La Corée près de chez toi

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Depuis que la nouvelle rue est ouverte qui va de Pont Cardinet au Tribunal de Paris, je l'emprunte à la moindre occasion. D'abord parce qu'elle me permet de rentrer agréablement à pied - contrairement à l'avenue de Clichy qui est très chargée de circulation et pas très accueillante -, ensuite parce que je savoure ces nouveaux quartiers pour moi sans souvenirs.

C'est l'un des poids de vivre très longtemps dans la même ville : chaque pas fait surgir foison de souvenirs, et si ça n'est pas désagréable en soi, c'est fatigant à la longue. Je dois faire en permanence un effort pour me dire Je suis maintenant. 

Dans ce nouveau quartier du XVIIème, c'est relâche : il n'était pas accessible avant, il s'agissait d'un domaine de la SNCF je crois, et pas ouvert au public en tout cas. 

De plus cette rue en particulier avec les architectures moderne et variées de ces immeubles, bureaux et logements mêlés me rappelle irrésistiblement quelques quartiers entrevus dans des films de Corée du Sud. Même pas tant l'extraordinaire "Parasites" que d'autres, vus au fil des ans aux Festivals de La Rochelle ou d'Arras et qui m'ont laissée cette impression.

D'où que lorsque je reviens de quelque part dans Paris et décide de au moins finir à pied en passant par ce chemin et comme ce fut le cas ce soir, en rentrant de la fête de départ à la retraite d'une amie 

C'est l'un des poids de vivre très longtemps dans la même ville : chaque pas fait surgir foison de flashs back, et si ça n'est pas désagréable en soi, c'est fatigant à la longue. Je dois faire en permanence un effort pour me dire Je suis maintenant. 

Dans ce nouveau quartier du XVIIème, c'est relâche : il n'était pas accessible avant, il s'agissait d'un domaine de la SNCF je crois, et pas ouvert au public en tout cas. 

De plus cette rue en particulier avec les architectures modernes et variées de ces immeubles, bureaux et logements mêlés me rappelle irrésistiblement quelques quartiers entrevus dans des films de Corée du Sud. Même pas tant l'extraordinaire "Parasites" que d'autres, vus au fil des ans aux Festivals de La Rochelle ou d'Arras et qui m'ont laissée cette impression.

D'où que lorsque je reviens de quelque part dans Paris et décide de au moins finir à pied en passant par ce chemin, appeler en mon fort intérieur ce mode de retour  Passer par la Corée pour rentrer.  Ce fut le cas ce soir, en revenant de la fête de départ à la retraite d'une amie, je suis descendue métro Rome - lycée Chaptal souvenirs de classes prépa 1981 - 1983 ; rue Boursault, chambre d'étudiante de mon amie Françoise, mêmes années ; Notre Dame des Batignolles, mariage de mes parents ; square des Batignolles ancienne collègue et amie qui logeait près d'ici, un restaurant où nous étions allés en bande un soir après une signature avec mon ami François, celui qui habite loin de Paris, départ traditionnel des 10 km du XVIIème, souvenirs avec les potes du triathlon et puis je traverse près de la gare de Pont Cardinet, et hop, presque plus de claques mémorielles, et je suis en Corée, un quartier familier, près de mon hôtel peut-être, ça y est j'ai mes marques, mais aucun souvenir marquant. Et puis à chaque fois je remarque de nouvelles choses (1), vraiment comme une touriste qui découvrirait une ville. Me voilà en sensation de congés. Ma fin de soirée se déroule en vacances.

Et puis soudain voici qu'apparaît ... Un restaurant coréen avec une partie de l'enseigne dans la langue.

Je crois que j'ai inventé le voyage loin zéro carbone instantané. 

(et j'en riais encore en arrivant chez moi)

 

 

(1) En réalité parce qu'en ce moment à chaque fois, quelque chose à ouvert, un morceau de chantier s'est terminé, un passage est accessible ou alors était ouvert mais désormais sous code d'accès.


L'athlétisme, on y revient

(video personnelle : Le ballet des poseurs de haie)

Parce que Filip Ingebrigtsen avait annoncé sa participation via son compte instagram ; puis que son frère Jakob en avait fait autant, je m'étais offert un billet pour le meeting de Paris à Charlety.

Je ne crois pas avoir déjà assisté à un meeting d'athlétisme dû moins à ce niveau et j'ai été enchantée et fascinée. Au point de souhaiter d'ores et déjà prendre les places pour le championnat d'Europe l'an prochain et les J.O. de 2024 (pour ce qui est de louer notre appart à prix d'or et se réfugier en Normandie pendant la compétition, c'est raté ;-) :-) !)

J'ai une admiration particulière, doublée de reconnaissance, pour les frères Ingebrigtsen, pour la famille en fait : la série-réalité dont ils sont les protagonistes, du moins dans les épisodes axés sur leur travail, m'a donné un supplément de courage pour un peu tout. Or il en faut lorsque l'on a une béta thalassémie mineure, qu'on se bat pour travailler et qu'on a un esprit qui pousse au sport et un corps qui a défaut d'être doué aime et réclame ça. On voit en les suivant à quel point le travail paie ("Rien ne résiste au travail" dit Pierre Trividic, et là on le voit physiquement sur des efforts concrets) et ça donne de la force pour soi-même se bouger.

Alors je n'allais pas manquer une occasion de les voir en vrai. Sur 1500 m c'est 3 minutes 30 et donc un peu frustrant, mais effectivement fabuleux - pour qui s'intéresse assez suffisamment aux sports au point de pouvoir apprécier les subtilités techniques en plus que d'être bluffé·e par la vitesse. 

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C'est l'ensemble du meeting qui a été un éblouissement, en particulier le ballet de celleux qui secondaient, toute cette chorégraphie, l'organisation millimétrée (libérer telle partie du stade pendant que telle autre est occupée, préparer la suite dans une partie ou ça peut).

J'ai seulement été déçue que la perche soit dans un endroit entre la piste et un gradin où lorsque l'on était en face on ne voyait pas bien, l'athlète se détachant peu sur la foule en arrière-plan et légèrement gênée par le fait que comme tous les athlètes soutenus par un même équipementier avaient le même maillot on avait l'impression d'une seule et même équipe, ce qui n'était pas le cas.

Pour le reste, que d'exploits ! et comme c'est impressionnant vu directement, avec notre propre choix de ce que l'on souhaite suivre.  


Photo d'autrefois

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Cette photo, retrouvée dans les affaires de mon père quand j'ai rangé trié déménagé la maison de mes parents, me fascine. L'homme à gauche est mon père jeune, la photo date probablement des années 50 à Paris. Elle n'était pas dans un album, il n'y avait pas de noms, je ne sais rien de plus et plus personne n'est là pour pouvoir expliquer.

En fait j'ai l'impression qu'elle pourrait s'intituler : 

Mon père et des ami·e·s dans un roman de Modiano

ou peut-être 

The no-name café 

Je m'aperçois que je ne sais rien, ou très peu, des amis de jeunesse de mes parents.

Quelques bribes du côté de ma mère car nous avons gardé un lien fort avec La Haye du Puits où elle a grandi. Une de ses amies d'enfance est même venue à ses obsèques et je lui en sais gré.

Des anecdotes du côté de mon père qui me racontait dans ses bons jours volontiers "Quand j'étais petit" ou "Quand je venais d'arriver à Paris". Seulement mon père faisait comme je le fais quand je relate un épisode qui implique des tiers, il ne les nommait pas, ne divulguait d'elles ou eux que ce qui avait un sens pour l'histoire qu'il avait envie de raconter. Ou alors il donnait les surnoms, car en Italie avec l'usage des diminutifs sur les prénoms, c'est courant. Donc il y avait le copain qui était une armoire à glace mais était tombé KO au premier coup de poings (bagarres de fin de bal musette), l'autre pote qui était "une force de la nature", et ses exploits horticoles et athlétiques, en plus de son boulot d'usine, etc., toutes  personnes sans autre désignation. Des prostituées d'un hôtel où il logea un temps près de la porte maillot et qu'il semblait tenir en estime et réciproquement quand il avait installé sur le WC collectif à la turque un système rabattant et la plomberie qu'il fallait pour les transformer en douche quand on le souhaitait. Il s'empressait de préciser qu'il n'était pas client, et que contrairement à d'autres il les respectait. Il racontait que son dispositif avait eu un inconvénient par ricochet : parfois les toilettes étaient longuement occupées par quelqu'un qui se lavait. C'était l'après guerre en France et les installations sanitaires laissaient à désirer. 

Un nom demeure car il s'agissait d'un couple que mes parents ont fréquenté durant mes petites années : Peppino ; je crois me rappeler qu'ils étaient plus aisés que mes parents. Et que par ailleurs lui était mort, car plus âgé (mais pas tant que cela ?), que c'était pour ça qu'ils ne se voyaient plus. Ou parce que d'autres avaient vers la fin ses faveurs ?

De loin en loin nous allions chez des collègues de mon pères ou eux venaient à la maison. Mais ma mère manquait d'enthousiasme, au fil des ans ce type de fréquentations s'est effiloché. J'y ai sans doute involontairement contribué car on m'avait fait croire que j'avais peur des chiens. Alors quand on allait quelque part où il y avait un chien, ses maîtres l'enfermaient à cause de moi et ça me rendait malheureuse, le chien pleurait derrière une porte, tout ça devait plomber l'ambiance. Après la naissance de ma sœur je pense que ma mère refusait les déplacements du dimanche. S'est alors ouverte la période, tout le monde en voiture et on se promène en voiture, l'usage de la voiture comme une fin en soi, on est heureux d'en posséder une, tout le monde n'en possède pas (1) ; avec éventuellement trois pas dehors dans un joli endroit (L'Isle Adam, le château de Compiègne, Chantilly ...).

Voilà pourquoi je n'ai aucune idée de qui sont les personnes sur la photo, probablement des fréquentations de mon père entre son arrivée d'Italie et le moment où il rencontra ma mère, dans le bus pour aller au travail, qu'ils empruntaient régulièrement vers Nanterre aux mêmes heures, avant que le travail pour lui, puis pour elle, ne migre à Poissy (2).

Il y eut bien sûr des fréquentations de voisinage - je me souviens des noms des voisins à Chambourcy alors que nous en sommes partis quand je n'avais que 5 ans 1/2 -, des fréquentations de parents d'élève - la famille Duval dont la petite Hélène était une grande amie de ma petite sœur, dont je me suis souvent demandée ce qu'ils étaient devenus -, des fréquentations via des activités, sportives en particulier, que ma mère pratiquait. Tout ça eut lieu plus tard, et peu de fêtes, sauf de famille avaient lieu à la maison. Les dimanche étaient de bricolage pour mon père, de sports dehors ou d'heures studieuses pour moi, ma sœur sortait peu et ma mère avait toujours quelque chose à faire. C'étaient des vies de travail, week-ends compris. La détente c'était : regarder la télé. Et donc personne ne venant qui aurait correspondu pour l'un ou l'autre de mes parents, aux années d'avant. 

Sur cette photo, qui sont les gens ? Quel(s) étai(en)t leur(s) lien(s) ?
Et où était ce café (potentiellement à Paris vers le XVIIème arrondissement) ? 

 

(1) rien à voir avec l'écologie ou le fait que les transports en commun suffisent. Tout à voir avec l'argent qu'il faut pour en acheter une. Le vélo est encore un moyen de transport comme un autre, mais qu'on rêve de laisser tomber pour l'auto ou, si l'on est encore jeune mobylette ou moto. Les scooters en France sont rares, mais en Italie très courants. 

(2) aux usines Simca  


Annonce apeçue en fin de journée du décès de Jean-Pierre Mocky

 

    La journée ne s'est pas du tout déroulée comme je me l'étais figurée : aller courir, aller au ciné, m'accorder une sieste, avancer la part de rédaction personnelle sur mon projet, ranger tant que j'étais seule, écrire en soirée.

Je me suis levée trop tard pour courir, j'ai été au ciné mais finalement pas pour voir le film que j'avais en vue (documentaire sur le travail de Thomas Pesquet, éventuellement celui sur la chute de Weinstein : les deux ne sortiront que plus tard) mais un autre quoique documentaire également (celui sur Diego Maradona), je n'ai pas fait de sieste immédiatement, mais j'ai cherché des compléments d'informations, et quand je me suis accordée la sieste prévue ce fut pour être réveillée par un appel téléphonique. Quant à la soirée elle aura été curieusement bouleversée par l'annonce du décès de Jean-Pierre Mocky. 

Capture d’écran 2019-08-09 à 00.32.55 C'est je crois un touite de Virgile qui m'a alertée en même temps que me parvenait une alerte du Monde .

La filmographie du cinéaste ne m'est pas très connue, je l'avoue et j'ignorais (ou j'avais complètement oublié) qu'acteur fut son premier métier. 

Il se trouve que je l'avais croisé à Livre Sterling où il était venu tourner une scène pendant une journée, que mon patron le connaissait alors du coup par ricochet de souvenirs (plus que par connaissance de cinéphile) sa mort ne me laissait pas indifférente. 

Et qui accessoirement aura ouvert pour moi, engloutissant ma soirée, la trappe d'un trou de mémoire abyssal - même pas l'impression que "Ça va me revenir" - : quel était donc le film dont une scène fut tournée à Livre Sterling par un frais jour du printemps 2012 ?

Rien ne me venait.

Alors j'ai entrepris des fouilles archéologiques dans mes propres blogs, hélas pas le fotolog même si j'ai pu vérifier mes copies générales d'écran. 

Au passage j'ai retrouvé, une jolie photo de Yéti 6a00d8345227dd69e201a73d7ce956970d-500wi

, un billet de blog qui m'a fait rire (ô temps insouciants où l'on pouvait reprocher à un président de la République sont inconséquence sentimentale plutôt que la violence de la répression commise en son nom), d'autres qui m'ont émue et que je ne relierai pas ici, beaucoup de nostalgie - toujours eu ce sentiment contrairement à mes expériences ultérieures, que mon temps à cet endroit n'était pas parvenu jusqu'à son terme, de même que ma relation avec FDK, alors que bien d'autres choses vécues depuis ont eu lieu, se sont achevées et font calmement partie de mon passé -, et enfin le billet qui me permettait de retrouver sinon le titre du film du moins la date à partir de laquelle il serait plus aisé de le retrouver. 

Je le reproduis ici, puisque ça concerne le souvenir du défunt cinéaste : 

366 - action éclair

 

J'arrive au travail, tombe face à face et amoureuse d'une camera, rencontrée il y a 5 ou 6 ans dans mes rêves, sur le champ un monde fou, le contre-champ pas mieux, mon patron me fait malgré tout signe d'entrer, j'aime le spot qui éclaire fort, il me réchauffe la moëlle des os, sous la foule le petit chien affectueux me fait la fête, reconnaissant parmi le peuple humain qui a envahi son univers diurne un élément ami, tandis qu'au dessus de nos têtes grommelle Jean-Pierre Mocky.

Puis tout soudain, les lieux se vident, la librairie redevient ce qu'elle est : une boutique où se pourvoir en lectures ; seulement entre-temps les clients ont regagné leurs bureaux et qui pour la plupart ne repasseront qu'au soir.

Heureusement arrive une amie dont la présence m'accorde une transition douce entre le tourbillon du tournage et le tout-venant de l'après-midi.

L'intermède cinématographique n'était pas prévu. C'est le patron qui a intercepté le réalisateur, sensible à l'offre (bénévole). 


366 réels à prise rapide - le projet
 

 366 réels à prise rapide - les consignes.

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C'était dans le cadre d'une participation à un jeu d'écriture ; mais la présence de l'équipe du tournage avait été réelle. 

Je peux me coucher en (relative) paix avec mon trou de mémoire : il ne me restera que trois films à visionner. Le gag serait que la séquence à la librairie n'ait au montage pas été conservée.


En traversant Paris aujourd'hui

 

    Depuis que je suis parvenue à prendre le temps de refaire enfin reconnaître mon pass navigo par les nouveaux vélibs, j'en ai retrouvé l'usage. Ils sont quand même bien dégradés globalement, et les stations moins nombreuses qu'avec le système précédent. Mais ça me manquait réellement des vélos en libre service car j'ai un usage vélo + métro important.

Parmi l'offre de free-floating que le ratage du changement de concession avait multipliée, les Mobike n'étaient pas si mal et je m'en étais un temps contentée, avant qu'ils ne décident soudain que ma ville était hors zone - alors qu'à côté Levallois restait admise, à même distance de Paris -, entraînant une facturation de 10 € puis 50 € si jamais un de leur vélo y était laissé. J'en vois moins à présent. Je suppose qu'un nombre non négligeables d'abonnés dans le même cas que moi n'ont pas renouvelé un abonnement qui ne leur permettait plus de rentrer chez eux.

Les vélibs, anciens comme nouveaux, disposent de stations proches de chez moi, pas souvent très remplies mais permettant au moins le retour, c'est déjà ça.

Près de Port Royal j'ai vu des agents de police à vélo (je ne sais s'ils sont de police nationale ou municipale) enregistrer au moyen d'une sorte de téléphone tous les véhicules en free-floating, trottinettes électriques et vélos qui avaient été déposés alentours. J'avoue que je ne serai pas contre un brin de régulation. Les trottinettes électriques présentent un réel danger, trop silencieuses et roulant souvent sur le trottoir elles sont sources d'accidents (ou de splendides tressautements) pour les piétons, et elles sont déposées absolument n'importe où n'importe comment. Les vélos en free-floating sont moins gênants en circulation mais posent également un problème de place. D'accord ce sont des déplacements moins polluants que l'automobile en terme de gaz d'échappements, seulement ça ne sont pas non plus des solutions de rêves d'un point de vue écologique. Fullsizeoutput_1883

Comme un chèque déjeuner m'avait été confié, j'ai pu m'accorder un repas complet dans un charmant restaurant café. 20190807_125146

Il faut désormais veiller aux dépenses, chômage oblige et incertitude sur la suite, donc je n'y retournerai sans doute pas rapidement, mais je note ainsi la bonne adresse. De plus en plus fréquemment et face à l'invasion généralisée du hamburger sous toutes ses formes - je n'ai rien contre un très bon de temps en temps, mais le hamburger frites ne me fait pas saliver -, je goûte des plats végétariens voire végétaliens et constate qu'ils sont souvent bons. C'était le cas aujourd'hui au Débonnaire.

J'ai croisé une belle voiture de collection mais j'ai raté sa photo 

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Oui parce que je fais partie de celles et ceux qui rêvent d'un usage minimal de la voiture mais j'apprécie les modèles de collection. Je l'écrivais il y a quelques jours dans le Petit Journal. Les êtres humains moyens sont fort bien équipés en contradictions.

Ce Paris vide et calme du mois d'août me ravit, même si je m'inquiète d'une éventuelle absence totale de vacances si l'homme de la maison prend les siennes trop tard alors que je peux avoir du travail ou poursuivre un projet qui m'en créerait. Je n'ai pas non plus envie de partir maintenant sans lui. Ni envie qu'il parte début septembre en me délaissant. Même si elle a été heureusement infiniment moins triste que l'année 2016/2017 et moins surmenée que l'année 2017/2018 (entre le travail salarié prenant et le déménagement complet de la maison de mes parents), l'année 2018/2019 aura été intense, j'ai vraiment consacré du temps et de l'énergie à une reprise de librairie qui finalement ne s'est pas faite pour des raisons financières, mais ce fut du travail, j'ai effectué auparavant de nombreux remplacements, et tenir une émission littéraire hebdomadaire sur une radio associative ne se fait pas sans la préparer, bref, il y a un moment où des vacances, même les plus simples, feraient du bien. 

En attendant, je fréquente la BNF avec assiduité. 


Retour à pied

 

    La jeune femme dit à une amie Je me souviens de tes couleurs.

Il pleut comme si le ciel s'employait à renverser des seaux. Nous venions de parler du film "Parasite" et de la longue séquence de forte pluie. D'un seul coup, nous étions dans le film, avec les ami·e·s.

Je décide par sagesse de rentrer en métro. Ce n'est pas mon mode de transport favori surtout pour venir de là où nos chemins se quittent aujourd'hui : deux changements et le risque ligne 13 de tomber sur la rame qui à la Fourche file vers le mauvais côté. 

La jolie phrase de Léa occupe mes pensées, une fois les ami·e·s quitté·e·s. C'est sans doute ce qui provoque en moi une bouffée d'optimisme ; lorsque j'arrive à l'entrée de la station, la pluie a ralenti, je me dis qu'elle va s'arrêter, que je peux bien rentrer à pied. Et puis une fois chez moi, pas de problèmes, je pourrais me sécher. 

C'était une feinte météorologique, alors que j'ai opté pour la marche à pied, elle redouble. Je vais rentrer drinchée. Ne restera plus qu'à ajouter le savon.
(puis à rincer)
(sécher)

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Je descends de Montmartre et l'eau ruisselle. Elle se souvient qu'il y avait là une colline à dévaler. La ville doit s'adapter. Ses caniveau débordent. 

Boulevard Berthier les voitures joueront aux aventurières passant à gué donnant cette illusion aux conducteurs de piloter.

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Métro Guy Môquet, un coup d'avertisseur moto, un bref éclat de voix. Une dame âgée est tombée, un motard redresse sa machine. Le compagnon de la vieille dame l'aide à se relever. Je me tiens prête à venir aider, mais la dame semble aussi alerte que l'on puisse être lorsque l'on vient de se prendre un gadin sous la pluie alors que l'on tenait un parapluie qu'on n'a pas lâché ou bien tard. Et le motard est descendu qui semble les accompagner sur le trottoir, ils se parlent sans véhémence, les torts sont peut-être partagés - le couple était hors de tout passage piétons -, la moto a peut-être freiné un brin tardivement en s'approchant du carrefour suivant. Et surtout ça a l'air d'aller. 

Je poursuis mon chemin.

Au 104 de la rue de la Joncquière à 16h36 un homme jeune hoodie gris anthracite pantalon noir chaussures de sport sombres, passe par dessus la grille dans un geste d'une telle souplesse sans trop besoin d'élan qu'on a l'impression de qui s'amuse de façon sport à rentrer chez lui, pour un peu j'applaudirais ; à la réflexion et malgré l'aisance, peut-être était-il en train de commettre une effraction. Ma présence en tout cas ne le dérangeait pas - et j'ai passé d'au moins trois décennies l'âge qui peut donner envie aux jeunes hommes de vouloir quêter mon admiration -. Clef oubliée ?

Porte de Clichy sous un abri que constitue une pré-entrée d'hôtel se tiennent quelques personnes, une poignée avec un gilet jaune et l'un des gilets jaunes, homme de forte stature, porte un chapeau de cow-boy bleu blanc rouge. Quand je passe à proximité, je l'entends qui énonce des données économiques d'un ton mesuré que son allure ne laissait pas présager. 

Plus loin trois ou quatre véhicules de gendarme quittent la position qu'ils tenaient devant le tribunal. Leurs gaz d'échappement sont particulièrement forts et suffocants, je me demande s'ils ont la vignette crit'air ; ils ont une sorte de mégaphone qu'ils utilisent lorsque je passe pour tenter de mettre une honte à l'homme qui pisse à un angle de la palissade du chantier de la maison des avocats sous l'air un peu ébahi d'un ouvrier de l'autre côté. Tout à son envie qu'on imagine pressante pour qu'il fasse le choix de se soulager là avant de se diriger vers l'entrée du tribunal, il n'a calculé ni les gendarmes qui lui signalent que son forfait pourrait lui coûter 63 €, ni le fait que la palissade du chantier n'est pas franchement opaque vers l'autre côté, ni le fait que je passais tout à côté sur un trottoir peu large dans cette phase des travaux. La pluie s'arrête, comme si cette micro concurrence lui semblait déloyale et qu'elle renonçait à rincer son forfait.

Je rentre trempée mais sans avoir eu froid. Fullsizeoutput_187b

Le livre que j'avais acheté - un seul sur trois qui me tentaient, je sais être raisonnable - malgré le sac à dos sportif imperméabilisé avait pris un petit peu d'humidité. Mon agenda également, que je tiens à conserver de papier car la seule panne en tant d'année fut que deux d'entre eux avec d'autres affaires qu'un autre sac contenait, me furent volés. J'avais joué de malchance, c'était une fin d'année.

 

En rentrant en allumant l'ordinateur pour y déposer les photos prises au téléfonino de Paris sous la pluie j'ai appris que Toni Morrison était morte dans la nuit. C'est quelqu'un que j'admirais sans connaître toute son œuvre, guettant souvent pour la lire un moment de vacances autre que trop actives ou atteintes trop fatiguée, qui n'arrivait (presque) jamais.
Elle imposait le respect.

L'effet d'insouciance de la marche sous la pluie s'est immédiatement dissipé.

Quelles que furent les circonstances de la vie du monde, je sais gré à mes amies de la bonne journée passée.

 

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Le bus obligé


    Mon pass navigo n'est toujours pas reconnu par les néo-vélibs, et je ne parviens pas à prendre le temps de régler cette question (il faudrait que munie de mon identifiant et code en plus du pass je me rende à une station avec du temps devant moi et mon téléphone et appelle in situ - or je ne parviens pas à réunir tout ça, entre les remplacements, mon projet de reprise, les émissions de radio et le triathlon et diverses choses administratives (dont Pôle Emploi) et je cavale sans arrêt -), dès lors pour des déplacements dans Paris sans avoir la possibilité de garer un vélo de façon sécurisée, je prends mes pieds ou le métro. Plus rarement le bus qui ne vaut la peine que s'il est direct et qu'on ne l'attend pas (ou que l'on a le temps de se la jouer touristique).

Ce matin-là j'avais rendez-vous avec celui qui cède la librairie que j'aimerais pouvoir reprendre. Un rendez-vous de très bonne heure afin d'aller aux centres d'approvisionnements d'Ivry, voir comment ça se passait. 

J'étais juste en temps, une autre personne de la maisonnée s'était réveillée et mon départ c'était trouvé différé des cinq minutes qui auraient rendues ma durée de trajet confortable. Du coup pour me rendre à la station de métro (il était trop tard pour faire le trajet à pieds) tranquillement je trottinais, ce qui permet d'y arriver en 6 minutes au lieu de 9. Un bus à un moment m'a dépassée qui allait dans la même direction, je n'y ai pas prêté davantage attention : j'étais porte de Clichy et les travaux encore importants rendent la traversée piéton (et vélo) délicate. Je continuais donc à trottiner vers le métro à vitesse constante et confortable. C'était curieux quand même, ce bus à son arrêt qui ne redémarrait pas. 

Arrivée presque à sa hauteur j'ai soudain compris : le conducteur m'ayant vu courir, et ayant à cette heure matinale fort peu de voyageurs, m'attendait. 

Alors, j'ai pris le bus, bien obligée. Touchée par sa prévenance, merci à lui. Et stupéfaite. Que ma vitesse de croisière, moi qui suis (très) lente en course à pied, puisse être prise pour une vitesse de sprint pour arriver à temps à l'arrêt, c'était une grande première. Le triathlon, ça aide à la vie.

Je suis arrivée à l'heure à mon rendez-vous.

 

 


Les suites de l'incendie de Notre-Dame parfaitement résumées

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... par Alice sur son blog (le billet est plus long que l'illustration que j'en partage ici). Je partage sa sidération pour la virulence des déchaînements, sachant que dans l'ensemble et globalement nous nous sentons toutes et tous bouleversés.

 

Il y avait un bel élan toutes tendances confondues pour être soulagés qu'il n'y ait pas de victimes (1) et vouloir que l'on rebâtisse. 

Et aussitôt, ça s'est déchaîné pour se fritter. 

J'étais récemment à un repas où une jeune femme (c'était avant l'incendie) expliquait sa stupeur quant à ce comportement des français : passer une soirée à presque en venir aux mains sur un ou deux sujets et puis le dîner est presque fini, quelqu'un se lève et propose courtoisement, café ou tisane ou pousse-café et tout le monde redevient les meilleurs amis. 

Nous venons de donner à l'échelle d'une nation un fabuleux exemple de cette capacité à s'engueuler violemment alors que sur l'essentiel nous sommes d'accord, et malgré nos divergences partageons la même émotion.   

 

(1) Les alarmes à incendie ont si bien fonctionné qu'il n'y avait aucun signe ni odeur à telle enseigne que l'organiste et un prêtre une fois l'évacuation des passants et fidèles effectuée étaient rentrés chez eux persuadés d'un exercice ou d'un dysfonctionnement. [lu dans un article de Ouest France]

PS' : J'aime beaucoup ce qu'Alice écrit aussi du jour même. Comme elle s'apprêtait à subir une intervention chirurgicale, le décalage entre la pression de nos vies quotidiennes et cette catastrophe est chez elle encore plus saisissant. 

PS'' : Lu chez David Madore, qui fait partie des personnes qui savent exprimer les choses avec une clarté qui me donne l'impression d'être plus intelligente que moi : 

Petites pensées rapides sur l'incendie de Notre-Dame


Lendemain d'incendie [Notre Dame]

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Cette photo a été prise par Brooke Windsor, juste avant l'incendie et elle tente de retrouver les deux personnes qui figurent si joyeusement au premier plan.

Impressionnant témoignage de l'organiste qui accompagnait une messe au moment où sans autre signe particulier une première alarme s'est déclenchée. À telle enseigne qu'une fois les visiteurs et les fidèles évacués le prêtre et lui ont quitté les lieux en restant persuadés qu'il s'agissait d'un dysfonctionnement [article paru dans Ouest France].

Bel article dans Le Monde détaillant le travail des pompiers.

Belles explications de Clément Saviani (dont j'avais suivi la veille au soir avec grand intérêt les touites sous son pseudo Truelle) au sujet de l'état des lieux et des apparences potentiellement trompeuses 

Bel hommage en français d'un candidat démocrate à l'investiture pour les présidentielles, Pete Buttigieg. Barack Obama, classe, as ever. On a beau savoir que c'est un exercice obligé, on ne peut s'empêcher d'y croire un tantinet. 

Un peu d'humour a d'ailleurs commencé à faire sa réapparition, plus particulièrement en réplique à des touites quasi promotionnels d'hommes politiques (typiquement, celui-ci)

Une intéressante conversation entre deux amis sur la défiscalisation assez importante des dons. Dans ma tête les deux voix co-existent et je ne sais que penser. 

 

Pour ma part, j'ai passé la journée totalement à côté de mes pompes, je ne sais pas le dire autrement, in a daze, la tête ailleurs et un sourd chagrin. Des larmes à refouler. 

Bien sûr, ça n'est pas aussi douloureux que lorsque des vies ont été brisées, seulement il y a réellement quelque chose qui usine intérieurement et qui tient du deuil. 

Je n'ai pas pu travailler à mon projet professionnel comme je le souhaitais. 

Un des trajets que je devais faire m'a amenée, parce que j'avais pris le bus 21 à la suite d'un appel téléphonique (1), à passer devant la cathédrale. 

C'était globalement une drôle d'ambiance ce jour, dans tout Paris. Les gens blafards, si ce n'était de chagrin, au moins d'avoir veillé tard. Des conversations tenues à voix basse. Les seuls que j'ai vus jouer, parler un peu fort, étaient des enfants.

Et dans le bus aux abords de la cathédrale les personnes qui se parlaient, entre autre juste devant moi une mamma africaine et un vieux monsieur des beaux quartiers. 

La zone autour de l'église était largement bouclée, les entrées possibles mais filtrées, puisque des personnes devaient pouvoir accéder à leur lieu de travail, il fallait quand même qu'elles puissent passer. Un café avait la particularité de n'avoir plus qu'une de ses terrasses accessible par la rue, et l'autre uniquement par l'intérieur de l'établissement. Du coup ça donnait lieu à quelques gestes d'échange

Sur les ponts une foule assez nombreuse quoi que fluide. 

Un homme de télévision, cathédrale bien cadrée en fond, présentait un direct. Les passants se tenaient à distance respectable, au lieu des habituelles tentatives de photobomber ce genre de captation. 

Et puis le plus important : les pompiers sont vraiment parvenus, du moins en apparence, à préserver une grande partie du bâtiment, la façade avant, ses deux tours, la grande rosace. 

L'étonnant : la façade telle qu'en son récent ravalement, pas même de traces (du moins visible d'un bus) de noircissement. Quel soulagement ! 

L'étrange : c'est de côté (et sans aucun doute vu de l'arrière mais je n'y passai pas) qu'on se rendait compte que ... hé bien, le vide. et une structure d'échafaudages pas tout à fait d'équerre. Ce qui fait que Notre Dame ressemblait un peu à un décor de western : les façades des saloons, et derrière des étais

Même si je suppose qu'une partie des pierres ou du mortier ne saurait plus soutenir quoi que ce soit, fors à représenter un danger, c'était un grand soulagement de voir l'édifice encore tel qu'en lui-même du moins pour grande partie. 

J'ai repris un peu d'énergie. Mais guère d'efficacité. La tête ailleurs, profondément. D'expérience (!), en quelques jours, ça devrait passer. 

Il faudra du temps, longtemps, pour reconstruire (2). 

 

(1) Je veux dire que comme je téléphonais, j'ai marché au lieu de prendre le RER à Port Royal où je me trouvais et que du coup le plus simple après avoir raccroché était de rejoindre Satin Lazare en bus.

(2) J'ai appris grâce à Tarvalanion que dans le cas de tels monuments, c'est l'État son propre assureur. D'où les souscriptions pour la reconstruction.

 


Une traversée de Paris

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Nous devions traverser tout Paris ou quasi pour différentes choses à faire, dont une très plaisante : aller voir l'expo Hamershoi au musée Jacquemart André, et qui nous a régalés.

Je m'étais renseignée via des liens envoyés par des ami·e·s sur les trajets des manifs de Gilets Jaunes, afin de mieux les éviter. 

Il y avait moins de passants dans la ville qu'à l'ordinaire d'un week-end d'avril ensoleillé. Mais pas mal quand même. 

En fait, à part des déplacements rapides de véhicules de police, et plus nombreux qu'à l'ordinaire, nous n'avons rien vu des défilés de manifestants. Rien. Du tout. 

Alors que des photos, notamment prises à La Défense, les montraient plutôt nombreux.

Si nous n'avions pas su qu'un important mouvement était en cours - les photos prises à La Défense en attestent - nous n'aurions pas su ni deviné, qu'il y avait un rassemblement. J'aurais vraiment de bonne foi pu soutenir à quelqu'un que non, à Paris aujourd'hui tout était calme et d'ailleurs je l'ai traversé de part en part ou presque, sans rien voir que des Parisien·ne·s vaquer à leurs occupations et des touristes à valises roulantes.  

C'était curieux, mais tant mieux.