Eternal sunshine of the spotless facebooked mind


    En rentrant puis te connectant tu auras donc eu la surprise d'une de ces videos récapitulatives que facebook aime à concocter de loin en loin pour ses usagers. Musique neutre à tonalité joyeuse, sélection habile (quel est l'algorithme ?), fin sur un des meilleurs moments du temps de la belle librairie aujourd'hui fermée, l'épisode est parfait. 

Jamais on ne pourrait imaginer les drames de l'année 2015, dans un monde aussi équilibré. Rien pour autant n'est mensonger. Ils (leurs programmes, leurs ordis) ont choisi les bons souvenirs, tu te dis que si tu confiais à Facebook le soin de rédiger ton CV il n'y aurait pas dedans le mot "remplacement" ; cette video donne l'impression effective que tu es quelqu'un d'important - ce à quoi tu ne tiens pas tant, tu voudrais être quelqu'un à la bonne place au bon moment, la pièce du puzzle insérée facilement -. Et c'est vrai qu'à y regarder, si l'on parvient à se laisser aller, le fait de rappeler les bons souvenirs remonte le moral.

Mais quelque chose te fait tiquer, sans que tu ne saches bien quoi. C'est comme dans les romans policiers, ces moments où l'enquêteur croit avoir une solution, ou remarqué quelque chose mais ne parvient pas à définir ce que c'est. Généralement, quelques pages plus loin, il obtient la révélation.

Il y a aussi ce petit rappel des événements de la date anniversaire. Ils sont moins filtrés, les bons et les moins bons, je ne suis pas encore tombée sur les tristes et très graves - je me demande si le reminder est paramétré pour éviter certains thèmes comme l'annonce d'un décès -. C'est à l'occasion fort intéressant. Tu t'aperçois ainsi que l'affaire de la fuite d'eau invisible s'était amorcée par une fuite d'eau pas invisible du tout et aussitôt réparée 

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Tu ne te souvenais que des épisodes ultérieurs, le côté insidieux, tout semblait bien chez vous et le voisin du dessous se plaignait. Des venues de plusieurs plombiers, l'un réparant une bricole, l'autre une autre, ça ne semblait rien changer sauf pour votre compte en banque.
Là aussi il y a d'heureux moments auxquels tu ne pensais plus. Et des trucs qui restent toujours vrais, comme dirait Guillaume, Vienne la nuit, sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure.

Capture d’écran 2016-02-06 à 22.33.47Une photo très marrante que tu avais prise et oubliée (quatre ans (quatre !) se sont écoulés) (1)

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Un souvenir bruxellois et comme tu as tourné la page, ça te fait plutôt du bien de te rappeler qu'une belle parcelle de bonheur exista. 

Capture d’écran 2016-02-06 à 22.39.58Et c'est alors qu'intervient le Eurêka de l'enquêteur. Le crime de FB était presque parfait, trop. Tu viens de comprendre qu'ils effacent tout ce qui à trait à ceux qui furent tes "amis" mais ne le sont plus, y compris si les échanges furent fort fournis à un moment donné.

Facebook te sert donc une version de ta vie, déjà filtré par le prisme trompeur de ce que tu as bien voulu laisser entrevoir, et par ailleurs édulcorée. Une sorte d'Eternal sunshine of the spotless mind où l'effacement, dès lors que quelqu'un t'a désamitée, serait parfaitement effectué.

La vie moderne, c'est quelque chose.

(Suis-je vieille école que de considérer que c'est encore plus violent que d'être confrontée aux ex-bons souvenirs qu'une perte aura rendus sombres par après ?) 

 

(1) Mais tu n'avais pas oublié qu'il s'agissait d'un concert que tu devais à Joël.

PS : Et à part ça c'est curieux, les souvenirs déjà anciens avec les photos de profil actuelles. Troublant.

 

 

 

 


Jean et Yves


Tombée aujourd'hui sur cet article (1) dans Libé qui m'a fait sourire : finalement ma réaction d'il y a six ans concernant l'annonce du décès d'Yves Rocher n'était pas si stupide. J'étais en effet persuadée que le nom avait été inventé par pure création marketing, histoire de personnifier la marque et vendre davantage. Ma réaction n'était donc pas si stupide même si dans le cas de monsieur Yves et de monsieur Jean (2) il y avait un vrai gaillard qui fut bien vivant pour créer l'entreprise et offrir son nom. 

 

(1) "Jean Mineur, William Saurin et Uncle Ben's ont-ils vraiment existé ?" par Virginie Ballet 

(2) Mais pour Jean Mineur comme pour Jules Destrooper j'étais au courant qu'un réel être humain était à l'origine de l'entreprise qui portait son nom.


Le code cul erre


Tu as fait des frais de lingerie pour ton nouvel ami - il est trop tôt pour parler d'amour, mais tout va bien au lit -. Ce n'est pas trop ton truc mais l'époque est dans l'apparence, et puis tu n'aimes pas porter pour l'un ce qui plu à l'autre, une façon de rêver en démarrant même pour les petits habits avec du neuf que cette fois-ci enfin ça se finira bien et pas par une mise en silence ni un Contente-toi d'être une amie, j'ai trouvé mieux, voire un aveu de 15 ans vieux, Depuis tout ce temps-là ce n'était plus toi (1). 

Bon, tu n'as pas changé, faire du shopping pour toi est une immense corvée, sauf quand il s'agit de chercher le bon vêtement pour un bien-aimé et qu'il contient du temps et des rires partagés. Tu es donc allée au bout de ta rue : une marque de lingerie et vêtements d'intérieurs, puis vêtements généraux - mais c'est la lingerie qui l'a fait connaître, y a posé son siège social il y a plusieurs année et une boutique garnit le rez-de-chaussé. Plus d'une fois sortie sans écharpe, sans bonnet, ou avec un pull trop léger, tu t'es rendue compte que ça n'irait pas pour affronter la journée et au passage tu t'es rééquipée car le temps pressait et qu'il était trop tard pour rebrousser chemin. 

Mais cette fois ce sont des sous-vêtements que très volontairement tu achètes. La vendeuse t'annonce que si tu as un smart phone en captant le code QR reproduit qui en motif dans la dentelle, qui sur l'étiquette, tu pourras accéder à un texte d'une page écrit par l'un ou l'autre des plus fameux écrivains. Tu as vaguement pensé On n'arrête pas le progrès, mais tu n'avais que le futur rendez-vous en tête et ça ne t'a pas outre mesure tracassée. Tu n'as même pas pensé à demander si le choix était aléatoire ou par couleur, modèle ou taille. Pour le rouge j'aurais du Barbey d'Aurevilly, pour le noir du Stendhal. Et si je prends ce "chair" vieillot, aurais-je un brin de Bovary ?

Voilà, tu es dans ces moments où ça plane pour toi, c'est l'euphorie des débuts de quand les corps exultent et que l'intendance ou la famille ou les dettes les chômages les poubelles à descendre les fuites d'eau les rages de dents la personne qu'on aimait avant et un peu moins maintenant mais qu'on ne veut pas blesser n'ont pas encore tout fait capoter. L'avantage de l'âge c'est qu'on sait que ça ne saurait durer.

Alors on profite, joliment habillée, sexytudinellement dévêtue, et que le moment soit parfait.

 

*            *            *

C'est en ramassant ton panty (2) après les instants extatiques que l'homme s'amuse, C'est quoi ce code sur ta culotte ?, saisit son téléphone, des fois qu'il y ait une pub avec une longue blonde aux jambes interminables, vu que sur ces points-là, avec toi il n'est pas sauvagement comblé (3). Mais voilà que le clic fait apparaître un texte, Hé dis-donc c'est une histoire, toi qui aimes lire, tu vas adorer !

Tu sors propre et fraîche de la salle de bain au moment où il te tend l'appareil avec le texte dessus, 

C'est un extrait de quoi ? demandes-tu en le saisissant. Tu t'attends à Hugo, au torride Apollinaire, à l'insaisissable Rimbaud, quelque coquinerie de ces gars-là. 

Et vlan.

Le texte est de mots d'amour qui un temps furent pour toi, celui qui l'a écrit n'est autre que celui qui te quitta et qu'il t'aura fallu des mois non pas pour l'oublier, c'est impossible, mais pour parvenir à retrouver le chemin du désir. C'est peu dire que la magie du moment amoureux vient d'être vachement brisée.

(version 1)


*            *            *

 En dégrafant ton soutien-gorge d'un geste délicat (4), l'amant s'aperçoit que le motif de la dentelle fait code, la curiosité commune l'emporte sur la hâte sensuelle, vous supputez un jeu coquin, il attrape son téléphone, oubliant que le temps des ébats vous aviez tout éteint, prend quand même le temps de rallumer pour voir, bipe, semble déçu du résultat, C'est un texte, annonce-t-il un parfum de dépit dans la voix.

- Ah oui ? Fais-voir demandes-tu émoustillée, tout en espérant qu'il ne déb que le récit sera bref et bon.

Et voilà que c'est une histoire coquine et tendre, d'une page, écrite avec élégance par un bon copain, mais que ça fait bizarre de le retrouver là, en cet instant, comme s'il venait se joindre à vous - alors que votre relation n'est absolument pas amoureuse, tu connais sa femme, ils semblent très heureux, tu n'as jamais rien imaginé d'érotique, le lire alors et maintenant t'y oblige et ça te gêne un peu -.

L'amant n'a rien perdu de ses intentions, et tu as vite reposé le téléphone mais c'est toi qui d'un coup n'es plus tout à fait là, qui as changé de registre et te sens toute calmée, sortie du vif du sujet. Ce qui ne convient pas.

(version 2)  


*            *            *

 

(1) entres autres exemples glanés dans ma propre vie ou pas très loin ailleurs.

(2) toujours en littérature anticiper les retours de mode. #lettresàunjeunepoète

(3) mais tu as les attaches fines et les muscles harmonieux.

(4) Rêvons un peu.

 


*            *            *

Tout ce qui précède n'était que fiction, vous vous en doutiez.  Sauf que très prochainement ça sera techniquement possible, hélas pas tant pour les ébats que pour le code consultable (il sera sans doute fourni à part, j'ai simplement poussé un tantinet le concept).

Après mars et sa rubrique (que j'écrirai quand je serai capable de le faire en ne pleurant que de rire) Quand vous êtes libraire ne tombez jamais amoureuse d'un écrivain (5), je sens venir septembre avec cette constatation : Aimer des fournisseurs de matières à code QR peut nuire ultérieurement à votre libido. 

Le vrai gag, ça ne s'invente pas, c'est qu'il y a un bon camarade parmi les premiers fournisseurs, sans parler des amies, et qu'il s'agit vraiment de la marque où je m'équipe pour cause de proximité et qu'elle n'est ni de luxe ni de vulgarité. Pour une fois le marketing m'aura fait marrer.(Quoi que)

 

(5) Qu'une amie du métier qui se reconnaîtra si elle passe, résume ainsi avec romantisme : On ne couche pas avec la marchandise.

addenda du 04 août : Le Monde en parle un peu plus tard.

 

 

 

 

 


C'est gentil mais (pourquoi supposer qu'on souhaite tous s'exposer ?)


De retour des noces heureuses, je suis tombée sur ma TL sur ceci :

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Il se trouve que je suis une adepte des vélib de la première heure, je souhaitais circuler à vélo depuis longtemps, n'avais pas trop les sous pour en acheter, et me méfiais me méfie toujours de ma propension à me faire enlever le peu que j'aie et pas seulement les objets, ce qui fait que pour les vélibs comme pour les blogs, lorsque c'est arrivé, j'ai à peine hésité (1). Donc voilà, je ne demande pas mieux que de soutenir le dispositif, qui a en bien changé ma vie (finie la crainte des grèves, la hantise du dernier métro ...). 

Seulement ça me gêne un peu de retrouver mon pseudo, au demeurant si transparent, participer d'une sorte de campagne publicitaire pour laquelle on ne m'a pas demandé mon avis (j'ai vérifié même dans l'antispam), et je n'ai pas non plus été dédommagée - par exemple un report d'abonnement, ou une remise sur le suivant -, non rien. 

Tous les followers twitter du compte vélib n'ont pas forcément envie que ça se sache qu'ils toutient ou qu'ils circulent en vélo, tout le monde n'a pas forcément envie de participer bénévolement à une campagne publicitaire pour l'entreprise qui les gère et en tire bénéfices (2).

Bref, vélibs je vous aime bien, mais en l'occurrence il y a un peu d'abus.

 

(1) Enfin pour les blogs si car j'étais alors une jeune mère raisonnable et pourvue d'un job alimentaire prenant, disons alors plutôt que je n'ai pas pu résister très longtemps.

(2) Même si le vandalisme fait que le contrat est moins juteux qu'il n'était prévu.

PS : Sans compter qu'on peut être abonnés à quelque chose parce qu'on ne peut pas faire autrement (lié au boulot par exemple), et suivre un compte twitter pour être tenu au courant mais pas forcément avec bienveillance. Donc réutiliser le fait qu'on suive ou qu'on s'abonne, sans demander notre avis peut aller à l'encontre de ce qui nous convient.


La fin toute simple d'une amnésie (il suffisait d'aller au supermarché en fait)

 

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La mémoire, généralement, ne me fait pas défaut. Je suis même pour les choses stupides et inutiles à la limite de l'hypermnésie : le nombre de chansonnettes des années 60, 70 et 80 dont je connais encore les paroles par cœur sans jamais les avoir apprises ni même appréciées, mais simplement parce que ça restait scotché me fait honte.

Pour autant je ne suis pas très physionomiste (j'ai le don d'accrocher ma mémoire à des éléments impermanents : typiquement me souvenir d'une personne en tant que femme enceinte (ce qu'elle ne sera plus si tu la croises un an après), ou des lunettes d'une autre, ou d'une couleur de cheveux ...). 

Et par ailleurs ma vie qui depuis environ 10 ans a essuyé quelques grands vents voire même deux ou trois ouragans (affectifs) et un changement professionnel formidablement brutal, a effacé de mon cerveau certaines données. J'ai ainsi perdu la mémoire de ce sur quoi je travaillais en entreprise les trois dernières années, je me souviens seulement que ça n'avait pas vraiment de sens, c'était la structure hiérarchique qui autogénérait des trucs à faire, perpétuellement urgents, mais c'était du boulot de Shadok, inutile au monde et sans enjeu technique (1). 

J'oublie aussi assez facilement le mal qu'on me fait, sauf si c'est particulièrement pervers (auquel cas je m'en souviens pour tenter de ne pas retomber ultérieurement dans de semblables filets) ou que ça porte tort aussi à quelqu'un d'autre et que j'aimais.

Ces oublis-là me semblent salutaires. Je les vis sans regrets.

Enfin arrivent depuis environ cinq ans, et peut-être aussi du fait de mon changement de vie ce que j'appellerais des amnésies d'âge : lorsqu'on connaissait quelque chose ou qu'on pratiquait une activité ou qu'on possédait certaines connaissances fines dans un domaine précis et que l'on n'y est pas retourné depuis fort longtemps, voilà qu'on oublie. Typiquement : la pratique d'un instrument de musique, d'une langue étrangère ou l'étude de la physique quantique. Je ne saurais même plus vous expliquer la théorie de la relativité, alors qu'à 16 ans, sur un tel sujet (qui me passionnait) j'étais capable non seulement de faire comprendre mais aussi de faire rêver. Ça vaut aussi pour ce qui est lié aux sensations. Parfois en très bien : j'ai oublié la souffrance que c'était d'accoucher, ne me souviens plus que des effets induits et que j'ai cru mourir et de l'étonnement qu'à un tel niveau de douleur on en ressorte vivant(e)(s). Parfois en triste, toute une combinaison de circonstances et d'ennuis de santés, m'ayant fait perdre la mémoire d'une part de très bon.

Dans ce lot-là figurent des goûts et des saveurs. Certains produits de mon enfance ont disparu. D'autres existent encore mais ont changé de goût, la production de base étant devenue très industrielle. Lait, beurre, fruits et légumes sont devenus plus difficiles à trouver si l'on recherche les vrais. Les fromages semblent n'avoir pas trop mal résisté. 

Je me suis rendue compte récemment que j'étais parvenue à cet âge où si mon souvenir intellectuel reste précis - je peux ainsi me rappeler avoir bu du Fernet Branca en 1978 chez la très vieille Grand-Tante Maria -, mon souvenir sensuel, gustatif, a foutu le camp depuis bien longtemps.

Pour certains aliments ou boissons, c'est très bien. J'avais ainsi oublié le goût du pied de veau, retenté l'été dernier, je crois que je n'aurais pas envie d'y revenir avant un moment (expérience culinaire étrange). J'ai oublié totalement le goût du Coca : je trouvais ça trop sucré, pas agréable, ne désaltérant pas. J'ai dû en boire la dernière fois en 1989 lors d'un voyage face aux traditionnels symptômes de turista. Je ne sais plus du tout le goût que ça a. 

Et j'en suis presque fière : pour parvenir à éviter cette boisson là il faut une constance presque religieuse. Une abstinence de teetotaler face à l'alcool.

Pour d'autres, j'en suis fort marrie. 

Il en allait ainsi de cet apéritif très français dont les réclames peintes ont bercé mon enfance. Elles dataient peut-être des années 50, il était sans doute déjà passé de mode alors que je grandissais. Mais voilà les bonnes vieilles publicités peintes, entre autre sur les murs de vieilles maisons de villages au crépi par ailleurs gris, avaient de la durée de vie. Il y avait ce jeu de mots inclus et qui me ravissait (2). Et puis surtout : les peintures allaient se nicher même sur les murs des tunnels entre deux stations de métro. Et j'éprouvais gamine la même fascination pour ce que je considérais comme un exploit que pour les bateaux miniatures dans les bouteilles. Comment était-il possible d'arriver jusque-là, de peindre à cet endroit-là (qu'enfant j'estimait totalement inaccessible), comment on peut construire le bateau à l'intérieur ? Preuve que le matraquage publicitaire paie, je n'avais de cesse que d'atteindre l'âge requis pour avoir le droit de goûter à la boisson tant vantée (3). Je me souviens donc bien de quelques fêtes de famille où j'en avais bu, trouvant le goût pas mauvais, plutôt bon. Et que je ne comprenais pas pourquoi on me disait de me méfier car ça me semblait très léger, et pas plus fort que le vin en tout cas (4). 

Seulement voilà, a déboulé alors la terrible mode du Kir, lequel a détronné au passage le Porto (que je n'aimais que dans le melon, pas tant que ça en dehors), et surtout s'est mis à exercer une sorte d'hémémonie absolue. Aux apéritifs des repas festifs non estudiantins, n'était plus servi que ça. Au prétexte que puisque le Crémant ou le vin blanc était débouché, tout le monde suivait.

J'ai donc perdu de vue mon apéritif des murs peints.

Devenue plus tard amateure de whiskies, j'ai fini par ne plus boire que lui du moins quand de bonnes bouteilles étaient proposées et sinon me laisser porter par l'offre - va pour le Kir, 15 ans plus tard : va pour le Mojito - et dès que ça pouvait profiter du fait qu'une excellente bière (sauf à Paris) reste bon marché.

Je crois que c'est en voyant un tag très réussi dans un tunnel de la ligne 13 - et me dire, tiens ils ont fini par supplanter les vieilles pub D... - qu'il y a environ un an et demi j'ai repensé à cet apéritif que j'avais jadis croisé, apprécié puis qui était tombé dans (mon) oubli. J'ai supposé qu'il n'était plus fabriqué. Et me suis prise à espérer que dans le vieux meuble bar d'amis de longues dates, ou un beau jour dans un vieux café j'en retrouverai un fond oublié qui me redonnerait la mémoire. 

J'en ai parlé à plusieurs ami(e)s. Les plus jeunes ne voyaient pas trop de quoi je parlais. Les plus jeunes mais cinéphiles se souvenaient des murs peints entrevus dans quelques "Tontons Flingueurs" (5).

L'une d'elles, que ma quête amusait, a cherché en ma présence sur l'internet pour découvrir très vite qu'il en était toujours produit, selon la même logique commerciale qui il y a plusieurs années (et pour mon grand bonheur, car là aussi j'avais perdu le souvenir de la saveur) a permis de redonner vie à l'Amer Picon. 

C'était moins drôle mais rendait le succès moins improbable. Fin à prévoir de l'amnésie.

Pour autant et depuis, pas un café (6), ni restaurant n'en avait. Ni un hypermarché dans lequel les circonstances m'avaient entrainées. Ni d'autres magasins plus réduits et spécialisés. Ce vieil apéritif semblait bel et bien tombé en désuétude.

Voilà que ce soir, dans la petite ville normande, en l'un de ses magasins où nous allons rarement (en bons parisiens qui prennent peu la voiture - il est excentré -) j'en ai trouvé une bouteille. Même pas cher.

J'ai donc liquidé ma mini-amnésie et retrouvé ce goût amer mais parfumé (moins amer que le Picon, beaucoup moins), vieux vins, vieilles écorces, quelque chose qui sent bon l'antique troquet ou le coin du feu. Je ne (re)deviendrai pas forcément amateure, je bois peu et préfère donc me réserver pour les whiskies rares ou certains fins calva, mais je suis heureuse d'avoir réactivé ma mémoire.

Puisse 2014 marquer aussi la fin de celles de mes amnésies qui ne sont pas souhaitables ni souhaitées.

 

(1) Les premières années de mot boulot alimentaire, je retirais quand même quelques satisfactions de solutions trouvées à des problèmes techniques pas tous faciles et quand je revois certains programmes (car c'était du temps où l'on imprimait) je suis assez espantée du niveau de certains.   

(2) Mon appétence du calembour date du berceau. J'ai dû être une enfant éprouvante.

(3) Dans ma famille le credo était : pas d'alcool tant que tu n'as pas achevé ta croissance. Quelques entorses avec les vins italiens que les oncles allaient chercher dans de magnifiques damigiana et un peu de champagne lorsque quelque chose devait être fêté. Comme je n'étais pas rebelle pour ce qui me semblait soluble dans la patience (il y avait déjà suffisamment de combats à mener comme ça), j'attendais donc patiemment mes 18 ans avec une liste mentale des choses qui avaient éveillé prématurément ma curiosité.

(4) Au début seule la bière m'étourdissait mais parce que j'en buvais avec mon premier amour (c'était lui, l'effet) - assez vite plus du tout (il m'avait quittée) -. Ce n'est que très longtemps plus tard que j'ai compris que j'avais une forme d'imperméabilité aux effets de l'alcool. J'ai traversé toutes les fêtes d'une carrière étudiante à me demander en voyant les autres se comporter étrangement, mais qu'est-ce qui leur prend ? Je croyais jusque-là que les seuls effets de l'alcool étaient de rendre globalement les femmes un peu plus bavardes et certains hommes soudain violents. Mon naturel étant passablement déjanté, je profitais des fêtes pour me laisser aller et dans ces moments-là ça ne surprenait personne, mais je n'étais pas ivre, seulement moi-même sans retenue. C'est en lisant "Le club des incorrigibles optimistes" de Jean-Michel Guenassia que j'ai enfin vraiment compris. 

(5) Lequel n'en comporte pas car c'est une marque italienne qui sponsorisait. Et que l'on voit dans des moments parfois inattendus.

(6) Comme quoi contrairement à ce croi(en)t d'aucun(s) je ne vais pas si souvent au café. 

PS : Véronique, merci !

PS' : Et grâce à ces retrouvailles vous avez échappé à un billet un tantinet moins léger sur les morts de Normandie.

PS" : Et merci à Jean-Marc qui me fait suivre ce lien grâce auquel je sais désormais que j'ai avec la reine d'Angleterre un point commun et que j'ai donc une alliée pour sortir ce charmant apéro de l'oubli ;-) 


Hé, les gars, j'ai pris du galon !

 

Aujourd'hui le spam (d'une nouvelle adresse d'envoi mais le message est du même canevas), honore le numéro 24682 d'un véritable nom, le mien. Bienvenue à Émilie Lempereur et Alexandre Quentin parmi le club des Zheureux Zélus :

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Si j'avais du temps de libre, je jouerais bien à un amusement oulipien : attraper les patronymes qu'on m'offre et leur inventer une histoire commune, à pied, à cheval ou en voiture.

Pour l'instant j'ai deux filles Emilie Lempereur et la délicieuse Sandrine Grenadier. Ainsi que deux garçons, le très conformiste Philippe Dupont et le jeune Alexandre Quentin.

Oh que de jolis patronymes vieille France (à part le mien, erreur de casting).

(Si l'exercice de style vous tente, n'hésitez pas !)


Et si je devenais un vrai trader, tiens

Ces derniers temps sur ma messagerie,

 

J'ignore si ce sont les spams qui ont fait des progrès, ou mes deux antispams (celui de l'opérateur puis celui de mon logiciel de messagerie) qui faiblissent mais ces derniers temps davantage de spams envahissent cette dernière, alors qu'il fut un temps où ça s'était calmé.

Je parle des vrais spams et non des newsletters auxquelles on souscrit un soir de solitude ou parce qu'un spectacle dans un théâtre nous intéressait et dont il devient impossible ensuite de se désabonner.

Certains sont particulièrement flippant (via @Scott_Ann , qui se trouva jadis être ma prof de blog chez 20-six qui plantait, ô temps héroïque des pionniers !) (1), d'autres très drôles, très farfelus.

Le Viagra a presque disparu, dommage, j'en connais à présent qui en auraient besoin. De façon plus générale, les spams médicaux ne sont plus trop d'actualité - soyons optimistes et imaginons que les sites de faux produits pharmaceutiques ont été démantelés -.

En revanche, aujourd'hui, on m'aura proposé, antispam de premier niveau inclus - car du coup j'y suis allée voir par curiosité - : 

- un pass d'autoroute gratuit ; 

- un afterwork du jeudi, pour tenter de rencontrer autre chose qu'un ... non, rien.

- un kit qui me permettra de devenir le trader que j'ai toujours rêvé d'être. Du coup j'aurai peut-être une chance de présenter bien pour l'afterwork. Question : les traders ont-ils le temps de traîner aux afterwork à l'heure où s'ouvrent les marchés palpitants de l'autre bout du monde ?

- "Une clé USB, un objet très utile, très petit, que l'on peut emmener partout" (sic)

- un presque mystérieux "Moins 40 % sur tous les styles de la maison" (comment peut-on faire une réduction sur un style ?)

- Trois nuits pour le prix de deux dans un hôtel d'une certaine marque. (L'amant éblouissant est-il fourni ?)

- Franz Olivier Giesbert me propose en personne (2) un abonnement à des conditions privilégiées ;

- la maison du Danemark m'invite à un speak dating (3) ;

- Am*zon me propose des soldes sur "des milliers de bijoux". Quelle recherche ai-je bien pu commettre qui les aura laissé croire que la bijouterie m'intéressait ?, eux d'habitude si pointus quand il s'agit de suggérer des titres de livres, au point que c'en est parfois troublant (ils me conseillent celui que je suis en train de lire)

-un autre afterwork croit que j'ai les moyens de réserver une bouteille de champagne et m'offre alors les entrées (pourquoi ce pluriel ? Quel est l'intérêt d'aller à un afterwork si l'on n'est pas seul(e) ?) ;

- L'ESSEC me propose de rejoindre le programme préféré des cadres seniors, belle photo à la clef un homme en costume cravate pas très bien nouée, cheveux blancs mais fournis, sourire carnassier, en arrière plan femme en tailleur aux cheveux teints, les deux sur le mode On est vieux mais on est dynamiques quand même et même pas on a pris du bide.

- Télérama me propose avec franchise un abonnement pour tel prix, c'est presque agréable une réclame sans frime et qui indique clairement son objet - sans faire semblant qu'une star m'écrit ni que j'ai gagné le droit de gagner un truc que je ne vais pas gagner ;

- Tout le contraire avec Jérôme Gallois (si je m'appelais Jérôme Gallois, ça ne me plairait pas, cet usage de mon identité), qui m'ordonne "Mettez fin à vos crédits", objet qui masque mal une entreprise de rachat de crédits ce qui n'y met pas fin mais au contraire sous couvert de mensualités moins élevées d'apparence mais sur plus longtemps les fait repartir pour un tour d'endettement les malheureux qui y souscrivent.

- Les afterworks ayant sans doute constaté ma faible d'appétence à leur égard, je reçois en fin de journée une proposition pour un before party chez Maxim's. Renseignements pris le before party s'avère avoir lieu aux mêmes heures que les afterworks. Je suppose donc qu'il s'adresse aux plus jeunes, encore capables de sortir durant la nuit du jeudi au vendredi tout en assurant ce dernier au travail ;

- Darty me propose un téléphone perfectionné et "une vie numérique sereine" (sic). Je suppose que l'achat chez eux d'un aspirateur récent m'a trahie - pourtant je ne crois pas avoir laissé d'e-mail et certainement pas celui qu'ils utilisent - ;

- Voyage SNCF.com me propose des réductions formidables ... sur des trajets en avion.

- Cyrillus me propose une réduction de 40 % sur plus de 700 produits (4) ; si c'est comme je crois, une marque pour enfants, leur ciblage est raté.

- En soirée, un robot qui devait se douter que la mienne serait arosée, est venu me rappeler que les éthylotests étaient obligatoires depuis juillet, norme NF. On me les propose par lots de 2 à 20. Pour quelqu'un qui ne conduit plus guère, c'est un luxe.

 

Seuls quatre d'entre eux seraient susceptibles de m'intéresser du moins si j'étais en période faste : l'abonnement à Télérama, la clef USB, les nuits d'hôtel (et encore : Arras, Bruxelles ?) et la maison du Danemark. De tous les autres je n'ai aucun usage et ça ne semble pas près d'être le cas dans l'immédiat.

J'ai beau me dire qu'il suffit de 1% d'une masse énorme de consommateurs ciblés qui répond et achète, ça en fait des sous, je me demande vraiment si les spams permettent à quelque entreprise que ce soit de gagner de l'argent ; sans compter que lorsqu'elle est connue, l'image de marque de l'entreprise à trop en faire et déranger, en prend un coup.

 

(1) Je l'ai reçu peu après. J'ai apprécié d'avoir été avertie, c'était moins inquiétant.

(2) Ces messages publicitaires envoyés avec un nom propre ont le don de m'exaspérer plus encore que les autres. Sans doute parce que le côté On vous prend pour des cons m'insupporte particulièrement.

(3) De toutes les offres la seule qui eût pu m'intéresser. Mais hélas c'est sur mes heures de travail.

(4) J'ai du mal à comprendre en quoi un nombre de produits important est plus incitatif.


La trace d'une malice

Hier soir café La Halte, Montmartre

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C'est l'ami Gilles qui a été le plus attentif, pourtant j'aurais dû sans peine faire l'association d'idées : les publicitaires concepteurs de cette affiche pour un film d'horreur récent, n'auraient-ils pas volontairement mis de la malice dans leur présentation ?

[photo : in situ]



 



Ces petites choses qui hors saison vous ont un goût de 1er avril

Ces jours-ci dans une journaux-trucs standardisée de gare

PC110011 Pour ceux et celles qui ne seraient pas déjà rancardés, Frank Michaël est l'ancienne doublure voix de Plastic Bertrand, une sorte d'Engelbert Humperdinck à la française, un André Rieu le violon en moins, bref, ça va que j'aimais bien Adamo quand j'étais petite et Eros Ramazzotti maintenant, sinon je serais cruelle dans ma raillerie mais chacun(e) ses faiblesses, hein.

Imaginer qu'on puisse vendre la biographie de ce garçon au grand succès souterrain (1) sous prétexte de sa "vie secrète", pouvait ressembler à une boutade de fin de soirée bien arrosée. Hé bien non, voilà que des petits malins du marketing l'ont fait.

Preuve qu'ils sont futés, pour un peu, j'ai failli l'acheter (2).


(1) dans le sens où il fut un moment où loin des cirques et circuits médiatiques il remplissait déjà les salles. Et tout d'un coup "on" (= les moins pas jeunes générations ?, les affreux snobs de parisiens ?) s'aperçoit qu'il existe (ou pas). Et que hé, coco, c'est une belle pompe à thunes ce gars.

(2) en tant qu'objet culte du second degré (je n'ai pas de belle-mère à qui faire de cadeau à Noël (et celle que j'eus jadis, dévouée et gentille, n'aurait pas mérité un présent moqueur)).

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(Coeur de) cible mal visé(e)

Hier et aujourd'hui, sortie de boîte aux lettres du courrier concret

   


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C'était un peu curieux au soir d'un jour où les faillites ou leurs prémices s'enchaînaient, de trouver une publicité pour une banque impavide et qui semblait me supposer une existence bien plus mouvementée (au sens circulatoire) que celle que j'ai.

Bien que risquant plus tôt que tard d'être concernée, et très consciente des dérives possibles et de menaces ultérieures induites sur la paix, je ne parviens pas encore à trouver tragique le fait que quelques fausses fortunes aient confirmé qu'elles étaient de fumée. Si je m'appelais Paulette, peut-être que je dirais avec le sourire de qui a subi quelques profiteurs et les voit morfler  "Bien mal acquis ne profite jamais".

Seulement dotée d'un autre prénom et d'une autre expérience, je sais que rien n'est aussi simple et compte autour de moi les premières victimes parmi ceux qui n'abusaient pas. 

En attendant, comme ils disaient dans le film (1), "Jusqu'ici tout va bien" ou à peu près presque et cette publicité que les circonstances applatissaient, n'était pas sans un petit charme déjà désuet.

   


Ce matin, c'était au tour de mon opérateur de téléphonie mobile (2) et dont j'ai enfin réussi à barrer la plupart des messages publicitaires par textos, de s'être rabattu sur le service postal (3) afin de me faire une proposition des plus alléchantes : j'allais enfin grâce à ma fidélité à leurs services, mon jeune âge, mon goût dûment fiché pour la tecktonique (4) [rayer les mentions inutiles] accéder à la Dead Zone (5) où je pourrai, fastueux délice, "chatte[r] avec des stars". Suivent quatre noms dont deux grâce à Stéphanot et sa soeur, qui pour autant ne les kiffent pas (plus que ça), ne me sont pas totalement inconnus, mais les deux autres si. Je carresse un instant le rêve (!) de profiter de l'accès offert pour enfin me rancarder ( - Hello, M'Poncahontas (5), I ain't nobody but would really like to know who yourself are ?), mais hélas, Proust m'appelle et notre webcam n'est toujours pas réparée.

   

Je renonce donc à tout glamour pour des tâches d'intendances. La mère de famille de moins de 50 ans, n'est pas une cible disponible et qui aimerait qu'on cesse de couper des arbres, gaspiller des énergies, produire du CO2 même sans passer par New-York en bottes de sept lieues, pour remplir sa boîte aux lettres d'inutiles stupidités.

   


[photo : la pub mais que j'ai jetée avant que d'avoir pu en prendre une bonne, à la lumière du jour]

   

(1) En l'occurrence "La haine" de Mathieu Kassovitz (1995), et dont la finance n'est pas exactement le sujet, mais le monde tel qu'il est.

(2) Dit au complet, ça fait chic n'est-ce pas ?

(3) Vite, utiliser cette expression tant qu'elle possède un sens. Du moins un restant de.

(4) Disparue en moins d'une année scolaire, me semble-t-il

(5) Bien sûr j'ai changé le nom.

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