La vie des villes et la vie des champs

 

    À mon retour, mes premières tâches seront administratives : des tracas de caveaux et mon inscription à Pôle Emploi si tout se passe bien cette fois. 

Et puis j'aimerais trouver le temps d'écrire un billet sur le dépaysement que c'est lorsqu'on a vécu à Paris ou tout près durant toute sa vie d'adulte, d'avoir un logis, même secondaire, dans une petite ville, comme tant de choses fonctionnent différemment, alors qu'on est dans un même pays, concernant les services et les administrations. 

(par exemple le coup des horaires de fermeture du cimetière, celui des encombrants, certains impôts inconnus pour une citadine ("assainissement" ...), d'autres choses qui vont de soi alors qu'en ville on les paie, que ça semble individuel sans condition (sacs poubelles ...).

Enfin il faudra que je me renseigne sur où en sont les compteurs Linky, car on (et je ne sais pas trop qui est le "on" puisque qu'EDF n'est plus EDF, trois noms d'entreprises au moins figurent sur le courrier ; je commence à me demander si le voisin voleur n'était pas venu se brancher à notre électricité non par manque d'argent mais par renoncement devant la complexité) veut nous en installer un à la place de l'existant, qui n'est pas si vieux et fonctionne fort bien.

J'ai intérêt à reprendre des forces pendant ma cure de cinéma : même si je n'enquille pas derechef sur un nouvel emploi ma vie va être sur-occupée avec personne d'autre vers qui déléguer ce qui est devant être fait.  


La journée la plus efficace de l'année


20180220_102342Je vois mal comment ultérieurement je pourrais mieux faire, et d'ailleurs, c'est sans doute trop d'activités enchaînées sans souffler, alors je ne me le conseille pas vraiment. 

Mais je suis fort heureuse d'y être arrivée. 

Je remercie instamment Grand Corps Malade dont le nouvel album écouté la veille au soir m'a pas mal portée. Il y a toujours de l'énergie et de l'espoir dans le travail de cet homme-là. 

*                *                *

 

 Aller courir au réveil, comme j'aime [le sport au saut du lit]. 11 à 12 km, avec facilité. En croisant deux autres coureurs, très bienveillants. Il est bon d'avoir un certain âge, je sais du coup leur gentillesse désintéressée. Au retour j'ai droit à un rayon de soleil  20180220_102627

et au fait que la bruine attend que j'arrive au panneau d'entrée de ville pour tomber.

Le temps de prendre une douche et je file chercher une pendule et deux bijoux que j'avais laissés à réparer. Tout est OK, je dépose des montres ainsi qu'un bracelet.

Je passe chez le marchand de vélos faire quelques réglages de mon nouvel outil de transport et compléter la panoplie. De là chez la fleuriste puis au cimetière. 

Je rentre, rapidement grâce au vélo, juste une halte pour acheter un pain au chocolat ainsi qu'un croissant. Brunch.

Fullsizeoutput_75fFiler ensuite chez le discounter d'en face, j'avais la veille repéré quelques éléments utiles - dont un outile à roulettes pour déplacer des meubles, voire des cartons - et très pas chers. 
Je fais des trous supplémentaires à une ceinture, lorsque m'appelle celui qui doit venir récupérer trois meubles. Sa ponctualité est remarquable. L'état du mur derrière le meuble nettement moins. 

Après son départ j'entame un sérieux ménage puis un début de déblayage de la cabane à outils : depuis le décès de mon père en 2004, et jusqu'au cambriolage de juillet les objets, les outils, les éléments de mobilier stockés pourrissaient paisiblement. 

Sur une intuition j'appelle l'homme auquel nous louons un box, en prévision d'un agrandissement prévu. Il se trouve qu'il est sur place, ou plutôt au café du coin avec un client-collègue-ami. Nous prenons un café tous les trois, et je me (sur)prends à imaginer la vie que j'aurais si je vivais ici. Ça serait supportable. Même un peu mieux que ça. Du moins tant qu'il n'y aura pas l'accident nucléaire qui est aussi probable par ici, que The Big One en Californie. 

Un tour de vélo et je retrouve notre loueur au café. Il a presque terminé. Je reprends espoir que ces stockages devraient suffire. Je n'en reviens pas de la bonne coordination des étapes, de la fiabilité des gens. La #vieparisienne comporte des côtés déformants. Moi-même trop surchargée de travail et d'activités pour être de bonne parole sur ce qui comporte des délais. 

Je repars, passe chez le chauffagiste régler mes dettes (1), m'autorise un saut vers une boutique où j'avais repéré au vol un tee-shirt en solde parfait pour #lefiston. 

Ensuite je reprends tant qu'il fait jour, le travail de déblaiement de la cabane à outils. Jusqu'à ce qu'il fasse trop sombre pour poursuivre. Trois sacs poubelles de 30 L pleins. À contrecœur j'attaque la végétation. C'était nécessaire pour empêcher les murs de pourrir et garantir la lumière et l'accès.

Le souvenir d'Arthur louant ses services comme déblayeur d'annexes et de jardins dans "People who knock on the door" me soutient. Il aimait faire ce boulot. On s'y sent très utiles. C'est curieux comme ce livre passé presque inaperçu en son temps et que personne sauf moi ne considère comme un chef d'œuvre, m'aura accompagné ma vie durant, les mots sont si justes pour décrire une vie moyenne, traversée par une mécanique de malheur, tandis que le narrateur, le gars à travers le point de vue duquel on voit le récit s'efforce de bien faire, de tenir le coup. Un des rares bouquins dans lequel le personnage principal bosse ou étudie sans arrêt ; est réellement amoureux ; est quitté ; subit toutes sortes d'ennuis, certains tragiques, qu'il n'a rien fait pour s'attirer. 
Je m'active donc portée par la force d'un Arthur de 20 ans. Le même qui à plusieurs reprises dans les chagrins intimes m'aura aidée à ne pas sombrer jusqu'au désespoir définitif. Le même dont les symptômes alors qu'il était au prise avec le pire chagrin ressemblaient si fort aux miens que j'étais rassurée quant à leur insignifiance médicale - c'était bien le cas, réactions physiques au malheur et non maladie qui se déclarait -. Patricia Highsmith est morte en 1995, à l'heure où je n'aurais jamais osé aborder un-e auteur-e pour la ou le remercier du bon que son travail pouvait avoir apporté ; ou je n'imaginais pas ou pas vraiment qu'il m'était possible à moi aussi d'écrire ; et de faire un jour un métier, quel qu'il soit, en rapport avec les livres. Nous nous sommes donc manquées. 

Malgré le désordre et les vols effectués par le voisin délinquant, la cabane à outils reste empreinte de la logique de stockage de mon père. J'y retrouve ses façons de faire. Ça porte un réconfort en même temps qu'une grande tristesse. 

Demain il faudra que je termine ce travail, la zone de stockage sera requise pour l'établi de Taverny et les outils. 

Tout fermer à la nuit tombée. Sortir les poubelles. À nouveau se doucher - les muscles sont un peu douloureux-, puis dîner et faire la vaisselle, recevoir et envoyer quelques messages utiles. 

Temps de poser ces quelques notes puis de dormir.
Que personne ne s'avise lorsque je rentrerai de me demander si j'ai passé de bonnes vacances. Ce ne sont pas de mauvaises journées. Tout s'enchaîne et j'aime être seule, puisqu'en l'occurrence personne des présents actuels ne peut vraiment m'aider. Mais ce ne sont assurément pas des vacances. 
Un travail différent. Pour la famille plutôt qu'une entreprise.

Au cimetière, j'ai pu constater que mon arrière-grand-mère maternelle maternelle était morte en 1928 à 52 ans. Je suis plus âgée qu'elle ne le fût jamais. Elle n'aura pas connu les petits-enfants que sa fille Berthe lui aurait donnés, ma tante la plus âgée étant née cette même année. Je me sens fortement en relation avec cette lignée de femmes, fortes mais que le sort n'aura pas épargnées, moi par rapport à elles si privilégiée. Je pense que je dois aussi beaucoup à La Nona, la grand-mère italienne, sa capacité à faire face avec un certain fatalisme mais calme, sans se laisser abattre. C'est d'elles que j'essaie d'être digne et des chances qu'elles n'ont pas connues.

 

(1) Ça aussi : l'installation d'une nouvelle chaudière en notre absence, faite impeccablement. 

 


L'odeur de la maison

 

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Quand on est dans la maison [de Normandie] on ne sent pas d'odeur. Rien de particulier. Rien de différent de l'extérieur c'est-à-dire d'un côté la route (légère odeur de bitume et de circulation), de l'autre un champ, des arbres non loin, odeur de végétation, humide le plus souvent.

Pourtant deux personnes de la famille sont plutôt équipés d'hyperolfactie.

Et lorsqu'on en revient, nos bagages, nos vêtements, sentent ; une odeur particulière, d'humus et d'humidité, pas totalement désagréable mais dont personne ne ferait un parfum. L'odeur de la maison de Normandie, sa signature. 

Et alors que sur place on ne sentait rien ni sur nos vêtements, retournés dans la puanteur ordinaire de l'air parisien, soudain on sent. On sent qu'on sent.

Si l'on ne fait rien de particulier. Par exemple en remettant dans un placard un tee-shirt non porté, au bout de 24 à 48 heures, l'odeur d'elle-même, s'en va. 

J'aimerais bien trouver l'explication chimique ou physiologique de cette odeur intermittente, absolument caractéristique (on la reconnaîtrait tous entre mille) et qui se perçoit parfois et parfois pas.

 

PS : Depuis plusieurs années la cheminé n'est pas ramonée, nous nous abstenons donc d'y faire du feu. Il ne s'agit donc pas d'une odeur liée au feu de bois. 


En gros c'est fait

 

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Je traine un état particulier des trois mauvaises nouvelles de jeudi matin, pas encore capable d'écrire à ce sujet un billet. 

Comme je me connecte peu ou sur le téléfonino, et que je ne vois pas tout, je ne sais quand leurs décès respectifs ont précisément eu lieu mais c'était sans doute la première fois qu'il m'arrivait de recevoir d'un seul coup l'annonce de trois fins de vie qui me faisaient me sentir concernée, touchée, attristée : Bernard de Fallois, Paul Otchakovsky-Laurens, et Aharon Appelfeld. 

Une image qui s'est imposée à ce moment-là, d'une sorte d'orphelinat où se bousculeraient tous les écrivains redevenus enfants qu'ils laissent en tant qu'éditeurs ou que maître à penser, ne cesse de me hanter. Je pense aux ami-e-s directement concerné-e-s. 

Pour autant j'ai bossé comme un forçat, il fallait que tout fût fini ce soir : tri de ce qu'il fallait jeter, trajets à la déchetterie, cartons de ce qu'il est bon de conserver, trajets au box que nous avons commencé à louer, stockage de certains sous une partie du toit.

Ma montre de sport, une Tom Tom Runner 2 Cardio rencontre depuis quelques temps de sérieux problèmes de batterie. Elle m'a donc lâchée au bout de 7h alors qu'avant elle pouvait tourner 24h au moins sans être rechargée. Ce qui fait que deux trajets n'ont pas été enregistrés. J'ai donc parcouru 21 km dont la moitié en tirant un diable chargé d'en moyenne trois cartons dont deux de livres. Une seule pause à 13h d'environ une heure, le temps de déjeuner.

Me voilà soudain optimiste quant au trail de Bouffémont.  

Je découvre qu'on est, ou plutôt que je suis, efficace quand je suis parfaitement seule : zéro temps perdu zéro perte d'énergie à devoir négocier, expliquer, justifier. Pas d'interruptions (ça se savoure ; mon métier fait que je suis interrompue sans arrêt dans chaque tâche du travail, et que c'est bon signe que je le sois ; il n'empêche, j'ai besoin en contrepoids de faire des choses longues sans qu'elles soient hachées). Ça me repose le corps de n'avoir pas à parler. 

Et donc voilà, engloutie dans cette suractivité, dont une part est très satisfaisante, j'ai envie que cette maison devienne un bon endroit de vie, et, qui sait, d'écriture, j'ai été protégée des chagrins enchâssés. Seulement il va bien falloir rentrer, reprendre le travail nourricier et s'y confronter. Le paysage, qu'on le veuille ou non aura changé. Un temps s'achève.

Aux interstices, je lis des poèmes de Frédéric Lasaygues et ne peux m'empêcher d'en faire des variantes, heureuse d'avoir retrouvé un usage désentravé d'une maison d'édition que j'appréciais, mais que des circonstances m'avaient brouillée. Il m'aura fallu cinq ans et bien des deuils plus féroces pour mettre à distances les pensées parasites qui m'assaillaient.

Les moyens modernes de communication auront fait que ces quelques jours de labeur f(am)ilial ne m'auront pas coupée des miens. Je suis passée au moins six fois devant l'emplacement de l'ancienne cabine téléphonique d'où je tentais jadis mes appels. Certains progrès restent appréciés. 

Je prépare aux soirs venus une rencontre prévue à la librairie. Au boulot de déménagement, c'est un bon contrepoint.  

 


Quatre ares cinquante centiares


    Moi que les documents administratifs et légaux mettent si mal à l'aise, avec leur langue au sens souvent dévié par rapport aux mêmes mots dans le langage courant, avec leur façon de créer une glaciation de la vie, une lyophilisation réduite aux instants les plus officiels - parfois en si cruels décalages d'avec la réalité charnue -, voilà que je suis tombée en fascination avec ce document. 

La copie n'est pas toujours très lisible, mais il en ressort clairement que mes grands-parents avaient acheté la petite maison, sa cour à l'arrière, son jardinet à l'avant ("Quatre ares cinquante centiares") en février 1943 lors d'une enchère à la bougie sur laquelle ils étaient les seuls enchérisseurs. Le nom de famille de certains des vendeurs - il s'agissait d'une large succession, une veuve morte sur place en 1940 et qui semble-t-il n'avait aucun descendant direct - est celui d'une famille dont ma mère me parlait comme des amis. Qui sait si mes grands-parents, qui avaient économisé en vain pour tenter d'acheter la maison où ils vivaient, au dessus de la boutique sur la place du marché, n'ont pas vu là l'occasion tout en ne laissant pas perdre leurs économie d'aider à dénouer une situation bloquée. 

Le document permet de comprendre qu'un propriétaire précédent détenait la maison depuis 1912. De quand date-t-elle donc ?

L'agrandissement qu'à fait faire mon père, un coin cuisine et une salle d'eau - WC et que je croyais construit d'à partir rien a en fait remplacé un cellier et une rangée de clapiers qui en dur existaient.

Ma grand-mère était probablement à l'origine de la décision, elle tient boutique au centre de la petite ville, une mercerie. Les autres femmes sont mentionnées "occupée au ménage", quant elle est "commerçante". Pour autant la phrase clef "En conséquence, Me Lemeland notaire adjuge [...]" stipule précisément "à monsieur et madame Gigory qui acceptent, la femme autorisée de son mari [...]" (1)

Signes encore plus cruels des temps, parmi les nombreuses personnes concernées par cette succession, trois des hommes étaient "actuellement prisonnier de guerre en Allemagne". L'un d'entre eux y a même un matricule et une adresse "14466 M.Stamlager S.C. [ou S.O., le document est peu lisible] Arbeit Kommando 1317].

Enfin, et le pire : dans les attendus ("Lesquels intervenants ont dit qu'ils se présentent [...], qu'ils sont mariée l'un et l'autre [...], que madame [...] était veuve, [...énumération de tous ceux concernés par la succession qui causait la vente]", cette précision finale : "qu'ils ne sont passibles d'aucune hypothèque légale, que tous les vendeurs sont de nationalité française et aryens." 

En effet à l'époque (2), eussent-ils été juifs, la maison aurait tout bonnement été confiée à un administrateur et certainement pas vendue en leur profit. Il tient donc à cela que la petite maison ait accueilli ma famille : personne n'était d'origine juive. Je tente de m'en accommoder en sachant que dans la petite ville, ce bout de Normandie, personne n'était concerné, que mes ascendants de fait n'ont grillé la place à personne, et que ça n'aurait rien changé, que la mention n'a été faite que parce que la loi inique d'alors le demandait, il n'empêche que ça peine. Me voilà extrêmement consciente que par deux fois dans ma vie, mes origines m'ont accordées un accès au logis (3). Et que c'était si discret que je ne l'ai su, ou n'en ai pris conscience qu'après, tant il est vrai qu'on ne sait par toujours qu'on bénéficie d'une sorte de rente séculaire de domination.

Je regrette de n'avoir pas connu l'existence de ce document auparavant. J'eusse aimé poser à ma mère quelques questions de son vivant. Il est trop tard à présent et un oncle par alliance est le seul survivant de sa génération. 

Le couple qui occupa la maison un moment s'était marié en 1897. Ils ont donc grandi du vivant de Victor Hugo. Comme c'est proche, comme c'est lointain !

Quant aux jeux des circonstances extérieures qui empêche de dérouler son existence, mes grands-parents maternels sont champions loin devant moi : une première guerre mondiale à leur 20 ans, une seconde en leur quarantaine et un achat de maison 1 an et 4 mois avant que la zone ne soit lourdement bombardée. Au fond mes difficultés admissibles ne sont que l'écho atténué perpétuant une tradition familiale. Et je suis plus âgée que ma grand-mère ne l'a jamais été.

 

(1) En revanche les femmes semblent de plein droit quand nécessité l'exige tutrices d'enfants mineurs garçons ou filles.

(2) Les lois "sur le statut des juifs" ont commencé à être prises en France dès octobre 1940. La confiscation de leurs entreprises et bien date d'un ordonnance du 18 octobre 1940 et depuis juin 1942 les arrestations ont commencé sans plus besoin du prétexte d'une infraction commise.

(3) L'autre fois c'était à la cité universitaire d'Antony, nous étions le seul petit couple d'étudiants locaux à demander un studio. Tous les autres, nous l'apprîmes à l'usage étaient occupés par des familles immigrées (avec enfants petits) qui trouvaient là des logis bon marché. Les étudiants français dédaignaient les lieux, réputés mal famés et effectivement très décrépis. La rapidité avec laquelle fut traité notre dossier reste pour moi le signe évident d'une discrimination positive.

PS : Un élément troublant est que la petite maison avait la même valeur chiffrée, à peu de choses près, en francs de 1943 qu'en euros de 2017 

PS' : Une des personnes mentionnée est "sœur naturelle de droit" de l'une des autres. Je ne suis pas certaine du sens de cette expression. 

 


Des vacances qui n'en furent pas

 

    Elles devaient être brèves, ces vacances-là, c'était déjà beaucoup en ayant changé de travail fin mai de disposer de quelques jours de congés.

Tu devais : 1/ te reposer, récupérer de la fatigue d'une année 2016 / 2017 particulièrement rude avec deux décès d'ascendants sur fond de monde devenu fou, d'élections présidentielles hallucinantes tant aux USA qu'en France, d'un nouveau boulot suivi un an après par un autre nouveau boulot (formidables et heureux les deux, mais du coup c'était à fond à fond tout le temps, moins les agonies et les enterrements - je résume violemment, mais ça correspond à la perception qui m'en reste une fois les vagues de la tourmente calmées -), sur fond aussi d'un vide persistant, une absence, un chagrin qui ne décroît que bien trop lentement ; il y a aussi un chagrin d'une rupture pour quelqu'un d'autre mais qui te fait perdre la personne qui est partie [un jour établir une liste des personnes auxquelles tu tenais et que tu as perdues ainsi par ricochet, la dégagée collatérale] et dont tu te sentais proche.
2/ t'entraîner ; parce que tu ne t'es pas lancé dans le triathlon pour regarder les autres filer et que cette première année en raison des circonstances fut par trop chaotique. En plus au bord de la mer tu allais pouvoir t'entraîner pour y nager 
3/ lire, par plaisir et pour le boulot ; 
4/ peut-être même écrire un peu, qui sait ? Activité qui t'a été quasi confisquée (fors un peu de blog) au moment de la maladie de ta mère, ce qui était normal, l'accompagnement était prioritaire et les triangulaire maison travail et hôpital ou domicile de la malade étaient un épuisement. Et qu'ensuite le changement de travail et les activités de succession avaient englouties aussi.

Et puis le voisin voleur récidiviste, venu pour notre malheur vivre de Paris en Normandie, est passé par là, transformant les brèves vacances en une mauvaise série policière, un mari en volé obsessionnel stressé et coléreux, selon le processus bien connu souvent subi du détimbrage (je ne sais pas si c'est le terme) : quelqu'un est rendu stressé ou en colère par un fait ou l'action d'autres personnes et comme il ne peut pas y faire grand chose s'en prend à quelqu'un de proche qui n'y est pour rien et en saisissant n'importe quel prétexte. Quand tu es aussi victime du ou des faits qui créent la colère ou la frustration et qu'au lieu de pouvoir compter sur ton compagnon tu te manges sa colère à lui et son propre énervement, c'est absolument épuisant.

À nouveau engloutissement du temps libre. Il a fallu : 

1/ Une fois de plus porter plainte auprès de la gendarmerie ; y retourner lors d'un épisode mouvementé pour reconnaître deux objets retrouvés ; car la gendarmerie où l'on peut porter plainte est à dix kilomètres et qu'il faut en plus prendre rendez-vous (tant le sous-effectif est patent) ;
2/ Réparer, racheter, chercher un artisan disponible, aller dans différents magasins, rechercher des pièces détachées ; 
3/ Se défendre, se protéger ; les péripéties induites nous ont littéralement confisqué une journée entière et envoyés une nuit à l'hôtel - ce qui était le plus sage car les accès à la maison, cassés sur l'arrière ne pouvaient nous protéger -.

Il m'est resté deux entraînements de course à pied et deux de natation, quelques jolies retrouvailles (merci Sylvie et Bruno, merci cousin Vincent), deux séances de cinéma (Le Caire confidentiel et Visages villages, suffisamment bien pour nous sortir le temps des séances de nos tracas), quelques bons repas - mais aussi par manque de temps pour préparer quoi que ce soit -, quelques moments de recueillement (cimetière ; et oui s'y recueillir sur les tombes des ascendants et ancêtres peut faire du bien), une belle promenade, et quatre romans lus (seulement quatre, j'en pleurerais). Mais ce fut sous tension, quasiment tout le temps. 

En l'absence d'actions concrètes des forces de l'ordre, qui semblent particulièrement en sous-effectifs dans cette région, je crois que je vais devoir passer par un avocat au moins pour disposer d'un conseil dans les démarches à entreprendre. Ne serait-ce que pour stopper l'hémorragie coûteuse des nuisances et retrouver un lieu de vacances où l'on puisse se détendre au lieu de s'y tenir sur le qui-vive. 

J'aimerais bien aussi retrouver notre équilibre familial. Vivre avec quelqu'un qui ne pense plus qu'aux agressions subies et à l'agresseur est insupportable. 

J'aime mon métier et je n'ai jamais été aussi épanouie au travail, ni de façon si stimulante, mais j'ai été réellement heureuse de reprendre aujourd'hui le chemin de la librairie, soulagée de retourner travailler. Que les contraintes qui pèsent sur moi redeviennent des contraintes admissibles, celles de toute activité professionnelle normale.

Le pire n'étant pas les vols en eux-mêmes, mais bien que le coupable reste impuni alors qu'il est dûment identifié, capable avéré de violences, et qu'il continue à peser sur le pauvre monde, impuni et narquois.

Heureusement, grâce à Samantdi, je m'en retourne avec une idée d'écriture simple, qui pourrait peut-être enfin s'intercaler dans mon emploi du temps.


BDJ - La beauté insensée du soleil retrouvé


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 Il avait plu sans discontinuer, du moins c'est l'impression qu'on en avait, depuis la veille au matin. Des grains forts, sans réelle relâche et par moment des vents violents. 

Courir avait été inenvisageable. Et l'on semblait repartis pour 24 heures du même acabit. 

J'avais de quoi m'occuper, partagée entre deux plaisirs de lectures assez fortement addictifs quoique très différents, et quelques autres moins violents. 

Et nous avions bien, le samedi, tenté quelque sortie, mais c'était un peu humide dans l'ensemble et presque un peu dangereux

Alors nous nous étions résignés à rester à bouquiner au coin de notre absence de feu (1). En début-milieu de cette après-midi, le héros du roman de Peter Heller que j'étais en train de déguster, venait in extremis de se tirer d'un très mauvais pas, poursuivi qu'il était par un vengeur familial - les plus tenaces, l'honneur, tout ça ... -. Il était question de pluies diluviennes et d'une inondation du genre qui emporte tout sur son passage. Au même instant, celui ou la lectrice pousse, ne serait-ce qu'intérieurement, un Ouf de soulagement, un soleil radieux est apparu. On l'aurait cru coordonné à ma lecture. Le monde semblait tout neuf et le futur possible.

Nous nous sommes précipités à la fenêtre tant nous étions surpris.
Le ravissement s'est poursuivi le temps d'une promenade, aussitôt entreprise, à peine un bref repas achevé.

(1) Avant de pouvoir en faire à nouveau il faudrait faire ramoner la cheminée.

billet publié dans le cadre des Bonheurs du Jour.
Retrouver les copains chez l'amie qui a lancé le mouvement.

billet également publié sur Bella Cosa


BDJ - Une promenade et ... une douche (de la lecture aussi)

P1011890C'était un jour très doux pour commencer l'année. 

Je la souhaite d'ailleurs la plus clémente possible aux passants de par ici, même si mes pouvoirs sont assez limités - on a pu le constater -.

Le bonheur était de n'avoir rien de prévu, rien de pressé, de se laisser porter par le repos nécessaire et l'envie (raisonnable, modérée) de bouger. 
C'était d'être deux plus tout jeunes pas déjà vieux à être là, vivants - ce sentiments qu'on est beaucoup à avoir en ce début de 2016, qu'en 2015 ça n'est pas passé loin, entre nos santés, la santé mentale défaillante de certains et que d'autres ont armée -, et que les (grands) enfants étaient (semblait-il) tranquillement à la maison.
C'était pour moi de n'avoir mal nul part, pas même de douleur sourde, ni de courbature à cause d'un entraînement, ce qui est assez rare pour mériter d'être savouré.
C'était de n'avoir pas dormi ou très peu dans la journée, alors d'avoir pu lire, écrire, me balader sans avoir à lutter contre le sommeil, négocier avec lui pied à pied de temporaires sursis.

C'était donc une belle balade, en amoureux au froid près (je veux dire celui de la météo qui pousse à marcher d'un bon pas, plus qu'aux confidences et aux effusions), dans la petite ville presque déserte. J'ai compté nous avons croisés 17 personnes en tout et 6 jeunes ou enfants. La plupart des personnes effectuaient une emplette dans un des rares commerces ouverts : une boulangerie pâtisserie et un fleuriste (1), les autres étaient munies de chiens y compris deux des jeunes, deux puis un puis un circulaient à vélo sur l'ancienne voie de chemin de fer que nous avions empruntée à pied. 
La plupart des maisons semblaient vides. Malgré une solide grisaille puis la nuit qui s'annonçait peu de lumières allumées. Est-ce que tout le monde regardait dans le noir sa télé ? Pas vu pourtant d'écran bleuté. 
Dès lors les passants entrevus ou salués nous permettaient de chasser l'hypothèse fascinante d'une fin du monde à laquelle nous n'aurions pas été conviés.

C'était apprécier le fait de ne pas souffrir du froid, 8°C disait sur le téléphone la météo instantanée et personnalisée, perçus 3°C (le vent était agressif). Presque un an s'est écoulé depuis que ma perception du froid s'est trouvée modifiée et je n'en reviens toujours pas. Je n'imaginais pas combien la vie peut être différente du simple fait d'en souffrir ou pas. Et suis devenue très économe de mon admiration ; avant je prenais tous ceux qui y résistaient bien pour des héros du quotidien et m'en voulais de ma faiblesse, à présent je sais que tout bonnement la plupart des personnes ne ressentent pas de douleur, pas de morsure, pas de glaçons dans leur sang, quand la température est simplement fraîche. Le froid leur fout la paix (et à moi aussi désormais).

C'était se délecter de deux lectures alternées : "Peindre, pêcher & laisser mourir" de Peter Heller traduit par Céline Leroy et le très addictif et régressif, j'y retrouve le bonheur d'enfance que j'avais à dévorer les Agatha Christie de ma maman, "Career of evil" de J.K. Rowling cachée. 

C'était échanger des vœux avec la famille, les amis, au fil du jour. Non pas que je croie qu'ils soient d'aucune efficacité, on vient de voir en 2015, ce que ça pouvait donner, mais au moins faire signer, montrer qu'on pensait les uns aux autres et plus encore devant les menaces sérieuses de l'adversité.

C'était manger et boire avec frugalité, ce qui est un plaisir lorsque l'on a le choix.

Et puis le plus grand des petits bonheurs du jour : une douche chaude et longue sous un jet soutenu, luxe peu écologique que je m'accorde rarement, ne serait-ce que par souci de partage, le ballon d'eau chaude de l'appartement étant limité et le jet décevant depuis diverses interventions de successifs plombiers ; et aussi pour gagner du temps. Ça tenait de l'impression de laver le corps de toutes les fatigues que l'âpreté de l'année passée avaient infligées, sortir de là toutes tensions inutiles dénouées, prête à affronter la nouvelle année civile (2) qui promet d'être coriace, inutile de rêver. 

Il y aura eu en 2016 au moins un jour doux, celui-là c'est gagné.

 

(1) Un restaurant était ouvert aussi, sur pas mal d'établissements du genre, ainsi que de cafés. Dont l'un s'excusait.
(
2) pour moi : d'aborder le 2ème trimestre de la saison 2015/2016, je ne me suis jamais départie d'un élan de scolarité.

[photo : balade, La Haye du Puits, centre ville, 01/01/16 ; pour la douche, pas de photo (et puis quoi encore ?)]

billet publié dans le cadre des Bonheurs du Jour.
Celui de celle qui a lancé le mouvement. 

billet également publié sur Bella Cosa


Moment déplaisant sur la bascule de l'an (climat général ou conflit local ?)

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Tu as entendu : le silence, un silence remarquable.

La petite maison de Normandie se situe en effet sur la rue principale (ou l'une des) de la petite ville commerçante, là où l'on vient des environs pour se ravitailler. La route vient d'être refaite et c'est un grand confort auditif, plus de tac-tac de roues sur un défaut de revêtement. Il n'en demeure pas moins qu'on entend presque sans cesse un bruit de fond de circulation. En cette soirée du 31 décembre vers 22 et 23 heures c'était un silence parfait. Chacun devait être chez soi ou chez quelqu'un d'autre à attendre minuit et de trinquer.

Tu as pensé : écoute ce silence, c'est rare, il faut en profiter.

 

(à minuit un peu passé)

Tu as entendu : des détonnations
Tu as pensé : Mini feu d'artifice ou pétards ? Tu as aussi repensé au Bataclan, qu'au début beaucoup ont cru que les clak clak qu'ils entendaient faisaient partie du show, une fantaisie pyrotechnique. 

 

(dans la pièce du haut, par la fenêtre sur rue, un peu après)

Tu as vu : un petit feu d'artifice au dessus d'une des rares maisons où il y avait de la lumière. 
Tu as pensé : Je vais tenter de le photographier, s'il n'est pas terminé.

(et tu es allée prendre ton appareil photo)

Tu as vu : des gars dans la rue avec des chapeaux brillants pointus, et pour l'un d'eux un faux-nez-moustache, bref des qui faisaient la fête, qui balançaient des pétards, rigolards.
Tu as pensé : sous les voitures, ça n'est pas malin.
Tu as dit (vers l'intérieur) : Il y a des gars qui jouent à faire péter des pétards, c'est un peu près des voitures, ça n'est pas malin.

(tu as ouvert la fenêtre, tu as pris des photos, sans chercher à être ni vue ni pas vue)

(un des gars, sans doute un adolescent, passait tout près)  P1011949

 

Tu as pensé : Il est en tee-shirt et ça n'est pas délirant, pour un 31 décembre il fait un temps de printemps. Tu as pris la photo sachant qu'elle serait floue, juste pour te rappeler du temps trop clément.

Tu as dit : Bonne année ! 

Il a répondu : Bonne année ! 
Un autre, plus grand, peut-être adulte, qui le suivait a dit : Bonne année !
Puis un petit, tout joyeux, blondinet : Bonne année à vous, et surtout Bonne santé !
J'ai répondu : Tu as raison Bonne santé ! C'est important

(Et ils ont continué vers le sud).

(Alors que tu t'apprêter à fermer la fenêtre)
Tu as entendu : le mot photo
Tu as pensé : ils ont remarqué que tu en prenais 
(mais de toutes façons tu avais cessé, le feu d'artifice semblait terminé, et puis ils avaient eu l'air joyeux, pas du tout indisposés)

(Ils étaient arrivés à la hauteur de la maison avec le père Noël, les lumières et la déco) 

Tu as entendu : Des éclats de voix. Une femme, d'âge mur et qui avait le timbre de quelqu'un de corpulent (1) et qui disait quelque chose comme Non mais ça va pas, c'est quoi tout ce boucan, vous n'avez pas fini ! Une réponse d'un des gars qui se terminait par "premier janvier". Et la femme qui criant plus fort encore menaçait "Je vais prévenir la police !"
Tu as alors entendu : une voix d'homme, mûre, du ton de celui qui se demande une fois de plus comment l'accorte jeune fille qu'il avait séduit au siècle dernier, si timide et jolie, avait pu se transformer au fil des ans ainsi en forte harpie, qui disait Les flics ne vont pas venir, on est le premier janvier. Et ce n'était peut-être pas dit mais ça s'entendait Ne sois pas ridicule, calme-toi !.

(Tu as alors fermé la fenêtre, très vite)
(et tu es allée éclater de fou-rire dans l'escalier, tellement ça ressemblait à un sketch. Des Inconnus par exemple).

Tu as pensé : Il y a des gens bien malheureux, quand même, ne pas être en état de supporter quelques pétards dans la nuit du 1er janvier. Ils ne pourraient pas vivre dans la grande ville, et encore moins dans les banlieues.
Tu as pensée aux gouffres qui s'élargissaient entre les différentes zones de la société. Et tu as eu moins envie de rigoler.
Tu as pensé : Quel dommage pour le petit gars ! Il avait l'air de si bien s'amuser (même si c'était idiot, mais tu te souvenais des copains d'enfance de ton quartier combien avec les pétards ils adoraient jouer)

(Il t'a semblé que les gars remontaient alors vers le centre du bourg) (d'où ils étaient venus)

(Tu as alors vaqué à tes occupations de fin de soirée, répondre à quelques textos de bonne année, débarrasser la table, faire un brin de toilette, te laver les dents ...)

(Alors que tu remontais dans la pièce aux lits)

Tu as entendu : des pétards à nouveau proches, dont un assez près.
des cris dans la rue, sur le ton de l'insulte [mais indistinctes pour toi], la voix de la femme, la même, des voix d'hommes, surtout un

Tu as vu : l'homme de la maison ouvrir la fenêtre tout en disant "Là, ça va pas !" prêt à s'en mêler

(tu as pris l'appareil photo) (tu prends toujours l'appareil photo)

Tu as entendu : l'homme de la maison dire, amusé Ils ont même un sabre Star Wars - comme si du fait du gadget, l'altercation ne pouvait être sérieuse -.

Tu as entendu : la voix de femme clamer : Sale Bougnoule ! Rentre chez toi ! 
Tu as vu : le deuxième homme que tu avais plus tôt salué, qui t'avait dit, pas bourré, sympathique Bonne année passer en remontant du sud du bourg vers le centre
Tu as entendu : Il répondait [C'est ça oui !] Allahouh Akbar ! Va te faire enculer ! (à la réflexion tu ne sais pas s'il a dit ou non C'est ça oui ! ou si c'était juste le ton employé)
Tu as pensé : Oh non, pas jusqu'ici quand même ! Et que l'année 2015 avait décidément transformer une fissure en faille dans cette société.
Il t'a semblé (mais tu ne saurais en jurer, tu ne voyais pas, la fenêtre n'est pas grande tu étais en retrait) (d'ailleurs : tu n'as pas pris de photos) que les autres personnes incitaient à l'apaisement [Viens, laisse tomber].

Tu as vu : en face les gens aussi se mettaient à leur fenêtre, ainsi qu'un peu plus loin.
Tu as pensé : C'est curieux, dans la soirée on avait l'impression que tout était vide, pourtant les gens étaient là.
Tu as entendu : la femme gueuler, Rentrez chez vous, tous, qu'est-ce que vous avez à regarder, de toute façon maintenant je sais leur adresse, puis vers les gars déjà éloignés, Je sais votre adresse, La police va venir !
Tu as vu : l'homme de la maison refermer la fenêtre, en mode l'incident est clos, mi rigolard, mi accablé.

(tu l'as interrogé du regard, pour le côté mi-rigolard, alors il a dit)

- Le sabre Star Wars, c'est elle qui l'avait.

Il n'empêche que malgré cet élément de détente final, ça t'a laissée plombée. Que même au fin fond de la Normandie des shrapnells de la situation générale puissent pourrir les rapports entre les gens. La vitesse à laquelle ça avait dégénéré, alors qu'après un premier ferraillage, les fêtards et les pas, ça semblait OK. Que le gars qui n'était pas bourré et t'avait semblé sympa, se soit laisser embarquer par la haine de la femme.  

(Plus tard dans la nuit, pas si longtemps après)

Tu as entendu : un long défilé de voitures, presque une circulation de jour de marché.  C'était les gens qui chez eux rentraient. La ville se repeuplait.

 

Au lendemain matin, tu as retrouvé l'enveloppe d'un gros pétard à mèche dans le jardin, un peu surprise que ça ait été si près. Une amie secourable t'a mise sur la piste de touites de Maître Mô (2) sur un réveillon de deux familles qui il y a quelques années s'était transformé en bataille rangée, qui t'on fait penser que Oui, ça pouvait dégénérer très vite, que ça n'était peut-être pas seulement cette année en particulier.

Tu t'es alors demandé ce que tu avais vu exactement, ou entendu et ce que tu avait cru comprendre, de ce qui s'était passé.

Il te manque aussi un élément qui peut être déterminant : ces personnes se connaissaient-elles, avaient-elles déjà eu un différent, était-ce la suite de quelque chose ? (ce qui aurait pu expliquer tant d'agressivité avec si peu pour l'allumer).

 

 

(1) Bizarre, mais j'avoue être incapable de le définir autrement. Alors que je ne l'ai pas vue. Alors que je sais pour l'avoir constater maintes fois qu'une voix peut être fluette dans un corps épais et que l'inverse est possible.

(2) Entre temps je vois qu'elle en a fait une récapitulation.