Être pris pour un tueur en série

 

    Je l'avoue, en octobre dernier la monumentale bévue qui a fait qu'on a cru à l'arrestation de Xavier Dupont de Ligonnès (1) m'a bien fait rire, même si je n'oubliais pas tout à fait le malheureux homme sur qui s'était tombé. 

Il faut dire que l'emballement médiatique avait été spectaculaire et que je travaillais alors en maison de la presse, donc aux premières loges. J'avais ainsi découvert que contractuellement on devait laisser les Une(s) affichées tant que le numéro suivant des quotidiens concernés n'étaient pas paru, et ce alors que dès la mi-journée du samedi il était connu que le gars arrêté n'était pas le bon.

Ajoutait au côté farce de l'ensemble cette interview d'un bon voisin de monsieur Joao, puisque tel est son vrai nom, et qui clamait l'innocence de ce dernier, Disant (je cite à la mémoire, sans doute pas mot à mot) mais quand on a vu sa photo on s'est dit C'est pas possible, c'est Guy ! Il se sont gourés, on se connaît depuis 20 ans, il a toujours habité là. 
C'était sympa comme tout, envers et contre le monde entier il était près à défendre celui qu'il connaissait. Je pense que bien des gens auraient pris des airs entendus sur le mode Il n'avait pas l'air comme ça, On n'aurait pas cru. Et lui, il n'en démordait pas. Ridiculisant ceux qui avaient commis l'erreur, et côté judiciaire et côté journalistique. 
Au passage bravo à l'équipe qui avait pris la peine de donner la parole à ce voisin solidaire.

Ce soir, lisant des informations, je suis tombée sur cet article de France Info, l'homme qui a été victime d'une grossière erreur d'identification s'apprête à contre-attaquer, et ce d'autant plus que, sans parler qu'il peut à juste titre prétendre à un dédommagement pour le préjudice subi, il semblerait qu'il n'ait même pas eu droit à la moindre excuse.

Du côté médiatique, la bourde s'explique : tuyautée par des instances policières, une première équipe est tombée dans le panneau et poussés par leur direction (urgence, chasse au scoop) et d'autant plus que des agences avaient confirmé (AFP, Reuters ...), les autres ont suivi. Partout on réduit les effectifs au plus juste, on dégage les plus âgés, mais dont l'expérience dans de tels cas pourrait être précieuse, pas étonnant que l'enchaînement ait conduit à un tel emballement. Et ce d'autant plus que l'affaire demeure un des plus fameux mystères récents. C'était aussi une bonne aubaine pour les dirigeants du pays : la diversion venait à point nommé. On peut raisonnablement supposer que certains grands patrons de multinationales détenant des titres de presse, plutôt que d'inciter à la vérification, ont poussé sur l'accélérateur.

Mais côté policier, ça reste bien intrigant. Il était dès le début question d'une dénonciation. Or l'homme concerné semble à première vue être un paisible retraité, qui diable pourrait lui vouloir du mal à ce point-là ? Ou alors c'est quelqu'un qui aura voulu lui faire une mauvaise blague, une petite vengeance mesquine pour un vague différent de la vie, persuadé, tant les types n'ont rien à voir, que ça n'irait pas plus loin qu'un petit contrôle un peu plus poussé à l'arrivée.

Ensuite, il a été dit que ses empreintes digitales coïncidaient, puis que certaines seulement étaient similaires. Il n'empêche voilà quelqu'un qui a priori mène une vie tranquille et qui apprend, d'une part que quelqu'un lui veut du mal, et d'autre part qu'il a presque les mêmes empreintes digitales qu'un grand meurtrier. Si tant est que dans un cas comme dans l'autre il ne s'agisse pas de mensonge des instances responsables de l'arrestation et qui auraient cherché désespérément à se couvrir après coup, il y a de quoi dormir moins bien la nuit.

Aucune surprise, soit dit en passant, dans le fait que les différents services concernés se renvoient la balle concernant la bourde, d'autant plus que les organisations de trois pays sont en cause (2). Seulement il va bien falloir que quelqu'un quelque part accepte de prendre en compte le sort qui a été fait à ce voyageur, lequel aura donc passé plus de 24h à devoir décliner son identité sans savoir pourquoi on lui faisait tant d'histoires.

Je serai curieuse de connaître la suite et de voir si nos sociétés sont devenues aussi inhumaines qu'elles en ont l'air, dans la façon dont sont traités les citoyens sans fortune ni renommée particulière. Puisse-t-il obtenir réparation.

 

(1) note pour lecture du futur : Xavier Dupont de Ligonnès est soupçonné d'avoir occis son épouse et leur quatre enfants dans la région de Nantes en avril 2011. Les corps ont été retrouvés sauf le sien, ce qui a éloigné l'hypothèse d'un assassinat multiple suivi immédiatement du suicide du meurtrier.

(2) On attend dans peu de temps l'excuse d'une mauvaise compréhension, d'erreurs de traduction. C'est presque curieux qu'elle n'ait pas déjà été invoquée. 


D'un inconvénient inattendu d'avoir les cheveux frisés

 

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Nous venions de terminer le dîner et l'homme de la maison m'a proposé une brève balade tant qu'il faisait jour et que le couvre-feu n'était pas tombé. 

Je lisais ou j'écrivais, bref, j'avais mes lunettes de vue sur le nez, je les ai vivement retirées afin de filer sans plus tarder. Zou !

J'ai replié les lunettes dans leur boîtier qui est de ceux rigides où elles s'enfilent sur un côté. 

À un moment donné de la balade, environ 800 m de la maison près d'une haie non loin d'un arbre où beaucoup d'oiseaux à ce moment-là chantaient, j'ai eu l'impression qu'un branchage m'était tombé sur la tête, j'ai entendu un léger bruit d'une chute, me suis demandée d'où venait ce que j'avais reçu, curieux, l'arbre en vu est assez loin quand même. 

Et puis nous nous sommes bien promenés. De retour à la maison vers 22h35, peu avant l'extinction des feux, à 23h. 

Je veux reprendre là où j'en étais, tire les lunettes de leur étui, les mets sur mon nez et me fait mal derrière l'oreille droite. Je les enlève aussitôt : il manquait tout l'arrondi de la branche, la partie non métallique et c'était le bout pointu à présent à découvert qui m'avait écorchée. 

J'ai cherché dans l'étui : rien. 

Il ne m'a pas fallu longtemps pour piger que le bout de branche avait dû resté coincé dans mes cheveux jusqu'à s'en détacher probablement là où j'avais cru recevoir un branchage.

J'ai pris une lampe de poche, scruté pas à pas le trottoir à cette hauteur là ... et retrouvé la pièce manquante.

De retour à la maison cinq minutes exactement avant l'extinction des feux. 

Les lunettes sont défectueuses à n'en point douter. Il n'empêche que c'est une mésaventure de cheveux frisés de les avoir suffisamment forts pour détacher un morceau de branche dans le geste de les ôter. Et que le bout restant se soit promené ensuite près d'un kilomètre avec moi avant que de choir. 

En attendant, j'ai remis la pièce en place et pour l'instant elle tient. 

 


Avis divergents (livre)

    Ce matin, j'ai lu ceci : sur l'instagram de Bree La Brèche dont je me permettrai de citer un extrait :

"[...] c'est une lecture qui apaise, à défaut de rassurer. Ça parle de deuil, d'écoféminisme, de science et d'émotion, d'interdépendance, des "autres qu'humains" (coucou Baptise Morizot* et Frans de Waal *). Ça raconte (c'est anecdotique dans le livre mais mon cerveau mouline comme il peut) comment la religion est une forme appauvrie de la spiritualité, ce à quoi j'adhère complètement."

Il s'agit du livre "Une autre fin du monde est possible" de Servigne Stevens et Chapelle

Cet après-midi en cherchant une chronique d'Emmanuel Requette de la librairie Ptyx concernant un autre ouvrage, voilà que je suis tombée sur ceci, avis tout à fait divergent, au sujet du même. Voici sa conclusion : 

"Qu’aujourd’hui des teletubbies du végétal auto-proclamés collapsosophes, sous prétexte que « le réchauffement, la domination, la méchanceté, c’est la faute à la science », s’échinent à saper les fondements mêmes de la raison au profit de ce qu’il nomme le « spirituel », n’est pas sans risque. Après qu’on soit enfin parvenu à établir indiscutablement, grâce à des discours communément partagés que la science parait aujourd’hui être la seule à offrir, les causes d’une situation donnée, mettre aujourd’hui radicalement – et bêtement – en doute les paradigmes de production de ces discours ne pourra, aux yeux des suspicieux enfin convaincus, que discréditer les moyens d’action censés en pallier ou atténuer les désastreuses conséquences. S’il est important d’interroger continuellement ce que l’on fait de la raison, il parait au moins aussi essentiel de continuer à la considérer comme un bien partagé par le plus grand nombre.

Sauf si, évidemment, l’on cherche à se « reconnecter à la part féminine de la Terre-Mère » (et à se faire un paquet de thunes en vendant du bouquin)…"

Comme l'écrirait un mien ami blogueur, on n'est pas rendus. 

PS : Ces deux ami·e·s ayant la lecture subtile, je suis surprise d'un tel écart d'avis, sans savoir si mon goût personnel et mes convictions me porteront vers l'une ou l'autre analyse. Il ne me reste plus qu'à lire le bouquin. 


Tracas technique (des idées ?)

 

Depuis une semaine, plus moyen de connecter ma montre de triathlon Garmin Forerunner 735XT au MacBook Air (sous MacOS High Sierra 10.13.6) via le cordon USB.

Avant il suffisait que je la branche pour qu'elle apparaisse dans le Finder. Et puis soudain dimanche dernier impossible de la voir même en passant par Finder / Aller à / Ordinateur ou par certaines rubriques systèmes qui permettent de voir les connexions USB.

J'ai essayé tous les classiques : autre cordon qui marche bien autre Garmin autre ordi (le PC du conjoint), l'autre port USB du MacBook Air, vérifié que les ports USB fonctionnaient bien avec d'autres appareils. Et bien sûr, éteindre, rallumer, recharger Garmin Express.

Rien n'y fait au moment de "Connecter votre appareil" rien n'est détecté 

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J'en suis rendue au stade ou toute idée est la bienvenue. D'autant plus que j'ai un triathlon qui approche.

Remarque : La connexion fonctionne parfaitement, exactement comme avant le dimanche fatidique, pour ce qui est de recharger la montre. Et la montre elle même fonctionne tout comme avant, aucun problème apparent.

addenda de début juin : en fait et finalement, je m'en suis sortie en désistallant puis réinstallant complètement le logiciel Garmin Express sur l'ordi et en réinitialisant la montre. Je ne sais laquelle des deux manips aura été déterminante. 

 

 

 

Sympathique spectacle mais légèrement décevant (sur la fin)

 

    Une de mes amies habite près du Monfort et prend parfois la peine de réserver pour certains spectacles et de m'y inviter. C'est toujours un bonheur.

Ce soir il s'agissait du spectacle "Le gros sabotage" par la compagnie La mondiale générale. La première partie comportait des acrobaties sur bois debout puis du travail avec des cerceaux. 

C'était impressionnant. 

Puis il y eut une scène de changements de vêtements, une oraison funèbre  et  un gars qui imitait Elvis Presley.

Nous avons pensé qu'ils et elle prenaient leur souffle avant de nous offrir un nouvel aperçu de leur travail acrobatique. Et puis, non.

Alors nous sommes restées un tantinet sur notre fin. 
(ou alors il y a quelque chose que nous n'avons pas compris)

 


Que devient Budhia Singh ?

 

    J'étais en train de lire des articles ou reportages vidéo au sujet de Caster Semenya et les autres athlètes hyperandrogènes et des développements récents des décisions fluctuantes les concernant  - la question se pose vraiment, faire justice à ce dont elles sont dotées de par la naissance et les efforts qu'elles ont consenti pour s'en sortir malgré tout, ou faire justice à l'ensemble des femmes athlètes ? sans parler des incidences médicales d'injection d'hormones et du contexte général de dopage répandu (qui rend étrange de s'en prendre à des caractéristiques naturelles fussent-elles exceptionnelles -. 

Est alors apparu en autoplay un reportage au sujet de Budhia Singh ce jeune garçon indien né en 2002 dans un bidonville, vendu par sa mère parce qu'ils mourraient de faim, récupéré par un coach de judo, Biranchi Das, lequel avait repéré ses qualités d'endurance et en avait fait une sorte de wunderkid du marathon. Jusqu'à ce qu'à pousser l'exploit trop loin il mène à des défaillances de l'enfant et l'intervention de services de protection de l'enfance, qu'il avait peut-être déjà exaspéré par ailleurs ou auparavant, car ce fut contre lui un déchaînement. Au bout du compte l'enfant lui fut retiré avec une interdiction pour lui de recourir un marathon avant l'âge de 17 ans, le guru-entraîneur fut assassiné un an après, officiellement par un voyou qui lui reprochait d'avoir offert abri à une jeune fille qu'il convoitait (sans doute pour la prostituer), lequel (si j'ai bien compris des articles pas uniquement en anglais) aurait été libéré sous conditions en 2017. Plus tard l'enfant s'est trouvé pris en charge dans un sport études, où il a étudié avec motivation mais était malheureux des entraînements courtes distances auxquels il était limité - tout en n'étant pas considéré comme très bon, puisque ça n'était pas son truc, le sprint -. Plus récemment on le retrouve lors de la promo du biopic le concernant, alors que jeune adulte il ne cesse de clamer qu'il ne souhaite qu'une chose : qu'on le laisse courir des marathons au plus haut niveau et d'avoir un entraîneur. 

Là aussi, difficile de se faire un avis : selon les témoignages, l'entraîneur est un bourreau ou un sauveur, l'enfant une victime ou un héros, les services de protection de l'enfance le bras armé d'un pouvoir politique désireux de dégager un indésirable ou des sauveurs d'un petit qui se faisait surexploiter. 

Un point intéressant reste que l'adolescent continue de parler de son gourou et coach avec respect et reconnaissance. Il semble considérer qu'il a vu en lui le champion qu'il était.

La seule certitude est qu'un monde où un enfant ne serait pas sommé de choisir entre courir de longues distances au point de mettre en danger sa santé, ou mourir de faim serait bien. 

L'autre est que les choses étant survenues et irréparable, il semble qu'il reste au jeune homme une furieuse motivation persistante pour son sport. Et qu'il est en âge de prendre ses décisions, alors lui donner sa chance serait bon. 

Je serais curieuse de savoir ce qu'il adviendra. On aimerait tellement qu'il s'en sorte.

PS : Au vu de différents articles glanés ici où là il semblerait qu'avant 16 ans et en gros une croissance déjà plus ou moins sinon complète du moins avancée d'aussi longues distances que le marathon serait déconseillé. 

 


Le plaisir de se préparer (allure vestimentaire et autres apprêts)

 

    C'est un échange de touites avec une amie qui se reconnaîtra (ses touites étant privées je suppose qu'elle préfère que je ne détaille pas davantage) qui m'a fait prendre conscience de jusqu'où la pression sociale envers les femmes peut se nicher. 

Elle évoquait le fait d'abordant un nouveau travail elle avait pris la décision de ne pas se maquiller, que ça serait un esclavage quotidien de moins (ce sont ses termes). Que je sache son travail n'est pas de représentation, de ceux pour lesquels on est recruté-e-s pour une apparence, auquel cas il peut être admissible qu'une obligation de rendre celle-ci conforme à certains critères existent.

Je n'ai rien contre le maquillage dans l'absolu et y ai (vaguement) recours lorsque c'est requis avec une raison réelle : scène, projecteurs, rôles ... En général cas pour lesquels des maquilleuses ou maquilleurs professionnels sont présent-e-s et qui officient avec des objectifs clairs de visibilité. Le résultat peut être bluffant, ils connaissent leur métier. Parfois pour une soirée, surtout si c'est l'hiver et que j'ai les lèvres gercées il m'arrive de mettre un vague machin hydratant brillant. Ou de peigner mes sourcils, naturellement broussailleux. 

Il n'empêche que dans la vie quotidienne, je n'en vois pas l'intérêt. Je trouve sur les autres souvent le résultat assez moche, par rapport à la beauté de la personne au naturel. Et puis déjà qu'en étant une femme je perds plus de temps que les hommes pour toutes sortes de raisons (du temps des pauses pipi aux années de saignements menstruels ...) et même si eux doivent passer du temps à se raser la barbe au moins par moments, je ne suis pas motivée pour traîner davantage qu'eux dans la salle de bain. J'ai mieux à faire. Me "faire belle" m'a toujours gavée. 

Du coup lorsque le message sociétal ambiant était que les femmes éprouvaient un certains plaisir à s'apprêter afin de se sentir aptes à affronter la journée, j'y croyais. Puisque je n'y comprenais rien et que j'étais hors jeu, je croyais que c'était bien comme ça pour les autres (1).

Il semblerait qu'il n'en soit rien même si certaines d'entre nous ont si bien intégré la norme sociale qu'elles le croient - ce qui est logique : on prend l'habitude d'un certain rituel, et il nous aide vraiment à la longue, ça devient comme un échauffement avant une activité -, de même que la plupart des gens trouvent moches les traces de vieillissement alors qu'il n'y a aucune raison : on peut avoir un beau visage avec des rides et les cheveux blancs ne sont pas laids, ils adoucissent un visage.   

Voilà donc qu'une fois de plus rien n'était aussi simple que ça semblait. 

Du coup je n'en admire que davantage mes consœurs qui parviennent à satisfaire à tant d'obligations malgré elles et rends grâce aux réseaux sociaux qui permettent des échanges qu'on n'aurait pas forcément en direct : je n'aurais pas osé interrompre une de mes camarades de piscine se maquillant consciencieusement après un entraînement du matin, Tu le fais parce que ça te fais plaisir ou parce que tu te sens obligée ?

J'en viens aussi à interroger ma propre pratique : j'aime certains vêtements, certaines chaussures, une forme d'élégance à mes yeux (probablement assez particulière) ; je peux m'acheter un habit en raison de son tissu (la texture plus que le motif). Et je me rends compte qu'il y a un cas où j'aime me préparer : pour les vêtements de sport, avant une course, le choix de la tenue optimale, de là où le confort sera le plus grand pour une performance non entravée. J'ai une grande réticence à l'uniforme, seulement un maillot de sport d'une équipe ou une tenue de club me donnent des ailes (2). Peut-être que si j'avais considéré la séduction comme un sport, j'eusse aimé passer des heures en salons esthétiques ou à me maquiller ?

Quoi qu'il en soit je suis heureuse de pouvoir encore vivre dans un monde où l'on a le choix, au moins celui d'aller sans masque si l'on préfère ça.

 

 

(1) Au fond le même mécanisme à l'œuvre que pour tant d'autres choses : étant une fille, si je constate que quelque chose me concernant n'est pas comme ça devrait selon la norme majoritaire, j'ai intégré que c'est mon cas particulier qui cloche. Il m'aura fallu passer le demi-siècle pour m'apercevoir que souvent c'est la norme ou même le fait qu'il y en ait une qui serait à remettre en cause. Je suis simplement un être humain qui fait difficilement les choses par obligation dès lors que celle-ci ne lui semble pas logique ou serait source de souffrance. Je ne suis ni conformiste, ni obéissante. Ça peut être bien vu chez un homme, mais chez une femme, non.  
(2) Très relatives, les ailes, mais par exemple me donnent la force de ne pas abandonner et d'arriver dans les délais.

PS : Plus le temps passe et plus je prends conscience mais sans doute aussi parce que les critères ont évolué que ce que je perçois comme vulgaire pour la tenue des femmes est considéré comme sexy voire élégant. Alors que ce que je trouve classe est considéré par d'autres comme négligé.


It didn't seem so long ago


    Je profite d'une journée à la BNF pour compulser les archives de l'internet à la recherche de blogs disparus. Au départ à la recherche d'un billet pour m'en rafraîchir le souvenir, puis dans le même mouvement qui autrefois enfant me faisait disparaître des heures dans le dictionnaire, de lien en lien vers de plus en plus de retrouvailles.

Dans ces cas-là tôt ou tard, je finis ou je commence toujours par retomber sur le blog de La fille aux craies. Il faut dire aussi qu'elle n'a pas cessé, jamais, de me manquer et que certains de ses billets emblématiques, me sont restés. Je ne peux pas ne pas penser à elle lorsque j'ai une serviette rêche entre les mains, ni songer "levrette" dès que je lis le mot "missionnaire" et rigoler in petto bêtement, en mode adolescent, et ça c'est d'elle que je le tiens (1). 
Pour qui ne l'a pas connu il faut savoir qu'elle souffrait de mucoviscidose, qu'elle a subi une opération pour une greffe à l'été 2011 et qu'elle n'a pas repris connaissance. Elle avait pris soin de nous relier ses ami-e-s plus lointain-e-s aux plus proches avant de partir à l'hôpital et je lui en reste infiniment reconnaissante.

Dès lors son blog s'arrête là : 2011. Fin juin.

Pour d'autres l'activité de blogage s'est arrêtée comme suite à certains événements, moins dramatiques, de la vie, combinés à l'avènement des réseaux sociaux et à la conscience que tout ce qu'on pouvait laisser comme traces écrites, audio, vidéo ou photographiques pouvaient se retourner contre nous.

Parmi d'autres, le blog d'un ami, pas revu depuis trop longtemps : dernier billet 2015.

Et c'est intéressant. Au delà de la part affective. 

Qu'est-ce qui fait qu'on se retrouve ou non à une époque différente ?


Les écrits de 2015, c'est du presque maintenant. Ce qui est raconté, du moins ce que ce qui est raconté laisse percevoir de la ville, de la société, des rapports entre les gens, ça pourrait être au printemps dernier, ou à l'automne qui a précédé. Ils ont encore une couleur, une qualité actuelle. Y compris ceux, ancrés dans leur date, concernant les attentats à Paris cette année là.

Les écrits de 2011, c'est déjà un autre temps. Pourtant sont déjà là les téléphones et les ordis et l'internet répandu, et les réseaux sociaux ; certes des événements politiques importants ont secoué le monde : les révolutions du printemps méditerranéen, les attentats en France (et pas seulement là), l'élection de Trump, le Brexit ... mais ils n'avaient pas d'influence si directe sur la vie d'une personne de la classe moyenne en France. Et puis ça vaudrait pour 2015 aussi pour certains événements et d'autres aussi. 

Ça n'est pas non plus un prisme personnel : en 2011 j'avais déjà entamé la reconversion qui est la mienne aujourd'hui. Je n'applique donc pas un filtre "Ma nouvelle vie" à ce que je lis. J'étais déjà dans l'idée de me mettre au triathlon, seul a changé le passage de l'idée à la mise en œuvre. Ma vie amoureuse n'a pas tant évolué. Il y a eu des deuils, des disparitions. Mais pas au point de devoir considérer "un après / un avant". Sauf pour l'assassinat d'Honoré parmi ses collègues. Même si ce fut, comme le fut 9/11 et mondialement une sacré commotion. Seulement je ne crois pas que ça ait changé les choses pour tout le monde à ce point-là. 

Au point que des écrits quotidiens personnels de 2011 semblent d'un autre temps, un temps d'avant quand ceux de 2015 restent pour l'instant de l'ordre de Comment ça trois ans ? Qu'est-ce que ça passe vite !

De quoi est faite la sensation d'époque révolue ?
J'aimerais pouvoir en discuter avec les ami-e-s disparu-e-s. 

 

(1) Bien d'autres choses encore. 


Le sac dans le bac

        Une nouveauté m'attendait à la BNF que je n'avais pas fréquentée depuis le 10 août : désormais pour passer les contrôles à l'entrée il faut mettre "le sac dans le bac". Les bacs de plastiques doublés d'une sorte de mousse afin sans doute d'éviter les bruits de clefs et les bris d'écrans [de téléphones portables] servait jusqu'alors de vide-poches tandis qu'on présentait nos sacs (pour 7 personnes sur 10 un sac à dos noir fait pour y glisser verticalement l'ordi) à part et ouverts. 

J'imagine qu'il s'agit de réduire encore le gabarit de ce que l'on peut apporter. 

Et le sac à dos de l'ordi tient, juste mais tient, dans le bac.

Le hic c'est que du coup les objets usuellement déposés dans le bac se retrouvent écrasés. Ce n'est pas grave pour les clefs, plus gênant pour le téléphone et dans mon cas l'appareil photo (1). J'espère que cette consigne qui complique encore la vie sera vite abandonnée devant le malpratique de l'usage, qu'il ne s'agit que d'une expérimentation et que l'on demandera à son issu leur avis aux gens (les usagers et les surveillants). 

En tout cas j'avais bien fait alors que je passais chez l'opticienne sur le chemin vers le métro, donc en partant, de demander à ce qu'elle mette de côté le pack d'entretien de mes lentilles de contact que j'étais venues commander, plutôt que de le prendre avec moi en mode Quand je rentrerai ce soir il sera tard, la boutique sera fermée. Car pour le coup le pack et le sac ne seraient pas entrés dans le bac.
Même en écrabouillant copieusement le téléphone, le Navigo et les clefs.

PS : Comment va-t-on faire si l'on vient, comme ça m'est souvent arrivé, avec un petit sac supplémentaire pour les éléments de notre déjeuner ?

(1) Je me déplace rarement sans. Je prends des petites photos du quotidien tout le temps. Je faisais ça déjà avec des jetables autrefois

 

PS' : addenda du 30/08/18 
Au lendemain déjà, la consigne n'y était pas, nous avons pu disposer normalement des menus objets dans le bac et du sac, présenté ouvert, à côté. J'espère que ça n'était pas un essai pour plus tard mais seulement une initiative ponctuelle vite abandonnée. 


Les infos perlées


    C'était déjà le cas dès lors que ma mère était tombée malade et que mon temps ne m'appartenait pas, même hors du travail : je ne suivais plus les infos que par morceaux, de façon lacunaire, essentiellement via les réseaux sociaux et la radio mais seulement à certaines heures : France Culture le matin et les flashs sur FIP quand aux librairies où je travaillais il se trouvait qu'il n'y avait ni clients ni coups de fil au 50 minutes d'une heure donnée (1). 

Ces derniers temps, sans doute à cause du déménagement des affaires de mes parents et tout le travail préalable et au fait que mon travail à et pour la librairie est très prenant - entre autre de belles plages de lectures quand je suis à la BNF ou chez moi, pour préparer les rencontres, et je me coupe bien du monde dans ces moments-là -, au fait aussi que la maison de Normandie est sans l'internet et que je me suis fait voler mes lunettes fin octobre sans les avoir encore réellement remplacées - j'utilise des lentilles progressives, formidables, mais ne les porte pas sans arrêt -, ce qui fait que lire sur l'écran de mon téléfonino est un peu hasardeux (2), c'est devenu particulièrement flagrant.

Et bizarre : par moment une info m'arrive pratiquement en temps réel. Et puis une autre, parce qu'elle s'est glissée alors que j'étais concentrée sur toute autre chose et qu'elle n'a pas eu tant de relais me passe totalement inaperçue. Ou alors je l'apprends par ses conséquences. 

Ainsi du crime écœurant commis sur une octogénaire à Paris parce qu'elle était d'origine juive, je n'ai eu vent que par le touite d'une amie qui s'apprêtait à se rendre à un hommage. Et j'avoue dans un premier temps n'avoir pas compris, avoir cru (naïve) qu'il s'agissait de quelqu'un que l'amie admirait - un peu comme j'étais allée à la cérémonie pour Lucie Aubrac -, et j'ai eu le temps de me dire, qui était-ce qu'elle admire ainsi et que je ne connais pas, avant de mesurer, et mon erreur et l'horreur. 
De la prise d'otage à caractère terroriste de Trèbes, je n'ai eu que le fait qu'il se passait un truc dans un supermarché, vers Carcassonne, et compris seulement au soir l'ampleur et là aussi l'horreur de cette tuerie.
J'ai découvert seulement ce soir que Philip Kerr était mort, alors que ça concerne mon métier - bizarre d'ailleurs que si peu de retentissement côté pro -. 

Pour autant pour d'autres choses, il se peut que j'en sois au courant dans l'instant, si par exemple je consulte Twitter pendant un trajet en transports et que ça tombe sur les téléscripteurs ou leur descendance en ce moment précis. 

Je me sens donc en même temps toujours autant en prise avec mon époque et à la fois pas du tout, décalée, déphasée, en parfaite inconscience de certains événements. Pour un peu ça me renverrait au temps où les informations ne parvenaient qu'au compte-gouttes jusqu'à la plupart des gens : journaux du matin ou du soir, informations à certaines heures précises sur les quelques radios officielles, journaux télévisés deux fois par jour au maximum pour qui cherchait à les regarder (3). Et je suis impressionnée de mesurer à quel point notre rapport à l'information, à intérêt constant - je cherche à savoir ce qui se passe, à me tenir correctement informée, je ne tiens pas nécessairement à tout savoir au plus vite dans tous les domaines tout le temps - a changé. 


(1) Ce qui est assez rare en fait : si on voit une seule personne sur une heure donnée, elle passera à moins dix. ;-) 

(2) En même temps ça me permet d'inventer des news en mode Professeur Tryphon, ce qui est parfois drôle.

(3) Et donc à être devant son poste allumé à l'heure dite, car les magnétoscopes n'étaient pas encore d'un usage répandu.