Moi aussi (J'ai décidé de reprendre la photo)


Capture d’écran 2019-07-17 à 16.06.24   C'est un besoin qui est venu alors que j'effectuais ma recherche d'un couple (texte, photo) perdu et que je constatais la disparition entière de fotolog (1) : l'envie de me remettre au journal photo, avec le côté "une photo par jour" auquel je ne saurais dire exactement pourquoi, Instagram pour moi ne correspond pas - plus dans le phénomène de réseau, d'instantanés partagés, moins travaillé, sans tri préalable, des choses comme ça ? -. Alors j'ai réactivé mes Clandestines sardines puisque ma suite du fotolog je l'avais déjà. 

Il convient d'effectuer ce petit travail quotidien le soir tard ou tôt le lendemain, c'est peut-être la contrainte même qui me manque, un micro-barrage illusoire de plus face à la vitesse de défilement du temps. 

Voici donc pour hier : L'herbe grillée du tramway

L'amusant de l'affaire c'est que la même recherche d'un billet photographique d'il y a dix ans, m'a conduit ce matin à découvrir de François Bon avait repris le fil de son Petit Journal, que c'était tout récent et que même si ses photos, lui les travaille sans doute alors que moi très peu ou non (2), c'était dans l'air du temps de reprendre à effectuer et partager des images quotidiennes avec un bref texte associé.

J'éprouve aussi grand besoin de témoigner au jour le jour de ma ville de mon quartier en pleine mutation.

 

(1) Heureusement anticipée ; je dispose de sauvegardes, car j'avais pris soin de les doubler, voire tripler (l'ordi volé en 2017, le disque dur externe spécial photos qu'hélas j'avais dans mon sac ce jour-là, flickr). Il n'empêche qu'à un moment donné fotolog avait semblé bénéficier d'une résurrection de bonne tenue, respectueuse de nos historiques et que je suis triste qu'elle ait hélas aussi disparu.  

(2) Manque de compétences et manque de temps, je me contente parfois d'un recadrage ou d'une très légère retouche mais je ne sais (plus) rien des finesses, de l'élimination du bruit, des rééquilibrages, de l'usage des calques. En fait j'avais photoshop sur l'ordi que l'on m'a volé et je ne l'ai pas racheté / réinstallé. C'est aussi que fin 2015 j'avais failli me professionnaliser dans cette direction et qu'à cause de l'attentat au Bataclan et de ses conséquences pour la personne que j'aurais pu assister, la porte s'est refermée. En réaction, comme pour me préserver, je me suis désintéressée du domaine au complet. 
Heureusement, pas de la prise d'images, pas des instantanés. 

    


La leçon du Que je t'aime (l'une des)

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Par sérendipité du net, je suis retombée ce soir sur un enregistrement du concert de l'an 2000 de Johnny au Champs de Mars.

Je ne me souviens pas d'avoir déjà vu les images, ou alors c'était il y a si longtemps que je l'ai oublié. Ça ne m'avait pas effleuré de rechercher une video du concert, avant de tomber dessus ce soir, là, par ricochets.

J'avais oublié que la chanteuse était si jeune et les paroles de la chanson si peu adaptées à cet état de fait. Il faut dire que nous avions des notes à tenir plutôt que des mots à articuler et ne l'avions pas vue avant (1).

J'avais oublié aussi la leçon du Que je t'aime. Mélodie simple, paroles d'une subtilité contestable, avec un refrain qui consiste à répéter six fois de suite Que je t'aime, et en fait le gars, il y mettait tellement d'énergie, de métier, et les tripes, même en répètes, que non seulement ça passait mais que l'on se sentait ému·e·s. Et ça c'est quelque chose de bon à ne pas oublier dans la vie, parfois ce qui est dit compte moins que la façon de l'incarner, et par dessus tout ce qui l'emporte c'est l'énergie que l'on y met et les personnes dont on s'entoure (2).

 

(1) Entre temps elle a grandi et participé à The Voice. (merci les moteurs de recherche)
(2) En l'occurrence sur ces concerts de Johnny, les arrangements d'Yvan Cassar parvenaient à donner une classe de plus. Je me souviens du travail.

PS : Et à part ça je persiste : il n'est pas impossible que l'ampleur du mouvement des Gilets Jaunes prenne une partie de son origine dans le fait que la disparition de Johnny ait fait perdre à bien des gens qui triment dur pour peu ou galèrent à trouver du taf ou à se faire payer décemment, leur tenir bon, leur consolation. Le fait que le mouvement perdure tient lui, clairement, de l'aveuglement du pouvoir ou d'une stratégie contestable à le feindre.

 

 


Samedi non travaillé

 

    Fullsizeoutput_12f4J'ai hâte de pouvoir reprendre une librairie et donc inévitablement retravailler le samedi, il n'empêche qu'en attendant je savoure ceux pour lesquels il n'est pas prévu pour moi de remplacements. 

Ça commence le vendredi soir, pouvoir souffler, moins regarder l'heure, un peu comme le nageur en piscine atteignant le bord du bassin, l'entraînement n'est pas fini mais 20 secondes de récup' et ça fait du bien.

Puis le samedi, lorsqu'on a une pratique sportive, c'est le plaisir de pouvoir prévoir de rejoindre ses camarades d'entraînements, au lieu de l'habituel, Non, j'peux pas, j'travaille. Sachant que précisément pas mal de choses sont prévues le samedi puisque le dimanche est souvent réservé aux familles ou aux compétitions ou à quelques séances courtes. Et c'est frustrant à la longue de ne jamais en être.

C'est aussi le petit plaisir simple d'aller soi-même chercher son dossard, si justement une course est prévue le dimanche ; ce faisant pouvoir discuter un brin avec les organisateurs, souvent des bénévoles, repérer un peu le parcours, s'enquérir de points d'intendance ou d'organisation. Comme je suis quelqu'un de très lent, c'est aussi un moment où je peux croiser d'autres coureuses et coureurs ou triathlètes qu'au moment de la course je perdrai vite de vue. Le moment où je peux m'accorder l'illusion d'être comme tout le monde, dans les temps.

Et en attendant, c'est l'infini plaisir de pouvoir s'accorder le luxe de pour une fois, ne pas se presser mais faire calmement ce qui est devant être fait (et même une sieste si l'on se sent fatigué'e)

 


Quelques fatigues de la langue française


    Globalement et puisque, même à bas bruit, j'écris, je suis très heureuse et m'estime chanceuse, de disposer d'une langue maternelle formidable et nuancée. Dont on peut croire qu'elle a été faite pour ça, romancer, disserter, un bel outil de travail.

J'adore mon autre langue familiale, l'italien pour la beauté de ses sonorités et ses verbes où l'action s'avance avant ses sujets et objets - ça correspond à la façon dont mon cerveau fonctionne -.

J'apprécie infiniment l'anglais pour la création de termes qu'il facile, son humour possible - beaucoup plus qu'en français, en anglais on peut d'une formule lapidaire, condenser une situation et c'est drôle du fait même de la condensation, le côté "formule définitive" -, sa concision.

Seulement voilà, pour la subtilité notamment des sentiments, le français est un délice.

Il n'en demeure pas moins qu'il présente quelques défauts. 

Par exemple ce mot "plus" qui selon le contexte peut vouloir dire s'il n'est pas prononcé à haute voix, une chose et son exact contraire : il y en a plus (+) ou il n'y en a plus. Dans un usage ou la première partie d'une négative ("ne") tend à disparaître, l'ambiguïté est de plus en plus fréquente. 

Ou la confusion possible entre les premières personnes du présent singulier du verbe être et du verbe suivre. Comme sur les réseaux sociaux on suit d'autres comptes, l'emploi de la seconde acception est devenu plus fréquent et d'autant plus ambigu. Que signifie Je suis Charlie ? Le contexte ne suffit pas forcément. 

"Contre" est également porteur d'ambiguïtés : on peut être contre par proximité (au sens de "tout contre") mais contre par opposition. D'accord, dans le premier cas il s'agira plutôt d'une personne et dans le second d'une opinion, mais parfois dans l'emploi, ça n'est pas si simple. 

Pour être honnête il me faut reconnaître que je suis la première à jouer du double-entendre lorsque ça m'amuse. Il n'empêche que pour des moments de narration sérieux ou des discussions à caractère politique, j'aimerais moins de flou. 

On n'est pas merveilleux quant aux liens de parentés. Déjà qu'il manque un équivalent du mot siblings anglais, on a tendance à multiplier les cousinages quand d'autres termes seraient nécessaire pour préciser les degrés sans être obligés de rajouter une périphrase.

Et puis il y a les pronoms possessifs. Les "son" ou "sa" qui dans certains cas peuvent se référer à plusieurs personnes d'une phrase ou proposition qui précède, quand en anglais un "his" ou "her" permet de lever la question plus élégamment qu'en rajoutant "de cette dernière" ou "de ce dernier".

En revanche le fameux accord du participe passé avec l'auxiliaire avoir, remis en question car trop compliqué, est d'un immense secours de sens lorsqu'il est maîtrisé, on gagne un temps fou. 

Je suis curieuse de voir si un peu d'écriture inclusive parviendra à s'imposer, comme l'ont fait lorsqu'ils étaient évocateurs et harmonieux (1), certains termes inventés de toutes pièces pour contrer des termes anglais. Pour l'instant je l'utilise quand elle donne des résultats verbalisables sans heurts, et pas trop susceptibles de ralentir la lecture. Pour le point médian, je ne suis pas encore au point car il manque au clavier. Comme Kozlika l'avait un jour suggéré, j'utilise souvent l'apostrophe, même s'il s'agit d'un usage détourné. 

Si seulement j'aurais pu partir en retraite dans 5 ans, tel qu'il était prévu à l'époque où je suis entrée dans la vie active, et non pas 10 ou 12 tels qu'il le faudrait désormais, j'apprendrais un petit lot de langues étrangères que pour l'instant je ne connais pas, histoire d'élargir ma palette de mots justes. 

 

(1) Par exemple, j'aime beaucoup pourriel pour spam. Ça dit fort bien ce que ça veut dire.

 

 


Prévention et secours civique de niveau 1, formation suivie, enfin

Si vous souhaitez suivre une formation, c'est par ici, les explications.     

*                            *                            *

    Sans doute du fait d'avoir depuis son début une vie laborieuse (au sens de : consacrer à travailler, qu'il s'agisse d'études ou de jobs plus ou moins rémunérés) et d'avoir longtemps été de santé fragile, j'ai presque toujours mis longtemps à réaliser ce que j'estimais devoir faire ou tenter. Je suis aussi presque toujours parvenue à faire ce qui devait être fait, à tenter.
Seulement longtemps après.

Je voulais nager, je voulais chanter, j'ai été écartée de la natation à 10 ans par les adultes au prétexte de ma mauvaise santé, j'y suis revenue à 40, j'ai fait partie d'une chorale à 34 et jusqu'à ce que mes contraintes professionnelles m'en empêchent ; j'ai tenté et je tente encore de me dégager du temps pour l'écriture, j'y suis parvenue en 2009 / 2010 pour une micro-publication en 2012 et là je n'ai pas dit mon dernier mot ; en 2011 j'ai su qu'il faudrait que je me frotte au triathlon et suis parvenue en 2016 à m'inscrire dans un club et, là aussi m'y essayer. 

Pour ce qui est du secourisme, et d'apprendre au moins les premiers gestes à accomplir en cas de nécessité, je crois que j'ai battu mes records de longévité entre l'idée Je dois m'y mettre et sa réalisation : au moins 29 ans. 
Ça a été possible grâce à mon club de triathlon, et je suis très reconnaissante envers Cécile qui a organisé les choses et permis que nous bénéficions d'un tarif accessible.

En effet c'est là que le bâts blesse : en France et pour l'instant, si vous estimez de votre devoir de citoyen•ne que de savoir faire en cas de malaise ou d'accident les premiers gestes justes, en attendant les secours, et sauf à faire partie d'une entité (entreprise, association ...) qui l'organise, la formation qui dure une journée, sera à votre charge. Et même si les formateurs et formatrices sont bénévoles et que seul le coût réel est répercuté, il vous en coûtera, en 2019, 60 €, que je sache pas même déductibles des impôts.
C'est aussi la raison pour laquelle je ne l'avais pas faite plus tôt : chaque fois que je m'étais renseignée le prix à payer sur le budget d'une famille aux fins de mois toujours délicates m'avait fait reporter l'entreprise à des jours meilleurs.

Je crois que ma première velléité d'apprendre remonte en fait à plus de 29 ans : mon père, un homme très costaud, possédait néanmoins la caractéristique, sans doute liée à la thalassémie dont il était porteur, de s'effondrer brutalement en cas de fortes fièvres. J'avais lu ou vu quelque part ou entendu dans un cours en classe, qu'il existait des formations de secouriste et m'étais dit qu'il faudrait que j'apprenne, pour au moins savoir quoi faire, lors de ses pertes de connaissance ou sur les terrains de foot quand quelqu'un se blessait. On m'avait dit, c'est pour les adultes.
Plus tard, il y eut l'attentat de la gare de Bologne, et la jeune pré-adulte que j'étais avait re-pensé que ça serait utile vraiment de savoir faire ce qu'il faut si l'on se trouve témoin. Mais à l'époque, pas d'internet, pas facile de se renseigner lorsque l'on est dans son coin, que l'on ne peut téléphoner (c'est le fixe des parents, il faut demander la permission et parfois lorsque l'on sait que la réponse va consister en un interrogatoire dissuasif, on renonce par une sorte d'auto-censure de l'élan d'entreprendre). Et puis je supputais qu'il fallait être majeure.

Ensuite ma vie a été très chargée, il fallait s'en sortir, travailler, c'était du temps plein. Je crois me rappeler que lors d'une discussion de soirée, quelqu'un s'était montré dissuasif en arguant qu'à quoi bon puisque de toutes façons tous les hommes qui faisaient leur service militaire l'apprenaient au passage. Comme je n'étais pas sauvagement certaine d'être capable d'avoir le sang froid nécessaire en cas d'accident voire de tragédie, je m'étais faite à l'idée que effectivement beaucoup de personnes savent, on doit pouvoir appeler quelqu'un. C'est un micro-exemple comme un autre de la façon dont on formatait les jeunes filles et les femmes à ne pas avoir confiance en elles : ne vous inquiétez pas, les hommes savent bien faire ça. 

J'avais quand même conservé dans un coin de ma tête, une loupiote qui disait, n'empêche si un jour je suis quelque part, un travail, une entreprise, une ville, où l'on me dit que c'est possible d'apprendre, j'irai.

En 1990 ma fille est née. D'avoir la responsabilité entière et permanente d'un si petit être me semblait une tâche de la plus haute importance, tout ce que j'avais pu être amenée à prendre en charge en tant qu'ingénieure me semblait de la gnognotte à côté. C'est de là que vient une volonté devenue ferme : je dois apprendre. Si le bébé avale un truc il faut que je sache le lui décoincer. Savoir que faire et ne pas perdre ses moyens (1) en cas d'accidents. 
Il y avait des formations organisées par la Croix Rouge dans ma ville, mais impossible avec les horaires, ou alors il fallait faire garder la petite, ça mettait le coût de l'opération assez élevé, il y a eu la reprise du travail, période difficile, déjà des restructurations, je n'ai plus touché terre, et c'était reparti de mettre sous le boisseau tout projet personnel.

Sporadiquement je me suis à nouveau renseignée, mais ça ne collait jamais : pas à des moments où je pouvais y aller, pas à des mois où je pouvais me le payer. Personne pour me dire, Oui c'est une bonne idée. Plutôt une sorte de sourde dissuasion. 

En 2015 il y a eu les attentats à Paris, et je me suis dis que cette fois il fallait vraiment que je m'y mette. La ville de Paris a organisé des formations "Premiers gestes de secours" et par trois fois j'ai tenté de m'y inscrire. Peut-être parce que j'habitais de l'autre côté du périph je n'ai pas été admise. Ça aurait de toutes façons été compliqué, car je bossais alors le samedi et que ça avait lieu ces jours-là.

Il aura donc fallu mon club de triathlon et sa bonne organisation, pour que je puisse apprendre enfin, au prix de 5h30 de travail de libraire.
Ce fut donc à la Protection Civile, un dimanche, et effectivement très instructif, avec des cas concrets simulés, ce qui peut permettre de se mettre en condition même si l'on sait bien que ça ne saurait présager de nos réactions dans une réalité dure et soudaine.

J'ai donc appris qu'en cas de personne faisant un malaise ou blessée, en France sur la voie publique et encore aujourd'hui, le 15 est le plus efficace, mais que le 112 est valable et qu'il existe un numéro le 114 qui permet de communiquer par écrit. Nous avons appris les massages cardiaques et le bouche-à-bouche et comment nous servir des défibrillateurs ; pour ceux-ci si l'on ne sait pas, une voix une fois qu'ils sont allumés indique la marche à suivre. Nous avons appris à gérer le passant paniquant, ainsi que les précautions à prendre pour que quelqu'un envoyé prévenir le fasse effectivement (2). Nous avons bien ri (je n'ai pas pu m'empêcher de faire la clown dans le rôle du passant paniquant), admiré l'un des nôtres aussi (salut Luc, qui aurait fait un excellent médecin urgentiste s'il en avait eu l'intention, calme, sang-froid, efficacité, tutto bene).

Au passage j'ai aussi appris le dévouement de toutes et tous ces bénévoles, dont je n'imaginais pas qu'outre le fait d'un engagement gratuit, ils devaient prendre sur leurs congés les interventions en urgence et leurs propres formations. 
Quelle société mal organisée qui rémunère à prix d'or certains boulots de pure esbrouffe ou dont la seule finalité est de nous faire encore et encore sur-consommer, et pas du tout celles et ceux qui nous sauvent. La personne qui nous a formé nous a lors d'une pause expliqué qu'elle bénéficiait d'un employeur bienveillant depuis qu'il avait appris sans qu'elle y soit pour rien, son activité sociale ; seulement ce n'est même pas évident. Et comment faire alors que le travail se précarise pour pouvoir si on le souhaite se rendre utile aux autres alors qu'on peut être aussi réquisitionnés pour du boulot. Seul un travail régulier permet un tel engagement. 

En attendant, je suis sortie de cette formation munie d'une nouvelle confiance, et presque rassurée. Ayant passé un excellent dimanche, en fait, alors qu'après une semaine chargée et un travail en librairie samedi, j'étais fatiguée.

Apprenez donc les gestes de secours et de prévention, pour le moral c'est bon. 

 

(1) ou plutôt : moins risquer de les perdre en sachant au moins la théorie de ce qu'il convient de faire.
(2) C'est LE truc auquel je n'aurais jamais pensé spontanément, que la personne qui dit qu'elle va chercher des secours, par exemple si pas de téléphones disponibles, tout simplement se barre et ne le fasse pas.

 

 


La Sedan-Charleville (7 octobre 2018)

 

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Nous sommes un bon paquet à pratiquer, entre autres sports exigeants, à la fois l'écriture et la course à pied. 

C'est Thierry Beinstingel, lequel nous a précédé dans la pratique, qui nous avait poussés à nous inscrire à la Sedan-Charleville, la plus ancienne course de ville à ville en France qui fêtera l'an prochain ses cent ans. 


La date était hélas en concurrence avec le Natureman, mais mon relatif manque d'entraînement - l'année 2017/2018 n'a pas été favorable, et je n'ai vraiment repris des séances régulières qu'en septembre -, et mon manque de visibilité professionnel (et donc financier), ainsi que la motivation de Thierry ont fait la différence. Il y a qu'aussi pour courir dans la famille nous sommes deux, alors que je suis hélas la seule (pour l'instant ?) à me frotter au triathlon.

*                    *                    *

Pour commencer j'ai commis une erreur de débutante, ou peut-être de francilienne, là où les courses de type ville A vers ville B au lieu d'être en boucle, comportent toutes facilités de transports pour revenir à ville A une fois la course terminée. J'ai donc, en me posant d'autant moins la question que le site de la course spécifiait "navettes de Charleville vers Sedan", recherché un hôtel à Sedan.

Prix raisonnable, bon confort, et pas trop loin de ce qui sur une photo en rubrique "parcours" semblait être le départ, nous sommes allés au Campanile Sedan. Ce qui d'un point de vue hôtelier se révéla un excellent choix, d'autant plus que quelqu'un à l'accueil, qui peut-être pratique (ou connaît bien un pratiquant de) la course à pied, a eu la bonne idée de nous attribuer une chambre aux normes d'accessibilité : rez de chaussée, douche de plain-pied avec siège pliant, et last but not least, barre de soutien pour se relever des toilettes. Le dimanche soir en rentrant nous avons été éperdus de reconnaissance - je ne sentais plus vraiment mes jambes, la commande "lever" ne fonctionnait plus, seul "glisser un pied devant l'autre" marchait encore, façon petit robot mal huilé, si l'Homme était un peu plus vaillant, il n'a pas boudé la possibilité de douche assise afin de soulager ses jambes endolories -.

En revanche d'un strict point de vue de géolocalisation, c'était presque une bourde :

- les fameuses navettes allaient bien de Charleville à Sedan mais AVANT la course et non APRÈS. Et ce n'était à ce point pas prévu que celui de l'organisation à qui j'ai posé la question (une indication d'horaires m'avait quand même mis la puce à l'oreille) ne l'avait pas comprise et m'avait dit que Oui, oui il y avait bien des navettes. 

- comme le départ avait en fait lieu dans l'avenue de la gare, et tout au bout est de celle-ci, oui l'hôtel semblait sur le trajet, ou proche et l'était, mais le départ était quand même à deux kilomètres au moins, que nous avons parcourus en courant car une des lubies de l'Homme est de toujours partir au dernier moment et qu'un PPI (1) (merci au gars qui nous a laissé accéder aux toilettes de son établissement devant lequel nous passions) de ma part, nous avait légèrement retardés.

nb : La chambre était si parfaite pour notre usage, le Wi-Fi efficace, le tarif raisonnable, et l'accueil chaleureux, que nous souhaitons si nous revenons pour la centième, revenir dans cet établissement. À nous de mieux nous organiser pour le reste.

 

  

*                    *                    *

En revanche, il m'avait été précisé qu'il existerait un service de cars qui emporteraient nos sacs de la consigne du départ vers la consigne sous le marché couvert de la ville d'arrivée, et ce service non seulement existait, mais était fort bien organisé. Ticket sur le sac, numéro du ticket sur le dossard, peu d'attente, cars à l'heure annoncée. Tutto bene.
Pour ne rien gâter les bénévoles qui s'en chargeaient étaient vraiment dévoué•e•s : c'est par trois d'entre elles qui rentraient de Charleville vers Sedan que nous avons été après l'épreuve rappatriés, vraiment gentiment, et déposés à l'hôtel, ce qui était une attention extrêmement appréciable en ce moment précis.

Comme le retrait des dossards, que nous n'avions pu effectuer le samedi à Charleville car le trajet depuis Paris nous avait pris trop de temps, était lui aussi fort bien organisé, le matin de la course à Sedan, nous avons pu avant la course repasser à l'hôtel nous y reposer  durant environ une heure.

 

*                    *                    *                        

Il se trouve que nous étions arrivés la veille sans le rechercher particulièrement par la D764. Nous avions ainsi au passage et en toute innocence, reconnu les 13,8 premiers kilomètres du parcours. Ce fut pour moi précieux : j'ai ainsi pu me repérer dans l'effort, savoir qu'il me restait 10 km à accomplir après Flize, savoir combien les villes traversées étaient longues, avoir une idée du relief (2) : en fait rien d'insurmontable en terme de dénivelée, surtout du faux-plat et en revanche un brin de côte bien casse-pattes au kilomètre 18 et un long boulevard qui n'en finissait plus dans Charleville centre ; la place Ducale, il fallait se la mériter.

J'avais été avertie du piège du kilomètre 18 par une dame prénommée Françoise en compagnie de laquelle j'en ai parcourus quelques autres, et qui avait une motivation similaire à la mienne : aller au bout autant que possible.
Elle venait de Belgique et avait participé comme bénévole ou supportrice à diverses courses, avant de se dire - finalement en un chemin semblable au mien, merci Pablo et ton marathon de Bruxelles en 2011, et celui de Paris aussi -, Et si j'essayais, qu'est-ce que ça donnerait ?.

L'Homme de son côté avait cheminé auprès d'une femme qui disait aller lentement car elle était en décrassage d'après les 100 kilomètres de Millau, avant de trouver que son lentement pouvait aller plus vite - il n'avait pas pu ou pas voulu suivre -. Quant à Thierry il mentionne dans son compte-rendu (en date du 12/10/18) la quasi même situation, avec une personne qui courait la Sedan-Charleville en préparation au marathon de Reims. 

Vous l'aurez pigé, la Sedan-Charleville est la course la plus conviviale dont on puisse rêver. 

Peut-être pas pour les élites, les pros venus du Kenya, du Rwanda (Félicien Muhitira, premier comme l'an passé en 1h11mn48s, soit aussi vite qu'un cycliste en ville) ou de l'Ouganda, mais pour les coureurs et coureuses amateur•e•s, c'est un ravissement : ambiance exceptionnelle, chaque ville ou village traversé y va de son orchestre, les ravitos officiels ou à la bonne franquette sont fréquents (3). Encore plus miraculeux : il y a des personnes pour vous encourager même si vous êtes en toute fin de course, vous prendre en photo (je ne sais qui remercier de la ville de Villers-Semeuse mais grâce à eux j'ai un souvenir) et surtout : les voitures ne sont pas relâchées 6a00d8345227dd69e2022ad3b73692200b-320wiavant que la dernière personne participante qui n'a pas abandonnée n'ait passé la ligne d'arrivée. Pour qui est habituée aux dernières places en région parisienne, où le gruppetto finit sur les trottoirs ou à devoir attendre aux feux, c'est un confort très appréciable.

Je me suis efforcée de répondre aux highfive des enfants et remercier pour les nombreux encouragements, n'y suis sans doute pas bien parvenue vers la fin.

Tout a été pour moi facile jusqu'à la sortie de Flize, d'autant plus qu'il ne faisait pas si frais finalement une fois le départ donné, et qu'ensuite nous avons eu droit à un grand soleil délicieusement chaud, le moment où j'ai le mieux couru.
Je portais, sous le tee-shirt de la course, mon tee-shirt technique 2XU qui est optimal d'un point de vue thermique et de soutien. C'était parfait pour le temps qu'il a fait, variations incluses.


Il n'en demeure pas moins qu'au sortir de Flize sur une portion bordée d'arbres entre deux villes, les nuages ont repris possession du ciel avec un frais vent de face et alors tous ceux que j'avais dépassés au moment chaud me sont repassés devant. Je n'étais pas en difficulté, mais sans chaleur offerte, j'avais moins de carburant interne pour avancer.

J'ai continué à m'efforcer de ne marcher qu'aux ravitaillements - l'eau fournie en petites bouteilles, difficile de boire en courant (4) -, ainsi qu'à l'entrée de Charleville pour une pause photo et publication en temps réel (l'idée était que mes camarades probablement déjà arrivés depuis un bon moment puissent (sa)voir où j'en étais), et reçu des encouragements pour ça. Trois personnes au moins m'ont félicitée pour ma foulée, sans doute inhabituelle chez des derniers : je suis simplement lente, très, mais pas spécialement en peine.

Les deux à trois derniers kilomètres ont toutefois été franchis dans le dur. Comme l'indique Thierry, ça montait sur la fin, longs longs longs faux-plats avant les dernières petites rues dont l'une soudain, à l'instant où l'on commence à n'y plus croire, débouche sur LA Place Ducale. C'est un éblouissement, en plus que tout le monde est encore là, et le speaker aussi, comme si l'on était dans le ventre peuplé de la course et non en fin de paquets de bout d'ultimes participants.
Françoise et un monsieur vêtu de blanc que j'avais doublés et qui m'avaient redoublée à plusieurs reprises m'avaient ouvert la voie dans Charleville, sans que je ne sache faire l'effort de les rejoindre à nouveau : je ne sentais plus mes jambes, et un pressentiment de début d'une crampe m'a fait renoncer à toute tentative d'accélération. Je me suis contentée sur la fin d'un trottinement relâché. 

Avec les deux kilomètres parcourus pour ne pas manquer le départ, j'en avais in fine parcouru plus de 25 et je n'aurais guère pu continuer bien avant. 
Par chance, JF arrivé en 2h39 (2838 ème) revenait de s'être fait masser par les kinés, et est revenu vers la ligne d'arrivée en me cherchant, pile quand je venais de la passer ; sa présence m'a ôté tout risque de malaise, du simple fait de n'être pas seule à devoir accomplir la suite : récupérer vite le sac avec les vêtements de rechange et une veste chaude, avant que d'attraper froid (il devait faire 13 ou 14°c ce qui n'était pas si redoutable mais bien loin des 25°c d'un moment donné et les organismes étaient fatigués) puis accéder à un ravitaillement conséquent.

J'ai décliné la bière offerte, signe que j'étais quand même un brin dans le dur, une fois mon devoir accompli.

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J'étais 2986 ème sur 2990 arrivés (pour 3187 inscrits : je crois qu'il y a eu un nombre certain d'abandons, je croisais l'ambulance qui remontait vers l'avant, repartait vite puis revenait se placer ; j'avais vu une jeune femme recevoir des soins à terre / la voiture balais) et suis probablement la dernière de ceux qui ont couru tout du long. Un pur marcheur à grandes jambes (5) m'avait dépassée depuis longtemps et était arrivé bien avant moi.

Mon seul regret : que nous ayons manqué Thierry, mais nous étions si nombreux au départ et aucun de nous très grand, ç'eût été un immense coup de chance que de nous retrouver. Avoir enfilé les tee-shirts de la course, allègrement portés par la moitié au moins des concurrents, n'aidait pas sauvagement. Comme c'était mon premier "plus que semi" sur route, et que je n'étais pas certaine d'arriver tout au bout en courant, je n'avais pas osé risquer de ne pas faire honneur à une tenue Levallois Triathlon. 

Je note, pour avoir ainsi un premier temps personnel de référence, que j'ai mis officiellement 02:49:54 au semi lequel était homologué. J'espère faire mieux le dimanche 21 octobre à Saint-Denis.

*                    *                    *

À la suite de cet effort j'ai dû me doucher dès en rentrant puis dormir comme une enclume quand le forgeron est absent ; l'Homme ayant de meilleures jambes a su conduire de l'hôtel jusqu'à une petite pizzeria sympathique repérée la veille au soir comme ouverte aussi le dimanche. Ensuite la soirée s'est passée étendus devant un documentaire d'histoire régionale sur la première guerre mondiale sur RMC découverte. Il était tombé dessus par hasard et malgré les trop nombreuses coupures pub (de voitures essentiellement, c'était étrange à un tel point) nous sommes restés scotchés. Ce qui permettait d'oublier la douleur et pour moi la fièvre (6). Quelques doliprane 500 plus tard (un tous les 4 heures, avec prudence), j'ai commencé à regagner le normal de moi. 

Ensuite j'ai marché pendant 24 heures comme un cow-boy las, en plus que d'être longuement assise en voiture pour le retour n'avait rien arrangé. Je n'ai pas pu aller nager le mardi matin, mais après l'intervention de mon kiné et du sommeil le mardi après-midi j'ai pu faire une séance de CAP en mode petit décrassage le mardi soir, puis reprendre ensuite mes entraînements, en veillant à ne pas forcer.

*                    *                    *

Expérience très positive et heureuse, donc, et une belle envie de revenir pour la 100 ème. Merci à Thierry, vraiment.

 

 

 

(1) Pipi Pressant Intempestif : fréquent chez moi malgré toutes précautions préalables, dès lors qu'il fait frisquet.
(2) Globalement pas trop méchant.
(3) Je n'en ai pas eu besoin mais je crois bien que c'est une course où l'on peut faire une pause-pipi chez l'habitant
(4) Sinon je n'ai mangé qu'une part de pain d'épice (des carrés de sucre ou de chocolat étaient également proposés, mais je ne pensais pas que ça m'aiderait) et bu deux fois un verre de boisson énergétique une bleue, puis une rose vers la fin. Je n'aurais pas dédaigné quelques quartiers d'orange mais globalement c'était parfait.
(5) concept beaucoup plus utilitaire que les Jambes Interminables
(6) J'ai presque systématiquement un épisode fiévreux après les gros efforts. Depuis le temps je ne m'en inquiète guère et m'y attends. Est-ce lié à la thalassémie ?

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Vélotafer (des joies et des dangers)

 

    Curieux d'écrire ce billet alors qu'en ce moment je ne vélotafe pas : et pour cause, je n'ai plus de boulot. Et ces deux ou trois dernières semaines je fais moins de vélo que jamais : fini Mobike (1), pas encore repris les vélibs (2), différents vélos à tour de rôle en réparations, donc juste quelques balades du dimanche, quand l'un d'eux revient, avant de repartir pour des réglages plus fins. 

Je considère avec optimisme que cette situation ne saurait durer, et qu'au moins je vais (re)prendre des entraînements de triathlon avec mon vélo sérieux fait pour ça - mais pour l'instant il est chez Victor à se refaire une santé -. 

Alors j'ai décidé de me joindre à Sacrip'Anne pour écrire à mon tour sur mon expérience de cycliste citadine et si possible donner envie de rejoindre la belle galaxie de celles et ceux qui circulent à vélo sans faire de bruits de moteur ni polluer, tout en se faisant du bien à la santé. Et en transformant les trajets quotidiens en un moment intéressant plutôt que subi.

F1000006Pour moi reprendre le vélo quand ce fut possible, en 2007, grâce aux vélibs première version, fut assez naturel : toute mon enfance et mon adolescence s'était passée en circulant à vélo, c'était le moyen de locomotion quotidien et la voiture seulement quand ça pouvait (adulte disponible pour escorter, les jours de gros rhumes ou de féroces intempéries). Pour les entraînements de football alors que j'étais en 3ème et plus tard pour des cours de piano je parcourais 6 à 7 km puis autant au retour sans considérer que c'était un problème. Je craignais juste vaguement une éventuelle crevaison. En ces temps-là ça allait de soi.
Vers 16 ans et jusqu'au bac j'ai pratiqué le cyclotourisme avec bonheur dans le Vexin : mon amie Geneviève faisait partie d'un club et comme elle souhaitait progresser sans doute afin d'être à niveau avec les autres du groupe qui étaient adultes, elle fut heureuse de trouver en moi une sparring partner. Je crois que ses parents avaient mis comme condition pour qu'elle puisse sortir de ne pas le faire seule. À l'époque je les trouvais bien tracassés. Rétrospectivement, sachant que c'était 20 ans avant l'usage courant des téléphones portables et avant vu passer la déferlante #MeToo et découvert que le monde était beaucoup plus dangereux aux jeunes filles et femmes que je ne l'avais cru, je comprends que leur précaution était sage. 
Et de toutes façons j'en étais ravie : ç'avait été pour moi l'occasion de pratiquer une nouvelle activité sportive qui me plaisait. Je me rends compte que j'ai énormément appris et enrichis ma vie en pas mal d'occasion du simple fait d'être celle qui disait, Écoute, si ça t'arrange (ou si tu hésites, ou si tu ne veux pas y aller seule mais que tu en as envie), je viens avec toi. Et que bien souvent je m'y tenais quand la personne à l'origine de l'essai au bout d'un temps prenait un autre chemin. Donc nous faisions en roulant prudemment de belles virées de 60 à 80 km dans le Parc national du Vexin. 
À l'époque j'étais, quoique sportive, de santé fragile, j'en revenais lessivée. Mais si heureuse. Et fière d'avoir tenu.

Ensuite je suis partie vivre, étudier puis travailler à Paris et le vélo a vivoté dans le garage de la maison de mes parents. Je faisais de petits tours occasionnels.

C'est vingt ans plus tard que ma grande amie d'alors, parisienne depuis un paquet d'années et pionnière en plein d'usage, m'a redonné envie d'y revenir. Jusqu'à ce que je la vois, en un temps où Paris ne possédait pas ou peu de pistes cyclables, faire ses trajets à vélo, venir me chercher à l'"Usine" avec son biclou, je considérai Paris comme une ville réservée aux voitures. Qu'y circuler à vélo était trop dangereux. Et puis je n'en avais pas, mon vélo de longues courses, ses fins boyaux, et ses cale-pieds me semblait totalement inadapté au moindre essai "en ville" et je n'avais pas d'argent pour en acheter un autre.

Elle disait : Oui c'est dangereux mais il faut être très attentive et apprendre à s'imposer.
Et puis elle me disait ce qu'on dit toutes et tous à ceux qu'on aime et qu'on aimerait convaincre, si moi j'y arrive, tu peux y arriver. 

Puis elle a disparu (3).

Entre temps j'avais commencé à reprendre les rennes de mon existence et sortir de l'ornière d'une vie faite à 100 % de devoirs accomplis (pour l'employeur (à cause des fins de mois) pour la petite famille (l'époux, les enfants) pour la maison (parce que si on ne le fait pas personne d'autre ne le fera). À l'instar de bien des femmes j'ai vécu pendant des années en n'ayant que très peu de temps personnels, de détentes (autres que par épuisement) et de choix. Entre autre je me suis enfin accordée d'aller au festival de cinéma de La Rochelle. Et à l'intérieur même du festival, parce que je pouvais supposer que je n'aurais plus les moyens d'y aller, de filer une journée sur l'Île de Ré. On m'avait vanté les pistes cyclables. C'était une époque où je commençais avec la reprise de la natation à regagner un peu de condition physique, les locations n'étaient pas chères, je m'étais dit, Hop, vélo. Et j'avais fait une grande boucle et j'étais rentrée aux anges.

Dès lors la décision de circuler à vélo dans ma vie quotidienne dès que ça serait matériellement possible était prise.  

La vie n'étant pas un long fleuve tranquille, ni les finances familiales confortables, je ne suis parvenue à mettre ma décision en pratique qu'à partir de l'été 2007 et l'arrivée des vélibs. Non sans quelques difficultés, mais trop heureuse d'échapper à la Ligne 13, à l'époque pire bondée qu'aujourd'hui (anciens wagons), je me suis mise à vélotafer. J'avais 8 à 10 kilomètres à parcourir. À l'époque, les automobilistes n'étaient pas du tout habitués aux vélos dans Paris et c'était plus dangereux encore, ça parait difficile à croire tant on se fait traiter mal, mais c'était pire encore. Des progrès ont été accomplis pour les dépassements, on se fait un peu moins raboter les cuisses. Les pistes cyclables étaient moins nombreuses. C'était amusant de découvrir le relief de Paris, plus varié et vif qu'on ne le soupçonnait. Très vite j'avais pris l'habitude d'un itinéraire de retour plus long mais moins dangereux. 

Je crois que c'est un bon conseil à qui pratique le #vélotaf : quand on le peut privilégier à la rapidité d'un trajet et à la distance la plus courte, cet autre chemin plus sûr, mieux adapté. 

Gauchère, je me suis mise à élaborer de subtils brefs détours permettant d'éviter les Tourne à gauche si dangereux pour moi qui peine à tenir le guidon du bras droit pour indiquer avec le gauche que je m'apprête à tourner.

Ça fait donc désormais 11 ans que je circule le plus souvent dans Paris à bicyclette. 

J'ai failli deux fois avoir des accidents graves par des automobilistes à l'attitude imprévisible et dangereuse, connu mon lot de petites peurs (ah les portières) mais globalement pas tant plus de dangers que cela. Je respecte les feux rouges sauf les "faux feux" (ceux qui protègent un passage et non un carrefour et lorsqu'il n'y a aucun véhicule ni personne) et certains "tourne à droite", devenus autorisés entre temps. Autant que possible je porte un casque ou au moins un bonnet ou une casquette, des gants. Un gilet fluo est presque toujours dans mon sac pour quand la nuit est tombée.

En 2016/2017 j'ai travaillé en banlieue et comme entre temps j'avais restauré mon bon vélo des longues distances (4), je me suis fait grand grand plaisir à circuler avec lui en passant par de très beaux endroits.  Capture d’écran 2018-09-19 à 19.20.40

Désormais il faudrait que je n'ai plus de vélos ou plus la bonne santé pour cesser. 

Comme Sacrip'Anne le dit en fin de billet, circuler à vélo, je pense qu'on n'a que du bon à en retirer. Pour s'y mettre pas besoin d'une condition physique de sportives ou sportif, le tout est d'y aller progressivement (et bien sûr de n'avoir pas de problème qui empêche le vélo à la base). La forme s'améliorera d'elle même à l'usage. C'est d'ailleurs très amusant de constater qu'assez vite telle montée qui nous semblait un exploit pré-olympique et nous laissait tout essoufflé-e, devient un point du trajet que l'on franchit sans y penser.
Jusqu'à une douzaine de kilomètres, ça se fait très bien. Je pense que la distance peut faire hésiter à partir de 20. Parce qu'il convient d'intégrer le temps que l'on met et qui peut être alors supérieur à celui d'autres modes de transports.

Le froid n'est pas un problème, il suffit de bien s'équiper. La pluie peut rendre les chaussées glissantes, il convient de faire attention. Mais une petite pluie ou de la pluie sur le chemin du retour n'est généralement pas bien grave. L'usage du vélo nous permet d'apprendre que nous sommes bien plus résistant-e-s qu'on ne le croit. 



Le plus gros danger est d'y prendre tellement goût, qu'on finit comme ça : 

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(1) Arrivait le moment de mon réabonnement : désolée que je ne vais pas me réabonner à un service qui a décrété à un moment donné que la ville de mon domicile était hors-zone et qu'il m'en coûtera désormais 50 € si j'ai l'idée folle de rentrer avec un de leurs vélos jusqu'à chez moi. Je n'ai eu aucune compensation ni temporelle ni financière au fait qu'un moins et demi après que j'eusse pris mon abonnement à la fin de l'hiver, ma ville avait été déclarée interdite au dépôt de vélo, me privant de facto des 2/3 de son intérêt : ne me sont plus restés que des trajets intra-muros et la corvée de devoir laisser le vélo que j'utilisais à 800 m de chez moi au plus près. Et encore quand la géolocalisation via l'appli restait juste. 

(2) Tracas de renouvellement d'abonnement. J'étais prête à essayer au moment où des stations ont commencé à se repeupler mais voilà avec mon pass navigo ça a fonctionné deux fois et depuis quand je retente ma chance j'ai un symbole "cadenas". Il faut que je prenne le temps de les appeler. Le hic c'est qu'en général quand j'ai besoin d'un vélo je n'ai pas 30 minutes à perdre en "tapez 1 ... tapez dièse ... composer votre numéro ... veuillez patienter ... et qu'aussi j'ai cette crainte que le service de dépannage par téléphone soit aussi dysfonctionnel que l'ensemble de leurs prestations. 

(3) De mon existence, pas de l'univers. 

(4) Pour cause de triathlon mais c'est encore une autre histoire. Que le fait d'avoir repris depuis plusieurs années la circulation à vélo a clairement encouragée. 


Vie de château grâce à Hélène Bessette

 

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Elle en aurait été la première surprise. 

Et que les conversations et lectures autour de son travail partagent des lieux prestigieux - mais néanmoins fort accueillants - avec celles concernant celui de Goethe.

Et que nous soyons si nombreux et joyeux 

 

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Je n'aurais ni beaucoup de temps ni beaucoup d'internet pour venir ici souvent. Mais j'espère prendre des notes et chroniquer un peu, au moins après. 


Trente jours trente films

 

(billet à compléter)

Ce matin ce touite de Kozlika

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"Défi sur le cinéma - 30 jours, 30 films que j'aime. Pas d'explication. 1 personne défiée chaque jour, si elle le désire. Défiée par et je défie "

Je pense qu'assez vite je perdrais le fil des films déjà évoqués et des personnes déjà conviées. Du coup je me créé ce billet pour tenir ma liste, si j'y parviens. Est-ce que pour une fois je parviendrai à mener une vie suffisamment posée pour avoir JUSQU'AU BOUT les quelques minutes par jour nécessaires pour y penser, suspens.
[14 jours plus tard c'est déjà clair : je ne peux pas réussir à jouer à calendaire constant, je vais donc compter les jours certes mais ça ne sera pas nécessairement suivi un mois pile durant]

Par ailleurs je me dis qu'ici, qui constitue une sorte de sommaire et non le défi lui-même, j'ai droit aux explications. Je trouve ça plus marrant.

L'ordre est un désordre : le film qui me vient à l'esprit au moment où je me dis Tiens, quel film vais-je mentionner aujourd'hui ? Sur trente j'en oublierai certainement qui comptent, compteront, ont compté.

 

Jour 1 : L'albero degli zoccoli - Ermanno Olmi - 1978 - Italie
défi transmis à Robinson Boucan

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Mon premier grand choc cinématographique, peut-être que c'est à partir de là que je deviens cinéphile. J'ai quinze ans et, la musique de Bach n'y étant pas pour rien, je pleure comme jamais je n'avais pleuré dehors. Ce film parle des miens. Et pas seulement parce que j'ai un côté italien mais parce que je viens de ce monde-là, celui où l'on travaille sans relâche, moyennant quoi on parvient si les liens sont solides avec les autres à glaner quelques petites joies. Le moindre ennui, une chose qui casse et c'est la catastrophe. On ne nous pardonne pas. L'accès au savoir est rude et borné.

J'ai quinze ans et je comprends ce que ma vie sera.

 

Jour 2 : Casablanca - Michael Curtiz - 1942 - USA
défi transmis à Anne Savelli

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Je ne sais plus quand j'ai vu ce film pour la première fois. Sans doute sur un écran de télévision, le ciné-club du dimanche soir avec la voix de Claude-Jean Philippe en prélude important. Je m'identifie à Rick Blaine d'entrée, quelqu'un qui se voulait rangé-e des voitures, s'est fait une vie et qu'on requiert, et qui assure, quelqu'un qui a connu de grandes émotions amoureuses mais qui n'est pas l'élu-e, quelqu'un qui dans l'action trouve l'amitié. J'ai une tendresse pour Ingrid Bergman, sans doute que j'aimerais lui ressembler. Bogart m'agace un tantinet, il en fait trop, mais c'est ainsi et ça lui permet sans doute pour faire face d'attraper l'énergie.

Je découvre au passage le règne des fausses citations, le "Play it again Sam" qu'on m'avait vanté est plutôt "Play it, Sam, play it once more, for old time's sake". 
Assez vite j'achète la VHS un coffret collector en V.O. non sous-titrée. Je le regarde souvent le soir tard, quand j'ai un coup de blues. Allez, ce qui compte c'est l'amitié, et de rester fidèle à ses convictions, à ce qu'on est. Il fut un temps où je connaissais les dialogues par cœur. Intégralement.
J'ai vingt ans environ et je comprends ce que ma place sera, pour les autres, dans le meilleur des cas.

 

Jour 3 : Eternal sunshine of the spotless mind - Michel Gondry - 2004 -USA
défi transmis à Joachim Séné

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C'est mon ami Pierrot qui me parle du film il me dit que Jim Carrey ne fait pas que le clown, il me dit que ce film est pour moi. Cette narration destructurée, toutes sortes de mises en abyme, cette mémoire qui refuse de s'effacer parce qu'une personne a décidé de ne plus aimer, bon sang comme ça me parle. Et comme ce film me permettra de tenir le coup lorsqu'en 2006 je subirai une extrêmement violente rupture d'amitié. Je sais grâce à lui que l'on peut parvenir à ce que la mémoire des meilleurs moments reste même si l'autre, qui soudain a mieux à fréquenter, a décidé de les dégager. Je l'ai vu au ciné, sans doute peu de temps après sa sortie, avec l'homme de la maison que les libertés narratives avaient laissé un peu de côté. J'ai quarante ans et pigé depuis longtemps que le cinéma comme la littérature face à nos coups durs peuvent être d'un grand secours. 

 

Jour 4 : De Aanslag - Fons Rademaker - 1986 - Pays-Bas 
défi transmis à Romain Lemire 

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À l'époque de la sortie du film je suivais des cours de néerlandais à l'institut du même nom. J'avais pigé que l'on choisit assez peu si les expériences dans nos vies seront bonnes ou mauvaises, que l'on peut faire de son mieux seulement l'issue dépend des autres ou de circonstances que l'on ne maîtrise pas, mais qu'en revanche ça ne dépend que de moi d'en tirer des enseignements profitables et des sources de savoir. D'un chagrin et d'une compétence qui m'avait manquée pour l'éviter, j'avais décidé d'en faire une compétence acquise. J'apprenais donc le néerlandais.
C'est l'institut qui nous convie à une projection peut-être même une avant-première ou peut-être que nous avions une entrée gratuite pour aller voir le film à sa sortie où l'on voulait (il me semble cependant avoir un souvenir de prises de paroles). Je reste marquée, malgré une réalisation un peu scolaire un peu lourde et un acteur pour le rôle d'Anton Steenwijk qui fait trop son beau gosse. Parce qu'il y est question des traumatismes que les faits de guerre laissent. De comment ça réapparaît plus tard, alors que tout semble aller bien. Je comprends confusément que quelque chose de cet ordre concerne ma mère et ses sœurs et que nous autres de la génération d'après portons en nous quelques séquelles. J'aime infiniment la rencontre tardive d'un témoin qui fournit à l'inexplicable une explication. C'est quelque chose dans ma vie qui m'est déjà arrivé et m'arrivera encore fréquemment. J'aime le début, la famille qui fait ce qu'elle peut pour rester unie malgré la guerre, le jeu de petits chevaux (ou équivalent) après le maigre repas. J'aime la façon dont les études et le travail ont leur place (même résumée). J'aime le nom de Fake Ploeg et l'épisode des retrouvailles.
C'est le premier film que je vois dans lequel un personnage subit une crise d'angoisse ce qui me rassure un peu (il m'arrivait d'en faire lorsqu'une personne proche se trouvait dans l'imminence de la mort, comme si je risquais d'être moi aussi aspirée par les forces résistantes de l'esprit entraîné), c'est donc une anormalité normale, elle arrive à d'autres. 
J'ai vu ce film trois fois dont l'une, récente, après le suicide de l'interprète du rôle d'Anton garçon. C'était un peu comme si le traumatisme subit par le jeune personnage avait rattrapé l'acteur pas loin de cinquantenaire. Je l'ai trouvé terriblement trop scolaire à cette dernière vision, trop appliqué.

À la première vision, tout autre impression ; j'ai bientôt vingt-cinq ans et ma grand-mère était morte des conséquences indirectes du débarquement alors que ma mère n'en avait que douze. Un bébé garçon était mort aussi. Emportés par le début d'hiver 44/45 et de difficiles conditions de vie d'après les bombardements. Ce film panse quelques plaies.

 

Jour 5 : Le camion - Marguerite Duras - 1977 - France
défi transmis à Matoo

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C'est une découverte ou peut-être une redécouverte toute récente, grâce à l'intervention de Marie Anne Guérin au colloque de Cerisy-la-Salle consacré à Hélène Bessette. Elle évoquait le lien entre ce film et l'importance d'Hélène Bessette pour Marguerite Duras. J'ai souhaité aussitôt le voir ou le revoir. Il se peut que je l'aie vu jadis à une époque ou le travail de Duras était comme le jazz pour moi. Quelque chose que je pressentais comme très intéressant mais encore inabordable. J'avais lu sans comprendre ni savoir apprécier "L'amant", impavide. Je crois bien que c'est "La douleur" et un long moment plus tard "Le ravissement de Lol V Stein" qui furent mes portes d'entrées ainsi que le cinéma. Avec également un faux départ sur "Hiroshima mon amour" vu trop jeune, vite lassée, et revu plus tard, scotchée. "Le camion" m'avait donc sans doute tenue à distance à un moment où il était quasi contemporain (peut-être une vague tentative, une rediff sur une télé, dix ans après sa sortie). En plus qu'Alain Depardieu même jeune m'agace prodigieusement. Mais à la revoyure, je suis parvenue à le trouver presque touchant. Et drôle. On voit clairement que par moments il se dit Elle m'emmène où, là, sur les feuilles ça n'est pas écrit comme ça. Alors il tente des petites impros et elle rebondit, impériale (1) - Une cigarette ? -. Au bout du compte ce film a la grâce, rehaussée par un charme d'antan (2).
Une femme d'un certain âge circule et se raconte. Deux personnages autour d'une table se racontent le film qu'on dirait qu'il feront. On voit dans nos têtes le film qu'ils font. On voit à l'image par moment le camion. Beethoven (variations sur un thème de Diabelli) accompagne ses déplacements lents.

J'ai bientôt cinquante-cinq ans et la femme d'un certain âge, ça pourrait être moi.
"Il n'a rien à faire d'une femme d'un certain âge".



(1) Peut-être que je suis en train de me faire un film du film et que tout était écrit au millimètre en fait.

(2) Ah les voitures ! Ah les enseignes ! Ah les chariots encore libres aux bords lointains des parkings des hypermarchés ! 

 

Jour 6 : Georgia (Four friends) - Arthur Penn - 1981
défi transmis à Kmillephilibert

Un meilleur lien

Téléchargement (1)

 C'est un film que j'ai vu en 1983 avec celui qui allait devenir mon compagnon pour longtemps et le père de mes enfants. Or ce film, précisément, relate l'ensemble de la vie de quatre ami-e-s, les garçons au départ un peu tous amoureux de la fille qui tient beaucoup à eux, mais pas forcément sur le versant amoureux. Le début de l'histoire même à l'époque ne m'avait pas passionné, un tantinet film de american teen-agers comme il s'en est tant fait. Et puis à un moment, j'accroche ; il y a du chagrin d'amour, un passage de la symphonie du nouveau monde de Dovrak (à 14"17' sur cette video d'un enregistrement de mars 2018 à Radio France avec Marzena Diakun à la direction), du travail pour guérir du chagrin d'amour, de la perspective d'un changement de classe sociale mais ça ne se passe pas comme ça, quelqu'un qui a un handicap et que quelqu'un d'autre aide et un fond de certaines années qui correspondent à mon fond d'enfance (il est question des premiers pas sur la lune, je crois) ; l'œuvre est longue très longue ce qui fait qu'un attachement prend. Dans mon souvenir nous sortons un peu agacés par certaines grosses ficelles (1), avec une impression d'être restés trop longtemps. Et puis dans les jours, les semaines, les mois puis les années, ce film va rester. Des scènes sur le moment pas si remarquables semblait-il se sont imprimées. Je ne l'ai vaguement revu qu'une seule fois, elles sont restées. Il me fut d'un grand secours quand vingt-trois ans plus tard il m'arriva à mon tour d'être "flinguée" après avoir été en quelque sorte adoubée, comme le héros du film sans l'avoir fait exprès. Je me souvenais de la brutalité dans le film. Quand le bonheur semble enfin là mais que quelqu'un décide que finalement pas. Je me souvenais que le fils de l'immigrant survivait et que peu s'en fallait. J'en ai fait autant.
J'ai vingt ans et j'ignore complètement qu'une existence en son long peut vraiment ressembler à ce qui me semble à l'image trop cinématographique, exagéré. Seulement je pressens que cette œuvre n'a pas tout faux. 
Une fois de plus je m'aperçois que je tends à déposer dans cette liste du 30 jours 30 films des films qui m'ont le plus marquée sans que nécessairement je les tienne pour des chefs d'œuvres de cinématographie.


(1) Même à vingt ans j'avais l'impression que les films USAméricains étaient fabriqués pour adolescents.

Jour 7 : Woodstock - Michael Wadleigh - 1969 ressorti en France en 1989
défi transmis à François Bon

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J'ai d'abord connu la musique. Un soir de chagrin d'amour majeur, mon ami Pierrot m'avait recueillie auprès de sa famille et il m'avait branchée au casque sur Hendrix jouant l'hymne. J'étais rentrée à l'intérieur de la musique, de la recréation musicale faite avec force miraculeuse et sortie de la zone où l'amour brisé peut nous mettre en danger. 
Quand le film est ressorti en salles fin 1988 ou début 1989, je ne me suis pas fait prier pour y aller. Notre ami Olivier alors à Paris après un VSNE au Maroc souhaitait le voir aussi et nous y allâmes à quatre. Je crois un dimanche. Je ne sais plus qui fut le quatrième (au point que j'ai un doute soudain : n'étions-nous pas finalement trois ?). J'avais l'impression de comprendre enfin ce qu'avait tenté de m'expliquer en leur temps ceux de mes amis légèrement ainés ou mes cousins. Je m'y suis vue, avec ce bonheur que l'on peut avoir jeunes quand on a l'illusion que pour soi ça sera différent. J'ai pu m'imaginer dans la peau de l'une d'eux, quelqu'un qui avait de l'énergie et si peu de fatigue.

Au sortir du ciné, l'ami Olivier a décrété qu'il fallait absolument qu'il retourne au Maroc tenter de retrouver sa bien-aimée - comme si le film lui avait dit : Grouille-toi, gars, on n'a qu'une vie -. Et moi qui sentais quelque chose de l'ordre de It's now or never, j'ai dit, OK, compte sur moi. Et mon amoureux, quoique d'un naturel peu aventureux, par amitié pour lui et sans doute amour pour moi, a dit, On peut y aller, oui. 
Ce voyage fut un road-trip fondateur. J'y ai pris conscience de mes forces (et que ma vue avait baissé). Je peux m'autoriser à considérer que ce film a changé ma vie.
J'avais vingt-cinq ans environ, et je devenais adulte, vraiment, par sans doute le seul acte de "folle jeunesse" que j'aie jamais accompli 

 

Jour 8 (pour dimanche) : Fame - Alan Parker - 1980
défi transmis à Didier Da Silva  

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Ce film ne compterait pas si je ne l'avais vu à Oxford en V.O. (sans sous-titre) en juillet 1982 en compagnie de mon amoureux et d'une bande de tout nouveaux potes de plein de nationalités lors d'un séjour linguistique qui marqua en quelque sorte le début de ma vraie vie. On était dans un enthousiasme, une énergie, une magie digne de celle des protagonistes. C'est le film qui a marqué mon entrée dans la danse (et le fait d'aller en boîte de nuit presque tous les soirs, lieux que je ne connaissais pas) : avant ça je ne comprends pas l'intérêt de danser, je ne connais que quelques danses bretonnes, pour le reste pourquoi mais pourquoi est-ce que les êtres humains sont censés aimer se secouer en rythme. Après, un déclic s'est fait, et la danse devient un élément indispensable de ma vie, quelque chose de nécessaire pour se sentir équilibrée.  Comme chantait le grand Jacques, il faut bien que le corps exulte. Pour moi ça passe (avant tout) par là. La danse, c'est la vie.
J'ai revu ce film longtemps plus tard et je suis restée marquée par l'écart entre l'idée que je m'en étais faite et le film tel qu'il était : la violence - la vraie, celui dont la petite sœur, quartier sordide, se fait violer (ce que j'avais totalement occulté, ou tout simplement pas pigé) ; la plus diffuse dans la concurrence de chaque instant entre les gens pour émerger -, le monde impitoyable, les déceptions. Dans mon souvenir de fille de 19 ans, amoureuse, épanouie, insouciante pour la première fois et à un point que je n'atteindrai plus jamais, il n'était que danses, que réussites, que bonheurs partagés.  Tous allaient s'en sortir, aucun-e ne serait arrêté-e. 

 

Jour 9 : Dough - John Goldschmidt - 2015
défi transmis à Celinextenso

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 Nous avons vu ce film le dimanche 15 novembre 2015 au festival de cinéma d'Arras et ce fut un miracle. Le festival avait failli être interrompu après les attentats de Paris le vendredi. La décision avait finalement été prise de poursuivre en plaçant des vigiles aux entrées (contrôle des sacs). Il était quasiment impossible de regarder les films sans arrière-pensées surtout pour ceux du samedi alors que nous ignorions encore si parmi les victimes figuraient ou non certains de nos amis. Et puis voilà, le dimanche, ce film qui est une comédie. J'étais la première à penser que je venais par une sorte de conscience professionnelle festivalière mais que ça ne saurait fonctionner. 
Et puis voilà, le film était si réussi, si fin, si bien interprété et si humaniste, que non seulement il était parvenu à nous faire rire à travers nos larmes et sortir d'une sorte d'état de "K.O. debout", mais aussi à nous faire reprendre espoir. Non, malgré l'horreur des massacres, la haine n'allait pas l'emporter. Never. No way. 
Ce film peut soigner.

 


Jour 10 : Jeanne Dielman 23 quai du commerce - Chantal Akerman - 1975
défi transmis à Tiphaine

Jeanne

Je crois que j'avais vu ce film au moins pour partie (avant de m'endormir) lors de la décennie suivante un soir tard à la télé (ciné-club ?) à moins que lors d'un week-end de ciné-club justement. Mais sans comprendre, sans accrocher. Percevant que quelque chose d'hypnotique se jouait là, de très réussi, mais j'y étais assez imperméable. Peut-être que je n'avais pas trop pigé qui étaient ces hommes que la femme recevait. 
Et puis au printemps (vérification faite : c'était encore l'hiver, c'était en février), Anne Savelli évoque ce film. Elle en écrit entre autre "Quand on rentre chez soi, débarrasser la table, ranger les couverts dans un tiroir deviennent à leur tour une expérience.". Je sens que c'est le moment pour moi de voir ce film enfin vraiment et cette fois-ci c'est ça. Entre temps j'ai connu moi aussi les gestes quotidiens répétitifs - ce qui n'a pas changé pour moi par rapport à la première vision c'est que ce qui est peut-être censé être le cœur du film, cette prostitution feutrée, m'indiffère et je n'avais d'ailleurs pas réellement compris le dénouement (m'inventant une cause différente et plus complexe) -, et les mots relativement rares, et aussi de m'être replongée par obligation dans les souvenirs familiaux qui me renvoient à un quotidien très semblable à celui de Jeanne Dielman, du type d'objets manipulés aux courses faites au jour le jour (ce que ma mère pratiquait), on dépensait menu, on le faisait à pied. Du coup ce film enfin me fait de l'effet, et durable, et ça me portera les semaines à venir, comme un peu de courage pour les tâches ménagères, bizarrement. 
Je comprends mieux aussi, mais à retardement, pourquoi la mort de Chantal Ackerman m'avait touchée. 
Je suis reconnaissante à Anne de m'avoir fait (re)découvrir ce film.

 

Jour 11 : La merditude des choses - Felix van Groeningen - 2009 - Belgique
défi transmis à Silken

Capture d’écran 2018-09-05 à 23.53.00

 

 

Jour 12 : Le porteur de serviette (Il portaborse) - Daniele Luchetti - 1991 - Italie 
défi transmis à Fauvetta

Capture d’écran 2018-09-07 à 14.45.27

 

Jour 13 : Solaris - Andreï Tarkovski - 1972 - Union Soviétique 
Défi transmi à Zvezdo

Solaris-1972-003-spaceship-interior

 

 

Jour 14 : Les habitants (de Noordelingen) - Alex van Warmerdam - 1992 - Pays-Bas
défi transmis à Krazy Kitty

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Je crois que j'ai découvert ce film à sa sortie, toujours grâce à l'Institut Néerlandais, puis revu deux fois (une en festival ou week-end de ciné-club l'autre à l'occasion de la ressortie en salle en 2012 je crois ?). La première vision fut une fascination : on y retrouvait l'enfer pavillonnaire dans un virage exacerbé, comme si chaque germe de ce que ça contient comme éléments de vie était poussé à l'extrême. Il y a une sorte d'humour désespéré froid, de décalage, qui infiniment me va. Le facteur farfelu et zarbi (1), le peu de dialogues. Comprend qui veut ou peut. Il y a même aussi le rapport avec la Colonisation - le jeune garçon et Lumumba -. 
Ce qui est intéressant, c'est que ce que le film était resté en ma mémoire est très différent de ce qu'il était : j'avais totalement oublié l'hypersexualité du boucher, une part de la folie collective (quand tout le monde s'agglutine à la fenêtre pour révérer la voisine en voie de sainteté). Je crois que je préfère le film que je m'en étais fait. 

 

(1) inspiré d'un film Bulgare ou Hongrois des années 50 ou 60, je ne l'ai croisé que longtemps après

 

Jour 15 : Ordet - Carl Theodor Dreyer - 1955
défi transmis à Tristan Nitot

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Jour 16 : Forrest gump - Robert Zemeckis - 1994 - USA
défi transmis à Thomas

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C'est curieux, je ne sais si j'ai vu ce film une fois ou deux. Une seule me reste avec certitude, celle de 2006, soit longtemps après sa sortie, sur le Home Cinema que j'avais (indirectement) gagné grâce à la grande amie qui venait de me quitter. C'était mon premier chagrin d'amitié comme on parle d'un chagrin d'amour.  Bien sûr avant elle, j'avais connu comme tout un chacun mon lot de tristesses amicales et déceptions : essentiellement des personnes que l'on ressent proches mais qu'il suffit d'un changement important (changement de boulot, de lieu d'habitation, d'amour, naissances d'enfants ...) pour perdre comme si on avait peu compté les uns pour les autres finalement. Avec ma fatigue de thalassémique qui fait qu'à tant de périodes j'ai pu assurer pour le travail nourricier + ma petite famille + les difficultés de la vie mais pas un pas de plus, j'ai sans doute été moi-même perçue comme responsable de tels éloignements (il n'en était rien, j'attendais les vacances suivantes pour répondre ou rappeler, la prochaine période calme). Cette fois c'était différent : il s'agissait, d'une amitié fondatrice, de quelqu'un d'indispensable dont la sortie de ma vie restait incompréhensible et avait été d'autant plus brutale que j'aurais sans doute été supposée piger par moi-même. 
Les années m'ont apporté des bribes de réponses. 
L'influence sur le cours de ma vie, si elle n'a pas été tout à fait celle qu'elle était partie pour produire, fut grande et malgré la rupture subie et ses dangers, j'en reste reconnaissante. 
Seulement lorsque j'ai vu ce film, le profond vacillement que ça disparition avait engendré a contribué à mon identification au personnage de Forrest Gump. Elle pré-existait à plus d'un titre - du handicap accentué par la mère, au fait de me retrouver sans le faire exprès là où se passent des moments plus ou moins historiques, en passant par réussir des trucs sans comprendre et ne vraiment pas s'en sortir là où personne ne voit le problème, mon côté "bécassine béate" (1) - elle s'est accru du "I was thinking of Jenny all the time". 
Est-ce en raison du film que 6 ans plus tard moi qui avais toutes les qualités pour ne jamais m'y mettre (thalassémie et pieds plats) je me suis à mon tour mise à courir, je ne sais. Le faisceau de causes déclenchantes dont une est très rationnelle (condition physique pour mon métier de libraire, exigeant) est important. Mais Run Forrest, run , a probablement joué.

 (1) © Samantdi 

 

Jour 17 : Caro Diario - Nanni Moretti - 1993 - Italie
Défi transmis à Thomas Gunzig 
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J'ai vu ce film il me semble à sa sortie en France et plusieurs fois revu depuis. Il est en trois parties : La Vespa - Les Îles - Les médecins 
La première est un régal, balade à Vespa dans Rome avec ce personnage un peu lunaire qu'il se joue ("E la storia di un pasticere trostzkista" est un moment grandiose), et je ris tout en trouvant ça beau. 
La seconde a des moments de "trop bien vu" hilarants, entre autre au sujet de l'emprise de la télé sur nous. 
Le troisième est plus particulier puisqu'il s'agit de la longue recherche d'un diagnostic puis de la cure, une fois la maladie identifiée. L'humour est là mais pour peu que soi-même ou quelqu'un parmi nos proches en soit passé par là, il est moins évident d'en rire de bon cœur. Disons qu'avec Nanni Moretti on peut s'accorder l'élégance d'envisager d'en (sou)rire. 

Il m'arrive encore parfois d'en regarder quelques minutes prises au hasard, histoire de reprendre moral ou courage. Ou de me sentir moins seule avec mon humour décalé, ici retrouvé. J'ignore au fond d'où vient ce pouvoir de réconfort que ses films ont sur moi ; peut-être parce que les films de Nanni Moretti sont un peu chez moi. Je crois d'ailleurs que j'ai apprécié tous ceux que j'ai vus. Un peu comme si j'avais un grand frère cinéaste, un peu fantasque, au sein d'une famille où l'on s'entend bien. 

 

Jour 18 : Smoking/No Smoking - Alain Resnais - 1993 (?) - France , Suisse , Italie 
défi transmis à Kathy Peineflamme 

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 Ce film présente pour moi un mystère : je suis persuadée de l'avoir vu par bribes après l'avoir enregistré sur une cassette video lors d'un passage à la télé sur la chaîne La Sept et que c'était pendant mon congé maternité suivant la naissance de ma fille soit durant l'été ou l'automne 1990. Je me revois profiter des interstices entre deux tétées pour regarder une séquence et que le film en ses deux parties convenait parfaitement à une vision morcelée. Pour cette raison j'avais mis plusieurs semaines à le voir et ça avait contribué à l'envoutement. Je me revois le regarder dans l'appartement que nous avions rue Martre à Clichy, dans la lumière entre autre des milieux / fins d'après-midi, tout en éclusant un peu de repassage.

Je me souviens d'avoir été saisie par le côté, une petite décision et tout peu changer, dont j'étais déjà très consciente depuis un voyage que j'avais fait à Oxford en 1982, lui même dû au fait d'avoir croisé un prospectus publicitaire à l'université d'Orsay en allant jeter un coup d'œil à l'accélérateur de particules qui s'y trouvait à l'occasion d'une démarche d'inscription en cumulatif destinée à m'épargner la faillite scolaire absolue en cas d'échec en classes prépa. Il y avait eu sur ce coup-là et cette décision fondatrice un parfait enchaînement similaire au film, Je m'inscris par précaution Oui / Non puis un arbre d'options et ce voyage qui change le cours de ma vie. Sans avoir revu le film ou pas dans son intégralité, j'y repense souvent (et entre un Yes or No je choisis souvent l'action plutôt que l'attente, curieuse de voir où ça me mènera, le choix de m'efforcer de vivre sans regrets est, lui, délibéré, ma philosophie étant d'essayer quitte à échouer, faire de mon mieux, sans arrêt). 

Seulement voilà, le film est réputé être sorti en 1993. Aurais-je confondu deux périodes de congés maternité ? Et vu le film à l'été automne 1995 après la naissance de mon fils ? Mais dans ce cas pourquoi n'ai-je le souvenir que d'un seul enfant, le bébé à s'occuper ? Et pourquoi le souvenir n'est-il pas lié à notre logement d'alors mais au précédent ? Le film aurait-il bénéficié d'une diffusion sur La Sept qui ne s'appelait par encore Arte avant d'être distribué en salles ? 
Souvenir réel ou recomposé, quoi qu'il en soit, c'est un film qui m'aura durablement marquée. Un choix quotidien anodin, et tout peut basculer.

PS : J'y ai beaucoup repensé après l'attentat de novembre 2015 au Bataclan au vu du nombre de personnes concernées que je connaissais, ou qui ont failli se trouver dans l'un des restaurants visés. Aller au concert ou finalement pas, vas-y tout seul j'ai un travail à terminer, en chemin pour dîner au Petit Cambodge mais finalement une personne préfère manger dans un restaurant un peu gastronomique français ... tant d'amis se sont retrouvés avec la sensation au goût de cendre d'en avoir réchappé en raison d'un petit choix au départ anodin. 
Depuis, je n'incite plus jamais qui que ce soit à me suivre lors de sorties pour le plaisir, j'aurais trop peur de me sentir coupable d'avoir entraîné quelqu'un alors que s'il ne m'avait pas écouté il serait encore en vie. En revanche, je refuse de changer mes choix personnels en fonction de quelque menace que ce soit. Advienne que pourra.

 

Jour 19 : It's a wonderful life - Frank Capra - 1946 - USA 
défi transmis @Souris_Verte 

  Capture d’écran 2018-10-31 à 17.02.25
Je ne sais combien de fois j'ai vu ce film, ni quand fut la première fois, à un ciné-club sans doute. J'ai appris plus tard qu'aux USA pour des questions de droits mal protégés qui rendaient sa diffusion peu coûteuse, il était systématiquement diffusé à Noël à la télé.
En revanche je sais que je me suis toujours identifiée absolument et sans limites au personnage de George Bailey dont je partage le syndrome : chaque fois que je m'apprête enfin à pouvoir donner à ma vie le sens qui m'appelle survient une catastrophe intime ou collective, un deuil, quelque chose que l'on n'attendait pas et qui par sens du devoir m'amène à endosser de tout autres responsabilités. À force et comme lui, je finis parfois par être au bord de craquer.
Par deux fois dans mon existence j'ai cru avoir croisé The angel with a broken wing et cru qu'enfin j'allais pouvoir reprendre son cours espéré, par deux fois ce fut d'un grand secours, mais ces anges n'en étaient pas qui me quittèrent à leur tour, me laissant dans un grand désarroi. Une autre fois quelqu'un a effectivement ponctuellement et efficacement joué le rôle de l'ange, un ange consul, on dira.
L'âge venant j'ai hélas de plus en plus fréquemment l'impression de ressembler à la femme de George dans la séquence où elle est la dame presque âgée encore belle mais éteinte telle que devenue après que George serait mort (ou : ne l'aurait pas aimée), séquence que lui fait entrevoir l'ange et qui permet à George Bailey de reprendre du poil de la bête.
Bref, par quelque bout qu'on le prenne, ce film, ce sont nos vies.

 

Jour 20 : La vita e bella - Roberto Benigni - 1997 - Italie
comédie dramatique italienne (ce qui est un genre en soi)
Perdu le fil des transmissions, prends qui veut

Capture d’écran 2018-11-28 à 14.11.15

Je sais que ce film a fait polémique à sa sortie, il évoque les camps de concentration de la seconde guerre mondiale sur un ton de conte philosophique dont je comprends très bien qu'il puisse être insupportable à celleux dont la famille fut décimée. Pour autant, je crois que nous sommes à présent entrés dans l'ère où il faut à tout prix maintenir la mémoire de ce qui s'est passé, les témoins directs ne sont plus qu'une petite poignée et très âgés, alors il devient nécessaire de faire feu de tout bois. Une fable, respectueuse, pourquoi pas ? 
L'histoire de celle-ci débute en 1939 dans une petite ville d'Italie, Guido, jeune homme fantasque, enlève (pour sa plus grande joie) celle qui fut fiancée à un autre et devient sa femme, Dora, e cosi via. Mais surviennent les persécutions envers les juifs, Guido est embarqué avec leur fils Josué. Elle les suit mais ils sont séparés quoi que dans des camps voisins. Pour que l'enfant survive, le père avec une énergie du désespoir qui force l'admiration, s'efforce de faire croire au petit qu'il s'agit d'un grand jeu et qu'il gagnera un tank s'il est sage et qu'il joue bien. Ce faisant, il inculque des "survival tips" au gosse, lequel accomplit les bons gestes, les actions qui le sauvent, en croyant jouer.
Ce film a beaucoup à voir avec une conception italienne des soins aux enfants, collectivement les adultes, plus qu'en France, notamment, tentent de laisser croire aux petits que notre monde peut être doux et plein de poésie, et les adultes aimer jouer, même s'ils n'en ont pas toujours le temps. 
J'ai vraiment grandi en le croyant : que s'ils avaient du temps de libre, les grands viendraient jouer avec nous les enfants, que l'envie ne leur en passait pas avec l'âge, que c'était seulement à cause des responsabilités qu'on attrapaient. Et j'ai très longtemps cru que leur mauvaise humeur, leur violence était due à cette frustration : les pauvres n'ont plus le temps de jouer, pour se défouler et rire, ils n'ont plus le temps de faire semblant. Il me paraît aller de soi que des parents se sacrifient pour que survivent leurs enfants.
Alors forcément ce film m'a touchée au plus profond. Et fait pleurer et rire - Benigni y est au sommet de son génie -. C'est une œuvre qui se situe au croisement entre tendresse rire larme intime et politique, très militant l'air de rien et qui correspond à ma façon de fonctionner. 
Pour parachever l'effet, le petit Giorgio Cantarini ressemblait beaucoup à #LeFiston, ce qui achevait de me faire fondre. 

 

Jour 21 : La terre éphémère - George Ovashvili - 2014 - Georgie (+ Allemagne, France, République Tchèque, Kazakhstan)
drame universel
Perdu le fil des transmissions, prends qui veut

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Un bel article avec des extraits, ici

J'ai découvert le travail de George Ovashvili, mon jumeau d'anniversaire, grâce au festival de cinéma d'Arras. C'était "L'autre rive" et déjà formidable. L'histoire d'un jeune réfugié d'Abkhazie qui quitte Tbilisi où il vivait finalement avec sa mère pour tenter de retrouver dans leur région d'origine son père resté là-bas au moment du conflit et dont ils sont sans nouvelles.
Parfois il y a comme ça des films qui vous marquent, qui restent longtemps en mémoire. 

Ce qui fait que lorsque fin 2014 son nouveau film "La terre éphémère" est projeté à Arras, je m'y précipite, malgré un festival en pointillé car je devais certains jours retourner à Paris travailler : il était impossible d'obtenir des congés. 

L'histoire est minimaliste : la coutume veut que les îles éphémères et fertiles qui apparaissent à la belle saison sur un fleuve entre la Géorgie et l'Abkhazie (le fleuve Inguri) puissent être occupées et cultivées par qui veut ou peut. Un vieil homme et sa petite fille s'installent sur l'une d'elles pour y semer du maïs en espérant pouvoir le récolter avant les crues de l'automne. Seulement la guerre est à leur porte, générant des passages d'hommes armés et à tout le moins une menace diffuse.

C'est beau à en pleurer, pétri d'humanisme et de sensibilité à la nature - sans qu'elle soit idéalisée, rudesses et beautés ; ni les êtres humains non plus d'ailleurs -. Ce film et son côté à la fois, de parabole et très concret, correspond à ce point à ma sensibilité profonde que je pleure d'un bout à l'autre, peu importe le nombre de visions (deux à ce jour, car je tenais à faire découvrir ce film au Fiston). La première fois que je l'ai vu, j'ai eu sur plusieurs séquences le souffle coupé, ces temps où l'on s'aperçoit, ça le fait à l'opéra lorsque les chanteuses et chanteurs sont en état de grâce, qu'on était depuis plusieurs minutes en apnée.
Je ne prétends pas que ce qui est pour moi un absolu chef d'œuvre vous fasse autant d'effet. Et peut-être que dans le monde tel qu'il est, ça serait mieux pour vous que vous le trouviez ennuyeux. 

 


Un article passionnant sur la pression faite aux femmes sur la limitation de leur espace

 

    Je suis arrivée sur son blog après avoir lu un touite de Noémie Renard et la conversation qui s'ensuivait. Il concernait un plagiat dont elle vient de se rendre compte, au sujet d'un ouvrage publié à partir de toutes sortes de travaux d'autres personnes au sujet du féminisme. On dirait que son auteur théorique a cherché à illustrer par son exemple même à quel point le féminisme était une nécessité.

Du coup j'ai lu d'autres billets de ce blog, "Sexisme et sciences humaines - féminisme" vraiment passionnant. 

Et parmi ceux-ci celui-là qui recoupe pile une conversation récente avec l'homme de la maison, lequel trouve les bras fins plus féminins (1) : 

L'impuissance comme idéal de beauté des femmes - Une faible occupation de l'espace 

Chaque paragraphe fourmille d'idées et de constatations sur lesquelles individuellement nous ne savons pas forcément mettre un nom (2). 

Une fois de plus je me suis rendue compte d'à quel point j'étais en révolte et décalage absolu face à ce que la société attend traditionnellement des femmes. À quel point j'ai traversé ma vie sans m'y plier et parfois sans même en avoir conscience : au point parfois de me manger les murs de verre assez violemment, comme dans le cas du foot alors que j'étais enfant. À quel point je m'en suis portée bien, fors sur une histoire d'amour probablement, qui n'eut pas vraiment lieu puisque j'étais trop hors critères. En fait tant mieux. Si quelqu'un tente de nous faire changer sur de nos façons d'être qui ne sont pas nocives (3) afin de pouvoir soi-disant mieux nous aimer, mais au fond nous faire rentrer dans ses critères et ses préjugés, il vaut mieux s'en éloigner. Notre bonne apparence est celle dans laquelle nous nous sentons à l'aise, pas celle qui nous vaut l'appréciation du regard des autres. Si elles coïncident tant mieux, sinon, tant pis. Séduire est réducteur et dangereux comme unique but d'une vie.

 

 

(1) Depuis que je suis devenue libraire et triathlète, je ne fais plus partie de cette catégorie. Et j'en suis fort aise : avoir quelques muscles aux bras facilite réellement la vie.

(2) À propos de mettre un nom, autre article fort instructif, celui-là de Bejamin Pierret

(3) Par exemple si quelqu'un est alcoolique, drogué, trop fumeur, dépensier ou violent et que son conjoint tente de l'en détacher, c'est assez nettement pour son bien.