Bernache nonnette

 

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Grâce à Charles Lemaire qui sur FB m'a renseignée (1), je sais que pour la première fois aujourd'hui, ou du moins la première fois dans Paris, j'ai vu une bernache nonnette. C'était au square des Batignolles après une brève incursion sur un chantier (en simple visiteuse mais j'ai tant aimé rejoindre un brin mon (glorieux ;-) ) passé, et ce plaisir qu'il y a à tout encore piger). J'aime apprendre. J'aime les premières fois. J'aime que malgré d'avancer en âge elles ne se raréfient pas tant que cela. J'aime qu'elles portent sur des choses qui peuvent paraître insignifiantes mais ne le sont pas pour moi.

Grand merci à celui qui m'a informée.

 

(1) après une tentative incomplète par @MGZALLP mais dont l'écran était par trop intermittent


Canards mystères

 

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Après avoir reçu ce que l'on peut considérer comme une bonne nouvelle et qui rendait inutile un déplacement vers Reuilly Diderot, j'ai donc pris le chemin de la BNF une fois libérée de librairie.

En fin de journée on croise dans La Grande Bibli plutôt des gens pressés : ceux qui y ont travaillé, lu, écrit, étudié tout au long de la journée et qui ont hâte de retrouver qui une petite famille, qui des potes, qui un conjoint ; ceux qui ont un gagne-pain par ailleurs et qui, c'était mon cas, se dépêchent de grapiller avant la fin de la journée quelques heures studieuses personnelles. 

Mais tout était très étrange aujourd'hui. Au lieu de filer, les lecteurs scrutaient le bois intérieur, l'air amusé ou attendri. "Je vais prendre une photo pour mes enfants !" s'est exclamée une dame. J'ai pensé que j'allais en faire autant sans invoquer le moindre prétexte, assumant mon attendrissement devant le spectacle séculaire d'une cane et de ses canetons. Ils étaient d'autant plus touchants qu'ils cheminaient en file indienne comme à la parade, rappelant certains jouets d'enfants - un ressort que l'on remontait et des petits canards mécaniques qui se dandinaient à la queue leu leu -.

Puis une femme a rompu le charme avec cette question de bon sens : 

- Mais, ils ont un plan d'eau ?

Et nous avons bien dû constater que le jardin du rez-de-jardin étant interdit d'accès aucun de nous n'en savait rien. Mais aussi en conclure que peut-être la présence des palmipèdes attestait de celle d'une mare, vers le milieu, là où des couloirs on ne peut rien voir.

Nous nous étions les uns et les autres suffisamment sevré de hâte, il était temps de revenir vers notre très humaine agitation. Chacun a donc repris son chemin sur ces considérations, non sans un dernier regard sur la petite troupe qui poursuivait son parcours.

Arrivée par la ligne 6, j'avais déposé mes affaires à l'ouest. Mais comme j'avais consulté un film en plus de mes lectures studieuses du moment, j'avais travaillé en salle P, autrement dit à l'est. Remontée par cet accès, j'ai donc eu quelques heures plus tard tout loisir de longer en rez-de-chaussé le jardin du sous-sol. J'avais donc sur lui une parfaite vue plongeante. Bien sûr les feuillages peuvent cacher des points d'eau, il n'en demeure pas moins que je n'ai aperçu aucun étang, pas même une mare. D'où pouvaient donc sortir cette cane et ses canetons ?

La BNF est décidément un lieu plein de mini-mystères. J'attends de pieds fermes les elfes et la licorne. Ou l'inévitable raton-laveur que l'absence de Jacques déçoit.

 

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Le héron ce glouton

 

Depuis quelques temps déjà le parc des Impressionnistes est embelli de la présence d'un couple de hérons. Il y a trois mini faux étangs, mais qui deviennent vrais à force et pour eux c'est l'aubaine. Le désagrément d'avoir à être observés par des humains ébahis leur semble, dirait-on, secondaire. On sent qu'ils se méfient de ces bestioles bizarres qu'à leurs yeux nous sommes, surtout ceux qui passent et repassent en courant.

Ce matin alors que je peinais lors d'un entraînement qui de fait fut léger, j'ai repéré une attention particulière chez la femelle qui se tenait en bord d'étang, j'ai compris qu'elle guettait, ses longues pattes incroyables bougeant avec une sidérante précaution. C'était une illustration parfaite de l'expression marcher sur la pointe des pieds ... sauf que le héron n'en avait pas.

Soudain l'oiseau à plongé la tête dans l'eau et en est ressorti poisson au bec, qu'il y a tenu le temps qu'il ne frétille plus - ce fut bref - puis a avalé, gloup, d'un seul coup et ça ressemblait à un tour de passe-passe vu que le cou était plus mince que l'élément avalé mais que son passage ne s'est pas vu. Un second poisson a très vite rejoint le premier. Le prédateur est parfois si élégant que la proie ne bronche pas. Une poule d'eau (je crois) est venue échanger quelques sons, auquel le héron n'a pas daigné répondre. En tant qu'être humain qui ne comprend rien, j'ai imaginé qu'elle lui disait : Hé, laisses-en un peu pour les autres  ! J'assistais à une fable de La Fontaine avec un héron aristocrate auquel le bourgeois demandait de laisser quelques petits poissons prolétaires à exploiter. Avant de délirer davantage j'ai repris ma course. Dans nos vies citadines c'est peu fréquent d'assister aux modes prédatoires du monde animal, c'était la première fois que je voyais "en pour de vrai" un échassier chasser et manger un (deux) poisson(s) (1).

Au tour suivant, le héron s'était déplacé vers l'un des deux autres petits étangs, sans doute pour y trouver la suite de sa pitance.

Une autre femme qui courait avait remarqué la pêche et qui s'est exclamée au passage (pour elle-même ? pour moi ?) "Oh, il a attrapé un poisson !" mais sans interrompre sa course. J'ai songé que résidaient là précisément mes limites : j'arrête mon propre trajet pour observer le monde. J'avance donc assez peu. Et au fond toujours seule car ceux qui me cotoyent un moment continuent, c'est ce qu'on attend. Capitalisme et contemplation ne font pas bon ménage.

J'ai vu aussi un petit oiseau de la taille d'un moineau, noir et marron sombre doté d'une plume de queue orangée. Ma présence rendue immobile par la sienne ne l'effrayait guère. Que pouvait-il être ?

 

(1) Semaine décidément riche en premières fois, puisque j'ai été au travail pour la première fois entreprise de séduction par un homme centenaire. Ne jamais sous-estimer la créativité de l'existence en matière de surprises et surtout ne jamais perdre de vue qu'elles ne peuvent pas toutes être malheureuses - comme la surprise assassine d'être quittée par qui on aimait sans avoir su que les choses se gâtaient - ou dépassant l'entendement (ce client inconnu qui entre avec un carton d'expédition amazon, un livre dedans et demande qu'on lui fasse derechef un paquet cadeau). Elles peuvent aussi être joyeuses, drôles, passionnantes. Et l'on passe des unes aux autres souvent sans transition. Désespérer au point de mourir prématurément c'est se priver des suivantes.

 

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