Un œil gonflé et l'autre non (essai cosmétique)

 

    Mon temps désormais est très organisé. Aussi ce lundi était mon seul jour possible pour l'achat d'un cadeau d'anniversaire prochain. 

Une de mes idées était un produit de soin, je m'en suis donc allée voir vers une boutique dans laquelle j'avais acheté un produit qui me semblait de bon ton, il y a quelques années. 

Sauf qu'entre temps la vente est devenue carrément aggressive pro-active et qu'il était impossible que je m'en retourne avec un simple flacon, les vendeuses avaient visiblement pour consignes de faire tester ci et ça. 

Il n'y a pas si longtemps j'aurais décliné l'offre, avec courtoisie mais fermeté. Seulement l'expérience professionnelle en boutiques que je possède désormais me laissait à penser que les jeunes femmes avaient probablement un objectif de ventes à atteindre. Et de nos jours on stimule plus rarement la vente par des incitations (primes éventuelles) que par des blâmes face aux "attentes non réalisées". Alors je me suis laissée faire, tout en avertissant qu'il y avait peu de chance que j'entreprenne un achat supplémentaire. Mais au moins la jeune femme pouvait cocher la case "essai effectué". 

Au vu de mon âge, elle n'a eu de cesse que de tenter de me refourguer proposer un machin anti-rides ou cernes plissés. Elle a donc avec mon accord et de sa part un joli savoir faire - son application à tout bien faire était touchante - traité un de mes dessous d'œil avec produit 1 magique puis produit 2 magique de soin. Mes yeux au naturel sont cernés en creux sombres et ridés, ce qui est normal à mon âge. Alors je peux confirmer, un des deux produits est à effet immédiat. Et ça faisait frais (pas désagréable). Seulement du coup je me suis retrouvée avec un œil poché. J'imagine que le principe de ces produits est de combler les rides par gonflement. Et que ma peau, peu habituée à être traitée a réagi particulièrement fort. Au bout du compte le résultat était plutôt pire que les cernes en creux. 

J'ai décliné l'offre, préférant mes rides creuses, et très amusée par la démonstration qui avait un effet inverse à celui de créer l'impulsion d'achat. 

Et puis même si j'ai pris une recharge d'autre chose - un produit que je connaissais déjà -, j'ai carrément changé d'idée de cadeau. Trop vouloir vendre casse des ventes, parfois. 


Du nom des marques des sponsors

 

   Notre système économique veut que le sport professionnel (entre bien d'autres choses) soit financé par des marques qui voient là l'opportunité de se faire connaître. Il me semble que je n'y voyais pas d'inconvénient tant qu'il y avait de la logique : un équipementier de sport finançant des équipes de football, un fabricant de cycles une équipe de cyclistes pro. Ou alors une équipe d'une localité par l'industrie ou l'entreprise pour laquelle la ville était réputée. Saint-Étienne (l'ASSE) de la grande époque, c'était Manufrance, deux identités géographiquement associées.  

Et puis à un moment, ça s'est mis à n'avoir plus aucun rapport : une compagnie aérienne d'un lointain pays s'est portée au chevet d'une grande équipe de football en France, des assurances ont payé des cyclistes ou une société de jeux d'argent. Mon cerveau a alors décidé unilatéralement de ne plus établir de connexion entre les sponsors et les sponsorisés et je ne m'en étais même pas rendue compte. 

À l'instar de l'enfant d'une rubrique-à-brac de Gotlib et qui chantait joyeusement Leblésmouti labiscouti en allant à l'école et tombait déçu quand plus tard il comprenait qu'il s'agissait d'une chanson pour rythmer le travail (1), je suivais par exemple le tour de France sans relier en rien les noms d'équipes à des marques. Le nom était le nom de l'équipe et rien d'autre. 

Autant dire que si tout le monde avait été comme moi, les sponsors et autres mécènes n'auraient pas maintenu longtemps leurs investissements.

Et puis est survenu le Tour 1998 qui a viré au roman policier. Et je suis tombée de l'armoire en comprenant que Festina, entre autre était une marque de montres et que Doïchteutélékom était un opérateur de télécommunication en Allemagne, Kofi Dix un organisme de crédit (2) ... 

Je croyais naïvement que depuis ce temps-là je savais faire le lien, même si je m'en foutais complètement. Et cet après-midi en tirant du café à un distributeur, parce que je regardais rêveusement les noms sur la façade de la machine pendant que celle-ci préparait ma boisson, j'ai "découvert" de quoi était le nom de l'une des équipes de cette année. En fait mon absence de faculté de relier le financeur au financé, en bientôt vingt ans ne s'est toujours pas arrangée. 

Ça me fait bien rigoler. 

 

(1) Le blé se mout-y // L'habit se coud-y  

(2) Alors que je connaissais l'existence des sociétés Festina, Deutsche Telekom et Cofidis ...


Jeter vite

 

    À force de ranger, à force de trier, je me suis rendue compte de quelques petites choses. Les voici 

(à compléter)

Le syndrome du souvenir personnel manuscrit

Je suis incapable de jeter toute trace d'écriture manuscrite de quelqu'un qui a disparu (mort ou rupture à caractère définitif). C'est curieux mais c'est comme ça. Ainsi de notes retrouvées écrites par mes parents, de celles qu'on prend pour soi, un relevé de cotes en bricolage, une liste de courses restées dans une poche de manteau. 
Du coup j'ai entrepris un grand ménage de mes propres gribouillis histoire de n'alourdir personne quand je serais partie en admettant que la descendance ait hérité de ce syndrome.

- Je suis peu capable de jeter une correspondance manuscrite. C'est mon côté vieille école. Je garde vos cartes postales. 
Pour la correspondance dont j'ai hérité, c'est pire (cumul des deux syndromes)

 

Le syndrome de la relique sociologique

Pour des tas de papiers, documents plus ou moins administratifs, je jette dès qu'il n'y a pas de délai de conservation légal à observer.
Sauf que.
Parfois le boulot n'a pas été fait dans le droit fil du temps.
Et du coup.
Ce ticket d'achat d'un équipement sportif, retrouvé quinze ans après s'est transformé en signe sensible de ta reprise d'une activité qui t'a menée un peu loin.
Difficile à jeter.
Cette addition de restaurant, sans grand intérêt sur le moment, encore lisible car manuelle est devenue souvenir d'une des dernières sorties faite à deux l'esprit libre, sans tracas de baby-sitting, avant la venue des enfants.
Ce billet de train d'un temps où tu le prenais souvent s'est insidieusement transformé en vestige d'un temps révolu.
Et d'une façon plus générale, diverses factures à l'encre persistante deviennent des traces d'anciens modes de consommation, de prix pratiqués qui paraissent incroyables tant les tarifs se sont élevés, de pratiques disparues (développements de photos argentiques, si courantes en leur temps, si rares à présent). 
Dès lors alors que je les aurais jetés sans hésiter en leurs temps, les voilà pourvus d'un intérêt "historique" et plus difficilement éligibles au recyclage.

C'est même totalement impossible pour certains documents concernant les parents, d'anciennes quittances de loyer, factures de gaz ou d'électricité, sans même parler des feuilles de paie ou de certains relevés de prestations sociales : parfois écrites à la main, sur des bristols couleurs cartons pâles (1) voire orangés, ils ressemblent désormais à des pièces de musée. Je ne peux que les garder, bien archivés.

Moralité : pour toutes les paperoles qui même en notre temps de dématérialisation nous échoient, il convient de prendre une décision rapidement, conserver si nécessaire (garanties, assurances, justificatifs requis) mais sinon jeter, et jeter vite. Avant que le temps ne les équipent d'un air injetable d'autrefois.

 

(1) Était-ce leur couleur d'origine ou un blanc cassé qui a évolué ?