L'objet de ma vie - préparation

 

    Dans le cadre d'un projet de L'aiR Nu, L'objet de ma vie, j'ai ce week-end tenté de réfléchir au sujet d’un objet qui compte (ou a compté) dans mon existence, à partir duquel je pourrais évoquer un moment de ma vie.

Quand le sujet avait été une première fois dans un message en juin évoqué, j'avais pensé quelque chose comme Oh la jolie idée et puis je m'étais replongée dans mon rythme métro ou vélo, boulot, dodo. J'avais en juillet deux semaines de congés. Mais la première a filé de choses et d'autres, dont des rendez-vous médicaux pour surveiller que tout va bien ou réparer quelques petits bobos mécaniques, de l'intendance domestique et du sommeil nécessaire, et la seconde en Normandie a été trop courte pour tout. Il nous a aussi fallu encaisser le choc de la fin brutale de notre période semi-lyonnaise, liée à l'emploi du Joueur de Pétanque. Ç'avait été un premier truc à encaisser de savoir qu'il devait partir loin alors que nous étions confinés (1), puis un autre d'apprendre que la période qu'il m'avait annoncée prévue pour un trimestre, deux au max, devrait se prolonger jusqu'à fin décembre, parce que la vie quotidienne n'était pas si simple du fait d'être séparés. Comme suite à la pandémie en Inde et parce qu'un bureau d'études y était qui ne pouvait plus fournir de plans dans les délais, et que dès lors le projet pour lequel sa présence était requise avait été redistribué, il n'était plus question que de fin août, ce qui augurait de bons week-ends partagés (2) passés à explorer la ville. Et, soudain, à la veille ou peu s'en fallait de partir en congé il apprenait que sa présence n'était plus souhaitée, le contrat terminé. 
L'incessant changement de perspectives, de rythme auquel il avait fallu s'adapter, nous a mis un grand coup de fatigue. À lui d'abord, à moi aussi, par ricochet.
Aucun répit pour songer à la moindre petite expérience littéraire, si sympathique fût-elle.

Puis le 15 août j'ai fait une chute, sans réelle gravité mais qui m'a mise KO au sens littéral et d'une fatigue renforcée sur la quinzaine d'après. Je ne parvenais à assurer, bon an mal an que le travail pour l'employeur. 

Il aura donc fallu attendre ce week-end pour que je puisse enfin penser à l'objet et rencontrer ... aucune idée.

Rien. Nada

Ce fut ma surprise. 
Puis j'ai compris qu'une succession d'événements m'avait conduite à un extrême détachement : il y a eu l'épisode du voisin voleur en Normandie et de la petite maison dépouillée au fil des mois de ce qu'elle contenait, le fait qu'en 2017/2018 j'ai dû trier, jeter, garder, déménager, toutes les affaires de mes parents, ce qui a eu dans mon cerveau un fort effet d'archivage : convoqués à la vue de tel ou tel objet, les souvenirs sont revenus puis se sont soigneusement remisés dans des boîtes dûment étiquetées par années, aux accès désormais mesurés (3), dans les années précédentes je m'étais fait voler un appareil photo et en 2017 subtiliser mon téléfonino (sans doute tombé de ma poche mais dans un amphi, l'honnêteté aurait pu conduire à ce qu'il me fût restitué, je l'ai cherché tout de suite après), en 2017 toujours voler mon sac à dos d'ordi avec hélas non seulement l'ordi (le moins grave j'avais toutes sauvegardes), mais le précieux vieux carnet d'adresses de papier, et des carnets de notes, car j'étais allée travailler à la BNF avant de prendre mon poste à la librairie où je travaillais alors. 
Au fil des ans nous avons par ailleurs souvent été victimes de vols : une voiture (retrouvée ensuite), un vélo, un violon ...
Quelques deuils et ruptures subies, pour faire bonne mesure et voilà qu'en 2021, je n'arrive plus à penser à un objet précis, est-ce que je tiens encore à quelque chose, est-ce que je n'ai pas déjà intégré le fait que rien ne m'appartient tout à fait, qu'on ne fait que passer et avoir avec certains objets, un temps un bon usage. Puis il se casse, il disparaît, nous changeons d'usage, il se transmet, ce n'est plus "notre" objet.

Je remarque (les écrits restent) qu'il y a quatorze ans j'avais su répondre sans sourciller à une question voisine qui circulait de blogs en blogs : 
Citez sept objets auxquels vous tenez et racontez pourquoi. 

J'ai vieilli, je crois.
Il va falloir que je réfléchisse, il doit bien y avoir quelque chose qui me rappelle quelque chose qui fait sens. À défaut d'y tenir qu'un souvenir y soit raccroché; 

 

 

(1) Je ne pouvais aller le rejoindre. Lui seul avait le droit de rentrer certains week-ends.
(2) Je pouvais le rejoindre après ma semaine de travail et rentrer le dimanche soir, les trains fonctionnaient et le droit d'y être.
(3) Finis les flashs intempestifs, désormais ils sont comme des albums photos que l'on feuillette au moment où l'on a décidé que l'on feuilletait un album photo.

 


TIL rigolo du dimanche

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    Le dimanche plus encore que les autres jours, j'adore apprendre des choses totalement inutiles, mais que je trouve marrantes. Aujourd'hui c'est donc grâce à un touite d'Ali Arikan, que j'apprends que le chanteur du groupe The Offspring qui eut son heure de gloire quand mes enfants, à présent adultes, étaient petits c'est dire si ça date, Dexter Holland est aussi un scientifique qui participe ou a participé à la recherche pour lutter contre le SIDA (1).

Si c'est pas beau, ça ! 

En passant, quelques mots sur leur tube Pretty fly (for a white guy) qui prend en dérision bien des clichés. Et des nouvelles du groupe. (article paru le 15 avril 2021 dans The Rolling Stones).

Dans la foulée et par une bouffée d'optimisme que je trouve assez osée, je nous ai prévu d'aller à un concert, mais pas d'eux, rien à voir sauf qu'il s'agit de musique, le 14 août 2022. J'ai clairement la sensation de participer à un délire collectif, mais mon côté technophile a pris le dessus et une solide envie de se projeter, comme un vœu pieu, post-pandémie.

 

 

(1) Extrait de son article Wikipédia 
"Holland and co-authors published a paper in PLoS One regarding microRNA in HIV genomes,[15] titled "Identification of Human MicroRNA-Like Sequences Embedded within the Protein-Encoding Genes of the Human Immunodeficiency Virus". The original academic paper describes the use of computational molecular biological (in silico) approaches to identify microRNA-like sequences in HIV. These sequences are suggested to have evolved to self-regulate survival of the virus in the host by evading its immune responses and thus influence the persistence, replication, and pathogenicity of HIV'' 


Une tellement tout autre époque


    Ce n'est pas de la nostalgie mais chez moi une stupéfaction perpétuelle de mesurer à quel point les temps ont changé du moins les temps de nos pratiques matérielles. 
Je suis heureuse en cela d'être de ma génération : ayant connu l'avant, j'ai pu goûter un monde moins frénétique, où l'on pouvait prendre son temps (ce qui convient mieux à mes capacités physiques et à ma façon d'aborder la vie, je n'aime pas la hâte en dehors des moments où elle est le but du truc (par exemple lors de compétitions sportives de vitesse)), ayant connu la période de mutation, j'ai pu goûter à l'entre-soi généreux des pionniers (1), et je profite à fond des avantages actuels des moyens efficaces de connexion.

Alors ce billet de Marc Zaffran / Martin Winckler me parle totalement. 

J'y ajouterai ce qui paraît dingue vu d'aujourd'hui : que je me souviens d'un temps au mitan des années 80 du siècle précédent où dans une équipe de 5 à 6 informaticiens d'un service central d'une grande banque française on se partageait 3 ordinateurs, auxquels on accédait à tour de rôle pour y taper les programmes que l'on avait au préalable écrits à la mano sur nos blocs notes, puis les compiler, puis une fois toutes les erreurs de compils résolues, les lancer - généralement de nuit tant il fallait de temps pour que ça tourne -, puis récupérer les résultats, généralement sous forme de longs listings à bords troués, que sortaient de rares imprimantes à aiguilles. C'était du temps des modems (avant même ceux-là), quand les disquettes 5 pouces 1/2 étaient des summuns de modernité. À l'époque ça ne choquait personne que le temps de travail englobe celui de causer avec des collègues en attendant son tour à l'ordi. Il y avait un stress spécifique qui lui a disparu : celui de prendre 24h dans la vue lorsqu'un programme ne donnait pas le résultat escompté et qu'il fallait attendre la nuit suivante pour que modifications faites, il puisse tourner.

Dans la même soirée, via une publication d'Arte, je suis tombée sur une vidéo d'un tube de Tears for fears que je n'avais jamais vue, car durant l'essentiel des années 80 je n'avais pas la télé (ni temps à loisirs, ni argent à dépenser dans du non-indispensable) et m'a frappé combien c'était un tout autre monde, si peu automatisé, et où les appels téléphoniques se passaient dans des cabines.

Stupéfaction renouvelée qu'en si peu de temps ressenti, tant de temps soit passé, tant de choses aient changé.

  

 

(1) Oui à un moment de l'internet un message "ce contenu n'est pas accessible de votre région" eût été inconcevable à moins de vivre dans certaines dictatures.


du bruit pour faire dodo

En cherchant à piger ce que voulait dire Dr Caso sur un de ses billets, je suis tombée sur ceci :

[video youtube présentée comme "bruit blanc pour dormir"]

Pour moi c'est un défi de parvenir à écouter plus de quelques secondes, surtout le soir après une journée de boulot que j'ai traversée en n'étant pas en forme (j'ai toujours mal aux côtes et quand même globalement depuis la chute de dimanche je me sens amoindrie). Mais il me semblerait logique qu'une telle efficacité puisse aider celles et ceux de mes ami·e·s qui souffrent d'insomnies.


De blogs en blogs (comme au bon vieux temps ?)


    Ma propension à l'épuisement en ce moment me rend comme absente au monde, j'assure le boulot, je mets les entraînements de course à pied en priorité 1 juste après cette nécessité, et pour le reste je pare au plus pressé, j'essaie de ne pas passer tout le temps non travaillé à dormir (ou regarder du sport à la télé, parce qu'on peut faire ça dans un état de très grosse fatigue en piquant de loin en loin de bon petits roupillons et en se passionnant au réveil).

Alors j'ai bien aimé, vraiment beaucoup aimé quand retrouvant le bureau (table) du salon d'où je peux écrire dans un confort normal (1), j'ai pu lire qu'un de mes billets avait eu un écho proustien chez Alice sur lequel Matoo avait rebondi
Parce que bon, je suis loin d'avoir tout lu chez le remarquable Marcel, il n'empêche que c'est une admiration profonde, un réconfort quand je m'y remets, une sorte d'histoire d'amour. 

Les ami·e·s, vous m'avez fait chaud au cœur. 
Ça serait bien que je trouve le temps d'en causer à Véronique Aubouy, la réalisatrice qui avait entrepris ce projet formidable et fou de Proust lu.

 

 

(1) C'est plus compliqué du fond du lit

#Proust 


Le bonheur, ça peut être ça

 

    Après plus d'une année de restrictions diverses, de craintes successives concernant la santé des un·e·s et des autres, pour beaucoup de tracas d'emploi et pour d'autres de repos forcé - parfois bienvenu, nous n'avons pas toutes et tous des vies confortables -, le bonheur en ce samedi 19 juin 2021, ça aura été de retrouver l'ambiance des compétitions d'athlétisme (ou de triathlon) avec les encouragements pour tout le monde, les participant·e·s qui tentent de se surpasser, le goût partagé de l'effort.

Les entrées étaient décomptées et un masque nécessaire pour entrer mais la plupart des spectateurs ensuite l'enlevait. Nous sommes repartis en tram puis bout de métro, comme nous étions venus et partis à l'heure pour un retour à l'heure du dernier soir de couvre-feu (à 23:00) mais je pense que le meeting a terminé à peine avant. Les athlètes devaient avoir fait un test PCR pour pouvoir participer. L'épidémie est en accalmie, mais très loin d'être finie. 

C'était plus particulièrement pour encourager Syblo, qui devait obtenir sa qualification pour les championnats d'Europe à Tallinn ; ce qu'il a réussi, malgré des conditions de vent assez peu favorables (rafales pleine face dans la ligne droite des arrivées).
C'était bien de rencontrer, même brièvement, celles et ceux de l'EACPA et amusant que ça ait lieu près de Lyon plutôt qu'à Cergy.

 

Meeting de Décines Meyzieux au stade Raymond Troussier 

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En vrac et sans tri ni retravail des images fors deux recadrages pour cause de photobombing un petit album sur Noto

(ex Talegraph)

Plus tard, j'ai appris que la fille d'un ami avait participé avec son club aux courses de l'après-midi. 

 

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Quelques liens pour trouver des rendez-vous de vaccination

En début d'année j'ai fait partie de l'équipe spontanée qui s'était formée de façon informelle auprès d'une vieille amie qui ne s'est pas mise à l'internet. À cette occasion j'ai pu mesurer la difficulté qu'il y avait lorsqu'on était parmi les segments de population éligibles, à dégoter un rendez-vous.

Les choses se sont un peu améliorées depuis.

Tout le monde pour autant n'a pas des heures de libertés à des heures ouvrables pour passer des appels téléphoniques et faire le tour des lieux possibles.

Voici donc quelques liens pour les rendez-vous par internet : 

Le plus connu est doctolib, déjà très au point sur les rendez-vous médicaux avant. Il faut faire partie d'une catégorie éligible.

Vite ma dose est davantage orienté sur les centres de vaccination et le fait de mettre des gens en face des disponibilités.

Covidliste est d'une efficacité impressionnante, en tout cas pour la région parisienne. Il s'agit de ne pas gâcher les doses de fin de flacons ou qui seraient perdues par suite de désistements. On peut s'y inscrire même si l'on n'est pas prioritaires, l'idée étant de ne pas gâcher. J'avais déjà obtenu mon rendez-vous par ailleurs, mais j'ai été contactée pour un reliquat disponible près de chez moi 5 jours après avoir été éligible et donc sans doute un peu prioritaire dans la liste des personnes à contacter.

Ce billet est simplement là pour tenter de faciliter les choses pour qui est déjà convaincu·e de la nécessité du vaccin. Je tiens à préciser que je ne détiens aucune expertise particulière, et la liste n'est pas exhaustive, je n'ai pas (eu) le temps de me lancer dans des recherches fouillées.
Je ne sais rien, et n'ai pas éprouvé le besoin de savoir, du choix des vaccins. Si c'est le but de votre recherche ce billet n'aidera guère.

Ce billet ne répond qu'à l'idée de base de : si seulement si ça peut aider, c'est déjà ça.


The moment I knew (en réponse à une question posée par Dr Caso)

 

    Dr Caso a publié ce billet dans lequel elle nous interroge sur Quand on a su, à quel moment on s'est rendu compte que le Covid_19 allait changer nos vies.

Je m'apprêtais à répondre en commentaires puis je me suis rendue compte que ce commentaire n'en finirait pas. Ça serait plus courtois d'écrire un billet.

D'abord, comme je lis beaucoup d'une façon générale, et qu'il y avait déjà eu un certain nombre d'alertes (comme le SARS de 2003), je savais qu'un jour ou l'autre ça adviendrait. En particulier "La constellation du chien" de Peter Heller, et "Station Eleven" d'Emily St. John Mandel. Je suis certaine que les amateurs et amatrices de SF ou romans d'anticipation connaissent bien d'autres exemples peut-être plus frappants. En tout cas grâce au héros de Peter Heller j'avais déjà mentalement vécu au temps d'une épidémie qui atteint des gens que l'on aime. Je m'étais suffisamment identifiée à lui pour avoir déjà une trace mentale de l'effet que ça fait. Joint à quelques paroles rares de mes parents évoquant les temps durant lesquels la poliommyélite et la tuberculose faisaient des ravages, j'étais en quelque sorte "préparée" à ce qui est advenu.


Ce n'est pas forcément confortable parce qu'on aborde le cas réel sans la petite besace d'illusions initiales qui au départ protège l'esprit humain de se manger frontalement l'ampleur du problème. Ainsi, je savais déjà pertinemment qu'un virus n'a pas d'état d'âmes : il s'attaque à tous les organismes dès lors qu'il les croise. C'est après qu'il peut réagir différemment (ou plutôt : engendrer une réaction différente selon l'organisme attaqué). Mais il n'a ni âme ni indulgence et il ne se montrera pas plus clément envers un bouquet de joueurs de pétanque du dimanche qui n'auront pas su différer leur sacro-sainte partie, ou des croyants qui se rassemblent pour prier, même si le dieu invoqué trouve cet effort méritoire, qu'envers des gens qui iront danser entassés en boîte de nuit (du moins avant qu'elles ne ferment).

Le moment où j'ai compris que c'était du lourd, était en janvier, en suivant les infos internationales, et j'avais pensé, leur sorte de pneumonie, à Wuhan, ça a l'air sévère. Mais j'avais l'illusion que si on contrôlait la circulation des gens, en particulier les passagers des avions, qu'ils soient testés, ça resterait en Asie, un peu comme le SRAS l'avait fait. 

Le moment où j'ai compris que l'humanité était dans son ensemble mal barrée c'est le jour de l'annonce de la mort du docteur Li Wenliang, le 8 février 2020.
(extrait de mon billet)

D'un point de vue rationnel il me semble évident : 

Que pour l'instant du moins (ça peut changer très vite, je m'en doute) en France le risque de chopper la grippe classique est bien plus élevé (2) que d'attraper le 2019-nCov ;

Que si l'épidémie se répand à Paris, on aura beau faire, nous risquons d'être en contact avec le virus que nous le voulions ou non ; et tant que nous devrons les uns ou les autres aller travailler, nous n'aurons pas la possibilité de rester confinés. Sans même parler des courses à faire. Dès lors est vaine toute stratégie d'évitement. Qui vivra verra (3).

Il me semble que cette approche calme aura peut-être pris fin ce matin.

 

Dès le 11 février, dans un billet dont ce n'est pas le sujet principal - la vie suivait son cours, je cherchais du travail et en attendant me débatais avec Pôle Emploi afin de faire reconnaître mon plus récent CDD qui suivait un CDI dont j'avais démissionné en période d'essai -, conscience des perspectives d'un confinement, je notais ceci :

Des personnes sont en quarantaine dans des paquebots géants où quelques cas se sont déclarés - dont un au Japon, tout le monde confiné dans sa cabine et des tours de promenade réglementés pour ceux qui en ont des toutes petites sans hublots -.

Conséquences sur lesquelles j'avais lu des articles mais qui commencent à concerner des gens que je connais : toutes nos belles industries, dont celles du luxe, qui avaient délocalisé tout ou partie de leur production en Chine, commencent à sentir la pénurie. Dans certains cas pour des éléments précis, mais dont l'absence est bloquante. 

Et les mêmes industries habiles à délocaliser sont aussi celles qui ont recours aux prestataires extérieurs : chute du chiffre d'affaires ou de la production, résiliation immédiate des contrats. Un ami m'a parlé de connaissances qui s'étaient vu notifier par SMS, de ne pas revenir pour l'instant et que le contrat était suspendu en attendant retour à jours meilleurs. 

J'avoue que je ne pensais pas que les conséquences économiques se feraient si vite ressentir. Je supposais encore à l'ancienne, qu'elles ne précéderaient pas la vague épidémique par chez nous.

Ma difficulté à me projeter dans le futur, trop d'éléments barrant la route, dont mon absence de perspectives rémunératrices immédiates, et la conscience que des tas d'autres problèmes de santé peuvent survenir avant ça, font que je ne parviens pas à m'inquiéter plus que ça. La perspective d'un confinement général ne m'effraie même pas : j'ai de quoi m'occuper avec tout le travail de rangement de l'appartement pendant des mois. Et puis, dans la série À quelque chose malheur est bon, ça pourrait être l'occasion d'écrire à bride abattue.


Les implications de la pandémie jusqu'en France ne me semblent encore ni inévitables ni si directement périlleuses. Je crois que j'ai encore l'illusion d'une possible traçabilité, d'un isolement efficace des cas contacts. 


C'est le 21 et le 22 février 2020 qu'en regardant Rai News 24 dont je viens de m'offrir l'accès avec quelques autres chaînes italiennes qui chez notre opérateur internet constitue un "bouquet" payant, et qui passe un temps en mode "couverture d'une actualité brûlante en direct permanent", que je comprends que ça y est les carottes sont cuites et c'est la fin des haricots, que nos vies, en France aussi, seront menacées et bouleversées.
Un foyer d'infection fait des ravages à Codogno, une petite ville italienne sans histoire et dont le possiblement patient zéro n'a rien à voir d'immédiat avec la Chine, ce qui signifie que ça y est le virus a pris pied en Europe, on ne peut plus faire semblant de croire qu'en interrompant les échanges aériens et en imposant une quarantaine aux voyageurs on passera entre les gouttes.

Voici ce que je notais le 22 février 2020 :

J'avais entendu un flash d'info sur France Cul au matin, et qui parlait d'un bond soudain de l'épidémie en Italie. Je savais donc à quoi m'attendre. Seulement la réalité quand elle est moche dépasse (presque) toujours ce à quoi on s'attendait : je suis arrivée (entre autre sur Rai News 24) en plein direct quasi non-stop sur le coronavirus, comme s'il y avait eu un attentat. 

Le contraste avec les chaînes d'infos française qui tartinaient à loisir sur le thème de Président Macron est depuis 9h au salon de l'agriculture porte de Versailles à Paris, était saisissant.

J'en ai fait sur le moment un petit LT. Et puis comme en France on faisait toujours un peu semblant de Oh mais ça ne nous concerne pas, le virus se détournera de notre beau pays comme l'avait fait le nuage de Tchernobyl, je me suis attelée à la tâche de touiter la partie la plus importante des infos italiennes que désormais chaque soir je suivais. 

C'est donc le vendredi 21 février 2020 que j'ai su que non seulement nos vies seraient impactées mais que nous allions être toutes, tous et chacun d'entre nous en danger et que notre quotidien allait être pour un long moment bizarre, risqué et compliqué, et qu'une fois l'expansion du virus maîtrisée ou des vaccins ou des protocoles de soins efficaces mis au point, il y aurait une longue et terrible crise économique qui s'ensuivrait, laquelle, couplée avec les conséquences de plus en plus menaçantes du réchauffement climatique, risquait de marquer le début d'une époque très sombre pour l'ensemble de l'humanité.

Et à ma petite échelle, j'ai enclenchée le mode Faisons ce qu'on peut et sauve que pourra ... et commandé quelques masques en tissus.

Ce blog est alors devenu une sorte de journal d'une vie quelconque quotidienne au temps d'une pandémie, car j'obéissais désormais à aux mêmes motivations que celles décrites par Dr Caso dans son billet Il faudrait écrire ce qu'on vit ; une impérieuse nécessité de témoigner et partager pour s'entraider à tenir.

 

 

 

 
  



L'Auberge des blogueurs, c'est la fin, déjà


    Voilà, je n'avais pas fait de billet spécifique jusqu'à présent, afin de ne pas attirer l'attention et risquer de dévoiler mon personnage, par des concordances entre ce qui était décrit ici, qui depuis l'épidémie a pris une tournure de diary et les éclipses du personnage que j'écrivais.

Seulement L'Auberge des blogueurs, c'est déjà terminé.

Même si je n'ai pas pu participer autant que je l'entendais (quelle idée aussi de s'inscrire à un truc collectif alors qu'on vient de débuter un nouveau boulot - nouveau métier à temps plein avec 2h20 de trajets par jour -), cette expérience m'aura menée tout l'été. Je m'endormais en lisant et pensait par moment aux personnages, le jour durant.

J'ai aimé être entourée de personnages bienveillants, ça détendait du monde capitaliste et covidé.

Dans le même temps, il m'a été extrêmement difficile d'écrire hors Covid_19, ce qui était un choix éditorial que pour autant j'approuvais : le temps du jeu d'écriture, extrayons-nous de ce monde malade, prenons respiration.

Sauf que voilà, ce qui me tient dans l'écriture, c'est l'air du temps, le concret des trucs, un aspect de témoignage même dans la fiction. Je suis diariste et chroniqueuse, n'ai jamais trouvé le temps de mener au bout un roman. Je n'aurais pas eu ce problème - faire abstraction de l'épidémie - si nous avions situé l'action dans une autre époque, par exemple les années 80 -. Je me serais alors régalée de retrouver des éléments de ce temps là.

Ça n'aurait pas été une bonne idée collective pour autant : les autrices et auteurs plus jeunes auraient été désavantagés.

Et justement, c'est beau, il y a parmi celles et ceux qui ont écrit des personnes qui ne faisaient pas parti du cercle d'écriture initial, et des plus jeunes parmi elles et ça fait du bien cette ouverture et ces nouvelles sources, dont des blogs ou des comptes Insta à découvrir ... pour comme dab ne bientôt plus avoir le temps de les suivre.

Bon, lire au soir les aventures de tout ce petit monde va me manquer. Je suis contente d'avoir pu participer une fois de plus à une belle aventure et la qualité de l'organisation, la façon dont chaque chose avait été pensée, y compris l'accès bientôt public au forum où les personnages sont à présent identifiés et se causaient, m'ont impressionnée. Je mesure le temps de travail et de réflexion que ça peut représenter.

Have a look, read, and enjoy ! 

 

 

 


Éclaircissements sur le calendrier républicain


  Capture d’écran 2020-07-19 à 17.41.59 Virgile, grand merci à lui, a écrit un thread bref et précis sur les décalages entre les différentes versions maintenues jusqu'à nos jours du Calendrier Républicain. 

Il répond ainsi à une question que je me posais depuis longtemps(1), j'avais bien remarqué les décalages mais croyais qu'il n'existait que deux versions, l'une avec des sortes d'années bissextiles tous les quatre ans et l'autre qui suivait les calculs astronomiques et leurs réajustements permanents avec des comptages humains toujours un peu trop rigides eût égard à la souplesse de la réalité.

L'explication de Virgile me fait comprendre qu'il y a au moins trois versions (je reprends ses termes pour le cas où Twitter nous jouerait des tours, mais allez lire son thread qui explique tout bien et est délicieusement bien écrit (2)) 

1/ Le système effectivement appliqué de 1793 à 1805, à savoir un jour intercalaire tous les 4 ans ;

2/ Le système Romme (3), qui introduit des corrections tous les 100, 400 et 4000 ans, qui semble être celui suivi par @Calendrier_Rep

3/ Le système astronomique, qui se débrouille pour que chaque année débute le jour de l'équinoxe d'automne vrai et qui semble être la version de @Ererepublicaine

 

(1) Je m'étais sans doute déjà penchée sur la question mais sans intégrer le système Romme ou alors j'avais oublié ou ça me restait confus.

(2) J'adore en particulier sa conclusion "Suivez le compte que vous voulez en gardant à l'esprit que prolonger de 228 ans un système bancal abandonné au bout de 14 ans, c'est ludique mais forcément un peu foireux."

(3) Du nom du député Charles-Gilbert Romme qui fut chargé du sujet avant que la Terreur ne le fasse considérer comme un ennemi de la République éligible à la guillotine. C'est ballot on aurait dû au moins lui laisser le temps de faire valider son boulot.