Il y a deux ans - version longue -

nb. : Ce texte a été écrit bien avant le 7 janvier 2015 et le message autopromotionnel reçu de ta part le 8. À la réflexion j'ai décidé de le maintenir à la date que j'avais prévue. Il est une bonne mesure du chemin parcouru, de l'incidence qu'un acte de terrorisme même s'il ne nous touche pas physiquement, peut avoir dans nos vies, nos façons d'aimer, de penser, de percevoir le monde. À l'instar de Marie, je me suis longtemps demandé, surtout pour ma part devant les faiblesses que j'avais : Peut-on changer ? Je sais désormais que la réponse est oui. 


Capture d’écran 2014-11-04 à 18.03.12Il y a deux ans, à la même heure, je vendais "L'histoire d'Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris)". Le patron et moi étions efficaces.
J'étais heureuse et fière (1).

 

 

(deux mois après)

La librairie allait fermer. Définitivement.

Tu m'as dit Va-t-en (2).

 

(l'année suivante, autre établissement)

Je n'ai pas su vendre le roman d'après.

Toute compétence a ses limites.

 

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Il y a deux ans - Make it short

nb. : Ce texte a été écrit bien avant le 7 janvier 2015 et le message autopromotionnel reçu de ta part le 8. À la réflexion j'ai décidé de le maintenir à la date que j'avais prévue. Il est une bonne mesure du chemin parcouru, de l'incidence qu'un acte de terrorisme même s'il ne nous touche pas physiquement, peut avoir dans nos vies, nos façons d'aimer, de penser, de percevoir le monde. À l'instar de Marie, je me suis longtemps demandé, surtout pour ma part devant les faiblesses que j'avais : Peut-on changer ? Je sais désormais que la réponse est oui. 

 

Capture d’écran 2014-11-04 à 18.03.12Il y a deux ans, à la même heure, je vendais "L'histoire d'Alice [...]". Le patron et moi étions efficaces.
J'étais heureuse et fière.

Puis tu m'as dit Va-t-en.

Je n'ai pas su vendre le roman suivant.

 

141104 1838

 

  

 


C'était ce jour-là

 (en ce même jour, une autre année)

 

- Un film dont tu attendais la sortie depuis plus d'un an et qui ne t'avais pas déçue fors une romance superfétatoire (il fallait donner du boulot à l'actrice I presume) ;

- La librairie où tu aurais pu travailler si tu avais été une femme d'affaires ou accointée avec quelqu'un qui l'était et que tu vois splendide, alors que celle où tu travaillais était en train de  fermer ; cette constatation combinée au fait d'avoir été quittée par ton bien-aimé, parce qu'il a rencontré quelqu'un d'autre, avait engendré une violente sensation qu'en ce monde quoi que tu fasses, même en n'ayant rien d'autre à te reprocher que de n'être pas la belle blonde requise et déjà fortunée (pour créer une entreprise), tu étais celle de trop ; le seul cas où tu ne l'es pas c'est pour dépoter à pas cher mais très efficacement du boulot fastidieux.

- L'homme d'ici malade un peu par sa faute à ne jamais vouloir prendre en respectant les posologies (il divise tout par deux, y compris le, non rien) les traitements prescrits, les rendant souvent inopérants. ; il t'avait en n'étant pas du tout stoïque dans son problème empêché de travailler efficacement pendant toute une matinée. Et empêché aussi de compatir. Lassitude aussi de se faire ouspiller lorsqu'on hasarde un conseil de bon sens, un geste de réconfort ;

- Avoir appris au passage d'un secours qu'il n'était finalement d'aucun secours (on ignorait qu'il avait été utilisé et rien ne permettait de s'en rendre compte) ;

- Le bien-aimé qui trois mois après une rupture qu'il avait choisie et menée avec désinvolture et lâcheté, persistait à manquer malgré la forme de mépris que désormais à son égard tu éprouvais. Il avait fallu pour un motif sérieux retrouver une adresse de messagerie qu'un correspondant avait communiquée en juin, et ré-entrevoir au passage ne serait-ce que les débuts de ses messages de juste avant le jour J, toi ne te doutant de rien, lui sachant déjà qu'il s'apprétait à mettre un terme à votre relation, sans doute après une nuit d'amour plus réussie que les précédentes avec sa nouvelle recrue femme, t'avait donné la nausée. Ce truc terrible des mois où l'on croit que l'autre est encore là, et que toutes ses pensées (et le reste aussi) vont déjà vers l'autre, mais tu l'ignores, tu es le petit bonhomme des dessins animés qui continue à marcher droit après que le bord de la falaise ait été dépassé (jusqu'au moment où tu regardes en bas et). Cela dit, revoir les amorces t'avait fait comprendre que non, tu n'avais pas pêché par naïveté (ce dont tu avais fini par te persuader, il t'avait quand même fait gober que l'amour, il ne pouvait plus et à le voir les larmes aux yeux, tu l'avais cru), qu'il avait été dissimulateur. Les messages jusqu'au dernier jour juste avant étaient toujours attentifs et tendres, vraiment ceux d'un homme aimant. Peut-être un peu plus brefs qu'avant.

- Un bon moment en soirée mais quand même un rendez-vous manqué - encore le syndrome de Gilbert Woodbrooke (1) -. Comprendre qu'il est inutile de tenter d'autre chance, tu ne les intéresses pas ;

- Des voisins nouveaux qui se font engueuler pour simples conversations sur le balcon, oui d'accord, tardives. Je regrette d'autant plus que comme effectivement ils n'avaient pas conscience de l'environnement, c'était pour moi un peu distrayant ;

- Un boulot qui se présente, que je dois accepter sous peine de naufrage financier, que je n'ai pas l'envie ni la force d'effectuer ;

- Un homme que je ne connaissais que de l'internet mais dont j'appréciais le travail (2) et donc l'annonce du décès survient dans la matinée, sans le moindre détail, brutalement. Je ne saurais dire exactement pourquoi mais je trouve ça pire lorsqu'on ne sait pas la cause de la mort et, en cas de maladie, si l'on ignorait ce qui se tramait ;

- Un autre homme au sujet duquel lors de notre rencontre je m'étais dit, C'est quelqu'un que je pourrais aimer. Mais j'étais à l'époque subjuguée par celui que je croyais amoureux de moi, et l'homme rencontré fort bien accompagné d'autant qu'il avait alors avec sa femme un projet de changement régional. Les nouvelles que j'avais eues les plus récentes étaient d'une satisfaction de leur nouvelle vie. Et puis voilà, apprendre en même temps qu'il y avait eu séparation et déjà de son côté une autre. Cette sensation d'autant plus cruelle d'avoir "loupé le coche" (comment dire autrement). 

Alors malgré, de très bons livres sur la période, entre le "Kinderzimmer" de Valentine Goby et le "Confiteor" de Jaume Cabré, malgré un certain nombre d'éléments encourageants, c'était au soir une grande, une immense tristesse, relativement proche de celle d'un deuil important (j'insiste sur le relativement, je sais l'écart).

 

 

(1) Personnage de Romain Slocombe doté du moins jusqu'à un épisode de ses aventures très avancé, d'une poisse fidèle particulièrement en matière de sexualité - par exemple un rhume carabiné lors de l'unique nuit qu'il peut passer avec la femme de ses rêves (du moment) -.

(2) Sauf la part classement des blogs qui m'a toujours paru un truc de mecs hétéros : dès qu'ils sont deux il faut à tout prix qu'ils sachent qui pisse le plus loin. Ceci n'est pas une généralisation abusive mais du constaté dans 99,9 % des cas. J'aimerais des contre-exemples, j'aimerais me gourer.

addenda de longtemps plus tard (au moins un an) : Finalement le point 5 (chagrin amicalo-amoureux) t'avait fait manquer le point 8 (travail proposé) ; ce qui était demandé nécessitait d'être en pleine forme, beaucoup de part relationnelle, totalement incompatible avec les montagnes russes que la peine te causait. Un instant presque normale, le temps d'après au bord des pleurs. Et la tension qui tombait plus bas que bas, sans aucun signe avant coureur et te mettait au bord du malaise. Ça va mieux. 
Je m'en étais rendu compte au dernier moment, que tout simplement physiquement ça ne passerait pas. Et ne remercierai jamais assez Satsuki qui m'a soulagée en ces mois difficiles de l'obligation financière d'accepter malgré mes défaillances. Ni non plus Sylvie qui m'a permis de retrouver du travail dans ce que je considère désormais comme mon métier (libraire).

 

 

 


Mac Andrew (salut monsieur)

 

J'ai été surprise ce matin au saut du lit par la peine ressentie en lisant cette brève (1)

Capture d’écran 2014-08-12 à 08.14.19

 

Ce n'est pas que je n'appréciais pas l'acteur, dans le peu de films où je l'ai vu jouer il m'a impressionnée. Mais voilà, il ne joue jouait pas tellement dans les films que je fréquente ou j'allais assez peu voir ceux dans lesquels il jouait. Bref, on s'est trop peu croisés pour que mon chagrin, même si je suis toujours triste face aux hommes qui renoncent (2), cet étrange sentiment d'être concerné(e)s par quelqu'un qu'on ne connaissait qu'à travers son travail, qu'on n'avait jamais rencontré, soit explicable.

Puis ça m'est revenu.

Durant mes trois années d'études de Travaux Publics, un rayon de soleil instructif et pédagogique était constitué par les cours d'anglais. Le professeur que nous avions, du genre à accepter une dérogation pour que mon amoureux puisse assister aux mêmes cours que les miens et ne soit pas jeté dans un autre groupe, possédait un humour sans faille, une distance efficace, il ouvrait les yeux des jeunes sur un peu autre chose que l'efficacité technico-managériale qu'on tentait de nous inculquer.

Il est mort quelques années après (le quelque, c'est sans doute 10 ans au moins), je passe parfois le saluer au Père Lachaise. On se voyait de loin en loin et le jour même de son décès, en mode Tiens, ça fait longtemps que l'on ne s'est pas vus, j'avais tenté de le joindre. En ce temps-là il n'y avait pas l'internet pour tenter de savoir ce que sont devenus ceux qui ne répondent plus. Un ami commun m'avait finalement prévenue et j'avais pris une demi-journée de congé (3) afin d'assister à ses obsèques. 

On était beaucoup à l'aimer beaucoup dans la promo dont je faisais partie, mais nous étions par rapport à sa vie, d'une zone intermédiaire : pas les plus anciens des élèves devenus de vrais grands amis, pas les plus récents qui le voyaient encore peu de temps auparavant. Je n'impaginais donc pas trouver une foule rassemblée là, une chapelle pleine. 

Et des élèves les plus récents, en hommage, certains avaient repris le fameux 

"Captain, ô captain" du "Cercle des poètes disparus". Et c'est vrai qu'il jouait un peu ce rôle pour la plupart d'entre nous (4).

Alors ce matin les articles évoquant la mort de l'acteur du rôle m'ont ramenée à ce moment, émouvant, et au chagrin d'avoir perdu quelqu'un qui m'avait aidé à grandir. Et il y a cette peine induite par l'annonce d'un décès, peine soudain partagée entre qui avait tenu le rôle et qui aurait pu l'inspirer.

Hello Peter, vois-tu ?, c'est un acteur d'Hollywood qui me fait penser à vous.

 

(1) Tiens pour une fois j'apprends une info par une brève du monde. Je n'avais pas eu le temps d'ouvrir twitter.

(2) Est-ce pour une femme si différent ?

(3) En ce temps-là les RTT n'existaient pas non plus. 

(4) Pour ma part c'était plutôt de me sentir moins seule à n'être pas "dans le moule", je n'ai besoin de personne pour être un peu rebelle, me poser des questions. Mais je ne venais pas du même milieu que la majorité de mes petits camarades de promos.

PS : 

Capture d’écran 2014-08-12 à 08.31.03


Le code cul erre


Tu as fait des frais de lingerie pour ton nouvel ami - il est trop tôt pour parler d'amour, mais tout va bien au lit -. Ce n'est pas trop ton truc mais l'époque est dans l'apparence, et puis tu n'aimes pas porter pour l'un ce qui plu à l'autre, une façon de rêver en démarrant même pour les petits habits avec du neuf que cette fois-ci enfin ça se finira bien et pas par une mise en silence ni un Contente-toi d'être une amie, j'ai trouvé mieux, voire un aveu de 15 ans vieux, Depuis tout ce temps-là ce n'était plus toi (1). 

Bon, tu n'as pas changé, faire du shopping pour toi est une immense corvée, sauf quand il s'agit de chercher le bon vêtement pour un bien-aimé et qu'il contient du temps et des rires partagés. Tu es donc allée au bout de ta rue : une marque de lingerie et vêtements d'intérieurs, puis vêtements généraux - mais c'est la lingerie qui l'a fait connaître, y a posé son siège social il y a plusieurs année et une boutique garnit le rez-de-chaussé. Plus d'une fois sortie sans écharpe, sans bonnet, ou avec un pull trop léger, tu t'es rendue compte que ça n'irait pas pour affronter la journée et au passage tu t'es rééquipée car le temps pressait et qu'il était trop tard pour rebrousser chemin. 

Mais cette fois ce sont des sous-vêtements que très volontairement tu achètes. La vendeuse t'annonce que si tu as un smart phone en captant le code QR reproduit qui en motif dans la dentelle, qui sur l'étiquette, tu pourras accéder à un texte d'une page écrit par l'un ou l'autre des plus fameux écrivains. Tu as vaguement pensé On n'arrête pas le progrès, mais tu n'avais que le futur rendez-vous en tête et ça ne t'a pas outre mesure tracassée. Tu n'as même pas pensé à demander si le choix était aléatoire ou par couleur, modèle ou taille. Pour le rouge j'aurais du Barbey d'Aurevilly, pour le noir du Stendhal. Et si je prends ce "chair" vieillot, aurais-je un brin de Bovary ?

Voilà, tu es dans ces moments où ça plane pour toi, c'est l'euphorie des débuts de quand les corps exultent et que l'intendance ou la famille ou les dettes les chômages les poubelles à descendre les fuites d'eau les rages de dents la personne qu'on aimait avant et un peu moins maintenant mais qu'on ne veut pas blesser n'ont pas encore tout fait capoter. L'avantage de l'âge c'est qu'on sait que ça ne saurait durer.

Alors on profite, joliment habillée, sexytudinellement dévêtue, et que le moment soit parfait.

 

*            *            *

C'est en ramassant ton panty (2) après les instants extatiques que l'homme s'amuse, C'est quoi ce code sur ta culotte ?, saisit son téléphone, des fois qu'il y ait une pub avec une longue blonde aux jambes interminables, vu que sur ces points-là, avec toi il n'est pas sauvagement comblé (3). Mais voilà que le clic fait apparaître un texte, Hé dis-donc c'est une histoire, toi qui aimes lire, tu vas adorer !

Tu sors propre et fraîche de la salle de bain au moment où il te tend l'appareil avec le texte dessus, 

C'est un extrait de quoi ? demandes-tu en le saisissant. Tu t'attends à Hugo, au torride Apollinaire, à l'insaisissable Rimbaud, quelque coquinerie de ces gars-là. 

Et vlan.

Le texte est de mots d'amour qui un temps furent pour toi, celui qui l'a écrit n'est autre que celui qui te quitta et qu'il t'aura fallu des mois non pas pour l'oublier, c'est impossible, mais pour parvenir à retrouver le chemin du désir. C'est peu dire que la magie du moment amoureux vient d'être vachement brisée.

(version 1)


*            *            *

 En dégrafant ton soutien-gorge d'un geste délicat (4), l'amant s'aperçoit que le motif de la dentelle fait code, la curiosité commune l'emporte sur la hâte sensuelle, vous supputez un jeu coquin, il attrape son téléphone, oubliant que le temps des ébats vous aviez tout éteint, prend quand même le temps de rallumer pour voir, bipe, semble déçu du résultat, C'est un texte, annonce-t-il un parfum de dépit dans la voix.

- Ah oui ? Fais-voir demandes-tu émoustillée, tout en espérant qu'il ne déb que le récit sera bref et bon.

Et voilà que c'est une histoire coquine et tendre, d'une page, écrite avec élégance par un bon copain, mais que ça fait bizarre de le retrouver là, en cet instant, comme s'il venait se joindre à vous - alors que votre relation n'est absolument pas amoureuse, tu connais sa femme, ils semblent très heureux, tu n'as jamais rien imaginé d'érotique, le lire alors et maintenant t'y oblige et ça te gêne un peu -.

L'amant n'a rien perdu de ses intentions, et tu as vite reposé le téléphone mais c'est toi qui d'un coup n'es plus tout à fait là, qui as changé de registre et te sens toute calmée, sortie du vif du sujet. Ce qui ne convient pas.

(version 2)  


*            *            *

 

(1) entres autres exemples glanés dans ma propre vie ou pas très loin ailleurs.

(2) toujours en littérature anticiper les retours de mode. #lettresàunjeunepoète

(3) mais tu as les attaches fines et les muscles harmonieux.

(4) Rêvons un peu.

 


*            *            *

Tout ce qui précède n'était que fiction, vous vous en doutiez.  Sauf que très prochainement ça sera techniquement possible, hélas pas tant pour les ébats que pour le code consultable (il sera sans doute fourni à part, j'ai simplement poussé un tantinet le concept).

Après mars et sa rubrique (que j'écrirai quand je serai capable de le faire en ne pleurant que de rire) Quand vous êtes libraire ne tombez jamais amoureuse d'un écrivain (5), je sens venir septembre avec cette constatation : Aimer des fournisseurs de matières à code QR peut nuire ultérieurement à votre libido. 

Le vrai gag, ça ne s'invente pas, c'est qu'il y a un bon camarade parmi les premiers fournisseurs, sans parler des amies, et qu'il s'agit vraiment de la marque où je m'équipe pour cause de proximité et qu'elle n'est ni de luxe ni de vulgarité. Pour une fois le marketing m'aura fait marrer.(Quoi que)

 

(5) Qu'une amie du métier qui se reconnaîtra si elle passe, résume ainsi avec romantisme : On ne couche pas avec la marchandise.

addenda du 04 août : Le Monde en parle un peu plus tard.

 

 

 

 

 


Persistance

 

Huit ans et quatre mois que la rupture a eu lieu, des nouvelles mais indirectes - En as-tu aussi de moi ? Cherches-tu à en prendre ou au contraire à les éviter puisqu'au moment de me bannir tu semblais regretter que j'aie existé ? - et voilà que dans ce papier sur lequel je tombe par hasard (j'avais besoin de monnaie, j'ai acheté le journal), lorsque l'on t'interroge sur tes influences, parmi relativement peu de titres tu cites un livre et un film que je t'avais fait découvrir.

Je m'efforce de n'y voir aucun signe particulier, c'est peut-être au contraire parce que tu as oublié que j'avais joué les passeuses, que tu les as spontanément cités, déconnectés qu'ils sont d'une histoire qui t'aura peut-être un peu durant quelques temps empêchée de dormir bien la nuit, d'une amitié que tu as peut-être réellement oubliée tant est satisfaisante et créatrice celle pour laquelle tu m'as congédiée. Puisque le mal est fait, que j'ai survécu et que l'élue est quelqu'un que j'admire et apprécie, j'aimerais qu'il en soit ainsi. Donc oui, ils ont dû te revenir comme ça, peut-être que ces œuvres résonnent en toi si fort que tu crois depuis un moment les connaître de toujours. Ce n'est donc certainement pas une façon de me signifier Je ne pouvais plus, n'avais plus de temps, mais vois-tu je pense encore à toi (parfois).

Il n'empêche que c'est troublant d'être à la fois l'indésirable et celle qui a une influence si persistante dans le temps. Une libraire posthume. Une blatte (1) de l'esprit.

 

(1) Femelle. Les blattes femelles pondent en effet leurs oeufs dans une sorte de petit étui de l'ordre d'un élément de carapace, solide et qui reste un temps collé à leur corps. Quand on écrase l'insecte cette poche se trouve expulsée et les petits blattons (?), une douzaine, malgré tout naîtront. C'est pourquoi toute agressivité directe envers une blatte est improductive.  Les blattes nous survivront. 


Combien de temps avant

  

Combien de temps avant ne plus penser à toi un peu n'importe quand un peu pour n'importe quoi.

Combien de temps avant de ne plus rien attendre, par exemple une lettre, un mot qui excuserait qui dirait Oui bon j'étais tombé fou amoureux fou mais ce n'était pas une raison pour te traiter comme je l'ai fait.

Combien de temps avant de ne plus avoir ces instants d'oubli : ceux où je vois quelque chose qu'on aurait partagé avec bonheur (généralement une beauté poétique de la vie) et où je suis au bord de t'envoyer un mot puis me souviens soudain Mais non il n'est plus là, il ne veut plus rien savoir de moi (comme si tu étais mort, car j'ai ce problème aussi avec les décès brutaux de personnes que j'apprécie, j'oublie qu'ils sont morts par instant où nous nous serions parlés s'ils étaient encore là).

Combien de temps avant confusément de cesser d'en vouloir à celui qui était là de n'avoir à ce point pas été là, laissant le délaissement faire de moi une proie facile (OK, il n'y est pour rien à titre principal mais néanmoins).

Combien de temps avant de cesser d'en attendre trop de la part de celui qui dit m'aimer encore, parce que pendant des années j'avais pris l'habitude qu'un homme semble vraiment me vouloir du bien, se montre attentif, présent même de loin, soucieux, de bon conseil (dans bien des domaines), attentionné, et offre des cadeaux très bien choisis (sauf un vieux film une fois que j'ai trouvé sexiste au lieu de marrant avec des types qui dans la rue sifflaient une blonde à gros seins, et même en se disant qu'en ce temps-là ça ne choquait pas, je n'arrivais pas à trouver ça drôle - et le fiston non plus -, or c'était censé être une comédie).

Combien de temps avant de pouvoir à nouveau faire l'amour pleinement et éviter ton recours dans les moments de solitude. Combien de temps avant d'éprouver à nouveau du désir qui ne soit pas qu'un manque à combler.

Combien de temps avant de ne plus croire te croiser dès qu'une silhouette qui te ressemble se profile dans mon champ visuel.

Combien de temps avant de m'en foutre enfin complètement. Et de cesser d'avoir honte d'avoir pu aimer un homme qui fonctionnait comme ça, avec un cahier des charges et les femmes comme des pièces à déplacer sur un échiquier - comme reine je ne te veux pas, je t'avais envisagée mais à la réflexion, tu ne remplis pas les critères, mais tu es parfaite comme pion -. Ashamed to have been so gullible, surtout quand tu m'as fait croire que l'amour tu ne pouvais plus.

Combien de temps avant de cesser d'avoir l'impression d'être une rescapée de Ted Hughes tant j'ai appris par ricochet des choses que j'eusse préférées ignorer - ou pour lesquelles j'aurais sans doute souhaité m'en tenir à la version édulcorée que tu m'avais fournie, sans que je ne demande rien (1) -. Il est parfois glaçant quand tombe la confirmation de quelque chose qu'on tenait en respect comme une simple et malvenue intuition (2).

Combien de temps avant de ne plus rêver de toi la nuit, et parfois pour des choses terrifiantes, que je ne peux empêcher.

Combien de temps avant de cesser de vivre ensemble en songe, lors de rêves épanouis qui me laissent au réveil plus désemparée que jamais. Combien de temps avant que ton entourage, devenu un peu le mien, cesse cruellement de me manquer (surtout ..., non, rien). 

Combien de temps avant de retrouver une sensation d'être quelque part chez moi.

Combien de temps avant que mon imagination cesse d'écouter ton conseil. À présent le pli est pris.

Combien de temps avant de ne plus éprouver le besoin d'enfiler "ton" pull tant à l'intérieur au fond de moi j'ai froid.

Combien de temps avant de retrouver le niveau d'énergie (déjà pas flamboyant) que j'avais et la confiance minimale en les hommes.

Combien de temps avant d'être à nouveau capable d'accorder crédit à ce qu'un homme éventuellement m'écrira. Le déni est redoutable de ce point de vue. Il ferme la porte à ceux qui pourraient ensuite (re)venir. 

Combien de temps avant de pouvoir retourner dans ta ville sans pleurer, retourner nager l'air guilleret dans la piscine de mes rêves, acheter des vêtements chez le boutiquier hypermnésique que notre histoire émouvait (entre autres).

Combien de temps avant de pouvoir entendre parler de tes livres (les uns et les autres) sans ressentir un pincement au cœur (et être incapable de rien dire, trop occupée à ne pas perdre pied).

Combien de temps avant d'être à nouveau capable de procéder aux opérations courantes d'archivage de ma messagerie - le fait même de voir ton nom quand pour d'autres raisons je dois plonger dans l'historique me donne encore la nausée du chagrin -.

Combien de temps avant de retrouver le sourire que tu m'as volé. 

 

(1) Leçon à retenir : quand quelqu'un en dit spontanément trop sur un sujet, alors que le supputant douloureux pour lui on évitait de l'interroger, c'est qu'il a probablement quelque chose à cacher ou que ce qui est dit est une version sujette à caution de la part des autres protagonistes. Et que si personne n'a tout à fait raison personne non plus n'a entièrement tort. Apprendre à se méfier.

(2) Autre leçon à retenir : faire confiance à mes intuitions si fulgurantes et étranges puissent-elles être et sans fondement rationnel apparent. Elles peuvent se révéler erronées ou tout le moins exagérées mais jusqu'à présent elles n'auront jamais été sans fondement, comme un signal d'alarme qui n'indiquerait peut-être pas la bonne alerte (un incendie alors qu'est en train d'avoir lieu un cambriolage) mais serait fiable pour dire : Attention, quelque chose ne va pas, qui pourrait présenter plus tard un danger ; il y a anguille sous roche. Mais voilà, parfois on a tellement, tellement envie d'y croire, de se dire que cette fois-ci c'est la bonne et cette personne l'amour ou l'ami(e) sur qui on pourra compter et avec qui on pourra enfin partager autre chose que des difficultés. Et il est là qui nous prend les mains ...

1403?


Cet instant où mon corps t'a cru mort

 

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Un avantage de l'âge et donc de l'expérience (il y en a) est que l'on finit par savoir quoi tenter de faire en cas de chagrin, même si ça ne fonctionne qu'au bout d'un temps certain. 

Ainsi mener une vie intense et presque plus intéressante (au moins intellectuellement) que celle qu'on aurait eue avec qui nous a abandonnées est une option salutaire. D'autant plus qu'épuisées on dort ensuite de plomb ce qui diminue le nombre de rêves érotiques avec le bien-aimé envolé (par exemple) ou de temps heureux partagés avec la grande amie, la presque sœur et qui nous a plantée là, Ce serait mieux qu'on ne se revoie pas (1). 

C'est efficace sur des lots d'heures, par exemple samedi soir en la compagnie de très bons amis et de camarades de l'internet que je rencontrais enfin en pour de vrai, j'ai oublié ma peine, ma place était juste auprès d'eux et donc à Paris. Elle n'a même pas osé me rejoindre sur le chemin du retour, c'est dire si la soirée avait été heureuse.

Le travail que j'ai trouvé, parce qu'il me va et me plaît et que les collègues sont agréables à fréquenter, aide aussi pour toutes les heures que j'y passe - sauf quand mes yeux tombent sur un certain guide touristique, mais bon, à force je vais m'insensibiliser -. Sauf qu'il tend à rendre les autres et particulièrement celles du retour du soir et de la pause déjeuner, redoutables. C'est comme si ta silhouette d'absent me guettait et telle une ombre ne me lâchait plus.

J'ai donc pris le parti d'avoir une pause active le midi. Une amie est déjà venu me voir, ce qui m'a permis ce jour-là de ne pas penser à toi que je suis sommée d'oublier. Si le temps le permet je sillonne le nouveau quartier : il m'est inconnu, je n'y mettais les pieds que pour le théâtre de Chaillot auquel je me rendais avec La Vita Nuda aujourd'hui disparu je ne sais où (2). C'est bien aussi pour le travail : je pourrais bientôt renseigner les personnes qui passent et nous demandent différents lieux ou des rues. 

Enfin, dès que le climat le permettra je pourrais goûter les joies de lire dehors, dans les jardins du Troca. Avoue qu'il y a pire vie.

Hier cependant il faisait beau mais trop froid. J'ai donc rempoché mon livre, à regrets (3) et m'en suis allée explorer le cimetière de Passy où je n'avais pas souvenir d'être jamais entrée. J'ignorais d'ailleurs que quelques patrons de prestiges y étaient enterrés, j'avais oublié jusqu'à l'existence de Marcel D., père de Serge ; ne peux pas dire que ça manquait. Ni le souvenir de ce boss de BTP qui portait ton prénom.

J'étais dans la curiosité de découverte d'un lieu nouveau. 

C'est mon cœur qui ratant un battement m'est tombé dans les pieds et je n'ai pigé qu'après. Sur l'une des tombes pesait un semblant de vase, sans plantes poussées, mais dûment pourvu de tes initiales.

Alors que mon cerveau pensait à tout autre chose mon corps t'avait cru mort. Le premier n'avait pas eu le temps de compléter l'information par mes yeux enregistrée. Le plus terrible en fait était de constater qu'alors que je te sais désormais un fameux saligaud de l'oubli, je n'ai pu que constater que je n'en avais pas fini te t'aimer. 

Constatation dûment accompagnée de son corrolaire : si tu venais à mourir, sans doute ne l'apprendrais-je que plus tard, et trop pour venir accomplir mes adieux à toi qui auras tant compté, même si tu as toi aussi (4) pour une belle fausse blonde décidé illico de m'effacer (5).

Il m'a fallu des clients particulièrement adorables, et le quiproquo hier évoqué, pour cesser de me sentir moralement plombée (6). 

 

 

(1) J'en ai un peu assez d'être quittée pour des actrices, là.

(2) Et le blog et son tenancier. Or c'était un bon camarade. Pourquoi s'est-il envolé ?

(3) "Ombre et soleil" de Dominique Sylvain un excellent cru d'Ingrid et Lola.

(4) Ce n'est guère que la troisième fois. Dieu que les hommes sont influençables.

(5) Ou pire, d'envisager que je resterais tranquillement à tenir la chandelle. Je peux comprendre qu'un homme a besoin de davantage que moi, je sais bien que vous avez besoin d'une plus jolie pour bander facile et vous exhiber bien accompagnés, mais la répartition à l'autre le sexe et les jeux de l'amour, à moi les affinités électives strictement intellectuelles dans les interstices que la vie maritale de l'autre laisse, me paraît un tantinet insoutenable, tu vois.

(6) Il faut dire que les problèmes de santé au niveau familial global mènent une nouvelle offensive. Et que ceux financiers ne vont pas via le doux gagne-pain que j'ai trouvé immédiatement cesser. C'est une lutte de chaque journée pour surnager. 


Cet instant étrange où face à ton ascenseur

    

Cet instant étrange où face à ton ascenseur qui depuis les coûteux travaux de l'an passé indique à quel étage il est et constatant qu'il séjourne au tout dernier, tu te demandes si c'est ta fille qui fatiguée est montée tôt se coucher ou Didier S. qui voulant être en forme pour la journée électorale de demain n'a pas fait de vieux os.

 

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"L'expérience Blocher" (j'ai hâte de voir)

 

Tu t'intéresses à un sujet parce que tu le sens typique de l'époque : ces politiciens qui rassemblent les votes en leur faveur sur les fonds vaseux mais toujours efficaces du rejet de l'autre, et que parfois ça marche trop bien - il est si difficile de faire en face appel à ce qu'il reste d'intelligence aux gens, qu'ils comprennent qu'économiquement l'autre est un secours et non pas un ennemi -, et que les conséquences fâcheuses ne se font pas attendre.

 

Tu apprends donc qu'à l'origine de ce référendum suisse au résultat navrant (surtout pour le pays lui-même), se tient un certain Blocher dont tu avais effectivement déjà entendu parler par des camarades touitons locaux qui ne l'appréciaient guère, et parce que toujours aussi naïve tu avais mis un moment à comprendre que l'UDC au sigle bien plan-plan, qui te rappelait trompeusement l'assez inoffensif UDF français, cachait un redoutable Schweizerische Volkspartei. Parce que bon, tu es peut-être victime d'un préjugé mais il te reste quelques notions d'Histoire et quand tu lis Volkspartei, ça te met immédiatement sur tes gardes et mal à l'aise : voyez-vous, il existe quelque fâcheux précédent.

 

Alors que tu t'apprêtes à plonger plus avant dans les profondeurs de l'internet (toi aussi fais ton petit journalisme personnel d'investigation ;-) ), quelqu'un, qui malgré les aléas et les années reste par moments secourable, t'apporte sur le plateau du petit-déjeuner (1) le Canard Enchaîné.

 

Et dans l'article page 4 d'un camarade bien-aimé tu apprends qu'un autre, auquel tu pensais la veille en écrivant ce billet maladroit (2) (dans la phrase "toutes mes pensées ..." c'était à lui notamment que virtuellement tu t'adressais), tout simplement a fait un film sur ce monsieur et qui, si tout va bien, devrait sortir en salle en France bientôt (le 19 février ?).

C'est presque un peu troublant, comme s'ils m'avaient dit : Ça t'intéresse ?, bouge pas, on s'en occupe. 

La réalité des choses est que les gens que j'aime et dont j'apprécie le travail sont souvent dotés d'une remarquable intuition. Et qu'en l'occurrence Jean-Stéphane Bron avait vu venir la montée en influence d'un politicien à l'idéologie dangereuse pour son pays (3). 

J'ai hâte de voir son film. J'ai envie qu'il soit vu ; ce qui arrive chez nos voisins peut survenir ici.

 

(1) C'est une métaphore, je l'ai pris seule dans ma cuisine ensoleillée. Mais le journal fut effectivement apporté

(2) C'est toujours la même chose : les sujets de société m'intéressent et donc la politique par voisinage inévitable mais je m'y sens mal à l'aise, consciente de ne pas connaître l'ensemble des tenants et des aboutissants. En même temps je suis incapable de n'en pas parler. Et depuis qu'on m'a dit que c'était bien qu'avoir trace de ce qu'une citoyenne moyenne pouvait percevoir de ce qui se tramait, mes scrupules ont diminué. Il n'empêche. 

Je préfère nettement quand les amis Virgile ou Le Roncier (pour ne citer qu'eux) se saisissent d'un sujet, clairs, nets, précis, souvent militants et déterminés.

(3) On remarquera que ceux qui prétendent avec le plus de véhémence défendre un pays et s'appuient de toutes leurs forces sur le nationalisme et le patriotisme qu'ils dévoyent, sont toujours ceux qui lui font le plus de mal. De ce que je sais de politique et d'Histoire (donc d'accord pas tout, mais quand même à mon âge pas mal, à force), je n'ai jamais croisé d'exception. 

 

pour la bande annonce

Plus une interview de présentation :

ainsi qu'une interview à l'occasion du festival de Locarno

et quelques extraits dans La Croix