Une admiration

Un de mes anciens camarades de club de triathlon est à présent de niveau international en duathlon. 

Il y avait un championnat du monde ce week-end en Roumanie.

Je l'ai regardé aujourd'hui, en différé, parce qu'hier je travaillais. 

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Quand on aime le sport, c'est absolument formidable de voir les amis se rapprocher du maximum de leurs capacités.
Ça donne de la force. Et je leur en suis reconnaissant.

Il se trouve que cette compétition avait lieu sur un circuit automobile et que ça donnait un résultat visuel fascinant - grands espaces vides, des grilles, pas de spectateurs -.


Sophie Calle au musée d'Orsay après y avoir squatté l'hôtel vide


    Il est bien tard pour écrire et je suis trop fatiguée, mais je tenais à prendre note de combien j'ai apprécié l'exposition de Sophie Calle au musée d'Orsay sur cette chambre 501 qu'elle squatta en journée alors que les travaux de transformation dans le bâtiment commençaient.

J'ai apprécié de pouvoir revoir ce musée (et le tableau des ravaudeurs de parquet), et retourner voir une exposition pour la première fois depuis la pandémie (et même avant car mes contrats successifs d'alors ne m'en avaient guère laissé le temps)). J'ai aimé aussi recroiser des touristes, le méli-mélo des langues, leur air enthousiastes et contents d'être là (ou las aussi, d'ailleurs).

Pas mal de gens, malgré l'absence d'obligation, persistent à rester masqués. J'en fais partie.


Ça me rappelle Daphnée

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À un moment de la journée je vois cette image publiée par Matoo sur son compte Instagram, et je songe instantanément à Daphnée du Maurier sans trop savoir pourquoi. 
Sa réaction me pousse à effectuer une recherche - vive les dimanche où l'on est libre de son temps - et à présent je sais pour quelle raison : 

La source est ici
(Les Cornouailles de Daphnée du Maurier).

et je comprends que mon cerveau leur ait trouvé un air de famille, même s'il manque côté breton un bâtiment en bas à droite d'ampleur.


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Sinon moment d'amusement : les enfants et moi nous sommes rendus compte que nous regardions le même événement, Le Big 9 et qui consistait en des courses à pieds par équipe en plusieurs round. Je regardais via les sportifs (Baptistes Cartieaux et Lucas Vivin) et les enfants pour les streamers. 

Au passage j'ai pu constater que mon temps de course, ni ma foulée, ne serait ridicules si j'étais une streameuse. À force de fréquenter des athlètes presque pro et des triathlètes, je finis par me sous-estimer. Le fait est que je suis la plus lente des femmes qui à mon âge n'ont pas renoncé à s'entraîner. Ce qui me met pas si mal par rapport à l'ensemble de la population. Merci aux streamers qui m'ont permis de le constater (certaines et certains sont très forts, cela dit et qui étaient sportifs avant de se consacrer aux jeux en ligne).


La notion du temps

 

    C'est Dr Caso dans ce billet en passant qui écrit "J'ai perdu la notion du temps avec la pandémie et je ne l'ai jamais retrouvée". Je m'aperçois que tel est mon cas. Tout ce qui est avant semble d'une époque très ancienne. Tout ce qui a lieu depuis ses débuts entre dans la catégorie "hier" même si comme cela fait plus de deux ans que cela dure, c'est un hier qui peut avoir deux ans.

Par ailleurs ce qui est survenu à des dates plus ancienne me semble éloigné calendairement de façon stupéfiante. Pas un jour sans que je recompte une durée sur mes doigts, tellement le calcul mental automatique qui s'effectuait à l'évocation de tel événement datant de telle date me donne un résultat qui me paraît improbable. 

Dans le même temps, dès que je me penche en pensées sur ce qui est advenu pendant toutes ces années, j'y vois de quoi en avoir occupé le double, ça n'est vraiment pas une sensation de "qu'est-ce que j'ai bien pu faire de tout ce temps", c'est plutôt "Wow, pas étonnant que je sois fatiguée, comment suis-je parvenue à faire (face à) tant de choses". C'est leur nombre qui me sidère, comme un footballeur à qui on annoncerait un cumul de buts marqués faramineux depuis le début de sa carrière alors qu'il n'a jamais pris la peine de les dénombrer.

Le fait que les 3/4 du temps je n'en suis pas maître puisque soumise à des obligations salariales, ou par choix embringuée dans des événements (sportifs à présent, musicaux il fut un temps, culturels quand j'étais libraire) avec horaires et préparations, accroît ma perte de repères. J'espère parvenir un jour à une retraite, qu'elle dure des années avec assez de santé et que je puisse enfin retrouver la notion du temps - je ne doute pas que revenue à mon propre rythme, je la retrouve, paisiblement -. 


Deux disparitions


    Triste week-end bien qu'on l'ait rempli de belles activités (sportives, principalement) : j'apprends par un courrier retourné par la poste qu'une amie n'habite plus à l'adresse indiquée - et par ailleurs qu'elle publie en e-book exclusif en autoédition, un ouvrage en collaboration -. Comme je ne suis plus libraire, me voilà sans recours pour en apprendre davantage. 
Sans compter que n'avoir été informée ni de la publication ni du déménagement, est signe qu'elle ne tenait pas tant que ça à notre correspondance partagée. La pandémie aura été rude quant aux amitiés.

J'apprends le dimanche le décès de Miss Tic que Le Monde confirme. Comme dans le cas de F., j'ignorais la maladie à l'œuvre. Nous ne nous connaissions pas personnellement, n'avions fait que nous croiser en diverses occasions de librairie, mais je suivais son travail, qui tant de fois m'avait arraché un sourire dans des moments difficiles alors que je passais dans une rue qui l'abritait. Je me sens d'une certaine façon orpheline.

Demain, il faudra travailler comme si de rien n'était.


Les petits souvenirs du dimanche soir (via Dr Caso)

(domenica)

 

Pour une fois il me reste assez d'énergie pour répondre à l'invitation de Dr Caso au sujet des p'tits souvenirs des dimanche soirs.

 

  • Est-ce que votre maison/appartement doit être toujours impeccablement rangée et propre, ou est-ce que vous êtes assez relax de ce côté-là, ou est-ce que c’est toujours le cheni intégral chez vous?

cheni intégral mais par manque de temps. Dès que je dispose d'un jour de congé sans être épuisée j'en range une partie. Mais sinon le travail salarié + un minimum de sport pour tenter de me maintenir en bon état pompent toute mon énergie, il ne m'en reste plus pour ranger.
Pendant le premier confinement la maison de Normandie est restée nickel : pas de secret, je disposais tout simplement de mon temps.

 

  • Quel a été l’un des moments les plus chouettes de votre vie?
    Le dimanche 12 juin 2005 jour où la libération de Florence Aubenas et Hussein Hanoun nous a été annoncée. Je faisais partie du comité de soutien, et ce fut un jour d'immense allégresse.
    Sinon, j'ai honte car c'était sur fond d'une grande détresse collective, mais : le premier confinement. J'étais avec mon mari, au calme, en paix. Avec enfin l'entière liberté de notre temps pendant plus de deux mois. Jamais je ne me suis sentie aussi libre que lors de cette période où nous étions ... enfermés.

 

  • Si on devait se souvenir de vous dans 100 ans, pour quoi souhaiteriez-vous que ce soit?

    Je crois que ça me gênerait qu'on se souvienne de moi dans 100 ans en dehors de ma descendance si j'en ai jusque là. 
    (pas gagné car pas de petits-enfants à l'horizon)

 

  • Qu’est-ce qui vous rend triste, quand vous y pensez?
    L'état dans lequel nous autres humains avons foutu la planète qui nous a été confiée.
    Puis : les guerres, en particulier celle actuelle en Ukraine.
    Le fait que certains trouvent normal de s'accaparer des fortunes colossales quand d'autres meurent de soif, de faim, d'absence de soins. Le fait que cette tendance se renforce au fil des ans, davantage aux mains de très peu.


  • Quelles sont les trois choses pour lesquelles vous ne dépenseriez jamais votre argent?

    On ne peut jamais dire jamais. 
    Alors si je peux reformuler la question ainsi : quelles sont les trois choses pour lesquelles vous n'avez a priori aucune intention de dépenser votre argent ?
    Je dirais : 
    1/ Des trucs de luxe inutiles et polluants ; 
    2/ De la chirurgie esthétique (sauf si réparation après opération ou accident) ;
    3/ Des tatouages (la mode qui dure depuis une ou deux décennies m'est incompréhensible et elle arrive de toutes façons alors que j'ai la peau déjà fripée)

    Je pourrais ajouter l'achat d'un animal (je conçois mal que l'on puisse acheter ou vendre un être vivant comme un objet) et les paris sur des activités humaines de compétition (1) ; voire animales aussi (oui, le concept même du tiercé me chiffonne)

 

(1) Je veux dire parier sur la couleur du prochain chapeau de la Reine d'Angleterre, pourquoi pas ? Mais pas parier sur des courses, des résultats sportifs ...


Le travail de Florence Aubenas

 

    Alors que je suis en train de préparer ma transmission aux enfants, car la soixantaine approche et que j'aimerais achever mon tour de piste en cette petite planète en étant rassurée sur leur sort (1), je constate que s'il y a une chose et une seule pour laquelle je suis fière de mon passage - à part différentes réalisations à titre personnelle, réussir à passer outre différents petits handicaps que j'avais, ne pas contribuer à la mocheté du monde, ne pas nuire à autrui (ou le moins possible, car on ne sait pas tout) - c'est d'avoir participé en 2005 corps et âme au comité de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun.

Depuis, j'ai admiré et savouré son travail, en étant si heureuse qu'elle puisse le poursuivre comme elle le fait. Infini respect.

Aujourd'hui je suis un podcast du journal Le Soir où elle est interviewée entre deux déplacements en Ukraine, et quelques articles (2). À lire ses propos, le moral remonte.

"Trump, Bolsonaro, la montée du Front national ont été de grandes surprises. Très clairement, on a des angles morts effrayants ! Il y a des choses qui nous sont invisibles. Il faut aller chercher, aller écouter. Parfois on a du mal à trouver notre place, à aller chercher où se nichent les frayeurs, les colères, les doutes."

Merci à Carl Vanwelde d'avoir par ce billet attiré mon attention sur leur publication.


(1) Autant que faire ce peut car le contexte pandémie + guerre + dérèglement climatique n'est pas bougrement porteur d'espérances.
(2) Pardon s'ils sont réservés aux abonné·e·s. 


L'enquête ouvrière

    Par ricochet du blog de Thomas Parisot j'arrive sur ce questionnaire

Il s'applique à des situations du début du siècle précédent, mais quelque chose en transposant les questions irait bien pour maintenant. Il faudrait toujours conserver assez de forces pour pouvoir penser à nos conditions de travail (1), réfléchir à ce qui est normal - on nous paie pour effectuer un travail, il n'y a pas à faire de chichis - et ce qui relève de l'abus de position dominante.

 

(1) Personnellement, dans mon emploi actuel je n'ai pas à me plaindre mais dans ma première vie professionnelle en tant qu'ingénieure j'ai vu une entreprise se dégrader à grande vitesse et dans ma vie de libraire pendant 10 années, j'ai observé quelques situations peu respectueuse des gens (d'autres parfaites aussi, je ne veux pas dire)


 

"Chère lectrice, cher lecteur,

Je vous écris ces lignes vendredi soir, sans savoir si les chars russes seront – ou pas – sous mes fenêtres à l’heure où ce message vous parviendra ce samedi matin. Ces blindés ont été le sujet de toutes les discussions hier. J’ai parcouru Kiev en tous sens, sans les voir. Ambiance irréelle, alors que les forces russes semblaient être en train d’encercler la ville. Ici, de jeunes soldats se préparaient à leur baptême du feu, fusil pointé sur le vide et doigt sur la gâchette. Là, des volontaires de la protection civile bavardaient sans savoir d’où viendrait le danger, ni quand. Situation bien plus tendue sur la route menant à l’aéroport militaire de Gostomel, théâtre de combats acharnés depuis deux jours.

Le siège en règle sera-t-il pour aujourd’hui? En attendant, les rumeurs, notamment sur ces fameux tanks russes qui auraient toujours été aperçus dans la rue d’après, minent le moral des habitants bien davantage que les explosions sporadiques. Sans entamer la volonté de résister. «La Russie est née en Ukraine, elle pourrait bien y succomber», m’a dit un badaud à la station de métro Minska.

Bonne lecture,

 – Boris Mabillard, à Kiev"
 
Je reçois ce matin ces mots via l'infolettre du journal Le Temps, j'espère que partager est autorisé. Ils me rappellent de lointains souvenirs : au Burkina Faso en 1987 après le coup d'État au cours duquel avait été assassiné Thomas Sankara il était question d'une partie de l'armée qui lui était restée fidèle marche sur Ouagadougou en venant de Ouahigouya où elle était basée. Rien à voir avec la puissance de feu d'une armée russe, je ne veux pas comparer plus que ça d'autant plus qu'il n'était pas question de bombardements, seulement l'attente angoissée décrite est la même, et ces mots écrits de Kiev m'ont remis en mémoire ce qu'on peut éprouver dans ces moments-là.

Je me sens solidaire des personnes qui subissent la guerre, ne la désirent, ni ne la souhaitent, admire celles et ceux qui résistent là où elle leur est imposée et celles et ceux qui appellent à la paix là où leurs dirigeants se lancent dans un concours de C'est moi le plus puissant et je veux des morts en mon nom.

Non seulement je me sens impuissante - je ne dispose ni de pouvoir ni de temps ni d'argent (1), seulement d'un droit de vote local qui en l'occurrence ne changera rien et ne pourra peut-être pas même être exercé du fait même de la situation -, mais ne sais que penser, être Européen et vouloir la paix, c'est dans l'immédiat laisser tomber un pays de notre entité géographique qui se fait attaquer, accepter la guerre c'est aller vers l'escalade de l'horreur et foncer vers du pire. Les peuples sont toujours perdants.

En attendant la suite de cet enchaînement négatif, qui semble voulu par un seul homme, nous sommes tenus de continuer nos vies, aller au travail, tenir la maison, maintenir notre condition physique, poursuivre nos petits projets tant qu'ils ne sont pas directement remis en cause. Étrangeté des transitions. 
Il faut être assez aisés pour pouvoir se permettre de se décentrer d'un gagne-pain ou de sa recherche, lorsque surviennent des événements majeurs. Mais ça n'empêche pas de penser aux gens, les comme nous de sur place.

 
(1) Fors petits dons d'entraide, ponctuellement


Apophénie


    C'est la guerre et ne pouvant rien faire, je continue à apprendre des mots nouveaux, dès que j'en ai l'occasion.

Voici donc apophénie, que j'avais peut-être déjà croisé mais oublié, et (re)découvert grâce à Fanny Chiarello.

une apophénie est une altération de la perception qui conduit un individu à attribuer un sens particulier à des événements banals en établissant des rapports non motivés entre les choses. Tout lui paraît avoir été préparé pour lui ne serait-ce que pour tester s'il remarque ces bizarreries. (d'après article wikipédia)

Une autre définition ici. Percevoir des structures ou des relations dans des données purement aléatoires ou sans signification. Le terme a été formé en 1958 par Klaus Conrad, qui l'a défini comme " voir des rapports non motivés " ainsi qu'une " perception anormale de significations ". 

J'en profite pour redéposer ce lien vers quelques figures de styles (mots que je connais puis oublie, puis retrouve assez régulièrement). Et celui-ci vers la paronomase que j'avais oubliée mais que Samovar m'a remise en tête.