Journée qui ne se passe pas comme prévu, mais ça n'a sans doute pas de lien avec l'épidémie

 

    Comme j'ai pris du retard dans ma préparation de l'émission du soir, je mets les bouchées double et puis suis arrêtée en plein élan par le journal de mi-journée sur les chaînes de la Rai (entre Rai Uno et Rai News 24) que j'avais mis pour me tenir au courant le temps de manger.

Ce que je trouve intéressant, à suivre les infos italiennes plutôt que françaises, n'est pas seulement que l'épidémie y est en avance mais aussi que le pays et ses infos semblent moins verrouillés.
 
Ainsi ces deux derniers jours on voit clairement les lignes qui s'opposent : s'efforcer de rester confinés tous un bon moment pour que l'épidémie tombe plus vite faute de carburant ou au contraire tout continuer le plus possible au normal pour que les survivants le soient dans une économie la moins cassée possible. Le foot est un enjeu crucial, les décisions fluctuent au gré des décisions d'un niveau (gov, national) ou de l'autre (fédération sportive, régions).

C'est fascinant on voit les décisions en train de se prendre et d'être discutées. 

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Au bout du compte, mais je ne le saurais qu'en fin de journée, c'est confirmé, en Italie écoles à fac, tout fermé jusqu'au 15 mars dans tout le pays. Avec un réel souci de comment faire en pratique dans les familles et un aveu que tout n'est pas encore au point de ce côté là. Il est question de congés parentaux aménagés ou (inclusif) d'aide pour les frais inopinés de garde d'enfants confinés.
 
Je ne saurais en jurer mais peut-être que l'idée est aussi d'obliger le plus de personnes possibles à rester chez elles, puisqu'il faudra bien les garder les gosses et que les employeurs seront un tantinet contraints à être indulgents.

Sur ces entrefaites j'apprends parce qu'il m'envoie un message que O. ne sera pas disponible ce soir pour la régie, à cause d'une conférence à couvrir en même temps. Trop tard pour changer mon fusil d'épaules et rattraper ma soirée, je me consacre aux urgences domestiques et financières - le mois sans revenu ni indemnisation a fait mal - et de recherche d'emplois, ce qui devient très irréel dans l'ambiance actuelle : trouver du boulot puis être confinée juste après ?

 

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Ma fille a un ami en confinement, car il venait de Suisse où quelqu'un avec qui il a travaillé a été testé positif. Sauf qu'en France, s'il a obtenu sans problème un arrêt maladie de quarantaine et une ordonnance pour des masques (il vit en coloc), il n'a pas eu le droit d'être testé (pas tant qu'il n'a pas de symptômes) et pas pu avoir de masque car la pénurie est telle que même avec ordonnance rien n'est disponible. 

Une touitas expliquait qu'elle avait des symptômes et quelqu'un de son entourage qui avait la maladie mais que comme elle ne revenait pas des zones à risques on lui refusait le test Mais surtout, restez chez vous.

Sur Rai News 24 une envoyée spéciale à Paris évoquait le cas d'une de ses amies qui avait appelé 3 fois le 15 pour se voir à chaque fois refuser le test alors qu'elle venait d'Italie et avait tous les symptômes. 

Il me semble que la France économise sur les tests, peut-être parce qu'il en manque ou à cause de leur coût, sûrement aussi pour tenter le plus longtemps possible d'éviter l'annonce d'une bouffée épidémique. La semaine prochaine, ça sera panique à bord. 

Aux USA, ça semble pire. Et les gens qui ne se sont pas riches ou très bien assurés ne peuvent se payer le test. Tout est en place pour une méga-contagion. Ils continuent à frétiller pour leurs présidentielles comme si de rien n'était. Biden aura sans doute l'investiture démocrate. Comme l'écrivait Kozlika dommage que finalement le choix ne soit plus effectuable qu'entre deux vieux messieurs.

Le Fiston ne sait toujours pas si son voyage d'entreprise à Rome aura lieu. Son coloc enrhumé prend de soigneuses précautions, va se moucher aux toilettes, jette ses mouchoirs, se lave les mains sans arrêt, mais continue à aller bosser et n'a pas de moyen de se faire tester. Ses potes le charrient. Globalement, on se croit encore au stade où l'on peut plaisanter.

En Italie, les intervenants sur Rai News 24 osent encore manier l'humour noir, je crois que c'est l'esprit local, je l'ai aussi, mais on est à l'étape où le présentateur se sent obligé de glisser une phrase "dans le respect des malades et des gens qui souffrent", en rire permet de ne pas paniquer, c'est important de garder le moral, j'espère que vous le comprendrez, nous devons résister. En début de semaine (ou ce week-end je ne sais plus), ça vannait encore sans complexe : Pour une fois que nous sommes parmi les premiers mondiaux, il faut que ça soit pour une épidémie. 

Ma fille me dit qu'à son travail ils recouvrent les boutons de porte de films plastiques. Je suppose que c'est parce que ne disposant pas de solutions hydro-alcooliques, ils ont trouvé cette solution pour l'hygiène (si toutefois les films sont remplacés fréquemment).

Alice qui blogue pour partie pour les mêmes raisons que moi - dont d'éventuels lecteurs de longtemps plus tard, curieux de la vie à notre époque -, a écrit un billet Coronavirus. Je prends d'autant plus conscience d'à quel point mon background italien modifie ma perception des choses. En France, on est encore dans la minimisation (1). Celle-ci est toutefois atténuée par ceux des responsables qui souhaitent se couvrir afin que l'on ne puisse leur reprocher de n'avoir pas pris les mesures qu'il fallait. D'où de jolies contradictions : matchs de foot qui perdurent et courses à pied annulées. 
Nous procrastinons d'ailleurs sur nos inscriptions, risquant du coup de ne pouvoir participer à des courses qui finalement seront peut-être confirmées.

Je regarde le TG1 de 20h et tombe sur l'intervention de Giuseppe Conte. Pour la première fois depuis une ou deux éternités (j'exagère, je crois que Barack Obama m'avait fait ce coup-là du temps où il était POTUS),  je suis émue par le discours d'un politicien. J'ignore qui l'a rédigé, sans doute un travail d'équipe mais tout y est calibré au millimètre et lui fait le job, ni trop ni trop peu. Je n'aimerais pas être à sa place mais le genre de gens qui tiennent ses postes-là le fond sans doute en partie en se rêvant en charge dans des moments comme ça.

 

(1) Ne pas minimiser ne veut pas dire paniquer. De toutes façons ceux qui doivent paniquer l'ont déjà fait.

Liens vers des statistiques :

Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Oragnization via safetydectetives.com

95 120 cas dont 3254 morts et 51 156 guéris 


En rupture de stock

 

    Ma journée n'a pas changé : entraînements sportifs et préparation à la maison de l'émission de radio du lendemain. Pour l'instant les entraînements ne sont pas menacés. Il n'empêche qu'au club de triathlon nous avons reçu des consignes, visant à nous éviter de contaminer les autres si l'on a un cas de risque particulier. 

Je connais désormais deux personnes directement impactées dans leur travail : les deux prestataires extérieurs dans une entreprise du domaine du luxe, où entre réduction des achats dans le monde entier et difficultés d'approvisionnements d'accessoires, l'épidémie frappe dur.

Je m'étonnais de croiser si peu de personnes porter des masques : il se confirme que c'est probablement par pénurie. En fait le tracas  avec les masques n'est pas tant qu'en avoir pour se sentir rassurés ou peu contaminants, que de se retrouver obligés d'en porter pour pouvoir sortir et de n'en pas avoir pour cause de rupture de stocks. 

Après l'entraînement de course à pied à la piste (plus personne ne se fait la bise, ça y est), j'ai accompagné l'homme de la maison que j'ai croisé alors qu'il partait faire quelques courses au grand supermarché du grand centre commercial voisin. Tout semblait normal sauf ce panneau à l'entrée de "l'espace" parapharmacie de la galerie marchande "pas de masques ni de gels, rupture de stock" et sauf le vide absolu de certains rayons : pâtes, riz, couscous, sauces tomates industrielles, mouchoirs en papiers (je n'ai pas de liste exhaustive, pas parcouru tous les rayons) ; moins spectaculairement : yaourts, papier toilettes.  Pour autant rien de ce que nous avions prévu d'acheter, vraiment l'usuel habituel avec cette seule modification qu'au lieu de "voir petit" (1) nous avons plutôt "pris large", ne manquait. Pour certains produits tels que les mouchoirs, au lieu de prendre l'entrée de gamme dont il ne restait pas une boîte, nous avons dû prendre ceux qui étaient un peu plus chers.

Il n'y avait ni plus ni moins de fréquentation des lieux qu'un soir de semaine juste avant la fermeture habituel.

L'épidémie occupe beaucoup les conversations, les nôtres mais celles des gens que nous croisons, certain·e·s au téléphone. En revanche tout ce qui relève des activités quotidiennes : écoles, sports, travail se poursuit. 

Une amie et un groupe d'amis à elle ont un voyage prévu de longue date en Asie (pas en Chine) et ont prévu de s'y rendre même si les trajets en avion leur ont été compliqués.

Le fiston a un séminaire de son entreprise prévu à Rome et qui pour l'instant n'est pas annulé. Mais la question est solidement posée. 

J'hésite à m'inscrire à l'une ou l'autre compétition de course à pied ; non par crainte de contagion, mais par crainte d'annulation. 

En Italie des mesures sont renforcées (report de compétitions sportives), d'autres assouplies et des recommandations fermes sont diffusées à une fréquence soutenue. Pour la première fois avec des conditions d'âge : si vous avez plus de 75 ans ou plus de 65 ans avec des problèmes de santé, restez chez vous, limitez vos sorties. Des conseils aux familles : n'allez pas rendre visite à vis anciens (anziani) vous risquez de leur apporter le virus et eux d'en mourir. 
(en gros : les vieux doivent rester tous seuls chez eux ;-) :-( )
Ne sortez pas si vous avez de la fièvre.

Invité de la "rasegna stampa" de 23h15, un sociologue, Giuseppe Tipaldo, soulignait l'écart entre le discours général sur les moyens modernes de communication et le fait que soudain quand il s'agit de les utiliser vraiment (télétravail et cours à distance) il semblerait que ça soit la catastrophe. 

Il est quand même aux journaux télévisés questions aussi d'autres choses comme la situations des réfugiés qui se Syrie tentent désespérement de passer en Grèce. Il y a eu une conférence de presse avec des intervenants responsables au niveau européen, et elle a été couverte avec du direct et des sujets assez longs. 

Il se fait tard, je dois dormir. J'espère n'avoir rien oublié d'essentiel.

 

 

Liens vers des statistiques :

Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Oragnization via safetydectetives.com

92 828 cas dont 3160 morts et 48 229 guéris 

 

(1) Notre trésorerie familiale est rarement glorieuse, nous habitons près ; pour une raison qui m'échappe, l'Homme adore aller faire les courses. Résultat : en général on n'achète que le strict nécessaire et il y retourne dès qu'il manque quelque chose dont on a marre de se passer.

Par ailleurs j'effectue les courses de frais, sauf le pain qui est plutôt de son ressort et que nous achetons toujours frais, en boulangerie. Et pas mal de courses pour l'approvisionnement de fond. Ainsi nous avons, sauf mois de dèche particulière, environ une quinzaine de jours de nourriture disponible, et des produits de première nécessité, des piles, des bougies, j'y veille à toute époque, indépendamment de l'actualité. 


Marcher à travers la ville, par temps d'épidémie

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Ce qui était prévu : aller chez le coiffeur, un déjeuner entre amies, puis une après-midi studieuse à la BNF.

Seulement chez l'amie, ils avaient le rhume ou étaient grippés du coup elle a préféré reporter, par précaution personnelle, mais aussi parce qu'un bébé aurait dû être laissé chez l'assistante maternelle malgré tout et que par les temps qui courent la prudence est raisonnable.

Un des colocs du Fiston l'est aussi. Ils en plaisantent mais l'épidémie de #Covid_19 laisse une amertume, une écume d'inquiétude. Quoi qu'il advienne on y pense.

Du fait du déjeuner qui n'avait plus lieu, j'ai reporté la BNF aussi, car elle n'ouvrait qu'à 14h et qu'aurais-je fait en attendant, et je suis rentrée de chez le coiffeur à pied.

Traversant Paris sous une petite pluie (1), un trajet Sud - Nord sur environ cinq kilomètres, j'ai pu constater de visu  la forte diminution de fréquentation touristique. Un seul groupe de touristes en troupe, asiatiques. Un seul groupe de jeunes en voyage probablement scolaire. Et pourtant j'ai traversé la cour carrée du Louvre et celle de la pyramide, là où habituellement on en croise tant et plus. Malgré la pluie et un panneau annonçant que l'ouverture était incertaine et qu'ils étaient ainsi bien moins nombreux que dab, des gens faisaient la file d'attente à l'entrée du grand musée, sous des parapluies, patiemment. 

À part en cet endroit, c'était impressionnant d'à quel point la ville semblait vide par rapport à son ordinaire de groupes avec guides et cars touristiques. On se serait cru de retour dans les années 80.

Je n'ai croisé que quatre personnes portant un masque sur le visage, dont deux asiatiques, peut-être des Japonaises. L'absence de touristes en voyages organisés et donc de touristes venus d'Asie, combiné au fait que soit il y a pénurie de masques en France, soit ils sont d'un seul coup devenus très chers, soit les personnes n'ont pas peur tant que ça de la contagion, fait que l'on voit moins de personnes avec masques qu'à l'ordinaire. Il me semble qu'en temps normal, un nombre certain de Japonais·e·s mettent un masque en ville systématiquement. 
Personnellement, je n'ai pas encore tenté de nous en procurer. Nous ne sommes pour l'instant pas malades, donc peu de risque de contaminer d'autres personnes, et nous savons que les masques courants ne protègent guère de l'infection. J'avoue que s'ils s'avéraient nécessaires, ça ne me choquerait pas que soit organisées des distributions.

Alors que je longeais un chantier comportant une part de ravalement, une équipe de grimpeurs, harnachés de baudrier et qui arrivait à pied d'œuvre saluait un responsable costume-cravaté : "Je ne vous sers pas la main" dit celle qui semblait les mener (sur un ton de "C'est la consigne") et l'homme répondait : "Bien sûr, bonjour". Plus tard, une video que j'ai trouvée sympa, concernant Angela Merkel, circulera. https://twitter.com/Conflits_FR/status/1234596113170255872.

Sinon, les personnes à l'allure de non-touristes semblaient vaquer à leurs occupations habituelles, toutes les boutiques ouvertes le lundi habituellement l'étaient. J'ai moi-même effectué quelques courses en passant dont certaines alimentaires chez un traiteur asiatique (cuisine de différents pays), vers la gare Satin Lazare, et qui avait peut-être un tout petit peu moins de clients à cette heure qu'avant l'épidémie mais ça n'était pas flagrant, petite file d'attente.

Il y a moins de personnes pour faire la manche. Sans doute parce qu'il y a nettement moins de touristes et donc les spots sont moins attractifs. Y aurait-il une part de crainte de la contagion ? Comment le savoir ? Poser la question à ceux qui sont là revient à la poser à ceux qui n'ont pas peur, ou pas trop.

J'ai effectué mes trajets sans emprunter la ligne 13 qui était pourtant une possibilité. Rétrospectivement je me suis demandée si je n'avais pas ainsi souhaité inconsciemment me garder d'un trajet à fort risque de contamination, parce qu'on y est trop entassés. 

En passant devant un kiosque de la gare : les titres des journaux comportaient pour plusieurs le mot "pression" appliqué à des choses différentes, "contagion" aussi, évidemment. Ils étaient globalement anxiogènes, visiblement pas de consigne générale pour rassurer à tout prix. 

Les files d'attentes de début de mois pour le pass Navigo étaient les mêmes qu'à l'ordinaire, m'a-t-il semblé.

Plutôt que paniquer, on plaisante. J'ai ainsi passé une partie de la soirée à rire de l'humour noir de l'ensemble de ma TL au sujet du #Covid-19.

 

 

 

Personnellement, mon état d'esprit est exactement celui-ci : 

Je ne sais si ça durera. Je pense qu'on peut soudain changer de point de vue et d'attitude si l'on est soi-même directement concerné (malade ou un proche malade). Soulagement triste de n'avoir plus ni de mon côté ni de celui de mon conjoint de vieux parents pour la santé desquels on se préoccuperait avec plein d'états d'âmes : aller les voir signifierait risquer de les contaminer, ne pas y aller, les délaisser. Nous sommes donc tranquilles au moins de ce côté-là, tout en ayant l'illusion à une petite poignée d'années près de ne pas tout à fait faire partie des zones d'âges à risques.

 

(1) J'aime, s'il ne fait pas trop froid et que la pluie n'est pas trop violente, être dehors quand il pleut. Je trouve que c'est là qu'on respire le mieux.

PS : Le salon de coiffure a été entièrement refait et n'y travaillait pas celui qui mettait la bonne ambiance. Je préférais le petit salon d'autrefois aux miroirs dépareillés (ce n'était déjà plus le cas après le réaménagement n-1), d'autant plus qu'à présent une de ces horreurs d'écrans publicitaires, qui surtout sont une aberration écologique, obstrue la moitié de la vitrine. Au moins de l'intérieur on ne voit pas les réclames. Juste un grand panneau tout noir.


Un dimanche encore normal, mais ça commence à devenir restreint

 

    Comme j'avais raté mon inscription au semi-marathon de Paris, je suis parvenue assez bien à oublier que l'épidémie commençait à avoir une influence sur nos vies.

Nous sommes allées courir, une boucle habituelle d'environ 11 km qui part de chez nous. Et pour dîner au restaurant à la demande de notre fille qui tenait à sortir.

Une vie encore normale. Sans inquiétude particulière pour le fait d'aller au restau, du moins l'un de ceux où l'on va à pied et qui comporte de la place entre les tables, on ne s'y sent pas confinés. 

Pour autant : 

 - L'ami croisé pendant l'entraînement et qui est médecin m'a rappelé qu'il ne fallait plus se faire la bise ; il est le premier de ma connaissance à mettre en garde et s'abstenir ;  

 - À part une autre table que la nôtre, le restaurant, qui est grand, ne comportait pas d'autres clients ; or nous sommes certes un dimanche soir mais bien un début de mois. 

 - En regardant la Rai News 24 en fin de soirée, j'ai appris que le Louvre avait été fermé (salariés exerçant leur droit de retrait) ; sur Twitter j'ai appris que le salon du livre était finalement annulé. 

 - Notre fille a un de ses amis qui revenait de Suisse où il fut pour son travail qui a été averti par les autorités de ce pays parce qu'un des présents à une des réunions avait entre-temps déclaré la maladie. Ils lui ont demandé d'observer, en l'absence de symptômes une quarantaine de 14 jours. Quand il a précisé qu'en fait il n'était plus sur place ils lui ont dit, alors ça n'est pas de notre ressort, vous pouvez faire comme vous voulez, mais sachez qu'il est recommandé de le faire et de surveiller deux fois par jour une éventuelle montée de fièvre. Du coup celui qui est concerné a renoncé à sortir ce week-end et s'apprête à faire autant que possible du télétravail. 

 - L'écrivain Luis Sepulveda est atteint. 

 - L'apparition d'une "zona gialla" 

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En à peine plus d'une semaine, nous sommes passés de : Il y a une épidémie grave et importante mais elle concerne surtout la Chine et quelques pays lointains ainsi que part ici une poignée de cas qui s'expliquent à : nous connaissons personnellement des gens concernés par les mesures de quarantaine, des événements auxquels nous devions participer sont annulés, nos gestes quotidiens commencent à être modifiés (1).

Aux JT de la Rai News 24 les seules informations autres que celles concernant l'épidémie et qui surnageaient étaient la situation catastrophique à la frontière entre la Turquie et la Grèce : Erdogan ayant laissé filer tous les Syriens qui voulaient passer, et la mort à Naples d'un jeune de 15 ou 16 ans qui a voulu braquer quelqu'un mais a mal choisi sa victime : un policier en civil qui comme l'ado semblait armé (si j'ai bien pigé : une arme factice mais faite pour faire croire à une vraie) a tiré. Le jeune a été embarqué aux urgences dans un état critique, y est mort malgré les efforts des médecins et de colère sa famille et ses proches ont mis les urgences de l'hôpital à sac. Les images des dégâts étaient impressionnantes. Une tornade n'aurait pas fait pire. 

Le reste, tout le reste, concernait l'épidémie.

 

Liens vers des statistiques :

Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Oragnization via safetydectetives.com

88 371 cas dont 2996 morts et 42716 guéris 
Il y a plus de cas désormais en Italie qu'en Iran.

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La France a dépassé les 130 cas. Libé titre que la bascule en phase 3 n'est plus qu'une question de jours.
Pour une raison qui semble sans éclaircissements à ce soir, la commune de Crépy en Valois est particulièrement touchée (son maire vient d'annoncer qu'il est lui-même atteint). On assiste ainsi à l'apparition de "clusters", signe à mon sens qu'une pandémie est à l'œuvre. 

(et vraiment, pourquoi faut-il que des cas dont la traçabilité n'est pas évidente à établir soient dans les Codogno ou Crépy en Valois ?)

Un article de Frédéric Lemaître dans Le Monde , parle des conséquences de vie quotidienne sur les populations en Chine. C'est peut-être ce qui nous attend.

 

(1) pour la plupart des précautions énoncées je les suis déjà en temps normal. J'ai pour l'instant simplement modifié de me laver les mains avec un peu plus de soin quand je rentre de l'extérieur, me changer en rentrant, laver plus fréquemment.


La menteuse (flagrant délit)

Vers le métro Censier où j'avais rendez-vous à moins que ce ne fut vers Satin Lazare, là où je devais effectuer un changement, je croise une femme élégante, corporate classe V.I.P. chaussures incluses de celles qui ne sont pas faites pour marcher (1), bref tenue irréprochable selon les critères professionnels et bourgeois. Elle parlait dans son téléphone.

"Je suis en jeans troués et baskets, là, vraiment je peux pas venir, il faudrait que je repasse chez moi"

 

(Ça m'a rappelé le type au début des téléphones portables, quand ça captait plus souvent plus difficilement qu'aujourd'hui, d'où qu'on avait tendance parfois à y parler très fort, et qui criait dans le sien, en plein Paris ou pas loin "Mais puisque je te dis que je suis à Angoulême")

(1) Que les femmes acceptent ça me laisse totalement perplexe. Mais beaucoup semblent avoir intégré que c'est beau. Sauf qu'en fait pas tant et que ça nique pieds et chevilles et à force même le dos. Je crois qu'il faudra au moins deux fins du monde avant que les femmes n'apprennent à se débarrasser de l'implicite "tenues pour être belles = tenues pour être sexuellement attirantes" qu'on nous inculque dès le début de nos vies. 


Comme un lundi (d'un mois d'hiver) (après cinq mois presque temps plein travaillés)


    Il pleut, pas la pluie forte tous-aux-abris, non, une pluie que l'on n'entend pas de l'intérieur de la maison (1), mais perceptible par le bruit mouillé des véhicules sur la chaussée. 

Elle mouille aussi le piéton.

La vieille amie avec laquelle j'espérais déjeuner, c'était prévu, ne se sent pas très en forme et nous ajournons. Je paie peut-être l'entraînement de la veille et sans doute les jours de froid (2) et sans doute aussi d'avoir travaillé de façon trop intense - pour septembre octobre je l'ai ressenti, pour novembre à janvier non, ça allait, je vélotafais et j'étais heureuse et pas si épuisée, seulement il faut croire que quelque chose, ou la tristesse que ça soit terminé, a joué -, seulement finalement, n'avoir plus à devoir me hâter pour ce déjeuner m'a consolé pour partie du fait qu'il soit différé.

Un livre se cache au moment même du départ. 

Je comptais prendre le RER C et lire pour préparer mon émission radio du mercredi soir, voilà que le temps de le retrouver dans un autre sac que le sac que j'emportais, il est trop tard. Alors je file prendre le train pour Satin Lazare. 

Ligne 14, surprise : l'escalier qui permet de descendre sur le quai vers l'arrière de la rame est débarrassé de la palissade qui en masquait la moitié depuis tellement longtemps qu'on ne sait plus quand. J'avais oublié sa largeur. Un escalator descendant (3) l'équipe sur la gauche. Je me fais un plaisir de l'essayer, tout en marchant.

Une amie de l'internet doit me prêter deux livres du style introuvables, sur son temps de pause d'un travail. Je veille à être à l'heure. La marge prévue n'ayant pas servie, je passe chez Gibert à la recherche d'un coffret précis de DVD dont j'aurais besoin pour mercredi. Libraire moi-même je fréquente moins les librairies de grandes enseignes, j'avais oublié que celle-ci ne faisait pas les DVD. Me contente d'un tout petit opuscule pour les activités prévues au printemps et un peu de réapprovisionnement papetier à usage immédiat.

Comme (presque) toujours l'impression de connaître déjà la personne que je rencontre, bien qu'elle ne soit pas de celles qui affichent leur image. Longtemps je m'en suis moi-même gardée, méfiante, puis j'avais découvert parce qu'un collègue de bureau qui se savait figurer dans un bel article nous avait toutes et tous googlelisé, au début du machin, quand il permettait des recherches fines sans priorités monétisées et quand nous croyions encore avec naïveté que le résultat d'une recherche était le même quel que soit l'ordi d'où il était lancé, bref, j'avais découvert à cet occasion que mon image traînait déjà un peu partout, du simple fait d'avoir vie professionnelle et ami·e·s internautes, alors sans chercher à m'afficher j'avais cessé de m'auto-censurer. Plus tard, avec une pratique sportive soutenue, sont venues bien des images que je trouve réjouissantes (souvent car j'y suis un peu ridicule, tout en étant assez fière d'être ridicule de cette façon-là). Donc pour soigner et limiter l'image on verra quand le temps viendra (4).

L'une comme l'autre ne pouvons nous attarder.

Il pleut à nouveau. Mais il ne fait pas froid.

Pas de file d'attente pour l'entrée à la BNF, contrairement à toutes les dernières fois. Pas de fermeture anticipée non plus. C'est moi qui partirai une fois ce que j'estimais devoir avancer bouclé. Court-métrage drôle et tendre de Levon Minasian ("Le piano"), lectures sur écran. J'aimerais savoir que je dispose de plusieurs mois pour aller au bout de ce que j'entreprends ; me console en songeant que qui a une vie stable professionnellement ne peut pas même savoir, qu'en ce monde la stabilité n'est qu'une illusion. En attendant je m'efforce de sécuriser mes écrits et mes moments de documentation, comme si j'allais n'y revenir que dans longtemps. Ça prend plus (+) de temps.

Lecture dans le RER C du retour, que je n'ai pas trop attendu. Là aussi il y a eu des changements : la plupart des sièges de quai qui permettaient de faire face aux habituels longs délais (15 à 20 minutes pour les destinations Pontoise ou Montigny-Beauchamp) ont disparu. Je l'avais constaté la semaine précédente. Ça me paraît encore plus vide cette fois-ci.

Soirée familiale et studieuse, à la maison. Les soucis de santé des uns et des autres semblent s'apaiser.

Petite bouffée de panique de celui qui avait, pourtant volontairement, changé d'opérateur téléphonique. 

C'est ce soir-là que j'ai découvert le documentaire "Les enfants du 209 rue Saint-Maur" de Ruth Zylberman. Je crois savoir que longtemps plus tard ce qui me restera de la journée sera la pluie fine mais quasiment incessante, le bonheur d'être au chaud à la BNF à apprendre et écrire (mais il se confondra avec celui de semblables journées), la joie de la rencontre et des livres prêtés, et la découverte de ce film qui touche quelque chose en mois, profondément. Sa forme, photos anciennes, maquettes, douces images de vie quotidienne du présent, témoignages, réunion des participant·e·s, n'y est pas pour rien.

 

 

 

 

 

 

(1) Nous vivons en appartement, j'emploie souvent maison au sens du home anglais.

(2) Je supporte correctement le froid depuis janvier 2015, il n'empêche qu'y faire face me pompe une énergie folle, tandis qu'un temps caniculaire si j'ai la chance de pouvoir rester dans un lieu non climatisé m'offre du tonus. Mystère de nos physiologies. 

(3) C'est un quai du terminus que l'on emprunte pour l'embarquement. Personne n'est censé monter par là, sauf égarement.

(4) "Pas peur nous vivra nous verra" disait le père d'une des enfants du 209 rue Saint Maur.


Envie de bloguer

 

    Disposant ces jours-ci d'un peu de temps, mais ne sachant pas pour combien de temps (1), je retrouve, intacte, ma faculté d'écrire, d'autant plus virulente que depuis septembre, je l'avais tenue en respect, place prioritaire au travail nourricier.

Alors me revient (2) l'envie de bloguer. Bloguer comme aux débuts, sans autre finalité que mettre les mots sur quelques menues choses, et les partager parce que sait-on jamais, ça peut peut-être réconforter quelqu'un quelque part, lui apprendre des trucs ou l'amuser.

Nous ne sommes plus beaucoup de la vieille garde à maintenir un blog en vie : la liberté et la confiance se sont amoindries, les enjeux professionnels s'en mêlent, nous ne sommes plus entre nous comme nous en avions l'illusion, et les échanges qui faisaient le sel de la vie de blogueuses et blogueurs se sont déplacés sur les réseaux sociaux.

Par ailleurs des trolls professionnalisés aux services de certains partis sont susceptibles de débarquer en escadrilles si l'on tient des considérations qui pourraient froisser leur leader. Du coup, difficile d'avoir encore l'élan pour aborder des sujets avec un versant politique lorsqu'on n'est pas spécialisé·e·s.

J'ai donc envie de bloguer léger. De bloguer pour poser des jalons de mémoire. 

À ce titre, le billet d'Alice au sujet du nouveau coronavirus, contagion et quarantaine, est parfait, il dit en quelques mots, Voilà, fin janvier 2020 en France que qu'on apprend, ce qui se fait, et l'ambiance. Il faudrait d'ailleurs que je pense, comme elle le fait, à indiquer lieu(x) et mots clefs 

D'aujourd'hui qu'aurais-je à dire, qui ne présente une gêne professionnelle ou familiale potentielle ? 

 

Que je me réjouissais d'un jour sportif prévu le lendemain : entraînement de natation et retrait de dossards pour un trail prévu ce dimanche. 

Il devrait bien avoir lieu mais voilà soudain que je suis recrutée (pour mon plus grand bonheur par ailleurs, mais pas calendaire) pour un jury de prix littéraire où des libraires sont requis et que pour la deuxième fois une branche, ou plus exactement le bout en matériaux semi-souple arrondi, de mes lunettes de vue se prend dans mes cheveux bouclés, et y reste accrochée, se désolidarisant des binocles. Un homme sympathique à la banque de salle de la BNF où j'ai passé la journée, m'a passé un bout de scotch pour une réparation de fortune ; il n'empêche que dès demain je devrais filer chez l'opticien. 
Certaines montures ne sont créées que pour les bien-coiffés, je peux en témoigner.

Voici donc ma journée du lendemain, qui devait être dédiée aux sports et aux tâches ménagères, et peut-être un morceau de temps personnel, qui se retrouve aussi complète qu'une journée de temps plein d'un emploi salarié. 

Voilà qui ne résume que trop bien les périodes d'inter-contrats de ma vie. 

Noter au passage qu'avant de quitter la maison je me suis acquittée d'un certain nombre de tâches administratives et messages y afférents. Et que tout avait été précédé par une lente mais bonne séance de natation (1575 m selon mes évaluations).

 

Je peux inscrire aussi, rubrique Air du temps, que pour la première fois une personne qui attribue les places en salle à La Grande  Bibli, m'a indiqué des capuchons jetables à mettre sur les casques audio. J'en avais déjà remarqué la présence, ces derniers temps, et c'est vrai que c'est plus (+) hygiénique. Il m'empêche que je me suis posée la question de savoir si le fait d'en verbaliser l'offre et donc l'existence, était où non liée à la pandémie en cours. Laquelle n'a pas, du moins pour l'instant, atteint la France en grand.

À moins qu'elle n'ait eu l'intuition en constatant mon échevelure que cette tignasse tueuse de lunette pouvait l'être aussi de casques audios. Who knows ?   

Un stylo plume qui m'avait semblé asséché lorsque j'avais changé la cartouche d'encre, comme miraculeusement s'est remis à fonctionner. J'en tire un réconfort disproportionné. Comme si j'y voyais là bon augure.

Au retour après la soirée du club de lecture de l'Attrape-Cœurs, je dois à nouveau effectuer quelques tâches administratives : le cadet s'apprête à quitter le foyer parental pour entrer en colocation (3). Nous ne serons son père et moi que parvenus à nous en sortir, en bossant dur, il n'empêche qu'on peut tenter de se consoler en constatant que nous représentons vaguement une forme de garantie éligible dans un dossier. Quelque chose me laisse tracassée que l'ordre (chrono)logique ne soit pas respecté : l'aînée qui ne peut partir et le plus jeune qui entame sa vie d'adulte.

Une société où certains jeunes restent coincés chez leurs vieux, malgré que les premiers aient fait des études et tout bien, est quand même une société qui ne tourne pas rond. 

 

(1) C'est l'un des tracas du chômage. Si je pouvais savoir le nombre de jours ou de mois qui me séparent du prochain contrat, je pourrais m'organiser, intercaler tel ou tel projet personnel entre ces deux périodes salariées. Seulement voilà, ça ne fonctionne pas comme ça.

(2) Revient n'est pas le mot, elle ne me quitte pas, il conviendrait d'écrire "revient avec un peu de temps à mettre en face"

(3) Plus moyen de faire autrement à Paris / Petite Couronne. Il faut trois salaires afin d'être éligibles à la location d'un appartement de taille décente.


Perplexité d'un masque

 

    On se rappellera plus tard, si l'on est encore là, que c'était en ce samedi que l'étendue de la nouvelle épidémie de coronavirus avait pris son ampleur. J'étais en journée off, à récupérer chez moi de plusieurs mois d'intense travail et d'une semaine familialement chargée ; ce qui fait que je pouvais suivre la façon dont les informations et quelques rumeurs déjà circulaient.

C'est intéressant au moins de constater le foisonnement d'informations lorsque la suite est imprévisible (1).

Puis je suis allée au restaurant japonais du coin de la rue chercher un dîner pour le fiston et moi, seuls présents ce soir-là. J'avais des chèques déjeuner à utiliser, les courses n'étaient pas faites, et j'avais déjà cuisinoté pour la collation du milieu de journée.

En arrivant sur les lieux j'ai croisé un livreur qui s'en allait chargé de différents paquets, casqué (il livre à scooter je crois) et portant un masque médical de protection.

Je me suis demandée, c'était inévitable, si ça avait un lien. Il pouvait très bien le porter parce que déjà malade par ailleurs - l'épidémie n'empêche pas celle de grippe ni les bons gros rhumes hivernaux -, le porter pour rassurer les clients peureux, le porter par crainte de réactions racistes - lequel s'est beaucoup décomplexé ces dernières années -, le porter parce que lui-même cédait à la panique (je ne le crois pas, seulement c'est une hypothèse), le porter parce qu'il le fait toujours pour tenter de se prémunir un peu de l'air pollué.

Peut-être que dans une paire de semaines nous porterons toutes et tous de ces masques. Alors je pourrais me rappeler que c'était le samedi soir 25 janvier que j'avais vu le premier.

Pour avoir eu un ami qui était à Hong Kong en 2003 et m'avait raconté les mesures de confinement, avec une sorte distinguée d'amusement - mais il n'avait pas de crainte financière, ni de perdre son travail -, je ne frémis pas de crainte à l'idée d'une telle obligation. Je pourrais rester chez moi à ranger la maison. Il n'empêche que la vitalité actuelle du pays en prendrait un coup. On en ressortirait sans doute équipés de lois dont nous ne voulons pas. Espérons donc que le virus ne gagne pas trop en virulence et que la propagation en soit stoppée avant que nous ne nous retrouvions dans "Station eleven" ou "La constellation du chien".  

 

 

(1) Une épidémie est tant qu'elle n'est pas jugulée un événement non clos. Contrairement à une catastrophe ponctuelle, un attentat unique, un phénomène climatique. Ça ressemble plutôt à une guerre. Celleux qui vivent pendant n'ont aucune idée de son issue, ni quand ni dans quelles conditions elle interviendra.

PS : Grâce à cet échange, 

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et une réponse d' @Monolecte , j'ai (re?)découvert un texte qu'elle avait écrit avec une belle classe et une formidable énergie sur le lendemain de la tempête Klaus. Cette tempête avait eu lieu dans une autre région que la mienne, épargnée, pendant les jours où je restais en état de choc après l'agression verbale violente dont j'avais fait l'objet sur mon lieu de travail alors que j'étais restée pour réparer des erreurs de la personne qui s'en prenait à moi - longtemps plus tard je me dis qu'elle avait agi ainsi sous l'emprise de la crainte que son incompétence n'éclate au grand jour ; sur le moment j'étais surtout dans un contre-coup absolu d'épuisement, dû également au fait que depuis trois longues années je m'efforçais de travailler alors que le poste que j'occupais n'avais plus de sens utile -. Il se trouve donc que je n'en avais plus aucun souvenir et n'en ai pas de signe sur ce blog.

 

 


Solution de repli

J'avais prévu un jeudi studieux à la BNF où je travaille bien mieux qu'à la maison où me tentent le sommeil et les tâches ménagères, ainsi que l'urgence du rangement.

Quand je suis arrivée, l'entrée était bloquée par une manifestation de protestation contre la réforme des retraites. Grille fermée, rubalise policières, présence importante - au vu du grand calme des gens - de forces de l'ordre dûment équipées.

C'était en fait la première fois depuis le début des grèves qu'un mouvement contrecarrait mes projets. J'ai subi comme tout le monde l'arrêt des transports en commun, seulement un vélo suffisait pour pallier leur absence. 

Cette fois-ci c'était différent : pas moyen de passer. 

Le cinéma, qui comporte une entrée donnant directement sur l'escalier condamné, était obligé d'accueillir les spectateurs par une porte dérobée laquelle donnait probablement sur un escalier de secours. Une baisse de fréquentation était à prévoir.

J'ai envisagé le cinéma, d'ailleurs, comme solution de repli : il m'avait fallu environ une heure de trajet pour venir et je souhaitais assister au soir à l'"Encyclopédie des guerres" à Beaubourg. Bien sûr je pouvais rentrer chez moi puis revenir au soir. Seulement le froid était si coupant que je doutais de ma force pour ressortir. Et puis au lendemain était prévu quelque chose d'assez tracassant pour quelqu'un de la famille, alors je ne tenais pas tant que ça à être chez moi, seule et disposant de temps.

J'avais un bon lot de travail personnel en retard, des messages en souffrance (1) et quelques tâches administratives à écluser sans tarder. 

Hélas, aux heures possibles de séances en ce moment précis, ne figuraient que des films qui ne m'intéressaient guère. Parfois on peut prendre comme bienvenue une pause rendue obligatoire par les circonstances, mais je n'avais pas envie de m'appuyer un film de moindre intérêt alors que je ne dispose pas d'assez de temps pour voir ceux que j'apprécierais.

Alors je suis aller déjeuner. La pente du moindre effort et du budget raisonnable (2) étant mauvais conseillers je me suis retrouvée dans une brasserie fort moyenne, avec un plat de poisson particulièrement décevant, présenté alors qu'il s'agissait d'un poisson entier l'arrête déjà ôtée. Et des petits légumes semblaient sortis d'une préparation en boîte, standardisée. Souci de riche, il n'empêche c'était raté de ce dire : je n'ai pas pu bien dépoter mon travail mais au moins je me suis régalée.

D'autant plus qu'à mon retour vers l'entrée la situation n'avait pas évoluée. Des personnes interrogeaient les grévistes qui repartirent en disant que le blocage était prévu jusqu'à l'heure d'une manif aux flambeaux, soit 17h.

C'est alors que j'ai songé à la bibliothèque de Beaubourg, que nous fréquentions parfois quand nous étions étudiants. Autant être sur place pour la soirée, et au moins aux premières loges si d'aventure la session était annulée. Pas de problème pour m'y rendre (ligne 14), pas de problème pour entrer - tiens, les contrôles sont dotés de sortes de tapis à tubes sur lesquels un sac peut facilement rouler -. Seulement l'air de rien il était 15h48 le temps que je monte, passe aux toilettes, trouve une place. Pour ce qui était de bosser de 13h à 17h45, c'était copieusement raté.

J'ai retrouvé les lieux avec plaisir et leur public populaire et studieux. C'est émouvant une foule sage.

Il n'était pas franchement question d'entreprendre des démarches administratives requérant un minimum de confidentialité : chaque place était occupée, pas bien l'endroit pour taper des codes confidentiels. Le wi-fi était top et gratuit et sans plein d'inscription préalable et l'entrée était restée gratuite sans justificatifs à fournir, comme autrefois. La seule complication avait été de passer par une entrée arrière. 

Finalement, je me suis occupée de mon blog, ça faisait longtemps que je ne l'avais pas un peu soigné. La solution de repli avait rempli son office. 

Et j'étais presque sur place (à cause des travaux j'ai cru qu'il fallait re-sortir pour re-rentrer (en fait, non)) afin d'aller voir et écouter Jean-Yves Jouannais.

PS : Plus tard j'ai appris que la BNF, les salles, avaient rouvert à 17h. 

 

(1) Toujours la même chanson : j'attends pour ceux qui nécessitent une vraie réponse de trouver un temps calme, reposé et posé, lequel ne survient jamais.

(2) Il y a l'Avenue tout prêt, bonne table. Mais tarifs prohitifs pour une libraire au chômage possiblement non indemnisé (3).

(3) Ça faisait partie des démarches à faire, j'avais depuis la veille tous les papiers qu'il fallait.

   

 


Un très ancien passé

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Pour cause de recherche d'emploi, me voici retournée dans une ville de mon très lointain passé : j'ai grandi tout près mes premières années, c'était la grande ville voisine où ma mère et moi allions en voiture lorsque mon père ne la prenait pas (une Aronde) pour aller à son travail à l'usine qui à l'époque était Simca. 

J'y suis très peu retournée depuis, dont une fois en 2006 mais alors en état de choc, sous l'effet d'une rupture d'amitié subie pour moi incompréhensible. J'y étais allée pour une consultation médicale, laquelle m'avait bien aidée même si sur le moment je me sentais plus désemparée que jamais. Je me souviens d'avoir téléphoné à une amie qui m'avait aidée à reprendre mon souffle, puis d'être allée achever de reprendre mes esprits à l'abbatiale, dont je me souvenais. Puis j'avais repris le train (ou le RER). Autant dire que je n'avais pas vraiment revu la ville, si ce n'est l'usine au loin par la fenêtre du cabinet médical.

J'avais également retraversée la ville lors de différents trajets et j'avais déjà remarqué que je me souvenais des axes de circulation, que je n'y avais pas perdu l'orientation.

Cette fois-ci comme j'étais un peu à l'avance et que malgré le froid, après l'entretien également, j'ai souhaité revoir la ville, j'ai davantage redécouvert de lieux. Il y a beaucoup plus d'habitations, d'anciennes bâtisses ont disparu. Le centre ville a conservé une bonne partie de lui-même, une foule de petits souvenirs sont venus me rejoindre, la poste, la mairie, un square (où sans doute je faisais du toboggan), certains immeubles bas, neufs alors, vieux maintenant, où nous passions ou dans les boutiques de rez-de-chaussée desquels nous faisions quelques emplettes (1). Je me suis souvenue de la boulangerie dans laquelle, comme une récompense, ma mère s'achetait un gâteau et pour moi un pain au chocolat. C'était un grand luxe, ressenti comme tel, et j'avais compris qu'il valait mieux ne pas, sous peine de tempête conjugale, en parler à Papa. 

Pendant pas mal d'années, plus tard, nous repassions par là : un usage de l'usine permettait aux veilles de ponts ou week-end prolongés, de bénéficier "gratuitement" d'une demi-journée de congé sous réserve qu'un hiérarchique accord un "bon de sortie". Alors ma mère, de Taverny où nous habitions alors, nous emmenait ma sœur et moi jusqu'à l'usine d'où mon père sortait et qui prenait le volant jusqu'à Normandie ou Bretagne où nous allions retrouver la famille. Treffpunkt Poissy. 
Cette ville avait pour moi une aura de l'anticipation des retrouvailles avec mes cousins - cousines (2).

Enfin j'ai un souvenir vif d'une "opération portes ouvertes" alors que je devais avoir une dizaine ou douzaine d'années : nous avions pu enfin, nous les petites familles, visiter l'usine, une belle et instructive visite guidée. M'en était resté une indulgence infinie pour mon père - comme une prison mais tu n'as rien fait de mal -, et des impressions fracassantes : le bruit assourdissant des presses et l'odeur suffocante de l'atelier peinture, pourtant délicieusement spectaculaire (des carcasses de voitures avançaient dans une cuve et en ressortaient toutes teintes ; aux êtres humains les finissions). Je me souvenais d'un bâtiment en brique tandis que tous les autres étaient des hangars métalliques.

En repartant, via le RER A, je l'ai entrevu, ainsi que l'ensemble de l'usine, son impressionnante étendue, et le château d'eau si particulier qui la rendait repérable de loin. Songé avec émotion aux années de souffrance de mon père, qui était parvenu à force de travail à s'extraire des ateliers, mais cependant y se faisait violence de s'y tenir, d'y aller. Fullsizeoutput_19b4 

Être amenée à travailler dans cette ville, dans un métier que j'aime, alors que je m'approche de la fin de ma vie professionnelle, aurait pour moi un sens. Quelque chose qui dirait que le sacrifice de mon père d'avoir enfermé ses meilleures années, n'aurait pas été vain.

 

 

(1) Un supermarché, un des premiers en France venait de s'ouvrir en bas de la colline à Chambourcy mais nous y allions, me semblait-il, avec circonspection. Ma mère (et de fait moi) fréquentait encore majoritairement des boutiques où l'on entrait et où l'on demandait ce qu'il nous fallait sans toucher à rien qu'on ne nous ait donné parce que nous l'avions payé. En tant que petite fille que mettaient terriblement mal à l'aise les amabilités forcées des grands, inutile de dire que ma préférence allait tout droit au supermarché, en plus que c'était comme un tour de manège d'être perchée dans le chariot.  

(2) Curieusement, un de mes cousins m'a téléphoné alors que j'étais en chemin, comme s'il maintenait ainsi une vieille tradition.