Semaine #3 : Une biche

"Je n'écris pas depuis un certain nombre de jours, ça commence à courir, à porter sur les nerfs, ce manque." 

Je note en exergue cette phrase d'Anne Savelli dans son semainier #4. Elle synthétise si bien ce que je ressens cette semaine-ci. 

Il y a aussi :

"C'est s'accrocher aux todo lists, remettre à plus tard toute élaboration, création.
 réduire la voilure
se concentrer sur une seule chose"
(J'aimerais tant ; mais ai-je le choix ?)

En même temps c'est aussi parce que j'ai couru au sens littéral, c'était le dimanche la reco du trail de Bouffémont qui aura lieu le 11 février. Je suis très vite semée du groupe : le parcours commence par une montée et c'est là que ma lenteur atteint des sommets - ou m'empêche de les atteindre, justement -, alors j'explique au gars qui accompagne puis à JF qui m'attendait en haut que c'est bon ça va je connais la forêt, qu'ils ne s'embêtent pas pour moi.

Il ne se le font pas dire deux fois, et je profite de ma liberté pour aller vers le nord est de la forêt jusqu'au moment où j'entendrais trop de coups de feu à mon goût (centre de tirs militaires ou chasseurs ?) alors je repiquerai vers des sentiers déjà courus. 

C'est à la trouée qui correspond au passage des lignes hautes tensions que je la verrai : une biche, laquelle en me voyant s'arrêtera, semblera peser le pour et le contre (Est-ce que cet être humain représente un danger ?) choisira de faire une boucle en restant à proximité, puis au sons de nouveaux tirs - mais d'où viennent-ils ? - repartira. Je suis éperdue de reconnaissance quant à ce cadeau qu'elle m'a fait. 

Je parviendrai sinon à bien calculer mon coup, et arriver précisément 10 minutes après JF et quelques autres qui n'avaient pas fait l'entier parcours mais les 2/3 ou les 3/4.

Nous nous changeons au cul de la voiture et passons ensuite à Montmorency. Par chance Leslie est là et j'ai plaisir à la revoir. La nouvelle place est tristounette avec son plus ou moins faux marbre façon cimetière pour encercler en dur les emplacements des arbrisseaux. Une fois de plus j'aurais connu quelque chose de bien juste avant sa fin. 

Nous apprenons en nous y rendant que Sempre al Viccolo va fermer et aurait dû déjà l'être si les repreneurs n'avaient pas omis de se présenter. Nous y serons du coup traités comme des rois (1). Et très émus d'avoir eu cette intuition là : y aller avant qu'il ne soit trop tard. 

J'avais pensé titrer cette semaine [du 23 au 30 janvier] : des éditeurs et des cartons, parce qu'effectivement mon temps hors librairie aura été bien rempli par les uns et les autres. Soirée chez Payot Rivages, rencontre le lundi soir avec Shida Bazyar au Goethe Institut.

Et puis la fête du cours de danse dans les locaux professionnels de Julia qui pourtant n'y vient plus. J'ai plaisir à la revoir ainsi que Natacha dont je fais connaissance avec le beau bébé (et puis venu les chercher, le jeune papa). J'y arrive tard, après mon long samedi de librairie.

Le lundi a eu lieu pour partie à Taverny : j'ai dû me résoudre à payer un électricien afin que chaque pièce ait sa lumière et que les lustres soient tous décrochés. Il gagne facilement sa vie sur cette petite opération.  

Encore une semaine sans temps personnel. Je m'aperçois que je ne considère pas le sport et la danse comme des loisirs mais comme des moments indispensables à l'hygiène de vie. Des sortes d'obligation envers notre propre santé. Et donc n'entrant pas dans le temps [vraiment] libre. 


(1) Pizza aux extraits de truffe (entre autre)

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Envisager un semainier (sur une idée d'Anne Savelli)

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La dernière fois que j'ai eu la sensation d'avoir du temps personnel c'était après le 15 septembre 2016. Je travaillais avec bonheur Au Connétable à Montmorency : il y avait eu la permanence du mois d'août rendue intense par les manuels scolaires, et puis l'activité fiévreuse de la rentrée, et puis voilà, nous étions décidées Leslie pour qui je travaillais et moi à tenter d'organiser des rencontres littéraires et Marie-Hélène Lafon avait pour ma plus grande joie accepté d'ouvrir le bal. 

Alors ce fut ça : mon temps personnel dédié à des relectures qui me régalaient, afin de préparer. 
Après des années malgré moi mouvementées, ma vie semblait enfin accéder à une part de stabilité, de quoi pouvoir entreprendre enfin quelques choses de mon côté, écriture et librairie, faire enfin plus que de la survie. 
J'ai remis ça le mois suivant en l'honneur de l'ami Thierry, je garde de sa visite et du début de soirée en compagnie de l'homme d'ici et Anne un souvenir de bon moment parfait. Je me sentais à ma place comme rarement ça me l'a fait.  29903775470_76788d5a70_z 

Je démarrais le triathlon, avec entre autre un stage d'intégration qui m'avait redonné confiance en mon corps : même si j'étais la plus lente je parvenais à suivre, ce qui au départ n'était pas gagné.

J'avais éprouvé un profond plaisir à faire du sport du matin au soir et du soir au matin (non, ça j'ai passé l'âge), à retrouver une ambiance collective avec un groupe formidable pour moi d'une façon assez rare (1). Comme toutes les activités étaient organisées par le coach ou les aînés, il y avait pour moi qui tout au long de l'année suis "en charge" d'une maisonnée, un côté de détente insouciante qui m'a fait un bien fou. Nous n'avions à nous occuper que de nos corps et notre matériel. Pour la première fois depuis juin 2013 puis janvier 2015, j'ai durablement éprouvé une forme d'insouciance, de la joie.

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29913430973_ceb8009441_zIl faut dire aussi que nous étions dans une sorte de cadre idéal, un internat international, de quoi regretter de n'avoir pas grandi en pension. 

J'ai eu le temps d'entrevoir ma vie enfin telle qu'en elle-même et moi à l'aise dedans : une belle librairie au service de laquelle travailler les après-midi et le matin le sport ou l'écriture et le reste du temps félicité culturelle (les rencontres dans les librairies des autres, les rendez-vous d'éditeurs, le cinéma, un concert ou du théâtre parfois, une expo), et enfin ranger la maison.
Et puis il y a eu l'élection de Trump, sorte de point de départ du début d'une nouvelle période où je ne maîtrise rien avec la maladie de ma mère puis son décès, très peu de mois après celui de mon beau-père et plus tard le nouveau travail, une proposition qu'il m'était impossible de refuser car elle contenait du défit. Alors pour ces bonnes choses (un travail à ma mesure) et les plus terribles (l'accompagnement, le deuil d'un parent, puis la kyrielles de choses à faire induite par toute succession) et comme je m'efforce par réflexe de survie de maintenir un minimum de sport, tout temps personnel s'est trouvé englouti.

Il aurait pu y avoir les 15 premiers jours d'août dernier, mais ils auront été quasiment confisqués par le voisin voleur et les perturbations induites dans notre vie.

Et il y eut le Festival de Cinéma d'Arras, pour la première fois depuis des années parcouru sans aucun événement intime ou collectif pour le gâcher. Seulement la vie de festivalière est une vie faite d'horaires, et le temps libre restant fut consacré à tenir un carnet de bord (2). Il reste avec ceux des billets que j'ai pu par ici rédiger, la seule marque tangible d'une année avalée. La suractivité subie obère l'assimilation par la mémoire de ce qui s'est passé. Or j'éprouve le besoin pour ma santé mentale de conserver un minimum d'éléments (heureux ou malheureux) à l'esprit.

Depuis un an et presque trois mois le temps s'est donc ainsi trouvé replié, je ne sais pas d'autre terme, les jours se succèdent en folle vitesse et sans répit puisque le temps libre non dormi est consacré à la préparation du déménagement prochain des affaires et meubles de mes parents.

L'idée qu'a eue Anne de tenir un semainier de bord, me semble donc secourable, garder le cap, savoir d'où j'en suis, conserver la mémoire des jours même s'ils n'ont pas pu être consacrés à mon travail de fond. Et qu'il reste une trace de mes nouvelles aventures même si je me fais à nouveau voler mon sac, mes agendas, mon ordi.

Sans compter que la sur-occupation, mécaniquement, isole : pour un peu la conscience de la solitude croît alors que les moments de l'être, seule, mais au calme, se réduisent aux instants consacrés aux déplacements. 

Donc oui, un semainier, pourquoi pas, au moins pour voir où mes semaines sont passées. Ce qui n'empêchera pas par ailleurs de bloguer, si un sujet de billet me rattrape alors que j'ai un temps suffisant devant mon écran.

Et puis, du mardi au mardi car le mardi est le seul jour où je suis à la fois ailleurs qu'à la librairie et pas nécessairement sur le pont à chaque fois et d'ailleurs à la BNF dès que je le peux, OKLM comme disaient les jeunes.

 

(1) d'ordinaire dans les groupes constitués autour d'une activité commune il y a toujours quelques personnes dont la présence nous rend perplexe et probablement vice-versa : comment pouvons-nous aimer la même chose tout en étant à ce point antagonistes ? Par ailleurs lorsque l'on est une femme, on doit presque inévitablement supporter dans chaque échantillonnage mixte d'humains auquel l'existence nous fait participer, deux ou trois gros lourds, qui se supposent du charme et sont seulement pesants et graveleux. Hé bien là : non, tous les gars étaient classes (en tout cas en ma présence), non sans plaisanter mais en restant dans les limites qui font qu'on ne se sent pas gênées, qu'on n'a pas une fois de plus envie de lever les yeux au ciel en pensant "Ah ... boulet !".

(2) Début ici ; fin . Je crois n'avoir omis aucun des films vus (petit exploit !). 


"Et la parole des femmes [...]"

 

    Bel article de Zyneb Dryef dans Le Monde et qui fait le point sur ce qui aura marqué la fin de l'année 2017, 

Et la parole des femmes se libéra

Je crois que si plus tard je retiens une chose et une seule de l'automne 2017, à raconter plus tard à mes arrières-petits enfants (1), ça sera celle-là, la libération de la parole des femmes, qui n'en pouvaient plus de subir toutes sortes de conduites de pesantes à violentes et de fermer leur gueule soit par peur des conséquences, soit en pensant que c'était ainsi, et souvent en croyant subir une sale conduite isolée. 

Ce qui ne laisse pas de me surprendre, c'est à quel point alors que je suis moi-même une femme, et pas née de la dernière pluie, et ayant aussi subi quelques effets de mauvaises conduites masculines - pas même forcément consciente de leur part, sorte de En toute bonne foi du colonisateur -, j'ai été justement surprise par l'ampleur du déferlement. 

Je crois que de n'être pas sexy, d'être sportive et vêtue le plus souvent à l'avenant, et d'être assez imperméable à la peur, celle qui fait qu'un début d'incident déplaisant peut soudain dégénérer et faire de nous une proie de choix, et prête à coller un bourre-pif à qui m'emmerde, quitte à me prendre un pain en retour mais au moins j'aurais essayé, m'a tenue à l'abri de bien des vicissitudes, jusqu'à l'âge auquel les hommes (hétérosexuels) nous mettent au garage même si nos corps ressemblent encore à ce qu'ils étaient. Je crois aussi que je me suis toujours sentie suffisamment libre pour ne pas me formaliser de certaines tentatives de drague un peu lourdes, dès lors que le gars ne devenait pas menaçant ni agressif devant ma réponse qui disait non, la Bécassine Béate en moi c'est toujours dit dans ces cas-là, Pauvre type comme il doit être seul pour tenter le coup jusqu'à une femme comme moi. Dès lors je n'ai pas perçu le peu que j'ai subi comme des agressions mais comme des moments tristes pour ceux qui ne se comportaient pas d'une façon élégante. Plus d'une fois des approches de drague de rue se sont transformées en conversations : des hommes seuls qui avaient besoin de parler et déjà heureux, et redevenus respectueux du fait que j'aie su écouter sans trop me formaliser de leur tentative déplacée.

Il n'empêche que je n'imaginais pas combien de mes consœurs avaient subi de saloperies et de coups et s'étaient senties ou se sentaient meurtries. Je crois que mon état d'esprit rejoint celui des hommes respectueux - il y en a -, atterré par ce qui fait le quotidien des autres, par l'ampleur des dégâts.

Je me méfie du retour de balancier, mais j'ai l'impression ou du moins l'espoir que puisque le courage a changé de camps : il est désormais du côté de celles qui osent parler et ne plus s'écraser, les choses s'arrangent vraiment et qu'un ré-équilibrage respectueux ait enfin lieu. 

 

 

(1) Comme Alice du fromage je pense que je tiens ce blog pour des lecteurs du futur qui le liront avec le même intérêt amusé (2) sur l'ancien temps que j'avais eu jeune femme à lire le journal de ce sacripant de Samuel Pepys, lequel aurait sans doute justement de nos jours des ennuis.

 (2) du moins je l'espère pour eux, et qu'il n'y aura pas eu deux ou trois apocalypses entre temps.


Prise de conscience


    Alors il y a eu le terrible #BalanceTonPorc , plus élégamment #MeToo dans d'autres pays (après avoir en Californie concerné celui qui a tant agressé) et des femmes courageuses qui écrivent un vrai texte (par exemple Celia), de très beaux messages d'hommes, d'amis élégants (par exemple Stéphane) et tu te rends compte que même si tu es moins surprise qu'eux tu n'en reviens pas de l'ampleur du déferlement de la parole libérée. On dirait que pas une seule femme n'a été épargnée par, au moins pire, des comportements ou des remarques déplacées.

Puis tu profites que le mardi est un jour de congé pour toi et que cette semaine tu n'as pas de rencontre en librairie à préparer pour te poser 5 minutes et pour une fois penser. 

Tu n'es pas sexy, juste normale, sportive, des vêtements pas provocants, très rarement maquillée, et pratiquement jamais en chaussures à talon. C'est un peu militant, un peu d'avoir les pieds plats et beaucoup d'aimer courir, voire d'avoir une vie, un métier qui nécessite de se déplacer, de marcher à grandes enjambées, de porter. Tu as des jambes musclées et pas interminables. Des seins petits et très discrets. Bref, tu as tout pour qu'on te foute sexuellement la paix.

Or ça n'a pas été tout à fait le cas, même en se disant que les mains baladeuses #ligne13 sont dues au taux de compression des usagers plus qu'aux penchants libidineux d'aucuns, tu dénombres quatre fois dans ta vie où tu as dû un peu te défendre parce qu'on tentait de te tripoter, voire plus même sans affinités. Tu as beau n'avoir rien pour, si ce n'est au siècle dernier ton air juvénile, tu ne sais même plus compter le nombre de fois où des hommes t'ont commentée, sifflée, accostée, proposé des trucs plus ou moins salaces ou étranges (1). Plusieurs fois des hommes que tu connaissais, en particulier par le travail, ont tenté comment dire des approches, particulièrement stupéfiantes parce que tu ne songeais à rien du tout de cet ordre avec eux. À chaque fois les choses en sont restées là, soit parce qu'ils tentaient comme à tout hasard, soit parce que tu n'as même pas pigé - c'est quelqu'un d'autre qui après coup, en en plaisantant, te permettait de comprendre -. Des femmes aussi ont tenté leur chance, sans doute induites en erreur par ton allure peut-être androgyne, mais c'était beaucoup plus subtil et sans insistance aucune (2).
Tu as pensé à chaque fois, Ben qu'est-ce qui lui prend, ou Pauvre type, il doit vraiment être seul [pour tenter le coup auprès de moi], le plus souvent Quel connard il a failli me faire rater mon train / arriver en retard au boulot. Tu n'as jamais été réellement menacée même si une fois tu as envoyé valdinguer un type sur le quai du métro, parce qu'ils étaient trois et que ça pouvait peut-être mal tourner.

 
Depuis quelques années et déjà parfois quelques témoignages tu avais compris qu'il s'était agit de harcèlement de rue. Que tu ne l'avais jamais identifié comme tel parce que tu es d'un temps où l'on considérait, Ben voilà, les hommes sont comme ça et que tu avais intégré comme bon nombre de femmes des générations précédentes que tant que ça s'arrête là, on n'y peut rien, c'est comme ça. Qu'aussi comme tu n'as jamais éprouvé de peur dans ces cas (aucun d'eux n'était armé), tu n'as pas eu de peine à exprimer ton refus assez fermement et assez de fois pour qu'ils se le tiennent pour dit, donc tu ne te percevais pas comme une proie. Tu pensais Y a certains mecs, j'vous jure ! 
Tu as pensé aussi que tu étais mal tombée, que c'était pas de chance d'avoir croisé ce type ou cet autre-là. Tu te disais même vaguement, quand même c'est pas de chance, il y a un mec bourré ou frustré et il faut que ça tombe sur moi. 

En fait tu n'avais pas imaginé que si c'était comme ça pour une fille comme toi, c'est que ça arrivait sans arrêt tout le temps à toutes (3). Que ce que tu prenais pour des coups de pas de chance, étaient en fait la norme déviante d'une société beaucoup plus patriarcale que tu ne le croyais. Et qu'en fait tu as eu de la chance, beaucoup de chance, dans bien des cas, que ça ne tourne pas mal pour toi.

Tu te rends compte en découvrant tant de témoignage que ta famille où les hommes n'étaient pas sans défaut, mais où les couples étaient très stables, ce qui évitait l'apparition d'un beau-père potentiellement libidineux, était remarquablement respectueuse des enfants - ce qui te semblait aller de soi, en fait ne serait pas si courant -. Certains oncles se "contentaient" plus ou moins discrètement (4) d'avoir une jolie maîtresse.

Bref, tu te rends compte que tu auras traversé tout un demi-siècle sur ton petit nuage sans voir ce qu'il en était. Tu te rends compte aussi que cette ignorance t'a remarquablement protégée.

En attendant, un peu comme l'écrivait Milky au sujet des révélations de famille, aujourd'hui j'étais un brin ralentie par la mise à jour de mon appli intime de perception du monde. Et puis une cohorte de petits flashs-back insidieux t'a tenu compagnie presque en permanence, des situations suffisamment un peu bizarres pour qu'elles te soient restées en mémoire, et que tu comprends à présent, le cœur un peu vibrant, Mais ... mais je l'avais échappée belle, en fait.


La légère consolation de cette prise de conscience étant que se révèlent alors remarquables certaines attitudes qu'ont eue des hommes à ton égard et qui te semblaient certes sympas mais normales alors qu'elles étaient classes. Et puis une immense gratitude envers ceux de tes amis et proches qui ne sont pas comme ça, ou ne le furent qu'entre 13 et 15 ans, le temps de s'accommoder de leur propre corps, et qui sont encore plus stupéfaits que toi, et écœurés (il y en a).

 

 

(1) Une fois c'était juste et principalement hilarant, le type était jeune et bien balancé, pas du tout agressif mais j'étais déjà vieille, et notre conversation a très vite pris un tour cocasse. Il n'empêche j'étais ligne 14 et il m'avait abordée pour me faire des propositions d'ordre sexuel que je n'avais en rien sollicitées. Pour tout dire au début j'avais cru à une blague.  

(2) La différence entre une tentative de drague et quelque chose de bien plus invasif.
(3) Quand tu recueillais les confidences des amies tu supposais que c'était qu'elles étaient très jolies et que les hommes n'avaient pas su se tenir ce qui n'était pas bien, mais que le fait qu'ils éprouvassent du désir difficile à contrôler pouvait se comprendre. Ou tu te disais qu'elles étaient tombé sur un fou échappé de l'asile.

(4) Impossible de savoir si ce que je percevais, captais venait d'une absence de discrétion de leur part ou de ma trop grande attention au monde, j'enregistrais, et mentalement j'écrivais. Dans deux cas ils ont supposé sans doute que je ne comprenais pas.


Paris sans voiture, la petite illusion

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Ah que c'est beau Paris sans voitures !

 

Bon alors en vrai, non, cette photo je l'avais prise à Bruxelles le 17 septembre 2006, parce que pendant que les Français s'appliquent consciencieusement à continuer de polluer, nos voisins, eux ça fait plus de dix ans qu'ils ont des journées sans voitures et intégralement. 

C'était un de ces petits déplacements en TGV qu'on s'accordaient avec le fiston avant ses fatidiques douze ans : nous profitions d'un tarif merveilleusement réduit grâce à une carte annuelle pas trop coûteuse qui permettait de payer les trajets trois fois rien et pour l'enfant et pour un adulte qui l'accompagnait. Nous avions choisi le week-end en fonction je crois d'une compétition de pétanque du papa, c'était aussi une façon d'éviter un dimanche de pétanque-widow. Nous ignorions que nous allions débarquer lors d'un jour particulier. Nous étions arrivés tôt le matin dans une ville sous la brume et totalement silencieuse. Nous avions vite pigé, ça n'en demeurait pas moins magique. Des vélos partout. La brume en plus atténuait les sons. Je me souviens de toute cette journée comme d'un très beau rêve.

À Paris, onze ans plus tard, c'est peu dire qu'en vrai, ça n'a pas fonctionné tout à fait : 

 

PA012752[photo prise en bas des Champs Élysées ce dimanche 1er octobre à 11:28 ; et ça n'était pas un moment d'exception]

Nous nous étions dit, naïfs, Tiens si notre entraînement de vélo nous le faisions dans Paris intra-muros ? Puis, gourmands, tiens si l'on s'offrait la place de l'Étoile ?, Oh, et les Champs Élysées ?, Et la Concorde ? (1)  Et voilà qu'en fait nous avons tout juste croisé un peu moins de bagnoles - en plus que les un peu moins au lieu d'être respectueuses parce qu'elles étaient de trop, en profitaient d'autant plus pour foncer -, un peu plus de vélos (ça au moins c'était sympa, et puis comme ça on échangeait quelques mots, certains étaient exprès venus de grande banlieue, malgré le crachin qui ce dimanche persistait), même pas pu descendre les Champs Élysées qui à l'heure où nous voulions passer étaient interdits aux vélos même tenus à la main (2) et nous sommes faits renvoyer  PA012750

par les rues adjacentes. Les purs piétons quant à eux pouvaient passer mais au compte-goutte puisqu'à présent, ce que l'on peut comprendre au vu des événements des deux dernières années et qui semblent ne plus jamais devoir cesser (3).

Nous nous en sommes donc retournés après une petite boucle réduite à vitesse réduite aussi (puisqu'aussi gênés qu'un autre jour ou quasi) - au temps pour moi qui avais espéré passer saluer mes camarades qui effectuaient un dimanche d'ouverture à la librairie -

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un tantinet déçus, il faut bien l'avouer.

Comme l'écrivait un ami sur Twitter, ça n'était pas Paris sans voitures c'était Paris avec un petit peu moins de voitures. 

Sans arrêt dans notre circuit nous avons dû faire attention à la circulation comme un jour ordinaire. À aucun moment nous n'avons eu l'impression que la rue était rendue aux vélos et piétons. 

Il se trouve que je suis ressortie dans l'après-midi entre 14h et 16h30 et que la situation ne s'était guère améliorée (4). On aurait même dit que pas mal de gens, particulièrement des deux roues, qui avaient dans un premier temps fait l'effort, avaient fini par se dire, puisque c'est comme ça, moi aussi je prends mon véhicule. 

Au point que dans un reportage très pro-journée sans voitures, à plusieurs reprises (5), on voit les bagnoles dans l'arrière-plan pas si lointain. Ce qui n'est pas sans un léger effet comique puisque les personnes interrogées disent combien c'est formidable, Paris sans ces engins. 

Pendant ce temps ceux qui persistent à vouloir polluer (en oubliant qu'eux-mêmes vivent là et ont des poumons) hurlent leur colère sur les réseaux sociaux et insultent la maire de Paris, tout ça parce qu'on ose leur demander de faire preuve d'un peu d'intelligence et de civisme durant une journée.

Nous avons cependant fait une bonne petite balade que nous n'aurions pas tentée sans cette initiative, et dans une ville qui reste belle et qui malgré tout nous rend souvent heureux d'être là.

*                    *                     *

Rien à voir directement, mais il est difficile d'écrire quelques mots sur ce dimanche 1er octobre 2017, sans évoquer les nouvelles qui nous arrivaient de Catalogne par les réseaux surtout et un peu les infos au sujet du référendum sur l'indépendance que le pouvoir central de l'Espagne a déclaré illégal. Je n'ai pas d'opinion tranchée au sujet de l'indépendance de la Catalogne, je suis consciente de la complexité des enjeux et toujours un peu méfiante du combo (régionalismes, replis sur soi, glorification des traditions (lesquelles sont presque toujours ennemies du respect de la liberté des femmes)), méfiante également du côté oppressif des pouvoirs centraux. Il n'empêche que voir des gens pacifiques et non armés se faire tabasser par des forces dites de l'ordre qui s'efforcent de les empêcher d'aller voter est particulièrement révoltant et terrifiant. Je partage à tous points de vue Capture d’écran 2017-10-01 à 23.31.22

ce touite d'Attac France d'où l'image est tirée 

*                    *                    *

Enfin, impossible de clore ce billet sans évoquer la mémoire de Philippe Rahmy, dont l'annonce du décès survient via Le Temps, alors que m'apprêtais à éteindre l'ordi. Nous espérions l'inviter à la librairie, j'en avais parlé il y a dix jours avec l'un des ses éditeurs qui m'avait précisé qu'il faudrait que ça soit avant le 15 décembre ou après le 15 avril en raison de la résidence d'écriture prévue. Quelle tristesse.

Un bel article à son sujet dans La Tribune de Genève  

Son site, Rahmyfiction 

 Paris sans voitures paraît soudain d'une futilité méprisable. Mais sans doute que laisser le billet c'est aussi montrer à quel point l'annonce d'une mort peut être brutale, survenir alors que l'on relisait, un décès être inattendu et la peine éprouvée forte y compris pour quelqu'un qu'on avait tout au plus une et une seule fois croisé (mais son travail est inoubliable).

 

(1) Tous lieux de Paris où il n'est pas des plus agréables d'être un cycliste lors d'une quelconque journée

(2) Plus tard, j'ai appris qu'il s'était agi d'un défilé l'Oréal dans le cadre de la Fashion Week. Privatisation de l'espace public une fois de plus et de plus en plus. 

(3) Dans l'après-midi même à la gare Saint-Charles de Marseille un de ces pseudo-terroristes surtout bien cinglé tuera au couteau deux femmes qui avaient le malheur de passer par là. Désormais n'importe qui fait n'importe quoi en se croyant investi d'une mission divine de combat.

(4) Il était annoncé que la journée sans voitures c'était de 11h à 18h. J'en étais venu à me dire que puisque nous avions circulé au début de cette plage horaire, peut-être avions-nous essuyé les plâtres, le temps que les voitures soient vraiment mises à l'arrêt ou sorties.
(5) À 0'53" puis vers la fin

 


Les piafs, les pies, les papillons

 

    Noé (Cendrier) a fait suivre ce lien que j'ai trouvé passionnant et qui je le crains n'exagère en rien. Certains pesticides sont si violents qu'il ont réellement fait diminuer les populations d'insectes et la disparition de ceux-là entraîne celle des oiseaux etc. La fin de ce monde est en bonne voie.

Je crois d'autant plus aux propos tenus dans cet article que du haut de mon demi-siècle finalement passé principalement dans la même région du globe, j'ai eu le temps de voir à l'œil nu certaines évolutions.

 

Le véhicule

Effectivement, les voyages de mon enfance, que nous effectuions en voiture, étaient impressionnants pour les traces étoilées laissées sur les pare-brise par les insectes entrés en collision avec elle. À l'époque, l'essence était servie dans des stations services par des pompistes. Ceux-ci proposaient systématiquement de [nous] "faire le pare-brise" et alors qu'on économisait sur tout, ce service là mon père l'acceptait : il était tout sauf un luxe. Il fallait aussi nettoyer les phares, qui se retrouvaient constellés.

Le bruit

La campagne ou les terrains vagues de banlieue, l'été, vrombissait. Il y avait bien sûr le cri-cri des cigales ou des grillons, parfois suffisamment fort eût égard à leur nombre, pour être désagréable au lieu que charmant. Mais il y avait aussi toutes sortes de bruissement.

Le même type de campagne ou de zone libre intermédiaire est beaucoup plus silencieux maintenant.

 

Les abeilles

Elles étaient courantes. Désormais, sortis des zones proches d'apiculteurs, on n'en voit plus. Et c'est terriblement inquiétant.

 

Les frelons

Ils étaient rudement rares. J'ai dû attendre l'âge de 14 ou 15 ans pour apprendre leur existence et croiser mon premier. Désormais c'est un fléau fréquent.

Les papillons

L'été c'était un festival de couleurs et de diversité. Il m'est arrivé de beaucoup gambader en suivant un premier papillon qui en croisait d'autres, que je me mettais à suivre jusqu'au suivant puis celui d'après etc. De nos jours on est heureux d'en apercevoir un beau, c'est devenu exceptionnel ("Oh ! Un papilllon !"). C'est la diminution la plus spectaculaire. 

 

Les piafs

C'était l'oiseau de base quand j'étais gamine. Désormais on est contents d'en croiser. Ils ne sont pas rares, il ne faut pas exagérer. Mais ils ne sont plus l'espèce majoritaire.

 

Les pigeons

Ils pullulent et sont de plus en plus gros.

 

Les rats et autres mulots 

On les voyait si l'on rentrait la nuit, ils zonaient vers les poubelles. On apercevait des souris entre les rails du métro. On entrevoyait de gros rats près de la Seine la nuit, le long des quais.

Il n'est pas rare de croiser les uns et les autres en plein jour désormais. Et qui ne se cachent plus.
Un jour du printemps dernier un petit rat ou un gros mulot a attendu porte de Clichy le RER C en ma compagnie. C'était vraiment l'impression qu'il donnait, tranquille pépouze à mes côtés, attendant jusqu'à l'arrivée du RER, semblant me regarder y monter, puis partant tranquillement vers sa zone d'ombre alors que le train démarrait. Une amie m'a dit avoir dû rentrer précipitamment au beau Mac Do de Gennevilliers (celui installé sur une ancienne belle gare) : une invasion de rats arrivait par les rails. Elle me dit qu'ils étaient très impressionnants, gros.  Ce soir à Levallois, en plein milieu d'une petite rue, un petit rat que la circulation n'effrayait pas plus que ça. Dans la cour, près de la librairie, un dont j'ai eu le temps d'apercevoir la queue alors qu'il s'efforçait de disparaître par l'évacuation d'une fontaine.  


Les pies 

Rares dans mon enfance (Oh ! Une pie !), plutôt objet de contes que d'en croiser en vrai, elles sont maintenant en grande ville une des espèces les plus répandues. D'où diable vient cette évolution ?

Il est devenu exceptionnel de voir une mésange, un rouge-gorge. Or ils étaient loin d'être des oiseaux rares. 

 

Seules semblent stables les araignées. Seulement j'ignore quelle conclusion en tirer.


Où je parle d'un film que je ne verrai peut-être pas

(120 battements par minutes)

 

Que les choses soient claires : c'est essentiellement parce que j'ai trop pas le temps en cette période de rentrée d'aller au cinéma. Et aussi parce qu'il a un tel succès que j'ai l'illusion qu'il passera en salle encore longtemps (c'est comme ça qu'on rate les meilleurs films oui je sais)

Mais je trouve passionnant ce qu'en dise les ami-e-s, par exemple Matoo, Virgile ou Le Roncier

(pas le temps de glisser tous les liens, si je peux j'y reviendrai le week-end prochain)

Il se trouve que j'ai le même "background" (comment le dire en français sans perdre des morceaux du sens ?) que Virgile. Banlieue loin, milieu ouvrier ; il n'y avait pas à proprement parler d'homophobie c'était plutôt un parfait déni. Ou plus exactement, Un truc des riches qui s'emmerdaient là bas en centre ville et qui s'inventaient des complications pour avoir l'impression de vivre tellement ils avaient tout trop facile sinon. D'une certaine façon c'était un peu comme la psychanalyse : on en entendait parler au détours d'un cours au lycée (parce qu'on était des gosses de français moyens studieux et qu'en ce temps-là, l'intégration par l'école ça fonctionnait), mais c'était évident que c'était un truc de bourgeois trop religieux frustrés. 

Et soudain je me rends compte que mon prof de français du lycée, qui était remarquable (1), nous avait tranquillement dit la vérité sur Rimbaud et Verlaine, sur Gide, sur Cocteau  (mais pas Yourcenar, dont on n'imaginait pas qu'elle eût une sexualité (2)). Et il nous l'avait dit comme il convient c'est à dire sans en faire toute une histoire, il faut simplement en parler sinon on ne comprend pas bien leurs œuvres, mais leur travail ne se résume pas à ça, et sur Rimbaud et Verlaine ça compte parce qu'ils se sont réellement aimés mais la société surtout en ce temps-là n'était pas d'accord. 

Je me souviens d'avoir été un brin admirative d'un professeur qui en savait plus que le Lagarde et Michard (j'avais bêtement imaginé que leur formulation "Rimbaud et son ami Verlaine" était de l'ignorance ; je ne savais pas que c'était "mal" d'être "pédé", je pensais que ça fâchait seulement les très catho pour lesquels il ne fallait baiser que pour procréer et alors forcément deux hommes ensemble techniquement, ça pouvait pas donc pour eux ça devait être un péché, mais en même temps on est dans les années 70 et les vieux monothéismes, tout ça, c'est du passé, sauf pour les juifs qui ont tellement souffert pendant la seconde guerre mondiale qu'ils ne peuvent pas abandonner leurs croyances comme ça). En fait l'ignorance et l'air du temps qui était à briser les chaînes, de 68 il restait ça, nous rendait tolérants et progressistes assez naturellement.

Je ne me souviens pas de réactions particulières dans la classe. Mais peut-être ai-je oublié.

 

Pour les début du SIDA, on a mis, petits hétéros jeunes adultes un moment avant de se dire que ça pourrait nous arriver à nous aussi. Je me souviens des premiers articles lus en 1982 ou 1983, qui signalaient une maladie bizarre, inconnue jusqu'alors et qui attaquait les défenses immunitaires ce qui rendait les personnes atteintes malades de plein de trucs en même temps. Je crois me rappeler qu'au début on donnait un autre nom (en tout cas en France) (3) et que comme on n'avait pas le recul du temps on pensait que certains était des "porteurs sains" et que seulement un petit pourcentage déclarait la maladie. En fait c'était tout simplement que chez certains les symptômes apparaissaient nettement plus tard, et qu'au "plus tard" on n'y était pas encore.

En ce temps-là, LA drogue c'était l'héroïne (plus tard ce fut la cocaïne, plus tard encore l'ecstazy) qui avait détrônée le LSD trop gentillet. L'herbe n'était pas considérée comme une drogue, c'était juste un truc qui faisait rigoler, les effets euphorisants de l'alcool mais en fumant au lieu de boire. Du coup les jeunes hétéros ont commencé à se sentir concernés via ceux parmi eux qui étaient toxicos.
J'étais déjà la tête dans les livres, cinéphile, appréciant la musique et je me souviens de mon effarement devant l'hécatombe. C'était un peu comme en 2016 où toutes sortes de grands artistes semblaient s'être concertés pour mourir la même année, mais à la différence que pour le SIDA tous (ou presque) mourraient tout jeunes. Je me souviens d'avoir pensé Mais bon sang, à quand une maladie qui s'attaquerait exclusivement aux gros cons. 
Je me souviens qu'on se posait des questions : assez vite il était clair que ça se passait par le sexe ou le sang. Mais pourquoi diable les hétérosexuels semblaient-ils moins concernés ?

Je me souviens du film Les nuits fauves, vu sur le tard, mais saisissant. 

Je me souviens de m'être inquiétée pour mon prof d'anglais de l'ESTP. Un type avec un humour inoubliable, de fin du fin de l'understatement. Il est mort quelques années plus tard mais peut-être d'autre chose (4). J'étais allée à sa crémation. Il m'arrive encore d'aller au Père Lachaise me recueillir sur sa stèle. 

Je me souviens de n'avoir jamais été inquiétée par ce qui se racontait des contaminations possibles - dans les débuts, on a tout eu : on pouvait l'attraper chez le coiffeur ou le dentiste ou à la caisse des supermarché ou que sais-je -. Je me souviens qu'avec mon amoureux on s'était promis de prendre des précautions pour le cas où, afin de pouvoir continuer à n'en pas prendre entre nous. Le délai entre la prise de risque et d'être sûr en faisant un test qu'on n'avait pas été contaminé à un moment (1987 ou 1988) était de plusieurs mois (3 ? 6 ?). J'ai aussi le souvenir d'avoir pensé qu'Act Up ils en faisaient un peu trop, mais qu'en même temps faire qu'on en parle pour débloquer des situations, faire que des décisions soient prises pour aider les malades à obtenir des traitements, n'était pas une mauvaise solution. Et je me disais, un peu admirative, exactement comme avec les Femen aujourd'hui, Ils sont gonflés. 
Je n'avais qu'un seul ami concerné. Et peut-être pas lui directement - nous étions collègues, jamais il n'en aurait rien dit -, mais son (un de ses ?) petit frère. Qui mourut au tout début des années 90 je crois bien. Eussé-je été un homme et homosexuel, j'avais pile l'âge pour tomber concerné. Sur ce coup-là c'était une vraie chance d'être une femme et hétérote. Tout au plus ai-je regretté de n'avoir pas eu une vie sexuelle assez précoce et débridée pour pouvoir profiter pleinement de la période avant-capotes. 

Je crois bien qu'il aura fallu attendre qu'éclate l'affaire du sang contaminé pour que l'ensemble des hétéros se sente concerné.

C'était une tout autre époque mais ça semble étrange, vraiment, que ça soit à distance de cinéma, je veux dire déjà historique au point de mériter reconstitution. 

Quoiqu'il en soit, quelles que soient ses qualités et ses défauts, j'ai l'impression que ce film est en train de faire un sacré bon boulot pédagogique. 

 

(1) Il l'est toujours et sa femme aussi, mais plus comme prof ;-)
(2) Elle semblait appartenir à la catégorie "vieille dame" depuis toujours. 
(3) Je viens de retrouver, c'était L.A.V. 
(4) C'est aussi vers les années 90 que les cancers ont semblé prendre un virage épidémique. Qu'il est devenu rare de n'avoir pas au moins un membre de sa famille au sens large, ou de son cercle de fréquentation qui n'en soit atteint. Dans le même temps certains des cancers devenaient curables. Dans mes souvenirs d'enfance, cancers = maladie mortelle (je connaissais deux exceptions mais c'était justement des exceptions)


Merci au Projet Arcadie (à qui le porte)

Depuis ce printemps je suis avec attention le Projet Arcadie , voilà à présent un enregistrement video que tous les électeurs devraient avoir vus : 

  

Je fais partie d'une génération sans doute déjà trop occupée à s'en sortir au quotidien (c'était la crise, puis La Crise, puis LaKriz ...) et asséchée par la révolution manquée par les tout justes aînés, eux qui se sont empressés ensuite de renier leurs idéaux et de truster les postes clefs, qui n'est pas parvenue à résister à ce qui se tramait, la planète foutue en l'air, la démocratie termitée par l'intérieur.

Alors j'apprécie d'autant plus lorsque les jeunes entrent dans la résistance, équipés de solides ambitions, sans doute plus efficaces que nos vieux idéalismes, maîtres habiles en communication, documentation, et un chouette côté Même pas peur.

Peut-être qu'ils parviendront à sauver quelque chose, au moins ils ont le courage d'essayer.

Et par exemple, qui est particulièrement intéressant - et quel boulot ! -, merci à elle, longue vie à Projet Arcadie.


L'adresse de François Ruffin à Emmanuel Macron (et quelques autres trucs)

 

    "C’est sur cette base rikiki, sur cette légitimité fragile que vous comptez mener vos régressions à marche forcée ? Que ça passe ou ça casse ? Vous êtes haï, monsieur Macron, et je suis inquiet pour mon pays, moins pour ce dimanche soir que pour plus tard, pour dans cinq ans ou avant : que ça bascule vraiment, que la « fracture sociale » ne tourne au déchirement."

Je n'aime pas l'emploi du verbe haïr que je trouve excessif, mais je comprends ici son utilité, une réaction est souhaitée, c'est de bonne guerre d'amplifier. Pour le reste, ce qui est dit est important, fort juste, il ne faut vraiment pas s'il est effectivement élu que ce garçon fasse crari, man, les Français ont souhaité que je réforme la France, ils croient en moi et this kind of bullshit blabla. OK on va être, je l'espère, un gros méchant paquet à voter pour toi, mais ne nous fait pas ton Chirac 2002, c'est seulement parce que ton adversaire est un pur cauchemar pour le pays et pour tous ses gens (quoiqu'elle ait réussi à en persuader du contraire quelques millions et à rallier les plus immorales ambitions).

Bref, François Rufin dit tout ça mieux que moi : 

"Lettre ouverte à un futur président déjà haï

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Nouvelle cour (de récré)


    Ça fait un moment qu'avec les amis on ne se sentait plus chez nous sur Twitter qui tendait à ressembler à FB et puis la pub, non mais.  Alors bien sûr, pour peu que l'on ait un boulot qui demande quand même un tantinet de communiquer (au hasard, libraire, avec des rencontres organisées), on reste sur ces gros réseaux. Et je pense que niveau infos, Twitter restera le plus (ré)actif un moment encore, d'autant plus qu'au fil du temps j'ai les bons fils à suivre - hier encore, hélas, pour Stockholm, bien qu'étant au boulot, et pas à consulter mon téléfonino, j'ai su très vite -. 

Je suis très heureuse d'être sur Framasphere, mais ce quartier s'est révélé être davantage celui de photographes avertis - ça me va aussi -. Seulement force était de constater que la plupart des potes n'avait pas suivi.

Voilà que cette semaine, influence d'un article des Inrocks ?, ou que sais-je, mes ami-e-s des blogs se sont comme une seule femme inscrit sur Mastodon, via une instance qui m'a fait aussitôt me sentir chez moi.

La mayonnaise a pris et je pense que cette fois-ci on tient notre nouvelle cour de récré. Avant qu'elle ne soit gâchée par les réactionnaires, les publicitaires et les néo-fachos peut-être qu'on pourra s'y amuser un brin.

Grand merci à Alda 

Welcome to Mastodon

ainsi qu'à Kozlika qui m'a inscrite car mes horaires étaient peu compatibles avec les fenêtres d'inscriptions et qui comme au bon vieux temps, a écrit LE tuto pour les débutants : 

Mastodon, premiers pas

Longue vie (sans publicité) aux chouettes instances et à tous les mastonautes. 

 

PS : JK, please, attends un peu, les serveurs sont (pour l'instant) fragiles ;-)