Fierté décalée

 

    C'est très curieux mais voilà : un de mes camarades du club de triathlon, que je ne connais pas de façon intime, nous nous sommes croisés en stage et vu son niveau, et la faiblesse du mien, guère aux entraînements (nous n'étions pas dans le même lot ou sinon très vite il était très loin), participait dimanche au championnat du monde de half ironman qui avaient lieu à Nice.

Il est arrivé 17ème de sa catégorie d'âge et 111ème sur 3262 concurrents. Plus fort que certains pros alors qu'il a un boulot.

Comme pas mal d'autres camarades, j'ai suivi sa progression pas à pas via une appli dédiée au suivi de certaines courses. 

Entre le fait de se connaître et ce suivi un peu "comme si on y était", je conçois une grande joie, compréhensible, devant son exploit, et, ce qui est moins légitime, une immense fierté, un peu comme si c'était moi ou un de mes proches qui l'avait fait. Or je suis parfaitement consciente que je n'y suis pour rien. Ça n'est pas non plus une question de rapport à la célébrité, vu mon petit passé, et de beaux succès arrivés à certain·e·s de mes ami·e·s, cela fait belle lurette que je suis vaccinée. Et puis les stars du triathlon ne sont connues du grand public que lorsqu'elles furent des stars auparavant : ainsi Laurent Jalabert qui l'a emporté pour sa catégorie, ce même dimanche.

Alors voilà, je suis super fière, comme rarement de la vie, pour quelque chose auquel je n'ai pas participé, qui est arrivé à quelqu'un que je ne connais qu'un petit peu, et qui concerne un événement dont tout le monde se fout, sauf les triathlètes. 
C'est probablement sur ce dernier point que ça se joue. Malgré d'être peu douée, j'adore ce sport composé. Et j'admire infiniment celles et ceux qui savent bosser comme des fous leurs préparations et réussir le jour dit. Et ma fierté comporte probablement une grande part d'émotion, celle d'avoir vu un peu du "work in progress". 

Bravo Valentin, bravo et merci de nous avoir fait rêver (d'autres que moi l'ont dit aussi).

 


La position du cycliste

 

    Ce matin alors que je découvrais une video de plus sur les automobilistes au comportement dangereux qui en rajoutaient de façons très menaçante après que le cycliste ait signalé son mécontentement, j'ai émis les touites suivants, pas trop certaine de la pertinence de l'idée que j'en avais 

 

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J'ai alors reçu une belle réponse de la part de Colin Leroy-Mira, 

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dont voici donc le lien vers le billet de blog, qui mérite d'être lu : il dit bien mieux que moi ce dont j'avais confusément l'intuition. 

Du mauvais côté de la barrière : ma seule expérience de la minorité

Merci encore à lui.


Moi aussi (J'ai décidé de reprendre la photo)


Capture d’écran 2019-07-17 à 16.06.24   C'est un besoin qui est venu alors que j'effectuais ma recherche d'un couple (texte, photo) perdu et que je constatais la disparition entière de fotolog (1) : l'envie de me remettre au journal photo, avec le côté "une photo par jour" auquel je ne saurais dire exactement pourquoi, Instagram pour moi ne correspond pas - plus dans le phénomène de réseau, d'instantanés partagés, moins travaillé, sans tri préalable, des choses comme ça ? -. Alors j'ai réactivé mes Clandestines sardines puisque ma suite du fotolog je l'avais déjà. 

Il convient d'effectuer ce petit travail quotidien le soir tard ou tôt le lendemain, c'est peut-être la contrainte même qui me manque, un micro-barrage illusoire de plus face à la vitesse de défilement du temps. 

Voici donc pour hier : L'herbe grillée du tramway

L'amusant de l'affaire c'est que la même recherche d'un billet photographique d'il y a dix ans, m'a conduit ce matin à découvrir de François Bon avait repris le fil de son Petit Journal, que c'était tout récent et que même si ses photos, lui les travaille sans doute alors que moi très peu ou non (2), c'était dans l'air du temps de reprendre à effectuer et partager des images quotidiennes avec un bref texte associé.

J'éprouve aussi grand besoin de témoigner au jour le jour de ma ville de mon quartier en pleine mutation.

 

(1) Heureusement anticipée ; je dispose de sauvegardes, car j'avais pris soin de les doubler, voire tripler (l'ordi volé en 2017, le disque dur externe spécial photos qu'hélas j'avais dans mon sac ce jour-là, flickr). Il n'empêche qu'à un moment donné fotolog avait semblé bénéficier d'une résurrection de bonne tenue, respectueuse de nos historiques et que je suis triste qu'elle ait hélas aussi disparu.  

(2) Manque de compétences et manque de temps, je me contente parfois d'un recadrage ou d'une très légère retouche mais je ne sais (plus) rien des finesses, de l'élimination du bruit, des rééquilibrages, de l'usage des calques. En fait j'avais photoshop sur l'ordi que l'on m'a volé et je ne l'ai pas racheté / réinstallé. C'est aussi que fin 2015 j'avais failli me professionnaliser dans cette direction et qu'à cause de l'attentat au Bataclan et de ses conséquences pour la personne que j'aurais pu assister, la porte s'est refermée. En réaction, comme pour me préserver, je me suis désintéressée du domaine au complet. 
Heureusement, pas de la prise d'images, pas des instantanés. 

    


La leçon du Que je t'aime (l'une des)

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Par sérendipité du net, je suis retombée ce soir sur un enregistrement du concert de l'an 2000 de Johnny au Champs de Mars.

Je ne me souviens pas d'avoir déjà vu les images, ou alors c'était il y a si longtemps que je l'ai oublié. Ça ne m'avait pas effleuré de rechercher une video du concert, avant de tomber dessus ce soir, là, par ricochets.

J'avais oublié que la chanteuse était si jeune et les paroles de la chanson si peu adaptées à cet état de fait. Il faut dire que nous avions des notes à tenir plutôt que des mots à articuler et ne l'avions pas vue avant (1).

J'avais oublié aussi la leçon du Que je t'aime. Mélodie simple, paroles d'une subtilité contestable, avec un refrain qui consiste à répéter six fois de suite Que je t'aime, et en fait le gars, il y mettait tellement d'énergie, de métier, et les tripes, même en répètes, que non seulement ça passait mais que l'on se sentait ému·e·s. Et ça c'est quelque chose de bon à ne pas oublier dans la vie, parfois ce qui est dit compte moins que la façon de l'incarner, et par dessus tout ce qui l'emporte c'est l'énergie que l'on y met et les personnes dont on s'entoure (2).

 

(1) Entre temps elle a grandi et participé à The Voice. (merci les moteurs de recherche)
(2) En l'occurrence sur ces concerts de Johnny, les arrangements d'Yvan Cassar parvenaient à donner une classe de plus. Je me souviens du travail.

PS : Et à part ça je persiste : il n'est pas impossible que l'ampleur du mouvement des Gilets Jaunes prenne une partie de son origine dans le fait que la disparition de Johnny ait fait perdre à bien des gens qui triment dur pour peu ou galèrent à trouver du taf ou à se faire payer décemment, leur tenir bon, leur consolation. Le fait que le mouvement perdure tient lui, clairement, de l'aveuglement du pouvoir ou d'une stratégie contestable à le feindre.

 

 


Samedi non travaillé

 

    Fullsizeoutput_12f4J'ai hâte de pouvoir reprendre une librairie et donc inévitablement retravailler le samedi, il n'empêche qu'en attendant je savoure ceux pour lesquels il n'est pas prévu pour moi de remplacements. 

Ça commence le vendredi soir, pouvoir souffler, moins regarder l'heure, un peu comme le nageur en piscine atteignant le bord du bassin, l'entraînement n'est pas fini mais 20 secondes de récup' et ça fait du bien.

Puis le samedi, lorsqu'on a une pratique sportive, c'est le plaisir de pouvoir prévoir de rejoindre ses camarades d'entraînements, au lieu de l'habituel, Non, j'peux pas, j'travaille. Sachant que précisément pas mal de choses sont prévues le samedi puisque le dimanche est souvent réservé aux familles ou aux compétitions ou à quelques séances courtes. Et c'est frustrant à la longue de ne jamais en être.

C'est aussi le petit plaisir simple d'aller soi-même chercher son dossard, si justement une course est prévue le dimanche ; ce faisant pouvoir discuter un brin avec les organisateurs, souvent des bénévoles, repérer un peu le parcours, s'enquérir de points d'intendance ou d'organisation. Comme je suis quelqu'un de très lent, c'est aussi un moment où je peux croiser d'autres coureuses et coureurs ou triathlètes qu'au moment de la course je perdrai vite de vue. Le moment où je peux m'accorder l'illusion d'être comme tout le monde, dans les temps.

Et en attendant, c'est l'infini plaisir de pouvoir s'accorder le luxe de pour une fois, ne pas se presser mais faire calmement ce qui est devant être fait (et même une sieste si l'on se sent fatigué'e)

 


Quelques fatigues de la langue française


    Globalement et puisque, même à bas bruit, j'écris, je suis très heureuse et m'estime chanceuse, de disposer d'une langue maternelle formidable et nuancée. Dont on peut croire qu'elle a été faite pour ça, romancer, disserter, un bel outil de travail.

J'adore mon autre langue familiale, l'italien pour la beauté de ses sonorités et ses verbes où l'action s'avance avant ses sujets et objets - ça correspond à la façon dont mon cerveau fonctionne -.

J'apprécie infiniment l'anglais pour la création de termes qu'il facile, son humour possible - beaucoup plus qu'en français, en anglais on peut d'une formule lapidaire, condenser une situation et c'est drôle du fait même de la condensation, le côté "formule définitive" -, sa concision.

Seulement voilà, pour la subtilité notamment des sentiments, le français est un délice.

Il n'en demeure pas moins qu'il présente quelques défauts. 

Par exemple ce mot "plus" qui selon le contexte peut vouloir dire s'il n'est pas prononcé à haute voix, une chose et son exact contraire : il y en a plus (+) ou il n'y en a plus. Dans un usage ou la première partie d'une négative ("ne") tend à disparaître, l'ambiguïté est de plus en plus fréquente. 

Ou la confusion possible entre les premières personnes du présent singulier du verbe être et du verbe suivre. Comme sur les réseaux sociaux on suit d'autres comptes, l'emploi de la seconde acception est devenu plus fréquent et d'autant plus ambigu. Que signifie Je suis Charlie ? Le contexte ne suffit pas forcément. 

"Contre" est également porteur d'ambiguïtés : on peut être contre par proximité (au sens de "tout contre") mais contre par opposition. D'accord, dans le premier cas il s'agira plutôt d'une personne et dans le second d'une opinion, mais parfois dans l'emploi, ça n'est pas si simple. 

Pour être honnête il me faut reconnaître que je suis la première à jouer du double-entendre lorsque ça m'amuse. Il n'empêche que pour des moments de narration sérieux ou des discussions à caractère politique, j'aimerais moins de flou. 

On n'est pas merveilleux quant aux liens de parentés. Déjà qu'il manque un équivalent du mot siblings anglais, on a tendance à multiplier les cousinages quand d'autres termes seraient nécessaire pour préciser les degrés sans être obligés de rajouter une périphrase.

Et puis il y a les pronoms possessifs. Les "son" ou "sa" qui dans certains cas peuvent se référer à plusieurs personnes d'une phrase ou proposition qui précède, quand en anglais un "his" ou "her" permet de lever la question plus élégamment qu'en rajoutant "de cette dernière" ou "de ce dernier".

En revanche le fameux accord du participe passé avec l'auxiliaire avoir, remis en question car trop compliqué, est d'un immense secours de sens lorsqu'il est maîtrisé, on gagne un temps fou. 

Je suis curieuse de voir si un peu d'écriture inclusive parviendra à s'imposer, comme l'ont fait lorsqu'ils étaient évocateurs et harmonieux (1), certains termes inventés de toutes pièces pour contrer des termes anglais. Pour l'instant je l'utilise quand elle donne des résultats verbalisables sans heurts, et pas trop susceptibles de ralentir la lecture. Pour le point médian, je ne suis pas encore au point car il manque au clavier. Comme Kozlika l'avait un jour suggéré, j'utilise souvent l'apostrophe, même s'il s'agit d'un usage détourné. 

Si seulement j'aurais pu partir en retraite dans 5 ans, tel qu'il était prévu à l'époque où je suis entrée dans la vie active, et non pas 10 ou 12 tels qu'il le faudrait désormais, j'apprendrais un petit lot de langues étrangères que pour l'instant je ne connais pas, histoire d'élargir ma palette de mots justes. 

 

(1) Par exemple, j'aime beaucoup pourriel pour spam. Ça dit fort bien ce que ça veut dire.

 

 


Prévention et secours civique de niveau 1, formation suivie, enfin

Si vous souhaitez suivre une formation, c'est par ici, les explications.     

*                            *                            *

    Sans doute du fait d'avoir depuis son début une vie laborieuse (au sens de : consacrer à travailler, qu'il s'agisse d'études ou de jobs plus ou moins rémunérés) et d'avoir longtemps été de santé fragile, j'ai presque toujours mis longtemps à réaliser ce que j'estimais devoir faire ou tenter. Je suis aussi presque toujours parvenue à faire ce qui devait être fait, à tenter.
Seulement longtemps après.

Je voulais nager, je voulais chanter, j'ai été écartée de la natation à 10 ans par les adultes au prétexte de ma mauvaise santé, j'y suis revenue à 40, j'ai fait partie d'une chorale à 34 et jusqu'à ce que mes contraintes professionnelles m'en empêchent ; j'ai tenté et je tente encore de me dégager du temps pour l'écriture, j'y suis parvenue en 2009 / 2010 pour une micro-publication en 2012 et là je n'ai pas dit mon dernier mot ; en 2011 j'ai su qu'il faudrait que je me frotte au triathlon et suis parvenue en 2016 à m'inscrire dans un club et, là aussi m'y essayer. 

Pour ce qui est du secourisme, et d'apprendre au moins les premiers gestes à accomplir en cas de nécessité, je crois que j'ai battu mes records de longévité entre l'idée Je dois m'y mettre et sa réalisation : au moins 29 ans. 
Ça a été possible grâce à mon club de triathlon, et je suis très reconnaissante envers Cécile qui a organisé les choses et permis que nous bénéficions d'un tarif accessible.

En effet c'est là que le bâts blesse : en France et pour l'instant, si vous estimez de votre devoir de citoyen•ne que de savoir faire en cas de malaise ou d'accident les premiers gestes justes, en attendant les secours, et sauf à faire partie d'une entité (entreprise, association ...) qui l'organise, la formation qui dure une journée, sera à votre charge. Et même si les formateurs et formatrices sont bénévoles et que seul le coût réel est répercuté, il vous en coûtera, en 2019, 60 €, que je sache pas même déductibles des impôts.
C'est aussi la raison pour laquelle je ne l'avais pas faite plus tôt : chaque fois que je m'étais renseignée le prix à payer sur le budget d'une famille aux fins de mois toujours délicates m'avait fait reporter l'entreprise à des jours meilleurs.

Je crois que ma première velléité d'apprendre remonte en fait à plus de 29 ans : mon père, un homme très costaud, possédait néanmoins la caractéristique, sans doute liée à la thalassémie dont il était porteur, de s'effondrer brutalement en cas de fortes fièvres. J'avais lu ou vu quelque part ou entendu dans un cours en classe, qu'il existait des formations de secouriste et m'étais dit qu'il faudrait que j'apprenne, pour au moins savoir quoi faire, lors de ses pertes de connaissance ou sur les terrains de foot quand quelqu'un se blessait. On m'avait dit, c'est pour les adultes.
Plus tard, il y eut l'attentat de la gare de Bologne, et la jeune pré-adulte que j'étais avait re-pensé que ça serait utile vraiment de savoir faire ce qu'il faut si l'on se trouve témoin. Mais à l'époque, pas d'internet, pas facile de se renseigner lorsque l'on est dans son coin, que l'on ne peut téléphoner (c'est le fixe des parents, il faut demander la permission et parfois lorsque l'on sait que la réponse va consister en un interrogatoire dissuasif, on renonce par une sorte d'auto-censure de l'élan d'entreprendre). Et puis je supputais qu'il fallait être majeure.

Ensuite ma vie a été très chargée, il fallait s'en sortir, travailler, c'était du temps plein. Je crois me rappeler que lors d'une discussion de soirée, quelqu'un s'était montré dissuasif en arguant qu'à quoi bon puisque de toutes façons tous les hommes qui faisaient leur service militaire l'apprenaient au passage. Comme je n'étais pas sauvagement certaine d'être capable d'avoir le sang froid nécessaire en cas d'accident voire de tragédie, je m'étais faite à l'idée que effectivement beaucoup de personnes savent, on doit pouvoir appeler quelqu'un. C'est un micro-exemple comme un autre de la façon dont on formatait les jeunes filles et les femmes à ne pas avoir confiance en elles : ne vous inquiétez pas, les hommes savent bien faire ça. 

J'avais quand même conservé dans un coin de ma tête, une loupiote qui disait, n'empêche si un jour je suis quelque part, un travail, une entreprise, une ville, où l'on me dit que c'est possible d'apprendre, j'irai.

En 1990 ma fille est née. D'avoir la responsabilité entière et permanente d'un si petit être me semblait une tâche de la plus haute importance, tout ce que j'avais pu être amenée à prendre en charge en tant qu'ingénieure me semblait de la gnognotte à côté. C'est de là que vient une volonté devenue ferme : je dois apprendre. Si le bébé avale un truc il faut que je sache le lui décoincer. Savoir que faire et ne pas perdre ses moyens (1) en cas d'accidents. 
Il y avait des formations organisées par la Croix Rouge dans ma ville, mais impossible avec les horaires, ou alors il fallait faire garder la petite, ça mettait le coût de l'opération assez élevé, il y a eu la reprise du travail, période difficile, déjà des restructurations, je n'ai plus touché terre, et c'était reparti de mettre sous le boisseau tout projet personnel.

Sporadiquement je me suis à nouveau renseignée, mais ça ne collait jamais : pas à des moments où je pouvais y aller, pas à des mois où je pouvais me le payer. Personne pour me dire, Oui c'est une bonne idée. Plutôt une sorte de sourde dissuasion. 

En 2015 il y a eu les attentats à Paris, et je me suis dis que cette fois il fallait vraiment que je m'y mette. La ville de Paris a organisé des formations "Premiers gestes de secours" et par trois fois j'ai tenté de m'y inscrire. Peut-être parce que j'habitais de l'autre côté du périph je n'ai pas été admise. Ça aurait de toutes façons été compliqué, car je bossais alors le samedi et que ça avait lieu ces jours-là.

Il aura donc fallu mon club de triathlon et sa bonne organisation, pour que je puisse apprendre enfin, au prix de 5h30 de travail de libraire.
Ce fut donc à la Protection Civile, un dimanche, et effectivement très instructif, avec des cas concrets simulés, ce qui peut permettre de se mettre en condition même si l'on sait bien que ça ne saurait présager de nos réactions dans une réalité dure et soudaine.

J'ai donc appris qu'en cas de personne faisant un malaise ou blessée, en France sur la voie publique et encore aujourd'hui, le 15 est le plus efficace, mais que le 112 est valable et qu'il existe un numéro le 114 qui permet de communiquer par écrit. Nous avons appris les massages cardiaques et le bouche-à-bouche et comment nous servir des défibrillateurs ; pour ceux-ci si l'on ne sait pas, une voix une fois qu'ils sont allumés indique la marche à suivre. Nous avons appris à gérer le passant paniquant, ainsi que les précautions à prendre pour que quelqu'un envoyé prévenir le fasse effectivement (2). Nous avons bien ri (je n'ai pas pu m'empêcher de faire la clown dans le rôle du passant paniquant), admiré l'un des nôtres aussi (salut Luc, qui aurait fait un excellent médecin urgentiste s'il en avait eu l'intention, calme, sang-froid, efficacité, tutto bene).

Au passage j'ai aussi appris le dévouement de toutes et tous ces bénévoles, dont je n'imaginais pas qu'outre le fait d'un engagement gratuit, ils devaient prendre sur leurs congés les interventions en urgence et leurs propres formations. 
Quelle société mal organisée qui rémunère à prix d'or certains boulots de pure esbrouffe ou dont la seule finalité est de nous faire encore et encore sur-consommer, et pas du tout celles et ceux qui nous sauvent. La personne qui nous a formé nous a lors d'une pause expliqué qu'elle bénéficiait d'un employeur bienveillant depuis qu'il avait appris sans qu'elle y soit pour rien, son activité sociale ; seulement ce n'est même pas évident. Et comment faire alors que le travail se précarise pour pouvoir si on le souhaite se rendre utile aux autres alors qu'on peut être aussi réquisitionnés pour du boulot. Seul un travail régulier permet un tel engagement. 

En attendant, je suis sortie de cette formation munie d'une nouvelle confiance, et presque rassurée. Ayant passé un excellent dimanche, en fait, alors qu'après une semaine chargée et un travail en librairie samedi, j'étais fatiguée.

Apprenez donc les gestes de secours et de prévention, pour le moral c'est bon. 

 

(1) ou plutôt : moins risquer de les perdre en sachant au moins la théorie de ce qu'il convient de faire.
(2) C'est LE truc auquel je n'aurais jamais pensé spontanément, que la personne qui dit qu'elle va chercher des secours, par exemple si pas de téléphones disponibles, tout simplement se barre et ne le fasse pas.

 

 


La Sedan-Charleville (7 octobre 2018)

 

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Nous sommes un bon paquet à pratiquer, entre autres sports exigeants, à la fois l'écriture et la course à pied. 

C'est Thierry Beinstingel, lequel nous a précédé dans la pratique, qui nous avait poussés à nous inscrire à la Sedan-Charleville, la plus ancienne course de ville à ville en France qui fêtera l'an prochain ses cent ans. 


La date était hélas en concurrence avec le Natureman, mais mon relatif manque d'entraînement - l'année 2017/2018 n'a pas été favorable, et je n'ai vraiment repris des séances régulières qu'en septembre -, et mon manque de visibilité professionnel (et donc financier), ainsi que la motivation de Thierry ont fait la différence. Il y a qu'aussi pour courir dans la famille nous sommes deux, alors que je suis hélas la seule (pour l'instant ?) à me frotter au triathlon.

*                    *                    *

Pour commencer j'ai commis une erreur de débutante, ou peut-être de francilienne, là où les courses de type ville A vers ville B au lieu d'être en boucle, comportent toutes facilités de transports pour revenir à ville A une fois la course terminée. J'ai donc, en me posant d'autant moins la question que le site de la course spécifiait "navettes de Charleville vers Sedan", recherché un hôtel à Sedan.

Prix raisonnable, bon confort, et pas trop loin de ce qui sur une photo en rubrique "parcours" semblait être le départ, nous sommes allés au Campanile Sedan. Ce qui d'un point de vue hôtelier se révéla un excellent choix, d'autant plus que quelqu'un à l'accueil, qui peut-être pratique (ou connaît bien un pratiquant de) la course à pied, a eu la bonne idée de nous attribuer une chambre aux normes d'accessibilité : rez de chaussée, douche de plain-pied avec siège pliant, et last but not least, barre de soutien pour se relever des toilettes. Le dimanche soir en rentrant nous avons été éperdus de reconnaissance - je ne sentais plus vraiment mes jambes, la commande "lever" ne fonctionnait plus, seul "glisser un pied devant l'autre" marchait encore, façon petit robot mal huilé, si l'Homme était un peu plus vaillant, il n'a pas boudé la possibilité de douche assise afin de soulager ses jambes endolories -.

En revanche d'un strict point de vue de géolocalisation, c'était presque une bourde :

- les fameuses navettes allaient bien de Charleville à Sedan mais AVANT la course et non APRÈS. Et ce n'était à ce point pas prévu que celui de l'organisation à qui j'ai posé la question (une indication d'horaires m'avait quand même mis la puce à l'oreille) ne l'avait pas comprise et m'avait dit que Oui, oui il y avait bien des navettes. 

- comme le départ avait en fait lieu dans l'avenue de la gare, et tout au bout est de celle-ci, oui l'hôtel semblait sur le trajet, ou proche et l'était, mais le départ était quand même à deux kilomètres au moins, que nous avons parcourus en courant car une des lubies de l'Homme est de toujours partir au dernier moment et qu'un PPI (1) (merci au gars qui nous a laissé accéder aux toilettes de son établissement devant lequel nous passions) de ma part, nous avait légèrement retardés.

nb : La chambre était si parfaite pour notre usage, le Wi-Fi efficace, le tarif raisonnable, et l'accueil chaleureux, que nous souhaitons si nous revenons pour la centième, revenir dans cet établissement. À nous de mieux nous organiser pour le reste.

 

  

*                    *                    *

En revanche, il m'avait été précisé qu'il existerait un service de cars qui emporteraient nos sacs de la consigne du départ vers la consigne sous le marché couvert de la ville d'arrivée, et ce service non seulement existait, mais était fort bien organisé. Ticket sur le sac, numéro du ticket sur le dossard, peu d'attente, cars à l'heure annoncée. Tutto bene.
Pour ne rien gâter les bénévoles qui s'en chargeaient étaient vraiment dévoué•e•s : c'est par trois d'entre elles qui rentraient de Charleville vers Sedan que nous avons été après l'épreuve rappatriés, vraiment gentiment, et déposés à l'hôtel, ce qui était une attention extrêmement appréciable en ce moment précis.

Comme le retrait des dossards, que nous n'avions pu effectuer le samedi à Charleville car le trajet depuis Paris nous avait pris trop de temps, était lui aussi fort bien organisé, le matin de la course à Sedan, nous avons pu avant la course repasser à l'hôtel nous y reposer  durant environ une heure.

 

*                    *                    *                        

Il se trouve que nous étions arrivés la veille sans le rechercher particulièrement par la D764. Nous avions ainsi au passage et en toute innocence, reconnu les 13,8 premiers kilomètres du parcours. Ce fut pour moi précieux : j'ai ainsi pu me repérer dans l'effort, savoir qu'il me restait 10 km à accomplir après Flize, savoir combien les villes traversées étaient longues, avoir une idée du relief (2) : en fait rien d'insurmontable en terme de dénivelée, surtout du faux-plat et en revanche un brin de côte bien casse-pattes au kilomètre 18 et un long boulevard qui n'en finissait plus dans Charleville centre ; la place Ducale, il fallait se la mériter.

J'avais été avertie du piège du kilomètre 18 par une dame prénommée Françoise en compagnie de laquelle j'en ai parcourus quelques autres, et qui avait une motivation similaire à la mienne : aller au bout autant que possible.
Elle venait de Belgique et avait participé comme bénévole ou supportrice à diverses courses, avant de se dire - finalement en un chemin semblable au mien, merci Pablo et ton marathon de Bruxelles en 2011, et celui de Paris aussi -, Et si j'essayais, qu'est-ce que ça donnerait ?.

L'Homme de son côté avait cheminé auprès d'une femme qui disait aller lentement car elle était en décrassage d'après les 100 kilomètres de Millau, avant de trouver que son lentement pouvait aller plus vite - il n'avait pas pu ou pas voulu suivre -. Quant à Thierry il mentionne dans son compte-rendu (en date du 12/10/18) la quasi même situation, avec une personne qui courait la Sedan-Charleville en préparation au marathon de Reims. 

Vous l'aurez pigé, la Sedan-Charleville est la course la plus conviviale dont on puisse rêver. 

Peut-être pas pour les élites, les pros venus du Kenya, du Rwanda (Félicien Muhitira, premier comme l'an passé en 1h11mn48s, soit aussi vite qu'un cycliste en ville) ou de l'Ouganda, mais pour les coureurs et coureuses amateur•e•s, c'est un ravissement : ambiance exceptionnelle, chaque ville ou village traversé y va de son orchestre, les ravitos officiels ou à la bonne franquette sont fréquents (3). Encore plus miraculeux : il y a des personnes pour vous encourager même si vous êtes en toute fin de course, vous prendre en photo (je ne sais qui remercier de la ville de Villers-Semeuse mais grâce à eux j'ai un souvenir) et surtout : les voitures ne sont pas relâchées 6a00d8345227dd69e2022ad3b73692200b-320wiavant que la dernière personne participante qui n'a pas abandonnée n'ait passé la ligne d'arrivée. Pour qui est habituée aux dernières places en région parisienne, où le gruppetto finit sur les trottoirs ou à devoir attendre aux feux, c'est un confort très appréciable.

Je me suis efforcée de répondre aux highfive des enfants et remercier pour les nombreux encouragements, n'y suis sans doute pas bien parvenue vers la fin.

Tout a été pour moi facile jusqu'à la sortie de Flize, d'autant plus qu'il ne faisait pas si frais finalement une fois le départ donné, et qu'ensuite nous avons eu droit à un grand soleil délicieusement chaud, le moment où j'ai le mieux couru.
Je portais, sous le tee-shirt de la course, mon tee-shirt technique 2XU qui est optimal d'un point de vue thermique et de soutien. C'était parfait pour le temps qu'il a fait, variations incluses.


Il n'en demeure pas moins qu'au sortir de Flize sur une portion bordée d'arbres entre deux villes, les nuages ont repris possession du ciel avec un frais vent de face et alors tous ceux que j'avais dépassés au moment chaud me sont repassés devant. Je n'étais pas en difficulté, mais sans chaleur offerte, j'avais moins de carburant interne pour avancer.

J'ai continué à m'efforcer de ne marcher qu'aux ravitaillements - l'eau fournie en petites bouteilles, difficile de boire en courant (4) -, ainsi qu'à l'entrée de Charleville pour une pause photo et publication en temps réel (l'idée était que mes camarades probablement déjà arrivés depuis un bon moment puissent (sa)voir où j'en étais), et reçu des encouragements pour ça. Trois personnes au moins m'ont félicitée pour ma foulée, sans doute inhabituelle chez des derniers : je suis simplement lente, très, mais pas spécialement en peine.

Les deux à trois derniers kilomètres ont toutefois été franchis dans le dur. Comme l'indique Thierry, ça montait sur la fin, longs longs longs faux-plats avant les dernières petites rues dont l'une soudain, à l'instant où l'on commence à n'y plus croire, débouche sur LA Place Ducale. C'est un éblouissement, en plus que tout le monde est encore là, et le speaker aussi, comme si l'on était dans le ventre peuplé de la course et non en fin de paquets de bout d'ultimes participants.
Françoise et un monsieur vêtu de blanc que j'avais doublés et qui m'avaient redoublée à plusieurs reprises m'avaient ouvert la voie dans Charleville, sans que je ne sache faire l'effort de les rejoindre à nouveau : je ne sentais plus mes jambes, et un pressentiment de début d'une crampe m'a fait renoncer à toute tentative d'accélération. Je me suis contentée sur la fin d'un trottinement relâché. 

Avec les deux kilomètres parcourus pour ne pas manquer le départ, j'en avais in fine parcouru plus de 25 et je n'aurais guère pu continuer bien avant. 
Par chance, JF arrivé en 2h39 (2838 ème) revenait de s'être fait masser par les kinés, et est revenu vers la ligne d'arrivée en me cherchant, pile quand je venais de la passer ; sa présence m'a ôté tout risque de malaise, du simple fait de n'être pas seule à devoir accomplir la suite : récupérer vite le sac avec les vêtements de rechange et une veste chaude, avant que d'attraper froid (il devait faire 13 ou 14°c ce qui n'était pas si redoutable mais bien loin des 25°c d'un moment donné et les organismes étaient fatigués) puis accéder à un ravitaillement conséquent.

J'ai décliné la bière offerte, signe que j'étais quand même un brin dans le dur, une fois mon devoir accompli.

*                    *                    *                        


J'étais 2986 ème sur 2990 arrivés (pour 3187 inscrits : je crois qu'il y a eu un nombre certain d'abandons, je croisais l'ambulance qui remontait vers l'avant, repartait vite puis revenait se placer ; j'avais vu une jeune femme recevoir des soins à terre / la voiture balais) et suis probablement la dernière de ceux qui ont couru tout du long. Un pur marcheur à grandes jambes (5) m'avait dépassée depuis longtemps et était arrivé bien avant moi.

Mon seul regret : que nous ayons manqué Thierry, mais nous étions si nombreux au départ et aucun de nous très grand, ç'eût été un immense coup de chance que de nous retrouver. Avoir enfilé les tee-shirts de la course, allègrement portés par la moitié au moins des concurrents, n'aidait pas sauvagement. Comme c'était mon premier "plus que semi" sur route, et que je n'étais pas certaine d'arriver tout au bout en courant, je n'avais pas osé risquer de ne pas faire honneur à une tenue Levallois Triathlon. 

Je note, pour avoir ainsi un premier temps personnel de référence, que j'ai mis officiellement 02:49:54 au semi lequel était homologué. J'espère faire mieux le dimanche 21 octobre à Saint-Denis.

*                    *                    *

À la suite de cet effort j'ai dû me doucher dès en rentrant puis dormir comme une enclume quand le forgeron est absent ; l'Homme ayant de meilleures jambes a su conduire de l'hôtel jusqu'à une petite pizzeria sympathique repérée la veille au soir comme ouverte aussi le dimanche. Ensuite la soirée s'est passée étendus devant un documentaire d'histoire régionale sur la première guerre mondiale sur RMC découverte. Il était tombé dessus par hasard et malgré les trop nombreuses coupures pub (de voitures essentiellement, c'était étrange à un tel point) nous sommes restés scotchés. Ce qui permettait d'oublier la douleur et pour moi la fièvre (6). Quelques doliprane 500 plus tard (un tous les 4 heures, avec prudence), j'ai commencé à regagner le normal de moi. 

Ensuite j'ai marché pendant 24 heures comme un cow-boy las, en plus que d'être longuement assise en voiture pour le retour n'avait rien arrangé. Je n'ai pas pu aller nager le mardi matin, mais après l'intervention de mon kiné et du sommeil le mardi après-midi j'ai pu faire une séance de CAP en mode petit décrassage le mardi soir, puis reprendre ensuite mes entraînements, en veillant à ne pas forcer.

*                    *                    *

Expérience très positive et heureuse, donc, et une belle envie de revenir pour la 100 ème. Merci à Thierry, vraiment.

 

 

 

(1) Pipi Pressant Intempestif : fréquent chez moi malgré toutes précautions préalables, dès lors qu'il fait frisquet.
(2) Globalement pas trop méchant.
(3) Je n'en ai pas eu besoin mais je crois bien que c'est une course où l'on peut faire une pause-pipi chez l'habitant
(4) Sinon je n'ai mangé qu'une part de pain d'épice (des carrés de sucre ou de chocolat étaient également proposés, mais je ne pensais pas que ça m'aiderait) et bu deux fois un verre de boisson énergétique une bleue, puis une rose vers la fin. Je n'aurais pas dédaigné quelques quartiers d'orange mais globalement c'était parfait.
(5) concept beaucoup plus utilitaire que les Jambes Interminables
(6) J'ai presque systématiquement un épisode fiévreux après les gros efforts. Depuis le temps je ne m'en inquiète guère et m'y attends. Est-ce lié à la thalassémie ?

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Vélotafer (des joies et des dangers)

 

    Curieux d'écrire ce billet alors qu'en ce moment je ne vélotafe pas : et pour cause, je n'ai plus de boulot. Et ces deux ou trois dernières semaines je fais moins de vélo que jamais : fini Mobike (1), pas encore repris les vélibs (2), différents vélos à tour de rôle en réparations, donc juste quelques balades du dimanche, quand l'un d'eux revient, avant de repartir pour des réglages plus fins. 

Je considère avec optimisme que cette situation ne saurait durer, et qu'au moins je vais (re)prendre des entraînements de triathlon avec mon vélo sérieux fait pour ça - mais pour l'instant il est chez Victor à se refaire une santé -. 

Alors j'ai décidé de me joindre à Sacrip'Anne pour écrire à mon tour sur mon expérience de cycliste citadine et si possible donner envie de rejoindre la belle galaxie de celles et ceux qui circulent à vélo sans faire de bruits de moteur ni polluer, tout en se faisant du bien à la santé. Et en transformant les trajets quotidiens en un moment intéressant plutôt que subi.

F1000006Pour moi reprendre le vélo quand ce fut possible, en 2007, grâce aux vélibs première version, fut assez naturel : toute mon enfance et mon adolescence s'était passée en circulant à vélo, c'était le moyen de locomotion quotidien et la voiture seulement quand ça pouvait (adulte disponible pour escorter, les jours de gros rhumes ou de féroces intempéries). Pour les entraînements de football alors que j'étais en 3ème et plus tard pour des cours de piano je parcourais 6 à 7 km puis autant au retour sans considérer que c'était un problème. Je craignais juste vaguement une éventuelle crevaison. En ces temps-là ça allait de soi.
Vers 16 ans et jusqu'au bac j'ai pratiqué le cyclotourisme avec bonheur dans le Vexin : mon amie Geneviève faisait partie d'un club et comme elle souhaitait progresser sans doute afin d'être à niveau avec les autres du groupe qui étaient adultes, elle fut heureuse de trouver en moi une sparring partner. Je crois que ses parents avaient mis comme condition pour qu'elle puisse sortir de ne pas le faire seule. À l'époque je les trouvais bien tracassés. Rétrospectivement, sachant que c'était 20 ans avant l'usage courant des téléphones portables et avant vu passer la déferlante #MeToo et découvert que le monde était beaucoup plus dangereux aux jeunes filles et femmes que je ne l'avais cru, je comprends que leur précaution était sage. 
Et de toutes façons j'en étais ravie : ç'avait été pour moi l'occasion de pratiquer une nouvelle activité sportive qui me plaisait. Je me rends compte que j'ai énormément appris et enrichis ma vie en pas mal d'occasion du simple fait d'être celle qui disait, Écoute, si ça t'arrange (ou si tu hésites, ou si tu ne veux pas y aller seule mais que tu en as envie), je viens avec toi. Et que bien souvent je m'y tenais quand la personne à l'origine de l'essai au bout d'un temps prenait un autre chemin. Donc nous faisions en roulant prudemment de belles virées de 60 à 80 km dans le Parc national du Vexin. 
À l'époque j'étais, quoique sportive, de santé fragile, j'en revenais lessivée. Mais si heureuse. Et fière d'avoir tenu.

Ensuite je suis partie vivre, étudier puis travailler à Paris et le vélo a vivoté dans le garage de la maison de mes parents. Je faisais de petits tours occasionnels.

C'est vingt ans plus tard que ma grande amie d'alors, parisienne depuis un paquet d'années et pionnière en plein d'usage, m'a redonné envie d'y revenir. Jusqu'à ce que je la vois, en un temps où Paris ne possédait pas ou peu de pistes cyclables, faire ses trajets à vélo, venir me chercher à l'"Usine" avec son biclou, je considérai Paris comme une ville réservée aux voitures. Qu'y circuler à vélo était trop dangereux. Et puis je n'en avais pas, mon vélo de longues courses, ses fins boyaux, et ses cale-pieds me semblait totalement inadapté au moindre essai "en ville" et je n'avais pas d'argent pour en acheter un autre.

Elle disait : Oui c'est dangereux mais il faut être très attentive et apprendre à s'imposer.
Et puis elle me disait ce qu'on dit toutes et tous à ceux qu'on aime et qu'on aimerait convaincre, si moi j'y arrive, tu peux y arriver. 

Puis elle a disparu (3).

Entre temps j'avais commencé à reprendre les rennes de mon existence et sortir de l'ornière d'une vie faite à 100 % de devoirs accomplis (pour l'employeur (à cause des fins de mois) pour la petite famille (l'époux, les enfants) pour la maison (parce que si on ne le fait pas personne d'autre ne le fera). À l'instar de bien des femmes j'ai vécu pendant des années en n'ayant que très peu de temps personnels, de détentes (autres que par épuisement) et de choix. Entre autre je me suis enfin accordée d'aller au festival de cinéma de La Rochelle. Et à l'intérieur même du festival, parce que je pouvais supposer que je n'aurais plus les moyens d'y aller, de filer une journée sur l'Île de Ré. On m'avait vanté les pistes cyclables. C'était une époque où je commençais avec la reprise de la natation à regagner un peu de condition physique, les locations n'étaient pas chères, je m'étais dit, Hop, vélo. Et j'avais fait une grande boucle et j'étais rentrée aux anges.

Dès lors la décision de circuler à vélo dans ma vie quotidienne dès que ça serait matériellement possible était prise.  

La vie n'étant pas un long fleuve tranquille, ni les finances familiales confortables, je ne suis parvenue à mettre ma décision en pratique qu'à partir de l'été 2007 et l'arrivée des vélibs. Non sans quelques difficultés, mais trop heureuse d'échapper à la Ligne 13, à l'époque pire bondée qu'aujourd'hui (anciens wagons), je me suis mise à vélotafer. J'avais 8 à 10 kilomètres à parcourir. À l'époque, les automobilistes n'étaient pas du tout habitués aux vélos dans Paris et c'était plus dangereux encore, ça parait difficile à croire tant on se fait traiter mal, mais c'était pire encore. Des progrès ont été accomplis pour les dépassements, on se fait un peu moins raboter les cuisses. Les pistes cyclables étaient moins nombreuses. C'était amusant de découvrir le relief de Paris, plus varié et vif qu'on ne le soupçonnait. Très vite j'avais pris l'habitude d'un itinéraire de retour plus long mais moins dangereux. 

Je crois que c'est un bon conseil à qui pratique le #vélotaf : quand on le peut privilégier à la rapidité d'un trajet et à la distance la plus courte, cet autre chemin plus sûr, mieux adapté. 

Gauchère, je me suis mise à élaborer de subtils brefs détours permettant d'éviter les Tourne à gauche si dangereux pour moi qui peine à tenir le guidon du bras droit pour indiquer avec le gauche que je m'apprête à tourner.

Ça fait donc désormais 11 ans que je circule le plus souvent dans Paris à bicyclette. 

J'ai failli deux fois avoir des accidents graves par des automobilistes à l'attitude imprévisible et dangereuse, connu mon lot de petites peurs (ah les portières) mais globalement pas tant plus de dangers que cela. Je respecte les feux rouges sauf les "faux feux" (ceux qui protègent un passage et non un carrefour et lorsqu'il n'y a aucun véhicule ni personne) et certains "tourne à droite", devenus autorisés entre temps. Autant que possible je porte un casque ou au moins un bonnet ou une casquette, des gants. Un gilet fluo est presque toujours dans mon sac pour quand la nuit est tombée.

En 2016/2017 j'ai travaillé en banlieue et comme entre temps j'avais restauré mon bon vélo des longues distances (4), je me suis fait grand grand plaisir à circuler avec lui en passant par de très beaux endroits.  Capture d’écran 2018-09-19 à 19.20.40

Désormais il faudrait que je n'ai plus de vélos ou plus la bonne santé pour cesser. 

Comme Sacrip'Anne le dit en fin de billet, circuler à vélo, je pense qu'on n'a que du bon à en retirer. Pour s'y mettre pas besoin d'une condition physique de sportives ou sportif, le tout est d'y aller progressivement (et bien sûr de n'avoir pas de problème qui empêche le vélo à la base). La forme s'améliorera d'elle même à l'usage. C'est d'ailleurs très amusant de constater qu'assez vite telle montée qui nous semblait un exploit pré-olympique et nous laissait tout essoufflé-e, devient un point du trajet que l'on franchit sans y penser.
Jusqu'à une douzaine de kilomètres, ça se fait très bien. Je pense que la distance peut faire hésiter à partir de 20. Parce qu'il convient d'intégrer le temps que l'on met et qui peut être alors supérieur à celui d'autres modes de transports.

Le froid n'est pas un problème, il suffit de bien s'équiper. La pluie peut rendre les chaussées glissantes, il convient de faire attention. Mais une petite pluie ou de la pluie sur le chemin du retour n'est généralement pas bien grave. L'usage du vélo nous permet d'apprendre que nous sommes bien plus résistant-e-s qu'on ne le croit. 



Le plus gros danger est d'y prendre tellement goût, qu'on finit comme ça : 

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(1) Arrivait le moment de mon réabonnement : désolée que je ne vais pas me réabonner à un service qui a décrété à un moment donné que la ville de mon domicile était hors-zone et qu'il m'en coûtera désormais 50 € si j'ai l'idée folle de rentrer avec un de leurs vélos jusqu'à chez moi. Je n'ai eu aucune compensation ni temporelle ni financière au fait qu'un moins et demi après que j'eusse pris mon abonnement à la fin de l'hiver, ma ville avait été déclarée interdite au dépôt de vélo, me privant de facto des 2/3 de son intérêt : ne me sont plus restés que des trajets intra-muros et la corvée de devoir laisser le vélo que j'utilisais à 800 m de chez moi au plus près. Et encore quand la géolocalisation via l'appli restait juste. 

(2) Tracas de renouvellement d'abonnement. J'étais prête à essayer au moment où des stations ont commencé à se repeupler mais voilà avec mon pass navigo ça a fonctionné deux fois et depuis quand je retente ma chance j'ai un symbole "cadenas". Il faut que je prenne le temps de les appeler. Le hic c'est qu'en général quand j'ai besoin d'un vélo je n'ai pas 30 minutes à perdre en "tapez 1 ... tapez dièse ... composer votre numéro ... veuillez patienter ... et qu'aussi j'ai cette crainte que le service de dépannage par téléphone soit aussi dysfonctionnel que l'ensemble de leurs prestations. 

(3) De mon existence, pas de l'univers. 

(4) Pour cause de triathlon mais c'est encore une autre histoire. Que le fait d'avoir repris depuis plusieurs années la circulation à vélo a clairement encouragée. 


Vie de château grâce à Hélène Bessette

 

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Elle en aurait été la première surprise. 

Et que les conversations et lectures autour de son travail partagent des lieux prestigieux - mais néanmoins fort accueillants - avec celles concernant celui de Goethe.

Et que nous soyons si nombreux et joyeux 

 

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Je n'aurais ni beaucoup de temps ni beaucoup d'internet pour venir ici souvent. Mais j'espère prendre des notes et chroniquer un peu, au moins après.