Vie moderne, petit gag (livraison)

 

    Tandis que l'un des candidats à la mairie de Paris a des tracas de punaises de lit, nous hébergeons toujours des mites. Elles prennent leur dû assez sauvagement sur nos lainages, malgré différents type de dissuasions. 

Récemment mon "pull bleu marine classique" des occasions où il faut être habillée chaudement, discrètement et classiquement a morflé. Au même titre que "la petite robe noire épurée" c'est une base de ma garde-robe. Je me suis donc mise en quête d'un successeur. Sur l'indication d'un ami et par la grâce des soldes, j'ai pu m'en acheter un, solide, dont j'espère qu'il me durera loin. Comme je n'avais jusqu'à cette semaine que peu de temps disponible, je suis passé par l'internet via le site dédié de la marque. Il me semble que je contribue moins à tuer le commerce ce faisant qu'en passant par les sites de ventes en quasi monopole permanent.

Leur type d'envoi était par défaut le colissimo (1).

Comme souvent une fois que j'ai fait quelque chose qui était devant être fait, et qui est utile mais sans grande urgence ni vitale importance, je passe à la suite et je remets à zéro le coin de mon cerveau qui me fait office de mémoire tampon.

Je n'ai donc pas fait le lien lorsqu'à 9h30 ce matin mon téléphone a sonné indiquant un appel en "numéro privé", que l'appelant a laissé un message (2), qu'il s'agissait de colissimo pour une livraison au nom de "Levallois triathlon", qu'il rappelait dans 2 minutes. 

Je me suis préparée à descendre (3), tout en me demandant pourquoi diable je recevais une livraison directement. En ce moment nous récupérons nos tenues - commandes collectives prises en charge pour l'organisation par un membre du club avec toutes les complications que ça entraîne, un vrai boulot, mais chacun paie sa tenue -, et il reste les trifonctions qui n'ont pas été livrées. J'ai donc supposé qu'il s'agissait de cela.

Le livreur a rappelé très ponctuellement, je suis descendue, il est rapidement apparu, sans doute après s'être garé plus loin dans l'avenue, nous avons plaisanté sur l'intitulé, je lui avais dit qu'effectivement j'étais du club, il m'a dit Oh je vous reconnais, je viens souvent livrer pour vous, ce qui m'a laissée perplexe (4), mais je me suis dit, Tiens, un peu de stabilité dans le boulot, c'est bien. 

Puis il a filé vers d'autres aventures, et j'ai ouvert le paquet, textile, oui, mais trop lourd pour être une trifonction. 

C'était le pull. Impeccable.

J'ai alors pigé : lorsque j'avais renseigné mon adresse, le navigateur m'avait proposé ses infos par défauts qui avaient rempli les cases lorsque j'avais cliqué ou tapé sur la touche "Entrée". Elles avaient dû être extraites d'une récente inscription à une course. Je n'avais pas prêté attention au fait que mon nom avait été subrepticement remplacé par celui de mon club de sport.

Voilà comment de nos jours on peut se faire très rapidement rebaptiser.

 

(1) service postal pour les paquets en ce début des années 20 (du XXIème siècle, comptage chrétien)
(2) Depuis un moment déjà j'ai pris l'habitude de ne pas répondre dans ces cas-là : des arnaques téléphoniques utilisent ce biais et qui répond peut se trouver surfacturé. Et plus fréquemment ce sont des appels de prospection commerciale et je trouve anormal d'être ainsi dérangée. Je laisse donc sonner. Si l'appel est sérieux, la personne laisse un message et je rappelle rapidement.
(3) L'interphone ne fonctionne pas très bien et par ailleurs aux livreurs, toujours pressés, ça fait gagner du temps. 
(4) Je reçois souvent des livres, certes, ma directement dans la boîte à lettres. Peu de commandes en dehors de ça.


Une année (presque) oubliée

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Ma nièce me fait fort gentiment parvenir une photo de la famille qu'elle avait. Nous l'avions vue grâce au fiston quelques jours auparavant et nous étions interrogés sur l'année de la prise de vue. Elle m'indique ce soir qu'il s'agit de 2008.

PS : la photo initiale est d'excellente qualité, je l'ai volontairement floutée car les uns et les autres n'ont pas forcément envie de voir leur portrait traîner.

Ah oui, 2008 ... Euh 2008. Tiens, qu'est-ce qu'on faisait en cette année ? 

J'ai immédiatement et sans recherche en mémoire les éléments concernant nos santés respectives et nos études ou emplois, que c'était pour moi trois ans après le Comité de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun, et quatre après la mort de mon père. Deux ans après une rupture subie d'une amitié que je croyais de toute solidité, le chagrin quoique moins fuligineux demeurait. Je n'en étais pas tout à fait sortie ni, au moment de l'image, n'avais encore fait une des rencontres majeures de ma vie (ou plutôt : seulement par écrit). Je me souviens aussi spontanément qu'à l'été 2008 j'ouvrais mon compte Twitter, alors lieu de gazouillis entre amis - et qu'on s'en servait surtout pour échanger et se marrer, ce qui a fort changé -. Je travaillais encore "à l'Usine" mais heureusement à mi-temps, car j'y étais comme une âme en peine, et tentais d'écrire avec acharnement sur mon restant de temps. Quelques souvenirs aussi de l'environnement politique.

Et puis c'est tout.

Le trou de mémoire. Une année de presque rien. 

C'est là qu'on peut savourer d'être blogueuse depuis un bail. Il m'a suffit de regarder mes archives pour retrouver traces et que me reviennent à l'esprit : 

  • que j'avais gagné 800 € au loto soit le montant d'une prime que notre hiérarchique de l'époque avait jugé bon de nous supprimer ; comme s'il y avait une sorte de rééquilibrage au mérite de la vie.
  • que je m'étais régalée à la lecture de "Voyager léger" de Julien Bouissoux
  • qu'à trop être cryptique, longtemps plus tard je ne sais même plus moi-même à qui je faisais allusion (et ça me fait rire)
  • j'effectuais plein de trajets à Vélibs (les premiers, les vrais, qui après quelques déboires de mise en place en 2007, commençaient à être nombreux et au point)
  • je lisais en ligne le journal d'Henri Beyle
  • J'écrivais quelque billet farfelu de fiction basé sur un élément vrai (la rencontre avec une jeune femme anglaise qui me semblait pleine de futurs talents)
  • "Vous avez voulu les capitalistes, vous les avez" (qu'a pu bien devenir la dame, bientôt douze ans après ?)
  • mon amie Gilda Piersanti avait remporté un prix 
  • Sarkozy était presque aussi impopulaire que Président Macron - mais au moins il n'avait pas trompé ceux qui avaient voté pour lui, n'avait pas fait le contraire de ce qu'il avait promis -.
  • Nous faisions toujours des jeux d'un blog à l'autre (je n'avais pas oublié, mais n'aurais su dire qu'en 2008 c'était le cas)
  • Ce fut l'année de poisson d'avril d'une fausse dédicace à l'Astrée (ah ce souvenir d'Honoré expliquant à une dame qu'il convenait de lire une page blanche chaque soir avant de s'endormir)
  • Et l'année aussi de l'inoubliable expo "Prenez soin de vous" de Sophie Calle à l'ancienne Bibliothèque Nationale (Richelieu)
  • C'était l'année où ligne 13 vers Brochant des travaux avaient brièvement permis que l'on revoie de très belles anciennes affiches.
  • Chantal Sébire, qui avait tenté en vain d'obtenir le droit officiel de mourir dans la dignité, alors que son cas était atrocement simple, avait fini par quitter ce monde de souffrance, tandis qu'en Belgique, Hugo Claus avait pu choisir en paix le moment qui lui épargnait de crever sans plus être lui-même 
  • Le salon du livre de Paris avait été évacué suite à une alerte et Anna Gavalda, impavide, avait poursuivi ses dédicaces sur le parking.
  • Certains billets me font bien rire, par exemple celui-ci ou celui-là d'antilope et de spaghetti
  • Je croisai Patrice Chéreau dans un petit théâtre de banlieue et nous échangeâmes un grand sourire (il portait un projecteur, heureux)
  • C'était l'époque des lectures à voix hautes dans un café une fois par mois avec quelques amis qui m'avaient embarquée dans leur aventure.
  • C'est l'année où mourut Frédéric Fajardie. Je me souvenais de ma tristesse et de ma surprise (j'ignorais qu'il fût malade) pas du tout de l'année.
  • J'étais allée au festival de La Rochelle en la super compagnie du fiston et qu'est-ce qu'on s'était bien marrés.
  • J'avais commis un pire jeux de mots avec des noms propres, curieux que je ne m'en sois pas souvenue.
  • C'est là que je suis un soir à Bruxelles montée par pur esprit d'hommage à Jacques Brel, dans un Tram 33 sans savoir où il allait.
  • C'était l'année du décès de Matthieu Charter. Bien sûr je n'avais pas oublié, il était le fils d'une de mes amies ; mais je n'aurais pas su retrouver l'année.
  • Mon amie Véronique avait pris une émouvante photo.
  • J'en avais moi-même pris d'une rue qui n'est plus du tout comme ça (sans savoir que 12 ans plus tard ça serait le cas)
  • Je redécouvre un enregistrement de moi lisant un extrait de "l'Île aux musées" de Cécile Wajbrot à un lectomaton (?) bruxellois. Je ne sais même plus ce dont il s'agit. Ni où vraiment c'était. En revanche je me souviens du livre.
  • Barack Obama est élu - ça je n'ai pas besoin de mon blog pour me le rappeler -, il n'empêche que j'ai réellement et très naïvement cru que l'on allait vers un mieux général et que cela marquait la fin d'un vieux fond de racisme. T'as qu'à croire ! J'avais oublié mon enthousiasme.
  • Ma fille s'est fait cambrioler sa chambre de service et voler son violon. Peu après notre cuisine est inondée (par les eaux usées remontant via l'évier). Bad kharma de fin d'année. 
  • Nos week-ends de ciné-club avaient encore lieu à La Brosse-Montceaux 

Pour une année qui me laissait sans beaucoup de souvenirs, elle fut plutôt mouvementée. Et malgré les points durs, je suis contente d'avoir pu me la remémorer. 

Moralité : écrivez, écrivez au moins le quotidien, au moins pour plus tard vous sentir fières et fiers des épreuves surmontées ou pour les bons moments et les anecdotes marrantes, vous refaire rigoler.

 

 

 


Heureux ceux qui n'apprennent qu'après [qu'une catastrophe a eu lieu]


    Au lendemain d'un incendie qui a soufflé l'un des derniers garages qui restait dans le quartier (1), les gens se parlent dans les magasins. Une jeune femme confie sa confusion : elle habite dans une petite impasse presque en face du garage, était chez elle tout l'après-midi et ne s'est rendu compte de rien, d'où une absolue stupéfaction en débouchant de l'impasse au matin et de constater que le garage d'en face n'existait plus.

Il est vrai qu'il y a en ce moment un important chantier tout près, elle dit avoir perçu des bruits forts, mais supposé qu'ils y étaient liés. 

Je reste surprise qu'elle n'ait rien senti de la chaleur (les volets roulants en plastique des immeubles voisins ont tout bonnement fondu) ni de l'air acre, asphyxiant ; mais c'est une chance pour elle, alors tant mieux. 

Je me souviens que lors de l'incendie sur siège du Crédit Lyonnais en 1996, un collègue qui était parti en week-end et n'avait pas du tout écouté les infos, rentrant tard le dimanche, se réveillant le lundi juste pour aller travailler, et c'était un temps de peu de téléphones portables (2), de peu d'internet perso, il n'avait strictement rien su. Et donc était arrivé dans l'une des rues d'accès, avait franchi sans le savoir plusieurs barrières de sécurité - bien vêtu, l'air décidé, il avait dû passer pour l'un des experts venus expertiser -. Ce n'était qu'aux pieds de l'immeuble qu'il avait levé les yeux et ...

Une autre collègue partie en vacances à l'étranger, rentrée un dimanche soir une semaine plus tard, avait trouvé parmi tout son courrier d'en papier, encore abondant à l'époque, une lettre générale du PDG d'alors, laquelle commençait en substance par quelque chose comme : "Après l'événement grave qui nous a frappés". Et elle avait cru, ça y était, que l'entreprise avait été mise en liquidation judiciaire (3). Elle avait téléphoné à quelque autre collègue et amie et appris la vérité. Non sans avoir eu le temps de se faire un tout autre film.

Dans un roman lu récemment, un fils meurt accidentellement, sa famille en est avertie mais le père, cycliste amateur, est en entraînement ou randonnée, c'est une époque de peu de téléphones portables et de toutes façons il n'y a plus rien d'autre à faire que de au mieux se rendre sur place au pire attendre que le corps ne soit rapatrié, alors voilà, l'homme a ce dernier parcours d'avant la tragédie qui lui est accordé quand elle a déjà eu lieu.

À ceci près que le "après coup" rend le choc plus violent, il me semble que les retardataires d'une info malheureuse sont comme des bienheureux provisoires, détenteurs pour peu de temps d'une innocence préservée. Il ne sauront qu'après qu'ils l'avaient été.

Bon courage à la jeune femme du voisinage pour digérer sa surprise absolue du matin.

 

 

(1) Moins qu'à Levallois mais cependant, les garages étaient nombreux à Clichy jusqu'aux années 1990. Puis ils ont commencé à se raréfier. 

(2) En Italie les gens étaient déjà beaucoup équipés mais en France seulement ceux qui en étaient dotés de par leur travail ou qui étaient à la fois technophiles et très aisés.

(3) Ça n'était pas stupide, en 1994, le sort de la banque s'était retrouvé suspendu à une décision d'un conseiller européen, Karel van Miert.


La vie des villes et la vie des champs

 

    À mon retour, mes premières tâches seront administratives : des tracas de caveaux et mon inscription à Pôle Emploi si tout se passe bien cette fois. 

Et puis j'aimerais trouver le temps d'écrire un billet sur le dépaysement que c'est lorsqu'on a vécu à Paris ou tout près durant toute sa vie d'adulte, d'avoir un logis, même secondaire, dans une petite ville, comme tant de choses fonctionnent différemment, alors qu'on est dans un même pays, concernant les services et les administrations. 

(par exemple le coup des horaires de fermeture du cimetière, celui des encombrants, certains impôts inconnus pour une citadine ("assainissement" ...), d'autres choses qui vont de soi alors qu'en ville on les paie, que ça semble individuel sans condition (sacs poubelles ...).

Enfin il faudra que je me renseigne sur où en sont les compteurs Linky, car on (et je ne sais pas trop qui est le "on" puisque qu'EDF n'est plus EDF, trois noms d'entreprises au moins figurent sur le courrier ; je commence à me demander si le voisin voleur n'était pas venu se brancher à notre électricité non par manque d'argent mais par renoncement devant la complexité) veut nous en installer un à la place de l'existant, qui n'est pas si vieux et fonctionne fort bien.

J'ai intérêt à reprendre des forces pendant ma cure de cinéma : même si je n'enquille pas derechef sur un nouvel emploi ma vie va être sur-occupée avec personne d'autre vers qui déléguer ce qui est devant être fait.  


Les souvenirs classés, les souvenirs vivants

    

    La vie n'ayant pas tout à fait été un long fleuve tranquille et m'ayant cet an dernier offert foule de temps rétroscpectifs, j'ai pris conscience de façon très aigüe qu'il y avait des souvenirs classés et d'autres encore vivants. 

Ou plutôt des périodes de vie closes et bien archivées quand d'autres semblaient encore en cours dans une vie parallèle. Je l'avais toujours constaté, mais le phénomène m'avait longtemps semblé respecter la chronologie. 

Je sais maintenant qu'il n'en est rien. 

D'une façon générale, ce sont les éléments de vie et les gens auxquels on tenait disparus brutalement qui restent encore en activité, comme si l'on allait reprendre le cours interrompu des choses. Sans doute l'équivalent mémoriel du membre fantôme chez les amputés. 

Pas toujours. 

Ainsi mon époque "à l'Usine" (1), stoppée violemment - for my health's sake, je ne reviens pas -, m'a pris 6 mois avant de refaire physiquement surface mais fut close aussitôt : je n'attendais que ça et avais l'intention de partir 2 ans et demi plus tard. Je n'avais pas encore signé ma rupture conventionnelle de contrat que déjà les souvenirs de cette période recouvraient une teinte passée, un air d'autrefois. Il s'est trouvé aussi qu'aucun des collègues avec lesquels je travaillais les derniers temps n'étaient des collègues de longue date et le management était passé par là pour rendre les gens méfiants les uns à l'égard des autres.  Du coup aucun lien affectif n'avait été brisé. 
Quant aux collègues et amis des services et époques passées, nous nous voyions déjà en dehors du taf. Mon départ de la grande entreprise où nous ne nous croisions plus, et encore, qu'à la bibliothèque, à la cantine n 'avait pas changé grand chose. 

Un temps qui aurait pu être très heureux pour moi, n'eût été la maladie puis la mort de ma mère, la période durant laquelle j'ai travaillé pour la petite très belle librairie Au Connétable dans le Val d'Oise, s'est close aussitôt : tout c'était passé comme si mon retour dans ma banlieue d'origine n'avait eu pour principale fonction que d'être à même d'accompagner ma mère en sa fin. Je me souviens d'une sorte d'étonnement amusé les premiers mois de mon alors nouveau travail, tandis que ma mère semblait certes vieillissante mais pas en si mauvaise santé, quelque chose comme Qu'est-ce que je fais [de retour] là ? Je n'avais de la région ni détestation ni nostalgie, ç'avait été une étape, l'enfance et l'adolescence, le choix de mes parents, lié au travail de mon père, de se fixer par là. C'était Paris l'important.
Et puis devoir aller si souvent à l'hôpital d'Eaubonne, proche de mon travail, devoir effectuer tant d'aller-retours à la maison de ma mère, avait donné une sorte de sens à ma nouvelle localisation. 
Du coup cette période s'est trouvée immédiatement fermée une fois les premières étapes du deuil franchies. Rangée sur les étagères du souvenir.
C'est très étrange.
Me manquent cependant certains clients et amis, et puis la personne avec laquelle je travaillais. 

La période durant laquelle j'ai travaillé dans le XVIème arrondissement et qui je m'en suis rendue compte en l'évoquant lors de récentes retrouvailles avec une amie, s'est fermée pour moi après l'attentat de Charlie Hebdo et les deux jours de folie tueuse qui ont suivie, même si je n'ai démissionné qu'en septembre et travaillé avec sérieux jusqu'à fin octobre 2015 , cette période XVIème arrondissement a été elle aussi aussitôt "classée" : j'y ai travaillé par nécessité, je devais refaire surface après la perte de mon "vrai" travail, à Livre Sterling et une rupture concommitante, dans ces cas-là on ne choisit pas. La première équipe avec entre autre Sébastien Detre, reste un bon souvenir de boulot. Mais peut-être que je ne m'y sentais que de passage (pensée rétrospective, sur le moment je m'efforçais seulement de m'appliquer, et tenir ; le présent était affectivement trop rude pour pouvoir se projeter vers quelques pensées d'avenir). J'en garde surtout un vaste fond d'anecdotes de "vie de libraire", la frénésie des décembre, la folie Trierweiler et la sensation d'être infiniment plus étrangère dans mon propre pays à certains de mes compatriotes qu'à la plupart des étrangers même de culture tout autre.

En revanche reste encore "ouverte" l'époque de Livre Sterling. Je crois que je m'y suis sentie à ma place comme rarement dans ma vie, qu'il y avait avec le patron une sorte de tandem de boulot - le côté différents mais complémentaires, avec un tempo de travail similaire, et mon plaisir d'être au service de quelqu'un de charismatique et qui connaissait vraiment bien son métier - idéal. En tout cas pour moi. Ce fut aussi ma période bruxelloise, ce que mon temps de travail, un vrai temps partiel permettait. Je disposais de mes week-ends ce qui était un cadeau dont je n'avais à l'époque pas idée. Ce temps-là où je me sentais à ma place, où je tentais d'écrire, où je me sentais appréciée au travail, où je me sentais dans ma vie personnelle aimée, qui n'était pas si facile - le boulot était physique, parfois très rock'n'roll dans les situations, jamais sauf au cœur d'août, calme et reposant -, j'avais des peines, des désirs de bilocation, s'est trouvé interrompu à tout point brutalement. Alors c'est une période encore vive. Une part de moi traîne toujours par là-bas.

Très bientôt, question de semaines, s'achèvera la période "Taverny" de ma vie. J'ai quitté cette ville peu ou prou en 1981 même si j'y suis retournée quelques temps en 1983 puis à l'été 1984, malade, pendant plus d'un mois. J'étais appelée par Paris puis - pensais-je sans avoir tout à fait tort ni tout à fait raison - d'autres lieux. Il n'empêche que j'y revenais voir mes parents, puis ma mère seule et que j'y avais encore un morceau de grenier, plus d'affaires personnelles encore stockées là que je ne le croyais. Mon père, ses cendres, y étaient au cimetière. 

Tout ce qui reste de familial, est désormais en Normandie, ou bien un peu chez nous pour quelques meubles et objets. La maison où nous avons grandi ma sœur et moi sera à d'autres personnes. D'autres enfants, peut-être y grandiront. 

Je ne sais si cette période sera de type "vite close" ou "encore vivace". Je ne sais d'où j'en suis dans le deuil, que le surmenage - entre boulot très demanding comme disait l'ami Hamonic, et ce travail de tri, vidage, cartonnage, déménagement - m'a fait mettre sous le boisseau, sans compter l'épisode épique du voisin voleur, qui nous a entraîné dans de tout autres tracas - et n'est peut-être pas fini, que fera ce type une fois sorti de prison ? ne risque-t-il pas de revenir sur zone ? ne risque-t-il pas d'être encore plus déséquilibré et en plus revanchard ? -.

Reste aussi que la liste des absents sinon pour toujours du moins pour longtemps s'est beaucoup accru ces derniers temps, avec des séparations tristes, de celles qui font qu'on ne tient pas à revoir celui qui en a l'initiative, ou qu'on n'éprouve plus pour lui la moindre estime ; qu'une amie de jeunesse est morte sans que nous ne nous revoyions ; que bien des pages se tournent en même temps.

Je suis sans doute curieuse des temps à venir. Et je sais que je dois me donner du temps du écrire. La situation globale - du pays, de l'Europe, de la planète - n'est qu'une nappe d'inquiétude. La paix est fissurée. Que faire qui puisse aider pour [celles et ceux d'] après ?  

 

(1) Pour qui arriverait là sans connaître rien de moi : j'ai travaillé dans une grosse banque pendant 23 ans en tant qu'informaticienne. 


Éclats de tristesses

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Il y a de rudes tristesses, puis nous y pensons moins, puis nous n'y pensons plus, ou plus beaucoup. En tout cas pas dans nos pas quotidiens, alors que nous sommes accaparés par nos tâches domestiques ou nourricières et nos tracas présents, quand il ne s'agit pas brutalement de violentes catastrophes. 

Quand soudain par un jour de pluie, en allant bosser ou bûcher ou prendre un cours de danse, voilà qu'un véhicule entrevu nous en rappelle un autre, et celui qui le conduisait, et qui depuis le temps en a sans doute changé, mais voilà, on s'est repris au creux du plexus un violent coup de chagrin et l'on repense à l'absent·e, qu'il ou elle soit mort·e ou qu'iel nous ait quitté·e·s.  6a00d8345227dd69e2019affc5d9f4970b-800wi

Et l'on se surprend à souffrir, même si ça ne dure plus, alors qu'on se croyait guéri·e. 

C'est ballot. 

 

 

 

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L'odeur de la maison

 

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Quand on est dans la maison [de Normandie] on ne sent pas d'odeur. Rien de particulier. Rien de différent de l'extérieur c'est-à-dire d'un côté la route (légère odeur de bitume et de circulation), de l'autre un champ, des arbres non loin, odeur de végétation, humide le plus souvent.

Pourtant deux personnes de la famille sont plutôt équipés d'hyperolfactie.

Et lorsqu'on en revient, nos bagages, nos vêtements, sentent ; une odeur particulière, d'humus et d'humidité, pas totalement désagréable mais dont personne ne ferait un parfum. L'odeur de la maison de Normandie, sa signature. 

Et alors que sur place on ne sentait rien ni sur nos vêtements, retournés dans la puanteur ordinaire de l'air parisien, soudain on sent. On sent qu'on sent.

Si l'on ne fait rien de particulier. Par exemple en remettant dans un placard un tee-shirt non porté, au bout de 24 à 48 heures, l'odeur d'elle-même, s'en va. 

J'aimerais bien trouver l'explication chimique ou physiologique de cette odeur intermittente, absolument caractéristique (on la reconnaîtrait tous entre mille) et qui se perçoit parfois et parfois pas.

 

PS : Depuis plusieurs années la cheminé n'est pas ramonée, nous nous abstenons donc d'y faire du feu. Il ne s'agit donc pas d'une odeur liée au feu de bois. 


Les conséquences persistantes

 

    Ça fera trois ans en janvier l'attentat contre Charlie Hebdo, cette journée entière passée entre espoir et attente d'une mauvaise nouvelle, et de toutes façons déjà fracassée par ce qui s'était passé quand bien même l'ami, le camarade, lui s'en sortirait. La journée de boulot accomplie malgré tout (comment ai-je tenu ?), l'errance le soir à Répu, croiser les gens qui grelottaient, se rendre compte alors que moi si sensible au froid j'étais anesthésiée, après la mauvaise nouvelle, finir la soirée chez l'amie commune, bien plus que moi touchée. 
Ça faisait du bien de parler.

Le retour à Vélib en criant mon chagrin.
J'ignorais qu'un coup sordide m'attendrait le lendemain. Et que Simone me sauverait du vacillement compréhensible face à une réalité qui dépassait l'entendement. 

Les soirées passées avec les amis, notre seule façon de tenir. Mais combien ce fut efficace.
La grande manif du 11, qui nous donna la force, après de continuer.

Et pour moi : l'absence de ressenti intérieur du froid, et qu'elle perdure. J'en avais tant souffert, du froid perçu jusqu'aux tréfonds des os, c'était comme un cadeau. 
L'absence aussi de "frisson dans le dos". D'où que Poutine ne me faisait plus peur, alors qu'une simple photo de cet homme déclenchait jadis chez moi une réaction épidermique - de proie potentielle sur le qui-vive devant un prédateur -.

D'où que je ne percevais plus ni les regards sur moi, ni les présences derrière moi.

Quelque chose est resté débranché depuis tout ce temps-là. Je m'efforce de me préparer à une éventuelle réversibilité, mais j'en suis de moins en moins persuadée.

Ça change encore mon quotidien.

Je dois veiller intellectuellement à ne pas me mettre dans un froid persistant, car si je perçois moins le froid, mon corps en est traversé, l'absence d'alerte ne signifie pas l'absence de symptômes. Je m'enrhume davantage (1).  

J'ai dû m'habituer à cette sensation si nouvelle pour moi : avoir chaud. D'accord j'avais chaud par temps de canicule ou après le sport au sauna, mais c'était pour moi si rare, je savourais. J'apprécie encore, à ce titre l'été dernier m'a terriblement frustrée, à peine quelques jours à frétiller pleine de l'énergie reçue. Pour le reste grisaille et être habillée comme en demi-saison.
Ce matin encore en arrivant à la BNF, quelques secondes pour comprendre : ah oui, j'ai chaud là. C'est chauffé [chez nous toujours pas, seulement à partir du 15 octobre je crois]. Et je me souviens alors qu'en ces lieux la température est maintenue constante, j'y portais l'été des pulls légers et à partir d'octobre des pulls épais ou des gilets, tout en me disant C'est sympa les lieux publics mais ça n'est pas très chauffé et la clim l'été quelle plaie ! On a froid. En vrai : c'est tempéré, stable, et plutôt bien réglé. 

Ce matin aussi : ne pas avoir sentir sur l'escalator que quelqu'un me talonnait - du coup avoir failli, de surprise quand je l'ai constaté, foncer dans la personne immobile sur l'escalier qui me précédait (2) -. Avoir laissé se rabattre une porte au nez de quelqu'un d'autre : comme j'étais un peu pressée j'avais omis le coup d'œil de vérification avant de la tenir ou non. Je me souviens très bien d'un temps où je n'avais pas besoin de regarder, je percevais si quelqu'un me suivait. 
Combien de fois sur les trottoirs des trottinettes me frôlent, leur pilote persuadés que je les ai sentis venir et fais ma mauvaise tête mais vais m'écarter. Si l'engin est silencieux et leur coup de propulsion, je ne me rends pas du tout compte de leur présence. 
Et quand je suis perdue dans mes pensées ou que le #jukeboxfou de dedans ma tête me passe une musique assez fort, je n'entends même pas ce qui serait audible. Du coup dans la foule, je bouscule ou me fais bousculer, j'ignore des présences, j'écrase parfois des pieds.

Étrange héritage qui me met à la fois à l'abri enfin, et aussi en (léger) danger.

 

(1) Même processus avec l'ivresse : l'absence de signes doit être compensée par une vigilance accrue - ne pas dépasser certaines quantités -.  
(2) C'est l'ennui de ces longs escalators mono-voie. Si quelqu'un s'arrête tout le monde est bloqué.


C'est quoi ce rhume ?


    Jeudi soir nous recevons Gilles Marchand à la librairie, et c'est un moment où je fais partie de ceux qui présentent, je me sens bien, je suis à l'intérieur de l'action, aucune subroutine du cerveau qui part dans d'autres directions (1). Tout au plus lors d'un bref passage que je lisais à voix haute ai-je eu l'impression que ma voix était légèrement voilée, pas comme d'habitude. Le genre de choses que l'on se dit après coup, mais qui sur le moment se remarquent à peine.

Vendredi matin réveil pourvue d'un gros rhume déjà bien avancé, tous les symptômes y sont, nez qui coule, état fiévreux, voix rauque, toux, respiration avec efforts. C'était comme si d'un seul coup j'étais au 3ème jour d'un mal déjà déclaré.

Vendredi et samedi, capable de bosser mais sans élan, avec du mal à parler (sympa pour les clients), la fièvre facilement tenue en respect par les anti-rhumes courants.
Dimanche matin, sans doute un accès de fièvre si fort que je suis au bord du malaise - passé l'étourdissement et un moment de sommeil je me réveille comme si le rhume n'était qu'un mauvais souvenir -. Je parle encore un peu du nez, le son de la voix voilé.
Dimanche et lundi à part un peu de toux au réveil le lundi matin et qui disparaît avec la verticalité, je me sens certes un peu fatiguée comme après avoir été malade, mais guérie. Comme si le rhume avait une semaine.

Mardi matin à nouveau l'état grippal, comme si j'en étais revenue au samedi, comme si les deux jours de mieux n'avaient pas eu lieu. Pas pu pratiquer de sport, et d'ailleurs des courbatures même sans. Je me hasarde jusqu'au stade où j'aurais dû avoir un entraînement de course à pied, mais rien que de parcourir en marchant les 800 m qui m'en séparent, j'ai la tête qui tourne. Les jambes sont en coton douloureux depuis le matin.

Les autres membres de la famille depuis ce week-end sont tous aussi plus ou moins toussoteux. Rhinopharyngite a dit le médecin à celle qui est allée le voir.  Je nous suppose atteints par la même affection. 

En attendant c'est quoi ce rhume qui va qui vient, qui s'abat d'un coup, semble guéri mais non ? 
Je suis allée voir mon kiné, il m'a au moins remis le corps dans l'ordre (2).

J'irai bosser demain, pas question de ne pas. Mais dans quel état ?
(je crois que je suis en train de payer l'absence de repos lors de mes brèves vacances liée au voisin voleur ; et le cumul familial des chagrins, les révélations successives (qui ne la concernent pas directement) autour de la mort de ma mère, du simple fait que les obsèques ont fait qu'on devait les uns et les autres se voir, les personnes dont je croyais qu'elles allaient bien que leur vie suivait leur petit bonhomme de chemin alors que non, que pas du tout)

 

(1) En période de deuils c'est toujours un risque
(2) La fièvre, les états grippaux me donnent souvent l'impression d'avoir les vertèbres dans le désordre, les membres ailleurs qu'à leur place, d'être un Picasso tardif ambulant


Après nos fins

 

    À l'occasion d'heureuses (oui, heureuses, les uns et les autres vous vous aimez bien et c'est l'emprise de la vie quotidienne qui vous a éloignés tandis que les kilomètres qui séparent vos villes de résidence n'arrangeaient rien ; il y a aussi qu'avec l'Internet tu as cessé de téléphoner et qu'eux n'étaient pas des internautes, tes aînés) retrouvailles, vous découvrez ce par quoi vous en êtes passés, des maladies graves des enfants, des ruptures, des contextes professionnels pas tout à fait que ce que vous croyiez savoir ...

Tu sais avoir une bonne mémoire jusqu'à présent, du moins pour les choses affectives, alors tu es persuadée que ce que tu découvres à présent, c'est que tu ne l'as pas su, ou alors en mode totalement hors de proportion avec ce qui se tramait (La petite x... , elle n'est pas très en forme en ce moment, par exemple, pour dire une maladie qui rétrécit l'avenir de qui l'a développée). En fait la génération du dessus, qui détenait les nouvelles et que chacun supposait avoir fait le boulot de mettre au courant ses propres enfants (1) n'a rien transmis. L'une n'a pas dit, ou l'autre n'a pas redit. J'imagine bien ma mère nous voyant aux prises avec nos propres problèmes, de boulot, de maladies chroniques, d'argent malgré de bosser dur et de dépenser peu, a peut-être préféré ne pas nous alourdir, sachant combien j'aimais mes cousin-e-s, et s'est tue. Peut-être aussi n'avait-elle tout simplement pas su.  

Depuis février, à chaque personne que nous revoyons (2) c'est une trentaine d'années d'historique qu'on se mange au rattrapage. Pas que du triste, il y a des choses bien. Notamment les femmes qui ont réussi de belles choses d'un point de vue professionnel et ne s'en sont pas vanté et personne n'a eu la bonne idée de colporter.

Ce sont aussi des éléments de l'histoire familiale qui se révèlent pourvus d'autant de versions que d'issus de survivants. Ainsi la mort de ma grand-mère maternelle en Normandie quelques mois après le débarquement et de celles d'un petit garçon qu'elle venait de mettre au monde a autant de versions qu'il y avait d'enfants grands qui avaient survécu. Le point commun étant : tomber malades et ne pouvoir être soignés, du fait des circonstances. Ils se meurent quand tout le monde festoie. Les médecins et même les prêtres sont avec les soldats. Les maisons sont des courants d'air qui n'ont pas ou plus de toits.

Aucune version n'est plus ou moins glorieuse ou dramatique qu'une autre, c'est la maladie qui change ou même (dans mon cas) l'ordre des décès. Le fait est que ma mère ou ses sœurs n'en parlaient jamais, les très rares fois ou elles faisaient l'effort - généralement pour répondre à nos questions d'adolescent-e-s - leur mémoire avait peut-être enfoui les précisions. Nous portons de fait toutes, nous les filles de la génération suivante, le poids de la mort prématurée de cette grand-mère remarquable, dont toutes les traces restantes nous laissent à penser qu'elle fut une femme d'une force de caractère hors du commun. Nous portons également une succession d'enfants grandissants qui n'eurent pas lieu, chaque génération soumise à des impératifs de guerres, maladies, morts, nécessités économiques. Ça se paie un jour, inévitablement.

Mon naturel optimiste (que je tiens peut-être de cette femme, sa force de combat, ou d'une belle part de fantaisie venue de mon côté d'Italie, salut Enzo !) fait que je persiste à penser que nous ne nous en sommes pas si mal tirées.

De façon plus contemporaine, il y a aussi que depuis 1994 nous avons perdu un rendez-vous annuel chez l'oncle et la tante qui avaient une maison assez grande et un immense jardin. Personne n'avait les moyens, ne seraient-ce que géographiques, de prendre la relève.

Il y a également que chacun a pu supposer que l'autre avait été mis au courant, s'était peut-être désolé du manque de solidarité, de soutien. Et que, passé le pire, ceux qui étaient concernés n'avaient pas envie d'en reparler (3), ce qui fait qu'à l'occasion suivante, rien n'avait filtré des épreuves traversées.

D'autant plus qu'on n'a pas envie d'être définis par sa maladie ou ce qui peut handicaper.
D'autant plus que ces dernières années nous ne nous sommes croisés le plus souvent qu'à des enterrements. Ce ne sont les bons moments ni pour confier des ennuis ni pour se vanter.
D'autant plus que le capitalisme sans opposition puissante, qui est depuis plusieurs décennies le système économique prévalant, génère une concurrence permanente sur tout tout le temps. La maladie qui commençait tout juste à n'être plus honteuse (4) devient facteur d'exclusion même après rémission. Alors on la tait.

En attendant, nous avons perdu beaucoup de temps à rester éloignés, écopant chacun dans notre coin, tentant de nous en sortir. Le regret de n'avoir rien su et donc été absente est chez moi tempéré par le fait que j'étais toujours trop prise par mes propres combats pour pouvoir réellement assurer une présence aux autres. J'espère que nous parviendrons à retisser les liens, à présent qu'on sait que l'on ne savait pas.

Je vais désormais essayer, si le travail et les santés des uns et des autres m'en laissent la disponibilité, de venir aux nouvelles et aussi d'en donner. Qu'elles soient mauvaises ou bonnes, sans dramatiser ni exagérer.

Et je retiens la belle idée de ma marraine d'une fête pour remercier un jour tous ceux qui lors des différentes épreuves m'ont aidée. Restera à trouver un moment favorable, un endroit, un budget. Elle sera aussi la fête des fêtes que l'on n'a pas faites.

 

 (1) On s'amuse rarement à prendre soi-même le téléphone ou le stylo pour annoncer à toute la famille l'annonce d'une grave maladie ; au mieux, on appelle une fois le pire passé, pour dire qu'il y a eu ça, mais qu'on s'en est pour l'instant tiré. 
(2) Elle semble avoir eu lieu dans les deux sens, la non circulation de l'information.
(3) Surtout à ceux qui, ignorant tout, ne s'étaient pas fendus du moindre mot, de la moindre visite à l'hôpital, par exemple. 
(4) Je n'ai jamais compris que l'on use de périphrases pour désigner des cancers, a priori ni contagieux ni liés (à part le cancer du poumon et fumer) directement à une activité précise.