L'effet Pompéi

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    J'y pense depuis notre retour samedi soir : nous étions partis après une délibération familiale quand le confinement a été ordonné avec un bref délai pour nous laisser une chance d'en choisir le lieu. En fait nous avions prévu d'aller à la petite maison de Normandie la semaine qui précédait, j'avais d'ailleurs pris un billet de train pour y rejoindre JF qui finalement avait bossé jusqu'au vendredi soir tard afin de terminer un contrat en cours (1) et de mon côté j'avais un entretien d'embauche soudain et nous étions à Paris quand nous aurions déjà dû être partis (avec la question qui se serait posée de rentrer ou non) et alors que j'étais dans une optique, donc finalement on reste, les deux autres, père et fille ont emporté le morceau sur le thème On se répartit (2), j'ai mis la condition d'observer une quarantaine et nous voilà le lundi soir à préparer nos sacs et zou, le mardi matin.

C'était piteux comme un exode à l'échelle familiale.

Au bout du compte c'est moi qui ne souhaitais pas partir puisqu'on ne l'avait pas fait avant, qui ai été la plus heureuse d'être dans ma maison à enfin faire ce que je devais y faire pour la remettre en état, et les deux autres qui ont eu des hauts et des bas.

Il n'empêche que le départ, y compris pour moi qui avais commencé à préparer celui que j'avais prévu pour la semaine d'avant, puis avais cru qu'on renonçait et donc m'étais interrompue (voire avais défait certains préparatifs), s'était trouvé précipité. 

Notre fille n'ayant touché à nos affaires que pour la salle de bain dont elle avait l'usage, nous avons en gros tout retrouvé en l'état. 

Les calendriers restés à mars. Le courrier postal accumulé. Des vêtements en vrac. Des chaussures d'hiver dans l'entrée. Certains paquets de ci ou ça entamés. Mes lunettes de soleil dans leur étui, là où elles avaient malencontreusement glissé (au moment de partir, dès lors, je ne les avais pas trouvées et j'avais filé sans les emporter). On aurait cru qu'on avait été surpris en plein quelque chose, comme les habitants de Pompéi par les cendres. 

En fait nous avions été surpris en plein cours de notre vie. 

L'impression a perduré jusqu'à aujourd'hui à mesure que je tentais peu à peu de ranger ; précisément parce qu'entre mon retour d'entretien le lundi et la soirée de discussion et avec la décision au bout du compte de partir, croyant rester à l'appartement un bon moment - je m'attendais comme tout le monde à l'annonce d'un confinement, le suspens résidait en sa durée et ses modalités -, j'avais amorcé les grands rangements nécessaires. Il y avait donc un vrai côté retrouver des choses en plan, des débuts de tri, des cartons ouverts. 

C'est alors que j'ai lu chez Alice, qui est retournée sur son lieu de travail préparer la suite [du télétravail], exactement la même expression - qu'elle a pour sa part éprouvé au bureau - : 

"[...] c'est Pompéi saisi en pleine activité — moins la cendre."

C'est donc bien un effet collectif, que nous serons, ou avons déjà été, nombreux à éprouver, qui rentrant d'avoir été confiné ailleurs qu'en son domicile principal, qui retournant sur le lieu de travail : un effet Pompéi généralisé.

 

(1) Son entreprise traite certaines affaires directement mais pour d'autres place ses salariées au services d'autres entités (comme les SSII pour l'informatique)

(2) Il est vrai que comme elle devait télétravailler, la cohabitation dans le 3 pièces à trois adultes, dont un qui ne tenait pas en place à l'intérieur, eût été compliquée. Voire infernale. 


Quelques photos d'il y a deux ans

 

    Ce soir l'ordi m'a rappelée à l'ordre - depuis le début du confinement je me disais Dès que j'en aurai fini avec le jardin, je m'occuperai des photos ; et puis j'ai enchaîné sur d'autres menus rangements -, sa mémoire est saturée, je dois faire du ménage. C'est facile et simple : j'ai trop de photos. Me voilà donc ce soir astreinte à reprendre la tâche de Sisyphe, du moins lorsque l'on prend des photos quotidiennes, qui est d'en faire le tri, les copies (sur disque dur et un autre lieu) puis le ménage. 

J'aime bien le faire à la main, pour partie, ce qui me permet de revisiter mes jours. C'est particulièrement utile sur la période que j'aborde à présent : le printemps d'il y a deux ans. Je travaillais alors pour la librairie Charybde tout en passant mes week-ends à préparer la maison de mes parents pour sa vente ; encore épuisée par le déménagement des affaires qui m'avait pris (là aussi, tri, jetages, sauvegardes, rangements) un an de week-ends chargés. Sans compter le deuil principal et deux autres sortes de deuils pour moi annexes mais non négligeables : un beau-frère et un cousin par alliance, partis brutalement, l'un comme l'autre, de la vie de celle qui avait été leur compagne. Il faut s'habituer, même si on ne se voyait pas si fréquemment, à ce qu'ils ne soient plus là. Plus du tout là. Et qu'on n'ait même pas pu leur dire au revoir, car les ruptures furent brutales. On se retrouve quittées, de façon secondaire et collatérale. C'est assez étrange comme effet. D'autant plus qu'il s'accompagne d'une perte d'estime très forte envers eux, qui ont tant menti.
Dès lors de ce printemps 2018 qui comporta néanmoins d'excellents moment, à la librairie notamment, il me reste du fait de l'écrasante fatigue peu de souvenirs. Ou plutôt ils sont présents mais comme entassés, non datés. Ils manquent d'indexation. En trier les photos m'offre l'apaisement de reprendre pied dans ma mémoire. 

 

Accessoirement, je retrouve traces d'endroits qui n'existent plus, ou plutôt de bâtiments qui n'existent plus dans des endroits qui ont totalement changé. 

Ainsi ces bâtiments à Clichy, près du parc des Impressionnistes et qui récemment encore n'étaient plus qu'un immense trou de fondations à construire (1). Dommage, en leur temps ils ne manquaient pas de charmes 

(photos prises le dimanche 1er avril 2018, jour de Pâques, en revenant de notre habituel sunday morning run)

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Le 4 avril (2018, donc), chez Charybde il y avait eu à la fois un tournage dans la journée et une soirée en compagnie d'Alan Parks, et de son traducteur Olivier Deparis, de celles qui font bonheur à se rappeler plus tard. 

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Le tournage était pour un court métrage que devaient présenter ensuite à leurs enseignants des élèves d'une école de cinéma. 

C'est terrible, vu du confinement, on sursaute à les voir, à nous voir, les uns des autres si rapprochés, sans masques ni rien de tout ce qui s'est installé qu'on doivent les mettre ou qu'on en manque, dans notre quotidien et pour un long moment. 

Que sont-ils devenus ? Que deviendront-ils dans le monde de l'Après, et sa crise économique qui ne manquera pas de heurter de plein fouet tout ce qui concerne la culture ? 

Je m'aperçois que l'épidémie (et ma recherche d'emploi) m'ont fait rater la parution de "L'enfant de février" que pourtant j'attendais. 
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Un livre de plus à ajouter à la liste des lectures souhaitées après le déconfinement. 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Il y avait eu une autre soirée le 5 (je devais être trop épuisée pour en conserver un souvenir précis) et le 6 avril nous avions reçu Marc Voltenauer, d'abord à la librairie puis principalement dans un café du XIIème où il avait ses habitudes et bien des amis. Ce fut l'une des soirées les plus réussie. Avec des habitués du café restés à écouter, alors que la lecture n'était pas forcément leur occupation préférée. 

Rétrospectivement, je me demande comment j'ai fait, comment nous faisions tous (de la librairie) pour tenir le coup avec un tel rythme. 

Quoi qu'il advienne après cette période de confinement, je pourrais me souvenir que j'aurais connu dix années fort vivantes d'un point de vue professionnel, et fait de magnifiques rencontres.  

Voir les photos du monde dans le café, paraît tellement étrange à présent. Connaîtrons-nous un jour de tels moments à nouveau ?  IMG_1619

 

 

 

 

 

(1) C'est peut-être encore le cas. Le confinement a fait que je ne suis plus repassée par là depuis un mois et demi.


Ai-je vraiment vécu cette journée ?


    Un peu tard pour le décompte, j'ai peu suivi les informations, à part sur la Rai à l'heure où Président Macron faisait un discours confus, instaurant un confinement sans prononcer le mot, disant qu'on pouvait sortir faire un peu d'exercice physique, mais qu'il y aurait des contrôles partout. On est censé ne plus bouger à partir de mardi 12h. 

Gros débat familial au sujet de la Normandie. Notre fille souhaite être seule à l'appartement, l'Homme de la maison veut y aller - ne supporte pas d'être enfermé, là-bas on devrait pouvoir sortir marcher -. Je suis la seule à dire qu'on risque d'exporter en Province le virus parisien, même s'il y a des cas locaux (dont à la centrale de Flamanville, laquelle est en arrêt). 

Le fait est que comme il n'est pas assujetti au télétravail mais bien au chômage technique, l'obligation de connexion ne s'impose pas. Quant à moi, j'ai de belles perspectives en cas de survie. Mais pas avant la fin du confinement. 

Soirée entière consacrée à discuter pour tenter de démêler le pour du contre. 

Les "Normands" finissent par avoir raison de mes scrupules. Mes ami·e·s me disent que si l'on reste en quarantaine 14 jours, ça sera OK. Je vais tenter de faire ça, ne voir vraiment personne pendant 14 jours une fois là-bas. D'autant plus qu'il y a de quoi manger dans la maison de là-bas. Seulement lui n'en sera pas capable, et ne se croit pas porteur du virus.

En revenant de mon rendez-vous à caractère professionnel - ou je suis allée à vélo afin de ne courir ni faire courir aucun risque -, je suis passée saluer de mes plus chers ami·e·s eux à leur balcon et moi en bas. C'était un moment heureux dans un moment collectif terrifiant. 

À Paris, c'est l'exode. Ça me gêne vraiment de participer à ce mouvement ; pour autant mon séjour était prévu de bien avant - et j'ai même gaspillé un billet de train dans la bataille -, car je devais partir samedi. 

J'ai passé la fin de soirée à préparer des bagages conséquents : lectures et DVD pour 5 semaines. 

Les couillons de la pétanque, quand je suis rentrée de mon rendez-vous sérieux, ils jouaient. Alors que le club est fermé mais comme l'un d'eux est membre du bureau il détient une clef.

Le virus doit se régaler de notre imbécilité. 

Cette journée, avec du monde dans les rues tout le monde s'activant à faire ce qui était possible avant le lockdown annoncé, pour moi une bonne nouvelle individuelle, pour l'ensemble un climat de pré-apo, était totalement irréelle à traverser. 

Je me suis empressée de déposer un chèque d'un compte annexe vers notre compte principal, avant que même les banques ne ferment ; l'idée étant qu'on ne se retrouve pas avec un débit abyssal comme en novembre 2015. Sur 4 personnes adultes, nous serons donc : deux (les jeunes) en télétravail, un au chômage technique et moi au chômage tout court mais avec une perspective d'emploi pour juste après ce combat collectif contre l'épidémie. C'est sans doute assez représentatif. 

 


Une journée merveilleuse à titre personnel ... sauf que sur fond d'épidémie le merveilleux s'émiette

    Comme c'est étrange : j'ai passé une journée merveilleuse en chemin vers la possibilité de concrétisation d'un projet personnel sage, prévoyant mais un peu fou. J'avais lancé en novembre des éléments de veille sur les éventuelles opportunités, ça n'avait rien de rien donné et puis voilà, soudain une proposition.

Et qui me convient.

J'ai fait un déplacement juste au bord de la période probable de confinement, c'était une prise de risque (je me suis efforcée de le rendre faible, et j'ai été très prudente vis-à-vis des autres, il n'empêche). Seulement si je tombe malade, outre mon potentiel nouveau travail - si la période épidémique ne le remet pas en question -, j'aurais cette perspective pour me donner le petit supplément d'envie de se raccrocher à la vie et qui parfois fait la différence. 
De toutes façons j'ai pris des risques aussi pour ma recherche d'emploi. J'étais bien obligée. Alors pourquoi pas un risque, mesuré, pour un projet de vie d'après ?

J'ai pu constater que pour l'instant la vie continuait. Les boutiques sont ouvertes, il y avait encore des scolaires, curieusement, pas si réjouis qu'on aurait pu le croire. J'ai assisté à des au-revoir emprunts de gravité et d'émotions. Le monde du travail est encore actif. Les gens circulent (dans leurs voitures (j'étais en Province)). Les gens promènent leur chien. La médiathèque est ouverte et peu fréquentée mais un peu quand même. Les élections se préparent. Les professionnels, tous métiers, s'accrochent à leur professionnalisme. 

Un jeune croise une personne de son entourage, une adulte mais avec laquelle il ne semble pas avoir de lien parental, au moment où je passe près d'eux (mais pas trop près, j'ai hyper respecté mes distances), après qu'ils avaient hésité de façon touchante à se faire ou non la bise, j'entends qu'il explique : - Avec "école en ligne", on nous a donné un lien internet. Et j'en souris parce qu'à une inflexion de sa voix je perçois qu'il doute que ça fonctionne.

La plupart des adultes que je croise pendus à leur téléphone parlent de garde d'enfants. La plupart des conversations que j'entends, au restaurant le midi, au café d'avant le train du retour, concernent aussi cette question. C'est un coup de génie politique : ainsi fixée sur ce tracas concret, les gens en oublie le sujet principal de panique potentielle : l'épidémie.

J'ai choisi le restaurant parce que je le savais délicieux, certes, mais spacieux, le café après avoir vu que là aussi on n'était pas trop entassés, de voyager en première, OK parce que ça n'était pas trop plus cher mais aussi dans l'espoir d'être moins collée à un éventuel voisin. Pour aller de chez moi à la gare du nord, j'ai choisi aussi le trajet de transports à moindre densité.  

Raté pour l'embarquement à Paris, les gens ne pensant pas un seul instant à tenir leur distance. Du coup comme j'étais la seule à le faire, je me suis fait allègrement passer devant. 

Personne ne semble remettre en cause le bien fondé des mesures (1), pour autant beaucoup de gens semblent n'être pas du tout conscients de la gravité de la situation, de la contagiosité forte, du fait que déjà et presque inévitablement ils connaissent des personnes malades - sans forcément le savoir déjà -.
Il y a cependant depuis la veille (jeudi 12 mars) une nervosité dans l'air, un silence dans les transports - sauf enfants -, attestant que le message est enfin passé, que ça n'est pas juste une méchante grippe et les raisonnables des froussards. Comme les masques manquent la plupart des gens (dont je fais à demi partie, seulement quand la foule se densifie) se met le nez dans des écharpes ou autres tours de cou.

Tension aussi à la pharmacie où je suis allée faire quelques achats en prévision d'un éventuel confinement : cotons, pastilles pour la gorge, paracétamol, un thermomètre pour que l'Homme de la maison n'ait plus aucun prétexte de ne pas prendre sa température quand il se plaint d'être fiévreux. Les gens parlaient du Leclerc, l'hypermarché tout proche dans lequel tôt le matin il n'avait été possible d'entrer qu'à nombre compté. La pharmacienne à ma question des plus courtoise (j'y avais vraiment mis les formes, "Je me doute que ... ") concernant le gel hydro-alcoolique m'a vendu de quoi le faire moi-même avec la recette tout en m'offrant le flacon. Ça n'était pas très cher, j'ai apprécié. Elle semblait épuisée.

Il y avait sur les terrains de sports encore des jeunes qui pratiquaient. Et tous les commerces ouverts. 

En Italie une nouvelle bouffée épidémique est attendue correspondant aux comportements encore insouciants du week-end précédent. C'est annoncé, calmement.

Trump prend enfin l'épidémie au sérieux, dit seulement un peu de bullshit pour tenter de s'exonérer d'erreurs que lui-même / son administration ont commises, mais pour l'essentiel revient dans les clous de ce qu'on attend d'un président. C'est dire si la fin du monde est proche. 

Boris Johnson s'en tient à pas de comptage pas de mesure, rendons la population immunisée. Il va surtout réussir à la rendre morte, mais bon. Officiellement 3 cas recensés au Royaume Unis. Les comptages iraniens sont pipés, les témoignages et les images satellites de charniers le prouvent. Ça n'est peut-être même plus volontaire en fait, mais parce qu'il n'y a plus assez de personnes pour s'y coller.

Bolsonaro serait coronovirus-positif. Quelques jours après s'être moqué de la panique générale.

Kozlika m'a fait remarquer que les lectrices et lecteurs de SF avaient réagi plus vite aux signes révélateurs du début de l'épidémie. Oui, ça joue. J'ai l'impression de vivre quelque chose de déjà traversé par le passé alors que c'étaient les personnages de roman qui l'avaient fait. 

Je dois annuler un billet de train, seulement les liens recommandés tombent dans des pompes à rien, sans doute développés dans l'urgence, sans avoir été correctement testés. 

 

 

(1) Les protestations viennent plutôt pour leur reprocher d'être insuffisantes et de faire courir des risques inutiles par exemple pour les transports ou les élections. 

Lien vers le site de la santé publique en France lequel ne répond plus (les infos n'étaient plus mises à jour depuis le 7 mars)

Liens vers des statistiques :

Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Oragnization via safetydectetives.com

142 557 cas dont (chiffres de la veille : 5 359 morts et 70 174 guéris)


On avance, on avance, on avance (comme dans la chanson)

    

    Et ça n'est plus tant qu'on n'a pas assez d'essence pour faire la route dans l'autre sens, mais que tant que des décisions au niveau national ou régional ne sont pas prises autorisant les petites gens dont la plupart d'entre nous fait partie, à ne pas aller bosser ou à cesser de chercher du travail, notre marge de manœuvre individuelle est très restreinte et son champ réduit aux seules activités de loisirs.

Alors que je suis persuadée, au vu de ce qui arrive en Italie, que le moins pire serait que chacun reste quinze jours ou trois semaines chez soi, je continue donc comme mes compatriotes à faire comme si presque de rien n'était. Et donc à me rendre à des entretiens d'embauche en empruntant les transports en commun (1). À aller à la radio donner ma petite émission. À ne pas me couper de mes ami·e·s, du moins tant que je n'ai pas d'autres symptômes que le petit nez-qui-coule saisonnier. 

J'ai même plutôt tendance à me hâter de faire certaines choses, comme aller faire quelques travaux en la petite maison Normande et effectuer certaines démarches en vue de préparer l'avenir et revoir les ami·e·s que ma période de six mois de travail  vraiment intense m'avait conduite à négliger. Ça n'est peut-être pas très malin de ma part, tout déplacement, toute interaction présente un risque (dans les deux sens), seulement je ne suis pas parvenue à raisonner autrement que tenter de prévoir : 

1/ de retrouver rapidement du travail (et donc d'avoir à nouveau trop pas le temps, quoi qu'il advienne par ailleurs)

2/ de tomber malade (ou quelqu'un de mon entourage) (et donc de passer en mode survie)

3/ une période générale officielle de confinement (et donc, vite, vite, faire l'urgent avant afin de pouvoir rester entre quatre murs sans tourments annexes)

Et pour le 1/ je suis bien obligée, tant que tout le monde va à son travail, d'en faire autant, c'est-à-dire puisque ponctuellement je n'en ai pas, en chercher.

 

J'évite désormais les rassemblements de groupes en intérieur. Ça n'est pas tant par peur pour moi que par égards pour ma fille et parce qu'ayant une vie très active et habitante d'une métropole il me paraît inévitable d'avoir déjà croisé le virus et plus d'une fois. Il n'est pas exclu que je sois porteuse, pour l'instant à mon insu.

Sur France Culture ce matin, le locus of control fort bien expliqué par Guillaume Erner.

Il faut encore rappeler à la plupart des gens qu'il ne faut pas se serrer la main, mais c'est admis. Certains s'excusent d'avoir oublié. J'étais plutôt contente de n'être pas la seule à le faire spontanément. 

La vie semble suivre son cours en France presque comme si de rien n'était. Ponctuellement, un passant masqué. Un peu moins de malotrus qui bousculent les autres, notamment lors des montées-descentes de transports en commun, ce qui n'est pas désagréable.

On échange entre personnes avec accointances italiennes, un peu stupéfaites de voir combien les Français se laissent bercer par un discours gouvernemental qui tend à grandement minimiser la force de l'épidémie. Peut-être aussi une part de notre fabuleuse arrogance, beaucoup de gens semblent croire à cette légende selon laquelle le virus s'attaquerait avant tout aux très vieux. C'est l'éternelle histoire de la condition nécessaire mais pas suffisante : bien évidemment quelqu'un à la santé déjà fragile risque davantage de rencontrer des complications pulmonaires, seulement voilà, de jeunes personnes en bonne santé de départ et bien sportives par exemple se retrouvent également en réanimation. Capture d’écran 2020-03-12 à 01.07.06

Un ami, d'ailleurs, à l'un des siens en réanimation. Pas spécialement vieux. Et non-fumeur. Je sais qu'un exemple ponctuel ne signifie rien du général, il n'empêche qu'entre les malades qui ont tous les symptômes mais ne sont pas testés et deux personnes de ma TL qui connaissent directement des cas critiques, je ne peux m'empêcher de penser que si chacun d'entre nous connaît deux cas critiques et cinq cas de tests qui ont été refusés, ça commence à faire.

J'ai une bonne nouvelle potentielle seulement elle est suspendue à l'avenir général (et à ma propre santé, jusqu'ici tout va bien). Dans la mesure où j'ai déjà subi la désintégration d'un boulot par suite des attentats de novembre 2015, je reste méfiance quant à cette belle perspective stimulante d'avenir professionnel sur fond de pandémie.

 

 

 

Lien vers le site de la santé publique en France lequel ne répond plus (les infos n'étaient plus mises à jour depuis le 7 mars)

Liens vers des statistiques :

Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Oragnization via safetydectetives.com

125 865 cas dont 4 615 morts et 67 003 guéris

 

(1) Pas évident de prendre le vélo pour ce type de trajets un peu particuliers. 


la vie normale en s'attendant à ce qu'elle ne le soit bientôt plus (C'est assez curieux)


    Ma journée s'est déroulée exactement comme prévu et c'était presque rare : kiné pour l'entretien sportif, déjeuner heureux avec une amie, longue session de BNF. Je peux même l'avouer : ce fut, en particulier grâce aux retrouvailles, une bien belle journée, même si non dépourvue de cette arrière-pensée lancinante du risque principal en cours. J'ai même eu droit à un petit gag en repartant : mon manteau coincé par (côté ouest pour une fois) le casier d'une autre personne. 

Le fait de s'attendre à une possible "IoRestoACasa" prochaine pousse à faire au maximum tout comme à l'ordinaire. C'est à la fois libérateur - à bien des moments de cette journée, concentrée sur tout autre chose j'avais oublié l'épidémie - et une prise de risque. Le fait même d'une séance de kiné n'est pas terrible quant aux possibilités de contagion, l'utilisation des transports en commun, le restaurant aux tables collées-serrées, la longue file d'attente pour pouvoir entrer à la BNF et où personne sauf moi et quelques personnes italiennes, ne respectait ses distances. 

Pour autant : pas de bisous, pas de serrage de mains. Et je me lavais fréquemment ces dernières mais à présent c'est avec encore un plus grand soin. 

Encore des cas de personnes auxquelles on a refusé le test. Et de témoignage de l'encombrement absolu du 15. Comme disait l'amie, ce n'est pas le moment de subir une crise cardiaque.  

Je m'aperçois que la possibilité d'une période de confinement tend à me rendre plus (+) active ce qui au bout du compte contribue à accroître ma prise de risques individuelle. J'ai ainsi pris des billets de train et pour Arras et pour la Normandie en vue de deux sauts à y faire pour des choses qui ne sauraient attendre deux mois avant d'être faites. Et que je ne risque de pouvoir faire avant le cœur de l'été si comme je l'espère je retrouve rapidement du travail. De ce côté là, deux entretiens prévus cette semaine. 

Si j'avais eu la moindre idée d'observer le #IoRestoACasa par solidarité envers ma famille d'Italie comme par intelligence préventive, c'eût été raté. 

Seulement en France, le mot d'ordre est : Faisons presque (1) comme si de rien n'était et descendons les Champs Élysées

En Italie, couvre-feu général avec circulation possible grâce à une lettre d'auto-déclaration (Je sors 1/ pour travailler 2/ pour aller faire les courses de premières nécessité etc.). Déclaration de Giuseppe Conte, qui ne semble pas très en forme (Serait-il atteint ?) 

Une infirmière par le biais d'une photo prise par un collègue alors qu'elle s'effondrait de sommeil après une garde non-stop est devenue une icône nationale. 

En Chine la vie normale commence à reprendre, les entreprise à rouvrir, les gens à devoir retourner bosser (mais avec des masques).

 

(1) Parce que bon, quand même, le ministre de la culture est lui-même atteint. 

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113 582 cas dont 3 996 morts et 62 512 guéris 


Jusqu'ici tout va bien

 

    Nous sommes en week-end de ciné-club, dans des conditions confortables, dont de larges places à table, pas trop inquiétant. Et les films nous changent bien les idées.

Alors c'est d'autant plus violent lorsque dans les interstices nous consultons nos petits appareils connectés. 

Premier touite d'une personne que je connais ou suis régulièrement, et qui a un proche hospitalisé. 

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Un ami dont la femme est en Inde apprend par ses soins que les personnes venant d'Italie sont désormais interdites d'entrée. 

Nous avons couru brièvement le matin dans les hauteurs du village (la partie basse était inondée, en tout cas le chemin habituel au bord de l'eau), et croisé vraiment très très peu de voitures (et je crois bien zéro piétons). Mais peut-être était-ce le normal d'un dimanche matin à 7h30.

La plupart des personnes semblent faire leurs petits projets, notamment de déplacements, ou d'interventions médicales, comme d'habitude. Du fait que j'ai une semaine d'avance dans les mauvaises nouvelles, ça me paraît surréaliste. Pour autant je m'en tiens moi-même à ce qui est prévu, surtout concernant ma recherche d'emploi. Seulement tout me paraît entaché d'une incertitude absolue. 

J'ai l'impression que nous sommes comme dans le film La Haine avec une voix off qui répète à intervalles réguliers "Jusqu'ici tout va bien". 

La circulation pour rentrer (tard, après le film) était comme celle d'un dimanche soir normal. 

Je crois qu'en France on n'a pas pris la mesure de l'ampleur de l'épidémie. Mais en local, en lisant les réseaux sociaux, on voit que c'est déjà chaud. Par exemple le 15 en Alsace qui déjà ne peut prendre en charge tous les patients.  

En Italie on ne parle plus tant des conséquences économiques au niveau national, seulement de celles pour les gens (entreprises fermées ou personnes ne pouvant aller travailler) ; l'épidémie l'a emporté sur les réserves économiques à se jeter dans la prévention à fond. Il n'y a que la ligue de football qui proteste.

Révoltes dans les prisons ; dans l'une deux ou trois détenus sont morts a priori de tout autre chose, mais les gens sont à cran alors ils réagissent. 

Des stars tentent de convaincre via des videos maisons, les jeunes de rester chez eux #iorestoacasa 

 

 

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109 835 cas dont 3 803 morts et 60 695 guéris, l'Italie malgré ses efforts passe en 2ème position 


Dernier week-end avant un confinement ?

 

    Désormais chaque activité extérieure que nous entreprenons, du moins avec déplacement, est possiblement la dernière avant un temps coincé à la maison. Pour l'instant le gouvernement français pense avant tout à préserver l'économie seulement à un moment il devra tenir compte de la saturation du système de santé et de toutes façons si on laisse l'épidémie prendre ses aises, ce sont les absences des malades qui la mettront à genoux. Ils seront donc bien obligés d'imiter sinon la Chine du moins l'Italie. 

Dès lors, voilà, chaque activité à l'extérieur est possiblement une dernière fois, sinon avant de tomber malade du moins avant de devoir rester à la maison pour éviter de l'être. 

Je suis encore dans l'esprit de Che sera, sera en évitant de prendre des risques inutiles : pas de sorties en salles tassées pour l'instant, plutôt la marche à pied ou le vélo que le métro, pas de bises ni de serrer la main (et d'ailleurs, je préfère). Il me semble peu probable que nous puissions éviter d'être en contact avec le virus.  La question est plutôt de savoir si nous tomberons malades ensuite et avec quel degré de gravité. 

Pour autant notre week-end, ciné-club, petit groupe, assez de place autour de nous, grand parc, grand air, campagne, pas entassé, ne semblait pas mériter d'être supprimé. Si comme je l'espère, je décroche bientôt un travail je n'aurais plus mes samedi. 

(Inondations assez remarquables soit dit en passant. C'est une chose de l'entendre aux bulletins météo, une autre de voir un chemin faire partie intégrante du cours d'eau voisin et la vitesse folle du courant en son sein)

Peu de changement dans les comportements : on évite de se faire la bise et de se serrer la main. Ce que je trouve très avantageux en fait, je m'en passe fort bien. Je préfère que l'on se salue de loin. 

Cela dit, l'homme de la maison a croisé le maire de notre ville au matin avant de partir et ce dernier en pleine campagne électorale n'a pas pu s'empêcher de lui serrer la louche et le premier a totalement oublié qu'il fallait faire gaffe.

Au week-end des étiquettes sont apparues pour mettre les noms sur nos porte-serviettes car se sont des serviettes en tissus.
Les repas sont en plats collectifs, ce qui est convivial mais probablement pas très prophylactique.

Je me rends compte que je me frotte souvent les yeux et le nez parce que ça me démange un peu - pas spécialement ces jours-ci mais en gros : tout le temps -. Pour le lavage des mains, je l'ai toujours fait beaucoup. J'y mets simplement un peu plus de temps un peu plus de soin. 

Un ami pharmacien est présent. Fatigué. Avait envie de parler d'autre chose, saturé qu'il était. Sauf que ça n'a pas manqué, c'était inévitable. Je me suis efforcé de faire diversion en tentant de raconter des anecdotes de ma vie pas forcément drôles mais tournées en marrant.

C'est curieux : suivre avec assiduité les infos sur la Rai m'a donné comme une forme de savoir, ne serait-ce que parce qu'il y avait une foule de séquences pédagogiques et qui étaient établies en pariant sur l'intelligence du téléspectateur. 

Je n'écris pas ce que l'ami nous a dit, des choses positives et d'autres moins, qu'il n'a pas forcément envie de voir divulguées même si rien ne relevait du secret, plutôt un témoignage de son quotidien professionnel bousculé. On dira que ça s'équilibre. Des stocks de masques ont, comme c'était officiellement annoncés, été débloqués des réserves militaires et transmis aux pharmacies qui les ont distribuées aux médecins de ville qui en manquaient. J'ai aimé en avoir confirmation même si déjà des amis médecins s'en étaient publiquement réjouis.

L'un de nous a reçu un coup de fil qui lui annonçait la mise en isolation de l'EPHAD où vit sa belle-mère. Il lui a rendu visite jeudi alors que déjà les horaires étaient réduit, et une seule personne admise et pas aux repas. Mais là, ça y est, nos anciens sont reclus. Il semblerait que ça soit dans toutes les régions, par précaution et compte tenu du taux de mortalité nettement plus élevé chez les malades très âgés. 

On s'autorise encore l'humour. J'espère que ça pourra durer le plus longtemps possible car je fais partie des personnes pour qui plaisanter est une façon de faire face. 

En regardant les infos sur quelques sites de journaux installés, j'ai cru piger qu'on commençait enfin en France à tester davantage de gens. Le comptage a fait un bond. On essaie encore pour l'instant de toiletter autant que possible la présentation : Capture d’écran 2020-03-07 à 23.48.14

Ces jours-ci j'ai de nouveaux des projets d'avenir, professionnels notamment, alors j'aimerais bien disposer encore de celui-ci au moins quelques temps. Et avant tout que les jeunes s'en sortent. 

 

Lien vers le site de la santé publique en France

Liens vers des statistiques :

Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Oragnization via safetydectetives.com

105 836 cas dont 3 558 morts et 58 359 guéris 

 

 

 

 

 

 

 

 


De l'influence ou non de l'épidémie sur la vie quotidienne

    

    Je ne cherche pas à faire une chronique exhaustive, j'ai du boulot de ma vie, ne peux suivre en continue et de toutes façons je n'aurais rien à apporter de plus que ce que disent ou finissent par dire les journaux.

Seulement ce qui me marque, ce que je retiens, ce qui m'amuse (oui, c'est bien d'en rire, ça aide à se dire Tutto andrà bene). Et le concret du quotidien.

Bon an mal an les institutions s'efforcent de faire face et le libéralisme se la joue sourdine (sans doute pour mieux profiter des survivants après) face aux nécessités de solidarité. En Italie seuls les partis les plus populistes se mettent à l'écart d'une union sacré qui s'est faite, et tout en prétendant agir pour la solidarité - le propre des populismes étant de dire le contraire de ce qu'ils fond ; pourquoi s'en priveraient-ils ça marche si bien chez qui n'a pas les armes de décryptage et se trouve en détresse ou difficulté -.

Le cas grave d'un député français a été annoncé plus rapidement en Italie qu'en France. Je le savais avant d'aller dormir, il a été annoncé, et fort brièvement, par ici ce matin. Pas de mesures particulières semble-t-il pour l'instant.
Très mauvaises nouvelles épidémiologiques : des re-contaminations sont décidément possibles (encore des cas dont un au Japon) et il semblerait que ce virus combine ses propres effets dévastateurs (de SRAS) à ceux d'un HIV qui fait s'effondrer l'immunité (ou : comme la rougeole ?).  En revanche à Wuhan, pas de nouveau cas depuis 24h. Oserait-on croire au début de la fin ? 

Je me régale décidément de la chronique de Thomas Gunzig de la veille

Le marathon de Paris a été annoncé comme annulé (très tôt le matin) puis comme reporté au 18 octobre

La première annonce m'a coupé l'élan, ou du moins l'énergie que je tentais de rassembler pour aller m'entraîner nager. Comme je suis fatiguée en cette fin d'hiver, c'est la période durant laquelle, traditionnellement, je suis bien anémiée, je ne sais distinguer ce qui relève de l'épidémie, de sortes de mesures préventives que je m'appliquerais quand je le peux, ou ce qui relève ... du besoin de dormir pour récupérer, reprendre des forces, attaquer le printemps du bon pied.

Il est évident qu'alors que les jalons sportifs sautent les uns après les autres, je perds une forme de bornage qui me permettais de me dire : bon OK, là, tu dors, mais là, tu t'y mets : il faut être fin prête pour telle date.

Quelque chose en moi souhaite aussi aborder le plus en forme possible un nouveau travail : plus des pistes se précisent, plus j'ai tendance à me dire, ou mon corps à me faire comprendre : dors maintenant, tu vas bientôt avoir besoin de toute ton énergie.

Mais par exemple, est-ce que la décision prise aujourd'hui après avoir couru et parce que j'éternuais et toussotais (1) de rester à la maison plutôt que d'aller à la BNF, ne comprenait pas une part de : c'est toujours autant de risques d'économisés ? Je ne sais pas le dire, en fait. Ou plutôt : probablement que s'il n'y avait aucun risque particulier, je trouverais en moi la force de me secouer et de me dire comme dab, Fais ce qui était prévu / Ce que tu as à faire, Tu te reposeras après. 
Alors que là la petite pensée non formulée insidieuse, du "et si jamais" / risque de contagion (ou de contaminer quelqu'un si je le suis déjà tout en ne le sachant pas), fait son travail de sape. 

Pour autant je suis calme, et résignée. Je pense que nous n'y échapperons pas plus qu'à l'espèce de bronchite que nous avions tous attrapés en 1994 (année à vérifier) alors que nous rendions visite à notre amie Suzanne, tombée malade d'un seul coup, alors que nous séjournions chez elle et qui malgré les précautions élémentaires de bases prises lorsque la maladie lui était tombée dessus, nous avait toutes et tous contaminés. JF avait cru, une nuit, mourir. Et pour ma part j'avais été flanquée à plat pendant vraiment longtemps, passée l'épreuve éprouvante des heures où respirer devient l'unique travail et si douloureux - sans peur parce que j'avais tant et tant été malade enfant que je pensais m'en sortir puisque ça m'était déjà arrivé, un tel état et en remonter -).

C'est effarant de se surprendre à penser : quelle chance que soient morts tous nos vieux parents, nous serions si inquiets ! 
Seulement je dois me l'avouer, et l'homme de la maison l'a aussi exprimé, nous l'avons à un moment ou à un autre, au moins de façon diffuse, pensé. 

En attendant de savoir si nous allons nous aussi passer par la case maladie, et si partant de là nous allons nous en sortir ou plus ou moins ou pas, nous essayons d'en rire, ou d'observer les bizarreries qui surviennent.

Notre fille a reçu de la part de son employeur (qui est une sorte d'agence de placement, pas l'entreprise pour laquelle le travail s'effectue) un courrier avec les consignes de base (en gros, lavez-vous les mains et vous grattez pas le nez).

La France qui, par rapport aux pays voisins, était déjà le mauvais élève qui testait peu de cas, annonce ne plus vouloir tester que les cas déclarés et sévères

 

Lien vers le site de la santé publique en France

Liens vers des statistiques :

Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Oragnization via safetydectetives.com

101 781 cas dont 3460 morts et 55 866 guéris 

 

(1) A priori même pas un rhume, juste une réaction à l'effort dans un air pollué. Ça me le fait fréquemment.


Journée qui ne se passe pas comme prévu, mais ça n'a sans doute pas de lien avec l'épidémie

 

    Comme j'ai pris du retard dans ma préparation de l'émission du soir, je mets les bouchées double et puis suis arrêtée en plein élan par le journal de mi-journée sur les chaînes de la Rai (entre Rai Uno et Rai News 24) que j'avais mis pour me tenir au courant le temps de manger.

Ce que je trouve intéressant, à suivre les infos italiennes plutôt que françaises, n'est pas seulement que l'épidémie y est en avance mais aussi que le pays et ses infos semblent moins verrouillés.
 
Ainsi ces deux derniers jours on voit clairement les lignes qui s'opposent : s'efforcer de rester confinés tous un bon moment pour que l'épidémie tombe plus vite faute de carburant ou au contraire tout continuer le plus possible au normal pour que les survivants le soient dans une économie la moins cassée possible. Le foot est un enjeu crucial, les décisions fluctuent au gré des décisions d'un niveau (gov, national) ou de l'autre (fédération sportive, régions).

C'est fascinant on voit les décisions en train de se prendre et d'être discutées. 

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Au bout du compte, mais je ne le saurais qu'en fin de journée, c'est confirmé, en Italie écoles à fac, tout fermé jusqu'au 15 mars dans tout le pays. Avec un réel souci de comment faire en pratique dans les familles et un aveu que tout n'est pas encore au point de ce côté là. Il est question de congés parentaux aménagés ou (inclusif) d'aide pour les frais inopinés de garde d'enfants confinés.
 
Je ne saurais en jurer mais peut-être que l'idée est aussi d'obliger le plus de personnes possibles à rester chez elles, puisqu'il faudra bien les garder les gosses et que les employeurs seront un tantinet contraints à être indulgents.

Sur ces entrefaites j'apprends parce qu'il m'envoie un message que O. ne sera pas disponible ce soir pour la régie, à cause d'une conférence à couvrir en même temps. Trop tard pour changer mon fusil d'épaules et rattraper ma soirée, je me consacre aux urgences domestiques et financières - le mois sans revenu ni indemnisation a fait mal - et de recherche d'emplois, ce qui devient très irréel dans l'ambiance actuelle : trouver du boulot puis être confinée juste après ?

 

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Ma fille a un ami en confinement, car il venait de Suisse où quelqu'un avec qui il a travaillé a été testé positif. Sauf qu'en France, s'il a obtenu sans problème un arrêt maladie de quarantaine et une ordonnance pour des masques (il vit en coloc), il n'a pas eu le droit d'être testé (pas tant qu'il n'a pas de symptômes) et pas pu avoir de masque car la pénurie est telle que même avec ordonnance rien n'est disponible. 

Une touitas expliquait qu'elle avait des symptômes et quelqu'un de son entourage qui avait la maladie mais que comme elle ne revenait pas des zones à risques on lui refusait le test Mais surtout, restez chez vous.

Sur Rai News 24 une envoyée spéciale à Paris évoquait le cas d'une de ses amies qui avait appelé 3 fois le 15 pour se voir à chaque fois refuser le test alors qu'elle venait d'Italie et avait tous les symptômes. 

Il me semble que la France économise sur les tests, peut-être parce qu'il en manque ou à cause de leur coût, sûrement aussi pour tenter le plus longtemps possible d'éviter l'annonce d'une bouffée épidémique. La semaine prochaine, ça sera panique à bord. 

Aux USA, ça semble pire. Et les gens qui ne se sont pas riches ou très bien assurés ne peuvent se payer le test. Tout est en place pour une méga-contagion. Ils continuent à frétiller pour leurs présidentielles comme si de rien n'était. Biden aura sans doute l'investiture démocrate. Comme l'écrivait Kozlika dommage que finalement le choix ne soit plus effectuable qu'entre deux vieux messieurs.

Le Fiston ne sait toujours pas si son voyage d'entreprise à Rome aura lieu. Son coloc enrhumé prend de soigneuses précautions, va se moucher aux toilettes, jette ses mouchoirs, se lave les mains sans arrêt, mais continue à aller bosser et n'a pas de moyen de se faire tester. Ses potes le charrient. Globalement, on se croit encore au stade où l'on peut plaisanter.

En Italie, les intervenants sur Rai News 24 osent encore manier l'humour noir, je crois que c'est l'esprit local, je l'ai aussi, mais on est à l'étape où le présentateur se sent obligé de glisser une phrase "dans le respect des malades et des gens qui souffrent", en rire permet de ne pas paniquer, c'est important de garder le moral, j'espère que vous le comprendrez, nous devons résister. En début de semaine (ou ce week-end je ne sais plus), ça vannait encore sans complexe : Pour une fois que nous sommes parmi les premiers mondiaux, il faut que ça soit pour une épidémie. 

Ma fille me dit qu'à son travail ils recouvrent les boutons de porte de films plastiques. Je suppose que c'est parce que ne disposant pas de solutions hydro-alcooliques, ils ont trouvé cette solution pour l'hygiène (si toutefois les films sont remplacés fréquemment).

Alice qui blogue pour partie pour les mêmes raisons que moi - dont d'éventuels lecteurs de longtemps plus tard, curieux de la vie à notre époque -, a écrit un billet Coronavirus. Je prends d'autant plus conscience d'à quel point mon background italien modifie ma perception des choses. En France, on est encore dans la minimisation (1). Celle-ci est toutefois atténuée par ceux des responsables qui souhaitent se couvrir afin que l'on ne puisse leur reprocher de n'avoir pas pris les mesures qu'il fallait. D'où de jolies contradictions : matchs de foot qui perdurent et courses à pied annulées. 
Nous procrastinons d'ailleurs sur nos inscriptions, risquant du coup de ne pouvoir participer à des courses qui finalement seront peut-être confirmées.

Je regarde le TG1 de 20h et tombe sur l'intervention de Giuseppe Conte. Pour la première fois depuis une ou deux éternités (j'exagère, je crois que Barack Obama m'avait fait ce coup-là du temps où il était POTUS),  je suis émue par le discours d'un politicien. J'ignore qui l'a rédigé, sans doute un travail d'équipe mais tout y est calibré au millimètre et lui fait le job, ni trop ni trop peu. Je n'aimerais pas être à sa place mais le genre de gens qui tiennent ses postes-là le fond sans doute en partie en se rêvant en charge dans des moments comme ça.

 

(1) Ne pas minimiser ne veut pas dire paniquer. De toutes façons ceux qui doivent paniquer l'ont déjà fait.

Liens vers des statistiques :

Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Oragnization via safetydectetives.com

95 120 cas dont 3254 morts et 51 156 guéris