Un œil gonflé et l'autre non (essai cosmétique)

 

    Mon temps désormais est très organisé. Aussi ce lundi était mon seul jour possible pour l'achat d'un cadeau d'anniversaire prochain. 

Une de mes idées était un produit de soin, je m'en suis donc allée voir vers une boutique dans laquelle j'avais acheté un produit qui me semblait de bon ton, il y a quelques années. 

Sauf qu'entre temps la vente est devenue carrément aggressive pro-active et qu'il était impossible que je m'en retourne avec un simple flacon, les vendeuses avaient visiblement pour consignes de faire tester ci et ça. 

Il n'y a pas si longtemps j'aurais décliné l'offre, avec courtoisie mais fermeté. Seulement l'expérience professionnelle en boutiques que je possède désormais me laissait à penser que les jeunes femmes avaient probablement un objectif de ventes à atteindre. Et de nos jours on stimule plus rarement la vente par des incitations (primes éventuelles) que par des blâmes face aux "attentes non réalisées". Alors je me suis laissée faire, tout en avertissant qu'il y avait peu de chance que j'entreprenne un achat supplémentaire. Mais au moins la jeune femme pouvait cocher la case "essai effectué". 

Au vu de mon âge, elle n'a eu de cesse que de tenter de me refourguer proposer un machin anti-rides ou cernes plissés. Elle a donc avec mon accord et de sa part un joli savoir faire - son application à tout bien faire était touchante - traité un de mes dessous d'œil avec produit 1 magique puis produit 2 magique de soin. Mes yeux au naturel sont cernés en creux sombres et ridés, ce qui est normal à mon âge. Alors je peux confirmer, un des deux produits est à effet immédiat. Et ça faisait frais (pas désagréable). Seulement du coup je me suis retrouvée avec un œil poché. J'imagine que le principe de ces produits est de combler les rides par gonflement. Et que ma peau, peu habituée à être traitée a réagi particulièrement fort. Au bout du compte le résultat était plutôt pire que les cernes en creux. 

J'ai décliné l'offre, préférant mes rides creuses, et très amusée par la démonstration qui avait un effet inverse à celui de créer l'impulsion d'achat. 

Et puis même si j'ai pris une recharge d'autre chose - un produit que je connaissais déjà -, j'ai carrément changé d'idée de cadeau. Trop vouloir vendre casse des ventes, parfois. 


Voter sans savoir ce qu'ils ont programmé ?

 

    Force est de constater qu'à une semaine des élections européennes à un tour, nous (Île de France et quelques provinces) n'avons toujours pas reçu l'ombre d'une profession de foi. Or on nous a annoncé 33 listes, en tout cas les panneaux électoraux, pour l'instant peu garnis, sont prévu pour ça. 

Comment faire un choix citoyen et réfléchi si l'on ne dispose pas des programmes des partis, pardon mouvements ?

De plus les débats dans les médias mainstreams ne portent pas sur le fond, mais sur des fights et des buzz, Untel a dit ci, Machin a dit ça, et l'extrême droite dit C'est la faute aux immigrés islamisés (le C'est portant sur à peu près tout). Ils se font bien l'écho aussi des querelles de personnes. 

Pour le reste ? Rien, rien de construit. En gros : Votez pour moi pour que je passe la fameuse barre des 5 %.

Les candidats au concours de l'Eurovision avaient dans leur paroles presque davantage de programmes militants. 

 

 


Les crimes imparfaits


    Pour des raisons de confidentialité je ne peux pas trop en dire davantage, ce qui fait que relisant ce blog quand je serai bien vieille le soir au coin du feu pas de bois parce qu'il n'y aura plus d'arbres ou qu'on n'aura plus le droit, je relirai en me demandant Mais de quoi diable voulais-je parler ?, il n'empêche je ne sais faire l'économie de noter la perplexité qui fut la mienne en apprenant leurs circonstances en milieu de journée. 

Si l'on met à part le cas d'une personne assassinée par quelqu'un de son entourage qui souffrait de troubles déjà identifiés, il n'en reste pas moins un voisin (pas chez moi) jouant à Breaking Bad IRL, un gars d'un gang arrêté pour suspicion de participation à un meurtre particulièrement violent - et pas la moindre idée qu'en plein Paris des caméras de surveillance existent, tuer serait donc à ce point plus facile que réfléchir ? -, et un cas encore plus étrange et d'une très glorieuse absurdité (mais qui a heureusement échoué). Au fil de quelques activités peu compliquées qui furent les miennes durant l'après-midi et qui laissaient donc du cerveau disponible, je n'ai cessé d'y songer, avec une sorte de sidération qui oscillait entre le rire (quel festival !) et l'effarement avec la conscience que les dysfonctionnements ainsi mis en valeur de notre société sont réellement flippant. 

J'aurais peut-être dû intituler ce billet, d'une de mes amies la stupéfiante collection de pieds-nickelés par tous types de voisins interposés.


Au bout du compte, et pour l'instant, un mort, le malheureux du règlement de compte, qui si l'on doit croire certains articles, ne le concernait peut-être même pas. 


Comme je n'ai pas le temps d'écrire mon téléfonino le fait à ma place

    

    Un des avantages de faire partie de l'équipe des Libraires Volants est qu'au gré des missions et comme nous avons droit à une pause déjeuner d'une heure, il est possible de partager un repas avec les ami•e•s qui logent ou bossent non loin. 

Ainsi hier, j'ai eu ce bonheur de partager une heure avec l'une de mes amies, simplement par la suite d'un SMS qu'elle m'avait envoyé sur un tout autre sujet et sur le mode, je suis dans le coin, aurais-tu du temps ? 

Ensuite le boulot a repris de plus belle, j'avais rempoché mon téléphone fissa à l'entrée d'un client à peine l'amie partie ; quand on tient une boutique, le temps ne nous appartient pas. 

Un SMS de mon amie m'est parvenu peu après, comme je craignais un incident lors de son retour, quelque chose d'urgent, un oubli, je l'ai consulté dès que j'ai pu. Elle me disait gentiment quelque chose comme Je crois que le SMS précédent ne m'était pas destiné. 

J'étais surprise : depuis celui précisant l'adresse de la librairie pour laquelle je travaillais, je n'avais rien envoyé. Plus tard, quand j'en ai eu le temps, j'ai consulté l'historique de notre conversation. 


En fait, je n'avais pas été efficace lors de la mise en pause du téléfonino avant de le rempocher. Il était resté sur la dernière page ouverte, un texto de l'amie me confirmant sa venue. Et de là, le système d'aide à la saisie avait composé un texte un tantinet surréaliste et dans doute qu'un pli de mon vêtement s'était trouvé au bon endroit pour créer un appui sur "Envoi" lors de l'un de mes mouvements. 

J'ai cru m'étouffer de rire lorsque j'ai lu le résultat. À quoi bon tenter d'écrire lorsqu'on dispose d'un téléfonino si créatif ? : 

HEt qu'elle étaisà déjà de de la 888777u7 de faire des trucs à Arras faisaient de de de de a à la librairie nous de de a de la journée à toi et de de la de a à de tout autres trucs de a 888777u7 de faire un massage de de de a fait x est en train de wiig8g̈fait une enveloppe minuit et une de a fait x w wwwwwww TML.5

Si d'aventure je parviens un jour à trouver le temps d'écrire un polar et que celui-ci comporte une péripétie autour d'un message codé, je n'aurais pas besoin de trop me casser la tête pour l'inventer. 

 

 


L'importance de la voix


    Réveillée entre autre par le journal d'informations de 6h30 sur France Culture et où la voix qui doublait Trump (à partir de 6'13") bien timbrée et comme triste, de quelqu'un de cultivé, donnait presque l'impression qu'il n'enfilait pas des horreurs à l'emporte-pièce comme à son ordinaire. 

À ce point c'était impressionnant.

Dans la même journée lu / écouté ceci au sujet des règles qui gênent les chanteuses lyriques.  Je n'ai jamais pensé que ça pouvait influer comme ça. À mon faible niveau d'amateure le temps que je pratiquais (1), ça influait en terme de fatigue (les 2 jours avant et les 2 jours du début), sans doute à cause de mon anémie ; de petites maladies aussi, puisque ces jours de relative faiblesse étaient ceux de choper des rhumes, qui ne sont pas les grands amis de la voix chantée. J'ignorais qu'il y eût un effet sur la teneur de la voix elle-même. 

Et pour finir, la voix de Jacques Brel, cet affreux misogyne (2), cependant si poète, et zbeul émouvant.

 

(1) interrompue par ce que les horaires d'une #VieDeLibraire sont peu compatibles avec des répétitions de chorales et que les cours de chant classique n'étaient abordables que tant que je bossais à l'"Usine" et qu'ils étaient pour partie financés par le comité d'entreprise. 

(2) Tiens, comme Simenon, assez.


La météo des plages

 

    Je ne devrais sans doute pas, il s'agit peut-être de conséquences du dérèglement climatique lié au n'importe quoi des humains, mais j'ai bien ri de tomber sur ces deux articles presque en même temps.

Capture d’écran 2018-09-26 à 15.55.46 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Capture d’écran 2018-09-26 à 15.58.38

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Australienne disparue et l'Irlandaise réapparue sont-elles une seule et même plage qui se serait déplacée ?


Gallimard Crash Test (premier au)

 

Fullsizeoutput_cc3

Il y avait eu un dégât des eaux clair net et fort dans le dressing room qui me servait entre autre à stocker quelques (!) livres en attente de meilleur rangement.

Dans l'urgence j'avais balancé délicatement déposé quelques sacs de livres et d'autres choses, sur le balcon. C'était quelques jours avant les très violents orages du 27 juillet à Paris.
Quand j'avais par la suite regardé sur le balcon les sacs semblaient intacts. 

Ils ne l'étaient pas. Ou pas tant que ça. Quelques livres et documents furent rendus illisibles définitivement, transformés en une sorte de retours à la pâte à papier.

Et puis il y a ce "Septembre" de chez Gallimard, ces bouquins à la couverture beige classique à l'air fragile comme ça. Mais qui ne l'est pas tant que ça. 
Une fois épongé, certes, il semble dans un sale état, mais les pages se sont bien détachées les unes des autres, l'impression n'a pas déteint, il est méchamment gondolé mais parfaitement lisible après deux inondations subies successives.

Je l'ai mis à se dégondoler entre deux anciens dictionnaires. En attendant, je suis impressionnée.

PS : Plus inquiétant, certains sacs plastiques semblent avoir été attaqués par une substance chimique. Peut-être étaient-ils biodégradables, peut-être n'ont-ils pas adoré les grêlons. Il n'empêche qu'on dirait bien qu'en plus cette pluie était acide, non ?


Mai 68 en noir et blanc

 

    Disposant d'un petit temps de latence avant de prendre ma place à la BNF, je suis allée voir l'expo "Icônes de Mai 68 : les images ont une histoire"  assez sympathique et plus particulièrement pour un diaporama qui porte autant sur l'époque en France que sur "les événements". Mais j'y ai pris conscience de quelque chose auquel je n'avais pas fait auparavant attention : notre iconographie intime comme générale de mai 68 se décline en noir et blanc. Or à l'époque dans les journaux la couleur était fréquente et bien des images sont en couleur. 

Mais voilà : en ce temps-là les rédactions pour la couleur travaillaient en diapos et c'était plus long lors d'édition commémoratives (les dix ans, les quinze ans, les vingt ans ...) de repiquer sur des images issues de tirages argentiques noir et blanc. Ce qui fait qu'on est resté avec la fausse impression que les photos de ce temps l'étaient essentiellement. 

Par dessus le marché un numéro spécial de Paris Match publié alors que les pavés étaient à peine réimplantés et que la phase de grèves n'était pas terminée, aurait dû être en couleurs, avait été prévu comme tel mais sortit en noir et blanc du fait des arrêts de travail côté impression. Ce qui avait donné l'impression que les photos étaient en noir et blanc dès le départ exclusivement. 

Dans les albums photos familiaux, peu de couleur à l'époque : mais déjà quelques-unes prises par un oncle aux revenus plus élevés. 

Mai 68, c'était la couleur, vous savez.
(Mais pas pour tout le monde) 


Aux blogs d'autrefois

 

    Je profite d'une journée de transition (j'espérais entre autre pouvoir et devoir passer à la banque mais il me manque quelque élément) pour prendre un temps calme à la BNF, tant qu'à m'être déplacée jusqu'à cette zone de Paris, tant qu'à n'être plus dans du temps contraint. 

Trop fatiguée pour écrire et ne souhaitant pas forcer - beaucoup de travail m'attend à la maison -, j'en ai profité pour me promener sur les archives de l'internet et lire de nos billets du temps où nous commencions à bloguer. 

Les réseaux sociaux sont venus assécher nos blogueries, pas tant le fait d'écrire - nous sommes un certain nombre à continuer - que celui d'échanger, via les commentaires.
Nous étions alors dans un temps pionnier et une sorte d'illusion d'Entre-nous, plus libres dans nos propos, plus prompts à se confier. 
Mais au delà de ça quelque chose c'est perdu de l'ordre de l'insouciance. C'est assez général, pas lié aux vies des un-e-s ou des autres, lesquelles se sont plutôt améliorées, je me suis d'ailleurs amusée du nombre d'ami-e-s de blogs désormais apparié-e-s. Seulement il y a eu des deuils et des événements généraux qui nous ont tous plombés. Globalement la vie au travail semble de plus en plus difficile, même si on en parle de façon de plus en plus #CeuxQuiSaventSavent car on craint désormais de s'attirer des ennuis. Les moments d'insouciances et collectifs d'euphorie semblent s'être réduits comme peau de chagrin. Je comprends mieux pourquoi tant d'entre nous (j'en suis) se sont laissés porter par la vague de victoires de l'équipe de France à la coupe du monde de football : nous n'avions plus eu d'occasions de réjouissances collectives depuis longtemps. 
Politiquement on assiste à un naufrage : plus personne fors quelques exceptions assez vite atteintes de dé(sen)chantement ne croie à une amélioration. La menace des populismes d'extrême-droite se précise ou récemment se concrétise (Hongrie, Italie). On avait déjà traversé le 9/11, on s'est pris en plein la réapparition d'attentats désormais accomplis par des types suicidaires, importantes différence d'avec les vagues d'attentats précédentes. Il y a eu la bouffée d'espoir du Printemps arabe vite retombée : des dictatures en ont remplacé d'autres ou on résisté au point de provoquer une guerre civile qui n'en finit plus. L'Europe s'en est trouvée au cœur d'une vague migratoire sans précédent. Qu'on le veuille ou non, la crise des subprimes partie des USA en 2007 - 2008 se sera par vagues successives étendue jusqu'à l'Europe (et sans doute le monde presque entier mais je ne sais pas bien les conséquences pour chacun ailleurs loin). On le sent passer de façon ténue soit par du travail perdu soit par des conditions qui se dégradent. Bosser en sous-effectifs est devenu la norme. 
On sent la lassitude. Chez qui continue, les sujets sont moins légers. 

J'ai la nostalgie de l'époque d'insouciance. Je me souviens bien que la vie quotidienne de chacun n'était pas si facile. Seulement plaisanter restait possible. Il faudrait pouvoir continuer à résister. Au moins comme ça.

 


Mon téléfonino vous écrit


    Je venais d'envoyer un SMS pour parler à qui de droit du vélo de rêve dont je venais de faire l'achat, un SMS assez technique, de fait, puis de prendre le chemin du retour avec deux roues de rechange (du coup un peu chargée). J'avais mal fermé mon téléfonino, lequel avec la complicité de ma poche de pantalon s'est mis à être très bavard. 

Aux séries de hyhyyhyhyhy et autres hhhhh hij6yh que j'ai expurgées près, il a trouvé le moyen d'envoyer tout seul le SMS suivant : 

"Y y et et et de To To do et que je thé tchétchène de Clichy dans un état un état un état t'aime fort fort et de duvet hic hic c'est que jhve quelqu'un qui hhhh"

Je me demande encore où il est allé chercher tout ça (1) mais si ça continue il publiera avant moi.

 

(1) En particulier "tchétchène" et "duvet" que je ne crois pas avoir jamais mentionnés dans un SMS. "Le thé tchétchène de Clichy" ferait un bon titre.