintenant : idéalistes, n'ayant pas leur place dans la société, facilement embarquables dans des structures qui les adoubent en apprentis héros après injection d'une idéologie de type tout-en-un, ensuite il est trop tard pour dire que ça va trop loin, que le monde meilleur pour lequel on voulait s'enrôler est en fait bien pire, et de loin) que par ceux de son propre camp qui l'auront lâché, trop contents de se saisir de la place vacante. J'avais l'impression, vraie ou fausse, que cet homme n'était pas le pire de ceux qui détenaient du pouvoir. Bref : double mauvais casting, cinq plus un morts, au moins.

(3) À l'époque je raisonnais ainsi, j'avais neuf ans.

(4) perfo vérif 

PS : Et déjà je n'aime pas être sur la photo mais préfère tenir l'appareil, si l'on consent à me le confier.