Photos retrouvées - Time capsule été 2018

(martedi)

 

Comme toujours lorsque je suis trop épuisée pour faire quoi que ce soit d'autre - en l'occurrence clouée au lit par les suites douloureuses de mon trail de dimanche -, y compris lire, je trie, sauvegarde des photos puis les supprime des supports transitoires (où elles étaient le plus souvent depuis trop longtemps).

Je retrouve ainsi parfois des images qui à l'époque étaient elles-mêmes des re-découvertes.

Ainsi cette image d'avant le concert de Johnny en l'an 2000 à la Tour Eiffel prise par mon amie Anne-Carole juste avant que nous n'entrions dans le périmètre de sécurité réservé aux artistes et technicien·ne·s.

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Pour une raison qu'à présent j'ignore, je l'avais exhumée le 3 juillet 2018 et c'est à cette date que sur le disque dur de mon ordinateur elle apparaît.

Le noir était la couleur requise, et par commodité j'étais venue pour partie déjà habillée, en mode sait-on jamais (mais la vraie tenue noire était dans le sac ainsi que le nécessaire de maquillage)

Le 4 juillet 2018, un mercredi, j'étais passée à Saint-Ouen le matin, en y croisant un Vélib privatisé par un solide antivol, puis j'avais bossé à la librairie, Charybde encore en ville à l'époque, et au soir Le Joueur de Pétanque était venu me chercher et nous étions allés à Ground Control pour lequel je voyais passer tant de livres, qui pour certains, des sortes de guides touristiques pour découvrir des lieux insolites, ne ressemblaient en rien aux ouvrages que nous proposions à la librairie. 
Sur place nous avions dépanné avec l'un de nos téléphones un jeune père qui jouait au ping-pong avec son fils et souhaitait avertir la mère de celui-ci d'où ils étaient. 
C'est toujours curieux de la façon dont revoir des photos ravive la mémoire même si ce ne sont pas précisément des images des moments qu'elles convoquent.

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coucher de soleil sur la gare de Lyon 4 juillet 2018

Je retrouve parfois quelques notes prises en photo. C'est donc que je souhaitais en conserver la trace. Seulement dans certains cas, elle ne m'évoque plus rien.

Ainsi ce même 4 juillet "sa mère musicienne" suivi du nom de quelqu'un et de son adresse courriel. 
Parfois c'est déprimant : je retrouve des images de rencontres en librairie dont je n'ai plus aucun souvenirs. Pas celle concernant les personnes que je connais, mais d'autres, organisées par d'autres que moi, et dont je ne me souviens pas. J'étais visiblement là pour prendre les photos, mais leur fréquence et la fatigue qui est la mienne le plus souvent, ne m'ont pas permis de stocker le moment. 

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photo prise le 5 juillet 2018 rue de Charenton. Un jour viendra sans doute où l'on se demandera ce qu'étaient ces enseignes : bureaux de tabac, donc. Aux lectrices et lecteurs du futur : les gens y achetaient de quoi fumer, un truc qui sentait mauvais et qui l'était pour la santé mais comme les États en taxaient fort la vente, c'était légal et autorisé.

La pandémie a induit une réelle rupture : les images, les souvenirs d'avant semblent concerner d'autres personnes, dater d'un tout autre temps. Ce n'est pas une surprise, ça fait déjà un moment que j'en ai cette perception. Seulement à revoir des photos de cet avant qui ignorait encore qu'il en serait un, c'est flagrant, aveuglant. 

Je constate au fil des images dont ces vélos ne sont pas nécessairement l'objet, que nous aurons vu passer bien des lots de vélos ou trottinettes en free-floating, plus ou moins vite abandonnés par suite de vols ou dégradation. J'avais souscrit à l'une de ces solution lorsque les néo-vélib dysfonctionnaient au point de nous en interdire l'usage, mais ma ville pourtant tout contre Paris avait quelque mois plus tard été interdite de dépôt. Je m'étais donc désabonnée. 
Ces vélos, depuis, ont quasiment disparu. 

Certaines images comportent des ambiguïtés d'horodatages. Par exemple celle qui suit date-t-elle du lundi 9 juillet 2018 12:51 ou du samedi 7 juillet 2018 ? 

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Je sais pouvoir retrouver l'info à l'aide de ce blog, de mes carnets de bord, d'Instagram (qui serait peut-être l'explication de la double date), mais dans l'immédiat et disposant de peu de temps, cette double datation reste un micro-mystère.

Certains jours, accaparée par les tâches à accomplir, que ce soit pour ma famille ou pour un employeur, je ne prends que très peu de photos. N'en restent généralement qu'une trace de vélotaf, dont l'intérêt était surtout de témoigner à chaud d'une gcumerie resplendissante (1).

Des images prises en 2018 parfois dans les jardins du CMG Champs Élysées où les cours ont perduré quelques temps avant d'être supprimés, me font pleurer la fin des cours de danse de Brigitte, qui nous faisaient tant de bien. La pandémie et le manque de temps comme suite à mon embauche dans un emploi de bureau à temps plein ne m'ont pas permis de retrouver d'autre cours de danse. Sans doute aussi en raison de la qualité de ceux que j'ai grâce à elle connus. L'après-midi du cours de danse, maintenue une fois par semaine contre vents et marées était mon temps personnel de la semaine, après le cours je profitais des lieux (hammam ou sauna), prenais mon temps et ensuite passée la fatigue de l'exercice physique, cela me donnait de la force pour faire face à tout ce qui m'attendait. 
Je retrouve non sans émotion des traces de belles lectures, faites dans les lieux de récupération, juste après.

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Comme souvent dans l'existence, je n'imaginais pas que cette période, cette activité prendrait fin si peu après (même si nous savions les cours menacés, leur relocalisation rue de Berri nous avait donné espoir).

Le mardi 19 juillet 2018 nous étions allés, une petite bande du club de triathlon, encourager l'équipe de France de football homme qui jouait un match de la coupe du monde. Il y avait une fan zone près de la mairie de Levallois et un couple du club logeait à proximité. Nous avions fini en buvant un coup chez eux. Ça paraît pétant d'insouciance, vu de maintenant. 
Pourtant la vie, la nôtre, n'était pas si facile alors, soucis financiers car mon employeur de l'époque peinait à me verser mon salaire, et je savais que j'allais perdre ce travail que j'avais tant aimé. J'étais éprouvée par tout le travail fait pour la succession de mes parents, le tri infini, le déménagement de leurs affaires.
Le temps d'un match et d'être en collectif, ça pouvait se mettre de côté.

Le mercredi 11 juillet 2018, j'étais au travail et il y avait eu répétition du défilé aérien du 14 à venir. 
Rue de Charenton c'était très impressionnant. Bien des gens étaient comme moi sortis sur un pas de porte afin de voir - toujours ce temps de se demander ce qu'il se passe et puis Bon sang mais c'est bien sûr, le 14 juillet -.

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Une photo du 12 juillet 2018, jour où avant l'ouverture de la boutique, j'avais comme souvent fait le coursier pour la librairie, me fait retrouver la trace d'un sac fichtrement pratique pour transporter les livres, que j'avais acheté à cet effet, et dont j'avais perdu le souvenir et la trace. C'est un effet du premier confinement : installés en Normandie (en ayant observé 14 jours de quarantaine) pour près de trois mois, j'y avais perdu des parcelles de mémoire de mon principal "chez moi", du moins concernant certains objets.
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Il y a certaines journées comme celle-là dont je n'avais encore jamais vu les images : restées sur le téléphone ou dans la mémoire de l'appareil photo sans que je n'aie jamais eu ni pris le temps de les "développer" (disons plutôt télécharger).

Le vendredi 13 juillet 2018 nous avions reçu Emmanuel Ruben et j'en garde un si bon souvenir, les photos n'étaient pas nécessaires, fors à indiquer la date précise. Et me remémorer qu'il y avait au même moment d'importants transports et déplacements d'échafaudages juste devant la librairie.

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Ç'avait longtemps semblé être ma malédiction : des travaux lourds soudain enclenché dans les librairies où je venais travailler.

Le 14 juillet 2018 ce fut notre premier trail de La Chouffe et c'est l'un de mes meilleurs souvenirs. J'ignorais que nous étions passés non loin d'où F. vivait désormais. Je voyais ses nouvelles publications arriver en librairie de loin en loin, souvent écrite à deux, mais pas avec moi, ce qui me donnait toujours l'impression d'avoir raté un train en mode on arrive sur le quai et à l'instant où l'on s'apprête à monter les portes nous claquent au nez. Il n'empêchait : pour moi la page était tournée et ma vie en tant que libraire était stimulante, malgré les problèmes financiers. Le sport m'apportait une condition physique qui me permettait de tenir la fatigue en respect. C'était de bonnes années.
Et ce premier trail dans les Ardennes Belges fut une épiphanie, un de ces moments où l'on ne souhaite pour rien au monde être ailleurs, ni dans un autre temps, ni avec d'autres personnes.

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Le 15 juillet ç'avait été la course et aussi la finale de la coupe du monde de football, avec les Belges qui estimant que l'équipe de France leur avait volé la qualification était à fond pour les Croates et nous chambraient de ouf. Je souris en repensant à ce moment durant ma course où je me dis qu'il convient que j'accélère afin de ne pas rater trop du match ... pour arriver 2 minutes avant son début (2). Le match était retransmis sur deux écrans, en français d'un côté, de l'autre en flamand. C'est un souvenir amusé et heureux.

Le 16 juillet c'est Nouzonville et Charleville Mézières, cette dernière ville étant une destination que je m'étais promise de découvrir adulte lorsque Bruno, mon prof de français d'alors, nous avait parlé d'Arthur Rimbaud lequel tenait tant à s'en enfuir. Je voulais savoir d'où ça lui venait cette absolue envie de s'en extraire, du moins si les lieux, et pas uniquement la rigidité de l'éducation, y étaient pour quelque chose.

N'y étant pas scotchée, j'ai aimé la ville. Et heureuse d'être parvenue, sur le tard, sans le faire totalement exprès, c'est à dire comme j'aime, C'est sur le chemin, à mes fins.

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(1) Pour les non-initié·e·s s'il en reste : Garé Comme Une Merde 
(2) que j'avais manqué car je devais récupérer ma bière offerte puis passer me doucher.


Après la course

(domenica)

 

    Je ferai un compte rendu plus tard, mais ce que je souhaiterai retenir de ce dimanche, passé au lit pour récupérer à partir de 16:00, outre le trail lui-même (27,6 km quand même) ce sont : 

- des personnes qui semblaient s'échauffer lorsque nous sommes passés près de l'hippodrome d'Enghien les Bains et en fait c'était pour des régionaux de cross dans lequel courrait Baptiste Cartieaux  (il a emporté la course junior hommes), c'est amusant de s'être dit, tiens il y a une course d'athlétisme, et une fois rentrés de la nôtre de nous dire Hé, mais Baptiste y était.

- Le joueur de pétanque avait su, d'une façon ou d'une autre que le restaurant indien à la limite entre Enghien et Eaubonne et peut-être Saint Gratien, avait fermé, pensait à une conséquence comme tant d'autres de la pandémie. Nous passons par là sur notre chemin de retour. Non seulement il a fermé mais l'immeuble lui-même, qui pourtant ne semblait pas particulièrement dégradé, n'existe plus, promotion immobilière, il a "pouf, disparu" (1)

Il aura plu presque toute la journée.

 

(1) expression du Fiston, qui résume parfaitement


Code 43

(questo martedi)

 

Alors que je longeais à vélo, trajet #Vélotaf retour, le Grand Palais, arrêtée au feu de signalisation qui précède la zone du Théâtre du Rond Point, un homme en scooter, assez âgé (1), s'est arrêté près de moi, et m'a ainsi adressé la parole : 

- Bonsoir madame. Le numéro 43 s'il vous plaît.

Éberluée, je crois avoir répondu platement : Mais comment voulez-vous que je le sache ?

Ce n'est qu'après coup et l'avoir sans doute contrarié car je n'avais pas su contenir un éclat de rire avant qu'il ne s'éloigne assez, que j'ai songé qu'il s'agissait peut-être probablement d'un espion qui testait son mot de passe et avait dû se dire, Malédiction c'est pas la bonne !

Ça faisait longtemps que d'avoir une tête à chemins ne m'avait pas attiré de micro-péripétie. 

 

(1) Traduisons-moi : de mon âge


Cahier du jour, couvre-feu 4 jour 26 - confinement 3 jour 26 - confinement 3 bis jour 12 : le calme délicieux de cette soirée

(mercoledi)

 

Partir bosser en finalement pas RER C (j'ai loupé le 08:15 d'un rien) et donc ligne 14 (une des nouvelles rames, longues) puis RER B jusqu'à Cité U et marcher et c'est vraiment un bel itinéraire.
Journée de boulot productive sans stress majeur. C'était bien et comme toujours dans ces cas-là, formateur.
Discussion sur le thème : en temps d'épidémie, qu'est-ce qui relève du secret médical et qu'est-ce qui au contraire doit être divulgué afin que les autres prennent leurs dispositions ? (je n'ai pas la réponse, je note simplement que la communauté de travail s'interrogeait à ce sujet). Un repas du midi prélevé Au bureau, une salade avec du camembert frit et dégustée en bas des jardins de La Vache Noire. Soleil radieux mais il faisait froid. Croiser un jeune livreur qui s'était trouvé un recoin pour caler son vélo et faire sa prière (c'est ramadan) posé sur son sac bleu de livreur Stuart. Le voir repartir au même moment où, salade avalée, je m'en retournais bosser. Prier prend donc le même temps que manger.

Recevoir la confirmation de mon rendez-vous Doctolib de vendredi matin. 
Au boulot, les gens s'entraident pour prendre les rendez-vous, j'ai trouvé ça réconfortant.

20210414_201435    Retour en quittant à 18:47 et en utilisant 3 Vélibs : le premier avait comme une sorte de frein intérieur, il fallait un effort fou pour avancer peu, le second avait les vitesses instables qui sautaient de l'une à l'autre, c'était jouable mais pénible (et au milieu des carrefours, dangereux), le troisième enfin avait l'air normal sauf qu'après restitution il indiquait 0 kilomètres parcourus. 
Ce retour #Vélotaf fut toutefois un grand moment de bonheurs quotidien.

Près de la maison j'ai entendu une femme qui aidait en partageant avec lui les repas familiaux un jeune voisin. Tu passes quand tu veux, tu toques à la porte. Le menu tu le connais, disait-elle quand je suis passée.
Une autre femme, elle aussi donnant toutes les apparences de qui revient du boulot demandait au téléphone à quelqu'un de vérifier que les contrats de travail pour deux autres personnes avaient bien été préparés et étaient prêts à envoyer.
Les dames, sans qui le monde ne tournerait pas, qui assument charges mentales et tâches indispensables. 

Quelques SMS familiaux, une lessive lancée puis étendue, un petit dîner de restant de spaghetti, les petites écritures devant Rai News 24 puis Rai Storia et entrevoir une jeune Cambodgienne du temps de Pol Pot qui ressemblait de façon troublante à ma nièce. 


L'effet Pompéi

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    J'y pense depuis notre retour samedi soir : nous étions partis après une délibération familiale quand le confinement a été ordonné avec un bref délai pour nous laisser une chance d'en choisir le lieu. En fait nous avions prévu d'aller à la petite maison de Normandie la semaine qui précédait, j'avais d'ailleurs pris un billet de train pour y rejoindre JF qui finalement avait bossé jusqu'au vendredi soir tard afin de terminer un contrat en cours (1) et de mon côté j'avais un entretien d'embauche soudain et nous étions à Paris quand nous aurions déjà dû être partis (avec la question qui se serait posée de rentrer ou non) et alors que j'étais dans une optique, donc finalement on reste, les deux autres, père et fille ont emporté le morceau sur le thème On se répartit (2), j'ai mis la condition d'observer une quarantaine et nous voilà le lundi soir à préparer nos sacs et zou, le mardi matin.

C'était piteux comme un exode à l'échelle familiale.

Au bout du compte c'est moi qui ne souhaitais pas partir puisqu'on ne l'avait pas fait avant, qui ai été la plus heureuse d'être dans ma maison à enfin faire ce que je devais y faire pour la remettre en état, et les deux autres qui ont eu des hauts et des bas.

Il n'empêche que le départ, y compris pour moi qui avais commencé à préparer celui que j'avais prévu pour la semaine d'avant, puis avais cru qu'on renonçait et donc m'étais interrompue (voire avais défait certains préparatifs), s'était trouvé précipité. 

Notre fille n'ayant touché à nos affaires que pour la salle de bain dont elle avait l'usage, nous avons en gros tout retrouvé en l'état. 

Les calendriers restés à mars. Le courrier postal accumulé. Des vêtements en vrac. Des chaussures d'hiver dans l'entrée. Certains paquets de ci ou ça entamés. Mes lunettes de soleil dans leur étui, là où elles avaient malencontreusement glissé (au moment de partir, dès lors, je ne les avais pas trouvées et j'avais filé sans les emporter). On aurait cru qu'on avait été surpris en plein quelque chose, comme les habitants de Pompéi par les cendres. 

En fait nous avions été surpris en plein cours de notre vie. 

L'impression a perduré jusqu'à aujourd'hui à mesure que je tentais peu à peu de ranger ; précisément parce qu'entre mon retour d'entretien le lundi et la soirée de discussion et avec la décision au bout du compte de partir, croyant rester à l'appartement un bon moment - je m'attendais comme tout le monde à l'annonce d'un confinement, le suspens résidait en sa durée et ses modalités -, j'avais amorcé les grands rangements nécessaires. Il y avait donc un vrai côté retrouver des choses en plan, des débuts de tri, des cartons ouverts. 

C'est alors que j'ai lu chez Alice, qui est retournée sur son lieu de travail préparer la suite [du télétravail], exactement la même expression - qu'elle a pour sa part éprouvé au bureau - : 

"[...] c'est Pompéi saisi en pleine activité — moins la cendre."

C'est donc bien un effet collectif, que nous serons, ou avons déjà été, nombreux à éprouver, qui rentrant d'avoir été confiné ailleurs qu'en son domicile principal, qui retournant sur le lieu de travail : un effet Pompéi généralisé.

 

(1) Son entreprise traite certaines affaires directement mais pour d'autres place ses salariées au services d'autres entités (comme les SSII pour l'informatique)

(2) Il est vrai que comme elle devait télétravailler, la cohabitation dans le 3 pièces à trois adultes, dont un qui ne tenait pas en place à l'intérieur, eût été compliquée. Voire infernale. 


Quelques photos d'il y a deux ans

 

    Ce soir l'ordi m'a rappelée à l'ordre - depuis le début du confinement je me disais Dès que j'en aurai fini avec le jardin, je m'occuperai des photos ; et puis j'ai enchaîné sur d'autres menus rangements -, sa mémoire est saturée, je dois faire du ménage. C'est facile et simple : j'ai trop de photos. Me voilà donc ce soir astreinte à reprendre la tâche de Sisyphe, du moins lorsque l'on prend des photos quotidiennes, qui est d'en faire le tri, les copies (sur disque dur et un autre lieu) puis le ménage. 

J'aime bien le faire à la main, pour partie, ce qui me permet de revisiter mes jours. C'est particulièrement utile sur la période que j'aborde à présent : le printemps d'il y a deux ans. Je travaillais alors pour la librairie Charybde tout en passant mes week-ends à préparer la maison de mes parents pour sa vente ; encore épuisée par le déménagement des affaires qui m'avait pris (là aussi, tri, jetages, sauvegardes, rangements) un an de week-ends chargés. Sans compter le deuil principal et deux autres sortes de deuils pour moi annexes mais non négligeables : un beau-frère et un cousin par alliance, partis brutalement, l'un comme l'autre, de la vie de celle qui avait été leur compagne. Il faut s'habituer, même si on ne se voyait pas si fréquemment, à ce qu'ils ne soient plus là. Plus du tout là. Et qu'on n'ait même pas pu leur dire au revoir, car les ruptures furent brutales. On se retrouve quittées, de façon secondaire et collatérale. C'est assez étrange comme effet. D'autant plus qu'il s'accompagne d'une perte d'estime très forte envers eux, qui ont tant menti.
Dès lors de ce printemps 2018 qui comporta néanmoins d'excellents moment, à la librairie notamment, il me reste du fait de l'écrasante fatigue peu de souvenirs. Ou plutôt ils sont présents mais comme entassés, non datés. Ils manquent d'indexation. En trier les photos m'offre l'apaisement de reprendre pied dans ma mémoire. 

 

Accessoirement, je retrouve traces d'endroits qui n'existent plus, ou plutôt de bâtiments qui n'existent plus dans des endroits qui ont totalement changé. 

Ainsi ces bâtiments à Clichy, près du parc des Impressionnistes et qui récemment encore n'étaient plus qu'un immense trou de fondations à construire (1). Dommage, en leur temps ils ne manquaient pas de charmes 

(photos prises le dimanche 1er avril 2018, jour de Pâques, en revenant de notre habituel sunday morning run)

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Le 4 avril (2018, donc), chez Charybde il y avait eu à la fois un tournage dans la journée et une soirée en compagnie d'Alan Parks, et de son traducteur Olivier Deparis, de celles qui font bonheur à se rappeler plus tard. 

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Le tournage était pour un court métrage que devaient présenter ensuite à leurs enseignants des élèves d'une école de cinéma. 

C'est terrible, vu du confinement, on sursaute à les voir, à nous voir, les uns des autres si rapprochés, sans masques ni rien de tout ce qui s'est installé qu'on doivent les mettre ou qu'on en manque, dans notre quotidien et pour un long moment. 

Que sont-ils devenus ? Que deviendront-ils dans le monde de l'Après, et sa crise économique qui ne manquera pas de heurter de plein fouet tout ce qui concerne la culture ? 

Je m'aperçois que l'épidémie (et ma recherche d'emploi) m'ont fait rater la parution de "L'enfant de février" que pourtant j'attendais. 
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Un livre de plus à ajouter à la liste des lectures souhaitées après le déconfinement. 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Il y avait eu une autre soirée le 5 (je devais être trop épuisée pour en conserver un souvenir précis) et le 6 avril nous avions reçu Marc Voltenauer, d'abord à la librairie puis principalement dans un café du XIIème où il avait ses habitudes et bien des amis. Ce fut l'une des soirées les plus réussie. Avec des habitués du café restés à écouter, alors que la lecture n'était pas forcément leur occupation préférée. 

Rétrospectivement, je me demande comment j'ai fait, comment nous faisions tous (de la librairie) pour tenir le coup avec un tel rythme. 

Quoi qu'il advienne après cette période de confinement, je pourrais me souvenir que j'aurais connu dix années fort vivantes d'un point de vue professionnel, et fait de magnifiques rencontres.  

Voir les photos du monde dans le café, paraît tellement étrange à présent. Connaîtrons-nous un jour de tels moments à nouveau ?  IMG_1619

 

 

 

 

 

(1) C'est peut-être encore le cas. Le confinement a fait que je ne suis plus repassée par là depuis un mois et demi.


Ai-je vraiment vécu cette journée ?


    Un peu tard pour le décompte, j'ai peu suivi les informations, à part sur la Rai à l'heure où Président Macron faisait un discours confus, instaurant un confinement sans prononcer le mot, disant qu'on pouvait sortir faire un peu d'exercice physique, mais qu'il y aurait des contrôles partout. On est censé ne plus bouger à partir de mardi 12h. 

Gros débat familial au sujet de la Normandie. Notre fille souhaite être seule à l'appartement, l'Homme de la maison veut y aller - ne supporte pas d'être enfermé, là-bas on devrait pouvoir sortir marcher -. Je suis la seule à dire qu'on risque d'exporter en Province le virus parisien, même s'il y a des cas locaux (dont à la centrale de Flamanville, laquelle est en arrêt). 

Le fait est que comme il n'est pas assujetti au télétravail mais bien au chômage technique, l'obligation de connexion ne s'impose pas. Quant à moi, j'ai de belles perspectives en cas de survie. Mais pas avant la fin du confinement. 

Soirée entière consacrée à discuter pour tenter de démêler le pour du contre. 

Les "Normands" finissent par avoir raison de mes scrupules. Mes ami·e·s me disent que si l'on reste en quarantaine 14 jours, ça sera OK. Je vais tenter de faire ça, ne voir vraiment personne pendant 14 jours une fois là-bas. D'autant plus qu'il y a de quoi manger dans la maison de là-bas. Seulement lui n'en sera pas capable, et ne se croit pas porteur du virus.

En revenant de mon rendez-vous à caractère professionnel - ou je suis allée à vélo afin de ne courir ni faire courir aucun risque -, je suis passée saluer de mes plus chers ami·e·s eux à leur balcon et moi en bas. C'était un moment heureux dans un moment collectif terrifiant. 

À Paris, c'est l'exode. Ça me gêne vraiment de participer à ce mouvement ; pour autant mon séjour était prévu de bien avant - et j'ai même gaspillé un billet de train dans la bataille -, car je devais partir samedi. 

J'ai passé la fin de soirée à préparer des bagages conséquents : lectures et DVD pour 5 semaines. 

Les couillons de la pétanque, quand je suis rentrée de mon rendez-vous sérieux, ils jouaient. Alors que le club est fermé mais comme l'un d'eux est membre du bureau il détient une clef.

Le virus doit se régaler de notre imbécilité. 

Cette journée, avec du monde dans les rues tout le monde s'activant à faire ce qui était possible avant le lockdown annoncé, pour moi une bonne nouvelle individuelle, pour l'ensemble un climat de pré-apo, était totalement irréelle à traverser. 

Je me suis empressée de déposer un chèque d'un compte annexe vers notre compte principal, avant que même les banques ne ferment ; l'idée étant qu'on ne se retrouve pas avec un débit abyssal comme en novembre 2015. Sur 4 personnes adultes, nous serons donc : deux (les jeunes) en télétravail, un au chômage technique et moi au chômage tout court mais avec une perspective d'emploi pour juste après ce combat collectif contre l'épidémie. C'est sans doute assez représentatif. 

 


Une journée merveilleuse à titre personnel ... sauf que sur fond d'épidémie le merveilleux s'émiette

    Comme c'est étrange : j'ai passé une journée merveilleuse en chemin vers la possibilité de concrétisation d'un projet personnel sage, prévoyant mais un peu fou. J'avais lancé en novembre des éléments de veille sur les éventuelles opportunités, ça n'avait rien de rien donné et puis voilà, soudain une proposition.

Et qui me convient.

J'ai fait un déplacement juste au bord de la période probable de confinement, c'était une prise de risque (je me suis efforcée de le rendre faible, et j'ai été très prudente vis-à-vis des autres, il n'empêche). Seulement si je tombe malade, outre mon potentiel nouveau travail - si la période épidémique ne le remet pas en question -, j'aurais cette perspective pour me donner le petit supplément d'envie de se raccrocher à la vie et qui parfois fait la différence. 
De toutes façons j'ai pris des risques aussi pour ma recherche d'emploi. J'étais bien obligée. Alors pourquoi pas un risque, mesuré, pour un projet de vie d'après ?

J'ai pu constater que pour l'instant la vie continuait. Les boutiques sont ouvertes, il y avait encore des scolaires, curieusement, pas si réjouis qu'on aurait pu le croire. J'ai assisté à des au-revoir emprunts de gravité et d'émotions. Le monde du travail est encore actif. Les gens circulent (dans leurs voitures (j'étais en Province)). Les gens promènent leur chien. La médiathèque est ouverte et peu fréquentée mais un peu quand même. Les élections se préparent. Les professionnels, tous métiers, s'accrochent à leur professionnalisme. 

Un jeune croise une personne de son entourage, une adulte mais avec laquelle il ne semble pas avoir de lien parental, au moment où je passe près d'eux (mais pas trop près, j'ai hyper respecté mes distances), après qu'ils avaient hésité de façon touchante à se faire ou non la bise, j'entends qu'il explique : - Avec "école en ligne", on nous a donné un lien internet. Et j'en souris parce qu'à une inflexion de sa voix je perçois qu'il doute que ça fonctionne.

La plupart des adultes que je croise pendus à leur téléphone parlent de garde d'enfants. La plupart des conversations que j'entends, au restaurant le midi, au café d'avant le train du retour, concernent aussi cette question. C'est un coup de génie politique : ainsi fixée sur ce tracas concret, les gens en oublie le sujet principal de panique potentielle : l'épidémie.

J'ai choisi le restaurant parce que je le savais délicieux, certes, mais spacieux, le café après avoir vu que là aussi on n'était pas trop entassés, de voyager en première, OK parce que ça n'était pas trop plus cher mais aussi dans l'espoir d'être moins collée à un éventuel voisin. Pour aller de chez moi à la gare du nord, j'ai choisi aussi le trajet de transports à moindre densité.  

Raté pour l'embarquement à Paris, les gens ne pensant pas un seul instant à tenir leur distance. Du coup comme j'étais la seule à le faire, je me suis fait allègrement passer devant. 

Personne ne semble remettre en cause le bien fondé des mesures (1), pour autant beaucoup de gens semblent n'être pas du tout conscients de la gravité de la situation, de la contagiosité forte, du fait que déjà et presque inévitablement ils connaissent des personnes malades - sans forcément le savoir déjà -.
Il y a cependant depuis la veille (jeudi 12 mars) une nervosité dans l'air, un silence dans les transports - sauf enfants -, attestant que le message est enfin passé, que ça n'est pas juste une méchante grippe et les raisonnables des froussards. Comme les masques manquent la plupart des gens (dont je fais à demi partie, seulement quand la foule se densifie) se met le nez dans des écharpes ou autres tours de cou.

Tension aussi à la pharmacie où je suis allée faire quelques achats en prévision d'un éventuel confinement : cotons, pastilles pour la gorge, paracétamol, un thermomètre pour que l'Homme de la maison n'ait plus aucun prétexte de ne pas prendre sa température quand il se plaint d'être fiévreux. Les gens parlaient du Leclerc, l'hypermarché tout proche dans lequel tôt le matin il n'avait été possible d'entrer qu'à nombre compté. La pharmacienne à ma question des plus courtoise (j'y avais vraiment mis les formes, "Je me doute que ... ") concernant le gel hydro-alcoolique m'a vendu de quoi le faire moi-même avec la recette tout en m'offrant le flacon. Ça n'était pas très cher, j'ai apprécié. Elle semblait épuisée.

Il y avait sur les terrains de sports encore des jeunes qui pratiquaient. Et tous les commerces ouverts. 

En Italie une nouvelle bouffée épidémique est attendue correspondant aux comportements encore insouciants du week-end précédent. C'est annoncé, calmement.

Trump prend enfin l'épidémie au sérieux, dit seulement un peu de bullshit pour tenter de s'exonérer d'erreurs que lui-même / son administration ont commises, mais pour l'essentiel revient dans les clous de ce qu'on attend d'un président. C'est dire si la fin du monde est proche. 

Boris Johnson s'en tient à pas de comptage pas de mesure, rendons la population immunisée. Il va surtout réussir à la rendre morte, mais bon. Officiellement 3 cas recensés au Royaume Unis. Les comptages iraniens sont pipés, les témoignages et les images satellites de charniers le prouvent. Ça n'est peut-être même plus volontaire en fait, mais parce qu'il n'y a plus assez de personnes pour s'y coller.

Bolsonaro serait coronovirus-positif. Quelques jours après s'être moqué de la panique générale.

Kozlika m'a fait remarquer que les lectrices et lecteurs de SF avaient réagi plus vite aux signes révélateurs du début de l'épidémie. Oui, ça joue. J'ai l'impression de vivre quelque chose de déjà traversé par le passé alors que c'étaient les personnages de roman qui l'avaient fait. 

Je dois annuler un billet de train, seulement les liens recommandés tombent dans des pompes à rien, sans doute développés dans l'urgence, sans avoir été correctement testés. 

 

 

(1) Les protestations viennent plutôt pour leur reprocher d'être insuffisantes et de faire courir des risques inutiles par exemple pour les transports ou les élections. 

Lien vers le site de la santé publique en France lequel ne répond plus (les infos n'étaient plus mises à jour depuis le 7 mars)

Liens vers des statistiques :

Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Oragnization via safetydectetives.com

142 557 cas dont (chiffres de la veille : 5 359 morts et 70 174 guéris)


On avance, on avance, on avance (comme dans la chanson)

    

    Et ça n'est plus tant qu'on n'a pas assez d'essence pour faire la route dans l'autre sens, mais que tant que des décisions au niveau national ou régional ne sont pas prises autorisant les petites gens dont la plupart d'entre nous fait partie, à ne pas aller bosser ou à cesser de chercher du travail, notre marge de manœuvre individuelle est très restreinte et son champ réduit aux seules activités de loisirs.

Alors que je suis persuadée, au vu de ce qui arrive en Italie, que le moins pire serait que chacun reste quinze jours ou trois semaines chez soi, je continue donc comme mes compatriotes à faire comme si presque de rien n'était. Et donc à me rendre à des entretiens d'embauche en empruntant les transports en commun (1). À aller à la radio donner ma petite émission. À ne pas me couper de mes ami·e·s, du moins tant que je n'ai pas d'autres symptômes que le petit nez-qui-coule saisonnier. 

J'ai même plutôt tendance à me hâter de faire certaines choses, comme aller faire quelques travaux en la petite maison Normande et effectuer certaines démarches en vue de préparer l'avenir et revoir les ami·e·s que ma période de six mois de travail  vraiment intense m'avait conduite à négliger. Ça n'est peut-être pas très malin de ma part, tout déplacement, toute interaction présente un risque (dans les deux sens), seulement je ne suis pas parvenue à raisonner autrement que tenter de prévoir : 

1/ de retrouver rapidement du travail (et donc d'avoir à nouveau trop pas le temps, quoi qu'il advienne par ailleurs)

2/ de tomber malade (ou quelqu'un de mon entourage) (et donc de passer en mode survie)

3/ une période générale officielle de confinement (et donc, vite, vite, faire l'urgent avant afin de pouvoir rester entre quatre murs sans tourments annexes)

Et pour le 1/ je suis bien obligée, tant que tout le monde va à son travail, d'en faire autant, c'est-à-dire puisque ponctuellement je n'en ai pas, en chercher.

 

J'évite désormais les rassemblements de groupes en intérieur. Ça n'est pas tant par peur pour moi que par égards pour ma fille et parce qu'ayant une vie très active et habitante d'une métropole il me paraît inévitable d'avoir déjà croisé le virus et plus d'une fois. Il n'est pas exclu que je sois porteuse, pour l'instant à mon insu.

Sur France Culture ce matin, le locus of control fort bien expliqué par Guillaume Erner.

Il faut encore rappeler à la plupart des gens qu'il ne faut pas se serrer la main, mais c'est admis. Certains s'excusent d'avoir oublié. J'étais plutôt contente de n'être pas la seule à le faire spontanément. 

La vie semble suivre son cours en France presque comme si de rien n'était. Ponctuellement, un passant masqué. Un peu moins de malotrus qui bousculent les autres, notamment lors des montées-descentes de transports en commun, ce qui n'est pas désagréable.

On échange entre personnes avec accointances italiennes, un peu stupéfaites de voir combien les Français se laissent bercer par un discours gouvernemental qui tend à grandement minimiser la force de l'épidémie. Peut-être aussi une part de notre fabuleuse arrogance, beaucoup de gens semblent croire à cette légende selon laquelle le virus s'attaquerait avant tout aux très vieux. C'est l'éternelle histoire de la condition nécessaire mais pas suffisante : bien évidemment quelqu'un à la santé déjà fragile risque davantage de rencontrer des complications pulmonaires, seulement voilà, de jeunes personnes en bonne santé de départ et bien sportives par exemple se retrouvent également en réanimation. Capture d’écran 2020-03-12 à 01.07.06

Un ami, d'ailleurs, à l'un des siens en réanimation. Pas spécialement vieux. Et non-fumeur. Je sais qu'un exemple ponctuel ne signifie rien du général, il n'empêche qu'entre les malades qui ont tous les symptômes mais ne sont pas testés et deux personnes de ma TL qui connaissent directement des cas critiques, je ne peux m'empêcher de penser que si chacun d'entre nous connaît deux cas critiques et cinq cas de tests qui ont été refusés, ça commence à faire.

J'ai une bonne nouvelle potentielle seulement elle est suspendue à l'avenir général (et à ma propre santé, jusqu'ici tout va bien). Dans la mesure où j'ai déjà subi la désintégration d'un boulot par suite des attentats de novembre 2015, je reste méfiance quant à cette belle perspective stimulante d'avenir professionnel sur fond de pandémie.

 

 

 

Lien vers le site de la santé publique en France lequel ne répond plus (les infos n'étaient plus mises à jour depuis le 7 mars)

Liens vers des statistiques :

Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Oragnization via safetydectetives.com

125 865 cas dont 4 615 morts et 67 003 guéris

 

(1) Pas évident de prendre le vélo pour ce type de trajets un peu particuliers. 


la vie normale en s'attendant à ce qu'elle ne le soit bientôt plus (C'est assez curieux)


    Ma journée s'est déroulée exactement comme prévu et c'était presque rare : kiné pour l'entretien sportif, déjeuner heureux avec une amie, longue session de BNF. Je peux même l'avouer : ce fut, en particulier grâce aux retrouvailles, une bien belle journée, même si non dépourvue de cette arrière-pensée lancinante du risque principal en cours. J'ai même eu droit à un petit gag en repartant : mon manteau coincé par (côté ouest pour une fois) le casier d'une autre personne. 

Le fait de s'attendre à une possible "IoRestoACasa" prochaine pousse à faire au maximum tout comme à l'ordinaire. C'est à la fois libérateur - à bien des moments de cette journée, concentrée sur tout autre chose j'avais oublié l'épidémie - et une prise de risque. Le fait même d'une séance de kiné n'est pas terrible quant aux possibilités de contagion, l'utilisation des transports en commun, le restaurant aux tables collées-serrées, la longue file d'attente pour pouvoir entrer à la BNF et où personne sauf moi et quelques personnes italiennes, ne respectait ses distances. 

Pour autant : pas de bisous, pas de serrage de mains. Et je me lavais fréquemment ces dernières mais à présent c'est avec encore un plus grand soin. 

Encore des cas de personnes auxquelles on a refusé le test. Et de témoignage de l'encombrement absolu du 15. Comme disait l'amie, ce n'est pas le moment de subir une crise cardiaque.  

Je m'aperçois que la possibilité d'une période de confinement tend à me rendre plus (+) active ce qui au bout du compte contribue à accroître ma prise de risques individuelle. J'ai ainsi pris des billets de train et pour Arras et pour la Normandie en vue de deux sauts à y faire pour des choses qui ne sauraient attendre deux mois avant d'être faites. Et que je ne risque de pouvoir faire avant le cœur de l'été si comme je l'espère je retrouve rapidement du travail. De ce côté là, deux entretiens prévus cette semaine. 

Si j'avais eu la moindre idée d'observer le #IoRestoACasa par solidarité envers ma famille d'Italie comme par intelligence préventive, c'eût été raté. 

Seulement en France, le mot d'ordre est : Faisons presque (1) comme si de rien n'était et descendons les Champs Élysées

En Italie, couvre-feu général avec circulation possible grâce à une lettre d'auto-déclaration (Je sors 1/ pour travailler 2/ pour aller faire les courses de premières nécessité etc.). Déclaration de Giuseppe Conte, qui ne semble pas très en forme (Serait-il atteint ?) 

Une infirmière par le biais d'une photo prise par un collègue alors qu'elle s'effondrait de sommeil après une garde non-stop est devenue une icône nationale. 

En Chine la vie normale commence à reprendre, les entreprise à rouvrir, les gens à devoir retourner bosser (mais avec des masques).

 

(1) Parce que bon, quand même, le ministre de la culture est lui-même atteint. 

Lien vers le site de la santé publique en France

Liens vers des statistiques :

Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Oragnization via safetydectetives.com

113 582 cas dont 3 996 morts et 62 512 guéris